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Oncogenes and thyroid tumors


Bulletin du Cancer. Volume 92, Number 1, 37-43, Janvier 2005, Synthèse


Résumé   Summary  

Author(s) : Ludovic Lacroix, Jean Charles Soria, Jean Michel Bidart, Martin Schlumberger , Institut Gustave-Roussy, 94805 Villejuif Cedex.

Summary : Papillary thyroid carcinomas are characterized in 70 % of cases by the presence of either a RET/PTC rearrangement, or an activating point mutation of RAS or BRAF genes that induce a constitutive activation of the MAP kinase pathway. Follicular carcinomas are characterized by the presence of a RAS mutation or of a PAX8-PPARγ rearrangement. Inactivating mutations of the p53 gene are found only in anaplastic thyroid carcinomas.

Keywords : thyroid carcinoma, oncogen

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ARTICLE

Auteur(s) :, Ludovic Lacroix*, Jean Charles Soria, Jean Michel Bidart, Martin Schlumberger

Institut Gustave-Roussy, 94805 Villejuif Cedex

Article reçu le 2 Novembre 2004, accepté le 1 Decembre 2004

Les tumeurs primitives de la thyroïde se développent aux dépens soit des cellules folliculaires (les thyrocytes), soit des cellules C formant alors le cancer médullaire de la thyroïde.Les tumeurs d’origine folliculaire sont soit bénignes (adénomes), soit malignes ; les cancers différenciés ont une histologie papillaire, folliculaire ou à cellules de Hürthle (oncocytaire) ; le cancer indifférencié, ou anaplasique, est considéré comme une dédifférenciation d’une tumeur différenciée. La plupart des tumeurs thyroïdiennes d’origine folliculaire, bénignes ou malignes, sont monoclonales, suggérant que des anomalies génétiques sont responsables de leur survenue.Cette revue détaille les anomalies génétiques observées dans les tumeurs d’origine folliculaire [1].

Altérations géniques dans les tumeurs thyroïdiennes

Voies de transduction du signal

La thyreo-stimulating hormone (TSH) se lie à un récepteur membranaire qui active la voie de l’AMPc.

De nombreux récepteurs à activité tyrosine kinase activent plusieurs voies de signalisation dont la voie des MAP kinases et la voie de la phosphatidylinositol 3-kinase (PI3 kinase). Ces voies régulent la croissance cellulaire, la progression dans le cycle cellulaire et la mort cellulaire.

Plusieurs récepteurs à activité tyrosine kinase sont surexprimés dans les cancers de la thyroïde, notamment le récepteur du fibroblast growth factor (FGF), de l’epidermal growth factor (EGF), de l’hepatocyte growth factor (c-Met), du vascular endothelial growth factor (VEGF), de l’insuline et de l’insulin-growth factor 1 (IGF1). Le récepteur de l’EGF est en général exprimé dans les tumeurs différenciées de la thyroïde et sa surexpression est associée à un pronostic péjoratif. La surexpression de Her2/neu dans certains cancers papillaires est associée à la survenue de métastases.

Les protéines/sérine/thréonine kinases intracellulaires sont appelées mitogen-activated protein kinases (MAPK) ou extracellular signal-regulated kinases (ERK). Schématiquement, la cascade intracellulaire comprend le récepteur à activité tyrosine kinase, la protéine ras, la protéine raf qui phosphoryle et active la MAPK kinase MEK1/2 qui, à son tour, active les MAPK ERK1 et 2. ERK1 et 2 phosphorylent et activent plusieurs protéines qui régulent les protéines du cytosquelette, le métabolisme, la structure de la chromatine et l’expression de nombreux facteurs de transcription.

Le PI3 kinase phosphoryle le phospho-inositol qui peut activer des protéines comme la sérine/thréonine kinase Akt. Akt activée phosphoryle de multiples protéines, dont mTOR (mammalian target of rapamycin) qui stimule la progression dans le cycle cellulaire et la croissance cellulaire. Le gène suppresseur de tumeur PTEN (phosphatase and tensin homolog) peut déphosphoryler les lipides phosphorylés par la PI3K kinase, ce qui inhibe Akt.

Oncogène RET/PTC

Le protooncogène RET est situé sur le chromosome 10q11-2 [1, 4]. Il code pour un récepteur membranaire à activité tyrosine kinase pour une famille de ligands, dont le glial cell-line derived neutrophilic factor (GDNF). Il active notamment la voie des MAP kinases. Le gène activé a été mis en évidence dans les cancers papillaires et a été appelé RET/PTC (papillary thyroid carcinoma). Toutes les formes activées sont la conséquence d’un réarrangement chromosomique dans lequel le fragment C-terminal de RET est fusionné avec le domaine 5’ d’un autre gène. Ce gène étant exprimé de manière constitutive, le gène RET/PTC réarrangé va lui aussi être exprimé ; il possède des domaines responsables d’une dimérisation et donc d’une activation permanente de RET ; enfin, la protéine chimère ne possède pas de domaine extracellulaire ni transmembranaire et est localisée dans le cytosol. Trois formes principales de réarrangement RET/PTC ont été mises en évidence :
  • RET/PTC1, formé par un réarrangement intrachromosomique qui fusionne le domaine tyrosine kinase de RET avec le gène H4 ;
  • RET/PTC2, formé par un réarrangement interchromosomique avec un gène situé sur le chromosome 17 qui code pour la sous-unité RIα régulatrice de la protéine kinase A ;
  • RET/PTC3, formé par un réarrangement intrachromosomique avec le gène RFG/ELE1.

Les points de fusion de ces réarrangements sont situés dans la même région intronique de RET, entre les exons 11 et 12. Des réarrangements plus rares ont été décrits qui diffèrent soit par leur point de fusion, soit par leur gène partenaire.

Dans les cancers papillaires de l’adulte, en l’absence d’irradiation cervicale pendant l’enfance, la fréquence des réarrangements RET/PTC est de 2,5 à 35 %, selon les études. Cette fréquence est plus élevée dans les cancers papillaires des enfants survenus en l’absence d’irradiation cervicale antérieure et chez les sujets, enfants ou adultes, ayant été exposés aux rayonnements ionisants pendant l’enfance, aussi bien lors d’une irradiation externe que lors de la contamination survenue après l’accident de Tchernobyl. Les réarrangements RET/PTC sont trouvés chez 55 à 85 % de ces sujets [3]. Les réarrangements intrachromosomiques RET/PTC1 et RET/PTC3 sont les plus fréquents ; après l’accident de Tchernobyl, le réarrangement RET/PTC3 est le plus fréquent dans les cancers papillaires agressifs survenus précocement, le réarrangement RET/PTC1 étant le plus fréquent dans les formes classiques de cancer papillaire survenues plus tardivement. De plus, ces réarrangements RET/PTC ont été mis en évidence dans 45 % des adénomes folliculaires survenus après irradiation cervicale pendant l’enfance.

La présence de réarrangements RET/PTC dans les microcancers papillaires suggère qu’il s’agit d’un événement précoce de la tumorogenèse thyroïdienne. La transfection de RET/PTC provoque une dédifférenciation et permet une croissance tumorale indépendante de la TSH. Les souris transgéniques pour lesquelles l’expression de RET/PTC est ciblée dans la thyroïde développent des cancers papillaires. L’irradiation in vitro de cellules thyroïdiennes ou de thyroïdes fœtales provoque des réarrangements RET/PTC. La survenue fréquente de réarrangements RET/PTC lors d’une irradiation est favorisée par la proximité spatiale des gènes partenaires (RET et H4) pendant l’interphase, ce qui donne naissance au réarrangement RET/PTC1. Les points de cassure des gènes RFG/ELE1 et RET qui résultent dans la formation de RET/PTC3 sont compatibles avec une cassure double brin, suivie d’une recombinaison réciproque illégitime. Ces données suggèrent que les radiations ionisantes peuvent provoquer directement un réarrangement RET/PTC et ainsi provoquer le processus tumoral. Il est possible que des cassures double brin suivies de recombinaisons soient fréquentes dans les cellules folliculaires des jeunes enfants et que l’irradiation ne fasse qu’augmenter cette tendance.

Oncogènes TRK et MET

Le protooncogène TRK est situé sur le chromosome 1 (1q21). Il code pour un récepteur membranaire à activité tyrosine kinase dont le ligand est le nerve growth factor (NGF). Il est activé par réarrangement chromosomique dans lequel le fragment C-terminal de TRK est fusionné avec le domaine 5’ d’un autre gène. Le gène partenaire, qui est exprimé de manière constitutive, provoque l’expression permanente du réarrangement sous une forme activée. Les réarrangements TRK sont présents dans 0 à 10 % des cancers papillaires spontanés ou survenus après irradiation cervicale.

Le protooncogène MET code pour un récepteur membranaire à activité tyrosine kinase dont le ligand est l’hepatocyte growth factor (HGF) ou scatter factor (SF). HGF-SF est un puissant mitogène pour les cellules épithéliales qui favorise la motilité cellulaire et l’invasion tumorale. Le protooncogène MET est surexprimé dans 50 % des cancers papillaires, alors que son expression est diminuée dans les autres formes histologiques de cancers de la thyroïde.

Oncogènes RAS et B-RAF

Des mutations activatrices des oncogènes RAS et B-RAF provoquent l’activation permanente de la voie des MAP-kinases [2].

Les mutations ponctuelles des gènes RAS ont été mises en évidence dans 30 à 40 % des cancers folliculaires et dans 20 % des adénomes folliculaires [2, 6]. Elles sont rares dans les cancers papillaires, hormis dans le variant folliculaire où elles sont fréquentes. Les trois gènes RAS (H, K et N) peuvent être activés. La mutation N-RAS dans le codon 61 est la plus fréquente. L’activation de l’oncogène RAS provoque une dédifférenciation des thyrocytes de manière dose-dépendante [7]. Les mutations RAS sont trouvées avec une fréquence identique dans les tumeurs spontanées et dans celles survenues après exposition aux radiations ionisantes pendant l’enfance.

Les mutations activatrices de B-RAF ont été mises en évidence dans environ 40 % (29 à 69 %) des cancers papillaires de l’adulte, mais n’ont pas été trouvées dans les autres types histologiques de tumeurs différenciées de la thyroïde (tableau 1( Tableau 1 )). Elles sont rares dans le variant folliculaire des cancers papillaires et dans les cancers papillaires de l’enfant survenus soit spontanément, soit après irradiation cervicale. Parmi la trentaine de mutations décrites dans le domaine kinase, la mutation V600E (valine → glutamine) est la plus fréquente dans la thyroïde. Elle correspond à la substitution d’une thymine par une adénine en position 1799 dans l’exon 15 de BRAF (anciennement T1796A ou V599E). Les mutations de l’exon 11 sont rares dans la thyroïde. Dans les cancers papillaires, la présence d’une mutation RAS, B-RAF ou d’un réarrangement RET/PTC est exclusive et une de ces mutations est présente dans environ 70 % de ces tumeurs. La mutation B-RAF est présente dans les microcancers papillaires de la thyroïde ; elle représente donc une étape précoce de la tumorogenèse. Elle est présente dans des cancers plus agressifs, dont le stade est avancé au diagnostic et dont la transformation en cancer anaplasique est possible. Les souris transgéniques pour lesquelles l’expression de B-RAF muté est ciblée dans la thyroïde développent des cancers papillaires agressifs qui peuvent se transformer en cancer anaplasique [8].
Tableau 1 Études de BRAF dans les tumeurs thyroïdiennes [12-27]

Études

Histologies

Autres tumeurs

CP

CF

AF

CA et CP peu différenciés

Kimura, 2003

28/78 (36 %)

0/10

0/14

-

Adénomes oncocytaires (0/12)

Cancers oncocytaires (0/13)

Cohen, 2003

24/35 (69 %)

0/13

0/20

-

Cancers oncocytaires (cancers 0/3)

CMT (0/3)

Soares, 2003

23/50 (46 %)

0/18

1*/51

-

Goitre nodulaire (0/23)

(*mutation K601E)

Xu, 2003

21/56 (38 %)

-

0/18

-

Goitre nodulaire (0/6)

Namba, 2003

49/170 (29 %)

0/11

0/20

2/6 (33 %)

Fukisima, 2003

40/76 (53 %)

0/8

-

0/7

CMT (0/9)

Nikiforova, 2003

45/119 (38 %)

0/32

0/46*

5/45 (11 %)

Goitre nodulaire (0/65) ; CMT (0/13)

*adénomes oncocytaires inclus avec les adénomes

Trovisco, 2004

45/124 (36 %)

-

-

-

Xing, 2004

17/38 (45 %)

0/14

0/43

5/10 (20 %)

Goitre nodulaire (0/11),

CMT (0/14)

Cohen, 2004

36/95 (38 %)

-

-

-

Puxeddu, 2004

24/60 (40 %)

0/5

0/6

0/1

Begum, 2004

-

-

-

8/16 (50 %)

Fuggazzola, 2004

18/56 (32 %)

0/5

0/21

0/4

Frattini, 2004

19/60 (32 %)

-

-

-

Lima, 2004

-

-

1/11

-

4/34 (12 %) CP radio-induits (Tchernobyl)

1/17 (6 %) CP < 18 ans (USA)

Kumagai, 2004

-

-

-

-

8/48 (17 %) CP radio-induits (Tchernobyl)

1/31 (3 %) CP < 15 ans (Japon)

Au total

39 % de cancers papillaires (412/1059),

25 % des cancers anaplasiques et papillaires peu différenciés (20/79)

Réarrangement PAX8-PPARγ1

Une translocation t(2 ; 3)(q13 ; p25) a été récemment caractérisée dans les cancers folliculaires [5]. Dans le gène chimérique, la séquence nucléotidique du gène Pax8 (2q13) est en phase avec celle de l’isoforme 1 du gène PPARγ (3p25). Pax8 (paired box 8) est un facteur de transcription intervenant dans l’ontogenèse thyroïdienne et dans la régulation de l’expression de plusieurs gènes spécifiques de la thyroïde. PPARγ (peroxisome proliferator-activated receptor gamma) est un facteur de transcription appartenant à la famille des récepteurs nucléaires d’hormones qui, en se dimérisant avec RXRα (retinoid X receptor alpha), modifie l’expression de gènes impliqués dans la régulation du métabolisme des lipides, de la réponse inflammatoire, de la différenciation, du contrôle du cycle cellulaire et de la tumorigenèse. La protéine de fusion issue du transcrit PAX8-PPARγ1 aurait un effet dominant négatif sur l’activité du facteur de transcription sauvage PPARγ1, ce qui augmenterait la croissance cellulaire et diminuerait l’apoptose. La translocation PAX8-PPARγ1 est présente dans environ 30 % (11 %-63 %) des cancers folliculaires (tableau 2( Tableau 2 )). Sa détection dans près de 10 % (0-55 %) des adénomes folliculaires souligne son importance lors des étapes précoces de la tumorigenèse. Cette translocation est absente dans le tissu thyroïdien normal, les cancers papillaires, les cancers à cellules de Hürthle et les cancers anaplasiques. La protéine est surexprimée en présence de la translocation, mais aussi dans certaines tumeurs sans transcrit chimérique détectable, laissant supposer l’existence d’autres partenaires de translocation pour PPARγ. La présence de la translocation n’est pas redondante avec les mutations RAS, fréquente dans les tumeurs folliculaires.
Tableau 2 Fréquence des réarrangements PAX8-PPARγ dans les tumeurs thyroïdiennes [5, 28-39]

Études

Histologie

Autres

CF

AF

CP

CA

GM

Kroll, 2000

5/8 (63 %)

0/20

0/10

-

0/10

Nikiforova, 2002

8/15 (53 %)

2/25 (8 %)

0/35

0/3

0/16

Adénomes oncocytaires (0/11)

Cancers oncocytaires (0/12)

Marques, 2002

5/9 (56 %)

2/16 (13 %)

0/9

0/4

0/2

Cheung, 2002

6/13 (46 %)

6/11 (55 %)

0/9

-

-

Cancers oncocytaires (0/4)

French, 2003

11/42 (29 %)

0/40

1/90

-

0/10

Cancers oncocytaires (1/30)

Dwight, 2003

13/34 (29 %)

1/40*(3 %)

0/90

0/13

-

*dont 20 adénomes atypiques

Nikiforova, 2003

13/39 (39 %)

1/23 (4 %)

-

-

-

Adénomes oncocytaires (0/13)

Cancers oncocytaires (0/19)

Aldred, 2004

2/19 (11 %)

1/35 (3 %)

-

-

-

Marques, 2004

6/24 (25 %)

6/36 (17 %)

0/38

0/11*

5/38

*Cancers peu différenciés

Cerutti, 2004

4/13 (31 %)

3/10 (33 %)

-

-

-

Hibi, 2004

0/6

0/12

-

-

0/12-

Normaux (0/12)

Série Japonaise

Nakabashi, 2004

4/12 (33 %)

3/12 (30 %)

0/23

0/3

0/5

Adénomes oncocytaires (0/3)

Cancers oncocytaires (0/4)

Lacroix, 2004

4/23 (17 %)

1/22 (5 %)

0/41

0/5

-

Adénomes oncocytaires (0/4)

Cancers oncocytaires (0/4)

Au total

31 % de cancers folliculaires (81/257)

9 % des adénomes folliculaires (26/302)

Mutation du récepteur pour la TSH (TSH-R) et de l’oncogène GSP

Ces mutations activent la voie de l’AMPc. Plusieurs mutations ponctuelles activatrices du TSH-R ont été mises en évidence dans les adénomes hyperfonctionnels, avec une fréquence comprise entre 10 et plus de 80 % selon les séries [9]. La plupart de ces mutations siègent au niveau ou à proximité de la troisième boucle transmembranaire, dans une région impliquée dans l’interaction du TSH-R avec la protéine Gs. De plus, une mutation activatrice du TSH-R a été mise en évidence dans les rares cancers folliculaires hyperfonctionnels, avec fixation importante de l’iode radioactif et thyrotoxicose.

Des mutations activatrices de l’un des deux codons critiques de la sous-unité α de la protéine Gs (appelée gsp) sont présentes dans 7 à 38 % des adénomes hyperfonctionnels. Le rôle de ces mutations est confirmé par l’étude des souris transgéniques chez qui l’expression de gsp est ciblée dans la thyroïde et qui développent des nodules thyroïdiens hyperfonctionnels.

Dans 40 % des adénomes hyperfonctionnels, aucune mutation de l’un de ces deux gènes n’a été mise en évidence et il est possible qu’une mutation existe au niveau d’un autre gène intervenant dans la voie de l’AMPc.

Une mutation gsp ou du TSH-R est présente dans 10 % environ des cancers folliculaires hypofonctionnels, dont l’activité adénylate cyclase basale est élevée, suggérant leur participation à la tumorigenèse thyroïdienne.

Autres anomalies

Les mutations inactivatrices du gène de la p53 sont présentes dans 22 à 83 % des cancers anaplasiques mais sont absentes des cancers différenciés papillaires et folliculaires. Cela suggère que l’inactivation du gène de la p53 est un événement clé dans le processus de dédifférenciation aboutissant aux cancers anaplasiques. À l’inverse, la protéine Bcl2 est exprimée dans les cancers différenciés mais est absente des cancers anaplasiques.

Les mutations du gène APC (adenomatous polyposis colonic) contribuent au développement des cancers papillaires de la thyroïde en cas de polypose colique familiale, mais ont probablement un rôle restreint en cas de cancer papillaire sporadique. Le rôle des anomalies du gène PTEN est hypothétique.

De nombreuses anomalies de contrôle du cycle cellulaire ont été décrites dans les tumeurs thyroïdiennes. Elles impliquaient, entre autres, des hyperméthylations du promoteur de p16ink4, des surexpressions de la cycline D1 ou des mutations de Rb [10, 11].

Plusieurs conclusions peuvent être déduites de ces études :

  • En l’absence d’irradiation cervicale pendant l’enfance, les altérations des récepteurs membranaires à activité tyrosine kinase (RET/PTC, TRK, MET) sont présentes uniquement dans les cancers papillaires ; après irradiation, les réarrangements RET/PTC sont plus fréquents dans les cancers papillaires et ont été mis en évidence dans des adénomes. La surexpression de MET pourrait être un événement secondaire. Les mutations de RAS et de BRAF interviennent dans la voie des MAP kinases qui transduit le signal à partir des récepteurs membranaires. Ces mutations sont exclusives et sont trouvées dans 70 % des cancers papillaires de la thyroïde.
  • Les mutations activatrices des gènes RAS sont présentes dans 20 à 40 % des tumeurs folliculaires bénignes et malignes et sont considérées comme un événement précoce de la tumorigenèse folliculaire. De plus, l’instabilité génétique induite par les mutations RAS pourrait faciliter la survenue d’autres anomalies qui sont nécessaires à la progression tumorale et à la détermination du type histologique.
  • Les translocations PPARγ/PAX8 sont présentes uniquement dans les tumeurs folliculaires bénignes et malignes et ont vraisemblablement un rôle important dans la tumorigenèse folliculaire.
  • Les mutations ponctuelles activatrices des gènes du TSH-R et de la protéine Gαs sont présentes dans 60 % des adénomes hyperfonctionnels ; leur rôle dans la survenue des nodules hypofonctionnels n’est pas établi.
  • Les mutations du gène de la p53 ne sont présentes que dans les cancers peu différenciés ou anaplasiques ; elles ont un rôle essentiel dans la transformation anaplasique.
  • Les altérations de plusieurs gènes sont observées dans moins de 5 % des tumeurs. Cette faible fréquence suggère un rôle alternatif de ces anomalies dans la tumorigenèse épithéliale.

D’autres anomalies peuvent avoir un rôle important dans la tumorigenèse. Des anomalies de la méthylation de l’ADN peuvent modifier l’expression de certains gènes. Le rôle de la télomérase est mal connu.

Ces anomalies s’accompagnent de modifications de l’expression des gènes fonctionnels de la thyroïde, notamment du symporteur de l’iode (le NIS) et de la peroxydase, en accord avec la diminution de la fixation d’iode observée dans ces tumeurs. Les mécanismes qui provoquent la diminution de l’expression de ces gènes sont encore mal connus et passent probablement par une inactivation des facteurs de transcription spécifiques de la thyroïde.

Plusieurs auteurs proposent, à partir des différentes anomalies décrites dans les tumeurs thyroïdiennes, des modèles de tumorigenèse (( figure 1 )). Les événements précoces sont associés à la présence de mutations RAS, BRAF ou de translocations RET/PTC, NTRK, PAX8-PPARγ en fonction du type histologique. L’évolution vers le cancer est associée à l’accumulation d’événements secondaires complémentaires à ces anomalies. Les candidats sont nombreux, entre autres : p16ink4 cycline D1, Rb, MET, PTEN, Akt, BCL2. L’ultime étape de la progression serait le cancer anaplasique fortement lié à la présence de mutations du gène suppresseur de tumeur p53.

D’autres anomalies génétiques, suggérées par des anomalies chromosomiques, peuvent également exister. Les études actuelles du transcriptome et du protéome vont rapidement accroître les connaissances dans ce domaine.

Applications diagnostiques et thérapeutiques

Applications diagnostiques

Le diagnostic des tumeurs de la thyroïde est histologique et les données décrites ci-dessus n’ont actuellement pas trouvé de place dans le diagnostic ou le pronostic de ces tumeurs. Il est permis d’espérer que, grâce aux méthodes de génomique à haut débit, de nouveaux marqueurs seront identifiés qui permettront notamment de mieux classer certaines tumeurs dont le diagnostic reste actuellement douteux.

Applications thérapeutiques

En revanche, ces données guident le développement de molécules dirigées contre des cibles prédéfinies.

Certains agents non spécifiques (analogues de l’acide rétinoïque, agents déméthylants tels que la 5-azacytidine et la 5-aza-2’-deoxycytidine, inhibiteurs de l’histone déacétylase tels que l’acide superoylanilide hydroxamique) visent à réexprimer les gènes impliqués dans le métabolisme de l’iode dans la thyroïde. C’est le cas du symporteur de l’iode, dont l’expression est fortement diminuée dans la plupart des cancers. Cette approche fonctionnelle devrait permettre de mieux traiter ces patients par l’iode 131.

Les nouvelles approches thérapeutiques visent à développer des composés capables de bloquer des cibles moléculaires identifiées comme jouant un rôle clé dans le processus oncogénique. Cela est le cas des inhibiteurs des récepteurs membranaires à activité tyrosine kinase, incluant les anticorps monoclonaux dirigés contre l’EGF-R ou contre Her2/neu et des petites molécules dirigées contre le domaine tyrosine kinase de EGF-R. De la même manière, des inhibiteurs des protéines de la voie des MAP kinases, incluant des inhibiteurs de l’activité tyrosine kinase de RET, des inhibiteurs de la farnésyltransférase (FTI) — qui prévient la translocation de la protéine ras activée à la membrane cytoplasmique — de B-RAF ou de MEK sont en cours d’étude dans les cancers papillaires de la thyroïde. Enfin, d’autres agents sont également en cours de développement : analogues de la rapamycine qui inhibent mTOR et ainsi la voie PI3K-Akt, inhibiteurs de Hsp 90, la heat shock protein de 90 kD, molécule chaperon impliquée dans l’activation et la stabilisation de raf1 et de Akt (geldanamycine et son dérivé le 17-N-allyl-amino-17-deméthoxy-geldanamycin ou 17-AAG). Finalement, l’intérêt se porte aussi sur les molécules destinées à interférer avec certains processus tels que l’angiogenèse ou l’apoptose.

Références

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3 Williams ED. Cancer after nuclear fallout : lessons from the Chernobyl accident. Nature Rev 2002 ; 2 : 543-9.

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