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Induction chemotherapy in patients with head and neck cancer


Bulletin du Cancer. Volume 93, Number 7, 677-82, Juillet 2006, Synthèse


Résumé   Summary  

Author(s) : Loïc Chaigneau, Emmanuel Guardiola, Thierry N’Guyen, Armelle Dufresne, Ulrich Stein, Christian Villanueva, Antoine Thiery-Vuillemin, Fabrice Lorchel, Xavier Pivot , Service d’oncologie médicale,, Service de radiothérapie, centre hospitalier universitaire Jean Minjoz, boulevard Fleming, 25000 Besançon.

Summary : Neoadjuvant chemotherapies for patients with advanced head and neck squamous cell carcinoma have been widely studied for twenty years. Despite a high level of activity on the primary tumor, no study has demonstrated a survival benefit suggesting the use of neoadjvant chemotherapy. One can consider that the only benefit of such strategy is for larynx preservation in patients with operable hypopharnx or larynx cancer. Nevertheless, recently the well established preservation strategy based on induction chemotherapy following according to the activity by radiotherapy has been knocked over by a strategy developed by Forastiere et al. using primary concomitant chemoradiotherapy. However, the lack of benefit reported by neoadjuvant chemotherapy has been thwarted by the recent results provided by the EORTC study which assessed the survival benefit of neoadjuvant chemotherapy by docetaxel-cisplatin-fluorouracile. Interestingly, since 2002 the clearly established strategies for patients with advanced head and neck cancer have been challenged and new options are emerging. This paper reviews the standard strategy of the past and the future proposal emerging from recent studies.

Keywords : induction, chemotherapy, head and neck cancer

ARTICLE

Auteur(s) : Loïc Chaigneau1, Emmanuel Guardiola1, Thierry N’Guyen1, Armelle Dufresne1, Ulrich Stein1, Christian Villanueva1, Antoine Thiery-Vuillemin1, Fabrice Lorchel2, Xavier Pivot1

1Service d’oncologie médicale,
2Service de radiothérapie, centre hospitalier universitaire Jean Minjoz, boulevard Fleming, 25000 Besançon

Article reçu le 3 Janvier 2006, accepté le 1 Février 2006

Les carcinomes épidermoïdes des voies aérodigestives supérieures (VADS) sont des maladies potentiellement curables, notamment au stade précoce [1]. Malheureusement, leur diagnostic est souvent tardif avec 65 % des cancers détectés aux stades III et IV. Dans ces conditions, 50 à 60 % des patients développeront une récidive locale et 20 à 30 % développeront des métastases à distance.Avant les années 1990, deux cas de figure se dessinaient selon la « réséquabilité » tumorale. Pour les tumeurs réséquables, le traitement de choix était l’intervention chirurgicale suivie d’une radiothérapie complémentaire. Le taux de survie à 3 ans approchait globalement 50 %. Pour les tumeurs non réséquables, seule la radiothérapie était proposée et le pronostic était particulièrement sombre : 10 à 15 % de survie à 3 ans. Logiquement, d’autres approches ont été proposées pour améliorer ces résultats, comme l’utilisation des chimiothérapies d’induction. Celle-ci avait plusieurs objectifs : traitement sans délai des micrométastases et réduction de la taille tumorale favorisant le traitement local. Une action efficace à la fois sur les micrométastases et sur le contrôle local permettait d’espérer une amélioration de la survie. Une autre mission du traitement d’induction était de juger de la chimiosensibilité tumorale. La qualité de la réponse tumorale à la chimiothérapie semblait prédictive de la radiosensibilité.Durant les années 1990, plusieurs essais de phase II ont évalué la chimiothérapie d’induction, soit en monothérapie avec du méthotrexate ou du cisplatine, soit en combinaison [2]. Rapidement, l’association de cisplatine et de 5-fluoro-uracile (5FU) selon le schéma de M. Al-Sarraf s’est imposée comme référence [3]. Il se compose de 3 cycles toutes les 3 ou 4 semaines de cisplatine à la dose de 100 à 120 mg/m2 (J1) et de 5FU à la dose de 1 000 mg/m2/j en perfusion continue durant 4 ou 5 jours. Les résultats obtenus avec ce schéma étaient assez surprenants pour des tumeurs considérées comme chimiorésistantes dans les années 1970. Le taux de réponse objective était de 85 %, dont 40 % de réponse complète. Par la suite, de nombreux essais ont confirmé cette efficacité avec des taux de réponse objective variant entre 80 et 100 %, dont 10 à 50 % de réponses complètes et 5 à 30 % de réponses complètes histologiques (tableau 1). D’autres protocoles ont été proposés, soit en intensifiant le schéma de référence, soit avec d’autres combinaisons. Aucune étude randomisée n’a permis d’augmenter le taux de réponse de façon significative au prix d’une tolérance acceptable [4-6].

La chimiothérapie d’induction a-t-elle rempli ses objectifs ?

( Tableau 1 )Il semble probable que la chimiothérapie première ait modifié l’histoire naturelle de ce cancer. Un essai randomisé multicentrique italien rapporté par Paganella et al. [7] a inclus 237patients opérables et non opérables. Dans le sous-groupe des patients inopérables, le taux d’évolution métastatique a été significativement réduit par la chimiothérapie d’induction (respectivement 15 et 24 % à 2 et 3 ans versus 36 et 42 %, p = 0,04). Jaulerry et al. ont également retrouvé un impact favorable de la chimiothérapie sur l’incidence des métastases [8]. Néanmoins, aucune incidence sur le contrôle local et sur la survie n’a été montrée dans ces essais. Et de façon générale, un constat d’échec s’impose : dans la plupart des études randomisées, la survie des patients n’a pas été significativement améliorée par la chimiothérapie d’induction (tableau 2)( Tableau 2 ), sauf dans deux études. De nouveau, l’étude de phase III italienne a retrouvé des résultats intéressants réactualisés après 10 ans de suivi et publiés en 2004 [9]. Tous patients confondus, les survies globales à 5 et 10 ans ne différaient pas entre les deux bras de traitement. En revanche, concernant le sous-groupe des patients non opérables, les survies globales à 5 et 10 ans ont été respectivement de 21 et 16 % dans le bras « chimiothérapie première » et de 8 et 6 % dans l’autre bras. La différence est significative (p = 0,04). Un autre essai du Groupe d’étude des tumeurs de la tête et du cou (Gettec), portant sur 318 patients, a montré une survie globale significativement augmentée (5,1 versus 3,3 ans, p =0,03), en faveur des patients traités par chimiothérapie d’induction [10]. Cette différence était observée pour l’ensemble des patients, opérables et non opérables. Ces résultats globalement décevants ont été confirmés par la méta-analyse de Pignon et al. [11]. Malgré une diminution du taux des métastases à distance, la différence de survie à 5 ans entre les 5 269 patients traités par chimiothérapie d’induction et le groupe témoin est de 2 % (en faveur du premier groupe), mais reste non significative.

Deux commentaires peuvent être ajoutés. La qualité de la réponse tumorale sous chimiothérapie d’induction pourrait être corrélée à la survie. En effet, la survie des patients en réponse complète paraît supérieure à celle des patients en réponse partielle ou non répondeurs [12]. Enfin, en raison des fréquentes causes de mortalité non liée à l’évolution même du cancer initial (10 à 30 % de décès en rapport avec des localisations secondaires métachromes et autant avec des affections intercurrentes), il est extrêmement difficile de démontrer une éventuelle influence de la chimiothérapie d’induction sur la survie.

Finalement, la chimiothérapie d’induction s’est imposée dans un autre registre, la préservation laryngée. Elle était pressentie dès les années 1980 par Jacobs et al. [13] qui, dans une étude pilote de phase II, ont inclus 30 patients avec des tumeurs réséquables (stades III-IV) de la cavité buccale, de l’oropharynx, de l’hypopharynx et du larynx, tous traités par 3 cures de cisplatine-5FU. L’évaluation de la réponse tumorale a comporté systématiquement une nouvelle endoscopie et des biopsies. Douze patients ont été en réponse complète histologique et secondairement traités par radiothérapie. Les autres ont été traités par chirurgie et radiothérapie. Pour l’ensemble des patients, la survie sans récidive et la survie globale à 2 ans ont été respectivement de 52 et 53 %. Quant au petit groupe de 12 patients exclus de la chirurgie, ils ont eu respectivement une survie sans récidive et une survie globale à 2 ans de 60 et 70 %. La chimiothérapie d’induction pouvait donc sélectionner les patients candidats à une radiothérapie seule, sans altérer la survie. Par la suite, plusieurs essais de phase II, menés notamment par des équipes françaises, ont été construits selon le même modèle [14, 15]. Ils ciblaient les volumineuses tumeurs de l’endolarynx ou de l’hypopharynx. L’objectif avoué était d’éviter la laryngectomie, chirurgie particulièrement mutilante sur le plan fonctionnel. Les conclusions de ces études pilotes se recoupaient, et environ 40 % des patients « très bons répondeurs » à la chimiothérapie première pouvaient avoir une préservation laryngée sans impact sur la survie. La porte était ouverte pour les études randomisées de phase III. Dans un premier temps, l’essai du Groupe d’étude des vétérans a intéressé les cancers réséquables de l’endolarynx [16]. Cent soixante-six patients ont eu une laryngectomie d’emblée (premier groupe). Autant de patients ont eu une chimiothérapie d’induction par cisplatine-5FU (second groupe). Parmi ces derniers, 107 ont bénéficié d’une préservation laryngée. Les 59 derniers ont eu une laryngectomie, soit après la chimiothérapie, soit après la radiothérapie, car ils étaient « mauvais répondeurs ». Par la suite, plusieurs patients ont été laryngectomisés pour récidive. Finalement, le taux de préservation laryngée à 5 ans des survivants a été de 62 %. Après une médiane de suivi de 98 mois, la survie globale des deux groupes a été identique (35 %). À noter, un taux de métastases à distance moindre dans le groupe chimiothérapie (11 versus 17 %, p = 0,001) et, a contrario, un taux de récidives locales plus important (12 versus 2 %, p = 0,001). Quelques années plus tard, l’EORTC a mené un essai dont la stratégie était comparable au précédent [17], mais il concernait les cancers de l’hypopharynx (stades II, III et IV) justifiant d’une pharyngolaryngectomie. Cette étude a inclus 99 patients dans le bras chirurgie seule et 103 dans le bras chimiothérapie première. Le taux de conservation laryngée à 5 ans des survivants a été de 35 %. Avec un suivi médian de 51 mois, les survies à 5 ans ont été de 35 % dans le bras chirurgie et de 30 % dans le bras chimiothérapie. Il n’y a pas de différence significative entre les deux bras. Enfin, comme dans l’essai des vétérans, le taux de métastases à distance a été moins important pour les patients traités par chimiothérapie première (25 versus 36 %, p = 0,041), soulignant l’impact sur l’histoire naturelle des cancers des VADS de la chimiothérapie première.

En résumé, la chimiothérapie première induit des réponses majeures avec des taux de réponse objective entre 60 et 90 % et des réponses complètes allant de 20 à 50 %. Plus encore, deux tiers des réponses complètes sont confirmées histologiquement. Certaines études ont également montré une incidence moindre des métastases à distance. Malgré ces résultats, la survie globale n’est pas influencée. Pour beaucoup, la chimiothérapie d’induction trouve sa place dans la stratégie de préservation laryngée. En sélectionnant les « bons candidats » à la radiothérapie, il est possible de proposer une alternative à la chirurgie des tumeurs du larynx et de l’hypopharynx, particulièrement mutilante sur un plan fonctionnel. En revanche, ce bénéfice fonctionnel pourrait se faire au prix d’un taux de récidives locales plus important. Il est à noter que la plupart de ces études souffrent de la même critique, l’absence de bras « radiothérapie seule ». En fait, les années 2000 sont marquées par la consécration de la radiochimiothérapie concomitante. Malgré une plus importante toxicité cutanéomuqueuse que la radiothérapie seule, cette stratégie de traitement a un double avantage : potentialiser l’activité de la radiothérapie au niveau locorégional et agir sur les micrométastases à distance. Plusieurs études de phase II portant sur des tumeurs de stades IV ont montré des taux de survie à 3 ans de 60 % et plus avec des schémas qui associaient une polychimiothérapie et un hyperfractionnement de la radiothérapie [18, 19]. Comparée à la radiothérapie seule, la radiochimiothérapie concomitante apporte un gain sur la survie globale d’environ 20 % à 2 ou 3 ans [20-22]. Ces résultats vont dans le même sens que ceux obtenus par la méta-analyse de Pignon et al., à savoir un gain sur la survie globale de 8 % à 5 ans [11]. Quid de la radiochimiothérapie concomitante comparée à la chimiothérapie d’induction ? En 2001, Forastière présentait, en séance plénière de l’Asco, les résultats d’une étude multicentrique à trois bras [23] : radiothérapie à la dose de 70 grays en 7 semaines et chimiothérapie concomitante avec du cisplatine à 100 mg/m2 (J1, J22, J43), chimiothérapie d’induction selon le schéma de M. Al-Sarraf suivie d’une radiothérapie chez les bons répondeurs, radiothérapie exclusive à la même dose. Cinq cent quarante-sept patients ont été inclus. Ils avaient tous une tumeur réséquable du larynx de stade III ou IV. L’ensemble des résultats est présenté dans le tableau 3( Tableau 3 ). Avec une médiane de suivi de 3,8 ans, les conclusions sont les suivantes. D’une part, la radiochimiothérapie concomitante est significativement plus efficace en termes de conservation laryngée (84 versus 72 et 67 %) et de contrôle locale (78 versus 61 et 56 %), sans augmenter les toxicités chroniques ; avec les mêmes critères, il n’y a pas de différence significative entre la chimiothérapie première puis radiothérapie et la radiothérapie exclusive. D’autre part, les patients traités par une chimiothérapie – d’induction ou en association à la radiothérapie – ont un taux d’évolution métastatique et une survie sans récidive qui paraissent plus favorables que les patients traités par radiothérapie exclusive (différence non significative). Enfin, aucune différence de survie globale n’a été observée entre les trois bras de traitement, avec des survies variant de 74 à 76 % à 2 ans. Ces résultats ébranlent la place définie de la chimiothérapie première et modifient les stratégies thérapeutiques en faisant de la radiochimiothérapie concomitante un nouveau standard dans le cadre des stratégies de préservation laryngée. Cependant, la radiothérapie exclusive peut être un recours dans les cas où la préservation laryngée est souhaitée et la radiochimiothérapie non réalisable pour des raisons de toxicités.
Tableau 1 Essais de phase II évaluant la chimiothérapie d’induction à base de cisplatine (P) et 5-FU (F). D’autres molécules ont parfois été associées comme le méthotrexate (M) et la leucovorine (L)

Auteurs

Schéma

RO (%)

RC (%)

Ensley (1984)

PF/MFL

95

51

Greenberg (1987)

PF

100

45

Kish (1988)

PF

90

45

Bernal (1989)

PF

86

40

Vokes (1989)

PFM

88

26

Dreyfuss (1990)

PFL

80

66

Vokes (1990)

PFL

84

29

Schneider (1995)

PFL

88

64

Clark (1997)

PFL

81

69


Tableau 2 Essais randomisés de chimiothérapie d’induction puis traitement locorégional versus traitement locorégional seul

Auteurs

Année

Patients (nb)

Chimiothérapie

Survie globale

Martin

1990

75

FP

Pas de différence

Jortay

1990

187

VBM

Pas de différence

Richard

1991

222

VB (IA)

7 versus 3 ans (p = 0,048)

Mazeron

1991

131

FPBM

Pas de différence

Jaulerry

1992

100

PBVdMi

Pas de différence

Jaulerry

1992

108

FPVd

Pas de différence

Tejedor

1992

42

CpFt

Pas de différence

Depondt

1993

324

FCp

Pas de différence

Hasegawa

1994

50

FP

Pas de différence

Paccagnella

1994

237

FP

Pt inopérables

30 versus 19 % à 2 ans (p = 0,04)

Dalley

1995

280

FP

Pas de différence

Domenge

1996

166

FP

Pas de différence

Volling

1996

96

FCp

Pas de différence


Tableau 3 Essai multicentrique de phase III intéressant des carcinomes opérables du larynx, qui a randomisé une chimiothérapie d’induction (CT) versus une radiochimiothérapie (RTCT) versus une radiothérapie seule (RT). Suivi médian de 3,8 ans

RTCT

CT

RT

n = 172

n = 173

n = 173

Préservation laryngée (%)

84

72

67

p = 0,005

p < 0,001

Contrôle local (%)

78

61

56

p = 0,003

p < 0,001

Récidive à distance (%)

8

9

16

Survie sans récidive à 2 ans (%)

61

52

36

Survie globale à 2 ans (%)

74

76

75

Reste-t-il une place pour la chimiothérapie d’induction ? Peut-être en optimisant celle-ci !

L’amélioration de la chimiothérapie d’induction peut être obtenue en combinant le schéma classique avec une autre molécule telle un taxane. Plusieurs études de phases I-II ont montré la faisabilité et l’efficacité de cette association [24-30]. En 2004, une étude rétrospective a repris les données de 6 essais de phases II qui évaluaient le docetaxel combiné au cisplatine-5FU plus ou moins leucovorine en induction [31]. L’ensemble a été comparé à un groupe historique de patients traités par cisplatine-5FU. Les survies à 2 ans ont été estimées à 68 % pour le bras docetaxel-cisplatine-5FU versus 46 % pour le bras historique. Ces résultats prometteurs sont confirmés par une étude multicentrique de phase III réalisée sous l’égide de l’EORTC [32]. Elle a randomisé un bras docetaxel (75 mg/m2 à J1), cisplatine (75 mg/m2 à J1) et 5FU (750 mg/m2/j de J1 à J5) et un bras standard avec cisplatine-5FU aux doses usuelles. La chimiothérapie était suivie par la radiothérapie complétée d’un curage ganglionnaire si nécessaire. Cent soixante-dix-sept patients atteints d’un carcinome épidermoïde des VADS non réséquable ont été traités dans le bras expérimental et 181 dans le bras témoin. Après chimiothérapie, les taux de réponse objective ont été de 67,8 % dans le bras docetaxel-cisplatine-5FU versus 53,6 % dans le bras cisplatine-5FU. La différence est statistiquement significative (p = 0,007). Cette différence entre les deux bras de traitement s’est accentuée avec la radiothérapie. Non seulement le taux de réponse objective est resté supérieur dans le bras docetaxel-cisplatine-5FU (72,3 versus 58,6 %, p = 0,008), mais aussi le taux de réponse complète a été significativement plus important (33,3 versus 19,9 %, p = 0,04). Enfin, et certainement le plus remarquable, les courbes de survie sont modifiées par le docetaxel, avec des médianes de survie sans récidive et de survie globale qui ont été respectivement de 12,7 versus 8,4 mois (p = 0,006) et de 18,6 versus 14,5 mois (p = 0,016). Les résultats sont résumés dans le tableau 4( Tableau 4 ). Le bras expérimental a montré clairement sa supériorité, non seulement sur le taux de réponse objective (différence qui s’est maintenue après le traitement locorégional), mais aussi sur les survies sans récidive et globale.

Une autre solution est de combiner les stratégies thérapeutiques, à savoir une chimiothérapie d’induction suivie d’une radiochimiothérapie concomitante (radiochimiothérapie séquentielle). Trois essais de phase II ont été récemment publiés [33-35]. Ils ont utilisé des schémas de chimiothérapie différents, mais tous avec un tronc commun avec du cisplatine-5FU. En regardant les résultats de l’étude de l’EORTC décrite ci-dessus, le schéma italien est peut-être le plus intéressant en ajoutant du docetaxel [33]. L’ensemble du traitement proposé, chimiothérapie d’induction par docetaxel-cisplatine-5FU puis radiochimiothérapie concomitante, a permis d’obtenir un taux de réponse complète de 80 % tout en restant acceptable en termes de toxicité. Malheureusement, ces dernières études ne donnent pas de réponse directe sur l’intérêt de la chimiothérapie d’induction. Un début de réponse est apporté par une équipe espagnole à l’Asco 2005 [36]. Cent soixante-dix patients ont été randomisés entre 3 cycles de docetaxel-cisplatine-5FU puis radiochimiothérapie (70 Gy et cisplatine) versus 3 cycles de cisplatine-F puis radiochimiothérapie versus radiochimiothérapie seule. Cet essai de phases II-III a inclus des patients avec des carcinomes non opérables, majoritairement classés T3-4 N2-3 de l’oropharynx. Les taux de réponse complète après la chimiothérapie d’induction ont été de 36 % dans les deux bras. Les taux de réponse complète après la radiochimiothérapie ont été de 80 et 88 % dans les deux premiers bras de traitement versus 47 % (p = 0,005) pour la radiochimiothérapie seule. Pour forger son opinion, il faudra guetter les conclusions d’une étude italienne multicentrique de phase III. Elle comporte deux bras de traitement : radiochimiothérapie concomitante avec du cisplatine-5FU plus ou moins précédée par 3 cycles de chimiothérapie associant le triplet docetaxel-cisplatine-5FU.

Il n’y a donc pas de réponse définitive à ce jour concernant la future place de la chimiothérapie première dans les cancers des VADS. L’apport des taxanes et/ou la radiochimiothérapie « séquentielle » sont prometteurs et offrent plusieurs bénéfices sur le contrôle tumoral et la survie, mais ils doivent être comparés à la radiochimiothérapie concomitante. Notre réflexion doit aussi prendre en compte les rapides progrès dans tous les domaines : amélioration des schémas de radiothérapie, avènement des nouvelles thérapies ciblées et des marqueurs biologiques prédictifs de réponse.
Tableau 4 Étude multicentrique de phase III intéressant des carcinomes inopérables des VADS, qui a randomisé docetaxel-cisplatine-5FU (TPF) versus cisplatine-5FU (PF)

Réponses et survie

TPF

PF

p

n = 177

n = 181

RO après la chimiothérapie (%)

67,8

53,6

0,007

RC après la chimiothérapie (%)

8,5

6,6

NS

RO après la radiothérapie (%)

72,3

58,6

0,008

RC après la radiothérapie (%)

33,3

19,9

0,004

Médiane de survie sans récidive (mois)

12,7

8,4

0,006

Médiane de survie globale (mois)

18,6

14,5

0,016

Références

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13 Jacobs C, Goffinet DR, Goffinet L, Kohler L, Fee WE. Chemotherapy as a substitute for surgery in the treatment of advanced resectable head and neck cancer. Cancer 1987 ; 60 : 1178-83.

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