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Anemia and colorectal cancer


Bulletin du Cancer. Volume 92, Number 5, 432-8, Mai 2005, dossier thématique


Résumé   Summary  

Author(s) : Stéphane Vignot, Jean-Philippe Spano , Service d’oncologie médicale, Hôpital Saint-Louis, 1 avenue Claude-Vellefaux, 75010 Paris, Service d’oncologie médicale, Hôpital Pitié-Salpêtrière, 47-83 boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris.

Summary : Colorectal cancers are classically revealed by a low digestive bleeding, which can be occult or exteriorized. They commonly present anemia at the diagnosis leading to particular outcomes. Perioperative blood transfusions are frequently indicated for the treatment of localized tumors and for hepatic resection of metastatic lesions but transfusions seem to have a negative impact on prognosis by increasing infections and potentially recurrence. In this context, various strategies aim at limiting the transfusionnal risk (autologous transfusion, preoperative use of erythropoietin…). Anemia associated with advanced colorectal cancers provides the same interest as for any metastatic tumor, as quality of life of patients is correlated to the hemoglobin’s level.

Keywords : anemia, colorectal cancer

ARTICLE

Auteur(s) :, Stéphane Vignot1, Jean-Philippe Spano2

1Service d’oncologie médicale, Hôpital Saint-Louis, 1 avenue Claude-Vellefaux, 75010 Paris
2Service d’oncologie médicale, Hôpital Pitié-Salpêtrière, 47-83 boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris

Article reçu le 16 Decembre 2004, accepté le 31 Mars 2005

L’anémie associée aux pathologies néoplasiques est d’origine multifactorielle (syndrome inflammatoire, saignement, carence nutritionnelle, toxicités des traitements…) [1, 2]. Sa prévalence diffère toutefois entre les différentes localisations tumorales [3], avec des implications pronostiques ou thérapeutiques plus ou moins marquées. Les cancers colorectaux présentent en général une anémie au diagnostic, en particulier du fait de la fréquence des saignements digestifs bas, occultes ou extériorisés. Les implications pronostiques de l’anémie sont étroitement liées aux indications transfusionnelles qui peuvent en découler, pour la chirurgie des tumeurs localisées mais également pour les résections de métastases hépatiques, justifiant une réflexion particulière.

Anémie révélatrice d’un cancer colorectal

L’anémie associée aux cancers colorectaux est le plus souvent chronique, microcytaire ferriprive, due à un saignement tumoral, occulte ou extériorisée a minima. Une composante inflammatoire peut participer à son installation, en particulier en cas de tumeur d’emblée métastatique, de nécrose ou d’infection tumorale. Sur le plan sémiologique, un saignement du côlon ascendant peut entraîner un méléna, même s’il a plus fréquemment une origine digestive haute ou provient du grêle. Classiquement, les saignements d’origine colique sont responsables d’une coloration brune des selles (à distinguer du méléna) ou, en cas de tumeur distale, et a fortiori rectale, de rectorragies. Les tumeurs du côlon droit sont plus régulièrement associées à une anémie tandis que celles du côlon gauche se présentent plus communément par des troubles fonctionnels intestinaux. La majorité des cancers du rectum est diagnostiquée suite à un saignement rectal ou à la découverte de sang occulte dans les selles [4]. Chez les patients non opérables, la prise en charge de ces saignements tumoraux chroniques repose sur des techniques endoscopiques (laser, électrocoagulation) ou, dans de rares situations, sur la radiologie interventionnelle ou la radiothérapie.

Les tumeurs colorectales, qui se manifestant essentiellement par des rectorragies, sont plus rarement responsables d’anémie aiguë. En cas de saignement actif, la coloscopie permet d’obtenir un diagnostic étiologique (74 à 82 % des cas) [5] mais elle peut être difficile à mettre en œuvre en urgence. L’artériographie avec embolisation sélective permet de juguler un saignement tandis qu’une intervention chirurgicale en urgence peut s’imposer, potentiellement avant même toute confirmation du diagnostic mais elle devra alors veiller à rester carcinologiquement adaptée.

La présence d’un cancer du côlon ou du rectum reste l’hypothèse principale devant une anémie ferriprive ou un saignement digestif bas, justifiant une exploration endoscopique [6]. Les principaux diagnostics différentiels dans ce contexte [7] méritent cependant d’être signalés (tableau 1( Tableau 1 )), même s’ils ne doivent pas faire réfuter l’hypothèse d’une néoplasie digestive.

Des tests de dépistage du sang dans les selles (type Hémoccult®) ont été développés, parfois utilisés dans le cadre du bilan des anémies ferriprives, permettant certes d’orienter vers un saignement digestif bas mais n’apportant aucune indication sur l’étiologie précise. La recherche de sang occulte dans les selles pourrait également participer à des stratégies de dépistage du cancer colique, permettant alors un diagnostic précoce associé à un meilleur pronostic [8], même si cette approche reste actuellement controversée [9-12]. Depuis peu, dans le cadre des programmes de dépistage du cancer colorectal, un test est proposé en France à la population âgée de plus de 50 ans.
Tableau 1 Principaux diagnostics différentiels des saignements digestifs bas occultes ou extériorisés

Masse tissulaire

  • carcinome (toute localisation)*
  • adénome de plus de 1,5 cm


Inflammation

  • ulcères et ulcérations (toutes localisations)*
  • œsophagite*
  • gastrites et duodénites aiguës
  • syndrome de Mallory-Weiss
  • colite inflammatoire (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique…)
  • colite non spécifique
  • maladie cœliaque
  • ulcère cæcal idiopathique


Anomalies vasculaires

  • angiodysplasie colique*
  • hémorroïde*
  • hémangiome
  • malformation vasculaire de Dieulafoy
  • lésions liées à une hypertension portale (gastropathies et colopathies)


Infections

  • tuberculose entérocolique
  • amibiase
  • autres parasitoses (ascaris, ankylostome, trichocéphale, anguillule)


Autres causes

  • diverticulose colique
  • ulcération rectale traumatique
  • fissure anale
  • hémoptysie
  • saignements oropharyngés


Facteurs favorisants

  • anti-inflammatoires non stéroïdiens
  • anticoagulants


Anémie et cancer colorectal localisé

Prévalence

L’anémie ferriprive est donc un mode de révélation classique mais inconstant des cancers colorectaux. La proportion de patients jugés anémiques dépend évidemment des critères hématologiques définis. Ainsi, en considérant un taux d’hémoglobine inférieur à 9,5 g/dL, Twine et Morris rapportent une prévalence de 46 % sur 50 patients étudiés [13] Pour Fass et al. [14], l’anémie, définie par un hématocrite inférieur à 30 %, concerne 32 % des patients atteints de cancer colorectal (111 patients). En fixant la limite du taux d’hémoglobine à 12 g/dL, la prévalence de l’anémie augmente fortement jusqu’à 66 % (sur 76 patients) [15]. Une publication de Dunne et al. [16] permet de préciser sur 311 patients la prévalence de l’anémie préopératoire (définie ici par un hématocrite inférieur à 36 %) selon la localisation tumorale, confirmant une plus grande fréquence pour les tumeurs du côlon droit (tableau 2( Tableau 2 )). La prévalence de l’anémie augmente également en analyse multivariée avec l’âge et le stade tumoral [17, 18].
Tableau 2 Prévalence de l’anémie (hématocrite inférieur à 36 %) dans une série de 311 patients atteints d’un cancer colorectal localisé D’après Dunne et al. [16]

Localisation

Nombre de patients (%)

Prévalence de l’anémie

Côlon droit

146 (47 %)

58 %

Côlon gauche

106 (34 %)

42 %

Rectum

59 (19 %)

30 %

Total

311 (100 %)

47 %

Un facteur pronostique ?

Lors de la prise en charge d’un cancer colorectal localisé, l’identification de facteurs pronostiques est évidemment un enjeu majeur dans la stratégie de décision des traitements adjuvants. Dans ce contexte, et avant l’avènement des études moléculaires, la valeur pronostique du taux d’hémoglobine au diagnostic, test simple et peu coûteux, a été évaluée par plusieurs travaux mais il semble maintenant que le niveau d’anémie au diagnostic ne soit pas un facteur pronostique indépendant pour la survie, tous stades confondus [19-23].

Chirurgie initiale et transfusion

Si la valeur du taux d’hémoglobine au diagnostic ne semble pas présenter d’intérêt pronostique sur les paramètres de survie, l’analyse de populations de patients pris en charge pour un cancer colorectal localisé a permis de mettre en évidence l’importance pronostique des transfusions hétérologues lors de la chirurgie initiale, même si ces données restent contestées. En 1985, Foster et al. [24] ont décrit sur une population de 146 patients opérés pour un cancer du côlon, dont 65 (45 %) ont été transfusés en peropératoire, une augmentation significative (RR = 2,3) du risque de décès chez les patients transfusés versus non transfusés (p = 0,05) après ajustement sur le stade, la localisation et le taux d’hémoglobine préopératoire. Ces données ont été confirmées par plusieurs publications ultérieures, dont les plus importantes avaient inclus 1 051 patients pour une série américaine [25] et 1 050 pour une série allemande [26] opérés d’un carcinome colorectal. L’analyse multivariée montrait alors une diminution de la survie des patients ayant été transfusés (respectivement p < 0,004 et p = 0,0857). Toutefois, ces publications ont porté sur des travaux rétrospectifs. Quatre études prospectives publiées entre 1993 et 2000 n’ont pas retrouvé de lien statistiquement significatif entre les transfusions peropératoire et la survie, remettant sérieusement en cause cette valeur pronostique [27-30]. L’un de ces travaux retrouvait cependant une valeur pronostique négative dans le groupe des patients atteints d’une tumeur de stade C de Dukes (ou stade III) [29]. Les principales publications sont présentées dans le tableau 3( Tableau 3 ).

Malgré les réserves mentionnées ci-dessus, il reste important de considérer les risques liés aux transfusions peropératoires lors de la chirurgie des cancers colorectaux localisés. Le possible impact négatif sur la survie pourrait s’expliquer par une influence du stade tumoral, mais les analyses multivariées semblent infirmer cette hypothèse. Le rôle immunomodulateur des transfusions a par contre été incriminé. Ainsi, même si cette donnée a été là encore discutée [35], le risque d’infection postopératoire semble effectivement augmenté chez les patients transfusés par rapport aux patients non transfusés, indépendamment du stade [36-38]. Les patients recevant des transfusions hétérologues présentent une diminution de leur taux de lymphocytes natural killer (NK) ainsi qu’une diminution du rapport lymphocytes T4/T8 [39, 40]. Cet effet persiste durant la première année après transfusion. Des expériences sur modèles animaux (xénogreffe) ont par ailleurs mis en évidence une accélération de la croissance tumorale après injection sanguine allogénique [41]. L’immunomodulation post-transfusionnelle pourrait-elle participer à une augmentation du risque de récidive tumorale pour les cancers colorectaux ? C’est pour tenter de répondre à cette question que plusieurs études ont évalué le lien potentiel entre transfusion peropératoire et survie sans récidive après chirurgie d’un cancer localisé, en complément des travaux sur la survie globale présentés ci-dessus. Ainsi, dès 1985 également, Blumberg et al. [42] ont retrouvé, dans une étude rétrospective, une diminution significative de la survie sans récidive associée aux transfusions peropératoires sur une population de 197 patients (dont 56 transfusés). L’importance pronostique des transfusions sur le risque de récidive a été retrouvée par Busch et al. [43] en 1993 sur 475 patients mais d’autres études n’ont pas confirmé cette relation (tableau 4( Tableau 4 )). Une méta-analyse a été publiée en 1998, regroupant 32 articles (dont 9 études prospectives) incluant 11 071 patients [44]. Vingt publications décrivent un effet négatif de la transfusion. Sur les 19 études présentant une analyse multivariée, 11 confirment que la transfusion est un facteur pronostique indépendant négatif pour la survie sans récidive. Ainsi, l’excès de risque de récidive est estimé à 1,68 [1,54-1,83] pour les patients transfusés par comparaison aux patients non transfusés. Cette augmentation de risque persiste après classification selon le site tumoral et le stade.
Tableau 3 Influence des transfusions hétérologues sur la survie globale des patients opérés pour un carcinome colorectal

Valeur pronostique des transfusions hétérologues

Auteurs

Année

Nb

Réf.

Impact négatif

Foster et al.

1985

146

[24]

Corman et al.

1986

281

[31]

Onodera et al.

1989

592

[32]

Liewald et al.

1990

439

[33]

Donohue et al.

1995

1051

[25]

Wolters et al.

1996

1050

[26]

Pas d’influence

Sene et al.

1993

379

[27]

Sibbering et al.

1994

266

[28]

Garau et al.

1994

698

[29]

Steup et al.

1994

644

[34]

Mynster et al.

2000

740

[30]


Tableau 4 Influence des transfusions hétérologues sur la survie sans récidive des patients opérés pour un carcinome colorectal

Valeur pronostique des transfusions hétérologues

Auteurs

Année

Nb

Réf.

Impact négatif

Blumberg et al

1985

197

[42]

Beynon et al

1989

519

[45]

Busch et al

1993

475

[43]

Groupe Sakk

1997

450

[46]

Edna et al

1998

336

[47]

Chiarugi et al

2000

107

[48]

Pas d’influence

Steup et al

1994

644

[34]

Donohue et al

1995

1051

[25]

Mynster et al

2000

740

[30]

Burdy et al

2001

108

[49]

Comment limiter le risque transfusionnel ?

Le besoin transfusionnel péri-opératoire est directement corrélé au niveau d’anémie préopératoire. Ainsi, un taux d’hémoglobine préopératoire inférieure à 12,5 g/dL est un facteur de risque significatif de transfusion (p < 0,0001) [50]. Dans cette situation et devant l’existence d’un risque délétère potentiel lié à la transfusion hétérologue, différentes stratégies ont été proposées afin d’en limiter l’impact :
  • transfusion en culots globulaires déleucocytés : l’action immunomodulatrice des transfusions hétérologues peut être attribuée à la présence de leucocytes du donneur dans le culot. La réalisation d’une déplétion leucocytaire permet de diminuer significativement le taux d’infections postopératoires [51] ;
  • transfusion homologue : un programme d’autotransfusion permet non seulement de contrôler le risque virologique associé à toute transfusion hétérologue mais aussi de limiter l’immunomodulation induite [52]. Le bénéfice de cette approche a été rapporté sur la diminution du risque d’infection postopératoire [53] et du risque de récidive tumorale [54] pour des patients transfusés avec du sang homologue ;
  • utilisation préopératoire d’érythropoïétine recombinante humaine (r-HuEPO) : plusieurs travaux, présentant différentes modalités de traitement par r-HuEPO, ont évalué cette stratégie. Alors qu’une augmentation de l’hémoglobine est habituellement observée, certaines études ne mettent pas en évidence de différence significative sur le nombre de culots globulaires transfusés durant la chirurgie (par rapport à un groupe placebo) [55-57]. D’autres publications rapportent un bénéfice significatif en termes de diminution du besoin transfusionnel péri-opératoire [58, 59] (tableau 5( Tableau 5 )). Cette hétérogénéité peut s’expliquer par l’absence dans certaines études de supplémentation martiale systématique qui semble importante pour l’obtention d’une réponse optimale à l’érythropoïétine chez ces patients fréquemment carencés au diagnostic. L’apport peut être envisagé par voie orale ou plus efficacement par voie veineuse [60]. Un traitement préopératoire par r-HuEPO pourrait également faciliter le don de sang préopératoire en vue d’une transfusion autologue [61]. Dans la situation particulière du cancer du rectum traité par radiochimiothérapie préopératoire, un traitement par r-HuEPO 250 UI/kg trois fois par semaine, associé à une supplémentation martiale systématique, durant la période de traitement néoadjuvant permet une diminution des apports transfusionnels peropératoires [62].

Tableau 5 Utilisation préopératoire d’injections de r-HuEPO

Études

Année

Patients (nb)

Type d’étude

Groupe r-HuEPO

Groupe témoin

Apport de fer

Augmentation de l’érythropoïèse

Diminution des transfusions

Réf.

Heiss et al.

1996

30

randomisé double aveugle

150 UI/kg tous les 2 j

placebo

non

oui

ns

[55]

de J–10 à J + 2

Braga et al.

1997

20

randomisé

doses variables

chirurgie immédiate

non

non évalué

ns

[56]

sans aveugle

de J–12 à J + 4 à 8

Kettelhack et al.

1998

102

randomisé double aveugle

20 000 UI/j

placebo

non

oui

ns

[57]

sur 10 J

Qvist et al.

1999

81

randomisé double aveugle

300 UI/kg à J - 4

placebo

oui

oui

oui

[59]

puis 150 UI/kg/j pendant 7 j

Kosmadakis et al.

2003

63

randomisé double aveugle

300 UI/kg/j

placebo

oui

oui

oui

[58]

de J–7 à J + 7

Anémie et cancer colorectal métastatique

La question des transfusions péri-opératoires se pose également lors de la prise en charge de métastases hépatiques réséquables. Cette chirurgie est particulièrement à risque hémorragique [63, 64] et les transfusions hétérologues semblent là aussi avoir un impact pronostique négatif, principalement en termes de complications postopératoires [65].

Différentes interventions ont été envisagées pour limiter ce risque transfusionnel. En premier lieu, des adaptations des techniques opératoires et anesthésiques ont cherché à limiter le risque hémorragique (section type clamp-cruch [66], hémodilution isovolumique [67], diminution de la pression veineuse centrale [68]). La question de l’autotransfusion s’est posée dans cette situation, avec toutefois la réserve d’un risque de contamination des poches de sang par des cellules tumorales. En pratique, cette crainte semble rester théorique [69] et des travaux récents ont démontré la faisabilité des approches d’autotransfusion, permettant de diminuer les besoins peropératoires en produits sanguins hétérologues [69, 70]. Des études complémentaires sont toutefois nécessaires pour évaluer l’impact pronostique potentiel de cette stratégie, aussi bien en termes de complications postopératoires qu’en termes de survie globale ou spécifique.

Les principaux protocoles de chimiothérapie proposés en traitement adjuvant ou en situation métastatique chez des patients atteints de cancer colorectal présentent un faible risque anémique (tableau 6( Tableau 6 )). Toutefois, l’anémie peut devenir un problème dans l’évolution, du fait de l’accumulation des lignes de chimiothérapie et de la progression même de la maladie. La récidive locorégionale expose ainsi aux risques de saignements digestifs et d’occlusion, pouvant participer à des carences d’apport, tandis que la progression métastatique hépatique peut entraîner une insuffisance hépatocellulaire potentiellement à l’origine d’une hémodilution. Enfin, le syndrome inflammatoire associé à l’évolutivité du cancer participe à la physiopathologie de l’anémie à ce stade de la maladie.

La prise en charge de cette anémie doit donc reposer sur des interventions visant à limiter les risques de saignement en cas de récidive digestive (coagulation par voie endoscopique, embolisation sous artériographie), sur un maintien des apports nutritionnels, en particulier à la phase avancée de la maladie, et sur l’utilisation d’érythropoïétine qui permet d’obtenir une augmentation significative de l’hémoglobine, associée à une amélioration de la qualité de vie [74-78]. Le traitement de l’anémie associée aux cancers métastatiques est en effet essentiel afin d’améliorer le confort des patients [79, 80]. Les effets délétères potentiels liés à l’utilisation de r-HuEPO ne doivent cependant pas être négligés. Le risque thromboembolique est augmenté chez les patients atteints de néoplasie traités par r-HuEPO [81], potentiellement par action directe sur les cellules endothéliales, favorisant ainsi des signaux thrombogènes [82]. Concernant les relations entre anémie et réponse tumorale, les données actuelles ne permettent pas de définir un impact, négatif ou positif. En particulier, le rôle de l’anémie ou des traitements par r-HuEPO dans la modulation de l’efficacité de la radiothérapie des cancers du rectum a été peu étudié, contrairement à d’autres localisations néoplasiques [83-86]. Cette situation représente un bon modèle d’analyse de l’influence de la correction de l’anémie par r-HuEPO sur la réponse tumorale. Une étude chez des patients atteints de cancer du rectum opérable et présentant une anémie au diagnostic pourrait ainsi être instaurée avec administration de r-HuEPO durant la période de radiochimiothérapie préopératoire et un objectif principal défini par la réponse histologique évaluée au moment de la chirurgie. Au stade métastatique, des résultats récemment présentés laissent entrevoir une interaction potentielle entre anémie et réponse à la chimiothérapie. Sur 394 patients présentant un cancer colorectal métastatique traités par une chimiothérapie cytotoxique (protocoles de type FuFol, Folfox ou Folfiri), le taux de réponse, évalué à 3 cycles, a été supérieur chez les patients non anémiques (p < 0,003) et ces patients ont présenté des paramètres de survie significativement meilleurs, en survie sans progression (13,0 mois versus 10,1 ; p < 0,002) et en survie globale (27,6 mois versus 17,8 ; p < 0,0001) [87]. Ces résultats préliminaires nécessitent bien entendu d’être confirmés par des investigations supplémentaires
Tableau 6 Incidence des anémies pour les principales chimiothérapies dans le cadre des cancers colorectaux

Protocole

Anémies grades 3 et 4 (%)

Réf.

5FU monothérapie

5

[71]

FuFol

3

[71]

Folfiri

10

[72]

Folfox

11

[73]

Conclusion

Les cancers colorectaux sont fréquemment associés à une anémie qui peut alors être leur mode de révélation ; une attention particulière est donc justifiée pour les saignements digestifs bas. Les interventions chirurgicales au stade localisé ou lors des résections de métastases hépatiques sont à haut risque hémorragique. Plusieurs stratégies se sont développées afin de limiter le risque transfusionnel, lié non seulement au risque virologique mais peut-être également dans cette situation à un effet immunomodulateur significatif. Le nombre de publications est toutefois limité sur ce sujet et des études complémentaires restent nécessaires pour définir précisément les relations entre transfusion, immunosuppression et récidive tumorale. Au stade métastatique, la prise en charge de l’anémie doit être assurée dans l’optique de préserver la qualité de vie des patients.

Références

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