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Smoking cessation interventions among cancer patients


Bulletin du Cancer. Volume 93, Number 4, 363-9, Avril 2006, Synthèse


Résumé   Summary  

Author(s) : Alexandra Meert, Colombine Mayer, Mina M Milani, Julie Beckers, Darius Razavi , CAM asbl, groupe de recherche et de formation 106, boulevard de Waterloo, 1000 Bruxelles, Belgique, Centre pour le traitement du tabagisme et de la dépendance à la nicotine (CTT) 106, boulevard de Waterloo, 1000 Bruxelles, Belgique, Université Libre de Bruxelles 50, avenue F. Roosevelt, CP 191, 1050 Ixelles et Institut Jules Bordet 1, rue Héger-Bordet, 1000 Bruxelles, Belgique.

Summary : What are the benefits of smoking cessation for cancer patients ? Are they motivated to quit smoking ? Which interventions are currently proposed to these patients ? Our literature review emphasizes the risks linked with continued smoking (increased relapse risk, increased second cancer risk…) as well as the abstinence benefits. Some studies have even identified differences in quality of life between smoker and non-smoker cancer patients. Research works also show that cancer patients desire to quit smoking and expect to receive some help to do so. But only a limited number of smoking cessation programs are specifically devoted to those persons. Moreover, the few studies that have evaluated the efficacy of those programs generally contain important methodological bias. In the future, it will then be imperative to explore the smoking cessation benefits in terms of quality of life but also to set up smoking cessation programs and to accurately assess their efficacy.

Keywords : cancer, smoking cessation, literature review

ARTICLE

Auteur(s) : Alexandra Meert1, Colombine Mayer2, Mina M Milani1, Julie Beckers2, Darius Razavi3

1CAM asbl, groupe de recherche et de formation 106, boulevard de Waterloo, 1000 Bruxelles, Belgique
2Centre pour le traitement du tabagisme et de la dépendance à la nicotine (CTT) 106, boulevard de Waterloo, 1000 Bruxelles, Belgique
3Université Libre de Bruxelles 50, avenue F. Roosevelt, CP 191, 1050 Ixelles et Institut Jules Bordet 1, rue Héger-Bordet, 1000 Bruxelles, Belgique

Article reçu le 23 Novembre 2005, accepté le 6 Mars 2006

À l’heure actuelle, nul ne peut ignorer les nombreux effets négatifs du tabagisme. Les informations concernant la nocivité de la cigarette ainsi que les mesures de prévention sont en effet de plus en plus présentes dans nos sociétés. L’attention générale se focalise donc sur les efforts à fournir afin de prévenir les maladies liées au tabagisme, et notamment le cancer qui en représente certainement l’issue la plus redoutée. En revanche, la question du sevrage des personnes ayant déjà développé une affection cancéreuse ne suscite pas le même intérêt. Patients comme soignants ne voient souvent dans la désintoxication tabagique des personnes atteintes d’une affection cancéreuse qu’une privation inutile d’un des seuls — et peut-être derniers — plaisirs qu’il leur reste [1]. Mais est-ce vraiment le cas ?Cet article se propose de faire le point sur les connaissances actuelles dans ce domaine. Il se penchera plus particulièrement sur le niveau de motivation des patients atteints d’une affection cancéreuse pour arrêter de fumer, sur les bénéfices que ceux-ci peuvent retirer d’un sevrage tabagique, sur les interventions qui sont actuellement proposées à cette population spécifique et sur les différentes études déjà menées à ce sujet.

Méthodologie

Les articles servant de base à cette revue de la littérature ont été obtenus par recherche systématique dans la base de données Medline. Pour les obtenir, nous avons le plus souvent utilisé comme mots clés des combinaisons d’expressions relatives, d’une part, au tabac et, d’autre part, aux patients atteints d’affections cancéreuses, par exemple « smoking cessation » and « cancer patients ». Les recherches discutant uniquement des effets potentiellement cancérigènes de la cigarette ont été éliminées, pour ne garder que les études concernant des patients ayant déjà développé une affection cancéreuse. Quelques articles ont été également obtenus par échange de courrier électronique et postal avec E.R. Gritz et R.A. Schnoll.

Il faut souligner ici que, le nombre d’études concernant spécifiquement les interventions de sevrage tabagique destinées aux patients cancéreux étant trop restreint, cet article ne se présente donc pas sous la forme d’une méta-analyse stricte.

Bénéfices d’un sevrage

Le tabagisme est à l’origine de nombreux méfaits, tant sur la santé que sur les traitements des patients atteints d’une affection cancéreuse. Cette habitude a en effet des répercussions en termes de survie [2-12], et ce même dans le cas de cancers peu avancés [10]. L’accroissement de la mortalité provoqué par la consommation de tabac dans un contexte oncologique trouve son explication dans deux phénomènes : d’une part, la cigarette favorise les récidives et/ou les cancers secondaires [13-21] et, d’autre part, elle a un impact négatif sur les traitements. Le tabac réduit en effet l’efficacité des traitements, augmente leurs effets secondaires [1, 9, 22, 23] et provoque un nombre accru de complications [24-32].

Ces impacts négatifs du tabac sur les traitements surviennent aussi bien lors d’une prise en charge chirurgicale que lors d’une chimiothérapie ou d’une radiothérapie. Lors d’opérations chirurgicales, la consommation tabagique entraîne des complications tant péri que postopératoires [1, 10, 30, 32-37]. Cela s’explique notamment par le fait que le tabagisme altère la circulation sanguine et la cicatrisation [38-40]. Lors d’une chimiothérapie, les patients fumeurs présentent plus d’effets secondaires et de complications liés aux traitements que les personnes sevrées du tabac ou n’ayant jamais fumé : perte de poids plus importante, fatigue accrue, plus grande toxicité cardiaque et pulmonaire du traitement [1, 41, 42]. De plus, le tabagisme contrecarre les effets bénéfiques des différentes substances médicamenteuses (bêtabloquants, analgésiques, benzodiazépines, agents chimiothérapiques) [43]. Lors d’une radiothérapie, les conséquences positives du traitement se voient également amoindries et ses effets secondaires négatifs exacerbés chez les patients fumeurs [9, 23, 24, 27, 44]. De plus, radiothérapie et tabagisme semblent provoquer, en synergie, une augmentation exponentielle du risque d’apparition de cancers secondaires [18, 45].

Le sevrage tabagique des fumeurs atteints d’une affection cancéreuse permettrait donc de réduire les risques de cancers secondaires, de rechutes et de complications associées aux différents traitements. Mais qu’en serait-il alors de leur qualité de vie ? Une étude réalisée sur des sujets en bonne santé indique que les personnes ayant arrêté de fumer depuis plus de 6 mois rapportent une meilleure qualité de vie physique et psychique, de même qu’une plus grande estime de soi et un fonctionnement cognitif optimisé, par rapport à celles ayant repris la cigarette [46]. En ce qui concerne les patients atteints d’une affection cancéreuse, plusieurs recherches transversales comparant fumeurs et non-fumeurs (y compris ex-fumeurs et personnes n’ayant jamais fumé) ont été réalisées. L’une d’entre elles, menée auprès de patients atteints d’un cancer du cou et de la tête, constate que les fumeurs présentent plus de symptômes dépressifs que les non-fumeurs. Cette étude montre également une influence négative du degré de dépendance du fumeur sur son fonctionnement physique, psychologique et social [47]. D’autres études, menées auprès de patients atteints d’une affection cancéreuse du poumon, rapportent chez les fumeurs une santé mentale moins bonne [48], une fatigue plus prononcée, un plus grand nombre de symptômes de détresse, une diminution d’appétit ainsi qu’une plus mauvaise qualité de vie que chez les non-fumeurs [49]. Tous ces travaux nous informent donc de l’existence de différences en termes de bien-être subjectif entre fumeurs et non-fumeurs atteints d’une affection cancéreuse. Cependant, aucune étude longitudinale n’a encore évalué l’impact à long terme que peut avoir un sevrage tabagique sur la qualité de vie des patients cancéreux.

Le tableau 1( Tableau 1 ) synthétise les différents effets potentiellement négatifs de la cigarette dans un contexte de prise en charge oncologique. Il est important de noter qu’il n’a comme objectif que de rapporter certains effets mentionnés dans la littérature. Une quantification de ces effets n’est pas présentée ici car elle mériterait à elle seule une revue de la littérature.
Tableau 1 Impacts potentiellement négatifs d’un maintien du comportement tabagique lors du traitement d’une affection cancéreuse (comparativement aux personnes sevrées ou n’ayant jamais fumé)

Risques et effets secondaires

Impact du maintien du tabagisme

Risque de récidives de l’affection cancéreuse

Augmenté

Risque d’affections cancéreuses secondaires

Augmenté

Risque de complications des traitements

Augmenté

Effets secondaires des traitements

Augmentés

Efficacité des traitements

Diminuée

Qualité de vie

Probablement diminuée

Motivation au sevrage

Si la nécessité d’un sevrage tabagique chez les personnes atteintes d’une affection cancéreuse se justifie objectivement, qu’en est-il du souhait de ces patients de se sevrer ? Plusieurs études montrent que 30 à 50 % des fumeurs atteints d’une affection cancéreuse arrêtent spontanément de fumer après le diagnostic ou pendant les traitements [5, 50]. Parmi ceux qui continuent à fumer, une grande majorité (estimée à plus de 90 %) souhaiterait se défaire de la cigarette [50] et ressent le besoin d’être aidée pour y parvenir [47, 51]. Quant aux patients se montrant peu ou non enclins à se sevrer, des recherches ont mis au jour différents facteurs susceptibles d’influencer leur motivation. Ainsi, certains moments clés se révèlent particulièrement propices pour renforcer la motivation à arrêter de fumer. Rappelons que, dans ce contexte, la motivation au sevrage se définit généralement par une intention d’interrompre son comportement tabagique à très court terme. Une hospitalisation, par exemple, constitue déjà une opportunité d’arrêt [52]. Non seulement le corps médical y dispense des conseils en ce sens, mais les patients y rencontrent également différentes barrières matérielles rendant difficile une consommation tabagique régulière : obligation de quitter sa chambre pour fumer, difficultés à se déplacer liées aux traitements ou aux symptômes de la maladie, etc. [53]. Les interventions de sevrage tabagique proposées lors d’hospitalisations pourraient de ce fait se révéler plus efficaces que les prises en charge ambulatoires [54]. L’annonce d’un cancer constitue également un moment privilégié pour sensibiliser les patients à la nécessité d’un sevrage, car le puissant choc émotionnel que ce diagnostic suscite peut contribuer à une prise de conscience des effets nocifs du tabac [55, 56].

Certains facteurs relatifs à la maladie influencent aussi la motivation au sevrage, tel le site de l’affection décelée. Ainsi, la détection d’une affection cancéreuse du poumon ou des voies aériennes supérieures, dont le rapport au tabagisme est le plus souvent clairement établi, incite davantage les patients à arrêter de fumer qu’une néoplasie mammaire par exemple [53, 57-59]. Enfin, la motivation à arrêter de fumer est également fortement corrélée à la gravité de la maladie et à la lourdeur des traitements [56]. En effet, les patients souffrant d’un cancer fort avancé arrêtent davantage de fumer que les autres [60]. Les patients soignés uniquement par chirurgie se montrent généralement moins motivés et ceux qui y parviennent rechutent plus fréquemment que les personnes sous traitement chimio et/ou radiothérapique [61]. Toutefois, cela ne s’applique pas aux patients ayant subi des opérations chirurgicales radicales, telle une laryngectomie, qui induisent, elles, une forte augmentation de la motivation [62].

La littérature indique donc que les patients atteints d’une affection cancéreuse souhaitent pour la plupart arrêter de fumer. Cependant, leur motivation n’est pas toujours suffisamment importante pour mettre en place une action concrète d’arrêt. Dans ce cas de figure, les périodes d’hospitalisation et l’annonce du diagnostic de cancer semblent constituer des moments propices pour faire évoluer positivement la motivation au sevrage.

Utilité des interventions de sevrage

Si bon nombre de patients atteints d’une affection cancéreuse ambitionnent d’arrêter de fumer, tous ne formulent pas ce souhait et certains ne trouvent pas en eux la motivation nécessaire pour y parvenir. De plus, la plupart des fumeurs, qu’ils soient malades ou en bonne santé, présentent une perception faussée des risques liés au tabac [63], les minimisant, voire les déniant. Pour tous ces patients, il serait donc fort utile de mettre en place des interventions visant à une augmentation de la motivation au sevrage ainsi qu’à une prise de conscience des risques réels auxquels ils s’exposent en conservant leur comportement tabagique. Les fumeurs motivés pour se sevrer sont, quant à eux, généralement demandeurs d’une aide spécifique [47, 51, 57, 60, 64]. Ainsi, leur proposer des interventions de soutien répondrait à ce besoin et pourrait augmenter les chances de succès, car la motivation se révèle en général nécessaire mais non suffisante pour entreprendre et réussir ce genre de démarche. Enfin, de nombreuses études ont montré la difficulté qu’éprouvent les fumeurs, même lorsqu’ils se savent atteints d’une affection cancéreuse, à maintenir leur abstinence tabagique sur le long terme. En effet, leur motivation peut rapidement fléchir et, sans aide, un grand nombre d’entre eux recommencent à fumer une fois achevé leur traitement anticancéreux [5, 13, 50, 59, 61, 62, 65-68]. La mise en place d’interventions de prévention des rechutes s’avérerait donc également fort utile dans l’aide au sevrage.

En bref, les fumeurs atteints d’une affection cancéreuse tireraient profit d’une prise en charge à plusieurs niveaux. Il serait tout d’abord primordial de les informer des risques liés au maintien de leurs habitudes tabagiques ainsi que des bénéfices qu’ils retireraient d’un arrêt. Il conviendrait ensuite de leur proposer une intervention adaptée à leur situation personnelle, visant donc soit l’augmentation de la motivation au sevrage, soit le soutien durant la phase concrète d’arrêt, soit la prévention d’une rechute. Des interventions de ce type existent déjà et ciblent le plus souvent des personnes en bonne santé. Elles pourraient se voir proposées aux patients atteints d’une affection cancéreuse moyennant quelques aménagements.

Efficacité des interventions existantes

Paradoxalement, si de très nombreux travaux tentent de développer des interventions de sevrage tabagique efficaces dans une population générale [69], voire pour des patients hospitalisés [70-74], très peu d’études se penchent sur le cas des personnes souffrant d’une affection cancéreuse. Les quelques recherches menées auprès de cette population se sont, pour la plupart, intéressées aux patients atteints d’une affection cancéreuse du poumon — que le diagnostic soit avéré [75, 76] ou seulement suspecté [77, 78] — ou de la tête et du cou [58, 62, 64, 79]. Par ailleurs, les interventions testées ne semblent jamais véritablement intensives : certaines se limitaient à un bref conseil [80], d’autres proposaient une prise en charge légèrement plus soutenue (par exemple 3 entretiens de 25 minutes, suivis de 5 appels téléphoniques hebdomadaires [81]). Les taux d’abstinence tabagique obtenus par ces diverses méthodes ne surpassent presque jamais ceux observés chez les personnes qui n’ont pas bénéficié d’interventions spécifiquement axées sur le sevrage [75, 80-83].

De plus, ces rares travaux concernant des patients atteints d’une affection cancéreuse comportent souvent des biais méthodologiques qui les rendent difficilement interprétables et généralisables. Dans plusieurs études notamment, les critères d’échantillonnage ne sont pas assez précis. En effet, certaines recherches portent sur une population hospitalisée tout-venant, mêlant donc affections oncologiques et autres pathologies [82, 84], tandis que d’autres prennent en compte des patients atteints d’affections cancéreuses diverses, tous diagnostics oncologiques confondus [80, 81, 83]. Il est également intéressant de noter que la grande majorité de ces études ne concerne que des patients hospitalisés pour traitement chirurgical [75, 76, 81-83]. Or les patients cancéreux soignés par chirurgie curative paraissent moins enclins que les autres à vouloir arrêter de fumer. Par ailleurs, la chirurgie représentant l’approche privilégiée des affections cancéreuses peu avancées, ces études semblent donc exclure des patients dont le pronostic est moins favorable et le traitement plus lourd. De plus, certains travaux ne se fondent, afin d’évaluer l’abstinence tabagique, que sur les dires des patients [76, 84] ou vérifient ceux-ci par la mesure du taux de monoxyde de carbone [75, 85]. Or, une étude rapporte que les fumeurs atteints d’une affection cancéreuse ont généralement tendance à sous-estimer leur consommation de cigarettes et que le taux de cotinine contenue dans le sang constitue un bien meilleur indicateur à ce niveau que le taux de monoxyde de carbone [86]. Un autre biais rencontré dans de nombreuses études est le délai entre le diagnostic et le début de la prise en charge tabagique. Celui-ci est souvent long, ce qui signifie que l’intervention se voit proposée à des patients qui n’ont pas arrêté d’eux-mêmes de fumer lors du diagnostic ou qui ont recommencé depuis. Il se pourrait donc que ces patients soient plus dépendants de la nicotine et/ou moins motivés que les autres. D’autres biais se rencontrent dans ces recherches tels que l’absence de groupe témoin, la petite taille des échantillons ou encore le fait que les évaluations d’efficacité ont été réalisées à trop court terme.

Le tableau 2( Tableau 2 ) reprend les quelques études contrôlées et randomisées ayant déjà évalué l’efficacité d’interventions de sevrage tabagique auprès de patients cancéreux. Il présente de façon résumée les caractéristiques des recherches en termes d’échantillon, d’intervention testée, de résultats obtenus, et propose également une vision critique des méthodologies employées. Aucune des interventions testées à ce jour n’ayant pu significativement prouver son efficacité, aucune mesure de l’effet de ces interventions n’est donc rapportée (Odds ratio).

La littérature montre donc, d’une part, que les études testant l’efficacité d’interventions de sevrage spécifiquement destinées aux patients atteints d’une affection cancéreuse restent à ce jour peu nombreuses et, d’autre part, que les quelques travaux à ce sujet présentent un certain nombre de biais méthodologiques rendant leur interprétation difficile. Sachant qu’un sevrage tabagique est néanmoins bénéfique à ces malades et qu’ils sont pour la plupart motivés et en attente d’aide pour arrêter de fumer, il semble fondamental de développer à l’avenir ce domaine de recherche.
Tableau 2 Études contrôlées et randomisées ayant testé un type d’intervention de sevrage auprès de patients cancéreux : résultats obtenus et faiblesses des méthodologie employées

Auteurs

Échantillon

Intervention

Résultats

Critiques

Gritz et al. [58]

  • 186 patients atteints d’un cancer tête/cou, ayant fumé durant la dernière année écoulée.
  • 114 ont complété l’étude entière (sur 12 mois)


  • GE = une séance initiale axée sur le sevrage avec un médecin + 6 sessions motivationnelles lors des visites de contrôle chez le médecin + 3 brochures de self-help.
  • GT = informations sur les bénéfices d’un sevrage et conseil d’arrêter de fumer donnés par un médecin.


  • À 12 mois : 63,8 % du GE abstinents (depuis au moins 48 h) versus 76,8 % du GT.
  • Différence non significative, confirmée par une mesure objective (cotinine).


Interventions non standardisées pour le GT (peu de consignes données aux médecins de ce groupe).

Wewers et al. [82]

80 patients fumeurs hospitalisés pour chirurgie, dont 30 patients cancéreux (majorité de cancer tête/cou, 25 sur 30)

  • GE = 3 x 25 minutes d’intervention axée sur le sevrage avec une infirmière + 5 appels téléphoniques hebdomadaires.
  • GT = prise en charge médicale habituelle.


À 6 semaines : 37,8 % de GE abstinents (dosage de cotinine < 10 ng/ml) versus 25,6 % du GT. Différence non significative, confirmée par une mesure objective (cotinine).

Évaluation à trop court terme, échantillon trop petit et ne comprenant pas uniquement des patients cancéreux, interventions non standardisées pour le GT.

Stanislaw et Wewers [81]

26 patients cancéreux fumeurs, majorité de cancer tête/cou (21 sur 26)

  • GE = 3 x 25 minutes d’intervention axée sur le sevrage avec une infirmière + 5 appels téléphoniques hebdomadaires.
  • GT = prise en charge médicale habituelle.


  • À 5 semaines : 75 % du GE abstinents (dosage de cotinine < 10 ng/ml) versus 42,9 % du GT.
  • Différence non significative, confirmée par une mesure objective (cotinine).


Évaluation à trop court terme, échantillon trop petit, interventions non standardisées pour le GT.

Griebel et al. [83]

28 patients cancéreux fumeurs, hospitalisés pour chirurgie, toutes affections cancéreuses confondues.

  • GE = bref entretien axé sur le sevrage tabagique avec une infirmière + 5 appels téléphoniques hebdomadaires.
  • GT = prise en charge médicale habituelle.


  • À 6 semaines : 21 % de GE abstinents (depuis au moins 7 jours) versus 14 % du GT.
  • Différence non significative, confirmée par une mesure objective (cotinine).


Évaluation à trop court terme, échantillon trop petit et comprenant des néoplasies trop diverses pour être regroupées, interventions non standardisées pour le GT.

Schnoll et al. [80]

432 patients cancéreux fumeurs, toutes affections cancéreuses confondues.

  • GE = brève information (<5 minutes) donnée par un médecin à propos des bénéfices du sevrage, de l’existence de produits de substitution de la nicotine, etc. + une brochure de self-help + numéro d’une ligne téléphonique d’aide aux fumeurs fourni aux patients.
  • GT = prise en charge médicale habituelle.


  • À 12 mois : 13,3 % du GE abstinents (depuis au moins 7 jours) versus 13,6 % du GT.
  • Différence non significative.


Intervention trop brève et trop peu différenciée d’une prise en charge médicale classique, échantillon comprenant des néoplasies trop diverses pour être regroupées, pas de vérification objective (cotinine) de l’abstinence tabagique rapportée par les patients.

Perspectives futures

La question de la prise en charge tabagique des patients atteints d’une affection cancéreuse restant à ce jour peu explorée, toute contribution scientifique en la matière serait la bienvenue. Néanmoins, une piste de recherche à privilégier pourrait être de mieux définir l’impact psychologique du sevrage. Certaines études ont en effet déjà constaté, chez des patients, des différences en termes de bien-être subjectif en fonction de leur statut tabagique et, vu la forte détérioration de qualité de vie causée par l’affection cancéreuse elle-même [48, 87, 88], cet impact pourrait constituer un corollaire du sevrage à ne pas négliger [46-48, 87]. D’autres voies particulièrement intéressantes à explorer pourraient être de comparer l’efficacité d’interventions substantiellement différentes, ou de confronter les effets d’interventions semblables sur le fond mais de durées et/ou d’intensités différentes. Les futurs travaux devraient également s’appliquer à mieux cerner les effets à long terme des interventions de sevrage, car la plupart des recherches négligent d’investiguer les répercussions d’une prise en charge plusieurs mois après celle-ci. Le domaine de la prévention des rechutes demeure lui aussi peu étudié. Il serait intéressant, dans une population telle que celle des patients atteints d’une affection cancéreuse, de mettre en place des interventions de ce type. En effet, comme il a déjà été souligné auparavant, une proportion importante de ces patients, lorsqu’ils se trouvent confrontés au diagnostic et aux traitements, arrêtent d’emblée de fumer, mais nombre d’entre eux recommencent par la suite, une fois passé le choc de l’annonce et des traitements [62]. Les chercheurs pourraient donc à l’avenir tenter de déterminer la formule optimale permettant de conforter et de maintenir les patients cancéreux ayant arrêté de fumer — spontanément ou avec une aide extérieure — dans leur décision d’abstinence tabagique.

Conclusion

De nombreuses interventions de sevrage ont été mises en place ces dernières années, ciblant le plus souvent une population bien précise : adolescents, employés d’entreprise, femmes enceintes, etc. Les personnes atteintes d’une affection cancéreuse semblent, quant à elles, avoir été oubliées. En effet, très peu d’interventions ont été élaborées spécifiquement pour elles. Or, arrêter de fumer a un impact positif considérable, et ce même — voire surtout — pour ces patients. Ils en tirent des bénéfices sur le plan de l’efficacité de leurs traitements et peut-être même au niveau de leur bien-être psychologique. Par ailleurs, ces patients se montrent souvent motivés pour arrêter de fumer, particulièrement lorsque le diagnostic d’affection cancéreuse vient d’être posé, lorsque la maladie est déjà avancée et/ou lorsque le site de la pathologie est clairement relié au tabac. Les patients atteints d’une affection cancéreuse se trouvent donc généralement en demande d’aide pour se sevrer de la cigarette, pourtant seul un nombre très restreint d’études ont tenté d’évaluer la meilleure méthode pour les assister dans cette démarche, et ces rares travaux présentent le plus souvent des biais méthodologiques importants.

Cette revue de la littérature permet donc, d’une part, de mettre en évidence l’utilité de proposer un sevrage tabagique aux patients atteints d’une affection cancéreuse et, d’autre part, de souligner le manque d’études scientifiques rigoureuses qui subsiste actuellement à ce niveau. Il faut rappeler que l’efficacité des interventions médicales et psychologiques destinées à soutenir le sevrage tabagique dans une population tout venant est réelle quand elle associe un traitement pharmacologique et un soutien psychologique spécifique. Il est fort probable que la « clinique du sevrage tabagique » se développera dans les prochaines années, permettant d’accroître plus encore l’efficacité des interventions rapportée actuellement dans la littérature. Cet article plaide pour un transfert et une adaptation de ces interventions à des patients présentant une affection cancéreuse et ce, qu’ils soient ou non hospitalisés.

Remerciements

Nous remercions Madame Catherine Leclerc pour ses relectures.

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