ARTICLE
Auteur(s) :, Marc Ychoua1, Guillaume Gory-Delabaerea2, Pierre Blanca3, Lise Bosqueta2, Jacqueline Duffoura1, Marc Giovanninia4, François Guillemina5, Claire Lemanskia1, Frédéric Marchala5, Bruno Massona1, Yacine Merrouchea6, Geneviève Mongesa4, Antoine Adenisb7, Jean-François Bossetb8, Olivier Bouchéb9, Thierry Conroyb5, Denis Pezetb10, Jean-Pierre Tribouletb11
1Centre Val d’Aurelle, Montpellier
2FNCLCC, Paris
3CHU Saint-Éloi, Montpellier
4Institut Paoli-Calmette, Marseille
5Centre Alexis-Vautrin, Vandœuvre-lès-Nancy
6Institut de Cancérologie de la Loire, Saint-Étienne
7Centre Oscar Lambret, Lille
8CHU Hôpital Jean-Minjoz, Besançon
9CHR Hôpital Robert-Debré, Reims
10CHU, Hôtel-Dieu, Clermont-Ferrand
11CHRU, Hôpital Huriez, Lille
Le programme SOR de recommandations pour la pratique
clinique
Contexte
Le programme « Standards, Options et Recommandations » (SOR) en
cancérologie a été initié par la Fédération nationale des centres
de lutte contre le cancer (FNCLCC) en 1993 et réalisé en
partenariat avec la Fédération hospitalière de France (FHF), la
Fédération nationale de Cancérologie des CHRU (FNCHRU), la
Fédération française de cancérologie des CHG (FFCCHG). Ce programme
comprend la définition de recommandations pour la pratique clinique
en cancérologie, leur actualisation, leur diffusion vers les
cliniciens et l’évaluation de leur impact. L’actualisation des
recommandations repose sur une veille technologique et
scientifique.
Il s’agit d’un travail coopératif national des Centres régionaux
de lutte contre le cancer (CRLCC) avec la participation active
d’experts des secteurs public et privé et de sociétés savantes.
Objectifs
L’objectif du programme SOR est d’élaborer des recommandations pour
la pratique clinique en cancérologie. Ces recommandations pour la
pratique clinique visent à améliorer la qualité de la prise en
charge des patients atteints de cancer en fournissant aux
praticiens une aide à la décision facilement utilisable et
actualisée.
Les changements organisationnels qui pourraient être nécessaires
pour appliquer les recommandations ne sont pas abordés dans les
SOR. Ils doivent faire l’objet d’une discussion au niveau
locorégional, notamment au sein des réseaux de soins en
cancérologie.
Les Standards, Options et Recommandations ne concernent pas
l’évaluation des stratégies de dépistage.
Les considérations médico-économiques ne sont pas abordées dans
les SOR.
Méthodes
Méthode d’élaboration et d’actualisation
La méthode d’élaboration et d’actualisation des SOR repose sur
l’analyse critique des meilleures données scientifiques disponibles
et le jugement argumenté des experts au sein d’un groupe de travail
pluridisciplinaire représentatif des modes d’exercice et des
disciplines concernées par la prise en charge des patients atteints
de cancer. Cette méthode dite « mixte » combine le niveau
de preuve scientifique et l’accord d’experts. Le rapport intégral
est revu par des experts indépendants à l’aide d’un grille de
lecture basée sur la grille AGREE. Les commentaires sont compilés
et analysés par le groupe de travail et la nature des modifications
engendrées est décrite dans le processus de revue.
Méthode de veille technologique et scientifique
La méthode de veille scientifique repose sur la recherche
systématique des données susceptibles de modifier les
recommandations pour la pratique clinique et sur l’avis argumenté
des experts.
Participation des groupes concernés
L’élaboration des recommandations pour la pratique clinique
implique un groupe de travail constitué d’experts praticiens
assistés par une équipe méthodologique, ainsi que des contributeurs
dans le cadre de la relecture externe.
Les opinions et les préférences des patients ne sont pas
actuellement intégrées. Une méthode pour assurer la prise en compte
de l’avis des patients est en cours de développement.
Publication et diffusion des documents SOR
Ces recommandations pour la pratique clinique sont disponibles sous
forme :
- – de rapport intégral présentant l’ensemble des
références bibliographiques, leur analyse et les conclusions sur
lesquelles se basent les recommandations pour la pratique clinique
établies ;
- – de rapport abrégé présentant uniquement les
recommandations pour la pratique clinique ;
- – d’arbres de décision.
Ces outils ont pour objectif de permettre une meilleure
diffusion des recommandations pour la pratique clinique, afin
d’optimiser leur application.
Les SOR sont publiés sous format papier et sont accessibles
gratuitement sur Internet (http://www.fnclcc.fr).
La liste d’information des SOR permet d’alerter régulièrement
sur les documents SOR
(http://www.fnclcc.fr/fr/sor/specialiste/liste_de_diffusion.php).
Définitions des Standards, Options et Recommandations et des
niveaux de preuve
Les Standards, Options et Recommandations accompagnés du niveau de
preuve reposent sur les meilleures preuves scientifiques
disponibles au moment de leur rédaction (best available evidence),
pouvant être selon le sujet des méta-analyses, des essais
randomisés ou des études non randomisées. Lorsque les preuves
scientifiques font défaut pour un point particulier, le jugement
est basé sur l’expérience professionnelle et le consensus du groupe
d’experts (accord d’experts).
Le niveau de preuve est fonction du type et de la qualité des
études disponibles ainsi que de la cohérence ou non de leurs
résultats ; il est explicitement spécifié pour chacune des
méthodes/interventions considérées (pour plus de détails, cf.
Méthodologie de développement des SOR [1, 2]).
Les Standards, Options et Recommandations
Standards : Interventions pour lesquelles les résultats sont
connus et qui sont considérées comme bénéfiques, inappropriées ou
nuisibles, à l’unanimité.
Options : Interventions pour lesquelles les résultats
sont connus, et qui sont considérées comme bénéfiques,
inappropriées ou nuisibles, par la majorité. Les options sont
toujours accompagnées de recommandations.
Recommandations : Elles ont pour but, lorsqu’il existe
plusieurs options, de hiérarchiser ces options en fonction du
niveau de preuve. Les recommandations permettent également aux
experts d’exprimer des jugements et des choix concernant notamment
des situations d’exception et indications spécifiques ainsi que
l’inclusion des patients dans des essais thérapeutiques.
Les niveaux de preuve
Niveau A : Il existe une (des) méta-analyse(s) « de bonne
qualité » ou plusieurs essais randomisés « de bonne qualité » dont
les résultats sont cohérents.
Niveau B : Il existe des preuves « de qualité correcte »
: essais randomisés (B1) ou études prospectives ou rétrospectives
(B2). Les résultats de ces études sont cohérents dans
l’ensemble.
Niveau C : Les études disponibles sont critiquables d’un
point de vue méthodologique ou leurs résultats ne sont pas
cohérents dans l’ensemble.
Niveau D : Il n’existe pas de données ou seulement des
séries de cas.
Accord d’experts : Il n’existe pas de données pour la
méthode concernée mais l’ensemble des experts est unanime.
Partenariat scientifique, conflits d’intérêts, sources de
financement et remerciements
Partenariat scientifique
Ces recommandations pour la pratique clinique n’ont pas été
élaborées en collaboration avec une société savante.
Conflits d’intérêts
Les membres du groupe de travail ont effectué une déclaration
auprès du comité d’organisation des SOR afin d’identifier les
conflits d’intérêts potentiels.
Propriété intellectuelle
Les SOR sont une œuvre collective créée par la Fédération nationale
des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC), et protégée par les
dispositions du Code de la propriété intellectuelle. La FNCLCC est
par conséquent titulaire du droit d’auteur sur cette œuvre et est
donc notamment investie des droits patrimoniaux sur les SOR. La
FNCLCC peut seule décider de l’existence et des modalités de
reproduction, publication, traduction ou diffusion des SOR.
Sources de financement
Le projet SOR bénéficie d’un soutien financier des Centres
régionaux de lutte contre le cancer (CRLCC), du ministère des
Solidarités, de la Santé et de la Famille, de la Ligue nationale
contre le cancer et de la Fédération hospitalière de France (FHF).
Le partenariat avec l’industrie pharmaceutique ne concerne que la
diffusion sans aucune implication scientifique, financière ou
logistique dans la phase d’élaboration. Ce support de publication
et de diffusion n’a pas bénéficié de soutien financier de
l’industrie pharmaceutique.
Remerciements
Nous remercions les Centres régionaux de lutte contre le cancer
(CRLCC), le ministère des solidarités, de la Santé et de la
Famille, la Ligue nationale contre le cancer, la Fédération
hospitalière de France (FHF), la Fédération nationale de
Cancérologie des CHRU (FNCHRU), la Fédération française de
Cancérologie des CHG (FFCCHG).
Responsabilités
Les SOR ne se substituent pas au jugement clinique des médecins.
Introduction
Définition du cancer de l’estomac
Les cancers de l’estomac sont habituellement des adénocarcinomes
apparaissant dans l’estomac et incluent les tumeurs situées à plus
de 2 cm au-dessous de la jonction muqueuse œsogastrique [3, 4]
(tableau 1( Tableau 1 )).
Tableau 1 Classification anatomique de Siewert [3, 4]
|
Types
|
Caractéristiques
|
|
I
|
Localisation œsophagienne prédominante
|
|
Le centre de la tumeur est situé plus de 1 cm au-dessus de la
jonction muqueuse œsogastrique
|
|
II
|
Localisation cardiale moyenne
|
|
Le centre de la tumeur est situé entre 1 cm au-dessus et
2 cm au-dessous de la jonction muqueuse œsogastrique
|
|
III
|
Localisation gastrique prédominante
|
|
Le centre de la tumeur est situé entre 2 cm et 5 cm
au-dessous de la jonction muqueuse œsogastrique
|
Définition du cancer du cardia
Les cancers du cardia sont définis comme les cancers dont le centre
est à moins de 2 cm de la jonction œsogastrique. Les tumeurs
dont le centre est situé à plus de 2 cm vers le haut sont
considérées comme œsophagiennes, plus de 2 cm vers le bas
comme gastriques [3-6] (tableau 1).
Définition de l’adénocarcinome superficiel de l’estomac
L’adénocarcinome superficiel de l’estomac est un adénocarcinome ne
dépassant pas la sous-muqueuse [7].
Définition de la linite plastique de l’estomac
La linite est un adénocarcinome peu différencié constitué le plus
souvent de cellules en bague à chaton envahissant les différentes
couches de la paroi sans les détruire, associées à un stroma
fibreux épais [7].
Fréquence
Bien que son incidence soit en diminution dans la plupart des pays,
le cancer de l’estomac reste fréquent et représente la deuxième
cause de mortalité par cancer dans le monde après le cancer du
poumon. Il s’agit d’un cancer extrêmement fréquent dans certains
pays comme le Japon (incidence d’environ 50/100 000 habitants) ou
certaines parties de l’Amérique centrale et du sud. Il est, en
revanche, en diminution constante depuis les vingt dernières années
dans les pays européens.
L’incidence en France était estimée en 2000 à 9,3/100 000
habitants chez l’homme et 3,4/100 000 habitants chez la femme
(taux standardisés à la population mondiale) [8]. Le nombre de
nouveaux cas est estimé à environ 7 000 par an en France, où il se
situe au troisième rang des cancers digestifs chez l’homme après le
cancer colorectal et le cancer de l’œsophage et au deuxième rang
chez la femme après le cancer colorectal (données récentes de
l’Union internationale contre le cancer ou UICC
http://www-dep.iarc.fr/dataava/infodata.htm) [9] (tableau 2( Tableau 2 )).
La mortalité en France pour l’année 1990 était estimée à
6 798 décès (3 692 hommes et 2 836 femmes) [10]. En
2000, le nombre de décès était estimé à 5 000 (3 131 hommes et
1 938 femmes).
Les localisations proximales et de la jonction
gastro-œsophagienne sont en incidence croissante par rapport à une
diminution des localisations distales [11].
Tableau 2 Incidence et mortalité par cancer de
l’estomac en France pendant la période 1980-2000. Données issues de
Remontet et al. En nombre de nouveaux cas/100 000
|
1980
|
1985
|
1990
|
1995
|
2000
|
|
Incidence standardisée chez l’homme
|
13,7
|
12,5
|
11,3
|
10,6
|
9,3
|
|
Incidence standardisée chez la femme
|
5,8
|
5,1
|
4,4
|
3,9
|
3,4
|
|
Nombre de nouveaux cas par an chez l’homme
|
5 250
|
5 069
|
4 893
|
4 791
|
4 520
|
|
Nombre de nouveaux cas par an chez la femme
|
3 471
|
3 269
|
3 058
|
2 865
|
2 606
|
|
Nombre de décès chez la femme par an
|
3 705
|
3 200
|
2 770
|
2 389
|
1 938
|
|
Nombre de décès chez l’homme par an
|
4 976
|
4 428
|
3 955
|
3 557
|
3 131
|
Pronostic
En France, la survie globale à 5 ans est de l’ordre de 10 à
15 % [12]. Elle est nulle en cas de métastases et varie de 15
à 60 % après résection chirurgicale complète en fonction du
stade d’extension tumorale. Le pronostic est en effet très lié au
stade d’extension tumorale, en fonction essentiellement des
extensions pariétale et ganglionnaire qui sont à la base de la
classification de l’UICC de 1987 [13].
Objectifs
L’objectif de ces recommandations pour la pratique clinique (RPC)
était de définir, sur la base d’une revue des données scientifiques
de la littérature, des recommandations pour la prise en charge
diagnostique et thérapeutique et la surveillance après traitement
des patients atteints d’adénocarcinomes de l’estomac.
Ces recommandations ne concernent pas les tumeurs localisées au
niveau du cardia ainsi que tous les autres types histologiques
(lymphomes MALT). Les spécificités de la prise en charge des
linites plastiques gastriques ne sont pas abordées dans ces RPC.
Les patients atteints de cancer du cardia nécessitent une prise en
charge diagnostique et chirurgicale différentes.
La prise en charge des adénocarcinomes concerne les formes
réséquables non métastatiques, les formes localement avancées non
métastatiques non réséquables, les formes réséquables avec
découverte peropératoire de métastases abdominales initiales et les
formes découvertes lors du bilan diagnostique ou d’extension de
métastases synchrones.
Ces recommandations pour la pratique clinique s’adressent aux
spécialistes de la prise en charge des patients atteints de cancer
de l’estomac.
Ces recommandations sont basées sur l’analyse des études
occidentales. En effet, il existe entre les études asiatiques et
occidentales des différences liées à l’épidémiologie et aux
méthodes de prise en charge (dépistage précoce…) et les résultats
obtenus dans des études réalisées chez des patients asiatiques ne
sont pas transposables à la prise en charge des patients
occidentaux.
Ce rapport ne présente que la synthèse des données concernant
l’évaluation des thérapeutiques. La prise en charge diagnostique,
la stratégie thérapeutique et de surveillance sont disponibles sur
le site internet de la FNCLCC [14].
Méthodes
Critères de sélection des études
Types de population
Les études portant sur des patients atteints d’adénocarcinomes de
l’estomac ont été sélectionnées. Les études ne portant que sur des
patients atteints de cancer du cardia et les études menées chez des
patients d’origine asiatique n’ont pas été sélectionnées.
Types d’intervention
Les types d’intervention évalués sont précisés dans chaque
chapitre.
Types d’études
Pour toutes les questions posées, une recherche systématique des
recommandations pour la pratique clinique publiées par d’autres
organismes, des synthèses méthodiques et les essais randomisés a
été effectuée ;
- – pour l’évaluation de la chirurgie, des essais
prospectifs non comparatifs et des études rétrospectives ont
également été sélectionnés ;
- – pour la radiochimiothérapie adjuvante et la
chimiothérapie palliative, seuls les essais randomisés de phase III
sous forme complète ou résumée ont été sélectionnés. Les essais de
phase II n’ont pas été pris en compte.
Stratégie de la recherche bibliographique
La recherche bibliographique a été réalisée dans la base de données
Medline® jusqu’en janvier 2002, sur les sites internet
d’organismes produisant des recommandations pour la pratique
clinique (RPC) et dans la Cochrane Library®. La
bibliographie des RPC, des synthèses méthodiques et des essais
randomisés identifiés a complété la recherche bibliographique.
Les équations de recherche dans la base de données
Medline® sont présentées en annexe 1. La recherche
bibliographique a été limitée aux publications de langue française
ou anglaise. Les éditoriaux, les lettres, les cas rapportés ainsi
que les études conduites chez l’animal spécifiquement ont été
éliminés de la stratégie de recherche.
Critères d’évaluation
Les interventions thérapeutiques ont été évaluées selon les
critères principaux de taux de récidive locale et de survie
globale.
D’autres critères ont été pris en compte :
- – la morbidité postopératoire, la mortalité
postopératoire, la durée de l’opération,
- – les taux de réponses tumoraux (évaluation de la
chimiothérapie palliative-métastatique),
- – la qualité de vie,
- – les effets indésirables.
Processus de relecture
Ces recommandations pour la pratique clinique ont été adressées
pour relecture, en octobre 2003, à 204 praticiens, indépendants du
groupe de travail, représentatifs de tous les modes d’exercice dans
le cadre de la relecture externe.
Une grille de lecture était proposée pour aider les relecteurs à
évaluer la validité, la clarté, la pertinence et l’acceptabilité
des Recommandations pour la pratique clinique élaborées par le
groupe de travail. La date limite de réponse pour clore le
processus de relecture était fixée au 24 novembre 2003. Seules les
personnes ayant répondu figurent de façon nominative dans la
section « Contributeurs » de ce document. En cas de
commentaires ou de réserves, une justification écrite et détaillée
était demandée, faisant référence aux données de la science et/ou à
l’expérience argumentée des médecins. Les commentaires ont été
compilés et analysés par le groupe de travail et la nature des
modifications engendrées est décrite dans le rapport intégral
disponible sur Internet.
Chirurgie
Introduction
L’incidence du cancer de l’estomac étant en constante diminution,
les interventions chirurgicales pour un cancer gastrique sont moins
fréquentes, mais la gastrectomie radicale est une stratégie
opératoire qui doit rester dans le répertoire du chirurgien
oncologue.
Une tendance dans la présentation de l’adénocarcinome gastrique
est une diminution de la fréquence de la localisation antrale et
une augmentation de la fréquence en portion proximale [15-17]. Il
est préoccupant de constater que le cancer proximal a un pronostic
moins bon que le cancer distal et d’autre part, que le geste
chirurgical est plus complexe et plus morbide en raison de
l’anastomose œsophagienne.
Objectifs et principes de la chirurgie
La chirurgie doit s’adapter à l’extension du cancer de l’estomac
dans cinq directions : en surface, dans l’épaisseur de la
paroi gastrique, vers les ganglions, vers le péritoine et vers le
foie [18]. La chirurgie du cancer de l’estomac reste la base du
traitement en dépit d’échecs encore fréquents [19]. L’âge et les
pathologies associées pèsent sur la morbidité postopératoire et la
survie et doivent donc être prises en compte dans l’indication
opératoire [20].
Le but de la chirurgie du cancer de l’estomac est d’aboutir à
une résection complète sans laisser de résidus macroscopiques ou
microscopiques (R0).
La bonne décision ne peut être prise que sur la base d’une
stadification précise (classification) (tableau 18).
L’écho-endoscopie et la laparoscopie peuvent avoir une part
essentielle dans cette démarche : la cytologie péritonéale ou
les biopsies de nodules suspects apportent une preuve pathologique
et permettent d’éviter une chirurgie inutile pour une maladie
diffuse au péritoine.
L’exérèse des ganglions potentiellement envahis est une part
importante du geste. Il ne faut pas compter sur les traitements non
chirurgicaux pour rattraper une insuffisance de résection ou un
curage mal adapté.
Une résection large de la tumeur et une lymphadénectomie
monobloc des gîtes ganglionnaires potentiellement envahis sont
indiquées pour une maladie au stade régional.
Questions posées
Les questions posées sont les suivantes :
- – Quel type de gastrectomie réaliser ? Gastrectomie
totale versus gastrectomie subtotale ?
- – Quelle doit-être l’étendue de la lymphadénectomie (D2,
D3 versus D1 ; D3, D2 versus D4) ?
- – Quelles sont les modalités de la
reconstruction/dérivation ?
- – Quelles sont les modalités et la place de la chirurgie
palliative ?
Résultats de la recherche bibliographique
Une synthèse méthodique de la littérature ou méta-analyse a été
identifiée par la recherche documentaire dans la Cochrane
Library®[21]. Cette méta-analyse a pour objectif de
comparer la survie des patients après curage étendu (D2) par
rapport à un curage limité (D0 ou D1).
Les études rétrospectives n’ont pas été recherchées de manière
systématique ; les études rétrospectives concernant la
lymphadenectomie citées dans le protocole de la méta-analyse ont
été sélectionnées [21].
Au total, 18 essais randomisés, 8 études prospectives
non randomisées et des études rétrospectives ont été analysés pour
l’élaboration du chapitre sur la chirurgie des adénocarcinomes de
l’estomac. Ces études portent sur les thèmes suivants :
- – exérèse de l’estomac : 4 études randomisées
et une étude prospective non randomisée [22-26] ;
- – lymphadénectomie : 8 essais randomisés,
3 études prospectives non randomisées et 5 études
rétrospectives [15][19][27-41] ;
- – techniques de reconstruction et de dérivation : 5
études randomisées et 4 études prospectives non randomisées
[16][42-50] ;
- – suppression des organes voisins : un seul essai
randomisé a été retrouvé concernant la suppression de organes
voisins (splénectomie et/ou pancréatectomie) [51] et 2 études en
sous-groupes d’essais randomisés ont également été analysées [28,
30].
Type d’exérèse
S’il existe différents types d’exérèse, l’objectif est d’aboutir à
l’absence de résidus tumoraux après l’intervention chirurgicale
[35, 52, 53]. En principe, une bonne indication découlant d’un
bilan préopératoire précis, associée à une bonne technique devrait
aboutir à une situation R0 ou au pire R1.
- – Exérèse R0 : absence de résidu tumoral
histologique.
- – Exérèse R1 : présence d’un résidu tumoral
histologique, berges positives (le terme « berge » devant
être considéré dans toutes les dimensions et pas seulement aux
tranches de section de l’estomac).
- – Exérèse R2 : présence d’un résidu tumoral
macroscopique.
Gastrectomie
Modalités de la gastrectomie
La marge de résection distale sur le duodénum (D1) doit être de
1 cm, considérant que le pylore est une barrière à l’extension
du cancer. La marge de résection proximale doit être d’au moins
5 cm [35].
L’examen extemporané de la tranche de section œsophagienne pour
les carcinomes différenciés est indiqué.
Le traitement d’une localisation proximale par gastrectomie
polaire supérieure occasionne une œsophagite par reflux et une
dyspepsie due à un réservoir gastrique trop petit. On pourra donc
préférer une gastrectomie totale.
Le linite gastrique (Borrmann type 4) justifie une gastrectomie
totale de principe [35].
Gastrectomie totale versus gastrectomie subtotale
Résultats thérapeutiques
Deux essais randomisés (deux références pour chacun des deux
essais) [22-25] comparant une gastrectomie totale à la gastrectomie
subtotale et une étude prospective non randomisée [26] ont été
identifiés.
Les deux essais randomisés ont évalué au total 787 patients
principalement atteints de cancer de l’antre pour 849 patients
inclus. Aucune différence significative de survie globale à
5 ans, de mortalité et de morbidité n’a été retrouvée entre
les deux modalités (tableau 3( Tableau 3
)).
La valeur pronostique du type de gastrectomie a été évaluée dans
3 des 6 études [54-56]. Pour aucune de ces études, le type de
gastrectomie n’a pas été retrouvé comme étant un facteur
pronostique indépendant pour la survie.
Tableau 3 Gastrectomie totale versus gastrectomie
subtotale : résultats des essais randomisés
|
Références
|
Caractéristiques des patients
|
- Effectifs
- (évalués/inclus)
|
Type de gastrectomie
|
Suivi
|
SG à 5 ans
|
Morbidité
|
Mortalité
|
- Gouzi et al. [22, 23]
- 1980-1985
- multicentrique
|
antre lymphadenectomie D1
|
76
|
totale
|
-
|
48 %
|
32 %*
|
1,3 %
|
|
versus
|
versus
|
|
(ns)
|
versus
|
versus
|
|
93
|
subtotale
|
|
|
34 %
|
3,2 %
|
|
(169/201)
|
|
|
|
(ns)
|
(ns)
|
- Bozzetti et al. [24, 25]
- 1982-1993 multicentrique
|
- 72 % antre marge macroscopique proximale >
6 cm
- lymphadenectomie D2
|
303
|
totale
|
73 mois
|
62,4 %
|
13 %
|
2 %
|
|
versus
|
versus
|
(2-125)
|
versus
|
versus
|
versus
|
|
315
|
subtotale
|
|
65,3 %
|
9 %
|
1 %
|
|
(618/648)
|
|
|
(ns)
|
|
(ns)
|
Conclusions
Il n’y a pas de données démontrant qu’une gastrectomie totale
aurait un avantage pour un cancer de l’antre gastrique (niveau de
preuve B1).
Gastrectomie élargie aux organes de voisinage
L’atteinte des organes de voisinage correspond à une extension de
contiguïté. La logique de l’exérèse obéit à la règle de radicalité
visant une résection R0. Les résections combinées élargies sont
indiquées quand il n’y a pas d’extension péritonéale ni
métastatique.
L’atteinte la plus fréquente est celle du mésocôlon transverse
et des vaisseaux coliques moyens. La résection colique ne pose pas
de problème technique majeur. Une résection de nécessité en bloc du
pancréas distal et de la rate est indiquée en cas de cancer de la
face postérieure de l’estomac étendu au pancréas. Une atteinte du
lobe gauche du foie par un cancer proximal nécessite une résection
en bloc du segment hépatique. Ces gestes sont fréquents (40 %)
et habituellement bien tolérés [57]. Il en est autrement pour un
cancer distal atteignant le duodénum et la tête du pancréas et
pouvant nécessiter une duodéno-pancréatectomie céphalique ; si
l’atteinte semble limitée, le geste élargi peut cependant se
concevoir. L’atteinte de l’œsophage abdominal sur plus de 2 cm
nécessite un abord thoracique pour pouvoir réaliser une résection à
distance et un curage médiastinal, bien que la positivité de ces
ganglions soit de très mauvais pronostic.
Laparoscopie
Pour les cancers muqueux, la wedge resection est réalisable par
laparoscopie [58].
La gastrectomie subtotale ou totale, le curage et le
rétablissement de continuité sont réalisables par laparoscopie
seule ou assistée pour des cancers précoces. La durée
d’intervention, la qualité des marges de résection et le nombre de
ganglions obtenus seraient équivalents par rapport à la chirurgie
ouverte d’après les conclusions de certaines études rétrospectives,
portant sur le suivi d’un faible nombre de patients (moins de 50
patients) [17, 59-62]. Les résultats à long terme ne sont pas
connus [17, 59-62]. La qualité méthodologique de ces études ne
permet pas de conclure ni de proposer cette intervention en option
thérapeutique.
Curage ganglionnaire
Étendue du curage
L’étendue du curage D1 (ganglions périgastriques) versus D2
(ganglions périgastriques et pédiculaires) est controversée en
raison des difficultés de comparaison des résultats entre les
essais japonais et les essais occidentaux.
Une explication pourrait être une différence d’interprétation
des résultats anatomopathologiques et une re-stadification
postopératoire [63, 64]. Le curage plus extensif induit une
re-stadification et on peut avancer un bénéfice dans le groupe pN2
sans modifier le résultat global (phénomène de re-stadification de
Will Rogers) [65] ; l’idée repose sur le fait que les survivants
pN2 auraient tous présenté une récidive ou seraient morts s’ils
n’avaient pas eu de curage [38, 32]. Le même raisonnement a pu être
appliqué pour justifier le curage D4 pour les tumeurs proximales
[66]. La notion de marge peut également être transposée au geste
ganglionnaire : si moins de 20 % des ganglions sont envahis,
alors le geste chirurgical a de bonnes chances d’améliorer le
pronostic [67], d’où l’idée d’étendre le curage.
Par ailleurs, la classification TNM (5e édition) a
modifié la stadification [68] ; le débat n’est pas clos.
La valeur pronostique prédictive est significative à condition
de prélever au moins 16 ganglions (UICC 1997) ; leur site de
prélèvement doit être conforme aux connaissances du drainage
lymphatique de l’estomac. La terminologie japonaise décrit 6 voies
majeures de drainage lymphatique de l’estomac et 16 groupes
ganglionnaires (JRSGC). La justification de l’étendue du curage se
fonde sur les données de l’incidence des métastases ganglionnaires
pour chaque groupe ganglionnaire en fonction de la situation de la
tumeur, de la pénétration pariétale et des caractéristiques
anatomopathologiques macro et microscopiques (Mishima). On
distingue ainsi 4 niveaux de curage (D1, D2, D3, D4). Le tableau 4(
Tableau 4 ) décrit les niveaux D1 et D2
selon la topographie de la tumeur (tableau 4).
Une aide à l’identification des ganglions de drainage peut être
fournie par un marquage avec des particules de charbon permettant
la résection d’un nombre de ganglions plus importants et
d’identifier plus de ganglions métastatiques [40]. Actuellement,
d’autres types de marquage au bleu patenté et/ou au colloïde marqué
font l’objet d’études de faisabilité.
Tableau 4 Les différents types de curage
ganglionnaire
|
Localisation de la tumeur
|
Type de curage
|
Localisation du curage
|
|
Tiers inférieur (distal)
|
D1
|
Petite courbure
|
|
Grande courbure
|
|
Suprapylorique
|
|
Infrapylorique
|
|
|
D2
|
Cardiaque droit
|
|
Artère gastrique gauche
|
|
Artère hépatique cœliaque
|
|
Tiers moyen (corps)
|
D1
|
Cardiaque droit
|
|
Petite courbure
|
|
Grande courbure
|
|
Suprapylorique
|
|
Infrapylorique
|
|
|
D2
|
Cardiaque gauche
|
|
Artère gastrique gauche
|
|
Artère hépatique
|
|
Cœliaque
|
|
Hile splénique
|
|
Artère splénique
|
|
Tiers supérieur (proximal)
|
D1
|
Cardiaque droit
|
|
Cardiaque gauche
|
|
Petite courbure
|
|
Grande courbure
|
|
|
D2
|
Suprapylorique
|
|
Infrapylorique
|
|
Artère gastrique gauche
|
|
Artère hépatique
|
|
Cœliaque
|
|
Hile splénique
|
|
Artère splénique
|
|
Cardiaque droit et gauche
|
Essais randomisés
Cinq essais randomisés comparant le curage D2 ou D3 au curage D1
ont été identifiés [15, 27-30, 41] (tableau 5( Tableau 5 )).
Les deux essais randomisés ayant comparé le curage D2 avec
splenectomie au curage D1 [28, 30, 31] n’ont retrouvé aucune
différence de survie significative à 5 ans entre le curage D1
et le curage D2. Le risk ratio retrouvé dans la synthèse méthodique
de la Cochrane était estimé à 0,95 (95 % CI 0,83 - 1,09). Dans
la troisième étude, seule la survie à 3 ans était disponible
(78 % versus 76 % pour le curage D2, non significatif)
[15].
Concernant la morbidité, les deux essais randomisés ont retrouvé
une morbidité supérieure dans les groupe D2. L’analyse poolée
réalisée par la Cochrane a retrouvé ces résultats (1 095 patients,
Odds ratio (fixed) 95% CI 2,39 [1, 45, 3, 45]).
Deux études ont comparé le curage D1 au curage D3 [27, 41]. Les
deux études ont retrouvé une morbidité supérieure pour le curage
D3. Une meilleure survie pour le groupe D1 (médiane de
survie : 1 511 jours versus 922 pour le curage D3) a été
retrouvée dans une des études [27] ; pour les autres études, les
résultats en termes de survie ne sont pas disponibles [41] (tableau
5).
Seule une étude randomisée comparant le curage D2, D3 au curage
D4 a été identifiée [39] (tableau 5). Les résultats en termes de
survie à 5 ans ne sont pas disponibles.
Tableau 5 Étendue de la lymphadénectomie :
résultats des essais randomisés
|
Références
|
Caractéristiques des patients
|
Étendue du curage
|
- Effectifs
- (évalué/inclus)
|
Suivi
|
Survie
|
Morbidité
|
Mortalité
|
- Bonenkamp et al. [30]
- Hartgrinck et al. [31]
- 1989-1993
- multicentrique
|
- Adénocarcinome de l’estomac
- 632 R0
|
|
|
|
- Survie à 11 ans
- 30 %
- versus
- 25 %
|
- 25 %
- versus
- 43 %
- p< 0,001
|
- 4 %
- versus
- 10 %
- p = 0,004
|
- Cuschieri et al . [28, 29]*
- MRC ST01
- multicentrique
|
Carcinome gastrique potentiellement réséquable
|
|
|
78 mois
|
- Survie à 5 ans
- 35 %
- versus
- 33 %
- (ns)
|
- 28 %
- versus
- 46 %
- p < 0,001
|
- 6,5 %
- versus
- 13 %
- p = 0,04
|
- Robertson et al. [27]
- 1987-1991
|
Carcinome de l’antre
|
|
|
|
- Médiane de survie
- 1511 j
- versus
- 922 j
- (p < 0,05)
|
|
|
- Dent et al. [15]
- 1982-1986
|
T1-3 N0-1 M0
|
|
|
37,2 mois
|
- à 3 ans
- 78 %
- versus
- 76 %
- (ns)
|
|
|
- Maeta et al. [39]
- 1990-1997
|
T3-T4
|
|
|
|
(ns)
|
|
|
|
Adénocarcinome gastrique
|
|
|
|
|
- 7,3 %
- versus
- 17 %
- p = 0,012
|
|
Études prospectives non randomisées et rétrospectives
Trois études prospectives non randomisées [32, 33, 67] et
10 études rétrospectives ont également été retrouvées [19,
34-38, 69-73].
Siewert n’a pas montré de différence significative concernant la
mortalité après curage D1 ou D2 chez 1 654 patients [67].
Wanebo a comparé les résultats, en termes de survie, entre des
groupes de patients ayant eu un curage plus ou moins étendu après
résection complète. La survie à 5 ans est respectivement de
35,6 %, 30 % et 26,3 % pour les patients ayant subi
un curage D0, D1 et D2 [33].
Sur une série de 146 patients, Roukos a montré une
morbidité de 33,5 %, une mortalité de 1,4 % et une survie
globale de 52,3 % à 5 ans après résection des ganglions
périgastriques 7-11 et 12 [32].
Les études rétrospectives occidentales ont suggéré que la survie
à 5 ans n’était pas différente entre le curage D2/D3 ou D4 par
rapport au curage D1 [34, 70-73].
Place de la splénectomie
Un essai randomisé monocentrique a inclus 187 patients
atteints d’un cancer de l’estomac réséquable [51]. Cet essai a
comparé une gastrectomie totale avec un curage D2 versus une
gastrectomie totale avec un curage D2 et une splénectomie (tableau
6( Tableau 6 )). Aucune différence
significative de survie à 5 ans et de mortalité n’a été mise
en évidence. Les complications pulmonaires, le pourcentage de
patients ayant un abcès sous-phrénique et ayant présenté une fièvre
supérieure à 38 °C étaient significativement plus élevés quand il y
a eu une splénectomie.
Aucun essai randomisé concernant la spléno-pancréatectomie n’a
été retrouvé.
D’autres données sont disponibles. Elles proviennent de
l’analyse en sous-groupes d’études randomisées [27, 28].
Cuschieri a suggéré qu’une résection radicale (curage de type
D2) sans splénectomie était préférable à une résection standard
(curage D1) pour les cancers de stade IA [28][29].
L’analyse multivariée de Bonenkamp a montré une survie
significativement meilleure dans le groupe sans splénectomie ou
pancréatectomie par rapport au groupe de patients ayant subi une
résection avec splénectomie ou pancréatectomie partielle, sans
différence significative entre le groupe D1 et D2 [30]. Une analyse
multivariée chez les patients ayant subi une résection standard
(R0), montre une différence significative au sein du groupe de
patients sans splénectomie ou pancréatectomie en fonction du type
de curage (survie sans récidive du groupe D1 :
41 % ; groupe D2 : 29 % ; p = 0,02).
Des études rétrospectives ont également été menées sur le sujet
et ont retrouvé une morbidité plus élevée sans gain de survie
[74-79].
Tableau 6 Gastrectomie totale + curage D2 versus
gastrectomie + curage D2 + splénectomie : résultats des essais
randomisés
|
Références
|
Caractéristiques des patients
|
Effectifs
|
Type d’intervention
|
Suivi médian
|
Critères d’évaluation
|
- Cuschieri et al. [28, 29]*
|
- 400 patients
- stades IA
- adénocarcinome de l’antre
- curage D1 ou D2
|
- 122
- (7 % D1 et 93 % D2)
- versus
- 278
- (69 % D1 et 31 % D2)
|
- Pancréato-splénectomie
- versus
- absence de pancréato-splénectomie
|
6,5 ans
|
- Survie en faveur de la résection sans splénectomie
- (p = 0,01)
|
- Bonenkamp et al. [30, 81, 82]*
|
- 998 patients
- adénocarcinomes
|
- 273
- (19 % D1 et 81 % D2)
- versus
- 438
|
- Splénectomie ou pancréatectomie partielle
- versus
- absence de splénectomie ou pancréatectomie
|
-
|
Survie en faveur de la résection sans splénectomie ou
pancréatectomie sans différence significative entre le groupe D1 et
D2
|
- Csendes et al. [51]
- 1985-1992
- monocentrique (?)
|
- localisation ; stade np
- Marge macroscopique proximal np
|
|
- D2
- versus
- D2 + splénectomie
|
|
- Survie à 5 ans :
- 36 % versus 42 % (ns)
- Morbidité :
- - Complications pulmonaires
- 24 % versus 39 % (p < 0,008)
- - Abcès sous-phrénique
- 4 % versus 11 % (p < 0.05)
- - Infection de la plaie (ns)
- - Fievre > 38°C
- 39 % versus 50 % (p < 0,04)
- - Anastomoses (ns)
- Mortalité :
- 3,1 % versus 4,4 % (ns)
|
Conclusions
Les curages de type D2 et D3 augmentent la morbidité et la
mortalité opératoire (niveau de preuve B1), en particulier en cas
de résection pancréatique. Leur valeur thérapeutique et leur impact
sur la survie restent controversés (niveau de preuve C).
Dans les séries occidentales, les études non randomisées et les
études randomisées n’ont pas montré d’avantage de survie à
5 ans pour le curage D2 ou D3 par rapport au curage D1, ni
pour un curage D3 par rapport à un curage D4 pour les T3 ou T4. La
morbidité et la mortalité opératoire sont significativement plus
élevées par rapport à un curage D1.
Devant ces données, les experts du groupe de travail considèrent
que l’opération standard minimale est le curage D1 des ganglions
périgastriques, le curage étendu D2 ou D3 semblant être associé à
une morbidité plus importante.
La splénectomie isolée ou la spléno-pancréatectomie caudale
réalisées de principe ne se justifient pas, bien que ces gestes
aient été proposés afin d’élargir le curage ganglionnaire. Leur
morbidité est élevée, sans gain en survie (niveau de preuve B1).
Les experts s’accordent cependant pour proposer une splénectomie en
cas d’adénopathies de l’artère splénique ou de cancer de la grosse
tubérosité atteignant la séreuse.
Reconstruction après gastrectomie
Objectifs
L’objectif des techniques de reconstruction de l’estomac est de
rétablir le circuit digestif avec le meilleur résultat fonctionnel
possible.
Résultats thérapeutiques
Cinq essais randomisés [16, 42-45][50] et 4 études
prospectives ont été identifiés [46-49, 80] (tableaux 7 et 8( Tableau 7 )( Tableau
8 )).
Seuls deux de ces essais randomisés ont évalué l’impact de la
technique de reconstruction sur la mortalité ou la survie globale
[16, 42].
Tableau 7 Évaluation de la reconstruction
chirurgicale : résultats des essais randomisés
|
Références
|
Caractéristi-ques des patients
|
Effectifs
|
Interventions
|
suivi (mois)
|
Critères d’évaluation
|
|
Liedman et al. [43]
|
- Carcinome distal
- Gastrectomie totale
- 67 % N0
- 17 % T3
|
|
- Néogastre en S
- versus
- Roux-en-Y (RYP)
|
>36
|
- Évaluation de l’état nutritionnel :
- Perte de poids
- 1 kg versus 10 kg (p < 0,01)
- Apports nutritionnels (ns)
|
- Svedlund et al. [44, 45]
- 1984-1991
|
- Carcinome
- proximal
- 62 % N0
- 22 % T3-T4
|
- 20
- versus
- 31
- versus
- 13
- (64/156)
|
- Néogastre en S
- versus
- RYP
- versus
- Gastrectomie
- subtotale
|
60
|
- Évaluation de la qualité de vie :
- Syndrome de non-digestion à 5 ans
- RYP versus GST (p < 0,05)
- RYP versus GT + S (p < 0,01)
- Syndrome de diarrhées à 2 ans
- RYP versus GST (p < 0,05)
- Sickness impact profile à 4 ans
- GST versus RYP (p < 0,01)
- GST versus GT + S (p < 0,01)
|
- Charenton et al. [42]
- 1978-1989
|
- Gastrectomie subtotale
- Carcinome de l’antre
- Lymphadenectomie R2
|
|
- Billroth I
- versus
- Billroth II
|
38 ± 34
|
- Morbidité : 33,3 % versus 31,3 %
- Apparition de fistules :
- 13,3 % versus 3,1 % (p = 0,0032)
- Mortalité (ns)
- Survie globale : 42 % versus 40 %
(ns)
|
|
Fuchs et al. [16]
|
- Gastrectomie totale
- 44 % stade III
- 8 % stade IV
|
|
- Roux-en-Y (RYP)
- versus
- néogastre en S
|
36
|
- Morbidité : 24,5 % versus 26,4 %
(ns)
- Mortalité : 3,8 % versus 1,9 % (ns)
|
Tableau 8 Évaluation de la reconstruction
chirurgicale : résultats des études prospectives non
randomisées
|
Références
|
Caractéristiques des patients
|
Effectifs (évalué/inclus)
|
Populations
|
Suivi
|
Critères d’évaluation
|
- Nakane et al. [49]
- 1993-1996
|
Stades précoces
|
|
- PPG
- versus
- Billroth I (DG)
|
24 mois
|
- Qualité de vie :
- Nausées, vomissements à 1 an
- 40 % versus 0 % (p < 0,01)
- Reflux gastiques
- 68 % versus 8 % (p < 0,01)
- État nutritionnel :
- Apport nutritionnel > 80 % à 1 an*
- 36 % versus 80 % (p < 0,01)
- Poids corporel (ns)
- Vidange gastrique :
- quasi normale versus très faible
|
|
Owada et al. [48]
|
Gastrectomie totale
|
15
|
Substitution par le côlon gauche
|
|
|
|
Hosouchi et al. [47]
|
- 75 % stades I
- (Ia et Ib)
- 18 % stades II
- 7 % stades III
|
|
|
60 mois
|
- Qualité de vie
- Reflux alcalin œsophagien :
- 7,5 % versus 25 % (p < 0,05)
- Reflux de bile dans l’œsophage :
- 7,5 % versus 15 % (ns)
- Vidange gastrioque précoce :
- 2,5 % versus 15 % (p < 0,05)
- État nutritionnel
- Perte de poids à 5 ans :
- 5,5 % versus 15,5 %
|
- Chua et al. [46]
- 1986-1994
|
93 % carcinomes
|
|
- Hunt-Limo-Basto J pouch
- versus
- DG
|
|
- Mortalité (ns)
- Morbidité (ns)
|
Conclusions
Pour les cancers de l’antre, la gastrectomie subtotale donne de
meilleurs résultats à long terme [44, 45]. Pour le rétablissement
de la continuité digestive, il n’y a pas d’avantage fonctionnel
entre la méthode Bilroth I (gastroduodénale) et Bilroth II
(gastrojujénale) [42].
Pour les cancers superficiels du corps gastrique, une
gastrectomie distale, respectant 1,5 cm en amont du pylore
(conservation du pylore) et rétablissant la continuité par
gastrostomie, donne de bons résultats fonctionnels à long terme
[49].
Après gastrectomie totale, le réservoir semble améliorer la
qualité de vie par rapport à l’anse en Y de Roux, avec un moindre
reflux, un moindre risque de dumping syndrome, une moindre
incidence de la lithiase biliaire, une meilleure capacité
d’ingestion, une moindre perte de poids [43, 47, 48, 50, 80]. Mais
d’autres études n’ont pas retrouvé ces avantages [16, 44-46].
Chirurgie palliative
Objectifs et principes
Une intervention chirurgicale palliative n’a de justification que
si elle est immédiatement et durablement efficace. Elle est licite
si le geste est simple et peut être réalisée sans risque majeur et
si l’espérance de vie est suffisamment longue.
Définition
Une chirurgie est dite palliative quand de la tumeur est laissée en
place, ceci inclut les cas où la chirurgie d’exérèse ne peut ou n’a
pas pu être complète (R1 et R2) (§ Type d’exérèse).
Données de la littérature
La laparotomie exploratrice ou un geste palliatif sont associés à
une mortalité allant de 10 à 36 % et à une morbidité de 13 à
23 % [83, 84], sans modifier la durée et/ou la qualité de
survie par rapport aux patients non opérés [85-88]. Il a été
démontré que la gastrectomie donnait de meilleurs résultats que les
dérivations (Lawrence, Monson ) [89-91].
Traitement endoscopique : la mucosectomie
Introduction
La mucosectomie endoscopique (ME) est une technique relativement
récente. Elle a été surtout développée au Japon au début des années
80. La place de la mucosectomie endoscopique au niveau de l’estomac
est difficile à définir. De nombreuses variantes techniques ont été
publiées mais toutes ont pour but la résection par voie
endoscopique de la muqueuse et de la sous-muqueuse de la paroi
digestive.
Les deux problèmes majeurs de cette nouvelle technique de
traitement « mini-invasif » sont :
- – le diagnostic de tumeur superficielle,
- – la place de la mucosectomie endoscopique par rapport à
la chirurgie.
Techniques
Des recommandations publiées par des sociétés savantes françaises
ont été utilisées pour définir la technique de mucosectomie
endoscopique [92]. Afin de réséquer la muqueuse et la
sous-muqueuse, il convient de les séparer du plan musculaire.
L’injection sous-muqueuse de sérum physiologique est le point le
plus important et incontournable de la technique. Par ailleurs,
cette injection va réduire considérablement le risque de
perforation digestive.
Dans la littérature, divers autres produits ont été injectés
comme du sérum adrénaliné (afin de diminuer le risque
hémorragique), du glycérol, du PEG ou du hyaluronidate de Na+ (plus
visqueux pour éviter la diffusion souvent rapide du sérum
physiologique).
En ce qui concerne la résection de la lésion plane soulevée par
l’injection de sérum, différents types d’anses ont été utilisés
(anse avec aiguillon distal, anse à griffes). Enfin, au niveau de
l’œsophage et de l’estomac, l’utilisation d’un « cap »
transparent qui permet une meilleure aspiration de la lésion
soulevée rend la mucosectomie plus simple et plus rapide. En
revanche, ce « cap » est contre-indiqué au niveau du
côlon car il augmenterait le risque de perforation.
En général, les différentes étapes de la mucosectomie
endoscopique sont :
- – le repérage de la lésion et de ses limites :
intérêt majeur des colorations,
- – le marquage des marges de résection avec un
infundibulotome,
- – l’injection sous muqueuse de sérum physiologique en
débutant l’injection au pôle inférieur de la lésion,
- – l’aspiration-résection de la lésion en utilisant du
courant de section pur,
- – la récupération de tous les fragments et
reconstitution de la lésion sur une plaque de liège.
Place par rapport à la chirurgie
Aucune étude randomisée ou synthèse méthodique de la littérature
n’ont été retrouvées. Les études disponibles sont des séries
rétrospectives japonaises [93-95]
Conclusion
Les nombreuses études japonaises montrent l’absence de différence
entre chirurgie et mucosectomie endoscopie pour la survie des
patients. Le taux de complication de cette technique est
relativement faible et la complication peut être quasi toujours
prise en charge endoscopiquement.
Commentaires
Le traitement endoscopique par mucosectomie est le traitement de
première intention en cas de cancer gastrique superficiel au Japon.
La mucosectomie constitue le traitement de choix de la dysplasie de
haut grade ou de carcinome in situ chez des patients à risques
opératoires. En revanche, chez un patient jeune la chirurgie
d’exérèse reste l’intervention standard.
Radiothérapie
Introduction
La radiothérapie des cancers gastriques demeure une irradiation
complexe, du fait de la position intra-abdominale de l’estomac et
de la proximité de nombreux organes critiques adjacents. Le support
nutritionnel des patients devant bénéficier d’une radiothérapie
est, de plus, fondamental.
Critères d’évaluation
Les données de survie globale et de contrôle local ont été
recueillies afin d’évaluer la place de la radiothérapie dans
différentes situations cliniques.
Radiothérapie externe exclusive
L’irradiation externe exclusive n’a, à présent, que peu de place
dans les choix thérapeutiques. Elle vise à apporter une
amélioration symptomatique rapide à des patients douloureux (sur
adénomégalies cœliaques compressives) ou présentant des troubles
hémorragiques, sans possibilité chirurgicale. L’irradiation est
alors hémostatique ou antalgique. Elle reste cependant souvent mal
tolérée (nausées vomissements, troubles sub-occlusifs ou diarrhées,
etc.) chez ces patients à l’état général altéré et on peut alors
lui préférer un traitement médicamenteux.
Radiothérapie adjuvante
Introduction
Les récidives locorégionales après chirurgie curative des cancers
gastriques restent extrêmement élevées, allant jusqu’à 93 %
pour la série autopsique de l’université du Minnesota.
Ces récidives se retrouvent avant tout au niveau du lit tumoral
(25 à 50 %) mais aussi au niveau ganglionnaire (8 à 50 %)
et sur l’anastomose [96]. Ces récidives locorégionales
s’accompagnent souvent d’un essaimage péritonéal et de métastases à
distance. Cependant, elles restent isolées dans plus d’un tiers des
cas.
Résultats de la recherche bibliographique
Notre recherche documentaire a permis d’identifier un essai
randomisé. Cet essai randomisé a évalué la place de la
radiothérapie externe adjuvante et a inclus un bras
chimiothérapie [53, 97]. Ces deux études ont été utilisées pour
l’élaboration d’une recommandation pour la pratique clinique [98].
Cette RPC a traité de la place des traitements adjuvants à
l’exérèse de l’adénocarcinome de l’estomac.
Synthèse des données
Un essai multicentrique [53, 97] ayant inclus 436 patients a
comparé après chirurgie complète (80 % des patients étaient
R0), la radiothérapie seule, la chimiothérapie seule et l’absence
de traitement adjuvant. Une amélioration significative du contrôle
local a été observée par rapport à la chirurgie seule. Aucune
différence de survie n’a été observée. La tolérance globale de
cette radiothérapie a été très souvent médiocre. Les principales
toxicités aiguës étaient digestives (nausées, vomissements,
diarrhées et asthénie).
Conclusion
Seule une étude évaluant la radiothérapie externe adjuvante est
disponible. Les données sont limitées pour évaluer les bénéfices en
termes de survie (niveau de preuve C).
Radiochimiothérapie adjuvante
Introduction
L’objectif d’un traitement adjuvant par radiochimiothérapie est
d’améliorer le taux de contrôle local mais aussi la survie. Dès le
début des années 1980, des équipes ont publié des essais de
phase II réalisés au sein de leurs institutions [96, 99, 100].
Jusqu’en 2000, aucun essai randomisé n’avait cependant pu mettre en
évidence un quelconque bénéfice en faveur de la radiochimiothérapie
postopératoire.
Résultats de la recherche bibliographique
Notre recherche documentaire a permis de sélectionner une
recommandation pour la pratique clinique et 4 essais randomisés de
phase III ayant évalué la place de la radiochimiothérapie
adjuvante :
- – une recommandation pour la pratique clinique [98].
Cette RPC traite de la place des traitements adjuvants à l’exérèse
de l’adénocarcinome de l’estomac,
- – un essai a comparé plusieurs modalités de
radiochimiothérapie [101],
- – trois essais ont comparé l’absence de traitement
adjuvant à la radiochimiothérapie [102-104]. L’étude de Mac Donald
a fait l’objet de plusieurs publications, dont une ayant étudié les
facteurs pronostiques chirurgicaux [105].
Trois de ces quatre essais randomisés [101-103] ont été menés avant
1980.
Comparaison de modalités
Un essai de phase III (115 patients), conduit par l’EORTC, a
posé la question du schéma optimal de chimiothérapie postopératoire
associée à une radiothérapie [101]. Il n’a pas comporté de bras de
référence (chirurgie seule) et les traitements adjuvants n’étaient
pas validés.
Radiochimiothérapie adjuvante versus absence de traitement
adjuvant
Un premier essai randomisé de phase III (66 patients) a
comporté un schéma thérapeutique sous-optimal (radiothérapie
sous-dosée de 20 Gy associée au thiotépa versus chirurgie
seule) après des résections chirurgicales parfois incomplètes. Les
résultats n’ont pas montré de différence de survie significative à
5 ans (38 % versus 28 %, ns) [102].
L’essai de la Mayo clinic a comparé une irradiation de
37,5 Gy associée au 5FU, à l’absence de traitement adjuvant
[103] (62 patients évalués). Une différence significative de survie
a été retrouvée en faveur des patients traités (20 % versus
4 % de survie à 5 ans : p = 0,026). Cependant, les
biais méthodologiques de cette étude (randomisation effectuée avant
obtention du consentement éclairé des patients ayant entraîné le
refus du traitement par 25 % des patients), invalident ces
conclusions.
Une étude américaine multicentrique randomisée intergroupes
américaine (SWOG-9008) a comparé un bras contrôle par chirurgie
seule à une chirurgie suivie d’une radiochimiothérapie [104][105].
Le curage ganglionnaire D2 était recommandé. Six-cent-trois
patients atteints de cancer de stade Ib à stade IV non
dénutris non métastatiques avec une résection chirurgicale R0 pour
un adénocarcinome gastrique (dont 20 % d’adénocarcinomes du
cardia) ont été randomisés. Avec un suivi médian de 5 ans, le
groupe ayant reçu un traitement adjuvant radiochimiothérapie a
bénéficié d’une amélioration significative de la survie sans
récidive à 3 ans (48 % versus 30 % : p <
0,01) et de la survie globale à 3 ans (50 % versus
41 % : p = 0,01) (les modalités de cette étude sont
présentées dans le tableau 9( Tableau 9
)). Une diarrhée grade III-IV retrouvée chez un tiers des patients,
une toxicité hématologique de grade III-IV chez 54 % et
1 % de décès toxiques. Soixante-quatre pour cent des patients
ont complété le traitement comme prévu. Dix pour cent des patients
ont eu un curage de type D2, 36 % un curage D1 et 54 % un
curage < D1.
Tableau 9 Radiochimiothérapie adjuvante dans les
cancers de l’estomac : résultats des essais randomisés de
phase III
- Références
- Période d’inclusion
|
Caractéristiques des patients
|
Traitements adjuvants
|
- Effectifs
- (évalués/inclus)
|
Survie
|
Survieà 5 ans
|
RLR
|
- Dent et al. [102]
- 1974 - 1976
|
Tous stades
|
- Aucun
- versus
- 5FU + RT 20Gy
|
|
-
|
|
-
|
- Moertel et al. [103]
- 1965 - 1974
|
|
|
|
-
|
|
|
- Bleiberg et al. [101]
- EORTC
- 1972 - 1978
|
- Adénocarcinome de l’estomac
- -
|
- Chir + RT 55 Gy
- versus
- chir+ RT+ CT short
- versus
- chir + RT+ CT long
- versus
- chir + RT + CT long +short
|
- 30
- versus
- 30
- versus
- 26
- versus
- 29
- (115)
|
- 12 mois
- versus
- 10 mois
- versus
- 15 mois
- versus
- 18 mois
- (p = 0,041)
|
- 33 %
- versus
- 18 %
- versus
- 26 %
- versus
- 42 %
- (p = nd)
|
-
|
- MacDonald et al. [104]
- [SWOG-9008]
- 1991 - 1998
|
- 20 % cardia
- 70 % T3 T4
- 85 % N+
- 8 % Stade Ib
- 21 % Stade II
- 46 % Stade IIIa
- 23 % Stade IIIb
- 0 % Stade IV
|
- Aucun
- versus
- 5FU (425 mg/m2/5j) + LV
(20 mg/m2/5j) + RT†
|
|
- 27 mois
- versus
- 36 mois
- (p = 0,005)
|
- Survie à 3 ans
- 41%
- versus
- 50 %
- (p = 0,005)
|
- 48%
- versus
- 31 %
- (p < 0,001)
|
Commentaires
Aucune conclusion ne peut être formulée à partir des trois essais
randomisés [101-103] menés avant 1980, et avant l’étude SWOG-9008
[104] en raison des biais méthodologiques de ces études et des
faibles effectifs évalués.
L’interprétation des résultats de l’étude SWOG-9008 [104] est
controversée. Les limites résident sur le fait que seuls 10 %
des patients ont eu un curage de type D2, 36 % un curage D1 et
54 % un curage < D1, alors que le curage recommandé par le
protocole de l’étude était de type D2 [104, 105]. L’analyse
multivariée disponible dans un article [105] présente de manière
détaillée la procédure chirurgicale de l’étude. Cette analyse n’a
pas retrouvé le type de curage ganglionnaire comme étant un facteur
pronostique significatif de survie. Cependant, la puissance
statistique était faible, notamment en raison du faible effectif
des curages D2 (10%) [105]. Des experts considèrent que cette
radiochimiothérapie a permis de rattraper un certain nombre d’actes
chirurgicaux de qualité insuffisante. Le bras chirurgie seule de
cet essai a retrouvé une survie sans récidive à 3 ans de
seulement 30 %, alors que la survie sans récidive des 2 essais
de chimiothérapie adjuvante européens les plus récents (§.
Résultats des études publiées suite à la dernière méta-analyse),
retrouvent une survie sans récidive de l’ordre de 48 % pour le
bras chirurgie seule [106, 107].
En revanche, les données de la littérature ne permettent pas
d’invalider l’hypothèse selon laquelle la radiochimiothérapie
pourrait être efficace en cas de chirurgie de meilleure
qualité.
Conclusion
Une étude a montré un bénéfice en termes de réduction du taux de
récidive (niveau de preuve B1) et d’augmentation de la survie
globale (niveau de preuve B1) pour la radiochimiothérapie après
exérèse d’un cancer gastrique chez les patients non dénutris ayant
un cancer de l’estomac réséqué non métastatique (T1-4, N0-2, M0).
Opinion des experts
L’argumentation présentée selon laquelle la radiochimiothérapie a
semblé avoir bénéficié préférentiellement à une sous-population de
l’étude de Mac Donald (patients ayant une tumeur au moins T3 avec
envahissement des ganglions et avec un curage non adéquat), a
abouti par extrapolation :
- – à ne pas considérer la radiochimiothérapie adjuvante
comme un traitement standard chez tous les patients opérés d’un
cancer de l’estomac R0 avec un curage D1 ou D2 et de stade II ou
III mais à le proposer en option,
- – à classer la radiochimiothérapie adjuvante en standard
chez les patients ayant une tumeur classée T3 et/ou N+ et ayant eu
un curage < D1.
Radiochimiothérapie préopératoire
Introduction
Comme dans beaucoup d’autres localisations, l’association
radiochimiothérapie préopératoire connaît un intérêt croissant, et
pourrait permettre d’éviter la morbidité de traitements
postopératoires réalisés chez des malades fragilisés, dont l’état
nutritionnel postopératoire contre-indiquerait pour certains la
radiochimiothérapie adjuvante.
Résultats de la recherche bibliographique
Notre recherche documentaire n’a pas permis d’identifier d’essais
randomisés de phase III comparant la chirurgie seule à la chirurgie
précédée de radiochimiothérapie ou le bénéfice de cette séquence
préopératoire à une séquence postopératoire. Une seule étude
prospective récente a été sélectionnée [108]. Les séries récentes
évaluant la radiothérapie préopératoire associée à la radiothérapie
peropératoire [109] n’ont pas été retenues.
Synthèse des données
Une étude de phase I-II [108], incluant 19 patients, a évalué la
dose optimale de radiothérapie externe (31,2-38,4 Gy -dose
recommandée- et 45,6 Gy) associée à 2 cycles de chimiothérapie (2
cycles J1-J21 à base de 5FU 800 mg/m2 J1-4,
Leuvorin 60 mg et CDDP 100 mg/m2). Un patient
présentait une réponse histologique complète et 8 patients
(44 %) une réponse partielle majeure (reliquat <
1 cm). Le taux de survie sans récidive à 3 ans est de
50 %.
Conclusion
Aucune étude ne permet de démontrer le bénéfice d’une
radiochimiothérapie préoperatoire (niveau de preuve D). Il n’y a
pas de place pour la radiochimiothérapie préopératoire dans le
traitement des cancers de l’estomac en dehors des cancers du cardia
dont la prise en charge n’est pas traitée dans le cadre de ces
recommandations pour la pratique clinique.
Radiothérapie peropératoire
Avantage théorique
La radiothérapie peropératoire (IORT) permet de n’irradier qu’un
volume réduit incluant exclusivement la tumeur ou le lit opératoire
et les aires ganglionnaires choisies, en excluant les organes sains
adjacents, principal facteur limitant de cette radiothérapie
gastrique.
L’irradiation peropératoire semble donc une technique adaptée
pour la radiothérapie profonde des cancers gastriques permettant
ainsi de délivrer une très forte dose localisée sans irradier les
tissus sains adjacents, principal facteur de limitation de cette
irradiation.
Modalités
La dose délivrée en une fraction est importante (10 à 23 Gy
selon les séries) et son équivalence radiobiologique est deux à
trois fois supérieure.
Résultats de la recherche bibliographique
Notre recherche documentaire n’a pas permis d’identifier d’essais
randomisés occidentaux publiés comparant l’IORT à la chirurgie
seule. Seuls des essais randomisés [110] menés chez des patients
asiatiques ont été identifiés. Ces études n’ont pas servi à
l’établissement des conclusions et des recommandations.
Un essai randomisé évaluant la radiothérapie préopératoire avec
complément de radiothérapie peropératoire par rapport à la
chirurgie seule a été retrouvé [111].
Un essai randomisé a comparé la radiothérapie préopératoire à la
radiothérapie externe seule [112].
Morbidité et complications
La morbidité immédiate de cette radiothérapie peropératoire reste
minime et se résume à un allongement du temps d’anesthésie. Les
seuls problèmes postopératoires immédiats sont d’ordre
hémorragique, lorsqu’il existe un envahissement artériel tumoral
dans le volume ainsi irradié.
Certaines séries décrivent une augmentation du retard à la
cicatrisation (principalement à type de fistule postopératoire, de
surinfection). Ces complications restent rares et n’augmentent pas
significativement la morbidité opératoire.
Les complications tardives sont avant tout des neuropathies
douloureuses (cœliaques en particulier) et retrouvées
principalement pour des doses uniques supérieures à 15 Gy.
IORT versus chirurgie seule
Les résultats des études asiatiques [110] n’ont malheureusement pas
été retrouvés dans les séries occidentales. Aucune série randomisée
occidentale n’a été à ce jour publiée.
Radiothérapie préopératoire et radiothérapie peropératoire
versus chirurgie seule
Une étude randomisée [111] menée chez 78 patients atteints de
cancer de l’estomac a comparé la chirurgie à la radiothérapie
préopératoire 20 Gy 5j 4 Gy/j + peropératoire 20 Gy. Aucune
différence significative de survie pour les N0 et les T1 T2, mais
différence significative pour les T3 T4 pour les N+.
IORT versus radiothérapie externe
Une étude menée chez 41 patients a comparé l’IORT à la dose de
20 Gy à l’irradiation externe adjuvante postopératoire de
50 Gy (sans chimiothérapie) [112]. Un gain en termes de
contrôle local en faveur de l’IORT a été mis en évidence ;
aucun gain sur la survie globale et sur le taux de récidive n’a été
mis en évidence.
Conclusion
Il n’y a plus d’essai en cours d’irradiation peropératoire, les
institutions qui la pratiquent demeurent peu nombreuses.
Chimiothérapie adjuvante postopératoire
La chimiothérapie adjuvante postopératoire concerne les patients
ayant bénéficié d’une résection macroscopiquement complète de la
tumeur gastrique, mais comportant des facteurs de risque de
récidive (séreuse envahie et/ou ganglions positifs).
Résultats de la recherche bibliographique
Trois-cent quarante-six articles ont été obtenus à partir de notre
équation de recherche. Cinq méta-analyses [113-117] et
26 essais randomisés publiés comparant la chimiothérapie
adjuvante par voie intraveineuse ou per os à l’absence de
traitement ont été identifiés [97, 107, 118-141]. Un essai publié
uniquement sous forme de résumé au congrès de l’ASCO a également
été identifié [106]. Un autre essai randomisé publié sous forme de
résumé en 1998 a été identifié. [142]. Seule l’analyse des
méta-analyses et des essais non inclus dans ces méta-analyses est
présentée. La présentation des essais randomisés inclus dans les
méta-analyses est disponible sous forme de tableau uniquement.
Cinq essais ont comparé la chimiothérapie par voie
intrapéritonéale à la chirurgie seule [143-147].
Les modalités comparées étaient la monochimiothérapie, la
polychimiothérapie avec ou sans anthracycline par rapport à la
chirurgie seule.
Résultats des méta-analyses
Analyse globale
Aucune des 5 méta-analyses publiées (tableaux 10 et 11( Tableau 10 )( Tableau
11 )) n’a effectué une analyse à partir des données
individuelles des études [113-117]. Elles ont inclus 6 essais
randomisés en commun [121, 122, 124, 127, 128, 131]. Seuls les
essais publiés en anglais ont été inclus.
Tableau 10 Chimiothérapie adjuvante des cancers de
l’estomac : résultats des méta-analyses des essais
randomisés
|
Références
|
Mari et al.[115]
|
Earle et al.[114]
|
- Hermans et al.[113]
- Hermans et al.[149]
|
Janunger et al.[116]
|
Panzini et al.[117]
|
|
Recherche bibliographique
|
Medline® Embase® 1965 - 1999
|
- Medline® Embase®
Cancerlit®
- 1965 - 01/1999
|
Medline® 1980 - juin 1991
|
np
|
- Medline®- Cancerlit®
- 1980 - Août 2000
|
|
Effectif inclus
|
3788 (3658)
|
1990
|
2096
|
3962
|
3118
|
|
0,83 [0,76-0,91]
|
0,80 [0,66-0,97]
|
0,88 [0,78-1,08]
|
0,84 [0,74-0,96]
|
0,72 [0,62-0,84]
|
|
Nombre d’essais identifiés
|
24
|
18
|
14 (+2)*
|
np
|
25
|
|
Nombre d’essais inclus dans l’analyse
|
20
|
13
|
11 (+2)*
|
21
|
17**
|
|
Études d’immunochimiothérapie et de chimiothérapie
intrapéritonéale
|
non incluses
|
non incluses
|
incluses
|
non incluses
|
non incluses
|
|
Études asiatiques
|
incluses
|
exclues
|
incluses
|
incluses
|
non exclues
|
Tableau 11 Études de chimiothérapie adjuvante incluses
dans les 5 méta-analyses
|
Références
|
Mari et al.[115]*
|
Earle et al.[114]
|
- Hermans et al.[113]
- Hermans et al.[149]
|
Janunger et al.[116]
|
Panzini et al.[117]
|
|
Alcobendas et al. [123]
|
oui
|
|
oui
|
|
|
|
Allum et al. [130]*
|
oui
|
|
oui
|
oui
|
|
|
Atiq et al. [144]
|
|
|
|
|
|
|
Bajetta et al. [107]
|
|
|
|
|
|
|
Chou et al. [134]
|
oui
|
|
|
oui
|
oui
|
|
Cirera et al. [140]
|
oui
|
|
|
|
oui
|
- Coombes et al. [131]
- (ICCG UK)
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
|
Douglass et al. [121] (GITSG)
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
|
Ducreux et al. [106] (abstract ASCO)
|
|
|
|
|
|
|
Engstrom et al. [127]
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
|
Grau et al. [133]*
|
|
|
|
oui
|
|
|
Hallisey et al. [97]**
|
oui
|
|
|
oui
|
|
|
Higgins et al. [124] (VASOG)
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
|
Huguier et al. [120]
|
|
oui
|
|
oui
|
oui
|
|
Igtsg et al. [128]
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
|
Jakesz et al. [129]
|
oui
|
|
oui
|
oui
|
|
|
Krook et al. [132]
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
|
Lise et al. [135] (EORTC)
|
oui
|
oui
|
|
oui
|
oui
|
|
MacDonald et al. [136] (SWOG)
|
oui
|
oui
|
|
oui
|
oui
|
|
Nakajima et al. [119]
|
|
|
|
oui
|
|
|
Nakajima et al. [153]
|
|
|
|
oui
|
|
|
Nakajima et al. [141]
|
|
|
oui
|
oui
|
oui
|
|
Nakajima et al. [141]
|
oui
|
|
|
|
oui
|
|
Neri et al. [138]
|
oui
|
oui
|
|
oui
|
oui
|
|
Ochiai et al. [125]
|
oui
|
|
oui
|
|
|
|
Sautner et al. [145]
|
|
|
|
|
|
|
Schiessel et al. [143]
|
|
|
oui
|
|
|
|
Schlag et al. [122]
|
oui
|
oui
|
|
oui
|
oui
|
|
Serlin et al. [154]
|
|
|
|
oui
|
|
|
Takahashi et al. [146]
|
|
|
|
|
|
|
Tsavaris et al. [139]
|
oui
|
oui
|
|
oui
|
oui
|
|
Yamamura et al. [155]
|
|
|
oui
|
|
|
Méta-analyse de Hermans
Ce travail a porté sur 14 études dont 11 ont pu être complètement
analysées. Les résultats n’ont pas permis de conclure à une
efficacité significative de la chimiothérapie adjuvante malgré un
nombre total de 2 096 patients inclus [113]. Cette
méta-analyse a été critiquée [148] pour les raisons suivantes :
certains essais importants n’avaient pas été inclus, inclusion
d’études menées chez des patients présentant une maladie résiduelle
après la chirurgie, inclusion d’études d’immunochimiothérapie et de
chimiothérapie intrapéritonéale.
Les auteurs ont révisé par la suite leur analyse [149, 148] en
insérant deux études (Odds ratio 0,82,
IC95% : 0,68-0,97) [137, 122].
Méta-analyse de Earle
Cette seconde méta-analyse a été effectuée et publiée en 1999 en
sélectionnant les essais de 1966 à janvier 1999 [114]. Au total,
13 essais, uniquement occidentaux ont été retenus (les études
asiatiques ont été exclues), l’Odds ratio est de 0,80 [0,66-0,97]
avec une diminution du risque de décès due à la chimiothérapie qui
pourrait être de 4 % (65 % versus 61 %).
Méta-analyse de Mari
Cette troisième méta-analyse publiée en 2000 a sélectionné les
essais de 1966 à décembre 1999 [115]. Sur 113 essais
sélectionnés, 20 ont été inclus soit 3 658 patients au total. Les
hazard ratios ont été calculés avec un intervalle de confiance de
95 % pour chacune des études et ont montré des résultats en
faveur de la chimiothérapie dans 19 des 21 comparaisons, avec
une différence significative dans 6 essais. La valeur globale du
hazard ratio montre un effet bénéfice de la chimiothérapie [0,82,
IC95 % : 0,75-0,89]. Cette méta-analyse a
analysé séparément les études d’Alcobendas et de Grau alors
qu’elles portent sur les mêmes patients.
Méta-analyse de Janunger
Cette quatrième méta-analyse a sélectionné 21 essais
randomisés soit 3 962 patients au total [116]. Deux études ont
été exclues de l’analyse, une étude d’immunochimiothérapie,
l’autre, publiée uniquement en japonais. L’Odds ratio est de 0,84
[0,84, IC95 % : 0,74-0,96]. Une analyse en
sous-groupes a mis en évidence une amélioration significative de la
survie en faveur de la chimiothérapie adjuvante pour les études
asiatiques [0,58, IC95 % : 0,44-0,76]. Cette
amélioration n’est pas significative pour les études occidentales
[0,96, IC95 % : 0,83-1,12].
Méta-analyse de Panzini
Cette cinquième méta-analyse a sélectionné 17 essais randomisés (18
comparaisons) soit 3 118 patients au total (tableau 12)( Tableau 12 )[117]. Plusieurs types d’études
ont été exclus de l’analyse. Il s’agissait des études comportant un
bras d’immunothérapie [129], un bras de chimiothérapie
intrapéritonéale ou de la radiothérapie ainsi que les études ayant
inclus des patients avec une maladie métastatique ou résiduelle
après chirurgie [53, 97]. L’Odds ratio est de 0,72 [0,72
IC95 % : 0,62-0,84]. Aucune analyse en
sous-groupes n’a été effectuée.
Tableau 12 Polychimiothérapie adjuvante avec ou sans
anthracyclines versus chirurgie curative seule : essais
randomisés publiés depuis la dernière méta-analyse [117]
|
Références
|
Caractéristiques des patients
|
- Effectifs
- (évalués/inclus)
|
Traitements adjuvants
|
Suivi médian
|
Survie à 5 ans
|
- Bajetta et al. [107]
- 1992-1997
|
- 90 % N+
- Gastrectomie totale ou subtotale
- curage D2
|
|
- EAP 2 cycles
- puis FU-AF
- versus
- pas de traitement
|
|
|
- Ducreux et al. [106]
- Abstract ASCO
- FFCD 8801
|
np
|
260
|
- 5FU 800 mg/m2 1cycle
- 5FU + CDDP 4 cycle
- versus
- pas de traitement
|
-
|
- 51,3 %
- versus
- 47,3 %
- (ns)
|
- Chipponi et al. [142]
- 1989-1997
|
Curage D1 ou D2
|
|
- FU-LV + CDDP
- versus
- Pas de traitement
|
|
|
Conclusion sur les méta-analyses
Ces 5 méta-analyses montrent une légère tendance en faveur de la
chimiothérapie adjuvante en termes de survie globale. Toutefois,
ces résultats sont à tempérer compte tenu de la méthode imparfaite
de ces travaux : omission d’études négatives non publiées,
prise en compte des données publiées sans retour aux données
individuelles.
Résultats des études publiées suite à la dernière
méta-analyse
Trois études ont été publiées depuis la réalisation des deux
dernières méta-analyses [106, 107, 142]. L’une de ces études n’est
disponible que sous forme de résumé publié à l’ASCO [106]. Ces
trois études ne modifient pas les conclusions des méta-analyses,
car aucune des ces deux études ne retrouve un bénéfice de survie dû
à la chimiothérapie adjuvante.
Chimiothérapie intrapéritonéale
- – Avantage théoriqueLa chimiothérapie intrapéritonéale
pourrait aussi avoir sa place en traitement adjuvant dans la mesure
où elle permet une concentration locale importante ainsi qu’un
passage portal préférentiel qui pourraient diminuer le
développement de métastases péritonéales et hépatiques (tableau
13)( Tableau 13 )[150].
- – Données de la littératurePlusieurs études randomisés
ont été menées : 4 études occidentales [143, 145, 147, 151], 1
étude asiatique [146], 2 études avec administration
intrapéritonéale intra-opératoire [66, 152].
- – ConclusionCes études ne permettent pas de conclure sur
les bénéfices et les risques de la chimiothérapie
intrapéritonéale.
Tableau 13 Chimiothérapie intrapéritonéale
adjuvante : résultats des études occidentales randomisées
|
Références
|
Caractéristiques des patients
|
- Effectif
- (évalués/inclus)
|
Traitements
|
Survie médiane
|
Survie
|
|
Rosen et al. [151]
|
|
|
- MMC + carbone
- versus
- contrôle
|
ns
|
ns
|
|
Sautner et al. [145]
|
Stades III et IV
|
|
|
|
-
|
|
Schiessel et al. [143]
|
T3, T4
|
|
|
-
|
- À 2 ans
- 38 % versus 38 %
- (ns)
|
|
Yu et al. [147]
|
Stades I à IV
|
|
- MMC + 5FU
- versus
- contrôle
|
-
|
- À 5 ans
- 39 % versus 29 %
- (ns)
|
Immunochimiothérapie adjuvante postopératoire
Résultats de la recherche bibliographique
Les études d’immunochimiothérapie asiatiques sont multiples, très
variées et hétérogènes. Elles n’ont pas été reproduites et
confirmées en Europe ni aux États-Unis et ce d’autant que certains
immunostimulants testés ne sont pas disponibles en Occident. Ces
études n’ont pas été sélectionnées dans ce document.
Quatre études ont été sélectionnées pour l’analyse de la
littérature sur ce thème [128, 129, 156-158].
Données de la littérature
Quatre études randomisées ont été identifiées et sont présentées
dans le tableau 14( Tableau 14 ).
Aucune étude n’a démontré d’avantage en termes de survie. Seule une
étude portant sur un petit effectif a rapporté un avantage de
survie global significatif avec la prise de cimétidine en
postopératoire et sur une longue durée [157] ; ces résultats
intéressants n’ont cependant pas été confirmés par des études
menées chez un plus grand nombre de patients [156, 158].
Tableau 14 Immunochimiothérapie adjuvante des cancers
de l’estomac : résultats des essais randomisés
|
Références
|
Traitements
|
Effectifs
|
Survie à 5 ans
|
|
Jakesz et al. [129]
|
- MMC + 5FU + AraC + Ftotafur + PCB
- MMC + 5FU + AraC + Ftotafur
- Pas de traitement
|
125
|
- ns
- p < 0,05 pour les patients T3-T4
|
|
Igtsg et al. [128]
|
- 5FU + MeCCNU + Lev
- 5FU + MeCCNU
|
213
|
ns
|
|
Langman et al. [158]
|
|
442
|
21 % versus 18 % (ns)
|
|
Tonnesen et al. [157]
|
Cimetidine versus placebo
|
181
|
Différence de survie significative
|
|
Primrose et al. [156]
|
Ranitidine versus placebo
|
222
|
Pas de différence de survie
|
Chimiothérapie néoadjuvante
Principes et objectifs
Le terme de chimiothérapie néoadjuvante (dite encore préopératoire
ou d’induction) définit toute chimiothérapie délivrée avant le
traitement locorégional considéré comme déterminant, ici l’exérèse
chirurgicale. Un tel traitement préopératoire peut avoir trois
avantages théoriques :
- – permettre une réduction tumorale rendant plus aisée et
plus fréquente la résection chirurgicale complète ;
- – traiter précocement les micrométastases infracliniques
avant même la phase de dépression immunitaire
postopératoire ;
- – sélectionner les tumeurs chimiosensibles pouvant
justifier d’une chimiothérapie adjuvante après l’exérèse
chirurgicale.
Un des problèmes majeurs que rencontre le développement d’une
chimiothérapie néoadjuvante dans les adénocarcinomes gastriques est
la définition même de la réséquabilité d’un cancer de l’estomac. En
effet, les études de chimiothérapie néoadjuvante mélangent souvent
les tumeurs gastriques a priori réséquables dans une intention
curative (résection R0) et les patients ayant une tumeur de
l’estomac dite localement avancée. Cette classification en cancer
localement avancé va cependant dépendre du bilan préopératoire
réalisé (y a-t-il eu une écho-endoscopie, une laparoscopie, voire
une laparotomie ?), de l’état général et de l’âge ainsi que de
« l’agressivité du chirurgien ».
Chimiothérapie néoadjuvante dans les tumeurs localement
avancées non réséquables d’emblée
Résultats de la recherche bibliographique
Aucune étude randomisée n’a été retrouvée par notre recherche
documentaire. Plusieurs études prospectives sont disponibles
[159-164].
Résultats des études
Wilke et al. ont montré la faisabilité dans cette indication de
l’EAP à partir d’une série de 34 patients présentant
initialement une tumeur gastrique considérée comme inextirpable
lors d’une laparotomie initiale [159] ; la chimiothérapie a
entraîné 70 % de RO et 15 gastrectomies macroscopiquement
complètes ont pu être réalisées parmi les 23 patients
répondeurs.
Six autres études ont évalué l’intérêt de la chimiothérapie pour
la régression d’un infiltration tumorale importante et pour
permettre la résection secondaire complète R0 [160-165]. Le taux de
résection secondaire retrouvé dans ces études était en moyenne de
40 %. Ces études ont été menées chez des patients sélectionnés
dans des centres spécialisés.
Conclusion
En cas de cancers gastriques localement avancés non réséquables, le
bénéfice d’une chimiothérapie néoadjuvante en termes de survie
n’est pas prouvé (niveau de preuve C).
Commentaires
Le bénéfice d’une chimiothérapie néoadjuvante est en cas de cancers
gastriques localement avancés non réséquables hautement probable.
Même en l’absence d’étude randomisée, la plupart des experts
reconnaissent cette indication car le pronostic des patients non
traités est catastrophique. Cette décision doit être prise en
réunion multidisciplinaire. La réséquabilité doit être à chaque
fois reconsidérée en cas de réponse tumorale à la chimiothérapie.
Chimiothérapie néoadjuvante dans les tumeurs potentiellement
réséquables
Résultats de la recherche bibliographique
Quatre essais randomisés comparant la chimiothérapie néoajuvante
suivie d’une chirurgie, à la chirurgie seule ont été identifiés
[166-169]. Les résultats de trois de ces études [168, 169] sont
disponibles uniquement sous forme de résumé dont un présenté en
1996 à l’ASCO [167].
Résultats des études randomisées
La seule étude publiée a comparé la chimiothérapie néoadjuvante à
la chirurgie seule chez 59 patients opérables [166].
Malheureusement cette étude n’a pu être menée à bien en raison d’un
recrutement trop faible. Une inclusion de 225 patients par bras
était prévue pour mettre en évidence une différence de
réséquabilité de 15 % entre les deux bras. L’analyse portant
sur les 56 patients éligibles n’a pas montré de différence
significative de survie, de taux de résection R0 (critère de
jugement principal) (18/27 – 67 %- versus 19/29 – 66 %
NS). Les deux autres études asiatiques [167, 168] disponibles
uniquement sous forme de résumés n’ont pas montré de bénéfices de
survie pour le traitement néoadjuvant. Les résultats préliminaires
de l’étude MAGIC ont été présentés à l’ASCO 2003 [53, 169]. Cette
étude a comparé chez 503 patients atteints de cancer de l’estomac,
de la jonction œsophageogastrique ou du bas œsophage
l’administration préopératoire et postopératoire d’une
chimiothérapie à la chirurgie seule. La chimiothérapie était de
type ECF. L’analyse préliminaire ne montre pas de différence de
survie à 2 ans (critère de jugement principal 48 % versus
40 %, p = 0,063). Un avantage significatif en termes de survie
sans rechute a été mis en évidence (médiane de 18 mois versus
12 mois p = 0,02). Il est nécessaire d’attendre la publication
détaillée des résultats définitifs avec un suivi plus long des
patients pour conclure.
Conclusion
Les résultats des études disponibles ne permettent pas d’établir la
place de la chimiothérapie néoadjuvante en cas de tumeurs
localement avancées mais potentiellement réséquables (niveau de
preuve C). Des essais sont actuellement en cours en Europe.
Chimiothérapie des formes métastatiques : les principaux
médicaments anticancéreux efficaces
En chimiothérapie, l’efficacité antitumorale d’un médicament
anticancéreux est essentiellement analysée dans des études de
phase II sur le taux de réponse objective (RO) qui regroupent
les taux de réponse complète (RC) et de réponse partielle (RP)
définis selon les critères OMS. Les principales molécules testées
en monothérapie dans ce type d’études donnent des taux de réponse
objective compris entre 10 et 30 % [170] avec des durées
brèves (3 à 6 mois) et pratiquement jamais de réponse
complète.
Comme pour tous les cancers digestifs, le principal médicament
anticancéreux utilisé reste le 5-fluoro-uracile avec des taux de
réponse objective aux alentours de 20 %. Les autres molécules
donnant des taux de réponse objective comparables sont la
mitomycine C, l’adryamicine et le cisplatine. Cependant, le
caractère ancien de certaines études doit rendre prudent dans
l’interprétation de ces résultats, compte tenu de la moindre
précision dans l’évaluation de la réponse tumorale, en l’absence de
scanners relus par des radiologues extérieurs aux études. D’autres
produits comme les nitrosourées ou l’étoposide pourraient aussi
avoir une certaine activité à un degré moindre. En revanche, le
carboplatine, dérivé du cisplatine largement utilisé dans les
cancers ovariens, n’a ici aucune efficacité comparable au
cisplatine et donc aucune place. Parmi les nouvelles molécules, les
taxanes semblent avoir une activité intéressante dans les cancers
œsogastriques, notamment le docétaxel avec un taux de réponse de
24 % observé chez 33 patients. L’irinotecan donne des taux de
réponse objective entre 25 et 43 %, dans 3 études de phase II
menées au Japon. La place du ratiltrexed et de l’oxaliplatine est
aussi en cours d’évaluation, alors que la gemcitabine n’a ici
aucune efficacité.
Type d’interventions
Pour répondre à la question « Chimiothérapie versus absence de
chimiothérapie ? », les interventions considérées ont été
la chimiothérapie palliative en monochimiothérapie ou en
polychimiothérapie quelles que soient les doses par rapport aux
meilleurs soins palliatifs.
Pour répondre à la question « Quelle chimiothérapie
palliative ? », toutes les études présentant des
comparaisons de chimiothérapie ont été prises en compte.
Chimiothérapie versus absence de chimiothérapie
Résultats de la recherche bibliographique
Trois études randomisées publiées ont comparé la chimiothérapie à
l’absence de chimiothérapie [171-173].
Synthèse des données
Nous disposons de 3 études randomisées publiées ayant posé la
question de l’intérêt en termes de survie de proposer une
chimiothérapie pour un adénocarcinome gastrique métastatique par
rapport à un simple traitement symptomatique (tableau 15( Tableau 15 )). La première étude publiée en
1993 a comparé un schéma FAMTX modifié (diminution de la dose de
MTX à 1 g/m2) à un groupe contrôle sans
chimiothérapie [171]. La randomisation a été interrompue après
l’inclusion de 22 patients (10 dans le bras contrôle et 12
dans le bras chimiothérapie) en raison d’un bénéfice de survie
significatif en faveur de la chimiothérapie (médiane de survie
passe de 9 à 3 mois, p = 0,001). Cependant, la méthodologie de
cette étude est très contestable car l’analyse de survie est faite
avec 18 patients supplémentaires inclus dans le bras
chimiothérapie sans randomisation et l’effectif reste au total très
faible.
La seconde étude publiée par Pyrhonen et al. en 1995 est
méthodologiquement plus rigoureuse [172]. Elle a comparé une
chimiothérapie similaire en remplaçant l’adriamycine par
l’épirubicine (FEMTX) à un traitement de confort sans
chimiothérapie mais comprenant des vitamines A et E. Là aussi, on
constate une amélioration significative de la survie globale (5,4
versus 1,7 mois ; p = 0,0006) après randomisation de
41 patients. La médiane de survie du bras contrôle paraît
cependant particulièrement courte dans cette étude et l’effectif
global reste aussi assez faible.
La publication de Glimélius et al. de 1997 a randomisé
61 patients entre une chimiothérapie accompagnée par le
meilleur traitement symptomatique contre le meilleur traitement
symptomatique seul [173]. La chimiothérapie était soit le protocole
ELF soit la même association 5FU-AF mais sans étoposide. Malgré un
meilleur état général des patients dans le bras contrôle et le fait
que 12 patients de ce bras ont finalement reçu une
chimiothérapie, la médiane de survie n’a pas été statistiquement
différente entre le bras chimiothérapie et le bras contrôle
(8 mois versus 5 mois, p = 0,12). Cependant, dans un
modèle de Cox testant l’influence des principaux facteurs
pronostiques, dont l’état général, le fait d’avoir reçu une
chimiothérapie était un facteur indépendant de survie significatif
(p = 0,03). Cette étude a évalué la qualité de vie par le
questionnaire EORTC-QLQ-C30. Quarante-cinq pour cent des patients
du bras chimiothérapie ont eu une amélioration de leur qualité de
vie d’une durée minimum de 4 mois contre seulement 20 %
dans le bras contrôle (p < 0,05).
Tableau 15 Chimiothérapie versus absence de
chimiothérapie des cancers de l’estomac métastatique : résultats
des essais randomisés de phase III
|
Références
|
- Effectifs
- (évalué/inclus)
|
Traitements
|
Survie médiane
|
Survie à 1 an
|
Survie à 2 ans
|
- Murad et al. [171]
- 1988-1991
|
- 30 (12 + 18)*
- versus
- 10
- 40/41
|
|
- 10 mois
- versus
- 3 mois
- p = 0,001
|
|
|
- Pyrhonen et al. [172]
- 1986-1992
|
|
- FEMTX
- versus
- contrôle (vitamine A et vitamine E)
|
- 12,3 mois
- versus
- 3,1 mois
- p = 0.001
|
- 52 %
- versus
- 5 %
- p < 0,001
|
|
- Glimelius et al. [173]
- 1991-1995
|
|
- ELF/FLv
- versus
- soins palliatifs
|
|
|
Commentaires méthodologiques
Dans l’étude de Glimélius et al. [173], certains domaines de
qualité de vie ont été dégradés de façon non significative par la
chimiothérapie (activité réduite, plus de fatigue, moins d’appétit,
plus de dyspnée). Les auteurs ont élaboré leurs propres critères
d’interprétation du questionnaire EORTC QLQ-C30 en faisant
intervenir deux investigateurs de leur institution qui ignoraient
le traitement reçu. Les règles étaient faciles à appliquer et les
résultats ont été assez reproductibles entre investigateurs.
Cependant, il ne s’agissait pas de la méthode habituelle
d’interprétation des questionnaires de l’EORTC. L’observance au
questionnaire (nombre de questionnaires remplis par rapport au
nombre de questionnaires théoriquement attendus) a été médiocre
(61 % à 4 mois dans le bras chimiothérapie, 37 %
dans le bras traitement symptomatique). Au total, cette étude ne
donne pas de certitude sur le bénéfice en termes de qualité de vie
d’une chimiothérapie palliative.
Conclusion
Il existe maintenant suffisamment d’arguments pour conclure que la
chimiothérapie augmente modestement (de 3 à 9 mois selon les
études) mais significativement la survie des patients ayant un
cancer de l’estomac avancé (niveau de preuve B1) démontrée pour un
protocole peu toxique. L’amélioration de la qualité de vie n’est
pas prouvée (niveau de preuve C).
Modalités de la chimiothérapie des formes métastatiques
Polychimiothérapie versus 5FU seul
- – Résultats de la recherche bibliographique. Quatre
études randomisées ont comparé le 5FU seul à plusieurs associations
de chimiothérapie (tableaux 16 et 17( Tableau
16 )( Tableau 17 )) [174-177].
Les essais de phase II randomisés ont également été identifiés mais
non sélectionnés. Ces études de phase II identifiées vont servir à
la mise en place d’un suivi prospectif des nouvelles données
publiées en vue d’évaluer périodiquement leur impact sur les
recommandations.
- – FU seul versus FAM. En 1985, Cullinan et al. ont
publié une étude randomisée de phase III portant sur
151 patients [174]. Les résultats ont montré une survie
identique dans les bras traités par FAM et par 5FU seul, malgré un
meilleur taux de réponse objective pour le FAM (38 % versus
18 %). Un troisième bras associant 5FU-adriamycine a été testé
dans cet essai avec les mêmes mauvais résultats, d’autant plus que
la toxicité dans les bras polychimiothérapies était nettement
supérieure au 5FU seul.
- – 5FU seul versus FAP/FP. En 1994, une autre étude
retrouvait le même type de résultats négatifs avec 3 autres schémas
comparés au 5FU seul dont le protocole FAP
(5FU-adriamycine-cisplatine) [176]. En revanche, une étude à 3 bras
publiée en 1993 par Kim et al. comparant au 5FU les protocoles FAM
et FP a confirmé l’absence d’efficacité du FAM mais a montré une
amélioration significative de la survie sans progression et du taux
de réponse objective en faveur du bras FP, sans traduction
statistiquement significative sur la survie globale [175].
- – 5FU seul versus 5FU + CDDP (FP, 105 patients) ou
tegafur + mitomycine. En 2003, une étude randomisée de phase III
portant sur 280 patients a été publiée. Cette étude a comparé le
5FU seul (105 patients) à l’administration de 5FU + CDDP (FP, 105
patients) ou tegafur + mitomycine (UFTM, 70 patients). Aucune
différence de survie n’a été observée entre les deux bras (critère
de jugement principal). La médiane de survie sans progression était
différente entre le bras FP par rapport au bras 5FU (respectivement
3,9 versus 1,9, p < 0,001) [177].
Tableau 16 Polychimiothérapies versus 5FU seul des
cancers de l’estomac métastatiques : résultats des essais
randomisés de phase III
|
Références
|
Chimiothérapie
|
Effectifs
|
Taux de réponses objectives (RC)
|
Survie médiane mois
|
Survie sans progression (semaines)
|
|
Cullinan et al. [174]
|
- 5FU
- 5FU + ADR
- 5FU + ADR + MMC
|
|
- 18 %
- 27 % (ns)
- 38 % (ns)
- NS
|
NS
|
NE
|
|
Kim et al. [175]
|
- 5FU
- 5FU + ADR + MMC
- 5FU + CDDP
|
|
- 26 (0)
- 25 (2) (ns)
- 51 (4) (p < 0,01)
|
|
- 9,1
- 12 (p < 0,05)
- 21,8 (p < 0,005)
|
|
Cullinan et al. [176]
|
5 FU
|
69*
|
NE
|
NS
|
NE
|
|
5FU + ADR + CDDP
|
51*
|
|
5FU + ADR + CCNU
|
53*
|
|
5FU + ADR + CCNU + TZT
|
79*
|
Tableau 17 Comparaison de plusieurs modalités de
polychimiothérapie des cancers de l’estomac métastatiques :
résultats des essais randomisés
|
Références
|
Chimiothérapie
|
Effectifs
|
Taux de réponses objectives
|
Survie médiane
|
|
|
|
- 9 %
- versus
- 41 %
- (p = 0,001)
|
- 7,2 mois
- versus
- 10,5 mois
- (p = 0,04)
|
|
Kelsen et al. [179]
|
|
|
|
- 7,3 mois
- versus
- 6,1 mois
- (ns)
|
|
Waters et al. [180]
|
|
|
- 21 %
- versus
- 46 %
- (p = 0,00003*)
|
- 6,1 mois
- versus
- 8,7 mois
- (p = 0,0005)
|
|
Ross et al. [181]
|
|
|
- 42,4 %
- versus
- 44,1 %
- (ns*)
|
- 9,4 mois
- versus
- 8,7 mois
- (ns)
|
|
Vanhoefer et al. [182]
|
- ELF
- versus
- FUP
- versus
- FAMTX
|
- 129/132
- versus
- 127/134
- versus
- 122/133
- 376/399
|
- 9 %
- versus
- 20 %
- versus
- 12 %
- (ns*)
|
- 7,2 mois
- versus
- 7,2 mois
- versus
- 6,7 mois
- (ns)
|
Comparaison des polychimiothérapies entre elles
- – Résultats de la recherche bibliographique. Cinq études
ont comparé plusieurs types de polychimiothérapie entre elles
[178-182]. Des études randomisés III dont les résultats ne sont
disponibles à l’heure actuelle que sous forme résumée et/ou pour
lesquelles seules des analyses statistiques intérimaires, ou des
molécules en cours d’évaluation en phase II, ont également été
identifiées mais n’ont pas été sélectionnées. Ces études ne sont
pas décrites. Il s’agit d’études ayant évalué les interventions
suivantes : docétaxel [183], irinotecan [184], capacitabine
[185-188], Oxaliplatine [185], marimastat [189].
- – FAMTX versus FAM. L’efficacité du FAMTX a surtout été
démontrée par une étude randomisée de phase III de l’EORTC le
comparant au FAM avec une toxicité moindre, un meilleur taux de
réponses objectives (41 % versus 9 %) et une médiane de
survie plus longue de 14 semaines en faveur du FAMTX
[178].
- – FAMTX versus EAP. Un essai de phase III a comparé
le protocole EAP au FAMTX [179]. Cet essai, qui devait inclure
130 patients, a été interrompu prématurément après inclusion
des 60 premiers patients en raison de la survenue d’une
toxicité significativement supérieure dans le bras EAP qui a
entraîné 4 décès toxiques. Au moment de l’arrêt des
inclusions, le taux de réponses objectives était de 33 % dans
le bras FAMTX versus 20 % dans le bras EAP. Les auteurs ont
conclu que le FAMTX était au moins aussi actif que l’EAP et avait
une toxicité moins sévère et plus facile à gérer.
- – FAMTX versus FUP versus ELF. La valeur relative des
protocoles FUP, FAMTX et ELF a été comparée dans une étude de
l’EORTC ayant inclus plus de 340 patients. Aucune différence
en termes de réponse ni en termes de survie entre ces trois
protocoles n’a été retrouvée [182].
- – FAMTXc versus ECF. Une étude de phase III dont
les premiers résultats ont été publiés en 1997 [190] et les
résultats définitifs, après un suivi médian de 44 mois, en
1999 [180]. Cette étude de phase III a comparé le protocole
ECF au protocole FAMTX. Les résultats sont à l’avantage du
protocole ECF en termes de taux de réponse objective (46 %
versus 21 % p = 0,00003) et de médiane de survie (8,7 versus
6,1 mois p = 0,0005). Le protocole ECF a procuré à
24 semaines une meilleure qualité de vie globale (p = 0,04)
que le FAMTX. La toxicité a été surtout hématologique et
infectieuse pour le FAMTX et essentiellement digestive avec
l’ECF.
- – ECF versus mitomycine-CF. Les résultats de ce dernier
schéma (ECF) ont été confirmés dans une étude de phase III qui
a comparé ECF à l’association mitomycine-CF aussi active mais moins
bien tolérée (taux de réponse de 42,4 % et survie médiane de
9,4 mois avec ECF) [181]. La chimiothérapie de type MCF a
entraîné un déclin significatif de la qualité de vie. Les
différences ont surtout été marquées pour les domaines physique,
psychologique, cognitif, et pour la fatigue.
Conclusion
Les études montrent de meilleurs taux de réponse pour les
polychimiothérapies que les monochimiothérapies. Cependant, la
méthodologie des études ne permet pas de tirer de conclusion
définitive sur la supériorité d’une polychimiothérapie par rapport
au 5FU en termes de survie (niveau de preuve C).
Commentaires – opinion des experts
- – Les experts du groupe de travail s’accordent pour
penser qu’une polychimiothérapie doit être proposée chez les
patients en bon état général (OMS 0 ou OMS 1) et que le schéma ECF
peut être considéré comme l’un des protocoles les mieux évalués
dans les adénocarcinomes gastriques. Ce schéma impose cependant au
patient une perfusion continue sur plusieurs semaines. Le protocole
ECF est le seul à avoir fait la preuve (dans deux études
randomisées de phase III) d’une amélioration de la qualité de vie
par rapport à un autre protocole de chimiothérapie.De plus, même si
l’on semble avoir passé un certain cap en termes d’efficacité
antitumorale définie par le taux de RO avec les polychimiothérapies
les plus récentes, notamment le protocole ECF, les médianes de
survie de toutes ces études de phase III sont encore faibles,
comprises au mieux entre 7 et 10 mois. On peut donc se poser
encore la question de la place d’une chimiothérapie peu toxique à
base de 5FU-AF par rapport à des protocoles plus contraignants à
base de 5FU continu et de cisplatine. Enfin, il reste à découvrir
d’autres schémas utilisant de nouveaux médicaments anticancéreux et
permettant des alternatives efficaces en deuxième ligne de
chimiothérapie pour espérer allonger un peu la survie de ces
patients.Il faudra suivre les publications intégrales des études
dont les résultats ne sont disponibles à l’heure actuelle que sous
forme résumée.
|
Tumeur primitive (T)
|
|
Tis
|
Cancer in situ, intra-épithélial
|
|
T1
|
Muqueuse et sous-muqueuse (cancer superficiel)
|
|
T2a
|
Musculeuse
|
|
T2b
|
Sous-séreuse
|
|
T3
|
Séreuse
|
|
T4
|
Extension à un organe de voisinage
|
|
Envahissement ganglionnaire (N)
|
|
N0
|
Pas de métastase ganglionnaire
|
|
Nx
|
Ganglions non évalués ou moins de 15 ganglions examinés
|
|
N1
|
1 à 6 ganglions métastatiques régionaux
|
|
N2
|
7 à 15 ganglions métastatiques régionaux
|
|
N3
|
> à 15 ganglions métastatiques régionaux
|
|
Métastases (M)
|
|
M0
|
Absence de métastases
|
|
M1
|
Présence de métastases ou envahissement des chaînes ganglionnaires
N3
|
|
Stades UICC
|
Stade TNM
|
|
Stade IA
|
T1N0M0
|
|
Stade IB
|
T1N1M0 ; T2N0M0
|
|
Stade Il
|
T1N2M0 ; T2a/bN1M0 ; T3N0M0
|
|
Stade IIIA
|
T2a/bN2M0 ; T3N1M0 ; T4N0M0
|
|
Stade IIIB
|
T3N2M0
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Stade IV
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T4N1-3M0 ; T1-3N3M0 ; Tout T, tout N, M1
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Description
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Type intestinal
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Type diffus
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Tubules
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bien développés
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peu développés
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Mucus
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présent
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présent ou non
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Aspect
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bords bien limités
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bords mal limités
|
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Aspect
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compact
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dispersé
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Contributeurs
P. Artru, gastro-entérologue (Clinique Saint-Jean, Lyon), G.
Auclerc, oncologue médical (CHU Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris),
P. Baldet, pathologiste (CHU Hôpital Lapeyronie, Montpellier), B.
Barreau, radiologue (Institut Bergonié, Bordeaux), Y. Becouarn,
oncologue médical (Institut Bergonié, Bordeaux), F. Borie,
chirurgien (Clinique Saint-Éloi, Montpellier), A. Boutan Laroze,
oncologue médical (CHU Hôpital Victor Dupouy, Argenteuil), J.-M.
Canard, gastro-entérologue (Hôpital européen Georges Pompidou,
Paris), L. Cany, oncologue médical (Polyclinique Francheville,
Périgueux), M.-F. Carette, radiologue (Hôpital Tenon, Paris), P.
Cellier, oncologue radiothérapeute (Centre Paul Papin, Angers), B.
Chauffert, oncologue médical (Centre Georges-François Leclerc,
Dijon), O. Clouet, oncologue médical (Hôpital Léon Touhladjian,
Poissy), G. Dabouis, oncologue médical (CHU Hôpital Hôtel-Dieu,
Nantes), F. De Carvalho, chirurgien (Centre Val d’Aurelle,
Montpellier), B. Detroz, oncologue radiothérapeute (CHU, Liège),
J.-B. Dubois, oncologue radiothérapeute (Centre Val d’Aurelle,
Montpellier), D. Elias, chirurgien (Institut Gustave Roussy,
Villejuif), P.-L. Etienne, oncologue médical (Clinique Armoricaine,
Saint-Brieuc), J. Fraisse, chirurgien (Centre Georges-François
Leclerc, Dijon), J.-P. Gerard, oncologue radiothérapeute (Centre
Antoine Lacassagne, Nice), H. Johanet, chirurgien (Clinique
Sainte-Marie, Pontoise), H. Lauche, oncologue radiothérapeute
(Clinique Clémentville, Montpellier), P. Maingon, oncologue
radiothérapeute (Centre Georges-François Leclerc, Dijon), P.-Y.
Marcy, radiologue (Centre Antoine Lacassagne, Nice), L. Mineur,
oncologue radiothérapeute (Clinique Sainte-Catherine, Avignon), F,
Mithieux, chirurgien (Centre Léon Bérard, Lyon), E. Mitry,
gastro-entérologue (CHU Hôpital Ambroise Paré,
Boulogne-Billancourt), M. Moro, oncologue radiothérapeute (Cabinet
de radiologie, Nice), H. Orfeuvre, oncologue médical (Hôpital
Fleyriat, Bourg-en-Bresse), R. Palau, pathologiste (Centre
d’anatomocytopathologie, Toulon), J.-M. Phelip,
hépato-gastro-entérologue (CHU, Grenoble), J.-L. Raoul, oncologue
médical (Centre Eugène Marquis, Rennes), R. Regal, oncologue
radiothérapeute (Clinique Clémentville, Montpellier), A. Roth,
oncologue médical (Hôpital universitaire, Genève), J.-C. Sabourin,
pathologiste (Institut Gustave Roussy, Villejuif), J.P, Suchaud,
oncologue radiothérapeute (Hôpital de Roanne, Roanne), E. Tiret,
chirurgien (Hôpital Saint-Antoine, Paris), P. Troufléau, radiologue
(Centre Alexis Vautrin, Vandœuvre-lès-Nancy), J. Vigneron,
pharmacien (CHU Hôpital Brabois, Vandœuvre-lès-Nancy), J.-J. Voigt,
pathologiste (Institut Claudius Regaud, Toulouse), P. Wolff,
hépato-gastro-entérologue (Cabinet médical de gastro-entérologie,
Nîmes).
Comité d’organisation des SOR
T. Philip, directeur des SOR, pédiatre, FNCLCC, Paris (Bureau
exécutif), B. Fervers, directeur adjoint des SOR, oncologue
médical, FNCLCC, Paris (Bureau exécutif), P. Bey, représentant du
Conseil d’administration de la FNCLCC, radiothérapeute, FNCLCC,
Paris (Bureau exécutif), D. Maigne, délégué général de la FNCLCC,
FNCLCC, Paris (Bureau exécutif), A. Bataillard, coordinatrice des
SOR spécialistes, médecin généraliste, FNCLCC, Paris (SOR
spécialistes), G. Gory-Delabaere, méthodologiste, pharmacien,
FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), L. Bosquet, méthodologiste,
FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), N. Fabre, méthodologiste, FNCLCC,
Paris (SOR spécialistes), S. Rousmans, méthodologiste, FNCLCC,
Paris (SOR spécialistes), E. Luporsi, méthodologiste associé,
oncologue médical, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), S. Theobald,
méthodologiste associé, médecin de santé publique, FNCLCC, Paris
(SOR spécialistes), F. Farsi, référent réseau, médecin de santé
publique, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), J. Carretier,
responsable des SOR SAVOIR PATIENT, méthodologiste, chargé de
mission en santé, FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT), L.
Leichtnam-Dugarin, méthodologiste, chargée de mission en santé,
FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT), S. Brusco, méthodologiste,
FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT), V. Delavigne, linguiste,
FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT), M. Haugh, responsable SOR
projets internationaux, biochimiste, FNCLCC, Paris (Projets
internationaux), V. Millot, assistante de gestion, FNCLCC, Paris
(Projets internationaux), S. Guillo, documentaliste scientifique,
FNCLCC, Paris (Documentation), A.G. Guy, documentaliste, FNCLCC,
Paris (Documentation), S. Debuiche, responsable administrative,
FNCLCC, Paris (service administratif et éditorial),H.
Borges-Paninho, chargée de l’édition des documents, FNCLCC, Paris
(service administratif et éditorial), D. Gouvrit, assistante de
gestion, FNCLCC, Paris (service administratif et éditorial), L.
Pretet, assistante de gestion, FNCLCC, Paris (service administratif
et éditorial), E. Sabatier, secrétaire, FNCLCC, Paris (service
administratif et éditorial)
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