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Proteomic profiling: the potential of Seldi-Tof for the identification of new cancer biomarkers


Bulletin du Cancer. Volume 92, Number 9, 763-8, Septembre 2005, point sur...


Résumé   Summary  

Author(s) : Jérôme Solassol, Philippe Marin, Thierry Maudelonde, Alain Mangé , Hôpital Arnaud de Villeneuve, Inserm U540, 191, avenue du Doyen Giraud, 34295 Montpellier Cedex 5, Institut de génomique fonctionnelle, CNRS UMR 5203, Inserm U661, 141, rue de la Cardonille, 34094 Montpellier Cedex 5.

Summary : Recent advances in proteomics offer opportunities to rapidly identify new biomarkers or pattern of markers for the early detection and diagnosis of cancer and to monitor the therapeutic efficacy and toxicity of treatments used to improve long-term survival of patients. The surfaced-enhanced laser desorption ionization/time-of-flight (Seldi-Tof) mass spectrometry is certainly one of the most promising approaches to achieve these goals. In this paper we will provide an overview of the studies that have used this new technology for the early diagnosis of human cancer.

Keywords : proteomic, Seldi-Tof, biomarker

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ARTICLE

Auteur(s) : Jérôme Solassol1, Philippe Marin2, Thierry Maudelonde1, Alain Mangé1

1Hôpital Arnaud de Villeneuve, Inserm U540, 191, avenue du Doyen Giraud, 34295 Montpellier Cedex 5
2Institut de génomique fonctionnelle, CNRS UMR 5203, Inserm U661, 141, rue de la Cardonille, 34094 Montpellier Cedex 5

Article reçu le 18 Février 2005, accepté le 24 Mai 2005

Durant les dernières décennies, les connaissances en biologie des cancers ont considérablement évolué. Cependant, les retombées pratiques de ces recherches dans le domaine du dépistage, du diagnostic, du pronostic ou des traitements sont encore trop limitées. Ainsi, il n’existe pas de marqueur possédant une spécificité et une sensibilité suffisantes pour avoir une utilité en clinique pour le diagnostic précoce des cancers. C’est pourquoi la compréhension des différentes étapes permettant le passage d’une lésion localisée vers une tumeur invasive est particulièrement importante car elle conditionne la prévention et la prise en charge des cancers invasifs dont la mortalité reste élevée. Il est donc nécessaire d’élaborer de nouvelles stratégies pour identifier les facteurs impliqués dans les mécanismes physiologiques ou pathologiques à l’origine de l’initiation et/ou de la progression tumorale.Parallèlement aux innovations technologiques, de nouvelles définitions moléculaires et fonctionnelles des tumeurs solides sont apparues, aboutissant au concept de signature moléculaire des tumeurs. Ces signatures seraient le reflet direct ou indirect des événements moléculaires survenant lors du processus tumoral. Parmi ces événements, on peut noter les polymorphismes, les méthylations de l’ADN, les remaniements chromosomiques ou les fluctuations du niveau d’expression des ARNm ou des protéines. Ils peuvent devenir les biomarqueurs qui, associés aux données cliniques et anatomopathologiques, pourraient permettre un dépistage précoce des cancers avant l’apparition des signes cliniques [1, 2].Dans le domaine des altérations génétiques, les approches de génomique utilisant des puces à ADN ont permis d’identifier un nombre très élevé d’événements moléculaires et d’analyser les variations de l’expression génique associée à la tumorogenèse. Cependant, le niveau de l’expression des ARNm n’est pas forcément le reflet de la nature de l’ensemble des protéines contenues dans la cellule tumorale. La traduction des ARNm en protéines est en effet soumise à un grand nombre de régulations post-transcriptionnelles et post-traductionnelles (glycosylation, phosphorylation, acétylation…) dont le rôle est déterminant pour le pouvoir oncogénique. Ainsi, la mesure directe du niveau d’expression protéique pourrait rendre compte, de manière plus efficace, d’un dysfonctionnement cellulaire au cours du processus pathologique [1].Le terme de protéome a été proposé en 1995 par M.R. Wilkins comme étant l’ensemble des protéines exprimées par le génome à un instant donné et dans un environnement donné. Ce concept a donné naissance à un nouveau champ de recherche baptisé « protéomique » qui vise à caractériser des mécanismes biologiques en identifiant les différentes entités protéiques impliquées. Cette analyse, au sens large, des protéines permet non seulement l’étude dynamique de l’expression protéique et des modifications post-traductionnelles mais également d’identifier les différentes protéines de complexes multiprotéiques. En cancérologie, ces approches sont essentielles pour la découverte, l’identification et la validation de nouveaux biomarqueurs et donc pour une meilleure compréhension des mécanismes biologiques du développement tumoral (initiation, progression tumorale et dissémination métastatique). L’analyse du protéome est fondée sur le couplage de trois technologies : une méthode de séparation résolutive des protéines en fonction de différents critères physicochimiques (masse, pI, hydrophobicité…), la spectrométrie de masse (MS) et des outils bio-informatiques. Ainsi peut-on disposer simultanément de l’identification des protéines à partir des données de la MS et de l’analyse quantitative de leur expression.L’analyse en gel bidimensionnel, couplée à la spectrométrie de masse Maldi-Tof, est une des techniques les plus utilisées [3]. Elle reste à ce jour la méthode la plus résolutive pour séparer un mélange complexe de protéines et comparer les variations d’expression des protéines entre des tissus normaux et cancéreux. L’identification des protéines d’intérêt est réalisée à partir de leur empreinte peptidique massique obtenue après digestion dans le gel par la trypsine. Cette approche a été utilisée pour identifier des biomarqueurs potentiels dans les cancers hépatiques, du sein, de l’ovaire, du poumon, de la prostate, du côlon ou des glioblastomes dans plus de 200 études depuis 1987. Bien que l’analyse en gel bidimensionnel ait fait ses preuves dans de nombreux domaines, elle présente plusieurs limitations, notamment pour son application en clinique. Récemment, les progrès en nanotechnologies fondés sur des méthodes de chromatographie liquide ou de surface ont permis l’émergence de nouvelles techniques d’analyses protéomiques à haut débit appliquées aux pathologies humaines [4-9].Dans cette revue, nous ne détaillerons pas l’ensemble de ces technologies. En revanche, nous nous focaliserons sur l’approche qui associe la chromatographie d’affinité de surface et la spectrométrie de masse : elle nous semble, à ce jour, la mieux adaptée aux contraintes liées à la protéomique clinique.

Méthode d’analyse protéomique par « puces » à protéines (ProteinChip®) ou Seldi-Tof

Récemment, des avancées méthodologiques en spectrométrie de masse ont ouvert des perspectives intéressantes pour l’identification de nouveaux marqueurs tumoraux, notamment pour l’établissement d’un simple profil protéique spécifique qui serait suffisant pour le diagnostic précoce de pathologies cancéreuses. Parmi celles-ci, la technologie Seldi-Tof (surface enhanced laser desorption ionisation-time of flight), développée par la société Ciphergen Biosystems Inc., permet la séparation, la détection et l’analyse des protéines directement à partir d’échantillons biologiques variés : cultures cellulaires, sérum, plasma, urine, liquides d’aspiration ou extraits tissulaires. En pratique, quelques microgrammes de protéines sont directement adsorbés sur une surface de 2 mm2 (spot) présentant des propriétés chromatographiques variées. Le mélange protéique subit alors un fractionnement qui dépend de ses propriétés physicochimiques (anionique, cationique, hydrophobe, hydrophile ou affinité pour les métaux) ou biologiques (liaison à un anticorps, un peptide, un récepteur, un ligand ou un acide nucléique) de la surface chromatographique utilisée. Après une série d’étapes de lavage, la « puce » à protéines est analysée en spectrométrie de masse en temps de vol. Après ionisation et désorption des protéines sous l’action d’un laser, on obtient un spectre de masse représentant l’intensité des protéines fixées sur la puce en fonction du rapport de la masse sur la charge (m/z) (( figure 1 )). Ces spectres sont ensuite normalisés et calibrés afin de limiter les différents biais dus à l’instrumentation ou à l’expérimentateur. La combinaison des différentes surfaces chromatographiques disponibles permet d’obtenir une vue d’ensemble des peptides et des protéines présents dans un échantillon donné. Sur la base de ces profils, un logiciel permet de repérer les pics protéiques, de comparer simplement deux à trois groupes de spectres et d’isoler des protéines dont l’expression est clairement différente d’un groupe à l’autre. L’analyse différentielle et statistique plus poussée de l’ensemble des données issues d’un groupe témoin et d’un groupe pathologique est une des étapes les plus importantes de l’étude protéomique. Le traitement de plusieurs centaines de spectres est réalisé à partir d’algorithmes informatiques fondés sur des analyses statistiques multivariées (analyse discriminante, classification hiérarchique…). Ces algorithmes permettent d’analyser des données complexes et d’extraire la meilleure combinaison de marqueurs capables de différencier chacun des groupes patient-témoin.

En résumé, cette plate-forme présente de nombreux avantages pour une application en clinique en raison de sa simplicité d’utilisation, de sa sensibilité de l’ordre du femtomole et de sa capacité d’analyse à haut débit à partir de faibles quantités de protéines et de mélanges complexes. Elle est toutefois limitée par la gamme de masse protéique analysable et sa capacité d’identification des marqueurs potentiels réduite. En effet, cette identification nécessite des étapes de purification supplémentaires par des méthodes chromatographiques et/ou électrophorétiques classiques et une analyse par des techniques de MS plus résolutives (Maldi-Tof ou MS/MS).

Applications cliniques de la technologie Seldi-Tof

Concept de signature tumorale

Très rapidement, les premiers résultats issus de la technologie Seldi-Tof ont concerné les pathologies cancéreuses, en particulier la recherche de marqueurs diagnostiques pour le développement de tests non invasifs. Bien que de nombreux types d’échantillons protéiques aient été testés, des progrès substantiels ont été faits à partir du sérum qui représente une source potentiellement importante de nouveaux marqueurs.

Dès le début, de nombreux auteurs ont suggéré qu’un simple profil protéique spécifique pourrait être suffisant pour le diagnostic précoce des cancers. Un des premiers groupes à suggérer cette hypothèse a été l’équipe de Petricoin et Liotta qui, en 2002, a réalisé une étude à partir du sérum de malades atteints de cancer de l’ovaire [10]. Dans une première phase, les auteurs ont pu identifier un profil protéique constitué d’une combinaison de 5 marqueurs à partir de 50 sérums de femmes atteintes de cancer de l’ovaire à différents stades et 50 sérums de femmes témoins analysés sur des surfaces hydrophiles. Dans une deuxième phase de validation, l’analyse de 116 sérums en aveugle (66 sérums témoins et 50 sérums pathologiques) a confirmé l’intérêt de ce profil qui permet de dépister, à partir d’un simple échantillon sanguin, des cancers de l’ovaire dès le stade I avec une sensibilité de 100 %, une spécificité de 95 % et une valeur prédictive positive de 94 % pour la population étudiée. Bien que ces résultats puissent être discutés dans le cadre d’un diagnostic de masse de la population générale [11], ils ont été présentés, au moment de leur parution, comme une avancée significative pour le diagnostic du cancer de l’ovaire, souvent détecté à des stades avancés du processus tumoral (stade métastatique). En utilisant un spectromètre de masse à haute résolution, la même équipe a pu par la suite reproduire ces résultats à partir de 43 sérums témoins et 68 sérums pathologiques (dont 18 stades I) avec une sensibilité et une spécificité de 100 % [12]. De plus, l’utilisation de surfaces chromatographiques différentes permet d’obtenir des profils protéiques différents. Ainsi, l’analyse de 184 sérums (109 issus de femmes atteintes de cancer de l’ovaire à différents stades) sur une surface anionique a permis d’établir trois profils protéiques capables de différencier les sérums de stades I de tumeurs bénignes et de témoins avec une sensibilité et une spécificité comprises entre 72 et 95 % [13].

Le cancer de la prostate a été un des premiers cancers, avec celui de l’ovaire, à avoir été étudié par des approches Seldi-Tof. En effet, bien que l’antigène prostatique spécifique (PSA) soit un des très rares marqueurs biologiques utilisés en routine pour le dépistage et le diagnostic des cancers de la prostate, ce marqueur génère un certain nombre de faux positifs entraînant des biopsies inutiles. Comme pour le cancer de l’ovaire, l’analyse de 326 sérums issus de 167 patients atteints de cancer de la prostate, 77 patients atteints d’hypertrophie bénigne et 82 témoins, a permis d’établir un profil protéique spécifique capable de distinguer les différents groupes avec une sensibilité de 83 %, une spécificité de 97 % et une valeur prédictive positive de 96 % pour la population étudiée et de 91 % pour la population générale [14]. Plusieurs groupes indépendants ont pu obtenir des signatures protéiques avec une spécificité comprise entre 85 et 100 %, supérieure à celle du 71 % de la PSA (tableau 1( Tableau 1 )).

Les applications de la technologie Seldi-Tof ne sont évidemment pas limitées à ces deux seuls cancers et beaucoup d’autres exemples pourraient être donnés. En effet, des résultats similaires ont été obtenus par la suite pour les cancers colorectaux, du sein, du foie, de la vessie, du pancréas, du rein ou des mélanomes à partir d’échantillons variés comme du sérum, des biopsies, des tissus microdisséqués, de l’urine ou d’autres fluides biologiques (tableau 1).
Tableau 1 Principales études utilisant la technologie Seldi-Tof pour la détection de marqueurs tumoraux

Type de cancer

Échantillon

Référence

Ovaire

Sérum

[10, 12, 13, 15, 16, 38]

Prostate

Sérum

[14, 20, 39-42]

Tissu

[43, 44]

Sein

Sérum

[45-48]

Liquide d’aspiration mammelonaire

[49-51]

Pancréas

Sérum

[52]

Sécrétion pancréatique

[17]

Poumon

Tissu

[53, 54]

Rein

Urine

[18, 55]

Sérum

[56]

Sphère ORL

Sérum

[57, 58]

Tissu

[59]

Foie

Tissu

[60]

Sérum

[19]

Mélanome

Sérum

[61]

Vessie

Urine

[18]

Colorectal

Tissu

[62]

Culture cellulaire

[63]

Sérum

[64]

Col de l’utérus

Tissu

[65]

Marqueurs biologiques identifiés par Seldi-Tof

Jusqu’à présent, peu d’efforts ont été faits pour l’identification précise des protéines spécifiques constituant les signatures tumorales obtenues par Seldi-Tof. Cette identification présente plusieurs intérêts, notamment lors de la phase de découverte des biomarqueurs, en permettant une étape de validation supplémentaire par des méthodes indépendantes de type immunologique (Elisa) et en augmentant la valeur prédictive de la signature moléculaire [15]. De façon étonnante, dans les quelques cas où la caractérisation des marqueurs a été effectuée, les protéines identifiées correspondent à des protéines majoritaires du sérum. Il s’agit par exemple de l’apolipoprotéine A1, de la transthyrétine, de l’α-antitrypsine dans le cancer de l’ovaire [15], de l’α-haptoglobine dans une autre étude sur le cancer de l’ovaire [16], de l’hepatocarcinoma intestine-pancreas/pancreatitis-associated protein-1 dans le cancer du pancréas [17], des α1 et α2-défensines dans le cancer de la vessie [18], d’un fragment de la vitronectine dans le cancer du foie [19] ou encore d’une protéine de liaison à la vitamine D dans le cancer de la prostate [20]. Une des questions posées est de savoir si ces marqueurs ont leur expression altérée spécifiquement en réponse à la prolifération tumorale ou de manière non spécifique en réponse à des épiphénomènes tels que l’état général du patient ou d’un processus inflammatoire [21-23]. Pour certains de ces marqueurs, comme l’apolipoprotéine A1 et la transthyrétine dans le cancer de l’ovaire, l’altération de leur expression semble spécifique au cancer étudié et ne se retrouve pas dans d’autres cancers [15]. De façon intéressante, certains des marqueurs identifiés par Seldi-Tof sont des formes clivées de protéines sériques de plus haut poids moléculaire [15]. Ces résultats, déjà observés par l’équipe de Liotta, avaient conduit ce dernier à suggérer que l’abondance de ces marqueurs clivés était le reflet direct d’événements pathologiques [24, 25]. Dans cette hypothèse, le microenvironnement tumoral serait capable de générer une signature protéique unique détectable dans le sang une fois les fragments passés dans la circulation générale. Des études récentes supportent cette hypothèse en montrant que l’équilibre entre des protéases et leurs inhibiteurs cellulaires est modifié dans le sérum et le tissu des patients en réponse à la prolifération tumorale. Ainsi, différentes familles de protéases comme les métalloprotéases ou les kallikréines plasmatiques et tissulaires voient leur expression augmenter ou diminuer dans certains cancers [26-29]. Ces modifications de l’expression auraient alors un retentissement direct sur la capacité des protéases à cliver des protéines sériques et à générer ainsi une signature moléculaire spécifique.

Défis futurs et développement de la technologie Seldi-Tof

Comme toute technologie émergente, l’approche Seldi-Tof doit faire face à un certain nombre de critiques, notamment concernant ses limitations réelles ou supposées. Parmi ces critiques, des méta-analyses réalisées à partir des données issues de plusieurs études indépendantes sur une même pathologie suggèrent que l’approche Seldi-Tof est peu reproductible d’un laboratoire à l’autre [30, 31]. Plusieurs paramètres peuvent affecter la reproductibilité, notamment le recueil, le traitement et la conservation des échantillons, la classification des groupes de patients, leur statut hormonal, leurs habitudes alimentaires, les traitements médicamenteux, sans parler des biais dus à l’expérimentation. [21]. Cependant, il est apparu que l’établissement des profils protéiques était très dépendant des algorithmes informatiques utilisés dans les différentes études. Il est clair que des étapes de validation et surtout de standardisation seront nécessaires pour les rendre utilisables en clinique à l’instar de ce qui se fait pour les tests immunologiques. Une étude récente sur le cancer de l’ovaire prend en compte ces paramètres de validation et de standardisation [15]. Cette étude multicentrique implique cinq laboratoires indépendants avec des protocoles standardisés permettant une validation croisée et indépendante des résultats. Près de 500 sérums ont ainsi été analysés lors des différentes phases de découverte et de validation des profils protéiques. Les résultats montrent que des profils fiables et reproductibles peuvent être obtenus si les protocoles pour le recueil des échantillons, leur analyse et leur interprétation sont bien définis. La deuxième critique majeure de l’approche Seldi-Tof, qui a fait l’objet d’une controverse récente, concerne sa capacité à détecter des protéines très faiblement exprimées dans le sérum [32, 33]. Dans les cas où les marqueurs découverts par Seldi-Tof ont été identifiés, les concentrations sériques des marqueurs sont rarement inférieures à un microgramme par millilitre alors que les marqueurs tumoraux usuels sont à des concentrations 100 à 1 000 fois plus faibles. C’est le cas, par exemple de la PSA qui fait partie des protéases dont l’expression augmente dans les cancers de la prostate [34] et qui n’a cependant jamais été identifiée dans les différentes études par Seldi-Tof de ce cancer. Cette limitation ne remet cependant pas en cause l’intérêt du Seldi comme plate-forme de protéomique clinique. En effet, il s’agit moins d’une limitation de cette technologie que d’une limitation des techniques de préparation de l’échantillon avant toute analyse protéomique quelle qu’elle soit. Dans le sérum, l’albumine et les immunoglobulines représentent à elles seules près de 90 % des protéines totales du sérum. Le rapport entre ces protéines majoritaires et les protéines les plus faiblement représentées peut alors atteindre 106 à 109, rendant la détection de ces dernières très difficile malgré une bonne sensibilité de la technique Seldi-Tof (( figure 2 )). Il existe plusieurs méthodes qui permettent d’augmenter la concentration relative des protéines faiblement représentées dans le sérum. Elles requièrent des étapes de fractionnement, de chromatographie, de précipitation sélective ou de déplétion des protéines majoritaires [8, 35-37]. Ces techniques « d’enrichissement » doivent, pour être efficaces, éviter d’introduire des biais supplémentaires dans l’analyse protéomique ultérieure. La détection de cette fraction inexplorée du sérum, véritable face cachée de l’iceberg, est un des défis technologiques qu’il faudra relever pour le développement de tests diagnostiques des formes précoces des cancers.

Conclusion

Les nouvelles technologies d’analyse protéomique prennent leur place dans l’ère post-génomique. Ces approches appliquées à la cancérologie ont suscité des espoirs et des polémiques mais les concepts biologiques qui les sous-tendent devraient permettre une meilleure compréhension des systèmes biologiques complexes que sont les processus cancéreux. Les premiers résultats issus de la technologie Seldi-Tof laissent présager de nombreux développements au niveau fondamental, clinique et pharmacologique, en particulier pour l’identification de profils protéiques diagnostiques ou pronostiques des cancers ou permettant de mieux caractériser des groupes à risques évolutifs ou de réponse aux traitements. À l’instar du programme visant à établir la carte d’identité des tumeurs humaines par l’analyse du transcriptome, l’approche protéomique devrait faire l’objet de programmes nationaux concertés pour concrétiser dans les meilleurs délais la caractérisation de nouveaux marqueurs et le développement de tests non invasifs prédictifs et diagnostiques des formes précoces de cancer.

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