ARTICLE
Auteur(s) :, Stéphane
Vignot1, Jean-Philippe Spano2
1Service d’oncologie médicale, Hôpital Saint-Louis, 1
avenue Claude-Vellefaux, 75010 Paris
2Service d’oncologie médicale, Hôpital
Pitié-Salpêtrière, 47-83 boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris
Article reçu le 16 Decembre 2004, accepté le 31 Mars 2005
L’anémie associée aux pathologies néoplasiques est d’origine
multifactorielle (syndrome inflammatoire, saignement, carence
nutritionnelle, toxicités des traitements…) [1, 2]. Sa prévalence
diffère toutefois entre les différentes localisations tumorales
[3], avec des implications pronostiques ou thérapeutiques plus ou
moins marquées. Les cancers colorectaux présentent en général une
anémie au diagnostic, en particulier du fait de la fréquence des
saignements digestifs bas, occultes ou extériorisés. Les
implications pronostiques de l’anémie sont étroitement liées aux
indications transfusionnelles qui peuvent en découler, pour la
chirurgie des tumeurs localisées mais également pour les résections
de métastases hépatiques, justifiant une réflexion particulière.
Anémie révélatrice d’un cancer colorectal
L’anémie associée aux cancers colorectaux est le plus souvent
chronique, microcytaire ferriprive, due à un saignement tumoral,
occulte ou extériorisée a minima. Une composante inflammatoire peut
participer à son installation, en particulier en cas de tumeur
d’emblée métastatique, de nécrose ou d’infection tumorale. Sur le
plan sémiologique, un saignement du côlon ascendant peut entraîner
un méléna, même s’il a plus fréquemment une origine digestive haute
ou provient du grêle. Classiquement, les saignements d’origine
colique sont responsables d’une coloration brune des selles (à
distinguer du méléna) ou, en cas de tumeur distale, et a fortiori
rectale, de rectorragies. Les tumeurs du côlon droit sont plus
régulièrement associées à une anémie tandis que celles du côlon
gauche se présentent plus communément par des troubles fonctionnels
intestinaux. La majorité des cancers du rectum est diagnostiquée
suite à un saignement rectal ou à la découverte de sang
occulte dans les selles [4]. Chez les patients non opérables,
la prise en charge de ces saignements tumoraux chroniques repose
sur des techniques endoscopiques (laser, électrocoagulation) ou,
dans de rares situations, sur la radiologie interventionnelle ou la
radiothérapie.
Les tumeurs colorectales, qui se manifestant essentiellement par
des rectorragies, sont plus rarement responsables d’anémie aiguë.
En cas de saignement actif, la coloscopie permet d’obtenir un
diagnostic étiologique (74 à 82 % des cas) [5] mais elle peut
être difficile à mettre en œuvre en urgence. L’artériographie avec
embolisation sélective permet de juguler un saignement tandis
qu’une intervention chirurgicale en urgence peut s’imposer,
potentiellement avant même toute confirmation du diagnostic mais
elle devra alors veiller à rester carcinologiquement adaptée.
La présence d’un cancer du côlon ou du rectum reste l’hypothèse
principale devant une anémie ferriprive ou un saignement digestif
bas, justifiant une exploration endoscopique [6]. Les principaux
diagnostics différentiels dans ce contexte [7] méritent cependant
d’être signalés (tableau 1( Tableau 1
)), même s’ils ne doivent pas faire réfuter l’hypothèse d’une
néoplasie digestive.
Des tests de dépistage du sang dans les selles (type
Hémoccult®) ont été développés, parfois utilisés dans le
cadre du bilan des anémies ferriprives, permettant certes
d’orienter vers un saignement digestif bas mais n’apportant aucune
indication sur l’étiologie précise. La recherche de sang occulte
dans les selles pourrait également participer à des stratégies de
dépistage du cancer colique, permettant alors un diagnostic précoce
associé à un meilleur pronostic [8], même si cette approche reste
actuellement controversée [9-12]. Depuis peu, dans le cadre des
programmes de dépistage du cancer colorectal, un test est proposé
en France à la population âgée de plus de 50 ans.
Tableau 1 Principaux diagnostics différentiels des
saignements digestifs bas occultes ou extériorisés
|
Masse tissulaire
- • carcinome (toute localisation)*
- • adénome de plus de 1,5 cm
|
|
Inflammation
- • ulcères et ulcérations (toutes localisations)*
- • œsophagite*
- • gastrites et duodénites aiguës
- • syndrome de Mallory-Weiss
- • colite inflammatoire (maladie de Crohn, rectocolite
hémorragique…)
- • colite non spécifique
- • maladie cœliaque
- • ulcère cæcal idiopathique
|
|
Anomalies vasculaires
- • angiodysplasie colique*
- • hémorroïde*
- • hémangiome
- • malformation vasculaire de Dieulafoy
- • lésions liées à une hypertension portale
(gastropathies et colopathies)
|
|
Infections
- • tuberculose entérocolique
- • amibiase
- • autres parasitoses (ascaris, ankylostome,
trichocéphale, anguillule)
|
|
Autres causes
- • diverticulose colique
- • ulcération rectale traumatique
- • fissure anale
- • hémoptysie
- • saignements oropharyngés
|
|
Facteurs favorisants
- • anti-inflammatoires non stéroïdiens
- • anticoagulants
|
Anémie et cancer colorectal localisé
Prévalence
L’anémie ferriprive est donc un mode de révélation classique mais
inconstant des cancers colorectaux. La proportion de patients jugés
anémiques dépend évidemment des critères hématologiques définis.
Ainsi, en considérant un taux d’hémoglobine inférieur à
9,5 g/dL, Twine et Morris rapportent une prévalence de
46 % sur 50 patients étudiés [13] Pour Fass et al. [14],
l’anémie, définie par un hématocrite inférieur à 30 %,
concerne 32 % des patients atteints de cancer colorectal (111
patients). En fixant la limite du taux d’hémoglobine à
12 g/dL, la prévalence de l’anémie augmente fortement jusqu’à
66 % (sur 76 patients) [15]. Une publication de Dunne et al.
[16] permet de préciser sur 311 patients la prévalence de l’anémie
préopératoire (définie ici par un hématocrite inférieur à
36 %) selon la localisation tumorale, confirmant une plus
grande fréquence pour les tumeurs du côlon droit (tableau 2( Tableau 2 )). La prévalence de l’anémie
augmente également en analyse multivariée avec l’âge et le stade
tumoral [17, 18].
Tableau 2 Prévalence de l’anémie (hématocrite inférieur
à 36 %) dans une série de 311 patients atteints d’un cancer
colorectal localisé D’après Dunne et al. [16]
|
Localisation
|
Nombre de patients (%)
|
Prévalence de l’anémie
|
|
Côlon droit
|
146 (47 %)
|
58 %
|
|
Côlon gauche
|
106 (34 %)
|
42 %
|
|
Rectum
|
59 (19 %)
|
30 %
|
|
Total
|
311 (100 %)
|
47 %
|
Un facteur pronostique ?
Lors de la prise en charge d’un cancer colorectal localisé,
l’identification de facteurs pronostiques est évidemment un enjeu
majeur dans la stratégie de décision des traitements adjuvants.
Dans ce contexte, et avant l’avènement des études moléculaires, la
valeur pronostique du taux d’hémoglobine au diagnostic, test simple
et peu coûteux, a été évaluée par plusieurs travaux mais il semble
maintenant que le niveau d’anémie au diagnostic ne soit pas un
facteur pronostique indépendant pour la survie, tous stades
confondus [19-23].
Chirurgie initiale et transfusion
Si la valeur du taux d’hémoglobine au diagnostic ne semble pas
présenter d’intérêt pronostique sur les paramètres de survie,
l’analyse de populations de patients pris en charge pour un cancer
colorectal localisé a permis de mettre en évidence l’importance
pronostique des transfusions hétérologues lors de la chirurgie
initiale, même si ces données restent contestées. En 1985, Foster
et al. [24] ont décrit sur une population de 146 patients opérés
pour un cancer du côlon, dont 65 (45 %) ont été transfusés en
peropératoire, une augmentation significative (RR = 2,3) du risque
de décès chez les patients transfusés versus non transfusés (p =
0,05) après ajustement sur le stade, la localisation et le taux
d’hémoglobine préopératoire. Ces données ont été confirmées par
plusieurs publications ultérieures, dont les plus importantes
avaient inclus 1 051 patients pour une série américaine [25] et
1 050 pour une série allemande [26] opérés d’un carcinome
colorectal. L’analyse multivariée montrait alors une diminution de
la survie des patients ayant été transfusés (respectivement p <
0,004 et p = 0,0857). Toutefois, ces publications ont porté
sur des travaux rétrospectifs. Quatre études prospectives publiées
entre 1993 et 2000 n’ont pas retrouvé de lien
statistiquement significatif entre les transfusions peropératoire
et la survie, remettant sérieusement en cause cette valeur
pronostique [27-30]. L’un de ces travaux retrouvait cependant une
valeur pronostique négative dans le groupe des patients atteints
d’une tumeur de stade C de Dukes (ou stade III) [29]. Les
principales publications sont présentées dans le tableau 3( Tableau 3 ).
Malgré les réserves mentionnées ci-dessus, il reste important de
considérer les risques liés aux transfusions peropératoires lors de
la chirurgie des cancers colorectaux localisés. Le possible impact
négatif sur la survie pourrait s’expliquer par une influence du
stade tumoral, mais les analyses multivariées semblent infirmer
cette hypothèse. Le rôle immunomodulateur des transfusions a par
contre été incriminé. Ainsi, même si cette donnée a été là encore
discutée [35], le risque d’infection postopératoire semble
effectivement augmenté chez les patients transfusés par rapport aux
patients non transfusés, indépendamment du stade [36-38]. Les
patients recevant des transfusions hétérologues présentent une
diminution de leur taux de lymphocytes natural killer (NK) ainsi
qu’une diminution du rapport lymphocytes T4/T8 [39, 40]. Cet effet
persiste durant la première année après transfusion. Des
expériences sur modèles animaux (xénogreffe) ont par ailleurs mis
en évidence une accélération de la croissance tumorale après
injection sanguine allogénique [41]. L’immunomodulation
post-transfusionnelle pourrait-elle participer à une augmentation
du risque de récidive tumorale pour les cancers colorectaux ?
C’est pour tenter de répondre à cette question que plusieurs études
ont évalué le lien potentiel entre transfusion peropératoire et
survie sans récidive après chirurgie d’un cancer localisé, en
complément des travaux sur la survie globale présentés ci-dessus.
Ainsi, dès 1985 également, Blumberg et al. [42] ont retrouvé, dans
une étude rétrospective, une diminution significative de la survie
sans récidive associée aux transfusions peropératoires sur une
population de 197 patients (dont 56 transfusés). L’importance
pronostique des transfusions sur le risque de récidive a été
retrouvée par Busch et al. [43] en 1993 sur 475 patients mais
d’autres études n’ont pas confirmé cette relation (tableau 4( Tableau 4 )). Une méta-analyse a été publiée
en 1998, regroupant 32 articles (dont 9 études prospectives)
incluant 11 071 patients [44]. Vingt publications décrivent un
effet négatif de la transfusion. Sur les 19 études présentant une
analyse multivariée, 11 confirment que la transfusion est un
facteur pronostique indépendant négatif pour la survie sans
récidive. Ainsi, l’excès de risque de récidive est estimé à 1,68
[1,54-1,83] pour les patients transfusés par comparaison aux
patients non transfusés. Cette augmentation de risque persiste
après classification selon le site tumoral et le stade.
Tableau 3 Influence des transfusions hétérologues sur
la survie globale des patients opérés pour un carcinome
colorectal
|
Valeur pronostique des transfusions hétérologues
|
Auteurs
|
Année
|
Nb
|
Réf.
|
|
Impact négatif
|
Foster et al.
|
1985
|
146
|
[24]
|
|
Corman et al.
|
1986
|
281
|
[31]
|
|
Onodera et al.
|
1989
|
592
|
[32]
|
|
Liewald et al.
|
1990
|
439
|
[33]
|
|
Donohue et al.
|
1995
|
1051
|
[25]
|
|
Wolters et al.
|
1996
|
1050
|
[26]
|
|
Pas d’influence
|
Sene et al.
|
1993
|
379
|
[27]
|
|
Sibbering et al.
|
1994
|
266
|
[28]
|
|
Garau et al.
|
1994
|
698
|
[29]
|
|
Steup et al.
|
1994
|
644
|
[34]
|
|
Mynster et al.
|
2000
|
740
|
[30]
|
Tableau 4 Influence des transfusions hétérologues sur
la survie sans récidive des patients opérés pour un carcinome
colorectal
|
Valeur pronostique des transfusions hétérologues
|
Auteurs
|
Année
|
Nb
|
Réf.
|
|
Impact négatif
|
Blumberg et al
|
1985
|
197
|
[42]
|
|
Beynon et al
|
1989
|
519
|
[45]
|
|
Busch et al
|
1993
|
475
|
[43]
|
|
Groupe Sakk
|
1997
|
450
|
[46]
|
|
Edna et al
|
1998
|
336
|
[47]
|
|
Chiarugi et al
|
2000
|
107
|
[48]
|
|
Pas d’influence
|
Steup et al
|
1994
|
644
|
[34]
|
|
Donohue et al
|
1995
|
1051
|
[25]
|
|
Mynster et al
|
2000
|
740
|
[30]
|
|
Burdy et al
|
2001
|
108
|
[49]
|
Comment limiter le risque transfusionnel ?
Le besoin transfusionnel péri-opératoire est directement corrélé au
niveau d’anémie préopératoire. Ainsi, un taux d’hémoglobine
préopératoire inférieure à 12,5 g/dL est un facteur de risque
significatif de transfusion (p < 0,0001) [50]. Dans cette
situation et devant l’existence d’un risque délétère potentiel lié
à la transfusion hétérologue, différentes stratégies ont été
proposées afin d’en limiter l’impact :
- – transfusion en culots globulaires déleucocytés :
l’action immunomodulatrice des transfusions hétérologues peut être
attribuée à la présence de leucocytes du donneur dans le culot. La
réalisation d’une déplétion leucocytaire permet de diminuer
significativement le taux d’infections postopératoires
[51] ;
- – transfusion homologue : un programme
d’autotransfusion permet non seulement de contrôler le risque
virologique associé à toute transfusion hétérologue mais aussi de
limiter l’immunomodulation induite [52]. Le bénéfice de cette
approche a été rapporté sur la diminution du risque d’infection
postopératoire [53] et du risque de récidive tumorale [54] pour des
patients transfusés avec du sang homologue ;
- – utilisation préopératoire d’érythropoïétine
recombinante humaine (r-HuEPO) : plusieurs travaux, présentant
différentes modalités de traitement par r-HuEPO, ont évalué cette
stratégie. Alors qu’une augmentation de l’hémoglobine est
habituellement observée, certaines études ne mettent pas en
évidence de différence significative sur le nombre de culots
globulaires transfusés durant la chirurgie (par rapport à un groupe
placebo) [55-57]. D’autres publications rapportent un bénéfice
significatif en termes de diminution du besoin transfusionnel
péri-opératoire [58, 59] (tableau 5( Tableau
5 )). Cette hétérogénéité peut s’expliquer par l’absence
dans certaines études de supplémentation martiale systématique qui
semble importante pour l’obtention d’une réponse optimale à
l’érythropoïétine chez ces patients fréquemment carencés au
diagnostic. L’apport peut être envisagé par voie orale ou plus
efficacement par voie veineuse [60]. Un traitement préopératoire
par r-HuEPO pourrait également faciliter le don de sang
préopératoire en vue d’une transfusion autologue [61]. Dans la
situation particulière du cancer du rectum traité par
radiochimiothérapie préopératoire, un traitement par r-HuEPO 250
UI/kg trois fois par semaine, associé à une supplémentation
martiale systématique, durant la période de traitement néoadjuvant
permet une diminution des apports transfusionnels peropératoires
[62].
Tableau 5 Utilisation préopératoire d’injections de
r-HuEPO
|
Études
|
Année
|
Patients (nb)
|
Type d’étude
|
Groupe r-HuEPO
|
Groupe témoin
|
Apport de fer
|
Augmentation de l’érythropoïèse
|
Diminution des transfusions
|
Réf.
|
|
Heiss et al.
|
1996
|
30
|
randomisé double aveugle
|
150 UI/kg tous les 2 j
|
placebo
|
non
|
oui
|
ns
|
[55]
|
|
de J–10 à J + 2
|
|
Braga et al.
|
1997
|
20
|
randomisé
|
doses variables
|
chirurgie immédiate
|
non
|
non évalué
|
ns
|
[56]
|
|
sans aveugle
|
de J–12 à J + 4 à 8
|
|
Kettelhack et al.
|
1998
|
102
|
randomisé double aveugle
|
20 000 UI/j
|
placebo
|
non
|
oui
|
ns
|
[57]
|
|
sur 10 J
|
|
Qvist et al.
|
1999
|
81
|
randomisé double aveugle
|
300 UI/kg à J - 4
|
placebo
|
oui
|
oui
|
oui
|
[59]
|
|
puis 150 UI/kg/j pendant 7 j
|
|
Kosmadakis et al.
|
2003
|
63
|
randomisé double aveugle
|
300 UI/kg/j
|
placebo
|
oui
|
oui
|
oui
|
[58]
|
|
de J–7 à J + 7
|
Anémie et cancer colorectal métastatique
La question des transfusions péri-opératoires se pose également
lors de la prise en charge de métastases hépatiques réséquables.
Cette chirurgie est particulièrement à risque hémorragique [63, 64]
et les transfusions hétérologues semblent là aussi avoir un impact
pronostique négatif, principalement en termes de complications
postopératoires [65].
Différentes interventions ont été envisagées pour limiter ce
risque transfusionnel. En premier lieu, des adaptations des
techniques opératoires et anesthésiques ont cherché à limiter le
risque hémorragique (section type clamp-cruch [66], hémodilution
isovolumique [67], diminution de la pression veineuse centrale
[68]). La question de l’autotransfusion s’est posée dans cette
situation, avec toutefois la réserve d’un risque de contamination
des poches de sang par des cellules tumorales. En pratique, cette
crainte semble rester théorique [69] et des travaux récents ont
démontré la faisabilité des approches d’autotransfusion, permettant
de diminuer les besoins peropératoires en produits sanguins
hétérologues [69, 70]. Des études complémentaires sont toutefois
nécessaires pour évaluer l’impact pronostique potentiel de cette
stratégie, aussi bien en termes de complications postopératoires
qu’en termes de survie globale ou spécifique.
Les principaux protocoles de chimiothérapie proposés en
traitement adjuvant ou en situation métastatique chez des patients
atteints de cancer colorectal présentent un faible risque anémique
(tableau 6( Tableau 6 )). Toutefois,
l’anémie peut devenir un problème dans l’évolution, du fait de
l’accumulation des lignes de chimiothérapie et de la progression
même de la maladie. La récidive locorégionale expose ainsi aux
risques de saignements digestifs et d’occlusion, pouvant participer
à des carences d’apport, tandis que la progression métastatique
hépatique peut entraîner une insuffisance hépatocellulaire
potentiellement à l’origine d’une hémodilution. Enfin, le syndrome
inflammatoire associé à l’évolutivité du cancer participe à la
physiopathologie de l’anémie à ce stade de la maladie.
La prise en charge de cette anémie doit donc reposer sur des
interventions visant à limiter les risques de saignement en cas de
récidive digestive (coagulation par voie endoscopique, embolisation
sous artériographie), sur un maintien des apports nutritionnels, en
particulier à la phase avancée de la maladie, et sur l’utilisation
d’érythropoïétine qui permet d’obtenir une augmentation
significative de l’hémoglobine, associée à une amélioration de la
qualité de vie [74-78]. Le traitement de l’anémie associée aux
cancers métastatiques est en effet essentiel afin d’améliorer le
confort des patients [79, 80]. Les effets délétères potentiels liés
à l’utilisation de r-HuEPO ne doivent cependant pas être négligés.
Le risque thromboembolique est augmenté chez les patients atteints
de néoplasie traités par r-HuEPO [81], potentiellement par action
directe sur les cellules endothéliales, favorisant ainsi des
signaux thrombogènes [82]. Concernant les relations entre anémie et
réponse tumorale, les données actuelles ne permettent pas de
définir un impact, négatif ou positif. En particulier, le rôle de
l’anémie ou des traitements par r-HuEPO dans la modulation de
l’efficacité de la radiothérapie des cancers du rectum a été peu
étudié, contrairement à d’autres localisations néoplasiques
[83-86]. Cette situation représente un bon modèle d’analyse de
l’influence de la correction de l’anémie par r-HuEPO sur la réponse
tumorale. Une étude chez des patients atteints de cancer du rectum
opérable et présentant une anémie au diagnostic pourrait ainsi être
instaurée avec administration de r-HuEPO durant la période de
radiochimiothérapie préopératoire et un objectif principal défini
par la réponse histologique évaluée au moment de la chirurgie. Au
stade métastatique, des résultats récemment présentés laissent
entrevoir une interaction potentielle entre anémie et réponse à la
chimiothérapie. Sur 394 patients présentant un cancer colorectal
métastatique traités par une chimiothérapie cytotoxique (protocoles
de type FuFol, Folfox ou Folfiri), le taux de réponse, évalué à 3
cycles, a été supérieur chez les patients non anémiques (p <
0,003) et ces patients ont présenté des paramètres de survie
significativement meilleurs, en survie sans progression
(13,0 mois versus 10,1 ; p < 0,002) et en survie
globale (27,6 mois versus 17,8 ; p < 0,0001) [87]. Ces
résultats préliminaires nécessitent bien entendu d’être confirmés
par des investigations supplémentaires
Tableau 6 Incidence des anémies pour les principales
chimiothérapies dans le cadre des cancers colorectaux
|
Protocole
|
Anémies grades 3 et 4 (%)
|
Réf.
|
|
5FU monothérapie
|
5
|
[71]
|
|
FuFol
|
3
|
[71]
|
|
Folfiri
|
10
|
[72]
|
|
Folfox
|
11
|
[73]
|
Conclusion
Les cancers colorectaux sont fréquemment associés à une anémie qui
peut alors être leur mode de révélation ; une attention
particulière est donc justifiée pour les saignements digestifs bas.
Les interventions chirurgicales au stade localisé ou lors des
résections de métastases hépatiques sont à haut risque
hémorragique. Plusieurs stratégies se sont développées afin de
limiter le risque transfusionnel, lié non seulement au risque
virologique mais peut-être également dans cette situation à un
effet immunomodulateur significatif. Le nombre de publications est
toutefois limité sur ce sujet et des études complémentaires restent
nécessaires pour définir précisément les relations entre
transfusion, immunosuppression et récidive tumorale. Au stade
métastatique, la prise en charge de l’anémie doit être assurée dans
l’optique de préserver la qualité de vie des patients.
Références
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