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Unsaturated fatty acids intake and breast cancer risk : epidemiological data review


Bulletin du Cancer. Volume 92, Number 7, 658-69, Juillet - Août 2005, Dossier thématique


Résumé   Summary  

Author(s) : Anne CM Thiébaut, Véronique Chajès, Françoise Clavel-Chapelon, Mariette Gerber , Equipe E3N-EPIC, Inserm, Institut Gustave Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex, Institut Gustave Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex, Inserm, CRLC, 34298 Montpellier Cedex 5, France.

Summary : The relationship between fatty acids and breast cancer has been debated for long, because of the high frequency of breast cancer and the contradictory results from the numerous studies devoted to this issue. The present review includes case-control and prospective studies, according to specified methodological criteria, which estimated the exposure to monounsaturated fatty acids (MUFA) and n-6 and n-3 polyunsaturated fatty acids (PUFA) using dietary questionnaires or markers (plasma, erythrocytes, adipose tissue). The relationship between MUFA intake and breast cancer risk seems to depend on the contributing food : neutral or beneficial for vegetable oil, rather deleterious for animal products. Contrary to data from animal experiments, human studies do not show an increase of breast cancer risk with n-6 PUFA intake. Estimating the risk associated with α-linolenic acid appears difficult due to the incompleteness of food composition tables and studies on biomarkers remain few. The same applies to long-chain n-3 PUFA despite the suggestion of a decrease in risk, in agreement with animal studies. However, it is difficult in human to disentangle the effect of nutrient intake from that of contributing foods or even nutritional profile.

Keywords : breast cancer, lipid

ARTICLE

Auteur(s) : Anne CM Thiébaut1, Véronique Chajès2, Françoise Clavel-Chapelon1, Mariette Gerber3

1Equipe E3N-EPIC, Inserm, Institut Gustave Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex
2Institut Gustave Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex
3Inserm, CRLC, 34298 Montpellier Cedex 5, France

Le cancer du sein est aujourd’hui le plus fréquent des cancers féminins en Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord et au Japon [1]. En France, il représentait environ 42 000 nouveaux cas en 2000 et 12 000 décès, soit 20 % des décès par cancer [2]. Parmi les facteurs de risque pouvant faire l’objet d’une prévention primaire, l’alimentation présente un fort potentiel puisqu’une modification adéquate des habitudes alimentaires permettrait d’éviter la moitié des décès par cancer du sein [3]. Cependant, le rôle de l’alimentation, en particulier celui des acides gras insaturés, n’a pu encore être établi avec certitude. En 1997, les experts américains du World Cancer Research Fund [4], s’appuyant sur la littérature existante, concluaient à l’absence d’association entre risque de cancer du sein et apports en acides gras mono-insaturés (AGMI) et polyinsaturés (AGPI). Néanmoins, l’absence de distinction entre les différents types d’AGPI, en particulier les séries n-3 et n-6, pourrait empêcher la mise en évidence d’une association entre AGPI et cancer du sein, par exemple si leurs effets s’annulaient.Depuis cette revue, de nombreuses études ont été publiées portant sur les apports en acides gras spécifiques, estimés soit à l’aide de questionnaires alimentaires, soit par des marqueurs biologiques de l’apport alimentaire (teneurs en acides gras dans les phospholipides du sérum, les membranes érythrocytaires, le tissu adipeux mammaire ou fessier). Une revue de la littérature épidémiologique a donc été réalisée afin d’évaluer la connaissance fournie par les études cas-témoins et prospectives sur le rôle des acides gras insaturés dans l’étiologie mammaire.

Acides gras mono-insaturés, acide oléique et cancer du sein

Une méta-analyse récente [5] incluant 17 études cas-témoins et 8 études de cohorte avec questionnaires alimentaires, ajustées ou non sur l’apport énergétique, ne met en évidence aucune association entre apport en AGMI totaux et risque de cancer du sein, avec un méta-RR estimé à 1,12 (IC95 % = 0,94-1,32) pour les études cas-témoins et à 1,10 (IC95 % = 0,83-1,44) pour les études prospectives. L’ensemble des études sélectionnées selon nos propres critères est en accord avec ces conclusions (tableau 1( Tableau 1 )). Ainsi, sur 20 études cas-témoins utilisant un questionnaire alimentaire et ajustant sur l’apport énergétique, 4 trouvent un risque de cancer du sein significativement augmenté par un apport élevé en AGMI, 3 un risque significativement diminué. Sur 13 études de cohorte, 3 mettent en évidence une association positive et 2 une association négative. Notons que seulement 3 études cas-témoins [6-8] et 4 études de cohorte [9-12] ont étudié l’apport en acide oléique spécifiquement et toutes trouvent un RR inférieur à 1.

L’huile d’olive étant la source principale d’acide oléique dans les pays méditerranéens, les études ayant examiné la relation entre consommation d’huile d’olive et cancer du sein ont également été prises en compte. Huit études cas-témoins et une étude de cohorte ont étudié la relation entre cancer du sein et consommation d’huile d’olive : 1 en Grèce [13], 2 en Italie [14, 15], 2 en Espagne [6, 16], 1 au Portugal [17], 2 en France [18, 19] et 1 en Suisse [20]. Trois études sur 8 trouvent un risque significativement diminué de 11 à 34 % avec une consommation importante d’huile d’olive [6, 13, 15], 4 autres sont en faveur d’un risque diminué de 12 à 60 % mais non significatif [14, 16, 19, 20]. Seule l’étude portugaise détecte une association positive avec un risque de cancer du sein multiplié par 2,5 pour les quartiles extrêmes [17]. Lipworth et al. [21] ont publié une revue détaillée de la relation entre cancer du sein et consommation d’huile d’olive et concluent à un effet bénéfique de l’huile d’olive, modeste cependant, avec un méta-OR de 0,79 (IC95 % 0,67-0,92) pour les catégories de consommation les plus élevées, basé sur 3 études publiées avant 1995 et ajustant sur l’apport calorique total [6, 13, 15].

Parmi les études utilisant des prélèvements biologiques, une étude cas-témoins (tissu adipeux mammaire) montre une association négative significative avec un OR de 0,4 [22] et une étude prospective (membranes érythrocytaires) indique une association fortement positive et significative, avec un OR égal à 2,8 [23]. Notons que, dans l’étude européenne multicentrique Euramic [24] qui porte sur 291 cas de cancer du sein en post-ménopause, une association négative apparaît pour les 5 centres réunis mais est en fait due au seul centre d’Europe du Sud, Malaga en Espagne, où l’OR associé à un incrément de 4,86 % d’acide oléique est estimé à 0,40 (IC95 % = 0,28-0,58). Ce même OR est estimé à 1,27 (IC95 % = 0,88-1,85) pour les 4 autres centres combinés, Irlande, Pays-Bas, Allemagne et Suisse. Deux études seulement ont étudié séparément les femmes non ménopausées et ménopausées et leurs résultats, non significatifs dans les deux cas, ne suggèrent pas de différence selon le statut ménopausique [25, 26]. Les résultats des études utilisant des biomarqueurs de l’acide oléique sont difficiles à interpréter car les AGMI sont synthétisés par le corps humain et la corrélation entre concentration dans les tissus et apports alimentaires est donc relativement faible.
Tableau 1 Risques relatifs de cancer du sein et apport en acides gras mono-insaturés (AGMI) totaux ou acide oléique

Étude (pays)

Nutriment considéré

Sous-groupe

Comparaison

RR

IC95 %

p de tendance

A. Études cas-témoins utilisant un questionnaire alimentaire

Katsouyanni 1988 (GR)*

AGMI totaux

déciles

1,47

0,68

3,19

0,32

Toniolo 1989 (IT)*

AGMI totaux

quartiles

1,30

nd

nd

0,81

Shun-Zhang 1990 (CH)*

AGMI totaux

continu

1,89

1,12

3,20

0,017

Ferraroni 1991 (IT)

AGMI totaux

quintiles

1,10

0,50

2,80

0,89

Ingram 1991 (AU)*

AGMI totaux

médiane

1,40

0,70

2,60

-

Zaridze 1991 (RU)*

AGMI totaux

post

quartiles

1,80

0,19

16,70

0,66

London 1993 (US)

AGMI totaux

post

quintiles

1,70

1,00

2,80

0,12

Katsouyanni 1994 (GR)*

AGMI totaux

continu

0,98

0,89

1,07

-

Landa 1994 (ES)*

AGMI totaux

tertiles

0,30

0,12

0,74

0,005

Martin-Moreno 1994 (ES)*

Acide oléique

pré

quartiles

0,78

0,42

1,45

0,07

post

quartiles

0,73

0,46

1,17

0,28

Qi 1994 (CH)

AGMI totaux

quartiles

3,14

1,46

6,73

nd

Yuan 1995 (CH)*

AGMI totaux

continu

1,20

0,70

2,20

-

Franceschi 1996 (IT)*

Acide oléique

quintiles

0,81

0,68

0,97

0,06

Nunez 1996 (ES)*

AGMI totaux

tertiles

1,50

0,73

3,10

nd

Witte 1997 (US + CA)*

Acide oléique

pre

quartiles

0,40

0,20

0,90

0,02

Cade 1998 (UK)*

AGMI totaux

quartiles

0,86

0,41

1,80

0,37

De Stefani 1998 (UR)*

AGMI totaux

quartiles

2,48

1,50

4,09

0,001

Männistö 1999 (FI)

AGMI totaux

pré

quintiles

0,80

0,30

1,90

nd

Amaral 2002 (PO)

AGMI totaux

quartiles

1,50

0,70

3,32

nd

Hermann 2002 (AL)

AGMI totaux

quartiles

1,04

0,57

1,89

0,67

Nkondjock 2003 (CA)

Acide oléique

quartiles

0,97

0,65

1,44

0,58

B. Études cas-témoins utilisant des biomarqueurs

Zaridze 1990 (RU)

Acide oléique

pré

médiane

0,71

0,21

2,41

0,58

post

médiane

0,63

0,21

1,88

0,40

London 1993 (US)

Acide oléique

post

quintiles

1,20

0,70

1,90

0,52

Vatten 1993 (NO)

Acide oléique

pré

quartiles

0,60

0,30

1,30

0,18

Petrek 1994 (US)

Acide oléique

quartiles

1,47

0,71

3,03

0,60

Euramic Malaga 1998 (SP)

Acide oléique

post

quartiles

0,40

0,28

0,58

nd

Euramic Zeist 1998 (NL)

Acide oléique

post

quartiles

2,36

1,01

5,50

nd

Klein 2000 (FR)

Acide oléique

quartiles

1,26

0,48

3,34

0,61

Maillard 2002 (FR)

Acide oléique

tertiles

0,41

0,21

0,82

0,002

C. Études prospectives utilisant un questionnaire alimentaire

Howe 1991 (CA)*

AGMI totaux

quartiles

1,23

0,81

1,89

0,04

Kushi 1992 (US)*

AGMI totaux

quartiles

1,08

0,80

1,46

0,82

Toniolo 1994 (US)

Acide oléique

quintiles

1,57

0,90

2,71

0,24

Gaard 1995 (NO)*

AGMI totaux

quartiles

1,72

1,19

2,49

0,01

Wolk 1998 (SW)*

AGMI totaux

quartiles

0,95

0,72

1,24

0,38

Holmes 1999 (US)

Acide oléique

continu

0,86

0,77

0,96

-

Velie 2000 (US)

Acide oléique

post

quintiles

0,88

0,62

1,25

0,92

Thiébaut 2001 (FR)

AGMI totaux

quartiles

1,22

0,93

1,59

nd

Horn-Ross 2002 (US)

Acide oléique

quintiles

0,90

0,60

1,20

0,50

Voorrips 2002 (NL)*

Acide oléique

post

quintiles

0,67

0,44

1,03

0,001

Wirfält 2002 (SW)

AGMI totaux

post

quintiles

2,01

1,19

3,38

0,001

Cho 2003 (US)*

AGMI totaux

pré

quintiles

1,26

0,99

1,60

0,06

Gago-Dominguez 2003 (SI)

AGMI totaux

quartiles

1,02

0,73

1,43

0,90

D. Études prospectives utilisant des biomarqueurs

Chajès 1999 (SW)

Acide oléique

quartiles

2,25

0,98

5,17

0,21

Pala 2001 (IT)

Acide oléique

tertiles

2,79

1,24

6,28

0,01

Saadatian-Elahi 2002 (US)

AGMI totaux

pré

quartiles

0,96

0,37

2,45

0,91

post

quartiles

1,84

0,72

4,71

0,13

Acide linoléique, diènes conjugués et cancer du sein

Parmi les études s’appuyant sur des questionnaires alimentaires, trois études cas-témoins sur cinq suggèrent une association négative (OR = 0,3-0,7) avec un apport élevé d’acide linoléique [7, 27, 28] (tableau 2( Tableau 2 )). Une étude de cohorte sur cinq montre également une diminution de risque significative mais de 5 % seulement [9]. Sur cinq études cas-témoins avec prélèvements biologiques, deux font apparaître une association négative significative [25, 29] et une seule une association positive [22]. Parmi les trois études de cohorte, une seule met en évidence un risque significativement diminué de 56 % [23]. Ces conclusions contradictoires se révèlent très liées au type de biomarqueur utilisé. Ainsi, l’étude de cohorte [23] et les deux études cas-témoins qui ont également montré une association négative [25, 29] ont analysé les taux d’acide linoléique dans les phospholipides du sérum ou des membranes érythrocytaires. Les cinq autres études, à partir de biopsies de tissu adipeux, ne montrent au contraire pas d’association, sauf une dans le sens opposé [22].

Zock et Katan [30] ont combiné les OR de 16 études cas-témoins publiées avant 1996, 13 portant sur des données alimentaires, 3 sur des prélèvements biologiques, représentant 6 910 cas et 8 536 témoins, et concluent à l’absence d’effet délétère de l’acide linoléique sur le risque de cancer du sein avec un méta-OR de 0,84 (IC95 % = 0,71-1,00). Les estimations de risque issues des études prospectives sont toutes proches de 1.

En ce qui concerne l’apport en acide gras linoléique conjugué (CLA), seulement une étude cas-témoins [31] et une étude de cohorte [12] avec des données de consommation alimentaire ont été publiées, la première trouvant un risque significativement diminué (OR = 0,3) et la seconde un risque augmenté avec une tendance significative (RR = 1,24). Les études portant sur des biomarqueurs sont tout aussi discordantes : une étude cas-témoins analysant les CLA du sérum trouve un risque significativement diminué de 80 % en post-ménopause [31] tandis qu’une autre étude cas-témoins utilisant du tissu adipeux mammaire suggère un excès de risque de plus de 80 % mais non significatif [32].
Tableau 2 Risques relatifs de cancer du sein et apport en acide linoléique ou ses conjugués (CLA)

Étude (pays)

Nutriment considéré

Sous-groupe

Comparaison

RR

IC95 %

p de tendance

A. Études cas-témoins utilisant un questionnaire alimentaire

Martin-Moreno 1994 (ES)

Linoléique

pré

quartiles

1,46

0,86

2,49

0,39

post

quartiles

1,20

0,81

1,71

0,31

Franceschi 1996 (IT)

Linoléique

quintiles

0,69

0,001

Witte 1997 (US + CA)

Linoléique

pré

quartiles

0,30

0,10

0,70

0,01

De Stefani 1998 (UR)

Linoléique

quartiles

0,72

0,44

1,19

0,25

Aro 2000 (FI)

CLA

post

quintiles

0,30

0,10

0,70

nd

Nkondjock 2003 (CA)

Linoléique

quartiles

0,90

0,61

1,34

0,70

B. Études cas-témoins utilisant des biomarqueurs

Zaridze 1990 (RU)

Linoléique

pré

médiane

0,25

0,07

0,93

0,039

post

médiane

0,46

0,14

1,48

0,19

Vatten 1993 (NO)

Linoléique

pré

quartiles

0,40

0,20

1,00

0,02

Petrek 1994 (US)

Linoléique

0,58

0,29

1,16

0,16

Aro 2000 (FI)

CLA

post

quintiles

0,20

0,10

0,60

nd

Klein 2000 (FR)

Linoléique

quartiles

0,70

0,27

1,82

0,55

Maillard 2002 (FR)

Linoléique

tertiles

2,31

1,15

4,67

0,06

CLA

tertiles

1,83

0,90

3,71

0,10

C. Études prospectives utilisant un questionnaire alimentaire

Toniolo 1994 (US)

Linoléique

quintiles

1,13

0,65

1,98

0,47

Holmes 1999 (US)

Linoléique

continu

0,95

0,92

0,98

-

Velie 2000 (US)

Linoléique

post

quintiles

1,05

0,82

1,34

0,44

Horn-Ross 2002 (US)

Linoléique

quintiles

0,90

0,70

1,30

0,90

Voorrips 2002 (NL)

Linoléique

post

quintiles

0,96

0,71

1,31

0,67

CLA

post

quintiles

1,24

0,91

1,69

0,02

D. Études prospectives utilisant des biomarqueurs

Chajès 1999 (SW)

Linoléique

quartiles

1,41

0,67

2,94

0,37

Pala 2001 (IT)

Linoléique

post

tertiles

0,44

0,20

1,00

0,06

Saadatian-Elahi 2002 (US)

Linoléique

pré

quartiles

1,11

0,42

2,94

0,93

post

quartiles

1,04

0,40

2,67

0,94

Acide α-linolénique et cancer du sein

Trois études cas-témoins [8, 27, 28] et deux études de cohorte [9, 12] ont estimé l’apport en acide α-linolénique (ou linolénique) à l’aide d’un questionnaire alimentaire (tableau 3( Tableau 3 )). Trois d’entre elles trouvent un risque diminué d’environ 30 %, dont deux significativement [12, 27]. Les deux autres montrent un risque supérieur à 1, voire plus que triplé pour le quartile d’apport le plus élevé comparé au plus faible dans l’étude uruguayenne où la consommation de viande (une des sources de l’acide α-linolénique) est très importante [28].

Les résultats apparaissent également contradictoires au regard des six études cas-témoins et des trois études de cohorte fondées sur des prélèvements biologiques : deux études utilisant du tissu adipeux mammaire [22, 33] font apparaître une réduction de risque de cancer du sein de 55-60 % tandis que les études utilisant les phospholipides du sérum ou des membranes érythrocytaires ne montrent pas d’association, à l’exception d’une étude sur les phospholipides sériques qui trouve un risque diminué de 40 % non significatif [29]. Notons que l’apport en acide α-linolénique peut être un marqueur de la consommation de viande, sa source principale dans un grand nombre de populations, mais cet acide gras est également présent dans de nombreux végétaux.
Tableau 3 Risques relatifs de cancer du sein et apport en acide α-linolénique (ALA) ou linolénique (LN)

Étude (pays)

Nutriment considéré

Sous-groupe

Comparaison

RR

IC95 %

p de tendance

A. Études cas-témoins utilisant un questionnaire alimentaire

Franceschi 1996 (IT)

ALA

quintiles

0,69

0,001

De Stefani 1998 (UR)

ALA

quartiles

3,24

1,89

5,58

0,001

Nkondjock 2003 (CA)

ALA

quartiles

1,27

0,85

1,89

0,28

B. Études cas-témoins utilisant des biomarqueurs

London 1993 (US)

ALA

post

quintiles

0,90

0,60

1,50

0,59

Vatten 1993 (NO)

ALA

pré

quartiles

0,60

0,30

1,40

0,15

Euramic Malaga 1998 (SP)

ALA

post

tertiles

1,92

0,76

4,85

0,27

Euramic Zurich 1998 (SZ)

ALA

post

tertiles

0,54

0,22

1,30

0,52

Klein 2000 (FR)

ALA

quartiles

0,36

0,12

1,02

0,026

Bagga 2002 (US)

ALA

1,02

0,99

1,06

0,20

Maillard 2002 (FR)

ALA

tertiles

0,39

0,19

0,78

0,01

C. Études prospectives utilisant un questionnaire alimentaire

Holmes 1999 (US)

LN

continu

0,75

0,54

1,03

-

Voorrips 2002 (NL)

LN

post

quintiles

0,70

0,51

0,97

0,006

D. Études prospectives utilisant des biomarqueurs

Chajès 1999 (SW)

ALA

quartiles

1,36

0,63

2,96

0,42

Pala 2001 (IT)

ALA

post

tertiles

1,38

0,70

2,70

0,35

Saadatian-Elahi 2002 (US)

ALA

pré

quartiles

0,97

0,41

2,26

0,84

Saadatian-Elahi 2002 (US)

ALA

post

quartiles

0,64

0,26

1,57

0,23

AGPI n-3 à longue chaîne et cancer du sein

Deux études cas-témoins [8, 34] et deux études de cohorte [9, 12] ont estimé les apports en acide éicosapentaénoïque (EPA) et acide docosahexaénoïque (DHA) à l’aide d’un questionnaire alimentaire (tableau 4( Tableau 4 )). Seule une étude trouve une association significative mais très modérée, avec un excès de risque de 6 % pour un apport élevé en EPA et de 4 % pour un apport élevé en DHA [9]. Cette même étude trouve un RR significatif de 1,08 pour un apport important d’AGPI n-3 en provenance du poisson. Deux autres études de cohorte [35, 36] ont étudié les apports totaux en AGPI n-3 à longue chaîne ou provenant du poisson : aux États-Unis, aucune association n’est mise en évidence [35], tandis qu’en Chine, où la consommation de poisson est nettement plus importante, une diminution significative du risque de cancer du sein de 32 % est mise en évidence chez les femmes ménopausées ayant un apport important d’AGPI n-3 par le poisson [36]. Plus nombreuses que les études sur les apports en AGPI n-3 à longue chaîne qui sont un marqueur de la consommation de poisson, les études épidémiologiques prospectives ayant investigué la relation entre cancer du sein et consommation de poisson ont fait récemment l’objet d’une méta-analyse [37]. Celle-ci ne met en évidence aucune association entre le risque de cancer du sein et la consommation de poisson ou de fruits de mer, avec des RR de 1,01 (IC95 % = 0,87-1,17) et 0,77 (IC95 % = 0,39-1,53) respectivement pour un incrément de 100 g.

Les études reposant sur des prélèvements biologiques sont un peu plus nombreuses : six études cas-témoins et trois études de cohorte. Toutes les études concernant la concentration en EPA sont non significatives, sauf une étude de cohorte qui trouve une réduction de 50 % à la limite de la significativité [38]. Une étude cas-témoins met en évidence une réduction significative de risque de près de 70 % avec un taux élevé en DHA dans le tissu adipeux mammaire [22], tandis qu’une étude de cohorte montre une réduction de 52 % à la limite de la significativité pour un taux élevé dans les membranes érythrocytaires [23]. Une autre étude suggère une diminution du risque de moindre ampleur, inférieure à 10 %, lorsque les taux d’EPA et de DHA du tissu adipeux mammaire sont additionnés [39]. Une étude enfin a examiné les taux d’AGPI n-3 à longue chaîne et, contrairement aux études précédentes, semble indiquer un risque augmenté mais non significatif [33].
Tableau 4 Risques relatifs de cancer du sein et apport en AGPI n-3 à longue chaîne (n-3 LC)

Étude (pays)

Nutriment considéré

Sous-groupe

Comparaison

RR

IC95 %

p de tendance

A. Études cas-témoins utilisant un questionnaire alimentaire

London 1993 (US)

EPA + DHA

post

quintiles

1,00

0,60

1,70

0,82

Nkondjock 2003 (CA)

EPA

quartiles

1,23

0,82

1,83

0,48

DHA

quartiles

0,98

0,66

1,46

0,59

B. Études cas-témoins utilisant des biomarqueurs

London 1993 (US)

EPA

post

quintiles

0,70

0,40

1,10

0,22

DHA

post

quintiles

1,10

0,60

1,70

0,59

Vatten 1993 (NO)

EPA

pré

quartiles

0,90

0,40

2,00

0,85

DHA

pré

quartiles

0,60

0,30

1,30

0,41

Euramic Malaga 1998 (SP)

DHA

post

3,84

1,49

9,87

0,01

Euramic Zeist 1998 (NL)

DHA

post

0,35

0,14

0,89

0,03

Klein 2000 (FR)

n-3 LC

quartiles

2,66

0,80

8,89

0,14

Bagga 2002 (US)

EPA + DHA

0,92

0,84

1,01

0,06

Maillard 2002 (FR)

DHA

tertiles

0,31

0,13

0,75

0,016

C. Études prospectives utilisant un questionnaire alimentaire

Holmes 1999 (US)

n-3 poisson

continu

1,08

1,03

1,13

-

EPA

continu

1,06

1,02

1,10

-

DHA

continu

1,04

1,01

1,06

-

Voorrips 2002 (NL)

EPA

post

quintiles

0,98

0,72

1,35

0,87

DHA

post

quintiles

1,00

0,72

1,37

0,70

Cho 2003 (US)

n-3 LC

pré

quintiles

1,01

0,78

1,31

0,50

Gago-Dominguez 2003 (SI)

n-3 poisson

pré

quartiles

0,90

0,49

1,65

0,93

post

quartiles

0,68

0,47

0,97

0,02

D. Études prospectives utilisant des biomarqueurs

Chajès 1999 (SW)

EPA

quartiles

0,51

0,25

1,03

0,081

DHA

quartiles

0,92

0,42

2,02

0,41

Pala 2001 (IT)

EPA

post

tertiles

0,76

0,35

1,62

0,46

DHA

post

tertiles

0,48

0,23

1,00

0,05

Saadatian-Elahi 2002 (US)

EPA

pré

quartiles

0,82

0,32

2,11

0,46

EPA

post

quartiles

0,91

0,32

2,62

0,99

DHA

pré

quartiles

0,83

0,27

2,58

0,51

DHA

post

quartiles

0,67

0,27

1,70

0,41

Interaction entre acides gras polyinsaturés n-3 et n-6, et antioxydants

Plutôt que les apports en AGPI n-3 et n-6 pris individuellement, plusieurs études expérimentales suggèrent que c’est l’équilibre entre ces deux séries d’AGPI qui pourrait influencer l’apparition du cancer du sein [40]. Encore très peu d’études épidémiologiques ont examiné cette question (tableau 5( Tableau 5 )). Une étude cas-témoins [41] fondée sur les apports alimentaires estimés en acides gras a montré, chez les femmes non ménopausées uniquement et pour des témoins en population générale, une diminution du risque de cancer du sein de 50 % pour le quartile du rapport AGPI n-3/n-6 le plus élevé comparé au plus faible. Une autre étude cas-témoins [8] rapporte un risque de cancer du sein augmenté mais non significatif et une étude de cohorte [42] indique une diminution de risque de 33 % proche de la significativité. Une autre étude de cohorte [36] a montré une augmentation significative du risque de cancer du sein en relation avec des apports élevés en AGPI n-6, seulement dans le plus bas quartile d’apport en AGPI n-3. Aucune relation n’est trouvée entre apports élevés en AGPI n-6 et risque de cancer du sein dans les quartiles supérieurs d’apports en AGPI n-3. Enfin, trois études cas-témoins fondées sur l’utilisation de biomarqueurs [22, 39, 43] ont mis en évidence un OR diminué avec un rapport AGPI n-3/n-6 élevé, dont un significatif. Ces données suggèrent bien une interaction entre AGPI n-6 et n-3 dans la survenue du cancer du sein.

Par ailleurs, les données expérimentales récentes montrent que l’effet inhibiteur des AGPI n-3 sur la croissance tumorale mammaire est supprimé par l’apport de vitamine E, principale vitamine antioxydante [44]. Une seule étude épidémiologique, de type cas-témoins, a examiné la relation entre apports en acides gras et risque de cancer du sein, en fonction des apports alimentaires en vitamine E [8]. La seule interaction mise en évidence concerne l’apport en acide arachidonique (20:4n-6) avec l’apport en vitamine E chez les femmes ménopausées : chez les faibles consommatrices de vitamine E, un apport élevé d’acide arachidonique est associé à une diminution de risque de cancer du sein tandis qu’il est associé à une augmentation de risque chez les fortes consommatrices de vitamine E.
Tableau 5 Risques relatifs de cancer du sein et rapport AGPI n-3/n-6

Étude (pays)

Nutriment considéré

Sous-groupe

comparaison

RR

IC95 %

p de tendance

A. Études cas-témoins utilisant un questionnaire alimentaire

Goodstine 2003 (US)

n-3/n-6

pré

quartiles

0,59

0,29

1,19

0,09

post

quartiles

0,89

0,60

1,34

0,48

Nkondjock 2003 (CA)

n-3/n-6

quartiles

1,26

0,86

1,86

0,25

B. Études cas-témoins utilisant des biomarqueurs

Euramic Malaga (ES)

n-3/n-6

post

tertiles

0,14

0,05

0,38

0,01

n-3 LC/n-6

post

tertiles

0,32

0,13

0,82

0,02

Euramic Zeist (NL)

n-3/n-6

post

tertiles

0,82

0,34

1,98

0,63

n-3 LC/n-6

post

tertiles

0,48

0,19

1,21

0,12

Bagga 2002 (US)

n-3 LC/n-6

0,60

0,32

1,10

0,09

Maillard 2002 (FR)

n-3 LC/n-6

tertiles

0,33

0,17

0,66

0,001

C. Études prospectives utilisant un questionnaire alimentaire

Wirfält 2002 (SW)

n-3/n-6

post

quintiles

0,66

0,41

1,08

0,14

Acides gras trans-insaturés

Quatre études cas-témoins [8, 34, 45, 46] et trois études de cohorte [9, 12, 35] reposant sur des enquêtes alimentaires, ainsi que trois études cas-témoins utilisant des prélèvements de tissu adipeux [34, 47, 48] donnent des résultats contradictoires et peu convaincants sur les acides gras trans (tableau 6)( Tableau 6 ). Les études de cohorte avec questionnaire alimentaire indiquent une association modérée, négative pour l’une [9] et positive pour les deux autres [12]. Une étude cas-témoins suggère une association positive avec un apport alimentaire élevé mais celle-ci n’est pas retrouvée avec les taux dans le tissu adipeux [34]. Une autre étude cas-témoins suggère au contraire une association négative [47]. Enfin, l’étude multicentrique Euramic montre un risque augmenté de 50 %, avec des OR supérieurs à 1 dans 4 centres sur 5 et significatifs pour 2 de ces centres [48]. Cette association est nettement renforcée après ajustement sur les taux en AGPI totaux, avec un OR qui passe de 1,40 à 5,87 (IC95 % = 2,45-14,05), et le test d’interaction entre AGPI totaux et acides gras trans apparaît significatif. L’augmentation de risque associé à un taux élevé en acides gras trans est la plus forte dans le tertile inférieur de taux d’AGPI avec un RR de 3,65 (IC9 5% = 2,17-6,14) et disparaît complètement pour le tertile supérieur. Il semble donc qu’un apport élevé en AGPI annule l’effet potentiellement délétère des acides gras trans. Il serait intéressant que d’autres études examinent cette interaction pour confirmer ce résultat.
Tableau 6 Risques relatifs de cancer du sein et apport en acides gras trans-insaturés

Étude (pays)

Nutriment considéré

Sous-groupe

Comparaison

RR

IC95 %

p de tendance

A. Études cas-témoins utilisant un questionnaire alimentaire

London 1993 (US)

trans

post

quintiles

1,60

0,90

2,70

0,13

Challier 1998 (FR)

trans

pré

quintiles

1,03

0,42

2,52

0,90

post

quintiles

1,31

0,55

3,12

0,69

Männistö 1999 (FI)

trans

pré

quintiles

1,30

0,50

3,10

nd

Nkondjock 2003 (CA)

trans

quartiles

1,24

0,83

1,86

0,28

B. Études cas-témoins utilisant des biomarqueurs

London 1993 (US)

trans

post

quintiles

1,20

0,70

1,90

0,94

Petrek 1994 (US)

trans

quartiles

0,53

0,26

1,08

0,13

Euramic Malaga (ES)

trans

post

quartiles

6,45

1,27

32,85

nd

Euramic Zeist (NL)

trans

post

quartiles

1,02

0,58

1,80

nd

C. Études prospectives utilisant un questionnaire alimentaire

Holmes 1999 (US)

trans

continu

0,87

0,80

0,95

-

Voorrips 2002 (NL)

trans

post

quintiles

1,30

0,93

1,80

0,01

Cho 2003 (US)

trans

pré

quintiles

1,15

0,90

1,47

0,54

Discussion et conclusion

Il semble que la relation de l’acide oléique au risque de cancer du sein soit difficilement dissociable de l’aliment qui contribue à son apport ou même du type d’alimentation considéré dans l’étude. Ainsi, dans le cas où le principal aliment contributeur est la viande, l’acide oléique apparaît comme un facteur de risque [28, 35, 42]. Au contraire, dans les pays méditerranéens où l’huile d’olive est très consommée mais la viande relativement peu, l’acide oléique est associé à une diminution du risque de cancer du sein [6, 27, 49]. Cela suggère que l’acide oléique n’a pas de lui-même un effet protecteur (ou délétère) sur l’incidence de cancer du sein. La diminution de risque associée à un apport élevé d’acide oléique dans les pays méditerranéens serait plutôt due à d’autres constituants de l’huile d’olive (composés phénoliques) ou à un comportement, alimentaire et non alimentaire, plus sain associé à une consommation importante d’huile d’olive. Inversement, dans les autres études où l’apport oléique apparaît associé à une augmentation de risque du cancer du sein, cette association positive pourrait refléter l’effet d’une consommation importante de viande rouge, notamment de bœuf.

En ce qui concerne l’acide linoléique, les études portant sur des données alimentaires recueillies par questionnaire seraient plutôt en faveur d’un effet protecteur sur le risque de cancer du sein, ce qui apparaît en contradiction avec les études expérimentales. Ces résultats sont renforcés par les études basées sur les dosages sériques et érythrocytaires, montrant plutôt une diminution du risque associé à un niveau élevé d’acide linoléique. Dans le tissu adipeux (quatre études), aucune association n’a été mise en évidence entre acide linoléique et cancer du sein, sauf dans une étude.

Les quelques études portant sur des données alimentaires recueillies par questionnaire donnent des résultats contradictoires pour l’acide α-linolénique. Mais il faut noter ici l’indigence des tables de composition vis-à-vis de cet acide gras. Les études portant sur des prélèvements biologiques montrent des discordances selon le tissu étudié. Les études sur tissu adipeux montrent une réduction du risque associée à un pourcentage élevé de 18:3 n-3, tandis que la majorité des études réalisées sur les phospholipides du sérum ou des membranes érythrocytaires ne montre pas d’association. Comme pour l’acide oléique, l’origine animale ou végétale des aliments contributeurs et/ou l’ensemble des habitudes alimentaires pourraient expliquer une partie des divergences. Ainsi, la seule étude montrant un risque de cancer du sein fortement accru par un apport important en acide α-linolénique se situe en Uruguay, pays où la consommation de viande est nettement plus importante que dans les autres études [28]. Dans les pays où la consommation de viande est plus faible, les végétaux constituent une autre source importante d’acide α-linolénique qui pourrait de ce fait être associé à une diminution de risque de cancer du sein. Au final, ce ne serait donc pas l’acide α-linolénique lui-même qui serait un facteur délétère ou protecteur mais des composés spécifiques des aliments dont il provient, viande ou végétaux. Cependant, les aliments contributeurs de l’apport en acide α-linolénique sont encore mal identifiés et des études complémentaires, reposant sur des tables de composition alimentaire plus complètes et plus précises, sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse.

Une explication valable pour l’acide linoléique aussi bien que pour l’acide α-linolénique peut être que la composition en acides gras du tissu adipeux et des phospholipides ou du sérum reflète les profils alimentaires sur des périodes de temps différentes. En effet, l’analyse du tissu adipeux fournit une mesure de l’alimentation sur le long terme puisque la demi-vie des acides gras y est estimée à 2 ans alors que la concentration en acides gras des phospholipides est fortement déterminée par l’alimentation des derniers mois ou semaines. Pour une étude cas-témoins, les taux d’acides gras dans le sang pourraient donc être différents chez les cas à cause d’un changement récent d’habitudes alimentaires lié au diagnostic ou au traitement de leur cancer.

Les résultats des études épidémiologiques sont actuellement largement insuffisants pour conclure sur l’effet des diènes conjugués sur le risque de cancer du sein. Il faut noter cependant que ces résultats négatifs peuvent être liés aux aspects suivants : d’une part, il existe différents isomères des CLA qui ne sont pas distingués dans les études épidémiologiques alors que les données provenant des études réalisées dans les modèles animaux suggèrent que l’effet antitumoral pourrait être dû principalement aux isomères 9-cis 11-trans et 10-trans 12-cis ; d’autre part, le taux de CLA apporté par l’alimentation actuellement est inférieur d’environ un ordre de grandeur de la quantité efficace suggérée par les études expérimentales chez le rat. En effet, pour observer un effet dans ce modèle animal, il faut 6 % de CLA dans les lipides du tissu adipeux alors que, chez la femme, on observe en moyenne 0,3 %.

Très peu d’études épidémiologiques avec questionnaire ont été menées sur les AGPI n-3 à longue chaîne, encore peu renseignés dans les tables de composition alimentaire. Ces études sont généralement en faveur d’un effet protecteur de ces acides gras, dès lors que leur apport alimentaire est suffisamment élevé. De nombreuses études en revanche apportent des résultats sur la consommation de poisson, qui est une source essentielle de ces acides gras. Environ un tiers de ces études montre une association négative avec le risque de cancer du sein mais cette association n’est pas retrouvée dans une méta-analyse récente. Les études estimant les apports en EPA et DHA à partir de prélèvement biologiques sont plus nombreuses et dans l’ensemble plus concordantes que pour les autres acides gras insaturés. La majorité ne trouve pas d’effet associé à l’EPA, tandis que le DHA serait associé à une diminution du risque de cancer du sein.

Les études portant sur les acides gras trans-insaturés sont encore peu nombreuses mais relativement homogènes puisqu’elles indiquent toutes, sauf une, des risques supérieurs à 1. La mesure de ces acides gras est pourtant difficile car très dépendante du protocole (longueur de la colonne de chromatographie gazeuse) et des tables de composition alimentaire.

Des interactions ont été mises en évidence entre les différents types d’acides gras et avec des antioxydants. Celles-ci restent encore peu étudiées, probablement par manque de puissance statistique, mais pourraient expliquer en partie les résultats contradictoires observés. Des études de grande taille sont donc nécessaires.

Ces observations appellent des études complémentaires sur les estimations des taux dans les divers tissus, et sur les mécanismes spécifiques impliqués.( Tableau 7 )( Tableau 7 )
Tableau 7 Caractéristiques des études sélectionnées sur la relation entre cancer du sein et apport en acides gras insaturés

Pays, année

Nombre de cas

Nombre de témoins

Origine des témoins

Apports alimentaires mesurés

Référence

A. Études cas-témoins utilisant un questionnaire alimentaire

Grèce, 1988

120

120

H

AGMI totaux

[50]

Italie, 1989

250

499

P

AGMI totaux

[14]

Chine, 1990

186

372

P + H

AGMI totaux

[51]

Italie, 1991

214

215

H

AGMI totaux

[52]

Australie, 1991

99

209

P

AGMI totaux

[53]

Singapour, 1991

200

420

H

AGMI totaux

[54, 55]

Russie, 1991

139

139

H

AGMI totaux

[56]

États-Unis, 1993

380

397

H

AGMI totaux, acides oléique, linoléique, ALN, EPA, DHA et trans

[34]

Grèce, 1994

820

1 548

P + H

AGMI totaux

[57]

Espagne (Navarre), 1994

100

100

H

AGMI totaux

[49]

Espagne, 1994

762

988

H

AGMI totaux, acides oléique, linoléique

[6]

Chine, 1994

244

244

H

AGMI totaux

[58]

Chine (Shangai), 1995

534

534

P

AGMI totaux

[59]

Chine (Tianjin), 1995

300

300

P

AGMI totaux

[59]

Italie, 1996

2 569

2 588

H

Acides oléique, linoléique, ALN, AGPI totaux

[27, 60-63]

Espagne, 1996

139

136

H

AGMI totaux

[64]

États-Unis + Canada, 1997

140

222

F

AGMI totaux, acides oléique, linoléique

[7]

Royaume-Uni, 1998

220

825

D

AGMI totaux

[65]

France, 1998

345

345

D

trans

[45]

Uruguay, 1998

365

397

H

AGMI totaux, acides linoléique, ALN

[28]

Finlande, 1999 et 2000

310

454

P

AGMI totaux, AGPI n-3, n-6, trans

[31, 46]

Portugal, 2002

127

158

H

AGMI totaux

[17]

Allemagne, 2002

355

838

P

AGMI totaux

[66]

États-Unis, 2003

565

554

H + P

AGMI totaux, EPA, DHA, ratio n-3/n-6 (non ajustés sur énergie)

[41]

Canada, 2003

414

429

P

Acides oléique, linoléique, ALN, EPA, DPA, DHA, trans, ratio n-3/n-6

[8]

Pays, année

Biomarqueur

Nombre de cas

Nombre de témoins

Origine des témoins

Apports alimentaires mesurés

Référence

B. Études cas-témoins utilisant des biomarqueurs

Russie, 1990

Phospholipides des membranes érythrocytaires

46

53

H

Acides oléique et linoléique

[25]

États-Unis, 1993

tissu adipeux fessier

380

397

H

AGMI totaux, acides oléique, linoléique, ALN, EPA, DHA et trans

[34]

Norvège, 1993

phospholipides du sérum

87

235

D

Acides oléique, linoléique, ALN, EPA, DHA

[29]

États-Unis, 1994

tissu adipeux mammaire (et abdominal)

154

125

H

Acides oléique, ALN, AGPI n-3, trans

[47]

Euramic (multicentrique 5 pays), 1997

tissu adipeux fessier

291

351

P

AGPI n-3, n-6, rapport n-3/n-6, Acides oléique, EPA, DHA, trans

[24, 43, 48]

Finlande, 2000

sérum

195

208

P

CLA

[31]

France, 2000

tissu adipeux mammaire

123

59

H

Acides oléique, linoléique, ALN, n-3 LC

[33]

États-Unis, 2002

tissu adipeux mammaire

73

73

H

AGPI n-6, n-3 LC, ALN, ratio n-3LC/n-6

[39]

France, 2002

tissu adipeux mammaire

241

88

H

Acides oléique, linoléique, CLA, ALN, DHA

[22, 32, 67]


Tableau 7 (Suite et fin)

Étude (pays), année

Nombre de cas

Taille de la cohorte

Durée de suivi

Apports alimentaires mesurés

Référence

C. Études prospectives utilisant un questionnaire alimentaire

CNBSS (Canada), 1991

519

56 837

5 ans

AGMI totaux

[68]

IWHS (États-Unis), 1992

459

34 388

4 ans

AGMI totaux

[69]

NLCS (Pays-Bas), 1993

437

62 573

3,3 ans

AGMI totaux

[70]

NYUWHS (États-Unis), 1994

180

14 291

6 ans

Acides oléique, linoléique

[71]

Norvège, 1995

248

24 987

7-13 ans

AGMI totaux

[72]

SMSC (Suède), 1998

674

61 471

4,2 ans

AGMI totaux

[73]

NHS (États-Unis), 1999

2 956

88 795

14 ans

  • AGMI totaux, trans
  • n-3 en provenance du poisson


[9]

NHS (États-Unis), 1999

2 097

77 519

10 ans

Acides oléique, linoléique, ALN, EPA, DHA

[9]

BCDDP (États-Unis), 2000

838

40 022

5,3 ans

Acides oléique, linoléique

[10]

E3N-EPIC (France), 2001

838

65 879

3,4 ans

AGMI totaux

[19]

CTS (États-Unis), 2002

711

111 526

2 ans

Acides oléique, linoléique

[11]

NLCS (Pays-Bas), 2002

941

62 573

6,3 ans

AGMI totaux, acides oléique, linoléique, CLA, ALN, EPA, DHA, trans

[12]

MDC (Suède), 2002

237

12 803

7,8 ans

AGMI totaux, AGPI n-3, n-6, ratio n-3/n-6

[42]

SCHS (Chine)

314

35 298

5,3 ans

AGMI totaux, AGPI n-3, n-6, n-3 de source marine

[36]

NHSII (États-Unis), 2003

714

90 655

7,7 ans

AGMI totaux, trans, n-3 longue chaîne

[35]

Étude (pays), année

Biomarqueur

Nombre de cas

Taille de la cohorte

Durée de suivi

Apports alimentaires mesurés

Référence

D. Études prospectives utilisant des biomarqueurs

Umea (Suède), 1999

phospholipides du sérum

196

388*

Acides oléique, linoléique, ALN, EPA, DHA

[38]

Italie, 2001

phospholipides des membranes érythrocytaires

71

4 022

5,5 ans

Acides oléique, linoléique, ALN, EPA, DHA

[23]

NYUWHS (États-Unis), 2002

phospholipides du sérum

197

197*

AGMI totaux, acides oléique, linoléique, ALN, EPA, DPA, DHA, n-3, n-6

[26]

Matériel et méthodes

Pour être sélectionnées, les études épidémiologiques cas-témoins et prospectives devaient vérifier tous les critères suivants : 1) études d’incidence de premiers cancers du sein (sont donc exclues les études de mortalité, de récurrence ou de métastase) ; 2) études portant sur au moins un des acides gras suivants : acide oléique (18:1n-9 cis ou, par défaut, acides gras mono-insaturés (AGMI) dont l’acide oléique est le principal représentant), acide linoléique (18:2n-6 cis-9, cis-12) et ses conjugués (CLA), acide α-linolénique (18:3n-3), acide éicosapentaénoïque (EPA, 20:5n-3), acide docosahexaénoïque (DHA, 22:6n-3), acides gras trans-insaturés ; 3) 100 cas au moins pour les études fondées sur un questionnaire alimentaire, 50 cas au moins pour celles utilisant des biomarqueurs ; 4) odds-ratios (OR) ou risques relatifs (RR) ; 5) résultat ajusté sur l’apport énergétique pour les apports en acides gras estimés à l’aide d’un questionnaire.

Selon ces critères, on dénombre, depuis le début des années 1980, 25 études cas-témoins portant sur les apports en acides gras sus-cités estimés à l’aide d’un questionnaire alimentaire et 9 études cas-témoins basées sur des biomarqueurs des apports en acides gras issus de prélèvements biologiques. Parmi les études de cohorte, 15 ont publié des résultats sur les apports en acides gras estimés à l’aide d’un questionnaire alimentaire et 3 sur des biomarqueurs. Les caractéristiques générales des études sont brièvement décrites dans le tableau 7.

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