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Medical treatment of metastatic or recurrent cancer of the cervix


Bulletin du Cancer. Volume 93, Number 3, 263-70, Mars 2006, Synthèse


Résumé   Summary  

Author(s) : Thibault de La Motte Rouge, Patricia Pautier, Anne-Sophie Hamy, Pierre Duvillard, Antoine Bruna, Damienne Castaigne, Philippe Morice, Christine Haie-Meder, Catherine Lhommé , Comité de gynécologie médicale, Institut Gustave Roussy, 39 rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex.

Summary : Cervical cancer is the most frequent gynaecological cancer worldwide. Incidence is decreasing in industrialized countries but remains high in poorest countries. In metastatic or recurrent disease, the treatment is more often palliative. Chemotherapy yields some efficiency in non-irradiated fields but the benefit should be balanced with the treatment toxicities. In this setting, cisplatin is considered as the drug of reference, but responses rates are poor. So far, combined chemotherapy has not been shown better than cisplatin alone. Recently, results for cisplatin associated with topotecan appear to be promising while used for treatment in metastatic or recurrent disease. However, the bad prognosis of this illness leads to keep on looking for better treatments. Targeted therapeutics and immunotherapy against human papilloma virus could bear significant progress for treatment of cervical cancer.

Keywords : cervical cancer, recurrent, metastatic, chemotherapy, targeted therapy, immunotherapy

ARTICLE

Auteur(s) : Thibault de La Motte Rouge, Patricia Pautier, Anne-Sophie Hamy, Pierre Duvillard, Antoine Bruna, Damienne Castaigne, Philippe Morice, Christine Haie-Meder, Catherine Lhommé

Comité de gynécologie médicale, Institut Gustave Roussy, 39 rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex

Article reçu le 2 Juin 2005, accepté le 6 Decembre 2005

Le cancer du col utérin est une pathologie touchant souvent la femme jeune, avec un pic d’incidence à 40 ans et un âge médian au diagnostic de 51 ans. Environ 3 400 nouveaux cancers sont diagnostiqués chaque année en France [1]. Dans les pays les plus riches, l’incidence diminue régulièrement, probablement par une meilleure prise en charge préventive grâce aux frottis systématiques de dépistage permettant la mise en évidence de lésions prénéoplasiques. Par ailleurs, pour les lésions invasives, le diagnostic est fait le plus souvent à un stade localisé, le stade d’extension et l’atteinte ganglionnaire étant les principaux facteurs pronostics. En dépit des progrès effectués, le cancer du col utérin reste le cancer gynécologique le plus fréquent sur le plan mondial avec une incidence de 470 000 cas par an [2] et demeure de mauvais pronostic dans les pays les plus pauvres (pas de dépistage, diagnostic à un stade évolué, difficulté d’accès aux traitements).À un stade localisé, la chimiothérapie n’a pas de place lors du traitement initial. En cas de tumeurs plus évoluées (≥ IB2) [3], une chimiothérapie concomitante (le plus souvent par cisplatine hebdomadaire) est associée à la radiothérapie et à la curiethérapie (standard) [4]. Quelques équipes proposent une chimiothérapie néoadjuvante avant radiothérapie ou chirurgie. La place de la chimiothérapie est prépondérante lorsque la tumeur est métastatique d’emblée ou en cas de récidive ne pouvant bénéficier ni d’une chirurgie, ni d’une radiothérapie.Au stade métastatique, dans l’immense majorité des cas, la chimiothérapie n’a qu’un rôle purement palliatif. La notion de régression tumorale est ici différente de celle de contrôle tumoral. Il existe très peu de réponses complètes et les durées de réponse et de survie sont courtes. Ainsi, avec le cisplatine (médicament le plus actif), les durées des réponses sont de 4 à 6 mois et les durées des médianes de survie sont inférieures à 1 an. Les résultats des essais de phase II présentés sous forme de taux de réponse sont parfois très encourageants, mais seules les données sur la survie globale d’essais randomisés peuvent permettent de conclure ou non à un bénéfice pour les patientes. Il n’existe aucune étude de phase III ayant comparé le meilleur protocole de chimiothérapie aux meilleurs soins palliatifs dans cette indication.Les tumeurs métastatiques d’emblée sont rares. L’efficacité des différentes molécules est par conséquent étudiée principalement après échec du traitement initial, ce qui retentit sur l’évaluation des nouvelles drogues. En effet, l’efficacité de la chimiothérapie lors des rechutes (souvent situées en zones préalablement irradiées) est inférieure à celle observée lors des traitements initiaux [5-7]. Cela tient à plusieurs facteurs :
  • la vascularisation pelvienne est modifiée par le traitement initial et la tumeur est mal vascularisée, ce qui gêne l’accès des médicaments à son niveau, du moins à des doses thérapeutiques ;
  • la tumeur est composée de cellules résistantes à la radiothérapie qui sont également souvent chimiorésistantes ; cela est encore plus vrai depuis que les patientes ayant une tumeur de mauvais pronostic reçoivent également du platine dès le traitement initial ;
  • les réserves médullaires sont diminuées après radiothérapie pelvienne, ce qui augmente la toxicité hématologique des drogues et/ou oblige à des réductions de doses ;
  • la fonction rénale peut être altérée en cas d’hydronéphrose, ce qui gêne l’utilisation de médicaments néphrotoxiques (comme le cisplatine) et l’administration des drogues à élimination principalement rénale.
Par ailleurs, la répartition des cibles évaluées (situées ou non en zone irradiée) est hétérogène selon les publications et n’est pas toujours précisée. L’interprétation des résultats des essais et leurs comparaisons entre eux sont de ce fait difficiles. Ainsi, une malade ayant deux lésions dont l’une en zone préalablement irradiée peut avoir une réponse dissociée (progression pelvienne et réponse d’une métastase à distance), mais sera « déclarée » comme ayant une maladie progressive du fait de la progression pelvienne.

Tumeurs épidermoïdes

Les tumeurs épidermoïdes représentent plus de 80 % des tumeurs du col utérin. Bon nombre d’essais de phase II excluent les autres types histologiques. Dans les autres essais incluant tous les types histologiques de cancer du col de l’utérus, les cancers épidermoïdes représentent la grande majorité des tumeurs. Dans les études de phase III, une stratification en fonction de l’histologie est prévue lorsque les critères d’inclusion ne limitent pas l’essai aux tumeurs épidermoïdes. Par conséquent, les résultats publiés (taux de réponse, survie) correspondent principalement à ceux des tumeurs épidermoïdes.

Monochimiothérapies

Thigpen et al. [8] ont colligé dans leur revue, publiée en 2003, 58 cytotoxiques évalués en monochimiothérapie. Parmi eux, 18 sont dits actifs car permettant d’obtenir un taux de réponse supérieur à 15 % (tableau 1( Tableau 1 )).

Sels de platine

Le cisplatine est le médicament considéré comme étant le plus actif dans les cancers du col utérin et comme la drogue de référence dans les études randomisées. Les taux de réponse observés varient de 18 à 33 % et la médiane de survie est de 8 à 10 mois [9-17] (tableau 2( Tableau 2 )). La question du bénéfice réel en situation palliative se pose étant donné la toxicité du cisplatine et son retentissement délétère sur la qualité de vie des patientes (nausées, vomissements, neuropathies). Aucune étude randomisée ne l’a comparé aux meilleurs soins palliatifs. Cependant, deux protocoles donnent des arguments indirects en faveur d’un bénéfice réel. Dans l’étude randomisée comparant l’hydroxyurée (sans aucune efficacité et assimilée à un placebo) à l’association cisplatine + méthotrexate, un gain de survie globale significatif a été observé dans le second bras [18]. Par ailleurs, Chambers et al. [19] ont obtenu 67 % d’amélioration des syndromes douloureux en rapport avec la tumeur avec un protocole contenant du cisplatine, et ce malgré un taux de réponse de 30 %. Cependant, il s’agit d’une étude datant de plus de 10 ans et les progrès faits depuis en analgésie font remettre en cause la pertinence actuelle de ces résultats.

Le cisplatine est actif à la dose de 50 mg/m2, administré par voie intraveineuse, à un débit de 1 mg/minute, toutes les 3 semaines [9-11]. Les taux de réponse sont supérieurs en administrant 100 mg/m2 en un jour [9], mais sans gain observé sur les survies sans récidive ou globale et au prix d’une toxicité accrue. Ce gain sur les taux de réponse n’est pas observé en perfusant 20 mg/m2 pendant 5 jours. La perfusion du cisplatine sur 24 heures n’augmente pas les taux de réponse mais diminue la toxicité digestive [11]. Au total, en dehors de l’association radiochimiothérapie (RT-CT), l’administration toutes les 3 semaines de 50 à 100 mg/m2 de cisplatine est le protocole utilisé actuellement.

Deux études ont évalué l’efficacité du carboplatine chez un total de 175 patientes [20, 21]. Le taux de réponse cumulé est de 15 %, donc inférieur à celui du cisplatine (tableau 1). Dans l’essai comparant carboplatine et iproplatine, le taux de réponse observé avec l’iproplatine est inférieur (11 %) [21]. À noter qu’il n’y a pas d’essai randomisé comparant cisplatine et carboplatine dans cette indication. Il s’agit de comparaisons rétrospectives d’essais de phase II dont certains sont anciens (critères d’inclusion et modalités d’évaluation différents). Le cisplatine reste actuellement le sel de platine de référence mais la place du carboplatine n’est pas encore clairement définie. En effet, sa moindre toxicité digestive, rénale et neurologique ainsi que son administration en ambulatoire en font un candidat de choix en termes de qualité de vie, point particulièrement important dans cette indication. Par ailleurs, la dose prescrite est calculée selon la fonction rénale (aire sous la courbe), ce qui permet de l’administrer qu’il y ait eu ou non une obstruction rénale. De plus, il peut être proposé en cas de neuropathie préexistante ou en association à des médicaments neuro et/ou néphrotoxiques. En revanche, sa toxicité principalement hématologique peut être un frein à son utilisation après irradiation pelvienne, lorsque les réserves médullaires sont altérées.

Le stade d’extension initial est l’un des facteurs pronostiques les plus importants pour les cancers du col utérin, les récidives et/ou les métastases secondaires survenant principalement en cas de tumeurs initialement volumineuses ou localement évoluées. Pour ces tumeurs, le traitement initial standard consiste actuellement en une association RT-CT concomitante à base de platine. L’efficacité du platine lors du traitement des rechutes ou des métastases n’a pas été encore clairement définie après RT-CT concomitante initiale. Peut-être faudrait-il raisonner comme pour les cancers de l’ovaire en séparant les tumeurs résistantes des tumeurs sensibles au platine selon la durée de l’intervalle libre entre la fin du traitement initial et la rechute. À noter cependant que les doses cumulées de platine administrées initialement sont relativement basses.
Tableau 1 Cytotoxiques dont les taux de réponse publiés sont supérieurs à 15 % [8]

Drogues

Nombre de patientes

Réponses (n)

Taux de réponse (%)

Agents alkylants

Cyclophosphamide

251

38

15

Chlorambucil

44

11

25

Dibromodulcitol

102

23

23

Galactitol

36

7

19

Ifosfamide

157

35

22

Melphalan

20

4

20

Métaux lourds

Carboplatine

175

27

15

Cisplatine

815

190

23

Antibiotiques

Doxorubicine

266

45

17

Antimétabolites

5-fluoro-uracile

142

29

20

Méthotrexate

96

17

18

Vinca-alcaloïdes

Vincristine

55

10

18

Vindésine

21

5

24

Vinorelbine

42

6

15

Autres

Irinotecan

55

13

24

Hexaméthylmélamine

64

12

19

Paclitaxel

52

9

17

Bléomycine

55

13

23

Topotécan

43

8

19


Tableau 2 Efficacité du cisplatine dans les cancers du col utérin évolués ou en récidive

Protocoles

Nombre de patientes

Réponses (nb)

TR (%)

SSP (mois)

SG (mois)

SWOG (1987) [12]

CDDP 50 mg/m2

9

3

33

NP

17

CDDP 50 mg/m2 + mitomycine

51

13

25

NP

7

CDDP 50 mg/m2 + mitomycine + bléomycine

54

12

22

NP

6,9

GOG64 (1989) [11]

CDDP 50 mg/m2

164

28

17

NP

NP

CDDP 50 mg/m2 sur 24 h

156

28

18

NP

NP

GOG110 (1997) [13]

CDDP 50 mg/m2

140

25

18

3,2

8

CDDP 50 mg/m2 + dibromodulcitol

147

31

21

4,6

8,3

CDDP 50 mg/m2 + ifosfamide

151

47

31

3,5

7,3

GOG149 (2002) [14]

CDDP 50 mg/m2 + ifosfamide

146

47

32

4,6

8,5

CDDP 50 mg/m2 + ifosfamide + bléomycine

141

44

31

5,1

8,4

GOG169 (2004) [15]

CDDP 50 mg/m2

134

26

19

3

9

CDDP 50 mg/m2 + paclitaxel 135 mg/m2 sur 24 h

130

47

36

5

10

EORTC (2001) [16]

CDDP 50 mg/m2

143

37

25

4,5

9,3

CDDP 50 mg/m2 + eldésine + bléomycine + mitomycine

144

63

42

5,3

10,1

GOG179 (2004) [17]

CDDP 50 mg/m2

139

13

2,9

7

CDDP 50 mg/m2 + topotecan 0,75 mg/m2 J1 → 3

135

27

4,6

9,2

Autres médicaments

Les taux de réponse observés avec les médicaments les plus anciens et actifs sont rapportés dans le tableau 1. La bléomycine (taux de réponse de 23 %) a été largement utilisée dans les protocoles de polychimiothérapie du fait de son action synergique avec certains cytotoxiques. L’ifosfamide a aussi été très utilisé. En cumulant les données de 157 patientes, le taux de réponse est de 22 %. Il est nettement plus élevé chez les patientes naïves de chimiothérapie (35 à 50 %) qu’en deuxième ligne (8 %), dans les deux cas après échec de la radiothérapie [8].

Des résultats intéressants ont été rapportés avec les cytotoxiques d’utilisation plus récente (paclitaxel, docétaxel, topotécan, vinorelbine, irinotecan, gemcitabine) [22-34] (tableau 3( Tableau 3 )). Différentes doses et différents schémas d’administration ont été testés. L’utilisation de drogues administrées per os peut être une alternative intéressante pour cette chimiothérapie, dans la majorité des cas, palliative. Cependant, les taux de réponse rapportés pour la capécitabine restent modestes dans les études de phases II : de 9 % à 17 % selon les publications [34, 35]. D’autres essais de phase II en cours continuent d’évaluer des drogues nouvelles (permetrexed disodique) ou de nouveaux schémas d’administration (topotécan hebdomadaire).

L’arrivée de ces nouveaux médicaments laisse espérer le développement de nouvelles associations plus actives.
Tableau 3 Essais de phase I ou II évaluant en monochimiothérapie l’efficacité de certaines drogues plus récentes

Auteurs

Années

Drogues

Doses (mg/m2)

N

RP (%)

RC (%)

TR (%) RP + RC

McGuire [23]

1996

Paclitaxel 24 h

170

52

13

4

17

Kudelka [24]

1996

Paclitaxel 3 h G-CSF

250

22

23

0

23

Kudelka [25]

1996

Docétaxel

100

18

13

0

13

Verschraegen [26]

1997

Irinotécan hebdomadaire

125

42

1

20

21

Lhommé [27]

1999

Irinotécan

350

55

3

20

23

Noda [28]

1996

Topotécan

1,2

29

18

0

18

Goedhals [29]

1996

Gemcitabine hebdomadaire

1250

45

11

0

11

Schilder [30]

2000

Gemcitabine hebdomadaire

800

24

8

0

8

Morris [31]

1998

Vinorelbine hebdomadaire

30

35

14

4

18

Lhommé [32]

2000

Vinorelbine hebdomadaire

30

46

17

0

17

Chauvergne [33]

1993

Pirarubicine

20

31

19*

12*

31*

Moiseyenko [34]

2001

Capecitabine

2500

24

8

8

16

Polychimiothérapies

Essais de phases II

L’existence de nombreuses drogues actives, ayant des mécanismes d’action et des profils de toxicités différents, a fait réaliser de multiples essais de phase II d’associations. Les résultats de certains d’entre eux sont présentés dans le tableau 4( Tableau 4 ). Il s’agit souvent de protocoles non réservés aux tumeurs épidermoïdes, ayant inclus peu de malades, dans des situations tumorales différentes et souvent non décrites dans les articles : récidives ou métastases, chimiothérapie première ou non, maladie située en zone irradiée ou non, tous ces éléments entrant en ligne de compte pour interpréter les résultats. Une augmentation notable des taux de réponse a souvent été constatée (> 45 %), mais au prix d’un accroissement de la toxicité. L’association cisplatine-ifosfamide permet d’obtenir des taux de réponse élevés, principalement chez les patientes n’ayant pas reçu de radiothérapie au préalable [8]. Il lui est parfois associé une troisième molécule : la bléomycine (initialement taux de réponse très intéressants mais bénéfice non retrouvé dans les études ultérieures de phase II ou III) ou le paclitaxel sans ou avec G-CSF ; les taux de réponse rapportés sont ici de 15 à 76 % et la toxicité de ce protocole est principalement hématologique (91 % de myélotoxicité de grade 3 ou 4) sans G-CSF et neurologique (44 %) avec G-CSF [36, 37]. Aucune étude de phase III n’a à ce jour confirmé cette efficacité en termes de survie.

Les études de phase II associant le cisplatine (ou parfois le carboplatine) à des molécules plus récentes (vinorelbine, paclitaxel, irinotecan) rapportent des taux de réponse élevés (respectivement de 48, 46 et 66 %), mais au prix d’une toxicité accrue : neurologique (principalement avec la vinorelbine et le paclitaxel administré sur 3 heures) et dans tous les cas hématologique (plus importante avec l’irinotecan), nécessitant pour certaines associations le recours aux facteurs de croissance [38]. Les essais associant carboplatine + paclitaxel rapportent des taux de réponse très intéressants (72 et 60 %), mais la survie sans progression n’est que de 7 mois pour Mickiewicz [39] et la médiane de survie de 17 mois pour Sit [40]. Les reculs sont encore insuffisants pour évaluer l’impact sur les taux de survie d’autres nouvelles associations : sel de platine + irinotécan [41] ou + gemcitabine [42]. L’utilisation d’une chimiothérapie associant la capecitabine (voie orale) au cisplatine entraîne des taux de réponses (56 %) équivalents à ceux d’autres essais de phases II d’association [43]. Un essai de phase II du National Cancer Institute (NCI) associant l’oxaliplatine et le paclitaxel est en cours aux États-Unis. Au total, ces résultats sont prometteurs, mais apportent-ils dans ce contexte palliatif un réel bénéfice aux patientes ?
Tableau 4 Essais de phase II de polychimiothérapie

Références

Protocoles

N

TR (%)

Durées moyennes des réponses (mois)

Principales toxicités

Zanetta (1999) [36]

CDDP 75 mg/m2 J1 (50 mg/m2 patientes irradiées au préalable) paclitaxel 175 mg/m2 J1 sur 3h ifosfamide 5 g/m2 J1

45

76

NP

Hématologique

Mickiewicz (2001) [39]

paclitaxel 175 mg/m2 J1 sur 3h carboplatine AUC 5 J1

43

72

NP

Hématologique

Neurotoxicité

Chitaparanux (2003) [41]

CDDP 60 mg/m2 J1 irinotécan 60 mg/m2 J1,8,15

30

66

6,1

Hématologique

Insuffisance rénale

Diarrhée

Benjapibal (2003) [43]

CDDP 50 mg/m2 J1 Capecitabine 2 000 mg/m2 J1 → J14

14

56

NP

Hématologique

Syndrome main-pied

Mucite

Rose (1999) [47]

CDDP 75 mg/m2 J2 paclitaxel 135 mg/m2 sur 24 h J1

47

46

NP

Hématologique

Sepsis (2 décès)

Weiss (1990) [48]

CDDP 100 mg/m2 J1 + 5FU 1 000 mg/m2 J1 → J4

52

28

NP

Nausées/vomissements

Hématologique

Mucite

Ramm (1992) [49]

CDDP 50 mg/m2 J1 ifosfamide 5 g/m2 J1 bléomycine 30 mg J1

24

15

NP

Hématologique

Insuffisance rénale

Nausées/Vomissements

Gebbia (2002) [50]

CDDP 80 mg/m2 J1 vinorelbine 25 mg/m2 J1,8

42

48

NP

Hématologique

Neurotoxicité

Burnett (2000) [51]

CDDP 50 mg/m2 J1 gemcitabine 1 250 mg/m2 J1,8

19

41

1,8

Hématologique

Digestive

Chauvergne (1993) [52]

CDDP 80 mg/m2 J3 bléomycine 10 mg/m2 J1 → J3 mitomycine 10 mg/m2 J1 VP-16 100 mg/m2 J1 → J3

60

78 non prétraitées 39 prétraitées

3,8

Nausées/vomissements

Hématologique

Fibrose pulmonaire (un décès)

Verschraegen (2001) [53]

doxo liposomale 40 mg/m2 J1 carboplatine AUC 5 J1

37

38

6,2

Hématologique

Nausées/Vomissements

Mucite

Fiorica (2002) [54]

CDDP 50 mg/m2 J1 topotécan 0,75 mg/m2 J1 → J3

35

28

5

Hématologique

Tiersten (2004) [55]

topotécan 1 mg/m2 J1 → J5 paclitaxel 175 mg/m2 J1 sur 3h

15

54

NP

Hématologique

Neurotoxicité

Diarrhée

Cisplatine seul ou associé ?

Les résultats souvent prometteurs des essais de phase II de polychimiothérapie contenant du cisplatine ont conduit à la mise en place d’études randomisées les comparant le plus souvent au cisplatine seul (tableau 2). Les taux de réponse sont ici souvent supérieurs dans les bras utilisant une polychimiothérapie (avec parfois un faible bénéfice en survie sans récidive) mais, jusqu’à récemment, aucun protocole n’avait permis d’obtenir un gain en survie globale, les toxicités étaient toujours supérieures avec les associations, et ce parfois de façon très importante. L’ajout d’une troisième drogue ne semble pas avoir d’impact positif dans les associations testées, par exemple cisplatine + ifosfamide ± bléomycine [14].

Des essais de phase III plus récents ont évalué l’ajout des nouvelles drogues au cisplatine seul. Dans l’étude 169 du Gynecologic Oncology Group (GOG), malgré l’augmentation significative des taux de réponse (36 versus 19 %) et de la survie sans récidive (4,8 versus 2,8 mois), il n’a pas été observé de gain de survie globale en ajoutant le paclitaxel (135 mg/m2 sur 24 heures) au cisplatine. La toxicité hématologique et l’alopécie sont plus sévères dans le bras contenant du paclitaxel [15]. Cependant, une amélioration de la qualité de vie a été rapportée pour les patientes ayant une réponse (complète ou partielle) dans le bras contenant du paclitaxel. À signaler les résultats très prometteurs de l’essai 179 du GOG [17] comparant cisplatine (50 mg/m2 toutes les 3 semaines, 146 patientes), cisplatine (même protocole) + topotécan (0,75 mg/m2 J1-J3, 148 patientes) et méthotrexate + vinblastine + adriamycine + cisplatine (MVAC), le bras ayant été fermé pour toxicité trop importante après l’inclusion de 63 patientes. Les premières présentations des résultats montrent un gain significatif en faveur de l’association contenant du topotecan en termes non seulement de TR (13 versus 27 %) et de survie sans récidive (2,9 versus 4,6 mois), mais aussi de survie globale (7,0 versus 9,2 mois, p = 0,015). Les résultats sont meilleurs pour le groupe de patientes n’ayant pas reçu de cisplatine au préalable et traitées par l’association cisplatine + topotécan. Il faut souligner que le taux de réponse est particulièrement bas dans le bras comportant du cisplatine seul (13 %). Cependant, il s’agit actuellement de la seule étude ayant montré un bénéfice réel en termes de survie globale d’une association contenant du cisplatine par rapport au cisplatine seul. Le gain au niveau des taux de réponse existe, que les patientes aient reçu ou non au préalable du cisplatine. La toxicité de l’association est principalement hématologique (8 % de neutropénies fébriles contre 16 %).

Enfin, il serait intéressant d’évaluer l’efficacité de l’association carboplatine + paclitaxel étant donné les résultats observés lors des études de phase II citées plus haut et son profil de toxicité plus favorable que celui de l’association cisplatine + paclitaxel (comme cela a bien été démontré dans les cancers de l’ovaire).

Adénocarcinomes

Les adénocarcinomes représentent 10 à 18 % des cancers invasifs du col utérin [7]. Peu d’études ont rapporté les résultats de la chimiothérapie uniquement sur ces tumeurs et il ne s’agit que d’études de phase II. Seuls le cisplatine et le paclitaxel induisent des taux de réponse supérieurs à 15 % (respectivement 20 et 31 %) [8].

Thérapeutiques ciblées

Un autre axe de recherche actuel concerne les médicaments non cytotoxiques. Les résultats sont encore très préliminaires. Pour les inhibiteurs tyrosine-kinases du REGF (récepteur à l’epidermal growth factor), aucune réponse n’a été observée avec le gefitinib (inhibiteur du REGF) à la dose de 500 mg/j dans un essai de phase II [44]. Une étude est en cours avec une autre molécule de la même famille thérapeutique (erlotinib). Encore peu de données sont disponibles concernant les anti-angiogéniques et les inhibiteurs Cox2. Différents essais en cours (GOG) évaluent l’efficacité d’anticorps monoclonaux pouvant bloquer la croissance tumorale, soit seuls (RAV12, bevacizumab), soit associés au cisplatine (cetuximab). Un essai de phase II testant l’efficacité du bortezomib (inhibiteur du protéasome) associé à l’irinotecan est en cours à l’hôpital Providence de Rhode Island, aux États-Unis.

Chimiohyperthermie

L’hyperthermie augmente la cytotoxicité du carboplatine in vitro. Un essai de phase II chez des patientes ayant une récidive et/ou des métastases a étudié l’efficacité et la toxicité d’une hyperthermie du corps entier (80 minutes de préchauffage, 60 minutes à 41,8 °C, 30 minutes de refroidissement) associée à une injection de carboplatine (AUC 6) tous les 28 jours [45]. Les résultats sont décevants. En effet, le taux de réponse est de 33 % et la survie médiane de 7,8 mois, ce qui n’est pas différent des résultats observés dans les essais de phase II avec du carboplatine seul. De plus, la procédure est complexe puisqu’elle nécessite une anesthésie générale et la toxicité est importante : 2 patientes ont souffert d’une insuffisance rénale sévère par nécrose tubulaire aiguë. La toxicité hématologique est également notable avec 61 % de thrombopénies de grades 3 ou 4. La plupart des patientes ont été transfusées en culots globulaires. Cette stratégie ne doit donc pas être proposée dans l’état actuel des connaissances.

Immunothérapie

Alors que la chimiothérapie cible directement la cellule tumorale, l’immunothérapie vise à modifier la relation entre le système immunitaire et la tumeur. L’immunothérapie par vaccination est surtout étudiée pour le traitement préventif de l’infection par le papillomavirus humain (HPV). L’induction d’une réponse immune spécifique contre le HPV permettrait de réduire l’incidence des cancers du col utérin. Au stade métastatique, les seules données existantes dans la littérature concernent l’immunothérapie cellulaire. L’injection de cellules dendritiques a pour but de recruter des cellules T naïves et de réorienter la réponse immunitaire contre la tumeur. Il a été rapporté une réponse clinique chez une femme traitée par injection de cellules dendritiques pour un adénocarcinome du col utérin avec des métastases pulmonaires et des épanchements pleuraux bilatéraux [46]. Le traitement administré reposait sur plusieurs injections par voie sous-cutanée de 3 à 5 millions de cellules dendritiques préparées au préalable avec l’oncoprotéine HPV18-E7 (protéine inhibant l’activité des gènes suppresseurs de tumeur p53 et Rb). La réponse immune était stimulée par l’injection concomitante d’interleukine 2 (IL2) à faible dose (1 million d’unités/m2 par jour pendant 3 jours). Les 5 premières injections ont été répétées tous les 10 à 14 jours puis les suivantes ont été effectuées à des intervalles de 30 à 60 jours. Peu d’effets secondaires ont été notés : essentiellement une induration au site d’injection et un syndrome grippal modéré au moment de l’administration d’IL2. Une réponse immunitaire spécifique contre l’antigène HPV et contre les cellules tumorales a été observée chez la patiente. Les tomodensitométries thoraciques n’ont pas montré de progression tumorale pendant 13 mois. Des cavités se sont développées au sein de la majorité des lésions secondaires. Les biopsies guidées sous scanner ont montré une fibrose associée à une infiltration par des macrophages, mais sans cellules tumorales viables. La patiente a malheureusement rechuté 20 mois plus tard et est décédée 23 mois après l’initiation du traitement [46]. Cette approche apparaît cependant prometteuse.

Une approche un peu différente est évaluée dans un essai de phase II, multicentrique, de traitement des cancers du col utérin en rechute précoce à l’aide de peptides longs immunogènes dérivés des protéines E6 et E7 du papillomavirus de type 16 à l’institut Curie, Paris.

Conclusion

Il n’existe pas de protocole standard de polychimiothérapie par le traitement des cancers du col utérin évolués ou lors des récidives. Le cisplatine seul (50-100 mg/m2, toutes les 3 semaines) semble être la meilleure proposition actuellement (médicament le plus actif, toxicité acceptable). Le schéma 50 mg/m2, toutes les 3 semaines, semble avoir le meilleur index thérapeutique et sert de bras de référence dans la plupart des essais de phase III. Il n’existe pas d’effet-dose pour le cisplatine et l’augmentation des posologies ne fait qu’accroître la toxicité. Les réponses sont très rarement complètes et le plus souvent de courte durée. Seule l’association du topotécan au cisplatine a montré, dans une seule étude, une augmentation de la survie, au prix d’une majoration de la toxicité. En cas de résultats positifs avec d’autres associations, les toxicités observées et la qualité de vie des malades devraient être des éléments décisionnels thérapeutiques particulièrement importants dans cette situation palliative, où il faut particulièrement privilégier la qualité de vie des patientes. Les futures études devront également évaluer la qualité de vie et le soulagement de la douleur de façon à avoir une vision globale du bénéfice éventuellement apporté aux malades. Le rôle éventuel des médicaments non cytotoxiques reste à déterminer. Nous n’avons pas de données suffisantes actuellement pour récuser la reprise du platine en cas de rechute après radiochimiothérapie initiale à base de platine. Cependant, le choix d’une autre molécule paraît licite en cas de poursuite évolutive initiale ou de rechute précoce (intervalle libre court < 6 mois) en dehors des zones irradiées.

Lorsque la récidive est située dans une zone préalablement irradiée, les taux de réponse sont particulièrement bas et il ne s’agit que de réponses partielles [47]. Cela incite à ne pas proposer une chimiothérapie, sauf chez une patiente informée qui en fait la demande.

Ces dernières années, un certain nombre de nouveaux médicaments (cytotoxiques ou non) ont été testés seuls puis, pour certains, associés au platine. Certains semblent apporter un bénéfice réel, mais un recul plus important est nécessaire avant de pouvoir conclure formellement. Un protocole est actuellement en cours au sein du GOG (GOG0204) comparant cisplatine (50 mg/m2) + paclitaxel, cisplatine + gemcitabine, cisplatine + topotécan et cisplatine + vinorelbine. Si les résultats bénéfiques en situation palliative se confirment, l’introduction de ces nouvelles drogues lors du traitement initial fera espérer une amélioration des résultats thérapeutiques par une réduction des taux de métastases secondaires et/ou de rechutes locales, en cas de facteurs de mauvais pronostic.

L’immunothérapie dirigée contre l’HPV est une des voies de recherche thérapeutique prometteuse dans le traitement du cancer du col utérin.

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