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Radiation-induced mucositis of the aerodigestive tract: prevention and treatment. MASCC/ISOO mucositis group’s recommendations


Bulletin du Cancer. Volume 93, Number 2, 201-11, Février 2006, Recommandations


Résumé   Summary  

Author(s) : René-Jean Bensadoun, Fabien Le Page, Vincent Darcourt, Francis Bensadoun, Gaston Ciais, Yousri A Rostom, Gilles Poissonnet, Olivier Dassonville, François Demard , Centre Antoine-Lacassagne, Département de radiothérapie, 33, avenue de Valombrose, 06189 Nice Cedex 2, Radiotherapy Center, Alexandrie 21521, Égypte.

Summary : Acute mucositis is the main intensity-limiting toxicity in the management of head and neck (H&\;N) and digestive track carcinomas with radiotherapy. New radiation modalities (hyperfractionation and/or acceleration) as well as combined modality regimens in this situation induce higher rates of acute toxicity. Hyperfractionation for example allows higher control rates, with few late toxicities, but it slightly increases acute mucositis. The addition of chemotherapy introduces systemic toxicity and can exacerbate local tissue reactions when used concurrently with radiation. Mucositis is recognized as the principal limiting factor to further treatment intensification. As local-regional control and overall survival are related to dose-intensity in this case, further research into the assessment, analysis, prevention and treatment of mucosal toxicity is not only crucial to the improvement in quality of life, but certainly to improved rates of disease control as well. Several topical and systemic treatments are directed to the decrease and the acceptance of this acute toxicity, but few have shown significant preventive effect. Improvement of technical aspects of H&\;N radiotherapy (3D conformal radiation, intensity-modulated radiotherapy) should have a major impact in the prevention of mucositis. The efficacy of low level laser therapy in the management of such a toxicity could hence yield important development of this method in the field of oncology. MASCC/ISOO mucositis group’s recommendations for the management of acute radiation-induced mucositis are here summarized.

Keywords : radiation-induced acute mucositis, prevention, treatment, 3D confomal radiotherapy, low level laser therapy (LLLT)

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ARTICLE

Auteur(s) : René-Jean Bensadoun1, Fabien Le Page1, Vincent Darcourt1, Francis Bensadoun1, Gaston Ciais1, Yousri A Rostom2, Gilles Poissonnet1, Olivier Dassonville1, François Demard1

1Centre Antoine-Lacassagne, Département de radiothérapie, 33, avenue de Valombrose, 06189 Nice Cedex 2
2Radiotherapy Center, Alexandrie 21521, Égypte

Article reçu le 30 Mai 2005, accepté le 17 Novembre 2005

Introduction et définition

L’efficacité des traitements combinés non chirurgicaux en cancérologie ORL et digestive est actuellement limitée par une complication aiguë fréquente : la mucite radio et chimio-induite, buccopharyngée et gastro-intestinale. La limitation de dose qu’elle entraîne [1] peut en effet conduire à une perte de chance dans le contrôle local de la maladie, voire dans l’espérance de vie, et à un déficit en termes de qualité de vie pour les patients (douleur, dénutrition). De plus, elle entraîne une augmentation du risque infectieux, notamment chez les patients immunodéprimés. La muqueuse saine sert en effet de barrière chimique limitant la pénétration des micro-organismes dans l’épithélium. Son altération peut entraîner l’arrêt des cycles de radiochimiothérapie, d’autant que s’ajoute à la toxicité de l’irradiation seule la cytotoxicité propre des drogues utilisées. Enfin, la mucite aiguë est source de surcoûts non négligeables dans la prise en charge de ces patients.

De nombreux articles ont été publiés dans la littérature internationale concernant la prévention et le traitement de cette complication. Il convient au préalable d’en comprendre la physiopathologie et aussi de savoir manier les classifications existantes, souvent complexes, pour une meilleure intercomparaison entre les différentes études.

Quasiment tous les patients recevant une radiothérapie et/ou une chimiothérapie pour cancer de la tête et du cou développent des complications de la sphère ORL [2-13] dont 60 % de mucites de grades III ou IV [14-19].

Le groupe Mucites MASCC/ISOO (Multinational Association of Supportive Care in Cancer/International Society for Oral Oncology) a publié en 2004 [20] des recommandations pour la prise en charge des mucites précoces, recommandations qui sont ici résumées pour ce qui concerne leur versant radio-induit.

Qu’est-ce qu’une mucite ?

Les études récentes ont montré que la mucite radio-induite (comme la mucite chimio-induite) était une altération non seulement de l’épithélium, mais aussi de l’ensemble de la muqueuse et du tissu conjonctif sous-jacent, se traduisant par l’apparition d’une ulcération. La phase de cicatrisation est caractérisée par l’apparition d’un infiltrat de cellules inflammatoires, avec exsudat interstitiel, fibrine et débris cellulaires, produisant une pseudomembrane qui, lorsqu’elle est hydratée par la salive, peut prendre une couleur blanche ou opalescente, alors qu’une infection en surface peut la faire apparaître jaune ou verdâtre [21]. Il est facile, dans ce cas, de la confondre avec une infection à Candida, d’autant qu’un ulcère dû à une mucite radio-induite peut être surinfecté à Candida [22]. Alors que l’ulcère s’élargit, il se connecte aux ulcères adjacents, produisant un aspect de pseudomembranes confluentes. La régénération des cellules entraîne une réépithélialisation et la résolution de l’ulcère ; mais les processus de cicatrisation seront d’autant plus longs et difficiles qu’il existe une surinfection et que l’ulcère est large et profond. Lorsque l’ulcère est très profond, la cicatrisation peut se faire en un tissu de granulome. En fonction de la gravité de la mucite précoce, la muqueuse résultante, à distance de la radiothérapie, peut apparaître quasiment normale mais, le plus souvent, elle est plus pâle, atrophique ; parfois même, la cicatrisation ne se fait pas, ce qui peut entraîner une radionécrose muqueuse.

Causes de mucite en radiothérapie

Classiquement on décrit une toxicité directe et une toxicité indirecte [23-25].

Toxicité directe

La radiothérapie entraîne une diminution de la capacité de régénération cellulaire de la muqueuse, en interférant notamment avec les mitoses cellulaires. Le cycle normal de renouvellement de la muqueuse buccale est de 7 à 14 jours, il est significativement augmenté après des séances de radiothérapie. Cette toxicité directe survient 5 à 7 jours après le début de la radiothérapie fractionnée. La cicatrisation se fait habituellement en 2 à 3 semaines si l’irradiation ne se poursuit pas.

Les sites les plus affectés sont ceux recouverts d’une muqueuse non kératinisée : les lèvres, la muqueuse buccale, le palais mou, le plancher buccal et la face ventrale de langue.

L’histoire clinique se fait classiquement en quatre stades :

  • apparition d’une rougeur asymptomatique puis d’un érythème avec desquamation douloureuse au contact ;
  • plaques pseudo-membraneuses non confluentes de taille inférieure ou égale à 1,5 cm ;
  • plaques confluentes pseudo-membraneuses de taille supérieure à 1,5 cm ;
  • nécrose ou ulcération profonde.

Toxicité indirecte

Elle est liée à la surinfection de ces lésions, potentialisant la sévérité des lésions directes [26]. Elle impose la mise en état buccodentaire préthérapeutique et la conservation d’une bonne hygiène buccodentaire durant et après le traitement (à l’aide de soins locaux simples), d’où la nécessité d’une bonne éducation du patient. Il est aussi nécessaire de prendre en charge la sécheresse buccale qui favorise la colonisation bactérienne.

Facteurs influençant la toxicité

Le premier facteur influençant la toxicité directe est le type de radiothérapie. Une chimiothérapie concomitante potentialise clairement l’intensité de la mucite radio-induite [2], les capacités de réparation de la muqueuse étant limitées après une agression cytotoxique mixte. Plusieurs essais de radiothérapie accélérée ou hyperfractionnée accélérée [3, 11] ont aussi montré des niveaux de dommages importants de la muqueuse. En revanche, la radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité (RCMI), dont l’utilisation a commencé il y a quelques années (( figure 1 )), entraîne une diminution parfois significative de l’incidence et de la sévérité des complications aiguës et tardives de la radiothérapie. Les autres facteurs influençant la toxicité directe sont le volume irradié, la dose par séance (ou la dose quotidienne) et la dose cumulée (dose totale) [3, 7, 10, 23, 27].

Les facteurs influençant la toxicité indirecte sont la myélosuppression, l’immunodépression, les déficits en immunoglobuline A (IgA), la colonisation par des virus, des bactéries ou des champignons [28, 29].

Le tabagisme, durant une cure de radiothérapie, augmente aussi significativement l’intensité des mucites radio-induites [30].

Physiopathologie

La mucite radio-induite était historiquement considérée comme une atteinte épithéliale seule, conséquence d’une atteinte non spécifique de la division des cellules épithéliales. Les recherches récentes montrent en fait une implication bien plus complexe de l’ensemble de la muqueuse du tissu conjonctif, de nombreux médiateurs, des cellules endothéliales… On suggère qu’une atteinte endothéliale vasculaire serait un événement précoce dans cette physiopathologie (( figure 2 )) ; on montre même une diminution de la sévérité des radiomucites par l’inhibition de l’agrégation plaquettaire [31].

Il existe une relation entre certaines cytokines pro-inflammmatoires et la toxicité (( figure 3 )) ; on a montré par exemple que l’interleukine 1β (IL1β) et le tumor necrosis factor α (TNFα) sont associés au développement des mucites radio-induites.

L’American Cancer Society [32] propose un schéma en cinq phases dans la physiopathologie de la radiomucite : initialisation, potentialisation, signal et amplification, ulcération avec inflammation, cicatrisation.

Initialisation (( figure 4 ))

Que ce soit en chimiothérapie ou en radiothérapie, sur la muqueuse buccale ou gastro-intestinale, la production de radicaux libres (reactive oxygen species ou ROS) semble être l’événement le plus précoce, le déclenchement de la cascade d’événements conduisant à la mucite. Les ROS ont deux actions : directe par dommage direct sur la muqueuse et les vaisseaux, indirecte par l’activation de facteurs de transcription.

Potentialisation et production de médiateurs actifs

L’apoptose cellulaire est déclenchée directement par les ROS du fait des dommages à l’ADN qu’ils entraînent. Par ailleurs, elle entraîne une activation de facteurs de transcription tels que le NFκb qui semble être une plaque tournante dans la génération du processus. NFκb active de nombreux gènes qui produisent le TNFα, l’IL1β, l’IL6, ces cytokines entraînant des dommages tissulaires et l’apoptose. NFκb active aussi la voie cyclo-oxygénase 2 (COX 2) et donc l’angiogenèse. NFκb n’est pas la seule plaque tournante ; les ROS activent la sphingomyélinase et la céramide synthase, entraînant l’apoptose ; par ailleurs, la lyse de fibronectine provenant du tissu conjonctif entraîne une activation macrophagique induisant la production d’une métalloprotéinase de la matrice et donc des dommages cellulaires, puis à nouveau l’activation du TNFα. Tous ces phénomènes aboutissent à une formation et à une potentialisation de médiateurs à l’origine de dommages tissulaires complexes à tous les niveaux de la muqueuse.

Signal et amplification

Suite à une série de rétrocontrôles positifs, médiés par les cytokines telles que le TNFα, il y a activation de nombreuses voies telles que les voies de la céramide et de la caspase, entretenant la production de TNFα, d’IL1β et d’IL6 ; en conséquence se produit une véritable altération biologique du tissu, même si celui-ci peut apparaître macroscopiquement normal.

Ulcération (( figure 5 ))

De par la colonisation bactérienne (bacilles à Gram positif, bacilles à Gram négatif, anaérobies), l’activation macrophagique augmente la production de TNFα, d’IL1β et d’IL6. Se surajoutent les dommages tissulaires directs entraînés par les bactéries. La modification de la composition et de la quantité de salive semble potentialiser la cytotoxicité et diminuer la capacité des tissus à cicatriser. L’ulcération entraîne une amplification des cytokines, d’où inflammation et douleurs, augmente aussi le risque infectieux, et notamment le risque de septicémie, plus spécialement chez les patients immunodéprimés ou en cours de chimiothérapie concomitante.

Cicatrisation (( figure 6 ))

Les phénomènes de cicatrisation semblent débuter par un signal venant de la matrice extracellulaire entraînant une prolifération, une différenciation épithéliale et le rétablissement de la flore microbienne locale. Après la phase de cicatrisation, la muqueuse apparaît normale mais ce n’est qu’une apparence : elle a été altérée de façon significative et il persiste une néovascularisation résiduelle ; elle est plus fragile et sensible aux agressions cytotoxiques, elle est donc à risque plus élevé de mucite grave pour des épisodes futurs.

Il semble exister une implication génétique au risque de mucite [32]. Des polymorphismes génétiques ont été identifiés associés au métabolisme particulier de certains agents cytotoxiques. Ces découvertes suggèrent que le risque de toxicité est en partie déterminé par le genre ou l’ethnie. L’effet du NFκb est paradoxal, de nombreuses études montrant que son activation est anti-apoptique ; cependant, l’activation du NFκb radio-induit dans des cellules normales est parfois pro-apoptique, ce qui suggère qu’il existe des différences dans la façon de répondre à un stress cytotoxique entre des cellules saines et tumorales. Par conséquent, l’étude du rôle du NFκb et des autres cytokines impliquées peut être d’un grand intérêt en thérapeutique.

Classification

La compréhension de l’évolution des mucites radio-induites a constitué une étape essentielle dans leur prise en charge thérapeutique, nécessairement pluridisciplinaire [33]. On s’attache aussi à standardiser l’évaluation de la sévérité de la mucite [34]. Il est nécessaire, en effet, pour pouvoir mener des études cliniques fiables et comparables [33, 35-38], de classer en différents stades de sévérité l’atteinte tissulaire observable cliniquement et de créer des échelles reproductibles, adaptées à l’évolution de cette complication. Ont été dénombrées de nombreuses classifications plus ou moins complexes, mais il semble que, sur environ 400 essais recensés dans la littérature internationale, deux ressortent comme les plus commodes et les plus utilisées :
  • la classification du National Cancer Institute (NCI-Common Toxicity Criteria ou NCI-CTC), validée aussi par le RTOG (RadioTherapy Oncology Group), est utilisée dans 43 % des cas (tableau 1( Tableau 1 )) ;
  • la classification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est utilisée dans 38 % des cas (tableau 2( Tableau 2 )).

La différenciation entre les grades 3 et 4 peut être difficile (figures 7 et 8) ; en définitive, une phase de cicatrisation anormalement prolongée fait penser qu’un grade 4 était présent. Les mucites chimio-induite et radio-induite ont la même physiopathologie mais leur évolution anatomique est différente dans le temps. De plus, une chimiothérapie concomitante à une radiothérapie potentialise la sévérité des lésions. Les nouvelles modalités d’irradiation par hyperfractionnement ou accélération permettent un meilleur contrôle local avec une toxicité à long terme identique, mais elles augmentent la sévérité des mucites aiguës radio-induites. Plus récemment, la radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité semble réduire le risque de mucite aiguë de grade 3.
Tableau 1 Classification des mucites radio-induites du NCI-CTC (et du RTOG)

Grade 0 : pas de mucite.

Grade 1 : érythème de la muqueuse

Grade 2 : plaques pseudo-membraneuses < 1,5 cm et non confluentes

Grade 3 : plaques pseudo-membraneuse confluentes > 1,5 cm

Grade 4 : ulcération avec nécrose

Grade 5 : décès en relation avec la toxicité.


Tableau 2 Classification des mucites radio-induites de l’OMS

Grade 0 : pas de mucite

Grade 1 : érythème, sensation désagréable (douleur)

Grade 2 : érythème, ulcères, alimentation solide possible

Grade 3 : ulcères, alimentation liquide uniquement possible

Grade 4 : alimentation per os impossible, alimentation entérale (par sonde) ou parentérale obligatoire

Moyens à disposition pour la prévention et le traitement : revue de la littérature

Nous reprenons ici les recommandations (validées par l’Asco) du groupe d’experts MASCC/ISOO, qui ont été publiées en 2004 [20]. Ces recommandations résultent d’une analyse exhaustive de la littérature (de 1966 à 2002) [39]. On distingue dans ce travail différents niveaux d’évidence, de I (évidence forte) à IV, et différents niveaux (ou grades) de recommandation des experts, de A (forte recommandation) à D (tableau 3( Tableau 3 )).

Mucite bucco-pharyngée

Prévention et traitement en cours de radiothérapie exclusive ORL et de radiochimiothérapies concomitantes
  • Utilisation des techniques modernes de radiothérapie ORL. Photons de haute énergie, caches focalisés et cache cervical médian, permettant l’épargne muqueuse des régions saines, radiothérapie conformationnelle en 3 dimensions, avec ou sans modulation d’intensité. Niveau d’évidence II, grade de recommandation B.
  • Soins de base. On recommande (importance de l’éducation du patient) : soins locaux (bains de bouche), brossage des dents, mise en état dentaire, utilisation de fil dentaire, traitement des pathologies parodontales [29] et prise en charge de la sècheresse buccale [5, 26]. Des associations d’agents thérapeutiques en bains de bouche ont démontré des résultats significatifs en termes de réduction du risque infectieux local [29] : hydrocortisone + nystatine + tétracycline + diphenhydramine ; ou encore peroxyde d’hydrogène + polyvinyl pyrolidone iodé + nystatine + 5 % dexpanthénol solution [40]. Niveau d’évidence III, grade de recommandation B.
  • Gelclair. Association polyvinylpyrrolidone + hyaluronate de sodium + acide glycyrrhétinique. Il n’existe pas encore d’essai contrôlé ayant prouvé l’efficacité du Gelclair qui agirait comme un bandage pour favoriser la cicatrisation des berges. Niveau d’évidence III, grade de recommandation C.
  • Prise en charge de la douleur et des difficultés nutritionnelles. La prise en charge de la douleur est bien entendu un élément majeur, les dérivés morphiniques étant le traitement de choix, notamment dans les associations radiochimiothérapie à hautes doses comme dans le conditionnement pour greffe de moelle. Niveau d’évidence I, grade de recommandation A. La prise en charge nutritionnelle, au mieux par voie entérale avec gastrostomie si nécessaire [41-44], est également un impératif dans le cadre de l’optimisation thérapeutique, qui découle du bon sens. Grade de recommandation A.
  • Décontamination locale (antimicrobiens, antifungiques, antiviraux). Cette prise en charge précoce et préventive [45] doit être systématique, même si elle n’est pas corroborée pour l’instant par des études multicentriques randomisées à grande échelle. Grade de recommandation A.
  • Benzydamine. Le benzydamine est un topique local qui a des propriétés anti-inflammatoires (AINS), antalgiques, anesthésiques et antimicrobiennes, par inhibition de production et diminution des effets des cytokines pro-inflammatoires, particulièrement du TNFα. Par ce biais, il diminue la fréquence et la sévérité des lésions ulcérées et la douleur. Les conclusions des études reposaient sur des doses cumulées de 50 Gy. À noter qu’il n’a pas été prouvé d’amélioration chez les patients ayant bénéficié d’une radiothérapie accélérée. La benzydamine est recommandée par le panel d’experts ISOO/MASCC chez les patients traités par radiothérapie à 50-55 Gy, dans le cadre du traitement d’une tumeur des VADS. Niveau d’évidence I, grade de recommandation A.
  • Chlorhexidine [46]. On recommande de ne pas utiliser la chlorhexidine dans la prévention des mucites chez les patients porteurs d’un cancer de la tête et du cou et recevant une radiothérapie. Niveau d’évidence II, grade de recommandation B.
  • Amifostine [47, 48]. L’utilisation de l’amifostine dans la prévention des mucites radio-induites est fondée sur l’étude de Brizel et al. [47], étude randomisée de phase III mettant en évidence un taux de mucites de grade III de 93 % dans le bras sans amifostine, comparé à un taux de 69 % dans le bras avec amifostine (p = 0,004). Cependant, le panel d’experts juge que d’autres études randomisées concordantes sont nécessaires avant de recommander sans réserve ce traitement. Ainsi, l’amifostine n’est pour l’heure pas recommandée par le panel d’experts pour la prévention de la mucite pendant l’irradiation des voies aérodigestives supérieures. Une recommandation est donnée en revanche dans la prévention de la mucite œsogastrique et intestinale (niveau d’évidence II, grade de recommandation C, cf. infra).
  • Pentoxifylline. N’est pas recommandée. Niveau d’évidence II, grade de recommandation B.
  • Palifermin (KGFα). Est actuellement en cours d‘évaluation dans plusieurs essais de phase III randomisés en double aveugle. Les résultats définitifs de ces études devraient être publiés dans les 2 ans à venir, les résultats intermédiaires semblant montrer un intérêt réel pour ce produit. Pas de recommandation pour l’instant par le panel d’experts MASCC/ISOO (notée comme molécule en évaluation).
  • Laser de faible puissance (soft laser, low level laser therapy ou LLLT) (( figure 9 )). Il requiert un appareillage parfois coûteux (pour le laser hélium-néon) et des praticiens expérimentés [49-51]. Du fait de la variabilité inter-opérateurs, les essais sont difficiles à mener. Néanmoins, le panel recommande l’utilisation du laser de faible puissance pour réduire l’incidence des mucites et ses douleurs chez les patients recevant de hautes doses de chimiothérapie ou une radiochimiothérapie. Le laser de faible puissance favorise la cicatrisation et diminue la douleur et l’inflammation. Le plus fréquemment étudié a été le laser hélium-néon (He/Ne, longueur d’ondes 632,8 nm) et les lasers à diode (longueur d’ondes 650 à 905 nm). Il apparaît que ces lasers de faible puissance ne sont responsables d’aucune toxicité précoce ou tardive (application préventive de lunettes opaques pour protection de la rétine) et que l’acceptation du traitement par les patients est excellente. Le laser He-Ne possède trois mécanismes reconnus d’action : antalgique, anti-inflammatoire et accélérateur de la cicatrisation, par action directe sur le système énergétique mitochondrial, par diminution de la production de radicaux libres induits par les traitements anticancéreux et par activation de la transformation des fibroblastes en myofibroblastes [51].

Quel type de laser utiliser dans la prévention des mucites radio-induites ? Les études amènent à utiliser de préférence un laser He-Ne à 632,8 nm, puissance 20 à 100 mW, avec une dose délivrée de 2 à 4 J/cm2.

Deux études multicentriques randomisées de phase III en double aveugle ont démontré l’intérêt du laser de faible puissance dans la prévention des mucites radio et chimio-induites : Cowen et al. [52], sur une population de patients bénéficiant d’une allogreffe de moelle avec conditionnement par chimiothérapie lourde et irradiation corporelle totale, ont mis en évidence une réduction significative de l’incidence (p = 0,01) et de la durée (p = 0,01) des mucites de grade III dans le bras avec laser He-Ne 60 mW. Dans une autre étude française menée de septembre 1994 à mars 1998 [23], 30 patients en cours de radiothérapie pour tumeurs de la sphère ORL ont été randomisés en double aveugle avec ou sans traitement laser ; le laser testé était le laser He-Ne à 632,8 nm, puissance 60 mW. Les résultats ont été significatifs : les mucites de grade 3 ont été présentes dans 35,2 % des cas sous placebo et dans 7,6 % des cas avec l’utilisation préventive du laser de basse énergie (p < 0,01), alors que les douleurs sévères (grade 3) étaient présentes dans 23,8 % des cas sous placebo et dans 1,9 % des cas avec le laser (p < 0,05). En conclusion, le laser de faible puissance semble capable de réduire la sévérité et l’incidence des mucites radio-induites et apparaît comme une technique simple et atraumatique. Le panel MASCC/ISOO ne recommande ce traitement préventif que pour les intitutions qui disposent déjà de la technique du laser de faible puissance et qui en ont l’expérience, car elle nécessite des moyens coûteux en temps et en hommes. Niveau d’évidence II, grade de recommandation B.
Tableau 3 Niveaux d’évidence, grades de recommandation. D’après Somerfield et al. [39] ; 1 : 861–6

Niveaux d’évidence

Source du degré d’évidence

I

Méta-analyse ou plusieurs études randomisées bien conduites concordantes, avec peu de biais (faux positifs ou faux négatifs) = forte puissance

II

Au moins une étude expérimentale bien conduite ; études randomisées avec des biais possiblement importants (faux positifs ou faux négatifs) = faible puissance

III

Études quasi expérimentales bien conduites, telles que des études contrôlées non randomisées, études de cohorte, séries avec groupe témoin

IV

Études non expérimentales bien conduites, telles qu’études comparatives, rétrospectives bien documentées

V

Présentation de cas cliniques isolés, ou d’exemples cliniques.

Grades de recommandation

A

Présence d’un niveau d’évidence de type I, ou résultats concordants et multiples de plusieurs études avec niveau d’évidence de types II, III ou IV

B

Présence de niveaux d’évidence de types II, III ou IV avec des résultats en général concordants

C

Présence de niveaux d’évidence de types II, III ou IV avec des résultats inconstants ou non concordants

D

Peu d’évidence, ou évidence fondée uniquement sur l’empirisme.

Classification

Recommandation

Réservée aux recommandations fondées sur des niveaux d’évidence de type I ou II

Suggestion

Utilisée pour les recommandations fondées sur des niveaux d’évidence de type III ou IV (parfois V). La suggestion implique un consensus du panel d’experts sur l’interprétation des niveaux d’évidence

Pas de recommandation possible

Utilisée quand il n’existe pas suffisamment d’évidence pour proposer des recommandations, ce qui implique : 1) qu’il y ait peu d’évidence concernant la pratique en question, ou 2) que le panel d’experts n’ait pas trouvé de consensus sur l’interprétation des niveaux d’évidence.

Mucite gastro-intestinale

Traitement de la mucite installée en cours de radiothérapie du tube digestif et prévention de la mucite en cours de radio-chimiothérapie touchant le tube digestif.
  • Sulfasalazine. On recommande l’utilisation de 500 mg per os de sulfasalazine 2 fois par jour. On a montré une diminution de l’incidence et de la sévérité des entéropathies chez les patients recevant une radiothérapie externe. Niveau d’évidence II, grade de recommandation B.
  • Sucralfate [53]. Il ne prévient pas les diarrhées chez des patients recevant une radiothérapie externe pour tumeur du pelvis. On recommande de ne pas utiliser le sucralfate per os. Niveau d’évidence I, grade de recommandation A. Le panel recommande en revanche d’utiliser des lavements de sucralfate pour le traitement des proctites chez les patients traités par radiothérapie pour tumeur rectale. Niveau d’évidence III, grade de recommandation B.
  • Amifostine. Elle est recommandée pour diminuer l’œsophagite induite par les radio-chimiothérapies concomitantes chez des patients traités pour cancers du poumon non à petites cellules. Niveau d’évidence III, grade de recommandation C.

Autres agents testés dans la prévention et le traitement des mucites des VADS et du tube digestif

De nombreux agents ont été utilisés en mono ou polythérapie sans que des études suffisamment fiables aient pu prouver un bénéfice significatif (polymyxine E, tobramycine, amphotéricine B, camomille, bêtaméthasone, prostaglandine E2 [54], nitrate d’argent, agents anti-oxydants comme bêta-carotène et azélastine, indométhacine, drogues anticholinergiques, aciclovir). D’autres agents paraissent prometteurs : facteurs de croissance GM-CSF [55-57], G-CSF, immunoglobulines TGFβ3 [58] et IL11 (études réalisées chez l’animal uniquement à ce jour), etc. Ces agents nécessitent la mise en place d’études de phase III à grande échelle, randomisées, contrôlées, en double aveugle avant de pouvoir faire l’objet de recommandations pour la pratique clinique.

Conclusion

En utilisant une méthode d’analyse de la littérature reposant sur les degrés d’évidence, le MASCC/ISOO Mucositis Group a évalué 36 ans de littérature publiée entre 1966 et 2002, sans pouvoir proposer de standards absolus pour la prévention et le traitement des mucites radio-induites. Une série de recommandations est cependant possible, comme point de départ à des études ultérieures. De nombreux agents, plus ou moins innovants, ont ainsi été évalués ; certains sont prometteurs, mais leur efficacité réelle reste dans la plupart des cas à démontrer par des essais multicentriques à grande échelle.

La prise en charge préventive de la mucite radio-induite repose ainsi à ce jour sur des mesures d’hygiène simples et sur l’application de soins locaux fondés sur l’expérience.

L’impact sur la réduction des mucites aiguës radio-induites des nouvelles modalités d’irradiation (telle la radiothérapie conformationnelle avec ou sans modulation d’intensité) est probablement réel, mais il nécessite aussi d’être confirmé par le suivi des essais en cours et à venir dans ce domaine.

Références

1 Maciejewski B, Skladowski K, Pilecki B, Taylor JM, Withers RH, Miszczyk L, et al. Randomized clinical trial on accelerated 7 days per week fractionation in radiotherapy for head and neck cancer. Preliminary report on acute toxicity. Radiother Oncol 1996 ; 40 : 137-45.

2 Bensadoun RJ, Etienne MC, Dassonville O, Chauvel P, Pivot X, Marcy PY, et al. Concomitant B.I.D. radiotherapy and chemotherapy with cisplatin and 5-fluorouracil in unresectable squamous-cell carcinoma of the pharynx : clinical and pharmacological data of a French multi-center phase II study. Int J Radiat Oncol Biol Phys 1998 ; 42 : 237-45.

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