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Role of non invasive animal imaging in preclinical anticancer drug development


Bulletin du Cancer. Volume 92, Number 1, 45-57, Janvier 2005, Synthèse


Résumé   Summary  

Author(s) : Nicolas Guilbaud, Olivier Duchamp, Nathalie Just, Philippe Genne , Oncodesign Biotechnology, 20, rue Jean Mazen, BP 27627, 21076 Dijon Cedex.

Summary : The last ten years have seen major discoveries in cancer research related to the availability of new means of investigation, particularly in the genomic area. The identification of original targets on which hundreds of thousands of compounds are tested in vitro allows to propose new active molecules. The selection of candidate therapies is performed using animal models that are the closest as possible to the cancer pathology. In this context, imaging techniques using machines dedicated to the laboratory mouse and rat could play an important role in the drug selection process. Nuclear magnetic resonance (NMR) or positron emission tomography (PET) allow rapid access to morphological, functional and molecular information in vivo. Imaging methods are multiple including within one single technology and the information obtained are various and complementary. The choice of the imaging modality varies as a function of the question asked by the biologist and the information needed, depending essentially on the best compromise between spatial and temporal resolutions and sensitivity as well. A second matter of interest lies in the development using imaging techniques of markers of the early activity of non-cytotoxic compounds in order to transfer them into clinical development. The objective will be to offer new drugs to the clinicians with a potential of activity that will be determined earlier and with more efficacy in patients. The purpose of this review is therefore to evaluate on the basis of adapted examples what imaging will bring to preclinical research in the next years. Will molecular imaging be able to respond to the needs of cancer researchers and what are the possibilities offered by translational research to validate and transfer these techniques from the laboratory to the clinic?

Keywords : imaging, tracer, MRI, PET, cancer pharmacology, xenograft, translational research

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ARTICLE

Auteur(s) :, Nicolas Guilbaud*, Olivier Duchamp, Nathalie Just, Philippe Genne

Oncodesign Biotechnology, 20, rue Jean Mazen, BP 27627, 21076 Dijon Cedex

Article reçu le 16 Novembre 2004, accepté le 23 Novembre 2004

Parmi les axes de recherche en cancérologie, l’étude des mécanismes moléculaires responsables de ces pathologies prend une large place [1]. Les progrès accomplis dans ce domaine lors des deux dernières décennies, notamment par l’identification d’altérations géniques spécifiques, permettent d’envisager aujourd’hui, en complément des thérapies existantes, de véritables « thérapies moléculaires ciblées » dont le Glivec® est le meilleur exemple [2]. Le développement rapide de ce nouveau type de médicament est souvent cité en référence, témoignant de l’interaction efficace entre les biologistes moléculaires, les chimistes, les pharmacologues et les oncologues pour transférer en peu de temps une découverte fondamentale dans le domaine clinique [3]. À l’inverse, il est également intéressant de citer les cas où la recherche clinique a aidé au développement de nouvelles technologies qui pourraient s’avérer en fin de compte fort utiles à la découverte de nouvelles molécules.Les avancées considérables dans le domaine de l’imagerie médicale ont abouti aujourd’hui à la mise à disposition d’outils d’investigation précieux pour le chercheur en cancérologie. Grâce aux progrès technologiques, des appareils dédiés à l’imagerie non invasive des petits animaux ont été conçus. Ils sont plus sensibles et plus résolutifs et leur utilisation est envisagée beaucoup plus tôt dans le processus de découverte [4]. Certaines de ces techniques comme l’imagerie par résonance magnétique (IRM), la tomographie par émission de positons (TEP), les rayons X (CT), la tomographie par émission monophotonique (TEMP ou SPECT) ou l’échographie sont déjà couramment utilisées pour le diagnostic clinique et le suivi thérapeutique des patients [5]. On peut donc supposer que leur passage de l’hôpital vers les laboratoires de recherche facilitera le développement des nouveaux médicaments anticancéreux.

Preuve du concept in vivo et détermination de biomarqueurs

Le paysage de la recherche en pharmacologie antitumorale s’est profondément modifié ces dix dernières années. Par des outils de génomique, le rôle de protéines impliquées dans les voies de signalisation des cancers a été démontré, validant ainsi de nouvelles cibles pharmacologiques [6]. Mais à ce jour l’arrivée de nouveaux inhibiteurs puissants et spécifiques n’a pas permis d’aboutir à la révolution thérapeutique escomptée. En conséquence la fin de l’ère des cytotoxiques n’a pas encore sonné. Quelques échecs ont été essuyés lors des essais cliniques de molécules innovantes pourtant extrêmement prometteuses lors de leur évaluation préclinique [7, 8]. Ces résultats ont naturellement contribué à la remise en question de certaines approches méthodologiques ou modèles utilisés lors de la sélection de médicaments candidats [9]. Si le débat sur la validité des modèles animaux et la mise en place de critères d’activité plus sélectifs reste toujours d’actualité [10], une réflexion de fond concernant la réalisation des essais cliniques des nouveaux médicaments sélectifs et spécifiques est également engagée. La nécessité d’établir rapidement et sans ambiguïté des preuves précoces d’activité (ou d’inactivité) de ces nouveaux composés, de déterminer leur dose biologique efficace et de disposer de biomarqueurs d’activité est un prérequis aujourd’hui considéré comme indispensable [11, 12].

C’est dans ce cadre que l’imagerie pourrait jouer un rôle important : en définissant plus finement les mécanismes d’action d’une molécule ainsi que son potentiel in vivo, en réalisant des études de pharmacocinétique-pharmacodynamique (PK/PD) et en proposant des biomarqueurs indispensables au développement de cette molécule. Il s’agira de vérifier sa stabilité après une administration systémique, son interaction avec la cible et les modifications secondaires éventuelles de celle-ci, sa cinétique d’incorporation et d’élimination au cœur de la tumeur et du tissu sain, mais aussi sa relation avec l’intensité de l’effet observé aux doses administrées et aux concentrations mesurées dans la tumeur [13]. Cette revue aura donc pour principal objectif de présenter l’utilité de ces techniques non invasives appliquées aux modèles animaux pour l’évaluation de nouvelles thérapies anticancéreuses. L’accent sera mis sur la place qu’elles pourraient occuper dans la caractérisation des modèles expérimentaux, la sélection et le transfert en clinique des traitements les plus efficaces.

Les techniques d’imagerie applicables au petit animal

La « microscopie moderne » permet aujourd’hui la visualisation d’événements biologiques au niveau cellulaire, moléculaire et même atomique. Le cytomètre en flux ou le microscope confocal servent régulièrement à caractériser les mécanismes d’action des molécules in vitro. Le choix d’appareils d’imagerie du petit animal et leur implantation s’avèrent beaucoup plus délicats pour des raisons de coût et d’infrastructure, mais aussi humaines par le recrutement d’un personnel hautement spécialisé (biophysicien, radiochimiste…). La décision pour un laboratoire d’investir dans ces appareils est difficile et les techniques proposées sont nombreuses et pour la plupart très séduisantes.

Les techniques permettant l’observation de structures anatomiques sans invasion ni traumatisme tissulaire peuvent être séparées en deux classes. Dans la première, la détection et l’acquisition du signal reposent sur l’interaction des tissus avec différentes formes d’énergie. Elle regroupe la radio-tomograhie par rayons X (CT), l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et l’imagerie par ultrasons (US). Pour la deuxième classe, le signal est directement émis par un traceur radiomarqué ou fluorescent injecté dans l’organisme et spécifique d’une cible ou d’un processus biologique. Elle regroupe principalement les modes d’imagerie nucléaire comme la gamma-scintigraphie, la tomographie par émission de positons (TEP) ou par émission monophotonique (SPECT) et l’imagerie dite « optique » (fluorescence et bioluminescence). La plupart de ces outils (hormis l’imagerie optique) ont été développés pour le diagnostic clinique chez l’homme. Leur transfert au niveau préclinique autorise l’accès in vivo à des niveaux d’information supplémentaires. Mais le choix de l’appareillage pourra varier en fonction de la question posée et donc de l’information recherchée (tableau 1( Tableau 1 )). Les outils très résolutifs comme l’IRM ou la CT représentent la meilleure option pour l’acquisition d’images anatomiques. L’IRM a en effet une très haute résolution spatiale (de l’ordre de 100 μm chez le rongeur) et une excellente capacité de contraste des tissus mous qui est mise à profit dans l’observation d’organes comme le cerveau. L’acquisition de données physiologiques et moléculaires nécessite généralement une forte sensibilité de détection qui est le propre de l’imagerie nucléaire (TEP, SPECT). Les performances de la TEP en médecine nucléaire sont bien établies, ce qui valide son utilisation au stade préclinique. Le FDG marqué au fluor 18 (18F-FDG) apporte un gain significatif en sensibilité et spécificité pour la détection de sites tumoraux tels que les nodules pulmonaires, les métastases hépatiques ou osseuses [14]. Cet analogue du glucose tire parti des anomalies de la glycolyse et d’une augmentation des transporteurs membranaires pour s’accumuler dans les cellules tumorales sous forme de FDG-6-phosphate. Un des inconvénients liés à l’utilisation du 18F-FDG provient de son accumulation aspécifique dans des zones comme le cerveau ou dans des sites inflammatoires. L’acquisition d’une série d’images par IRM (dynamic contrast-enhanced magnetic resonance imaging ou DCE-MRI) associée à l’injection d’agents de contraste de type chélates de gadolinium et la SRM permettent également d’obtenir des informations fonctionnelles et métaboliques. L’IRM fait désormais référence pour l’étude du réseau vasculaire et de la microvascularisation tumorale [15]. Les techniques optiques sont encore au stade expérimental mais elles suscitent beaucoup d’intérêt de la part des chercheurs en raison de leur très bonne résolution temporelle et de leur faible coût d’utilisation. À la base, des années de recherche en biologie moléculaire dans la conception de systèmes fluorescents ont abouti à la sélection de clones de cellules cancéreuses transfectées par le gène de la green fluorescent protein (GFP) capables de former des tumeurs sur souris immunodéficientes [16]. Le principal inconvénient lié à l’utilisation de la GFP est son pouvoir immunogène limitant son application aux modèles de xénogreffes. De plus, l’auto-fluorescence des tissus sains réduit considérablement la sensibilité de détection du signal. D’autres systèmes utilisant la bioluminescence (luciférase) ou des marqueurs fluorescents émettant dans le proche infrarouge (cyanine 5.5) sont plus sensibles et semblent extrêmement prometteurs.

Il faut aussi prendre en compte certains problèmes de logistique : des solutions pratiques d’analyse, de stockage et d’archivage des images doivent être mises en place. L’analyse des résultats par des programmes informatiques peut s’avérer longue et délicate car il est nécessaire de mettre en équation les processus biologiques étudiés.

Les techniques citées dans ce paragraphe présentent des avantages et des inconvénients, chacune apportant des informations complémentaires. Des appareils à double modalité TEP/CT permettent un recalage simple des images acquises en TEP sur les images morphologiques obtenues en CT. Le couplage TEP/IRM reste quant à lui encore difficile. Aux vues de ces analyses, le développement de plates-formes multimodalités mettant à disposition des techniques d’imagerie complémentaires semble primordial et une option d’avenir.
Tableau 1 Caractéristiques des différentes techniques disponibles pour l’imagerie non invasive du petit animal

Technique

Résolution spatiale

Résolution temporelle

Traceurs

Applications

Limitations

IRM

100 μm

Min/heures

Gadolinium

Phénotypage anatomique (sauf poumon)

Coût élevé

Oxydes de fer

Physiologiques et fonctionnelles

Sensibilité/spécificité

Migration cellulaire

Injection agent de contraste

Moléculaire

Modélisation du signal

SRM

100 μm

Min/heures

aucun

Métabolisme cellulaire

Sensibilité

Diagnostic (gradation)

Durée de l’examen

MicroCT rayons X

100 μm

Min

Iode

Phénotypage anatomique (poumons, os)

Doses de radiations ionisantes

Physiologiques et fonctionnelles

Répétabilité des examens

Ultrasons

200 μm

Min

Microbulles

Phénotypage anatomique

Nombre d’applications

Physiologiques et vasculaires

Artefacts dus à l’air et aux os

Chirurgie interventionnelle

Champs d’investiation réduit

Interprétation des images

MicroTEP

1-2 mm

Min

18F, 11C, 15O

Métabolisme cellulaire

Résolution spatiale

Physiologiques et fonctionnelles

Infrastructures lourdes et coûteuses

Pharmacocinétique

Cyclotron/radiochimie

Moléculaire

Radiations

Expression génique

Résolution spatiale

Migration cellulaire

Mauvaise quantification

MicroSPECT

1-2 mm

Min

99mTc, 111In

Anticorps, peptides

Instrumentation : collimateurs

Pharmacocinétique

Sensibilité 10 fois inférieure à celle de la TEP

Optique

1-2 mm

Sec/min

GFP, Cy5.5,

Moléculaire

Limitée au laboratoire

(fluorescence

Luciférine

Expression génique

Profondeur limitée

luminescence)

Migration cellulaire

Apports des techniques d’imagerie médicale : exemples d’application à la pharmacologie antitumorale

L’intérêt grandissant des chercheurs pour les techniques d’imagerie se mesure au nombre d’articles récents publiés dans le domaine [4]. Prochainement, grâce à ces nouvelles technologies, les chercheurs entrevoient la possibilité de mieux caractériser leurs modèles en identifiant par exemple les zones d’hypoxie et de nécrose dans les tumeurs. Ces données obtenues seront complémentaires d’une caractérisation moléculaire des xénogreffes par microarrays et autres tissue arrays [17]. L’activité pharmacologique des nouvelles molécules ne sera plus évaluée simplement par la mesure de la croissance tumorale à l’aide d’un pied à coulisse ou par la mesure de la survie de souris greffées avec des cellules cancéreuses mais aussi par des informations émanant de l’imagerie. La réponse aux traitements pourra être étudiée précocement sans prélèvements répétés ni traumatisme tissulaire, voire sacrifice, pour une étude en histologie. Chaque animal sera considéré comme son propre contrôle, renforçant la valeur statistique des données de l’expérience et atténuant ainsi les problèmes de variabilité interindividuelle.

L’aspect éthique, si largement débattu dans le domaine de l’expérimentation animale, sera amélioré. Bâtie autour d’un protocole d’étude soumis à un comité d’éthique, l’expérience comportera un nombre réduit de souris ou de rats, les mesures étant effectuées plus précocement grâce à une meilleure sensibilité technique. Des paramètres d’évaluation autres que l’augmentation du temps de survie seront étudiés afin de limiter la souffrance des animaux.

L’intérêt de l’expérimentation in vivo est d’étudier l’activité d’une molécule dans un environnement plus proche de celui du patient que la culture de cellules in vitro. Nous avons choisi de présenter plusieurs travaux reprenant quelques points clés cités plus haut, la priorité étant donnée à une meilleure caractérisation des modèles et à l’étude du mécanisme d’action des candidats médicaments (tableau 2( Tableau 2 )).

Anatomie tumorale

De nombreuses études précliniques et cliniques utilisant les techniques d’imagerie (IRM, CT et US) pour la détection et le suivi thérapeutique de tumeurs ont déjà été validées par une analyse histologique. Grâce à sa taille, le rat est un modèle de choix pour ce type d’approche. Trübenbach et al. ont montré dans un modèle d’hépatome chez cet animal que les tumeurs sont détectables par IRM ou échographie US 8 jours seulement après la greffe, alors que le scanner X (CT) ne permet pas de détecter de masse tumorale avant 14 jours [18]. Pour évaluer le caractère invasif de tumeurs mammaires, l’utilisation de l’IRM semble plus efficace. En cas de doute lors d’un diagnostic, il est possible de localiser très précisément les zones suspectes dans lesquelles une biopsie doit être effectuée [19]. Les spectres biochimiques obtenus par SRM peuvent aussi être utilisés pour différencier le tissu sain du tissu tumoral [20]. Nous avons pour notre part réalisé des expériences visant à comparer la sensibilité de détection de tumeurs pancréatiques greffées en orthotopique chez le rat nude par IRM ou par dosage de marqueurs tumoraux sériques (CEA et CA19.9) [travaux non publiés]. Les résultats obtenus sur ce modèle montrent que les tumeurs sont déjà mesurables par IRM (environ 1 cm3), alors que les taux sériques de CEA et de CA19.9 ne sont pas significativement augmentés.
Tableau 2 Domaines d’applications des techniques d’imagerie dans des modèles animaux de cancers

Applications

Mécanisme physiologique

Technique/traceur

Commentaires

Cible pharmacologique

Identification, gradation tumorale, Prolifération cellulaire et croissance tumorale

Anatomie tumorale

IRM, CT, US

Délimitation des contours tumoraux (segmentation)

Évaluation de l’hétérogénéité tumorale (nécrose)

Tissu néoplasique versus tissu sain

TEP/18FDG

Mesure de la glycolyse cellulaire

SRM/1H ou 31P

Spectres biochimiques spécifiques du tissu tumoral (augmentation lactate)

Prolifération cellulaire

TEP/18F-FLT, 11C-thymidine

Accumulation du traceur associée à l’activité TK, pas de marquage des cellules inflammatoires

Croissance tumorale

IRM, CT, US

Mesure du volume tumoral

Bioluminescence

Lignées transfectées par la luciférase

Récepteurs à la transferrine

IRM/Agent de contraste superparamagnétique

Développement d’agents de contraste couplés au ligand pour détecter les tumeurs par IRM

Récepteurs à la somatostatine

TEP/18F-FP-Gluc-TOCA, 64Cu-octréoide

Ciblage des tumeurs exprimant le récepteur à la somatostatine

Antigène carcinoembryonnaire (CEA)

TEP/64Cu-sc(Fv)-CH3

Étude de la cinétique d’accumulation dans les tumeurs exprimant le CEA

Métalloprotéases (MMP2, MMP7), cathepsines B, D

Optique/Cy5.5–Substrat

Fluorescence proche de l’infrarouge proportionnelle à l’activité protéasique des cellules

Métabolisme cellulaire, pharmacocinétique

Métabolisme et synthèse protéique

SRM/1H, 19F ou 31P

Analyse spectrale (choline, créatinine, aspartate) sensible aux changements métaboliques

TEP/11C-choline, 11C-méthionine et 18F-fluoro-éthyltyrosine

Reflet de l’état de prolifération des cellules tumorales

Pharmacocinétique et biodistribution

TEP/18F, 64Cu, 124I

Mesure de la cinétique et de la distribution de composés radiomarqués

Angiogenèse et vascularisation

Intégrine αvβ3

TEP/18F-Peptide-RGD

Etude de la liaison, de la biodistribution et des paramètres pharmacocinétiques

Hyperperméabilité vasculaire et volume extracellulaire

IRM/chélate-Gd

Mesure cinétique de réhaussement du signal

Perfusion tumorale

Volume vasculaire

IRM/oxyde de fer

Mesure de la chute du signal, du volume sanguin et de la taille des vaisseaux

Flux sanguin

TEP/15O-H2O

Mesure de la fonctionnalité des vaisseaux

Intégrité réseau vasculaire/tubuline

IRM/chélate-Gd

Diminution rapide et importante du flux sanguin associée à des zones de nécrose tumorale

Hypoxie/HIF1α

TEP/18F-misonidazole, 18F-fluoroetanidazole

Accumulation de traceurs subissant une réaction de bio-réduction dans les cellules hypoxiques

IRM/Bold

Mesure du taux de déoxyhémoglobine tissulaire

Mort cellulaire et résistance

Cellularité/hétérogénéité tissulaire

IRM diffusion

Évaluation de la mort cellulaire par mesure du coefficient de diffusion de l’eau

Apoptose/annexineV

TEP/11C-, 124 I, et 18F- annexine V

Liaison de l’annexine V aux phosphatidylsérines lors du processus apoptotique

SPECT/99Tc-annexine V

Marquage spécifique des cellules apoptotiques Réponse précoce à la chimiothérapie

Fluorescence (NIR)/Cy5.5 annexine V

Marquage des cellules tumorales et endothéliales apoptotiques après traitement par un cytotoxique

MDR/expression et fonctionnalité de la P-gp

TEP 11C-vérapamil et 11C-daunorubicine

Étude de la distribution de composés radiomarqués dans des tissus sains et tumoraux exprimant la Pgp

Bioluminescence

Étude de la réversion du phénotype MDR in vivo par mesure de l’efflux de coelenterazine

Trafic cellulaire

Lymphocytes, macrophages, cellules dendritiques, cellules tumorales

IRM/oxyde de fer

Localisation des cellules marquées par des nanoparticules d’oxyde de fer

TEP/18FHBG-HSV-TK

Localisation des cellules par mesure de l’activité TK du gène rapporteur

Optique/luciférine

Localisation des cellules par mesure de l’activité luciférase du gène rapporteur

Prolifération cellulaire et développement tumoral

Bien que l’IRM permette dans certains cas d’évaluer l’extension de la tumeur primitive vers les ganglions proximaux (ganglions sentinelles) [21], l’imagerie TEP utilisant le 18F-FDG est aujourd’hui considérée comme la plus performante pour évaluer la croissance et le développement tumoral. Des acides aminés radiomarqués tels que la 11C-choline, la 11C-méthionine ou la 18F-fluoro-éthyltyrosine sont également utilisés en imagerie nucléaire pour identifier certains cancers. Les tumeurs prostatiques par exemple sont facilement marquées par la 11C-choline, compte tenu d’une synthèse accrue de phosphatydilcholines membranaires par les cellules néoplasiques. Parmi les nouveaux radiotraceurs, les précurseurs de la synthèse d’ADN, notamment la 3’-déoxy-3-18F-fluorothymidine (18F-FLT), ont fait l’objet de nombreuses publications. Dans une étude récente, le traitement par le 5FU de souris porteuses de tumeurs a été associé à une diminution plus prononcée de 18F-FLT que de 18F-FDG dans les tissus tumoraux, ce phénomène étant parfaitement corrélé à la diminution de la prolifération caractérisée par une diminution du marquage par le PCNA [22]. Par ailleurs, l’accumulation du 18F-FLT dans le cerveau et dans les sites inflammatoires est moindre que celle du 18F-FDG. Pour l’instant, on peut donc considérer le 18F-FLT et le 18F-FDG comme des traceurs complémentaires.

Bien qu’implantées dans les structures hospitalières, la TEP et l’IRM ne seront pas faciles à appliquer au petit animal de laboratoire pour des raisons évidentes de coût et de débit. Les laboratoires chargés de tester l’activité d’un grand nombre de composés in vivo s’orientent donc vers des systèmes utilisant la fluorescence et la bioluminescence et donc plus adaptés au « haut débit ». R. Hoffman (San Diego, États-Unis) s’est investi très tôt dans le développement de modèles orthotopiques fondés sur la greffe de lignées transfectées par le gène de la GFP. Les métastases cérébrales, osseuses ou hépatiques ainsi générées sont quantifiables par une caméra optique CCD [16]. Le National Cancer Institute (NCI) a opté pour la plate-forme XenogenTM utilisant des lignées tumorales transfectées par le gène de la luciférase. Ce système est rapide et très sensible car il permet de détecter, après injection de luciférine par voie IV, des nodules de quelques milliers de cellules quelle que soit leur localisation dans le corps de la souris [23].

Parmi les marqueurs de progression et d’invasion tumorales pouvant être utilisés en imagerie optique, les enzymes protéolytiques ont été ciblées par des sondes fluorescentes dites intelligentes (ou smart probes) [24]. Ces fluorochromes tels l’indocyanine Cy5.5 ont été modifiés par l’ajout d’un groupement masquant (un copolymère composé de polylysines). Le clivage du groupement par les protéases libère la sonde qui devient dès lors sensible à une excitation par un rayonnement lumineux, permettant un marquage spécifique des tumeurs et une mesure précise de leur volume par fluorescence-mediated molecular tomography (FMT) [24]. Les spectres d’excitation et d’émission de ces sondes se situent dans le proche infrarouge (700-900 nm), permettant une bonne pénétration des tissus sur plusieurs centimètres et une sensibilité accrue. Le rapport signal sur bruit ainsi obtenu est nettement supérieur à ceux produits par des fluorochromes classiques. Les progrès récents réalisés dans les nouveaux appareillages laissent entrevoir une qualité d’analyse encore améliorée. On peut donc espérer, grâce à un nombre toujours plus important de « sondes intelligentes », des systèmes encore plus performants et disponibles à moindre coût.

Sondes et traceurs spécifiques d’antigènes et récepteurs tumoraux

Le développement de sondes spécifiques d’antigènes et de récepteurs tumoraux est essentiel à la fois pour le diagnostic de cancer chez les patients et le ciblage des thérapies. Compte tenu du nombre souvent faible de récepteurs par cellule, un effort particulier a porté sur la conception de sondes ayant une forte affinité et une grande spécificité pour leur cible. Des petites molécules ainsi que des anticorps ont été choisis mais ces derniers présentent deux inconvénients majeurs in vivo. Les anticorps ont un accès limité aux tumeurs et une clairance prolongée, ce qui a pour effet d’augmenter le bruit de fond. Des analogues de la somatostatine comme le 18F-FP-Gluc-TOCA ont été ainsi évalués par TEP sur des modèles de souris ou de rats porteurs de tumeurs pour étudier leurs propriétés de liaison et leur pharmacocinétique avant un transfert en clinique [25]. L’intérêt des radiotraceurs est double : leur sensibilité permet de travailler avec des ligands non modifiés par des groupements encombrants pouvant altérer la liaison au récepteur, et ceci en utilisant des concentrations en produit nettement inférieures aux doses pharmacologiques (10-9 à 10-12 M). La stratégie utilisée par le groupe de R. Weissleder pour augmenter la sensibilité en IRM est différente : les chercheurs ont choisi de coupler la transferrine à un agent de contraste superparamagnétique (nanoparticules d’oxyde de fer) afin de mieux cibler son récepteur [26]. L’agent de contraste injecté à des souris est ainsi capté préférentiellement par une tumeur gliale 9L surexprimant le récepteur à la transferrine par rapport à la tumeur parentale qui l’exprime faiblement. Cela se traduit par une augmentation importante du marquage spécifique. Dans une troisième approche, certaines équipes ont développé des fragments d’anticorps appelés minibodies ou diabodies conservant une forte affinité pour l’antigène. Le site de liaison étant préservé, la taille réduite de ces minibodies permet un accès à la tumeur plus facile et une clairance plus rapide in vivo. Ainsi après marquage au 64Cu, la cinétique d’accumulation et la distribution d’un de ces minibodies, le sc (Fv)-CH3 dérivé de l’anticorps monoclonal T84.66 dirigé contre l’antigène carcinoembryonnaire (CEA) ont été étudiées en TEP sur des souris porteuses de tumeurs humaines coliques LS174T exprimant le CEA [27].

Angiogenèse et vascularisation tumorale

L’intégrine αVβ3 est une molécule d’adhésion impliquée dans les processus d’angiogenèse et de dissémination tumorale. Elle est exprimée à la surface des cellules endothéliales en prolifération mais aussi par certains types de cellules tumorales [28]. Il s’agit donc d’une cible de choix en imagerie pour le développement de sondes permettant d’évaluer le degré d’angiogenèse dans les tumeurs ainsi que la réponse à une thérapie anti-angiogénique. Utilisant un anticorps monoclonal (LM609) couplé au Gd-DTPA, Cheresh et al. ont mesuré l’expression de cette intégrine par IRM dans un modèle de mélanome humain xénogreffé chez la souris nude [29]. Des dérivés de peptides cycliques possédant une séquence RGD, synthétisés et marqués avec différents isotopes (124I, 18F et 64Cu) ont également été utilisés en TEP pour produire des images de tumeurs in vivo [30].

Le ciblage des vaisseaux tumoraux par des agents anti-angiogéniques ou antivasculaires est une approche thérapeutique envisagée depuis de nombreuses années. Les besoins en termes de marqueurs d’activité dans ce domaine sont très forts au stade à la fois préclinique et clinique [31]. Parmi les principaux acteurs impliqués dans l’angiogenèse tumorale, la voie du VEGF est la plus ciblée, ce qui se justifie par les succès récents obtenus par l’anticorps anti-VEGF, l’Avastine®[32]. La mesure in vivo des effets d’inhibiteurs de tels composés peut s’avérer pourtant délicate. La méthode standard consiste à mettre en évidence une diminution de la densité des microvaisseaux par marquage en immunohistochimie (CD31, CD34, collagène IV, facteur VIII, etc.) sur coupes de biopsies tumorales. L’histologie est de loin la technique la plus utilisée et la moins onéreuse mais également la plus invasive. D’autres techniques semi-invasives, comme la microscopie intravitale couplée à un microscope confocal multiphotonique, bénéficient d’une résolution spatiale incomparable mais le champ d’observation est limité et le temps de préparation des animaux très long [33]. Par imagerie fonctionnelle, on peut mesurer des paramètres comme le flux sanguin, la densité vasculaire, l’index de taille et la perméabilité des vaisseaux. L’IRM est aujourd’hui considérée comme la technique de référence dans ce domaine [34]. L’acquisition dynamique d’images (DCE-MRI) après injection d’un agent de contraste de type chélate de gadolinium permet de suivre la cinétique de rehaussement du signal dans différentes zones tumorales et dans le tissu sain. Un marqueur de la perméabilité transmembranaire (Ktrans) ainsi que le volume extracellulaire-extravasculaire (Ve) peuvent être calculés après analyse des courbes cinétiques grâce à un modèle pharmacocinétique. Le modèle bicompartimental et bidirectionnel décrit par Tofts et Kermode est actuellement le plus utilisé pour cette analyse [35]. Aujourd’hui, seuls des agents de contraste diffusibles de faible poids moléculaire (Gd-DTPA, Gd-DOTA, ~ 0,5 kD) qui se distribuent rapidement dans les espaces extravasculaires de la tumeur sont disponibles en clinique. Les agents de contraste macromoléculaires comme le Gadomer® (17 kD, Schering AG, Allemagne), le Vistarem® (6,47 kD, Guerbet, France) sont plus adaptés à l’étude des zones vascularisées et hyperperméables. En raison de leur poids moléculaire plus élevé, ces agents restent plus longtemps dans l’espace vasculaire après injection intraveineuse et diffusent plus lentement à travers l’endothélium vasculaire sain [36]. D’autres agents à forte rémanence vasculaire comme le Sinerem® (Guerbet) constitué de nanoparticules de fer (environ 30 nm) ou l’albumine-Gd-DTPA (environ 90 kD) permettent de quantifier le volume vasculaire tumoral et l’index de taille des vaisseaux [37]. Ces paramètres sont importants car ils permettent d’appréhender l’architecture vasculaire dans les tumeurs. Selon certains auteurs l’agencement du réseau vasculaire et l’existence d’un espace extracellulaire-extravasculaire pourraient être responsables de formes de résistance à la radio et à la chimiothérapie [38].

Des laboratoires de recherche en imagerie ont contribué aux développements méthodologiques en IRM pour suivre ces nouveaux agents de contraste macromoléculaires. Parmi leurs travaux, on peut citer l’étude des effets d’un anticorps dirigé contre le VEGF dans un modèle de tumeur mammaire xénogreffée chez le rat nude. Le traitement permet d’observer une diminution de 98 % de la perméabilité des vaisseaux [39]. L’équipe de Checkley a également démontré l’intérêt de la technique d’acquisition dynamique d’images (DCE-MRI) pour étudier les changements de perméabilité vasculaire induits par le ZD6474 et le ZD4190, deux inhibiteurs des récepteurs du VEGF [40]. De la même manière, Bhujwalla et al. ont quantifié par IRM l’activité anti-angiogénique du TNP470, un analogue de la fumagilline, dans un modèle de cancer prostatique murin [41]. Globalement, ces approches ont été très utiles puisqu’elles ont permis de vérifier le mécanisme d’action des composés anti-angiogéniques in vivo dans un ou plusieurs modèles tumoraux, servant également à optimiser les doses et les fréquences d’administration d’autres agents comme le PTK787 qui est également un inhibiteur de récepteur de type tyrosine kinase [42].

En collaboration avec l’université de Bourgogne, nous avons étudié les effets d’une hormonothérapie sur l’angiogenèse tumorale par mesure de la perfusion sanguine tumorale après injection de Gadomer® chez le rat [43]. Pour des tumeurs mammaires hormonodépendantes, nous avons montré que la déplétion en œstradiol obtenue après castration chirurgicale induit une diminution significative et permanente de la valeur du paramètre Ktrans de perméabilité vasculaire associée à une inhibition de la croissance tumorale (( figure 1 )). Par contre, pour des tumeurs prostatiques également hormonodépendantes, la castration des rats n’a montré qu’une diminution transitoire de ce paramètre (10-20 jours après castration) alors que la croissance tumorale reste inhibée [43]. Nous avons vérifié dans le cas des tumeurs non hormonodépendantes que la déplétion hormonale n’avait aucun effet sur la perméabilité vasculaire des tumeurs mammaires ou prostatiques. Ces résultats suggèrent que l’IRM est un outil pertinent d’évaluation préclinique de l’hormonothérapie et qu’il est possible d’évaluer la composante anti-angiogénique de traitements hormonaux dans les modèles de cancer mammaire hormonodépendant.

D’autres travaux menés en collaboration avec l’équipe de l’unité Inserm U594 de Grenoble nous ont permis de réaliser par IRM la cartographie vasculaire de tumeurs gliales développées chez le rat [44]. Dans six de ces modèles orthotopiques, nous avons comparé l’index de taille des vaisseaux et le volume sanguin tumoral après injection de Sinerem® (( figure 2 )). L’analyse des cartes révèle des différences significatives entre le tissu tumoral et les tissus sains de l’hémisphère cérébral controlatéral : l’index de taille des vaisseaux (ITV) dans la tumeur est supérieur à l’ITV des tissus sains, à l’inverse, le volume sanguin (VS) de la tumeur est inférieur au VS des tissus sains. Ces mesures ont été vérifiées par analyse histologique après injection de marqueurs fluorescents (Hoechst, Dextran-FITC). Grâce à cette double approche nous avons mis en évidence des différences entre les modèles dans la répartition des vaisseaux au sein de la tumeur. Transférées en clinique, ces techniques d’analyse par IRM pourraient déboucher sur l’application de thérapies plus spécifiques et donc adaptées à chaque patient atteint de tumeur cérébrale.

La thérapie antivasculaire cible tous les vaisseaux des tumeurs établis ou en cours de formation. Les effets des petites molécules développées pour détruire ces vaisseaux tumoraux, comme le dérivé de combrestatine A4P ou le ZD6126 ont été étudiés par des techniques d’imagerie de perfusion. L’interaction de ces molécules avec la tubuline des cellules endothéliales se traduit par une occlusion rapide des vaisseaux et une nécrose tumorale. La cinétique et l’intensité de ce phénomène ont donc été étudiées par mesure des changements du volume et du flux sanguin : en TEP le marquage de l’eau par 15O, d’une demi-vie de 2 minutes seulement, permet la mesure du passage du sang dans les tumeurs [45] ; en IRM la méthode Bold (blood oxygenation level dependent) utilise la déoxyhémoglobine contenue dans les globules rouges et confère un marquage des zones hypoxiques [46]. L’hypoxie qui est liée à un déficit de vascularisation est généralement associée à la progression tumorale et à une résistance à la chimiothérapie. De nombreuses sondes, en TEP notamment, ont été ainsi développées (18F-fluoro-misonidazole) ou sont en cours de développement (18F-fluoro-etanidazole) pour identifier les zones intratumorales dans lesquelles la tension en oxygène est faible [30].

Mort cellulaire et résistance

L’IRM de diffusion quantifie les mouvements d’eau intra et extracellulaires en mesurant le coefficient de diffusion apparent (ADC) (( figure 3 )). Elle semble aujourd’hui la méthode la plus adaptée pour mesurer précocement l’activité cytotoxique des composés in vivo. Elle est validée en clinique pour le diagnostic des ischémies cérébrales. La valeur de ce coefficient dépend de la cellularité, de la pression interstitielle, de l’état des membranes cellulaires et de la répartition de l’eau dans les différents compartiments étudiés. Le succès d’une chimiothérapie dépend des dommages causés aux cellules cancéreuses avec pour conséquence une perte d’intégrité membranaire (nucléaire et plasmique) et une réduction de la densité cellulaire intratumorale. B. Ross et T. Chenevert ont utilisé la mesure de ce paramètre par IRM de diffusion pour évaluer l’effet antitumoral de la chimiothérapie (BCNU, CCNU, lomustine…) et de la radiothérapie dans les modèles expérimentaux de gliomes [47]. La validation clinique de ce marqueur est en cours.

Tout traitement antitumoral vise à induire la mort des cellules cancéreuses et notamment par apoptose. Cette induction peut être mise en évidence par mesure de la liaison de l’annexine V avec les phosphatidylsérines membranaires lors du processus apoptotique. En scintigraphie, la 99Tc-rh-annexine V a été utilisée pour prédire des réponses objectives dans des modèles animaux de cancers [48].

La résistance des tumeurs à la chimiothérapie est un problème majeur rencontré en pharmacologie antitumorale. Parmi les types de résistance les plus étudiés, le phénotype MDR est associé à la surexpression de la Pgp membranaire qui expulse hors du cytoplasme des cellules certaines molécules anticancéreuses comme le paclitaxel ou la doxorubicine [49]. Malgré les échecs rencontrés en clinique avec plusieurs agents modulateurs de la Pgp, cette voie thérapeutique est toujours considérée. L’étude du caractère fonctionnel de la protéine a été réalisée in vivo dans des modèles animaux porteurs de tumeurs. Ainsi la distribution de deux substrats de la Pgp, la 11C-daunorubicine et le 11C-vérapamil, a pu être mesurée grâce à la TEP dans le cerveau de rats ou dans des tumeurs exprimant ou non le phénotype MDR [50]. Le développement de modèles plus sophistiqués utilisant des lignées MDR transfectées par le gène de la luciférase et la coelenterazine comme substrat commun de la luciférase et de la Pgp a été récemment publié [51]. Ce système permet d’envisager un criblage in vivo des futurs modulateurs par bioluminescence.

Migration et trafic cellulaire

L’immunothérapie cellulaire utilisant des lymphocytes T cytotoxiques (CTL) ou la transplantation allogénique de cellules myéloïdes est une approche thérapeutique employée pour le traitement des leucémies, carcinomes rénaux et mélanomes malins. La principale difficulté réside dans l’évaluation de son efficacité. Des méthodes de marquage par traceurs paramagnétiques, radioactifs ou fluorescents ont été développées pour suivre in vivo le devenir de cellules après leur injection dans l’organisme. Ainsi Kircher et al. après marquage de lymphocytes T CD8+ par des complexes nanoparticules de fer (CLIO) – Tat peptide, ont étudié par IRM leur recrutement dans des tumeurs de mélanomes portées par des souris C57Bl/6 [52]. Des approches similaires ont été développées en TEP ou en imagerie optique, la luciférase permettant de suivre le déplacement de cellules immunes transfectées. Quel que soit le système utilisé, l’agent transfectant et l’agent transfecté ne doivent pas être eux-mêmes dotés de propriétés immunogènes dans le modèle étudié.

Les perspectives de l’imagerie moléculaire

L’imagerie moléculaire est une discipline nouvelle permettant la caractérisation in vivo et la mesure de processus biologiques se déroulant à l’échelle moléculaire et cellulaire [53]. Elle implique l’utilisation de sondes, activables ou non au contact d’une cible, et de systèmes rapporteurs pour suivre l’expression de gènes endogènes ou exogènes in vivo. Parmi les multiples applications de l’imagerie, c’est certainement dans ce dernier domaine que les avancées les plus spectaculaires sont à attendre. La mesure de l’expression génique in vivo utilise un gène et une sonde rapporteurs. Le gène peut coder pour un récepteur ou une enzyme qui modifie la sonde de telle manière que cette dernière se retrouve bloquée dans la cellule. On retrouve souvent une association de la thymidine kinase du virus de l’herpès (HSV1-tk) et des substrats analogues du ganciclovir, déjà évalués en clinique humaine pour des expériences de thérapie génique [54]. Ce système a été utilisé en TEP pour suivre l’induction de la voie HIF1α dans des cellules de gliomes U251 en conditions hypoxiques. L’activité transcriptionnelle de HIF1α est alors associée à une augmentation de l’activité thymidine kinase mesurée par la phosphorylation d’une sonde nucléosidique (FIAU) dans les cellules. Cette approche, qui n’a pour l’instant été développée qu’in vitro, a été testée par le NCI pour le criblage d’inhibiteurs de la voie du facteur de transcription HIF1α dans les cellules cancéreuses [55]. Le même type de technique a été mis au point in vivo cette fois pour suivre l’activité transcriptionnelle de P53 dans le modèle de xénogreffe U87 chez le rat nude [56]. Ainsi, l’augmentation intratumorale du traceur 124 I-FIAU a pu être corrélée à celle de la protéine p21 après traitement des animaux par le BCNU. Plusieurs modèles chez l’animal ont été développés sur ce principe et associent des systèmes rapporteurs à l’étude d’interactions protéines-protéines [57] ou l’interaction de petites molécules avec des cibles pharmacologiques validées comme le récepteur des œstrogènes [58] ou le protéasome [59].

Une meilleure caractérisation moléculaire des modèles de souris transgéniques développant des cancers permettrait une utilisation enfin adaptée à l’évaluation de composés antitumoraux. Le premier exemple concerne la détection de cibles comme le récepteur HER2/neu exprimé par 25 % des cancers mammaires. Artemov et al. ont récemment décrit un système très efficace d’amplification du signal en IRM fondé sur l’utilisation séquentielle d’un anticorps monoclonal anti-HER2/neu biotinylé révélé par injection de Gd-DTPA complexé à l’avidine [60]. Le deuxième exemple est un modèle très sophistiqué puisqu’il relie le système CRE/Lox, responsable de l’activation d’oncogènes dans des modèles de souris transgéniques, à l’expression du gène de la luciférase in vivo. Le résultat est la création d’un modèle de souris transgénique déclenchant des cancers pulmonaires non à petites cellules sous la dépendance de l’oncogène KRAS2V12, les tumeurs étant identifiables grâce à l’expression de la luciférase dès le début de leur formation dans les poumons [61]. L’intérêt de ce marqueur ayant déjà été démontré sur des xénogreffes, il est probable qu’il facilitera le suivi de la réponse aux traitements dans ce type de modèle de cancer développé in situ.

La thérapie génique est une approche qui a bénéficié de l’essor de la biologie moléculaire il y a une dizaine d’années. Malgré les échecs enregistrés, quelques rares oligonucléotides antisens font encore aujourd’hui l’objet d’études cliniques en cancérologie [62]. La plupart des oligonucléotides antisens candidats sont testés en hématologie et ciblent des gènes impliqués dans la prolifération, la transformation (bcr/abl, c-myc…) ou l’apoptose (bcl2). Les échecs enregistrés sont principalement dus au comportement de ces oligonucléotides antisens dans l’organisme sachant que leur stabilité, leur affinité et leur capacité à traverser les membranes sont particulièrement limitées. Les travaux de B. Tavitian menés au laboratoire du CEA à Orsay consistent à synthétiser de nouveaux oligonucléotides antisens et aptamères radiomarqués et à les sélectionner sur la base de leurs propriétés pharmacocinétiques et pharmacodynamiques mesurées par TEP [62]. Selon B. Tavitian, cette approche associant des oligonucléotides à l’imagerie TEP doit permettre d’atteindre un double objectif : thérapeutique par la découverte d’agents possédant les qualités requises pour être un médicament et validation de nouveaux traceurs pour l’imagerie de l’expression des gènes.

Le transfert des techniques d’imagerie du stade préclinique à la clinique : un modèle réussi de recherche translationnelle ?

S’appuyant sur les dernières découvertes fondamentales, les efforts d’investissements réalisés par les groupes pharmaceutiques se concrétisent aujourd’hui par l’évaluation en clinique de plus de 350 nouvelles molécules anticancéreuses [63]. La stratégie de développement de ces nouveaux agents qui sont pour beaucoup des molécules spécifiques a largement évolué, faisant souvent appel à l’imagerie biomédicale. Tous les participants aux derniers congrès de cancérologie gardent en mémoire les images étonnantes obtenues en TEP après injection de 18F-FDG aux premiers patients atteints de tumeurs stromales digestives traités par le Glivec® qui ont fait le tour du monde de la cancérologie [64] !

Du côté des laboratoires, les pharmacologues conscients des limites des modèles développés principalement chez la souris, essaient de sélectionner les composés sur la base d’une approche « pharmacologique intégrée » associant l’imagerie. Cette approche prend plus largement en compte les notions de pharmacodynamie (PD) permettant de relier la dose à un effet biologique (modification biochimique) et à l’effet antitumoral [13]. L’idée est de proposer aux cliniciens des agents dont le potentiel d’activité pourra être déterminé plus tôt et plus efficacement chez les patients. Il n’est pas question de donner de faux espoirs de succès pour des composés peu actifs mais de documenter au mieux les dossiers précliniques et de transférer des méthodes ou des outils adaptés aux composés en clinique. Ces efforts seront-ils couronnés de succès ?

Les premiers éléments de réponse viendront probablement des essais cliniques de phases I et II réalisés avec les dérivés anti-angiogéniques et antivasculaires cités plus haut. En effet l’imagerie a été intégrée dès les premières phases de développement de ces produits au laboratoire, permettant ainsi de déterminer des marqueurs biologiques de leur activité in vivo (( figure 4 )). Deux études cliniques de phase I ont été conduites avec le PTK787. L’IRM de perfusion a été utilisée pour définir la dose biologiquement efficace chez des patients porteurs de métastases hépatiques de cancers colorectaux [65]. Le PTK787 a provoqué une diminution significative du signal de l’agent de contraste Gd-DTPA dans les tumeurs (40-60 % en fonction de la dose). Une relation très claire a été établie entre la diminution de la constante de transfert du Gd dans l’espace interstitiel (Ki) et la réponse thérapeutique. Comme décrit précédemment, l’utilisation d’agents de contraste macromoléculaires (Gadomer®, Vistarem®, Sinerem®) devrait permettre d’augmenter la spécificité de la mesure. Cependant, aucun de ces agents de contraste n’est autorisé aujourd’hui pour une application clinique. Une accélération du développement de sondes adaptées à l’étude des nouveaux agents anticancéreux est donc souhaitable [66]. Un deuxième sujet de réflexion concerne la quantification des paramètres vasculaires mesurés car, aujourd’hui, aucun consensus de modélisation pharmacologique n’a été adopté par les investigateurs. L’étude citée plus haut est la première à valider chez l’homme des résultats obtenus dans des modèles animaux avec le même composé, le même appareillage (IRM), en appliquant la même méthodologie (DCE-MRI) et le même agent de contraste (Gd-DTPA). Un travail de validation et d’uniformisation des techniques apparaît indispensable [67]. De la même façon, des méthodes de mesure de captation du FDG dans les tumeurs basées sur des modèles pharmacocinétiques existent en TEP. Ainsi la standardized uptake value (SUV) est calculée et utilisée pour quantifier le transport de FDG dans les tumeurs et donc la réponse aux traitements.

Dans le domaine du diagnostic et de la détection de cibles, l’utilisation de sondes radiomarquées permet déjà de détecter en clinique certaines tumeurs endocrines par exemple, à l’aide d’analogues de la somatostatine comme 111In-D-Phe-DTPA-octréotide (Octreoscan®) et le 99Tc-depréotide (Neotect®), tous deux approuvés aux États-Unis et en Europe. À un stade moins avancé de développement, il a été montré que des techniques de scintigraphie conventionnelle pourraient également aider à définir le statut hormonal de patientes atteintes de cancers du sein [68]. D’autres sondes, peptides RGD radiomarqués ciblant l’intégrine αV β3, ont aussi été utilisées pour sélectionner des patients avant traitement par un antagoniste de l’intégrine EMD-121974 [69]. C’est également le cas du 99Tc-Sestamibi, agent utilisé en imagerie cardiaque et par ailleurs substrat de la Pgp, lors de phases I pour sélectionner des patients dont les tumeurs expriment le phénotype MDR et tester l’efficacité d’inhibiteurs de la Pgp comme le VX710 [70]. La possibilité d’établir un profil de patients susceptibles de répondre à une thérapie individualisée sera bientôt envisageable. La biologie moléculaire et l’imagerie médicale seront utilisées dans ce but. La mise à disposition de sondes servant à quantifier les récepteurs sur un site tumoral et à enregistrer les premiers effets du traitement sera bientôt réelle pour le clinicien. Le transfert d’agents développés grâce aux modèles animaux comme le 99Tc-rh-annexineV (apomate) sera utile afin de connaître rapidement la réponse du patient au traitement et peut-être envisager d’autres options thérapeutiques [71].

De nombreuses publications ont démontré que les paramètres pharmacocinétiques pouvaient être suivis par imagerie sur le même animal par marquage direct de l’agent thérapeutique avec un atome isotopique détectable par SRM, TEP ou SPECT. Dans ce cas, après injection de doses infra et sub-toxiques, on peut suivre la cinétique du composé, évaluer sa distribution ainsi que le temps d’exposition de la tumeur et des tissus sains, et enfin ses voies d’élimination. À titre d’exemple, les paramètres pharmacocinétiques cliniques après radiomarquage d’agents thérapeutiques comme le 13N-cisplatine, le 18F-5FU, le 11C-BCNU, le 11C-DACA, le 11C-témozolomide ou le 124I-VG76e ont été analysés [30]. Malheureusement, le radiomarquage de médicaments candidats est souvent complexe, le développement et la validation de cette étape de couplage radiochimique pouvant prendre jusqu’à 2 ans. De plus, le suivi dynamique in vivo du radio-isotope ne permet pas de distinguer le composé parent de ses métabolites. La « recherche translationnelle » pourrait ainsi aider au développement clinique des médicaments. Pour finir, certains agents thérapeutiques peuvent être évalués par SRM [72], produisant un pic identifiable comme l’ifosfamide en spectroscopie du phosphore 31 (31P) ou comme le 5FU [73] et certaines prodrogues du 5FU telles que la capécitabine en spectroscopie du fluor 19 (19F). L’obtention d’un signal détectable par SRM requiert cependant des concentrations tissulaires généralement comprises entre 10 et 100 mM nécessitant alors l’administration de doses trop élevées chez l’homme. Comparativement, des concentrations de l’ordre du pM (10-12) sont nécessaires pour la détection par TEP. De ce fait, l’imagerie nucléaire (TEP, SPECT) reste le choix de première intention pour déterminer les paramètres pharmacocinétiques d’un agent thérapeutique.

L’imagerie médicale procure aujourd’hui la possibilité de différencier les tumeurs bénignes des tumeurs malignes. Des critères spécifiques (localisation, forme, prise de contraste) ont été déterminés et validés par IRM clinique pour classifier en grades les tumeurs cérébrales et les tumeurs mammaires [74, 75]. Ces techniques de gradation par imagerie ne sont toutefois pas adoptées en routine clinique. Les techniques de perfusion ou de diffusion peuvent être utilisées pour classer en grades certains cancers de la prostate, difficiles à caractériser par IRM conventionnelle et pour lesquels des méthodes invasives (biopsies) sont les seules possibles [76]. La diversité des tumeurs et la difficulté à définir des critères spécifiques de malignité limitent cependant l’efficacité de l’imagerie pour la gradation tumorale. Cette approche permet néanmoins au patient d’éviter un examen invasif lors des phases de caractérisation de la maladie. La thérapie est ainsi mieux acceptée et souvent plus efficace. Les examens précliniques, grâce à l’IRM de perfusion, devraient participer à l’amélioration de ces étapes de gradation tumorale.

Conclusion

Les différents acteurs impliqués dans la découverte de nouveaux médicaments seront tous d’accord sur deux points. Premièrement, les progrès fantastiques réalisés dans le domaine de la génomique nous ont permis d’accéder à de nouvelles cibles et donc à de nouvelles voies thérapeutiques. Dans le même temps, les progrès technologiques nous ont apporté des outils puissants pour étudier au niveau moléculaire chez l’animal puis chez l’homme, l’activité pharmacologique de nouveaux agents anticancéreux. La recherche et le développement de ces futurs médicaments devraient être théoriquement plus rationnels et moins empiriques, et déboucher sur des résultats plus probants. Mais comme le soulignait H. Newell lors du dernier congrès NCI-AACR-EORTC à Genève, plus que jamais ce travail sera un travail d’équipe impliquant de nouveaux acteurs comme les biophysiciens et biomathématiciens. La montée en puissance de la « recherche translationnelle » s’appuyant notamment sur les techniques modernes d’imagerie devrait faciliter cette collaboration entre les acteurs impliqués dans chacune des étapes du développement. La véritable nouveauté provient de la possibilité de bâtir des équipes multidisciplinaires qui pourront lorsqu’elles le souhaitent revenir dans le processus de recherche pour répondre à une question précise posée lors du développement du médicament. Une telle stratégie devrait nous permettre d’optimiser les méthodes d’investigation des thérapies à un stade encore précoce du développement clinique et éviter d’allonger inutilement les phases d’évaluation de médicaments inactifs. De plus, si elle s’avère efficace, cette approche devrait procurer aux chercheurs une source d’information précieuse pour concevoir puis améliorer les médicaments du futur.

Remerciements

Les auteurs remercient vivement l’ensemble des techniciens et chercheurs d’Oncodesign pour leur implication dans la mise en place des techniques d’imagerie au laboratoire. Les docteurs Chantal Rémy et Amélie Lansiaux sont également remerciées pour leurs conseils après relecture du manuscrit.

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