ARTICLE
Auteur(s) :, Nicolas Guilbaud*,
Olivier Duchamp, Nathalie Just, Philippe Genne
Oncodesign Biotechnology, 20, rue Jean Mazen, BP 27627, 21076
Dijon Cedex
Article reçu le 16 Novembre 2004, accepté le 23 Novembre
2004
Parmi les axes de recherche en cancérologie, l’étude des mécanismes
moléculaires responsables de ces pathologies prend une large place
[1]. Les progrès accomplis dans ce domaine lors des deux dernières
décennies, notamment par l’identification d’altérations géniques
spécifiques, permettent d’envisager aujourd’hui, en complément des
thérapies existantes, de véritables « thérapies moléculaires
ciblées » dont le Glivec® est le meilleur exemple
[2]. Le développement rapide de ce nouveau type de médicament est
souvent cité en référence, témoignant de l’interaction efficace
entre les biologistes moléculaires, les chimistes, les
pharmacologues et les oncologues pour transférer en peu de temps
une découverte fondamentale dans le domaine clinique [3]. À
l’inverse, il est également intéressant de citer les cas où la
recherche clinique a aidé au développement de nouvelles
technologies qui pourraient s’avérer en fin de compte fort utiles à
la découverte de nouvelles molécules.Les avancées considérables
dans le domaine de l’imagerie médicale ont abouti aujourd’hui à la
mise à disposition d’outils d’investigation précieux pour le
chercheur en cancérologie. Grâce aux progrès technologiques, des
appareils dédiés à l’imagerie non invasive des petits animaux ont
été conçus. Ils sont plus sensibles et plus résolutifs et leur
utilisation est envisagée beaucoup plus tôt dans le processus de
découverte [4]. Certaines de ces techniques comme l’imagerie par
résonance magnétique (IRM), la tomographie par émission de positons
(TEP), les rayons X (CT), la tomographie par émission
monophotonique (TEMP ou SPECT) ou l’échographie sont déjà
couramment utilisées pour le diagnostic clinique et le suivi
thérapeutique des patients [5]. On peut donc supposer que leur
passage de l’hôpital vers les laboratoires de recherche facilitera
le développement des nouveaux médicaments anticancéreux.
Preuve du concept in vivo et détermination de biomarqueurs
Le paysage de la recherche en pharmacologie antitumorale s’est
profondément modifié ces dix dernières années. Par des outils de
génomique, le rôle de protéines impliquées dans les voies de
signalisation des cancers a été démontré, validant ainsi de
nouvelles cibles pharmacologiques [6]. Mais à ce jour l’arrivée de
nouveaux inhibiteurs puissants et spécifiques n’a pas permis
d’aboutir à la révolution thérapeutique escomptée. En conséquence
la fin de l’ère des cytotoxiques n’a pas encore sonné. Quelques
échecs ont été essuyés lors des essais cliniques de molécules
innovantes pourtant extrêmement prometteuses lors de leur
évaluation préclinique [7, 8]. Ces résultats ont naturellement
contribué à la remise en question de certaines approches
méthodologiques ou modèles utilisés lors de la sélection de
médicaments candidats [9]. Si le débat sur la validité des modèles
animaux et la mise en place de critères d’activité plus sélectifs
reste toujours d’actualité [10], une réflexion de fond concernant
la réalisation des essais cliniques des nouveaux médicaments
sélectifs et spécifiques est également engagée. La nécessité
d’établir rapidement et sans ambiguïté des preuves précoces
d’activité (ou d’inactivité) de ces nouveaux composés, de
déterminer leur dose biologique efficace et de disposer de
biomarqueurs d’activité est un prérequis aujourd’hui considéré
comme indispensable [11, 12].
C’est dans ce cadre que l’imagerie pourrait jouer un
rôle important : en définissant plus finement les
mécanismes d’action d’une molécule ainsi que son potentiel in vivo,
en réalisant des études de pharmacocinétique-pharmacodynamique
(PK/PD) et en proposant des biomarqueurs indispensables au
développement de cette molécule. Il s’agira de vérifier sa
stabilité après une administration systémique, son interaction avec
la cible et les modifications secondaires éventuelles de celle-ci,
sa cinétique d’incorporation et d’élimination au cœur de la tumeur
et du tissu sain, mais aussi sa relation avec l’intensité de
l’effet observé aux doses administrées et aux concentrations
mesurées dans la tumeur [13]. Cette revue aura donc pour principal
objectif de présenter l’utilité de ces techniques non invasives
appliquées aux modèles animaux pour l’évaluation de nouvelles
thérapies anticancéreuses. L’accent sera mis sur la place qu’elles
pourraient occuper dans la caractérisation des modèles
expérimentaux, la sélection et le transfert en clinique des
traitements les plus efficaces.
Les techniques d’imagerie applicables au petit animal
La « microscopie moderne » permet aujourd’hui la
visualisation d’événements biologiques au niveau cellulaire,
moléculaire et même atomique. Le cytomètre en flux ou le microscope
confocal servent régulièrement à caractériser les mécanismes
d’action des molécules in vitro. Le choix d’appareils d’imagerie du
petit animal et leur implantation s’avèrent beaucoup plus délicats
pour des raisons de coût et d’infrastructure, mais aussi humaines
par le recrutement d’un personnel hautement spécialisé
(biophysicien, radiochimiste…). La décision pour un laboratoire
d’investir dans ces appareils est difficile et les techniques
proposées sont nombreuses et pour la plupart très séduisantes.
Les techniques permettant l’observation de structures
anatomiques sans invasion ni traumatisme tissulaire peuvent être
séparées en deux classes. Dans la première, la détection et
l’acquisition du signal reposent sur l’interaction des tissus avec
différentes formes d’énergie. Elle regroupe la radio-tomograhie par
rayons X (CT), l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et
l’imagerie par ultrasons (US). Pour la deuxième classe, le signal
est directement émis par un traceur radiomarqué ou fluorescent
injecté dans l’organisme et spécifique d’une cible ou d’un
processus biologique. Elle regroupe principalement les modes
d’imagerie nucléaire comme la gamma-scintigraphie, la tomographie
par émission de positons (TEP) ou par émission monophotonique
(SPECT) et l’imagerie dite « optique » (fluorescence et
bioluminescence). La plupart de ces outils (hormis l’imagerie
optique) ont été développés pour le diagnostic clinique chez
l’homme. Leur transfert au niveau préclinique autorise l’accès in
vivo à des niveaux d’information supplémentaires. Mais le choix de
l’appareillage pourra varier en fonction de la question posée et
donc de l’information recherchée (tableau 1( Tableau 1 )). Les outils très résolutifs comme
l’IRM ou la CT représentent la meilleure option pour l’acquisition
d’images anatomiques. L’IRM a en effet une très haute résolution
spatiale (de l’ordre de 100 μm chez le rongeur) et une
excellente capacité de contraste des tissus mous qui est mise à
profit dans l’observation d’organes comme le cerveau. L’acquisition
de données physiologiques et moléculaires nécessite généralement
une forte sensibilité de détection qui est le propre de l’imagerie
nucléaire (TEP, SPECT). Les performances de la TEP en médecine
nucléaire sont bien établies, ce qui valide son utilisation au
stade préclinique. Le FDG marqué au fluor 18 (18F-FDG)
apporte un gain significatif en sensibilité et spécificité pour la
détection de sites tumoraux tels que les nodules pulmonaires, les
métastases hépatiques ou osseuses [14]. Cet analogue du glucose
tire parti des anomalies de la glycolyse et d’une augmentation des
transporteurs membranaires pour s’accumuler dans les cellules
tumorales sous forme de FDG-6-phosphate. Un des inconvénients liés
à l’utilisation du 18F-FDG provient de son accumulation
aspécifique dans des zones comme le cerveau ou dans des sites
inflammatoires. L’acquisition d’une série d’images par IRM (dynamic
contrast-enhanced magnetic resonance imaging ou DCE-MRI) associée à
l’injection d’agents de contraste de type chélates de gadolinium et
la SRM permettent également d’obtenir des informations
fonctionnelles et métaboliques. L’IRM fait désormais référence pour
l’étude du réseau vasculaire et de la microvascularisation tumorale
[15]. Les techniques optiques sont encore au stade expérimental
mais elles suscitent beaucoup d’intérêt de la part des chercheurs
en raison de leur très bonne résolution temporelle et de leur
faible coût d’utilisation. À la base, des années de recherche en
biologie moléculaire dans la conception de systèmes fluorescents
ont abouti à la sélection de clones de cellules cancéreuses
transfectées par le gène de la green fluorescent protein (GFP)
capables de former des tumeurs sur souris immunodéficientes [16].
Le principal inconvénient lié à l’utilisation de la GFP est son
pouvoir immunogène limitant son application aux modèles de
xénogreffes. De plus, l’auto-fluorescence des tissus sains réduit
considérablement la sensibilité de détection du signal. D’autres
systèmes utilisant la bioluminescence (luciférase) ou des marqueurs
fluorescents émettant dans le proche infrarouge (cyanine 5.5) sont
plus sensibles et semblent extrêmement prometteurs.
Il faut aussi prendre en compte certains problèmes de
logistique : des solutions pratiques d’analyse, de stockage et
d’archivage des images doivent être mises en place. L’analyse des
résultats par des programmes informatiques peut s’avérer longue et
délicate car il est nécessaire de mettre en équation les processus
biologiques étudiés.
Les techniques citées dans ce paragraphe présentent des
avantages et des inconvénients, chacune apportant des informations
complémentaires. Des appareils à double modalité TEP/CT permettent
un recalage simple des images acquises en TEP sur les images
morphologiques obtenues en CT. Le couplage TEP/IRM reste quant à
lui encore difficile. Aux vues de ces analyses, le développement de
plates-formes multimodalités mettant à disposition des techniques
d’imagerie complémentaires semble primordial et une option
d’avenir.
Tableau 1 Caractéristiques des différentes techniques
disponibles pour l’imagerie non invasive du petit animal
|
Technique
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Résolution spatiale
|
Résolution temporelle
|
Traceurs
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Applications
|
Limitations
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|
IRM
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100 μm
|
Min/heures
|
Gadolinium
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Phénotypage anatomique (sauf poumon)
|
Coût élevé
|
|
Oxydes de fer
|
Physiologiques et fonctionnelles
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Sensibilité/spécificité
|
|
Migration cellulaire
|
Injection agent de contraste
|
|
Moléculaire
|
Modélisation du signal
|
|
SRM
|
100 μm
|
Min/heures
|
aucun
|
Métabolisme cellulaire
|
Sensibilité
|
|
Diagnostic (gradation)
|
Durée de l’examen
|
|
MicroCT rayons X
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100 μm
|
Min
|
Iode
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Phénotypage anatomique (poumons, os)
|
Doses de radiations ionisantes
|
|
Physiologiques et fonctionnelles
|
Répétabilité des examens
|
|
Ultrasons
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200 μm
|
Min
|
Microbulles
|
Phénotypage anatomique
|
Nombre d’applications
|
|
Physiologiques et vasculaires
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Artefacts dus à l’air et aux os
|
|
Chirurgie interventionnelle
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Champs d’investiation réduit
|
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Interprétation des images
|
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MicroTEP
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1-2 mm
|
Min
|
18F, 11C, 15O
|
Métabolisme cellulaire
|
Résolution spatiale
|
|
Physiologiques et fonctionnelles
|
Infrastructures lourdes et coûteuses
|
|
Pharmacocinétique
|
Cyclotron/radiochimie
|
|
Moléculaire
|
Radiations
|
|
Expression génique
|
Résolution spatiale
|
|
Migration cellulaire
|
Mauvaise quantification
|
|
MicroSPECT
|
1-2 mm
|
Min
|
99mTc, 111In
|
Anticorps, peptides
|
Instrumentation : collimateurs
|
|
Pharmacocinétique
|
Sensibilité 10 fois inférieure à celle de la TEP
|
|
Optique
|
1-2 mm
|
Sec/min
|
GFP, Cy5.5,
|
Moléculaire
|
Limitée au laboratoire
|
|
(fluorescence
|
Luciférine
|
Expression génique
|
Profondeur limitée
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|
luminescence)
|
Migration cellulaire
|
|
Apports des techniques d’imagerie médicale : exemples
d’application à la pharmacologie antitumorale
L’intérêt grandissant des chercheurs pour les techniques d’imagerie
se mesure au nombre d’articles récents publiés dans le domaine [4].
Prochainement, grâce à ces nouvelles technologies, les chercheurs
entrevoient la possibilité de mieux caractériser leurs modèles en
identifiant par exemple les zones d’hypoxie et de nécrose dans les
tumeurs. Ces données obtenues seront complémentaires d’une
caractérisation moléculaire des xénogreffes par microarrays et
autres tissue arrays [17]. L’activité pharmacologique des nouvelles
molécules ne sera plus évaluée simplement par la mesure de la
croissance tumorale à l’aide d’un pied à coulisse ou par la mesure
de la survie de souris greffées avec des cellules cancéreuses mais
aussi par des informations émanant de l’imagerie. La réponse aux
traitements pourra être étudiée précocement sans prélèvements
répétés ni traumatisme tissulaire, voire sacrifice, pour une étude
en histologie. Chaque animal sera considéré comme son propre
contrôle, renforçant la valeur statistique des données de
l’expérience et atténuant ainsi les problèmes de variabilité
interindividuelle.
L’aspect éthique, si largement débattu dans le domaine de
l’expérimentation animale, sera amélioré. Bâtie autour d’un
protocole d’étude soumis à un comité d’éthique, l’expérience
comportera un nombre réduit de souris ou de rats, les mesures étant
effectuées plus précocement grâce à une meilleure sensibilité
technique. Des paramètres d’évaluation autres que l’augmentation du
temps de survie seront étudiés afin de limiter la souffrance des
animaux.
L’intérêt de l’expérimentation in vivo est d’étudier l’activité
d’une molécule dans un environnement plus proche de celui du
patient que la culture de cellules in vitro. Nous avons choisi de
présenter plusieurs travaux reprenant quelques points clés cités
plus haut, la priorité étant donnée à une meilleure caractérisation
des modèles et à l’étude du mécanisme d’action des candidats
médicaments (tableau 2( Tableau 2
)).
Anatomie tumorale
De nombreuses études précliniques et cliniques utilisant les
techniques d’imagerie (IRM, CT et US) pour la détection et le suivi
thérapeutique de tumeurs ont déjà été validées par une analyse
histologique. Grâce à sa taille, le rat est un modèle de choix pour
ce type d’approche. Trübenbach et al. ont montré dans un modèle
d’hépatome chez cet animal que les tumeurs sont détectables par IRM
ou échographie US 8 jours seulement après la greffe, alors que le
scanner X (CT) ne permet pas de détecter de masse tumorale avant 14
jours [18]. Pour évaluer le caractère invasif de tumeurs mammaires,
l’utilisation de l’IRM semble plus efficace. En cas de doute lors
d’un diagnostic, il est possible de localiser très précisément les
zones suspectes dans lesquelles une biopsie doit être effectuée
[19]. Les spectres biochimiques obtenus par SRM peuvent aussi être
utilisés pour différencier le tissu sain du tissu tumoral [20].
Nous avons pour notre part réalisé des expériences visant à
comparer la sensibilité de détection de tumeurs pancréatiques
greffées en orthotopique chez le rat nude par IRM ou par dosage de
marqueurs tumoraux sériques (CEA et CA19.9) [travaux non publiés].
Les résultats obtenus sur ce modèle montrent que les tumeurs sont
déjà mesurables par IRM (environ 1 cm3), alors que
les taux sériques de CEA et de CA19.9 ne sont pas significativement
augmentés.
Tableau 2 Domaines d’applications des techniques
d’imagerie dans des modèles animaux de cancers
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Applications
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Mécanisme physiologique
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Technique/traceur
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Commentaires
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Cible pharmacologique
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Identification, gradation tumorale, Prolifération cellulaire et
croissance tumorale
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Anatomie tumorale
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IRM, CT, US
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Délimitation des contours tumoraux (segmentation)
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Évaluation de l’hétérogénéité tumorale (nécrose)
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Tissu néoplasique versus tissu sain
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TEP/18FDG
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Mesure de la glycolyse cellulaire
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|
SRM/1H ou 31P
|
Spectres biochimiques spécifiques du tissu tumoral (augmentation
lactate)
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|
Prolifération cellulaire
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TEP/18F-FLT, 11C-thymidine
|
Accumulation du traceur associée à l’activité TK, pas de marquage
des cellules inflammatoires
|
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Croissance tumorale
|
IRM, CT, US
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Mesure du volume tumoral
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Bioluminescence
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Lignées transfectées par la luciférase
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Récepteurs à la transferrine
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IRM/Agent de contraste superparamagnétique
|
Développement d’agents de contraste couplés au ligand pour détecter
les tumeurs par IRM
|
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Récepteurs à la somatostatine
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TEP/18F-FP-Gluc-TOCA, 64Cu-octréoide
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Ciblage des tumeurs exprimant le récepteur à la somatostatine
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Antigène carcinoembryonnaire (CEA)
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TEP/64Cu-sc(Fv)-CH3
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Étude de la cinétique d’accumulation dans les tumeurs exprimant le
CEA
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Métalloprotéases (MMP2, MMP7), cathepsines B, D
|
Optique/Cy5.5–Substrat
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Fluorescence proche de l’infrarouge proportionnelle à l’activité
protéasique des cellules
|
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Métabolisme cellulaire, pharmacocinétique
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Métabolisme et synthèse protéique
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SRM/1H, 19F ou 31P
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Analyse spectrale (choline, créatinine, aspartate) sensible aux
changements métaboliques
|
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TEP/11C-choline, 11C-méthionine et
18F-fluoro-éthyltyrosine
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Reflet de l’état de prolifération des cellules tumorales
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Pharmacocinétique et biodistribution
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TEP/18F, 64Cu, 124I
|
Mesure de la cinétique et de la distribution de composés
radiomarqués
|
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Angiogenèse et vascularisation
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Intégrine αvβ3
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TEP/18F-Peptide-RGD
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Etude de la liaison, de la biodistribution et des paramètres
pharmacocinétiques
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Hyperperméabilité vasculaire et volume extracellulaire
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IRM/chélate-Gd
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Mesure cinétique de réhaussement du signal
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Perfusion tumorale
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Volume vasculaire
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IRM/oxyde de fer
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Mesure de la chute du signal, du volume sanguin et de la taille des
vaisseaux
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Flux sanguin
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TEP/15O-H2O
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Mesure de la fonctionnalité des vaisseaux
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Intégrité réseau vasculaire/tubuline
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IRM/chélate-Gd
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Diminution rapide et importante du flux sanguin associée à des
zones de nécrose tumorale
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Hypoxie/HIF1α
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TEP/18F-misonidazole,
18F-fluoroetanidazole
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Accumulation de traceurs subissant une réaction de bio-réduction
dans les cellules hypoxiques
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IRM/Bold
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Mesure du taux de déoxyhémoglobine tissulaire
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Mort cellulaire et résistance
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Cellularité/hétérogénéité tissulaire
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IRM diffusion
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Évaluation de la mort cellulaire par mesure du coefficient de
diffusion de l’eau
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Apoptose/annexineV
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TEP/11C-, 124 I, et 18F- annexine
V
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Liaison de l’annexine V aux phosphatidylsérines lors du processus
apoptotique
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SPECT/99Tc-annexine V
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Marquage spécifique des cellules apoptotiques Réponse précoce à la
chimiothérapie
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Fluorescence (NIR)/Cy5.5 annexine V
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Marquage des cellules tumorales et endothéliales apoptotiques après
traitement par un cytotoxique
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MDR/expression et fonctionnalité de la P-gp
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TEP 11C-vérapamil et 11C-daunorubicine
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Étude de la distribution de composés radiomarqués dans des tissus
sains et tumoraux exprimant la Pgp
|
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Bioluminescence
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Étude de la réversion du phénotype MDR in vivo par mesure de
l’efflux de coelenterazine
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Trafic cellulaire
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Lymphocytes, macrophages, cellules dendritiques, cellules
tumorales
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IRM/oxyde de fer
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Localisation des cellules marquées par des nanoparticules d’oxyde
de fer
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TEP/18FHBG-HSV-TK
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Localisation des cellules par mesure de l’activité TK du gène
rapporteur
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Optique/luciférine
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Localisation des cellules par mesure de l’activité luciférase du
gène rapporteur
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Prolifération cellulaire et développement tumoral
Bien que l’IRM permette dans certains cas d’évaluer l’extension de
la tumeur primitive vers les ganglions proximaux (ganglions
sentinelles) [21], l’imagerie TEP utilisant le 18F-FDG
est aujourd’hui considérée comme la plus performante pour évaluer
la croissance et le développement tumoral. Des acides aminés
radiomarqués tels que la 11C-choline, la
11C-méthionine ou la 18F-fluoro-éthyltyrosine
sont également utilisés en imagerie nucléaire pour identifier
certains cancers. Les tumeurs prostatiques par exemple sont
facilement marquées par la 11C-choline, compte tenu
d’une synthèse accrue de phosphatydilcholines membranaires par les
cellules néoplasiques. Parmi les nouveaux radiotraceurs, les
précurseurs de la synthèse d’ADN, notamment la
3’-déoxy-3-18F-fluorothymidine (18F-FLT), ont
fait l’objet de nombreuses publications. Dans une étude récente, le
traitement par le 5FU de souris porteuses de tumeurs a été associé
à une diminution plus prononcée de 18F-FLT que de
18F-FDG dans les tissus tumoraux, ce phénomène étant
parfaitement corrélé à la diminution de la prolifération
caractérisée par une diminution du marquage par le PCNA [22]. Par
ailleurs, l’accumulation du 18F-FLT dans le cerveau et
dans les sites inflammatoires est moindre que celle du
18F-FDG. Pour l’instant, on peut donc considérer le
18F-FLT et le 18F-FDG comme des traceurs
complémentaires.
Bien qu’implantées dans les structures hospitalières, la TEP et
l’IRM ne seront pas faciles à appliquer au petit animal de
laboratoire pour des raisons évidentes de coût et de débit. Les
laboratoires chargés de tester l’activité d’un grand nombre de
composés in vivo s’orientent donc vers des systèmes utilisant la
fluorescence et la bioluminescence et donc plus adaptés au
« haut débit ». R. Hoffman (San Diego, États-Unis)
s’est investi très tôt dans le développement de modèles
orthotopiques fondés sur la greffe de lignées transfectées par le
gène de la GFP. Les métastases cérébrales, osseuses ou hépatiques
ainsi générées sont quantifiables par une caméra optique CCD [16].
Le National Cancer Institute (NCI) a opté pour la plate-forme
XenogenTM utilisant des lignées tumorales transfectées
par le gène de la luciférase. Ce système est rapide et très
sensible car il permet de détecter, après injection de luciférine
par voie IV, des nodules de quelques milliers de cellules quelle
que soit leur localisation dans le corps de la souris [23].
Parmi les marqueurs de progression et d’invasion tumorales
pouvant être utilisés en imagerie optique, les enzymes
protéolytiques ont été ciblées par des sondes fluorescentes dites
intelligentes (ou smart probes) [24]. Ces fluorochromes tels
l’indocyanine Cy5.5 ont été modifiés par l’ajout d’un groupement
masquant (un copolymère composé de polylysines). Le clivage du
groupement par les protéases libère la sonde qui devient dès lors
sensible à une excitation par un rayonnement lumineux, permettant
un marquage spécifique des tumeurs et une mesure précise de leur
volume par fluorescence-mediated molecular tomography (FMT) [24].
Les spectres d’excitation et d’émission de ces sondes se situent
dans le proche infrarouge (700-900 nm), permettant une bonne
pénétration des tissus sur plusieurs centimètres et une sensibilité
accrue. Le rapport signal sur bruit ainsi obtenu est nettement
supérieur à ceux produits par des fluorochromes classiques. Les
progrès récents réalisés dans les nouveaux appareillages laissent
entrevoir une qualité d’analyse encore améliorée. On peut donc
espérer, grâce à un nombre toujours plus important de « sondes
intelligentes », des systèmes encore plus performants et
disponibles à moindre coût.
Sondes et traceurs spécifiques d’antigènes et récepteurs
tumoraux
Le développement de sondes spécifiques d’antigènes et de récepteurs
tumoraux est essentiel à la fois pour le diagnostic de cancer chez
les patients et le ciblage des thérapies. Compte tenu du nombre
souvent faible de récepteurs par cellule, un effort particulier a
porté sur la conception de sondes ayant une forte affinité et une
grande spécificité pour leur cible. Des petites molécules ainsi que
des anticorps ont été choisis mais ces derniers présentent deux
inconvénients majeurs in vivo. Les anticorps ont un accès limité
aux tumeurs et une clairance prolongée, ce qui a pour effet
d’augmenter le bruit de fond. Des analogues de la somatostatine
comme le 18F-FP-Gluc-TOCA ont été ainsi évalués par TEP
sur des modèles de souris ou de rats porteurs de tumeurs pour
étudier leurs propriétés de liaison et leur pharmacocinétique avant
un transfert en clinique [25]. L’intérêt des radiotraceurs est
double : leur sensibilité permet de travailler avec des
ligands non modifiés par des groupements encombrants pouvant
altérer la liaison au récepteur, et ceci en utilisant des
concentrations en produit nettement inférieures aux doses
pharmacologiques (10-9 à 10-12 M). La
stratégie utilisée par le groupe de R. Weissleder pour
augmenter la sensibilité en IRM est différente : les
chercheurs ont choisi de coupler la transferrine à un agent de
contraste superparamagnétique (nanoparticules d’oxyde de fer) afin
de mieux cibler son récepteur [26]. L’agent de contraste injecté à
des souris est ainsi capté préférentiellement par une tumeur gliale
9L surexprimant le récepteur à la transferrine par rapport à la
tumeur parentale qui l’exprime faiblement. Cela se traduit par une
augmentation importante du marquage spécifique. Dans une troisième
approche, certaines équipes ont développé des fragments d’anticorps
appelés minibodies ou diabodies conservant une forte affinité pour
l’antigène. Le site de liaison étant préservé, la taille réduite de
ces minibodies permet un accès à la tumeur plus facile et une
clairance plus rapide in vivo. Ainsi après marquage au
64Cu, la cinétique d’accumulation et la distribution
d’un de ces minibodies, le sc (Fv)-CH3 dérivé de l’anticorps
monoclonal T84.66 dirigé contre l’antigène carcinoembryonnaire
(CEA) ont été étudiées en TEP sur des souris porteuses de tumeurs
humaines coliques LS174T exprimant le CEA [27].
Angiogenèse et vascularisation tumorale
L’intégrine αVβ3 est une molécule d’adhésion
impliquée dans les processus d’angiogenèse et de dissémination
tumorale. Elle est exprimée à la surface des cellules endothéliales
en prolifération mais aussi par certains types de cellules
tumorales [28]. Il s’agit donc d’une cible de choix en imagerie
pour le développement de sondes permettant d’évaluer le degré
d’angiogenèse dans les tumeurs ainsi que la réponse à une thérapie
anti-angiogénique. Utilisant un anticorps monoclonal (LM609) couplé
au Gd-DTPA, Cheresh et al. ont mesuré l’expression de cette
intégrine par IRM dans un modèle de mélanome humain xénogreffé chez
la souris nude [29]. Des dérivés de peptides cycliques possédant
une séquence RGD, synthétisés et marqués avec différents isotopes
(124I, 18F et 64Cu) ont également
été utilisés en TEP pour produire des images de tumeurs in vivo
[30].
Le ciblage des vaisseaux tumoraux par des agents
anti-angiogéniques ou antivasculaires est une approche
thérapeutique envisagée depuis de nombreuses années. Les besoins en
termes de marqueurs d’activité dans ce domaine sont très forts au
stade à la fois préclinique et clinique [31]. Parmi les principaux
acteurs impliqués dans l’angiogenèse tumorale, la voie du VEGF est
la plus ciblée, ce qui se justifie par les succès récents obtenus
par l’anticorps anti-VEGF, l’Avastine®[32]. La mesure in
vivo des effets d’inhibiteurs de tels composés peut s’avérer
pourtant délicate. La méthode standard consiste à mettre en
évidence une diminution de la densité des microvaisseaux par
marquage en immunohistochimie (CD31, CD34, collagène IV, facteur
VIII, etc.) sur coupes de biopsies tumorales. L’histologie est de
loin la technique la plus utilisée et la moins onéreuse mais
également la plus invasive. D’autres techniques semi-invasives,
comme la microscopie intravitale couplée à un microscope confocal
multiphotonique, bénéficient d’une résolution spatiale incomparable
mais le champ d’observation est limité et le temps de préparation
des animaux très long [33]. Par imagerie fonctionnelle, on peut
mesurer des paramètres comme le flux sanguin, la densité
vasculaire, l’index de taille et la perméabilité des vaisseaux.
L’IRM est aujourd’hui considérée comme la technique de référence
dans ce domaine [34]. L’acquisition dynamique d’images (DCE-MRI)
après injection d’un agent de contraste de type chélate de
gadolinium permet de suivre la cinétique de rehaussement du signal
dans différentes zones tumorales et dans le tissu sain. Un marqueur
de la perméabilité transmembranaire (Ktrans) ainsi que
le volume extracellulaire-extravasculaire (Ve) peuvent être
calculés après analyse des courbes cinétiques grâce à un modèle
pharmacocinétique. Le modèle bicompartimental et bidirectionnel
décrit par Tofts et Kermode est actuellement le plus utilisé pour
cette analyse [35]. Aujourd’hui, seuls des agents de contraste
diffusibles de faible poids moléculaire (Gd-DTPA, Gd-DOTA, ~ 0,5
kD) qui se distribuent rapidement dans les espaces extravasculaires
de la tumeur sont disponibles en clinique. Les agents de contraste
macromoléculaires comme le Gadomer® (17 kD, Schering AG,
Allemagne), le Vistarem® (6,47 kD, Guerbet, France) sont
plus adaptés à l’étude des zones vascularisées et hyperperméables.
En raison de leur poids moléculaire plus élevé, ces agents restent
plus longtemps dans l’espace vasculaire après injection
intraveineuse et diffusent plus lentement à travers l’endothélium
vasculaire sain [36]. D’autres agents à forte rémanence vasculaire
comme le Sinerem® (Guerbet) constitué de nanoparticules
de fer (environ 30 nm) ou l’albumine-Gd-DTPA (environ 90 kD)
permettent de quantifier le volume vasculaire tumoral et l’index de
taille des vaisseaux [37]. Ces paramètres sont importants car ils
permettent d’appréhender l’architecture vasculaire dans les
tumeurs. Selon certains auteurs l’agencement du réseau vasculaire
et l’existence d’un espace extracellulaire-extravasculaire
pourraient être responsables de formes de résistance à la radio et
à la chimiothérapie [38].
Des laboratoires de recherche en imagerie ont contribué aux
développements méthodologiques en IRM pour suivre ces nouveaux
agents de contraste macromoléculaires. Parmi leurs travaux, on peut
citer l’étude des effets d’un anticorps dirigé contre le VEGF dans
un modèle de tumeur mammaire xénogreffée chez le rat nude. Le
traitement permet d’observer une diminution de 98 % de la
perméabilité des vaisseaux [39]. L’équipe de Checkley a également
démontré l’intérêt de la technique d’acquisition dynamique d’images
(DCE-MRI) pour étudier les changements de perméabilité vasculaire
induits par le ZD6474 et le ZD4190, deux inhibiteurs des récepteurs
du VEGF [40]. De la même manière, Bhujwalla et al. ont quantifié
par IRM l’activité anti-angiogénique du TNP470, un analogue de la
fumagilline, dans un modèle de cancer prostatique murin [41].
Globalement, ces approches ont été très utiles puisqu’elles ont
permis de vérifier le mécanisme d’action des composés
anti-angiogéniques in vivo dans un ou plusieurs modèles tumoraux,
servant également à optimiser les doses et les fréquences
d’administration d’autres agents comme le PTK787 qui est également
un inhibiteur de récepteur de type tyrosine kinase [42].
En collaboration avec l’université de Bourgogne, nous avons
étudié les effets d’une hormonothérapie sur l’angiogenèse tumorale
par mesure de la perfusion sanguine tumorale après injection de
Gadomer® chez le rat [43]. Pour des tumeurs mammaires
hormonodépendantes, nous avons montré que la déplétion en œstradiol
obtenue après castration chirurgicale induit une diminution
significative et permanente de la valeur du paramètre
Ktrans de perméabilité vasculaire associée à une
inhibition de la croissance tumorale (( figure 1 )). Par
contre, pour des tumeurs prostatiques également hormonodépendantes,
la castration des rats n’a montré qu’une diminution transitoire de
ce paramètre (10-20 jours après castration) alors que la croissance
tumorale reste inhibée [43]. Nous avons vérifié dans le cas des
tumeurs non hormonodépendantes que la déplétion hormonale n’avait
aucun effet sur la perméabilité vasculaire des tumeurs mammaires ou
prostatiques. Ces résultats suggèrent que l’IRM est un outil
pertinent d’évaluation préclinique de l’hormonothérapie et qu’il
est possible d’évaluer la composante anti-angiogénique de
traitements hormonaux dans les modèles de cancer mammaire
hormonodépendant.
D’autres travaux menés en collaboration avec l’équipe de l’unité
Inserm U594 de Grenoble nous ont permis de réaliser par IRM la
cartographie vasculaire de tumeurs gliales développées chez le rat
[44]. Dans six de ces modèles orthotopiques, nous avons comparé
l’index de taille des vaisseaux et le volume sanguin tumoral après
injection de Sinerem® (( figure 2 )). L’analyse
des cartes révèle des différences significatives entre le tissu
tumoral et les tissus sains de l’hémisphère cérébral
controlatéral : l’index de taille des vaisseaux (ITV) dans la
tumeur est supérieur à l’ITV des tissus sains, à l’inverse, le
volume sanguin (VS) de la tumeur est inférieur au VS des tissus
sains. Ces mesures ont été vérifiées par analyse histologique après
injection de marqueurs fluorescents (Hoechst, Dextran-FITC). Grâce
à cette double approche nous avons mis en évidence des différences
entre les modèles dans la répartition des vaisseaux au sein de la
tumeur. Transférées en clinique, ces techniques d’analyse par IRM
pourraient déboucher sur l’application de thérapies plus
spécifiques et donc adaptées à chaque patient atteint de tumeur
cérébrale.
La thérapie antivasculaire cible tous les vaisseaux des tumeurs
établis ou en cours de formation. Les effets des petites molécules
développées pour détruire ces vaisseaux tumoraux, comme le dérivé
de combrestatine A4P ou le ZD6126 ont été étudiés par des
techniques d’imagerie de perfusion. L’interaction de ces molécules
avec la tubuline des cellules endothéliales se traduit par une
occlusion rapide des vaisseaux et une nécrose tumorale. La
cinétique et l’intensité de ce phénomène ont donc été étudiées par
mesure des changements du volume et du flux sanguin : en TEP
le marquage de l’eau par 15O, d’une demi-vie de 2
minutes seulement, permet la mesure du passage du sang dans les
tumeurs [45] ; en IRM la méthode Bold (blood oxygenation level
dependent) utilise la déoxyhémoglobine contenue dans les globules
rouges et confère un marquage des zones hypoxiques [46]. L’hypoxie
qui est liée à un déficit de vascularisation est généralement
associée à la progression tumorale et à une résistance à la
chimiothérapie. De nombreuses sondes, en TEP notamment, ont été
ainsi développées (18F-fluoro-misonidazole) ou sont en
cours de développement (18F-fluoro-etanidazole) pour
identifier les zones intratumorales dans lesquelles la tension en
oxygène est faible [30].
Mort cellulaire et résistance
L’IRM de diffusion quantifie les mouvements d’eau intra et
extracellulaires en mesurant le coefficient de diffusion apparent
(ADC) (( figure 3 )). Elle
semble aujourd’hui la méthode la plus adaptée pour mesurer
précocement l’activité cytotoxique des composés in vivo. Elle est
validée en clinique pour le diagnostic des ischémies cérébrales. La
valeur de ce coefficient dépend de la cellularité, de la pression
interstitielle, de l’état des membranes cellulaires et de la
répartition de l’eau dans les différents compartiments étudiés. Le
succès d’une chimiothérapie dépend des dommages causés aux cellules
cancéreuses avec pour conséquence une perte d’intégrité membranaire
(nucléaire et plasmique) et une réduction de la densité cellulaire
intratumorale. B. Ross et T. Chenevert ont utilisé la
mesure de ce paramètre par IRM de diffusion pour évaluer l’effet
antitumoral de la chimiothérapie (BCNU, CCNU, lomustine…) et de la
radiothérapie dans les modèles expérimentaux de gliomes [47]. La
validation clinique de ce marqueur est en cours.
Tout traitement antitumoral vise à induire la mort des cellules
cancéreuses et notamment par apoptose. Cette induction peut être
mise en évidence par mesure de la liaison de l’annexine V avec les
phosphatidylsérines membranaires lors du processus apoptotique. En
scintigraphie, la 99Tc-rh-annexine V a été utilisée pour
prédire des réponses objectives dans des modèles animaux de cancers
[48].
La résistance des tumeurs à la chimiothérapie est un problème
majeur rencontré en pharmacologie antitumorale. Parmi les types de
résistance les plus étudiés, le phénotype MDR est associé à la
surexpression de la Pgp membranaire qui expulse hors du cytoplasme
des cellules certaines molécules anticancéreuses comme le
paclitaxel ou la doxorubicine [49]. Malgré les échecs rencontrés en
clinique avec plusieurs agents modulateurs de la Pgp, cette voie
thérapeutique est toujours considérée. L’étude du caractère
fonctionnel de la protéine a été réalisée in vivo dans des modèles
animaux porteurs de tumeurs. Ainsi la distribution de deux
substrats de la Pgp, la 11C-daunorubicine et le
11C-vérapamil, a pu être mesurée grâce à la TEP dans le
cerveau de rats ou dans des tumeurs exprimant ou non le phénotype
MDR [50]. Le développement de modèles plus sophistiqués utilisant
des lignées MDR transfectées par le gène de la luciférase et la
coelenterazine comme substrat commun de la luciférase et de la Pgp
a été récemment publié [51]. Ce système permet d’envisager un
criblage in vivo des futurs modulateurs par bioluminescence.
Migration et trafic cellulaire
L’immunothérapie cellulaire utilisant des lymphocytes T
cytotoxiques (CTL) ou la transplantation allogénique de cellules
myéloïdes est une approche thérapeutique employée pour le
traitement des leucémies, carcinomes rénaux et mélanomes malins. La
principale difficulté réside dans l’évaluation de son efficacité.
Des méthodes de marquage par traceurs paramagnétiques, radioactifs
ou fluorescents ont été développées pour suivre in vivo le devenir
de cellules après leur injection dans l’organisme. Ainsi Kircher et
al. après marquage de lymphocytes T CD8+ par des complexes
nanoparticules de fer (CLIO) – Tat peptide, ont étudié par IRM leur
recrutement dans des tumeurs de mélanomes portées par des souris
C57Bl/6 [52]. Des approches similaires ont été développées en TEP
ou en imagerie optique, la luciférase permettant de suivre le
déplacement de cellules immunes transfectées. Quel que soit le
système utilisé, l’agent transfectant et l’agent transfecté ne
doivent pas être eux-mêmes dotés de propriétés immunogènes dans le
modèle étudié.
Les perspectives de l’imagerie moléculaire
L’imagerie moléculaire est une discipline nouvelle permettant la
caractérisation in vivo et la mesure de processus biologiques se
déroulant à l’échelle moléculaire et cellulaire [53]. Elle implique
l’utilisation de sondes, activables ou non au contact d’une cible,
et de systèmes rapporteurs pour suivre l’expression de gènes
endogènes ou exogènes in vivo. Parmi les multiples applications de
l’imagerie, c’est certainement dans ce dernier domaine que les
avancées les plus spectaculaires sont à attendre. La mesure de
l’expression génique in vivo utilise un gène et une sonde
rapporteurs. Le gène peut coder pour un récepteur ou une enzyme qui
modifie la sonde de telle manière que cette dernière se retrouve
bloquée dans la cellule. On retrouve souvent une association de la
thymidine kinase du virus de l’herpès (HSV1-tk) et des substrats
analogues du ganciclovir, déjà évalués en clinique humaine pour des
expériences de thérapie génique [54]. Ce système a été utilisé en
TEP pour suivre l’induction de la voie HIF1α dans des cellules de
gliomes U251 en conditions hypoxiques. L’activité
transcriptionnelle de HIF1α est alors associée à une augmentation
de l’activité thymidine kinase mesurée par la phosphorylation d’une
sonde nucléosidique (FIAU) dans les cellules. Cette approche, qui
n’a pour l’instant été développée qu’in vitro, a été testée par le
NCI pour le criblage d’inhibiteurs de la voie du facteur de
transcription HIF1α dans les cellules cancéreuses [55]. Le même
type de technique a été mis au point in vivo cette fois pour suivre
l’activité transcriptionnelle de P53 dans le modèle de xénogreffe
U87 chez le rat nude [56]. Ainsi, l’augmentation intratumorale du
traceur 124 I-FIAU a pu être corrélée à celle de la
protéine p21 après traitement des animaux par le BCNU. Plusieurs
modèles chez l’animal ont été développés sur ce principe et
associent des systèmes rapporteurs à l’étude d’interactions
protéines-protéines [57] ou l’interaction de petites molécules avec
des cibles pharmacologiques validées comme le récepteur des
œstrogènes [58] ou le protéasome [59].
Une meilleure caractérisation moléculaire des modèles de souris
transgéniques développant des cancers permettrait une utilisation
enfin adaptée à l’évaluation de composés antitumoraux. Le premier
exemple concerne la détection de cibles comme le récepteur HER2/neu
exprimé par 25 % des cancers mammaires. Artemov et al. ont
récemment décrit un système très efficace d’amplification du signal
en IRM fondé sur l’utilisation séquentielle d’un anticorps
monoclonal anti-HER2/neu biotinylé révélé par injection de Gd-DTPA
complexé à l’avidine [60]. Le deuxième exemple est un modèle très
sophistiqué puisqu’il relie le système CRE/Lox, responsable de
l’activation d’oncogènes dans des modèles de souris transgéniques,
à l’expression du gène de la luciférase in vivo. Le résultat est la
création d’un modèle de souris transgénique déclenchant des cancers
pulmonaires non à petites cellules sous la dépendance de l’oncogène
KRAS2V12, les tumeurs étant identifiables grâce à
l’expression de la luciférase dès le début de leur formation dans
les poumons [61]. L’intérêt de ce marqueur ayant déjà été démontré
sur des xénogreffes, il est probable qu’il facilitera le suivi de
la réponse aux traitements dans ce type de modèle de cancer
développé in situ.
La thérapie génique est une approche qui a bénéficié de l’essor
de la biologie moléculaire il y a une dizaine d’années. Malgré les
échecs enregistrés, quelques rares oligonucléotides antisens font
encore aujourd’hui l’objet d’études cliniques en cancérologie [62].
La plupart des oligonucléotides antisens candidats sont testés en
hématologie et ciblent des gènes impliqués dans la prolifération,
la transformation (bcr/abl, c-myc…) ou l’apoptose (bcl2). Les
échecs enregistrés sont principalement dus au comportement de ces
oligonucléotides antisens dans l’organisme sachant que leur
stabilité, leur affinité et leur capacité à traverser les membranes
sont particulièrement limitées. Les travaux de B. Tavitian
menés au laboratoire du CEA à Orsay consistent à synthétiser de
nouveaux oligonucléotides antisens et aptamères radiomarqués et à
les sélectionner sur la base de leurs propriétés pharmacocinétiques
et pharmacodynamiques mesurées par TEP [62]. Selon
B. Tavitian, cette approche associant des oligonucléotides à
l’imagerie TEP doit permettre d’atteindre un double objectif :
thérapeutique par la découverte d’agents possédant les qualités
requises pour être un médicament et validation de nouveaux
traceurs pour l’imagerie de l’expression des gènes.
Le transfert des techniques d’imagerie du stade préclinique à
la clinique : un modèle réussi de recherche
translationnelle ?
S’appuyant sur les dernières découvertes fondamentales, les efforts
d’investissements réalisés par les groupes pharmaceutiques se
concrétisent aujourd’hui par l’évaluation en clinique de plus de
350 nouvelles molécules anticancéreuses [63]. La stratégie de
développement de ces nouveaux agents qui sont pour beaucoup des
molécules spécifiques a largement évolué, faisant souvent appel à
l’imagerie biomédicale. Tous les participants aux derniers congrès
de cancérologie gardent en mémoire les images étonnantes obtenues
en TEP après injection de 18F-FDG aux premiers patients
atteints de tumeurs stromales digestives traités par le
Glivec® qui ont fait le tour du monde de la cancérologie
[64] !
Du côté des laboratoires, les pharmacologues conscients des
limites des modèles développés principalement chez la souris,
essaient de sélectionner les composés sur la base d’une approche
« pharmacologique intégrée » associant l’imagerie. Cette
approche prend plus largement en compte les notions de
pharmacodynamie (PD) permettant de relier la dose à un effet
biologique (modification biochimique) et à l’effet antitumoral
[13]. L’idée est de proposer aux cliniciens des agents dont le
potentiel d’activité pourra être déterminé plus tôt et plus
efficacement chez les patients. Il n’est pas question de donner de
faux espoirs de succès pour des composés peu actifs mais de
documenter au mieux les dossiers précliniques et de transférer des
méthodes ou des outils adaptés aux composés en clinique. Ces
efforts seront-ils couronnés de succès ?
Les premiers éléments de réponse viendront probablement des
essais cliniques de phases I et II réalisés avec les dérivés
anti-angiogéniques et antivasculaires cités plus haut. En effet
l’imagerie a été intégrée dès les premières phases de développement
de ces produits au laboratoire, permettant ainsi de déterminer des
marqueurs biologiques de leur activité in vivo (( figure 4 )). Deux
études cliniques de phase I ont été conduites avec le PTK787. L’IRM
de perfusion a été utilisée pour définir la dose biologiquement
efficace chez des patients porteurs de métastases hépatiques de
cancers colorectaux [65]. Le PTK787 a provoqué une diminution
significative du signal de l’agent de contraste Gd-DTPA dans les
tumeurs (40-60 % en fonction de la dose). Une relation très
claire a été établie entre la diminution de la constante de
transfert du Gd dans l’espace interstitiel (Ki) et la réponse
thérapeutique. Comme décrit précédemment, l’utilisation d’agents de
contraste macromoléculaires (Gadomer®,
Vistarem®, Sinerem®) devrait permettre
d’augmenter la spécificité de la mesure. Cependant, aucun de ces
agents de contraste n’est autorisé aujourd’hui pour une application
clinique. Une accélération du développement de sondes adaptées à
l’étude des nouveaux agents anticancéreux est donc souhaitable
[66]. Un deuxième sujet de réflexion concerne la quantification des
paramètres vasculaires mesurés car, aujourd’hui, aucun consensus de
modélisation pharmacologique n’a été adopté par les investigateurs.
L’étude citée plus haut est la première à valider chez l’homme des
résultats obtenus dans des modèles animaux avec le même composé, le
même appareillage (IRM), en appliquant la même méthodologie
(DCE-MRI) et le même agent de contraste (Gd-DTPA). Un travail de
validation et d’uniformisation des techniques apparaît
indispensable [67]. De la même façon, des méthodes de mesure de
captation du FDG dans les tumeurs basées sur des modèles
pharmacocinétiques existent en TEP. Ainsi la standardized uptake
value (SUV) est calculée et utilisée pour quantifier le transport
de FDG dans les tumeurs et donc la réponse aux traitements.
Dans le domaine du diagnostic et de la détection de cibles,
l’utilisation de sondes radiomarquées permet déjà de détecter en
clinique certaines tumeurs endocrines par exemple, à l’aide
d’analogues de la somatostatine comme
111In-D-Phe-DTPA-octréotide (Octreoscan®) et
le 99Tc-depréotide (Neotect®), tous deux
approuvés aux États-Unis et en Europe. À un stade moins avancé de
développement, il a été montré que des techniques de scintigraphie
conventionnelle pourraient également aider à définir le statut
hormonal de patientes atteintes de cancers du sein [68]. D’autres
sondes, peptides RGD radiomarqués ciblant
l’intégrine αV β3, ont aussi été
utilisées pour sélectionner des patients avant traitement par un
antagoniste de l’intégrine EMD-121974 [69]. C’est également le cas
du 99Tc-Sestamibi, agent utilisé en imagerie cardiaque
et par ailleurs substrat de la Pgp, lors de phases I pour
sélectionner des patients dont les tumeurs expriment le phénotype
MDR et tester l’efficacité d’inhibiteurs de la Pgp comme le VX710
[70]. La possibilité d’établir un profil de patients susceptibles
de répondre à une thérapie individualisée sera bientôt
envisageable. La biologie moléculaire et l’imagerie médicale seront
utilisées dans ce but. La mise à disposition de sondes servant à
quantifier les récepteurs sur un site tumoral et à enregistrer les
premiers effets du traitement sera bientôt réelle pour le
clinicien. Le transfert d’agents développés grâce aux modèles
animaux comme le 99Tc-rh-annexineV (apomate) sera utile
afin de connaître rapidement la réponse du patient au traitement et
peut-être envisager d’autres options thérapeutiques [71].
De nombreuses publications ont démontré que les paramètres
pharmacocinétiques pouvaient être suivis par imagerie sur le même
animal par marquage direct de l’agent thérapeutique avec un atome
isotopique détectable par SRM, TEP ou SPECT. Dans ce cas, après
injection de doses infra et sub-toxiques, on peut suivre la
cinétique du composé, évaluer sa distribution ainsi que le temps
d’exposition de la tumeur et des tissus sains, et enfin ses voies
d’élimination. À titre d’exemple, les paramètres pharmacocinétiques
cliniques après radiomarquage d’agents thérapeutiques comme le
13N-cisplatine, le 18F-5FU, le
11C-BCNU, le 11C-DACA, le
11C-témozolomide ou le 124I-VG76e ont été
analysés [30]. Malheureusement, le radiomarquage de médicaments
candidats est souvent complexe, le développement et la validation
de cette étape de couplage radiochimique pouvant prendre jusqu’à 2
ans. De plus, le suivi dynamique in vivo du radio-isotope ne permet
pas de distinguer le composé parent de ses métabolites. La
« recherche translationnelle » pourrait ainsi aider au
développement clinique des médicaments. Pour finir, certains agents
thérapeutiques peuvent être évalués par SRM [72], produisant un pic
identifiable comme l’ifosfamide en spectroscopie du phosphore 31
(31P) ou comme le 5FU [73] et certaines prodrogues du
5FU telles que la capécitabine en spectroscopie du fluor 19
(19F). L’obtention d’un signal détectable par SRM
requiert cependant des concentrations tissulaires généralement
comprises entre 10 et 100 mM nécessitant alors
l’administration de doses trop élevées chez l’homme.
Comparativement, des concentrations de l’ordre du pM
(10-12) sont nécessaires pour la détection par TEP. De
ce fait, l’imagerie nucléaire (TEP, SPECT) reste le choix de
première intention pour déterminer les paramètres
pharmacocinétiques d’un agent thérapeutique.
L’imagerie médicale procure aujourd’hui la possibilité de
différencier les tumeurs bénignes des tumeurs malignes. Des
critères spécifiques (localisation, forme, prise de contraste) ont
été déterminés et validés par IRM clinique pour classifier en
grades les tumeurs cérébrales et les tumeurs mammaires [74, 75].
Ces techniques de gradation par imagerie ne sont toutefois pas
adoptées en routine clinique. Les techniques de perfusion ou de
diffusion peuvent être utilisées pour classer en grades certains
cancers de la prostate, difficiles à caractériser par IRM
conventionnelle et pour lesquels des méthodes invasives (biopsies)
sont les seules possibles [76]. La diversité des tumeurs et la
difficulté à définir des critères spécifiques de malignité limitent
cependant l’efficacité de l’imagerie pour la gradation tumorale.
Cette approche permet néanmoins au patient d’éviter un examen
invasif lors des phases de caractérisation de la maladie. La
thérapie est ainsi mieux acceptée et souvent plus efficace. Les
examens précliniques, grâce à l’IRM de perfusion, devraient
participer à l’amélioration de ces étapes de gradation
tumorale.
Conclusion
Les différents acteurs impliqués dans la découverte de nouveaux
médicaments seront tous d’accord sur deux points. Premièrement, les
progrès fantastiques réalisés dans le domaine de la génomique nous
ont permis d’accéder à de nouvelles cibles et donc à de nouvelles
voies thérapeutiques. Dans le même temps, les progrès
technologiques nous ont apporté des outils puissants pour étudier
au niveau moléculaire chez l’animal puis chez l’homme, l’activité
pharmacologique de nouveaux agents anticancéreux. La recherche et
le développement de ces futurs médicaments devraient être
théoriquement plus rationnels et moins empiriques, et déboucher sur
des résultats plus probants. Mais comme le soulignait
H. Newell lors du dernier congrès NCI-AACR-EORTC à Genève,
plus que jamais ce travail sera un travail d’équipe impliquant de
nouveaux acteurs comme les biophysiciens et biomathématiciens. La
montée en puissance de la « recherche translationnelle »
s’appuyant notamment sur les techniques modernes d’imagerie devrait
faciliter cette collaboration entre les acteurs impliqués dans
chacune des étapes du développement. La véritable nouveauté
provient de la possibilité de bâtir des équipes multidisciplinaires
qui pourront lorsqu’elles le souhaitent revenir dans le processus
de recherche pour répondre à une question précise posée lors du
développement du médicament. Une telle stratégie devrait nous
permettre d’optimiser les méthodes d’investigation des thérapies à
un stade encore précoce du développement clinique et éviter
d’allonger inutilement les phases d’évaluation de médicaments
inactifs. De plus, si elle s’avère efficace, cette approche devrait
procurer aux chercheurs une source d’information précieuse pour
concevoir puis améliorer les médicaments du futur.
Remerciements
Les auteurs remercient vivement l’ensemble des techniciens et
chercheurs d’Oncodesign pour leur implication dans la mise en place
des techniques d’imagerie au laboratoire. Les docteurs Chantal Rémy
et Amélie Lansiaux sont également remerciées pour leurs conseils
après relecture du manuscrit.
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