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New place of the chemotherapy in gliomas


Bulletin du Cancer. Volume 92, Number 4, 343-54, Avril 2005, Dossier thématique


Résumé   Summary  

Author(s) : O Chinot , Unité de Neuro-Oncologie, CHU Timone et Laboratoire de cancérologie expérimentale Inserm EMI 0359, Faculté de Médecine Nord, Université de la Méditerranée, Faculté de Médecine, Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille.

Summary : During these last 25 years, despite numerous phases III studies, standard of treatment in glioblastoma multiforme (GBM) consisted of surgery and post-operative radiotherapy, while benefit of chemotherapy was a matter of debate. A phase III study, conducted by EORTC and NCI Canada and involving 573 patients, concluded clearly to the benefit of adding temozolomide during and after radiotherapy as adjuvant treatment. Using this schedule, median survival increase from 12,1 to 14,6 months, and 2 year survival rate from 8 to 26 %. In the same time, for anaplastic oligodendroglioma (AO) the phase III study conducted by Cairncross, that compared radiotherapy to a schedule that deliver a chemotherapy with PCV followed by radiotherapy, failed to determine a significant benefit on overall survival, despite the particular chemosensitivity of theses tumors. Moreover, these two studies did underlined impact of biological markers (methylation of the promoter of O6 methylguanine DNA transferase (MGMT) gene for GBM and chromosomes 1p and 19q deletion for AO), that may become decisional markers in the future. We review here the new place of chemotherapy in the adjuvant treatment of GBM and anaplastic gliomas, as well as the impact of these pivotal studies on second lines therapies, and future clinical research.

Keywords : chemotherapy, gliomas, glioblastoma, oligodendroglioma

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ARTICLE

Auteur(s) :, O Chinot*

Unité de Neuro-Oncologie, CHU Timone et Laboratoire de cancérologie expérimentale Inserm EMI 0359, Faculté de Médecine Nord, Université de la Méditerranée, Faculté de Médecine, Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille

Les tumeurs cérébrales primitives malignes font partie des dix premières causes de décès par cancer et leur incidence, en augmentation, est estimée entre 6 et 7 pour 100 000. Alors que la résistance des gliomes aux différentes thérapeutiques accessibles a été longtemps la règle, des résultats significatifs observés ces dernières années ont profondément modifié nos stratégies thérapeutiques, et particulièrement la place de la chimiothérapie dans les gliomes de haut grade. Depuis l’essai de Walker et du BTSG en 1978 [1] et pendant plus de 20 ans, le standard de traitement adjuvant des gliomes malins a reposé sur la radiothérapie, alors que le bénéfice de la chimiothérapie par nitroso-urées était plus discuté, puisqu’il portait principalement sur l’augmentation du taux de longs survivants, et ce, sans impact perceptible sur la médiane de survie. Cependant, en 2002, la méta-analyse du GMT Group, portant sur 3004 patients inclus dans 12 essais randomisés, concluait à un bénéfice de la chimiothérapie adjuvante, apportant un gain de 2 mois en médiane de survie et de 6 % (de 40 à 46 % ; 95 % CI = 3-9) en termes de taux de survie à un an [2]. En 2004, l’essai de l’EORTC et du NCI Canada présenté à l’Asco a, de fait, défini un nouveau standard pour les glioblastomes, reposant sur l’administration de témozolomide en traitement concomitant et au décours du schéma conventionnel de radiothérapie [3]. Parallèlement, lors de ce même congrès de l’Asco, l’essai conduit par Cairncross pour les oligodendrogliomes anaplasiques soulignait les difficultés à élaborer un nouveau standard de traitement dans ces formes histologiques dont il a pourtant, le premier, souligné la chimiosensibilité particulière [4]. Enfin et surtout, ces deux essais, qui ont testé, avec succès, l’impact de marqueurs moléculaires de chimiosensibilité (délétion des chromosomes 1p et 19q, méthylation du promoteur de l’O6-méthylguanine ADN méthyl transférase, MGMT), préfigurent l’importance des marqueurs moléculaires comme facteurs thérapeutiques décisionnels. Cette revue présente donc la place de la chimiothérapie dans les nouveaux standards thérapeutiques, ainsi que leurs limites et les perspectives ouvertes dans les glioblastomes et les tumeurs oligodendrocytaires.

Aspects méthodologiques

Ces dernières années, des progrès méthodologiques significatifs ont été réalisés, portant sur la stratification des patients, la classification des tumeurs et la méthodologie des essais. Ainsi, au-delà des facteurs pronostiques classiques que sont l’âge, l’indice de Karnofsky et le grade histologique, l’évaluation chirurgicale (par imagerie postopératoire sans et avec injection de produit de contraste, réalisée dans les 72 heures postopératoires), l’évaluation de la réponse (critères de MacDonald), la distinction des types histologiques selon la classification de l’OMS, qui reste la classification standard internationale en dépit de ses limites (tumeurs oligodendrocytaires, astrocytomes anaplasiques, glioblastomes), les données d’imagerie (prise de contraste en anneau dans les oligodendrogliomes) et des critères moléculaires (délétion des chromosomes 1p et 19q dans les oligodendrogliomes et statut de méthylation du promoteur de MGMT dans les glioblastomes) sont apparus comme des facteurs déterminants, pour certains prédictifs de la réponse tumorale, qui doivent maintenant être pris en compte dans les essais en développement. Il apparaît enfin indispensable à la validation des résultats que les essais incluent une relecture centralisée de l’histologie et de l’imagerie.

Population analysée

L’analyse des essais portant sur les tumeurs cérébrales souligne que les données sur la population en intention de traiter (ITT) sont assez souvent absentes des publications. Ainsi, si ces données ont été rapportées dans l’étude du témozolomide en phase II dans les astrocytomes anaplasiques [5], elles sont absentes des essais de phase II récents portant sur l’irinotecan, le phénylacétate, le KRN8602, le thalidomide [6-9]. Plus encore, certaines études excluent de l’analyse les patients ayant reçu moins de deux cycles, ce qui exclut alors les progressions précoces des résultats rapportés [8, 9]. Dans les études de phase III, les données portant sur la population en intention de traitement sont habituellement rapportées pour les études récentes [3, 10-12], mais sont absentes des études plus anciennes [13].

Réponse

Les premiers critères de réponse pour la pathologie gliale maligne, proposés par Levin dans les années 1980 et appliqués à une large majorité des essais thérapeutiques jusqu’en 1990, manquaient de beaucoup de rigueur et de reproductibilité. En 1990, MacDonald proposait de nouveaux critères plus précis et plus stricts, prenant en compte l’évolution de la surface tumorale (estimée par le produit des deux plus grands diamètres perpendiculaires), mais aussi l’état neurologique et la corticothérapie en cours, et qui font référence jusqu’à ce jour [14] (tableau 1( Tableau 1 )). La durée minimale d’une réponse (RC, RP, SD) peut varier selon les études de 2 à 4 mois. Elle est influencée par l’intervalle entre les évaluations (8 semaines en général) et le respect des critères de MacDonald (confirmation de la réponse à 1 mois minimum).
Tableau 1 Critères de réponse de MacDonald

Critères

Définition

Réponse complète

  • Disparition du réhaussement tumoral en TDM ou IRM (1), confirmée par deux examens effectués à 1 mois d’intervalle au minimum ;
  • Et absence de corticothérapie
  • Et état neurologique stable ou amélioré


Réponse partielle

  • Réduction > 50 % de la composante tumorale réhaussée en TDM ou IRM (1), confirmée par deux examens effectués à 1 mois d’intervalle au minimum ;
  • Et corticothérapie stable ou diminuée
  • Et état neurologique stable ou amélioré


Maladie stable

Autres situations

Progression

  • Augmentation > 25 % de la composante tumorale réhaussée ou nouvelle localisation en TDM ou IRM (1),
  • Ou corticothérapie stable ou augmentée
  • Ou dégradation neurologique


Limites des critères de MacDonald

Ces critères présentent toutefois de nombreuses limites, dont l’exclusion de la composante infiltrante non réhaussée par le produit de contraste, la reproductibilité incomplète de ces mesures dans 15 à 30 % des cas [15], l’impact des modalités techniques de la réalisation de l’imagerie (délai entre l’injection et l’imagerie,…), l’impact des actes thérapeutiques (chirurgie, radiothérapie, corticothérapie) sur la prise de contraste. Enfin, il importe de souligner l’importance de l’évaluation neurologique entrant dans ces critères, dont l’analyse peut être perturbée par d’autres phénomènes. Ainsi, une dégradation neurologique pouvant suffire à conclure à une progression, il importe de s’assurer, devant un tableau de dégradation neurologique, de l’absence de phénomènes pouvant interférer avec cet état clinique : hémorragie intratumorale, crises non contrôlées et/ou infracliniques, surdosage en anti-convulsivant, pathologie intercurrente, en particulier infectieuse, troubles métaboliques, diabète cortico-induit, myopathie cortico-induite, diminution trop rapide d’une corticothérapie doivent être recherchés en cas de discordance clinicoradiologique.

Survie sans progression

La survie sans progression (SSP) reflète aussi le contrôle tumoral, sous une seule thérapeutique, sans biais induit par les thérapeutiques ultérieures. La SSP médiane attendue dans les gliomes de haut grade est de l’ordre de 7 à 8 mois [2]. La SSP est, de plus, susceptible de mieux refléter l’efficacité d’un traitement cytostatique, anti-angiogénique. Elle apparaît surtout plus adaptée dans les glioblastomes en récidive, où les réponses objectives sont rares (de l’ordre de 5 à 10 %) et où la dimension palliative du traitement est encore plus marquée. Le taux de survie sans progression à 6 mois constitue le critère habituellement retenu pour les études de phase II portant sur les glioblastomes en récidive : 15 % environ avec une SSP médiane de l’ordre de 9 semaines [16]. Ce critère est affranchi de certaines difficultés d’évaluation de la réponse (distinction RC, RP, SD) mais non des autres limites de l’évaluation de la réponse déjà mentionnées. La SSP est vraisemblablement influencée par les modalités de suivi, en particulier par le rythme de surveillance en imagerie.

Survie globale

Ce critère fort d’évaluation de l’efficacité d’une thérapeutique doit être rapporté, en particulier dans les études de phase III. La survie est susceptible d’être modifiée par les séquences thérapeutiques ultérieures, dont l’impact est vraisemblablement faible dans les glioblastomes, mais marqué dans les tumeurs plus chimiosensibles (astrocytome anaplasique, oligoastrocytomes anaplasiques oligodendrogliome anaplasique). Dans les gliomes de grades III-IV en récidive, la survie attendue dans les essais thérapeutiques est de l’ordre de 30 semaines.

Facteurs pronostiques

En phase initiale

Sur une population de 1578 patients inclus dans 3 essais randomisés, le groupe du RTOG a établi, par recursive partitioning analysis, 6 groupes pronostiques distincts, définis par la combinaison de l’âge, de l’indice de performance de Karnofsky (IK), du mini-mental status (MMS), du type de chirurgie, de l’histologie et de la dose de radiothérapie délivrée. La survie médiane de ces groupes varie ainsi de 4,6 mois pour les patients âgés de plus de 50 ans, avec un IK inférieur à 70 et un MMS anormal à 58,6 mois pour les patients de moins de 50 ans porteurs d’un gliome anaplasique et avec un MMS normal [17]. Cette analyse est actuellement souvent utilisée comme contrôle historique pour évaluer le bénéfice d’une thérapeutique testée, en particulier dans le cadre des essais de phase II.

Il est classiquement considéré que le bénéfice de la chimiothérapie adjuvante est plus marqué dans les sous-groupes de meilleur pronostic : âge jeune, IK élevé, exérèse chirurgicale (versus biopsie) et histologie d’astrocytome anaplasique (versus glioblastome). Cependant, dans le cadre de la méta-analyse du GMT Group, il apparaît que le bénéfice de la chimiothérapie n’est pas influencé par ces quatre facteurs : âge, IK, étendue de la résection, histologie [2]. Ainsi, le bénéfice de la chimiothérapie, en termes de taux de survie à 1 et 2 ans, est toujours de l’ordre de 5 %, quels que soient les différents sous-groupes considérés. Cela conduit à souligner que des facteurs pronostiques ne sont pas nécessairement prédictifs de la réponse et/ou du bénéfice thérapeutique. Le corollaire de cette analyse est que nous ne disposons pas actuellement de critères objectifs décisionnels solides pour guider la stratégie thérapeutique initiale complémentaire de la radiothérapie dans les gliomes malins. Les résultats préliminaires disponibles suggèrent que les marqueurs moléculaires (MGMT, délétions 1p, 19q…) pourraient à terme guider ces stratégies.

En phase de récidive

Une analyse regroupant 8 études de phase II conduites dans la même institution (MD Anderson) a permis de dégager les facteurs pronostiques déterminantd en phase de récidive [16].
  • l’histologie demeure le facteur dont l’impact est le plus clairement établi. L’histologie glioblastome versus astrocytome anaplasique influence de façon majeure le taux de réponse, la survie sans progression et la survie globale (tableau 2( Tableau 2 )). Cette valeur pronostique est probablement renforcée par le caractère reproductible de cette distinction (glioblastome versus non-glioblastome), alors que la faible reproductibilité de la distinction astrocytome anaplasique versus oligoastrocytome anaplasique versus oligodendrogliome anaplasique [18] rend l’analyse de ces groupes histologiques plus aléatoire ;
  • l’état fonctionnel (IK) semble influencer principalement la survie globale sans effet significatif sur la réponse et la survie sans progression ; les différences sont similaires si le cutoff est supérieur à 70 ou à 80 ;
  • le nombre des thérapeutiques antérieures (2 interventions chirurgicales et/ou 2 lignes de chimiothérapie) influence la survie sans progression et la survie globale ;
  • l’âge, avec pour limite < versus > 40 ans, ne présente pas de valeur pronostique significative en situation de récidive dans les gliomes astrocytaires de haut grade pour les différents critères (réponse, SSP, SG). Ce point doit être pondéré puisque, dans l’étude de Wong, l’âge médian, 45 ans, est particulièrement bas pour une population de gliomes astrocytaires, suggérant un biais de recrutement ;
  • les fonctions cognitives évaluées à l’aide de tests psychométriques auraient aussi un impact déterminant sur la survie [19].

Tableau 2 Impact de l’histologie sur le bénéfice thérapeutique des chimiothérapies

Histologie

Patients (nb)

RC/RP (%)

SSP 6 mois (%)

SSP 12 mois (%)

Survie 12 mois (%)

GBM a

225

6

15

8

21

AA a

150

14

31

20

47

OA, OAA b

48

40

50

25

46

aD’après Wong et al. [16].

bD’après Chinot et al. [51].

Qualité de vie

Les limites des thérapeutiques en oncologie, entre autres, nous ont d’une certaine manière conduits à mieux prendre en compte la qualité de vie des patients sous traitement. L’analyse de cette qualité de vie est conduite grâce à un questionnaire développé et validé par l’EORTC (EORTC-QLQ-C30) [20, 21] incluant pour les tumeurs cérébrales un module spécifique (BCM20) [22]. Un score est proposé pour chacun des items [23] et une modification significative est relevée pour toute variation de score supérieure à 10 points sur une échelle de 100, maintenue 2 mois [24]. La qualité de vie ainsi analysée aurait un impact pronostique, au moins en phase de récidive [19].

Les glioblastomes

Les gliomes de grade IV (glioblastomes) représentent 60 % environ des gliomes et leur pic d’incidence se situe dans la tranche d’âge 65-74 ans. Les glioblastomes présentent un pronostic de l’ordre de 10 à 12 mois. Ce pronostic est fortement influencé par l’âge et l’état neurologique de performance, apprécié par l’indice de Karnovsky (IK). Ainsi, la médiane de survie varie de 24 mois pour la tranche d’âge avant 40 ans à 5 mois pour les patients âgés de plus de 70 ans. La valeur pronostique de la qualité de l’exérèse chirurgicale initiale est plus discutée, probablement en raison du caractère longtemps subjectif de cette évaluation per-opératoire. Il a cependant été établi que cette évaluation peut être objectivement réalisée par tomodensitométrie (TDM) ou, mieux encore, par imagerie en résonance magnétique (IRM), réalisées sans et avec injection de produit de contraste dans un délai postopératoire de 72 heures [25]. Il apparaît ainsi que la médiane de survie peut varier de 8 à 16 mois selon la présence ou non d’un résidu tumoral ; pour les glioblastomes inopérables, la survie médiane est de l’ordre de 4 à 8 mois, influencée par la localisation tumorale (lobaire, ligne médiane). Une récente recursive partitional analysis restreinte aux glioblastomes conforte ces données en identifiant quatre sous-groupes distincts définis par l’âge, la localisation, l’IK et la chirurgie, et dont la survie varie de 8 à 30 mois [26].

Nouveau standard thérapeutique en première ligne

Le traitement de première ligne a longtemps reposé sur les nitroso-urées, dont le bénéfice, rapporté dans le cadre d’essais de phase III, se limite le plus souvent à une majoration du taux de survie à 18 mois, avec un faible impact sur la médiane de survie [1]. Le témozolomide est un agent alkylant de deuxième génération, d’administration orale, ayant un spectre d’activité large incluant les gliomes. Il est associé à une pharmacocinétique linéaire, à une biodisponibilité orale de 100 %, à une bonne diffusion à travers la barrière hémato-encéphalique et dans le liquide céphalorachidien et à une distribution intratumorale préférentielle. En situation de récidive de glioblastome, son efficacité apparaissait limitée mais significative avec 5 % de réponses objectives et un taux de survie sans progression à 6 mois de 21 % significativement supérieur au taux de 8 % observé sous procarbazine (p = 0,008) [5]. En première ligne de traitement, Stupp et al. ont alors développé un schéma d’administration continu de témozolomide (75 mg/m2/j) durant la radiothérapie, suivi d’une consolidation de 6 cycles utilisant le schéma conventionnel de 5 jours à 200 mg/m2/j. Dans ce schéma, l’administration continue de témozolomide durant l’irradiation est susceptible de majorer la déplétion de l’enzyme de résistance O6-alkylguanine ADN alkyltransférase mais aussi de majorer la cytotoxicité de la radiothérapie, ainsi que cela a pu être observé in vitro (lignée D384). L’étude de phase II initiale conduite par Stupp portait sur une population de 64 patients porteurs d’un glioblastome et caractérisée par son âge jeune (44 % âgés de moins de 50 ans) et une forte proportion de chirurgie large (exérèse macroscopiquement complète pour 42 % des patients) ; 30 %, 47 % et 23 % des patients étaient respectivement répartis dans les classes III, IV et V du RTOG [27]. La faisabilité et l’efficacité de ce schéma ont conduit à le comparer à une radiothérapie exclusive dans le cadre d’une étude de phase III conduite par l’EORTC et le NCI Canada, et portant sur 573 patients. Cet essai constitue le premier essai mettant en évidence de façon indiscutable le bénéfice d’une chimiothérapie en première ligne de traitement dans les glioblastomes, définissant ainsi un nouveau standard thérapeutique déjà largement admis. Il est remarquable de constater que les résultats de cette étude de phase III sont concordants avec ceux de la phase II [28].

La faisabilité de ce schéma, critère principal de l’étude de phase II, s’est révélée satisfaisante puisque, sur les 64 patients inclus dans l’étude de phase II, 60 (94 %) ont pu compléter l’irradiation, avec dans seulement 2 cas un étalement majoré pour toxicité, alors que 58 (90 %) patients ont pu compléter la prise prévue de témozolomide en traitement concomitant (( figure 1 )). Le traitement de consolidation par témozolomide selon le schéma standard de 5 jours a pu être réalisé pour 49 patients (77 %), mais a dû être interrompu dans 24 cas en raison d’une progression ; il n’y a alors pas eu d’interruption de ce schéma pour des raisons de toxicité. Ces résultats ont été reproduits dans l’essai de phase III où 93 % des patients ont complété la radiothérapie et 88 % le témozolomide concomitant, alors que 76 % ont pu commencer la consolidation et 36 % ont pu achever l’ensemble de la séquence thérapeutique (39 % dans l’essai de phase II).

La toxicité de ce schéma était par ailleurs acceptable, en accord avec les données connues, avec toutefois un taux élevé de 79 % de lymphopénies sévères durant la phase continue d’administration. La survenue, lors de la phase II, de 2 pneumopathies à Pneumocystis carinii a conduit secondairement à l’instauration d’un traitement préventif systématique. L’incidence des thrombopénies et des neutropénies de grade 3-4 était respectivement de 6 et 6 % pendant la phase initiale de traitement concomitant (7 % dans la phase III) et de 2 et 6 % pendant le traitement d’entretien (16 % des patients et 5 % des cycles lors de la phase III). Les toxicités non hématologiques ont été modérées. Dans l’étude de phase II, une diminution de dose ou un report de cure ont été appliqués pour 12/49 patients pendant le traitement d’entretien. Il convient enfin de signaler une leucoencéphalopathie symptomatique observée au 17e mois, toxicité qui reste acceptable dans le contexte pronostique considéré, mais qui justifie la poursuite du suivi neurologique attentif de ces patients. L’ensemble de ces données souligne donc la faisabilité et la bonne tolérance de ce schéma appliqué au traitement des glioblastomes.

En termes de survie, les résultats de l’étude de phase III, avec une médiane de survie de 14,6 mois, ont aussi confirmé ceux de la phase II (médiane de survie de 15,8 mois). Cela représente un gain de 2,5 mois en médiane par rapport au bras radiothérapie (médiane 12,1 mois), avec un taux de survie à 2 ans de 26 % versus 8 % dans le bras radiothérapie. Enfin l’augmentation de la survie sans progression médiane, de 5 mois dans le bras radiothérapie à 7,2 mois dans le bras radiothérapie et témozolide concomitant souligne que le bénéfice du témozolomide relève principalement de son administration selon ce schéma en phase initiale et non de son introduction à la récidive (en particulier dans le bras radiothérapie).

Limites

Quelques questions ou critiques ont été soulevées par cette étude. Ainsi, l’absence de bras radiothérapie et nitroso-urées peut être discutée, mais trouve sa justification par l’absence d’impact de ces nitroso-urées sur la médiane de survie dans les essais antérieurs. Une question récurrente est de préciser l’origine du bénéfice de ce schéma : il peut ainsi résulter, dans la phase concomitante, d’un effet radiosensibilisant, il est vrai peu documenté en préclinique, et/ou d’un effet cytotoxique majoré de l’administration continue de témozolomide induisant une déplétion de MGMT ou, enfin, de son utilisation en consolidation. Cette question pourrait être en partie approchée par l’analyse des sites de récidive dans les deux bras de cet essai. En cas d’équivalence de la proportion des récidives en territoire irradié et non irradié, l’action du témozolide en continue serait plutôt à rapporter à sa cytotoxicité, alors qu’une diminution des récidives en territoire irradié suggérerait plutôt l’impact d’un mécanisme de radiosensibilisation. Par ailleurs, s’il est vrai que l’impact financier est très significatif (coût global multiplié par huit par rapport à une radiothérapie exclusive sans chimiothérapie à la récidive) et également réparti entre la phase concomitante et la phase de consolidation, il paraît hasardeux et d’un intérêt somme toute limité de vouloir résoudre cette question qui ne se pose que pour 36 % des patients ayant pu bénéficier de l’ensemble de la séquence thérapeutique [29]. Il paraît en revanche plus important de prendre en considération les résultats suggérant que le bénéfice de ce nouveau standard est principalement observé pour les tumeurs présentant une hyperméthylation du promoteur de MGMT, limitant son expression et donc son impact sur la résistance au témozolide [30].

Impact sur les études futures

Certaines populations ne sont pas considérées par ce standard :
  • . Sujets âgés. Il s’agit principalement des sujets âgés de plus de 70 ans, exclus de cette étude, comme de la plupart des essais conduits à ce jour dans les gliomes malins. Pourtant ces patients représentent environ 20 % des patients atteints de glioblastome et leur incidence se majore actuellement. Leur pronostic est particulièrement médiocre avec une médiane de survie de l’ordre de 4 à 5 mois, rendant encore plus aiguë l’analyse du rapport bénéfice/risque des thérapeutiques, en particulier de la radiothérapie. Cela a conduit l’Anocef ( Association des neuro-oncologues d’expression française) à réaliser un essai comparant une radiothérapie à l’absence de traitement oncologique chez les patients âgés de plus de 70 ans mais présentant un bon état neurologique (IK > 60) ; les résultats sont en attente. Parallèlement, le bénéfice potentiel d’une chimiothérapie exclusive par témozolomide a été rapporté et pourrait constituer une alternative thérapeutique à valider, en particulier chez les patients de profil pronostique médiocre [31, 32].
  • . Glioblastomes inopérables. L’analyse préliminaire par sous-goupe de l’essai EORTC-NCIC suggère que les formes inopérables ne bénéficient pas clairement de cette nouvelle combinaison. Ce groupe de pronostic particulièrement péjoratif (médiane de survie de l’ordre de 6 à 8 mois) peut constituer un cadre approprié pour développer et évaluer de nouveaux schémas de traitement. Ce cadre présente le bénéfice potentiel d’une meilleure diffusion intratumorale des drogues et permet assurément une meilleure analyse de la réponse thérapeutique en excluant les remaniements induits par la radiothérapie. Ce type de stratégie offre ainsi la possibilité de mieux sélectionner des thérapeutiques efficaces, pouvant justifier d’une plus large évaluation dans le traitement des gliomes. Ainsi plusieurs auteurs ont testé cette stratégie de chimiothérapie première en utilisant différentes combinaisons reposant principalement sur les nitroso-urées, les sels de platine et, plus récemment, le témozolomide (tableau 3( Tableau 3 )). On relèvera en premier lieu que les taux de réponse objective, variant de 23 à 54 %, sont clairement supérieurs aux taux habituellement observés en situation de récidive. Il ressort aussi que cette stratégie est faisable sans compromettre la réalisation de la radiothérapie et qu’elle permet donc de tester de nouveaux schémas thérapeutiques dans le cadre d’études ciblées. En revanche, on ne peut à travers ces résultats conclure quant au bénéfice de ce type de stratégie sur la survie. Cela peut être illustré par l’exemple de l’association BCNU-CDDP, associée à un taux de réponse de 20 à 50 %, mais sans impact sur la survie dans la phase III conduite secondairement [33].

Tableau 3 Chimiothérapies réalisées en néoadjuvant dans les glioblastomes

Auteurs

Schéma

Nn

GBM%

Inopérable%

RO %

PFS médiane

SG médiane

Chinot, 2005 [56]

BCNU + TMZ

37

100

100

43

9,2

12,8

Gilbert, 2002 [57]

TMZ

36

100

39

42

3,9

13,2

Dazzi, 2000 [58]

CDDP + BCNU

18

83

54

_

9

Gilbert, 2000 [59]

CDDP + BCNU

47

100

23

Frenay, 2000 [60]

  • FOTE + CDDP
  • + VP16


33

100

100

27

_

10

Jeremic, 1999 [61]

CB + VP16

45

77

24

12

14

Friedman, 1998 [62]

TMZ

33

100

51

_

_

Grossman, 1997 [63]

CDDP + BCNU

52

88

29

42

13

Kirby, 1996 [64]

PCV

22

100

-

5.6

10

Recht, 1992 [65]

BCNU + CDDP

24

80

10

16

12

14

Impact sur les études en première ligne

L’impact des résultats du schéma défini par Stupp a un peu occulté les résultats de l’essai de phase III testant le bénéfice du gliadel, implant biodégradable de BCNU déposé in situ en peropératoire. Cet essai a randomisé 240 patients, traités en complément d’une radiothérapie standard soit par implant de gliadel, soit par implant placebo. Le bénéfice du gliadel sur la survie est démontré dans la population en intention de traitement avec une médiane de survie de 13,9 mois dans le bras avec implant de gliadel contre 11,6 mois dans le bras avec implant placebo (p = 0,003) [34] ; cependant sa significativité est atténuée sur la survie sans progression ou lorsque l’analyse est restreinte aux glioblastomes, après relecture histologique (n = 207). En conséquence, et sachant que ces deux essais ont porté sur des populations aux caractéristiques pronostiques similaires, il nous semble nécessaire de disposer d’un essai comparatif testant le bénéfice de l’administration du gliadel en complément du schéma de Stupp.

De même, le développement des études à venir devra prendre en compte ce nouveau standard. Ainsi, plusieurs combinaisons de drogues incluant le témozolomide ont été testées en seconde ou première ligne (tableau 4( Tableau 4 )) ; l’acide rétinoïque (13cis) a été testé en combinaison avec le témozolomide administré sur 5 jours, en situation de récidive pour 88 gliomes malins, incluant 40 glioblastomes. La survie sans progression à 6 mois est de 43 %, alors que 15 % de réponses objectives ont été observées [35]. Une combinaison avec le cisplatine ou avec le marimastat a aussi été évaluée en récidive de glioblastome, et une survie sans progression à 6 mois de 34 % et 39 % respectivement a été rapportée [36, 37]. Le thalidomide, administré en continu à partir de J7 à des doses de 200 à 1200 mg/j a ainsi été associé au témozolomide administré de J1 à J5, sur une population de 67 patients porteurs d’un glioblastome et ce en combinaison avec la radiothérapie en première ligne. La survie sans progression rapportée est de 5,1 mois, donc sans bénéfice évident de cette combinaison, avec toutefois une survie globale de 17 mois [38]. D’autres combinaisons, avec le ZD1839 ou le PTK787/ZK, sont en cours d’évaluation. Cependant, aucune n’a pris en compte le schéma d’administration continue du témozolomide sur 6 semaines, ce qui peut rendre nécessaire le développement de nouvelles études de phases I-II utilisant ce nouveau schéma.
Tableau 4 Chimiothérapies testées dans les glioblastomes en récidive

Auteurs

Schéma

Nb

GBM (%)

RO (%)

Tx SSP 6 mois (%)

SSP, médiane (semaine)

Wong, 1999 [16]

8 essais

225

100

6

15

9

Monothérapies

Brandès, 2004 [39]

BCNU

40

100

17,5

13,3

Yung, 2000 [40]

TMZ

112

100

5

21

12

Brada, 2001 [66]

TMZ

138

100

8

18

9

Yung, 2000 [40]

Procarbazine

113

100

5

8

Prados, 1996 [67]

Paclitaxel

41

60

10

-

6

Friedman, 1999 [6]

Irinotecan

48

100

17

18

Fine, 2000 [9]

Thalidomide

39

64

6

10

See, 2004 [68]

Acide rétinoïque

85

100

4

19

10

Puduvalli, 2004 [69]

Fenretinide

23

100

0

0

6

Combinaisons incluant TMZ

Groves, 2002 [37]

TMZ-marimastat

44

100

13

39

17

Jaeckle, 2003 [35]

TMZ-13 cis RA

40

100

5

32

16

Spence, 2004 [70]

TMZ-tamoxifène

16

63

6

-

10

Brandès, 2004 [36]

TMZ-CDDP

50

100

20

34

18

Chang, 2004 [38]

TMZ-thalidomide

67

100

-

-

22

Autres combinaisons

Franceschi, 2004 [71]

Carboplatine-étoposide

30

83

30

33

17

Quinn, 2002 [43]

BCNU-O6BG

18

83

0

-

-

Fine, 2003 [41]

BCNU-thalidomide

40

95

24

-

14

Brandès, 2004 [36]

BCNU-irinotecan

42

100

21

30

17

Reardon, 2004 [42]

BCNU-irinotecan

76

74

13

-

11

Reardon, 2005 [72]

Irinotecan-celecoxib

37

92

16

25

11

Développer de nouvelles secondes lignes

Les nitroso-urées étant exclues de ce nouveau standard de première ligne, il est intéressant de rapporter son évaluation, conduite avec une méthodologie utilisant les standards actuels, ainsi que l’a réalisé Brandès et al. Cette étude de phase II a évalué 40 patients porteurs d’un glioblastome en récidive, traités par BCNU 80 mg/m2, de J1 à J3, toutes les 8 semaines. Le taux de survie sans progression à 6 mois est de 17,5 %, assez comparable à ceux des schémas présentant une certaine efficacité, tel le témozolomide (SSP 6 mois : 21 %) [39, 40]. Par ailleurs, ont été développées des combinaisons associant le BCNU et le cisplatine [33], le thalidomide [41], l’irinotecan [36, 42], l’O6-benzylguanine [43] (tableau 4).

Les gliomes anaplasiques

Les gliomes anaplasiques représentent 30 à 40 % des gliomes de haut grade et regroupent, dans la classification de l’OMS, qui reste la référence internationale en dépit de ses limites, trois entités en théorie distinctes que sont les astrocytomes anaplasiques (AA), les gliomes mixtes ou oligoastrocytomes anaplasiques et les oligodendrogliomes anaplasiques. De nombreuses études ont rapporté une graduation favorable du pronostic de l’astrocytome anaplasique à l’oligodendrogliome anaplasique, les oligoastrocytomes présentant une agressivité et un pronostic intermédiaire, les médianes de survie variant de 2,5 à 4 ans. Cependant, les difficultés actuelles que nous rencontrons dans la distinction de ces trois formes, illustrées par les études rapportant un taux de discordance diagnostique de l’ordre de 40 % entre ces formes anaplasiques, et favorisées par la coexistence de deux classifications (OMS et Daumas-Duport), rendent difficile notre approche diagnostique et thérapeutique. L’intérêt que suscite légitimement la classification de C. Daumas-Duport, notamment en raison de sa simplicité et de la prise en compte de la macroscopie approchée par la neuroradiologie, justifie que cette classification soit validée de manière indépendante et comparée à celle de l’OMS pour qu’elle puisse être retenue. Les astrocytomes anaplasiques sont observés de novo ou sont issus de la transformation d’un astrocytome de grade II. Ils sont associés à une médiane de survie de l’ordre de 2 à 3 ans. Pendant longtemps, les études et essais thérapeutiques ne les ont pas clairement individualisé des glioblastomes, en dépit de leur sensibilité thérapeutique et de leur pronostic différents. Les oligodendrogliomes anaplasiques sont observés de novo ou sont issus de la transformation d’un oligodendrogliome de grade II. La médiane de survie associée à ce type histologique est de l’ordre de 3 à 5 ans. L’hyperplasie endothéliale paraît constituer, pour les oligodendrogliomes anaplasiques, le critère pronostique histologique le plus fort, critère que l’on peut associer à la présence d’une prise de contraste en neuroradiologie, qui représente en quelque sorte l’équivalent macroscopique de cette prise de contraste. Il apparaît également que l’aspect de rehaussement en anneau à l’IRM représente, au sein des oligodendrogliomes anaplasiques, un facteur de mauvais pronostic. Les oligoastrocytomes anaplasiques constituent une entité controversée, associant sur plan histologique des foyers oligodendrocytaires et astrocytaires, ces derniers pouvant, pour certains auteurs, constituer une population cellulaire réactionnelle et non tumorale. Par ailleurs les critères qui séparent les oligodendrogliomes des oligoastrocytomes anaplasiques sont très variables selon les centres, variant de 10 à 25, voire 50 % pour la proportion minimale d’éléments oligodendrocytaires. Sous cette importante réserve, les oligoastrocytomes anaplasiques semblent présenter un pronostic et une probabilité de réponse thérapeutique intermédiaire entre les astrocytomes et les oligodendrogliomes anaplasiques [44, 45].

Des données récentes font apparaître que les distinctions entre gliomes anaplasiques pourraient reposer, de façon plus pertinente, sur les données de la génétique moléculaire. Ainsi les délétions des chromosomes 1p et 19q observées isolément dans plus de 75 % des oligodendrogliomes, et conjointement dans 60-70 % des cas, sont associées à un pronostic plus favorable et à une plus grande probabilité de réponse à la chimiothérapie. Ces délétions sont d’ailleurs retrouvées dans les gliomes mixtes et les astrocytomes, mais avec une fréquence moindre (respectivement 40 % et 11 %). D’autres anomalies ont été décrites, incluant les mutations portant sur le gène tp53, mutuellement exclusives des délétions de 1p et 19q, et généralement observées dans les formes astrocytaires, les délétions du gène CDKN2A ou les délétions du chromosome 10 (observées dans les oligoastrocytomes anaplasiques respectivement dans 40 % et 20 % des cas). De plus, certains oligodendrogliomes ou oligoastrocytomes anaplasiques présentent, dans 20-25 % des cas, une amplification du récepteur de l’EGF (REGF) et/ou une délétion du chromosome 10q, anomalies habituellement observées dans les glioblastomes et dont la mise en évidence, mutuellement exclusive de la perte de 1p et 19q, est associée pour les oligodendrogliomes et les oligoastrocytomes anaplasiques, à une faible chimiosensibilité et à un pronostic médiocre [46]. Enfin, la description récente de l’expression des facteurs de transcription OLIG1/2, restreinte aux gliomes oligodendrocytaires, ne semble pas pouvoir constituer un marqueur diagnostique fiable des tumeurs oligodendrocytaires.

L’ensemble de ces données conduit à considérer l’existence d’au moins deux voies de transformation des gliomes anaplasiques, dont la distinction diagnostique et pronostique pourrait reposer, dans un avenir proche, sur l’association de caractéristiques histologiques, neuroradiologiques et moléculaires. L’enjeu actuel est donc de valider la valeur diagnostique, pronostique et prédictive de réponse de ces marqueurs de manière prospective.

Standards thérapeutiques des gliomes anaplasiques

Le traitement des gliomes anaplasiques repose toujours sur la chirurgie et la radiothérapie ; la place de la chimiothérapie, en phase adjuvante, reste controversée et fait l’objet d’études en cours. Pour les astrocytomes anaplasiques, l’adjonction d’une chimiothérapie par nitroso-urée en monothérapie ou selon le schéma PCV (il n’y a pas de différence d’efficacité clairement établie entre ces deux schémas), pourrait améliorer la survie globale, ainsi que le suggèrent deux méta-analyses [2, 47]. Pour les oligodendrogliomes et oligoastrocytomes anaplasiques, le bénéfice d’une chimiothérapie adjuvante, en complément de la radiothérapie, n’est pas démontré, mais a été testé, pour le schéma PCV, dans le cadre de deux études de phase III, l’une conduite par l’EORTC, et dont les résultats sont en attente, l’autre conduite par Cairncross et le NCIC présenté à l’Asco 2004. Dans cet essai comparant une radiothérapie exclusive versus une radiothérapie précédée d’une chimiothérapie PCV, 291 patients, porteurs d’un oligodendrogliome ou d’un oligoastrocytome anaplasiques ont été randomisés. Sur le critère principal, survie globale, cet essai s’est révélé négatif avec des survies comparables de 4,8 et 4,5 ans dans les bras PCV-radiothérapie et radiothérapie, respectivement (p = 0,830), et ce alors que la très large majorité des patients du bras radiothérapie a reçu le schéma PCV à la récidive. En termes de survie sans progression, critère secondaire, la différence tend vers la significativité avec une SSP respectivement de 2,6 et 1,9 ans dans les bras PCV-radiothérapie et radiothérapie (p = 0,053), toutefois au prix d’une toxicité non négligeable (33 % des patients ont développé une toxicité de grade III-IV). Bien que le recul paraisse insuffisant pour permettre une analyse complète, la valeur pronostique sur la survie des délétions de 1p et 19q semble être confirmée : quel que soit le traitement, la médiane de survie est de 2,8 ans pour les patients présentant une tumeur avec chromosomes 1p et 19q intacts, alors qu’elle n’a pas été atteinte en cas de délétion (p < 0,001) [4]. L’analyse plus complète permettra peut-être de préciser si l’impact des délétions 1p et 19q est plus marqué en survie sans progression dans le bras chimiothérapie, ce qui accréditerait sa valeur de marqueur prédictif de chimiosensibilité. On retiendra de cette étude que la chimiothérapie constitue un élément important au cours du traitement des oligodendrogliomes anaplasiques, mais que son introduction en adjuvant ne peut être considérée comme un standard.

En effet, depuis les travaux de Cairncross, la chimiosensibilité des tumeurs oligodendrocytaires a été clairement établie avec un taux de réponse objective rapporté de 60 à 80 %, incluant 30-35 % de réponses complètes, le plus souvent associées à une amélioration du statut neurologique, en particulier si le déficit n’est pas fixé [48, 49]. Il semble par ailleurs que cette probabilité de réponse à la chimiothérapie soit similaire qu’elle soit administrée avant ou après radiothérapie. Cependant, les difficultés d’application des classifications histologiques actuelles influencent manifestement de façon très significative la probabilité de réponse au PCV. Dans l’expérience de nombre d’entre nous, ce taux de réponse est actuellement de l’ordre de 40-50 %, cette discordance avec les travaux princeps de Cairncross pouvant très vraisemblablement être expliquée par un plus grand nombre de tumeurs classées en oligodendrogliomes ou oligoastrocytomes anaplasiques (30-40 % actuellement versus 10-15 % antérieurement). C’est souligner l’importance de définir des critères diagnostiques fiables pour distinguer les oligodendrogliomes et oligoastrocytomes anaplasiques des tumeurs astrocytaires.

Traitement des gliomes anaplasiques à la récidive

Astrocytomes anaplasiques

Le témozolomide a été évalué dans les astrocytomes anaplasiques dans le cadre d’une large étude de phase II incluant 162 patients porteurs d’un astrocytome anaplasique ou d’un oligoastrocytome en première récidive, prétraités ou non par chimiothérapie [5]. Un taux de survie sans progression à 6 mois de 46 % a été rapporté, associé à une survie médiane de 14,2 mois. Un taux de 35 % de réponses objectives, incluant 8 % de réponses complètes et 27 % de réponses partielles, a pu être observé, soulignant bien la différence de cadre pathologique entre ces formes histologiques et les glioblastomes. Dans cette étude comportant une revue centralisée de l’histologie, seuls 111 patients ont été retenus comme éligibles, soulignant, là aussi, les difficultés diagnostiques des gliomes anaplasiques déjà rapportées. Cependant, le taux de survie sans progression à 6 mois et la survie globale ne se sont pas révélés être significativement différents entre la population en intention de traitement (respectivement 46 % et 13,6 mois) et la population éligible (respectivement 48 % et 14,5 mois). Cette observation peut aussi être faite pour le taux de réponse objective de 35 %, identique dans les deux populations.

Oligodendrogliomes anaplasiques

Au regard de la fréquence accrue et de la chimiosensibilité particulière des tumeurs oligodendrocytaires initialement décrite par Cairncross, nous avons évalué le témozolomide en situation de récidive après radiothérapie et chimiothérapie PCV. Il faut rappeler que les données de la littérature portant sur les traitements de deuxième ligne des oligodendrogliomes anaplasiques étaient alors très limitées, avec une étude testant le paclitaxel présentant une efficacité limitée (15 % de réponses objectives) et une analyse rétrospective mentionnant 4 réponses chez 10 patients traités par l’association cisplatine-étoposide [50]. Notre étude prospective de phase II a donc été conduite sur une population de 48 patients présentant un oligodendrogliome pur ou mixte anaplasique, traités selon le schéma standard de 5 jours. La population était caractérisée par son jeune âge (médiane 41 ans), caractéristique des tumeurs oligodendrocytaires, mais aussi par une proportion significative (30 %) de patients avec un IK à 60 et l’absence d’exérèse chirurgicale à la récidive pour 47/48. Tous les patients avaient été traités par radiothérapie et chimiothérapie, celle-ci conduite selon le schéma PCV dans 44 cas. Un taux élevé de réponse à ce schéma (83 % pour les 35 patients évaluables ayant reçu le PCV caractérise aussi notre population. Le taux de réponse objective (critère principal, analysé selon les critères de MacDonald) est dans cette population de 44 %, incluant 17 % de réponses complètes, 27 % de partielles. La survie sans progression médiane est de 6,7 mois pour l’ensemble de la population et de 13 mois pour les patients répondeurs. Une réponse complète, maintenue plus de 12 mois, a été observée chez 2 des 4 patients inclus présentant une dissémination tumorale méningée, confortant les données précliniques en faveur d’une bonne diffusion du témozolomide dans le liquide céphalorachidien [51]. Ces résultats ont depuis été confirmés par d’autres études, en particulier dans le cadre de l’EORTC mais avec des résultats manifestement influencés par la réponse antérieure au PCV [52]. L’observance de ce schéma est bonne, avec un report de cycle et une diminution de dose pour respectivement 10 % et 1,2 % des cycles. Sa toxicité est limitée, principalement à type de thrombopénie, observée pour les grades 3-4 chez 6 % des patients (tableau 5( Tableau 5 )).

Ces données conduisent à envisager, pour le témozolomide, de nouveaux développements dans les tumeurs oligodendrocytaires. Ainsi, l’EORTC l’a testé à la récidive mais en première ligne de chimiothérapie, et rapporte un taux de réponse de 50 %, confirmant l’efficacité du témozolomide dans les oligodendrogliomes anaplasiques [53]. Un essai de phase III croisé allemand, en cours, recherche la séquence thérapeutique optimale en comparant la séquence radiothérapie + PCV avec témozolide à la récidive versus la séquence radiothérapie + témozolide avec PCV à la récidive. Par ailleurs, la bonne tolérance de cette drogue, administrée selon le schéma standard incite aussi à tester le bénéfice d’une majoration de la dose ou d’associations, notamment avec les nitroso-urées ou les sels de platine, afin d’améliorer les résultats obtenus dans ces tumeurs particulières.
Tableau 5 Résultats du témozolomide dans les oligodendrogliomes anaplasiques

Essais

Patients (nb)

Réponse PCV

RC+RP

SSP médiane

SS 6 mois

SSP 12 mois

Témozolomide 2e ligne

Chinot

48

83 %

44 %

6.7

51 %

25 %

Van den Bent

27

38 %

26 %

4

44 %

27 %

EORTC 26972

28

50 %

25 %

3,6

29 %

11 %

Témozolomide 1re ligne

EORTC 26971

38

NA

53 %

10,4

40 %

Gliomes de grade II

Le traitement des gliomes de grade II repose avant tout sur la chirurgie quand elle peut réaliser une exérèse macroscopiquement totale sans risque fonctionnel majeur pour le malade. La place de la radiothérapie a été précisée par l’essai de l’EORTC [54]. Cet essai comparait l’administration de la radiothérapie réalisée en postopératoire à celle réalisée à la récidive. L’absence d’impact d’une radiothérapie précoce sur la survie globale, avec toutefois un bénéfice sur la survie sans progression, conduit souvent actuellement à discuter son indication en fonction des paramètres pronostiques connus (âge, volume résiduel postopératoire, évolutivité volumétrique, état clinique et délétions de 1p et 19q). Ces mêmes facteurs pronostiques péjoratifs, voire l’existence de crises pharmacorésistantes, ont pu conduire à proposer dans ces formes une chimiothérapie première, le plus souvent par témozolomide. L’étude de Hoang-Xuan rapporte dans cette indication un taux de 17 % de réponses partielles et 14 % de réponses mineures (évaluées sur l’hypersignal T2), corrélées à la délétion du chromosome 1p [55]. Une amélioration clinique était par ailleurs observée chez 51 % des patients. Il importe de souligner que le délai d’obtention de la meilleure réponse peut être long (médiane 12 mois), sans que l’on puisse actuellement préciser la durée optimale de traitement. Un essai comparant, pour les gliomes de grade II agressifs, cette stratégie de chimiothérapie à une radiothérapie conventionnelle doit être conduite par l’EORTC ; cette question restera donc non résolue pendant encore de nombreuses années.

Conclusion

Un nouveau standard combinant une radiothérapie à une chimiothérapie par témozolomide vient donc d’être défini pour les glioblastomes, avec un bénéfice clairement identifié pour les patients de moins de 70 ans ayant pu bénéficier d’une exérèse chirurgicale. Les essais thérapeutiques à venir doivent donc viser à améliorer ce standard et à définir des schémas appropriés pour les patients inopérables ou âgés. Il importe aussi de développer de nouvelles secondes lignes de traitement, incluant les biothérapies actuellement en cours d’évaluation. Pour les glioblastomes, et plus encore pour les gliomes anaplasiques, la validation de la valeur pronostique de survie et prédictive de réponse des marqueurs biologiques (méthylation du promoteur MGMT, délétions de 1p et 19q…) pourrait permettre de mieux stratifier les patients dans les essais à venir, voir de les intégrer comme facteurs décisionnels dans les stratégies thérapeutiques en développement.

Remerciements

Nous remercions Claire Senay pour son aide apportée à la mise en forme du manuscrit.

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