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MRI evaluation of primary chemotherapy response in breast cancer


Bulletin du Cancer. Volume 91, Number 9, 721-8, Septembre 2004, ARTICLE ORIGINAL


Résumé   Summary  

Author(s) : Laurence Vénat-Bouvet , Michèle Desfougères , Y Aubard , J Mollard , V Fermeaux , D Genet , JL Labourey , J Martin , V Lebrun-Ly , Antoine Maubon , N Tubiana-Mathieu , Service d’oncologie médicale, Service de radiologie, Service de gynécologie, Service d’anatomopathologie, CHU Dupuytren, 87042 Limoges Cedex.

Summary : The aim of this work was to evaluate the value of contrast enhanced MRI for determination of response to neoadjuvant chemotherapy (type FEC) in breast cancer according to two parameters: size of the enhancing tumor and the maximum relative enhancement curve (MRC) in the same tumor area. Twenty womens with breast cancer (15 invasive ductal carcinomas and 5 invasive lobular carcinomas) T2 (n \= 8) or T3 (n \= 12) were evaluated by physical examination and MRI after a minimal of three courses of FEC and prior to surgery. Data from physical examination and imaging studies were compared to histopathological findings. Physical examination estimated correctly the residual tumor size in 45 % of cases and MRI in 60 % with 3 false negative cases. Among evaluated patients with MRI mesurable residual tumor, tumor size was underestimated in 69 % of the cases and overestimated in 31 % of the cases. A MRC flattening was observed in 5 cases among the patients with a partial response or clinical stable disease correlated with a poor cellular density in the microscopic findings. MRI monitoring of chemotherapy response can be useful for guiding surgery. Therefore, underestimation of the residual tumor size and false negative rate are remaining problems.

Keywords : neoadjuvant chemotherapy, breast MRI, breast cancer

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) :, Laurence Vénat-Bouvet1,*, Michèle Desfougères2, Y Aubard3, J Mollard3, V Fermeaux4, D Genet1, JL Labourey1, J Martin1, V Lebrun-Ly1, Antoine Maubon2, N Tubiana-Mathieu1

1Service d’oncologie médicale
2Service de radiologie
3Service de gynécologie
4Service d’anatomopathologie, CHU Dupuytren, 87042 Limoges Cedex
*L. Vénat-Bouvet.

Article reçu le 16 Mars 2004, accepté le 9 Août 2004

L’intérêt des traitements systémiques adjuvants par chimiothérapie et/ou hormonothérapie dans les cancers infiltrants localisés du sein à risque élevé n’est plus à démontrer [1]. La chimiothérapie première est considérée comme un standard thérapeutique dans les formes localement avancées et ses indications ont été étendues aux tumeurs opérables [2-10]. Son but est d’augmenter la possibilité de traitement chirurgical conservateur après réduction du volume tumoral et de tester in vivo la chimiosensibilité tumorale pour adapter un éventuel traitement systémique adjuvant. L’évaluation précise de la réponse tumorale après chimiothérapie d’induction (CTI) est fondamentale pour guider le geste chirurgical [11]. Cependant, l’examen clinique et les méthodes classiques d’imagerie morphologique mammaire sont peu performants. L’imagerie par résonance magnétique avec injection de gadolinium (IRM) en pathologie mammaire est une technique indépendante de la densité mammaire qui a une sensibilité supérieure à celle de la mammographie (95 à 97 %) mais une spécificité faible (30 à 97 %) [12-16]. Son intérêt majeur, outre l’étude morphologique, est l’approche physiopathologique tissulaire des tumeurs du sein par le biais de l’étude de l’angiogenèse tumorale.Nous rapportons une série de 20 patientes toutes traitées par une CTI pour un cancer du sein non inflammatoire. L’objectif de l’étude est d’évaluer l’intérêt de l’IRM mammaire pour définir objectivement la réponse tumorale avant toute chirurgie en comparant les résultats de l’IRM après CTI à ceux observés après analyse anatomopathologique des pièces d’exérèse chirurgicale.

Résultats

L’évaluation clinique et IRM du résidu tumoral après CTI a été comparée à l’analyse anatomopathologique des pièces d’exérèse chirurgicale.

La réponse clinique après CTI était une RC dans 6 cas, une RP dans 9 cas et une stabilité dans 5 cas. Les comparaisons entre l’évaluation du résidu tumoral par l’IRM et par l’analyse histologique des patientes en RC clinique sont détaillées dans le tableau 1.( Tableau 1 ). Il s’agissait d’un CLI dans 2 cas et l’IRM était normale dans les 2 cas en sachant qu’une des patientes n’avait pas eu d’IRM initiale. L’histologie était négative dans 1 cas en sachant que, en l’absence de résidu identifiable et de repérage initial, seules des biopsies multidirectionnelles ont été réalisées. Dans le cas no 2, il s’agissait d’un CLI diffus dans toute la glande mammaire ayant conduit à réaliser une mastectomie. Dans les 4 autres cas, il s’agissait d’un CCI. L’IRM était normale dans 2 cas avec, sur le plan histologique, la persistance d’îlots carcinomateux millimétriques dans 1 cas (patiente no 3) et d’un résidu pTis de 30 mm dans l’autre cas (patiente no 4). Dans les 2 autres cas, l’IRM retrouvait une prise de contraste résiduelle respectivement de 14 et 15 mm avec un aplatissement de la courbe dans 1 cas et correspondant sur le plan histologique à un résidu pT2 de 28 mm composé essentiellement de cellules altérées alors que, dans l’autre cas, il s’agissait d’un résidu pT1 de 20 mm avec 90 % de cellules viables.

Les résultats concernant les patientes en RP sont détaillés dans le tableau 2( Tableau 2 ). Deux patientes avaient un résidu tumoral de 20 mm avec, à l’IRM, des lésions tumorales respectivement de 20 et 47 mm correspondant, sur le plan histologique, à un résidu pT2 de 25 et 40 mm. Trois patientes avaient un résidu T2 inférieur ou égal à 30 mm. L’IRM retrouvait une lésion circonscrite respectivement de 19,5 et 27 mm dans 2 cas, correspondant sur le plan histologique à un résidu infiltrant pT2 de 25 mm associé à une composante intracanalaire dans 1 cas. Dans l’autre cas (patiente no 11), l’IRM retrouvait deux prises de contraste punctiformes correspondant à un résidu de 50 mm ayant une composante intracanalaire prédominante. Quatre patientes avaient un résidu T3 inférieur ou égal à 65 mm. L’IRM retrouvait une lésion supérieure à 45 mm dans 3 cas correspondant, sur le plan histologique, à un résidu pT3 supérieur ou égal à 60 mm. Dans le dernier cas (patiente no 15), l’IRM retrouvait une lésion de 26 mm correspondant, sur le plan histologique, à un résidu de 34 mm.

Par ailleurs, on observait un aplatissement de la courbe de rehaussement (( figure 1 )) chez 4 des patientes par rapport à l’IRM initiale correspondant, sur le plan histologique, à des résidus tumoraux ayant une densité cellulaire plus faible comparativement aux 5 autres patientes n’ayant pas d’aplatissement significatif de leur courbe.

Cinq patientes stables cliniquement ont été considérées comme non répondeuses (tableau 3( Tableau 3 )). Quatre patientes avaient une tumeur T3 de taille supérieure ou égale à 60 mm. L’IRM était normale dans 1 cas (absence d’IRM de référence pour la patiente no 16) avec, sur le plan histologique, l’absence de résidu sur la pièce de mastectomie ; il s’agissait d’un CLI sur la biopsie initiale. Dans les 3 autres cas, l’IRM retrouvait une lésion supérieure à 40 mm sans aplatissement de la courbe (( figure 2 )) correspondant, sur le plan histologique, à un résidu supérieur à 30 mm ayant une densité cellulaire élevée. Une patiente avait une progression de la taille tumorale sur l’IRM correspondant, sur le plan histologique, à un CLI diffus avec emboles vasculaires. Dans le dernier cas, il s’agissait d’un résidu T2 de 50 mm corrélé à une prise de contraste de 16 mm sans aplatissement de la courbe sur l’IRM et à un résidu histologique de 26 mm ayant une densité cellulaire élevée.

Chez les patientes ayant un résidu tumoral mesurable sur l’IRM et sur la pièce opératoire (n = 13), l’IRM sous-estime la taille de la tumeur résiduelle dans 69 % des cas et surestime la taille tumorale dans 31 % des cas.
Tableau 1  Patientes en rémission complète (RC) clinique : comparaisons entre l’évaluation de la taille du résidu tumoral par l’IRM et par l’analyse histologique. La taille de la prise de contraste après injection de gadolinium est exprimée en millimètres (mm). L’aplatissement de la courbe de rehaussement relatif maximal du signal tumoral à 2 minutes est dit significatif lorsqu’il existe une diminution de 35 % par rapport à l’IRM initiale.

Cas patientes

Biopsie initiale

IRM : Taille (mm)

Aplatissement de la courbe

Histologie (taille en mm)

1

CLI*

Normale

NA

Négative

2

CLI

Normale

NA

CLI diffus

3

CCI

Normale

NA

Ilots de cellules tumorales

4

CCI

Normale

NA

pTis (30)

5

CCI

15

Oui

pT2 (28) cellules altérées

6

CCI

14

Non

pT1 (20) cellules viables

*Absence d’IRM initiale.


Tableau 2  Patientes en réponse partielle (RP) clinique : comparaisons entre évaluation clinique, IRM et histologique du résidu tumoral. La taille de la prise de contraste après injection de gadolinium est exprimée en millimètres (mm). L’aplatissement de la courbe de rehaussement relatif maximal du signal tumoral à 2 minutes est dit significatif lorsqu’il existe une diminution de 35 % par rapport à l’IRM initiale.

Cas patientes

Biopsie initiale

Clinique (mm)

IRM : Taille (mm)

Aplatissement de la courbe

Histologie (mm)

7

CLI

65

46

Oui

pT3 (60)

8

CCI

20

20

Oui

pT2 (25)

9

CCI

20

47

Oui

pT2 (40)

10

CCI

30

19,5

Non

pT2 (25) + CIC

11

CCI*

22

2 foyers < 10

NA

pT2 (50) + CIC

12

CCI*

Non mesurable

27

NA

pT2 (25)

13

CCI

51

35

Non

pT3 (70)

14

CCI

60

50

Oui

pT3 (95)

15

CCI*

60

26

Non

pT2 (34)

*Absence d’IRM initiale.


Tableau 3  Patientes stables cliniquement : comparaisons entre évaluation clinique, IRM et histologique du résidu tumoral. La taille de la prise de contraste après injection de gadolinium est exprimée en millimètres (mm). L’aplatissement de la courbe de rehaussement relatif maximal du signal tumoral à 2 minutes est dit significatif lorsqu’il existe une diminution de 35 % par rapport à l’IRM initiale.

Cas patientes

Biopsie initiale

Clinique (mm)

IRM : Taille (mm

Aplatissement de la courbe

Histologie (mm)

16

CLI*

80

Normale

NA

pT0

17

CCI

65

45

Non

pT2 (40)

18

CCI

60

40

Non

pT2 (35)

19

CLI

85

71

Non

CLI diffus

20

CCI

50

16

Non

pT2 (26)

*Absence d’IRM initiale.

Discussion

L’évaluation clinique et radiologique de la réponse à la CTI peut être gênée par la fibrose induite par le traitement. Il est maintenant clairement établi que, outre l’envahissement histologique des ganglions axillaires et le nombre de ganglions envahis [17], la taille histologique tumorale résiduelle [18] et le grade histologique [17, 19] représentent des facteurs pronostiques majeurs pour la survie sans récidive et la survie globale. La fibrose ne prenant pas le contraste de façon précoce, l’intérêt de l’IRM est double : elle permet de mesurer la taille tumorale et d’évaluer la vascularisation tumorale et péritumorale ; le critère diagnostique étant représenté par l’existence d’un rehaussement précoce (avant 2 minutes) après injection intraveineuse de gadolinium. Cette prise de contraste précoce repose sur l’existence de la néoangiogenèse tumorale et péritumorale [20-24]. Dans notre série, l’IRM d’évaluation réalisée avant le geste chirurgical sous-estime largement la taille des tumeurs T2 comme T3 de l’ordre de 34 % dans 69 % des cas évaluables. En revanche, dans une étude sur 32 cancers, Merchant et al. [25] ont observé que le stade des grosses tumeurs est surestimé de l’ordre de 10 % et celui des tumeurs de petite taille de 22 % dans les T1 et T2. Boetes et al. [26] n’observent pas de différence entre la taille en IRM et la taille en histologie. Dans la série de Balu-Maestro et al. [27], l’examen clinique évalue correctement la taille du reliquat tumoral dans 52 % (45 % dans notre série) et l’IRM dans 63 % des cas (60 % dans notre série). La mesure de l’efficacité thérapeutique a été effectuée dans les travaux de Buthiau et al., Abraham et al. et Gilles et al. [28-30] qui retrouvent une excellente corrélation entre l’histologie et l’IRM dans plus de 90 % des cas. Dans notre série, l’IRM préopératoire était normale dans 5 cas corrélés sur le plan histologique à 2 RC, un résidu pTis, un résidu microscopique composé de quelques cellules altérées et un résidu de CLI diffus. Les faux négatifs sont le plus souvent représentés par les lésions in situ et les tumeurs de petite taille inférieures à 5 mm comme c’est le cas dans notre série pour 3 patientes. Comparée à l’examen clinique ou à l’imagerie classique, l’IRM apparaît comme le meilleur examen pour apprécier la taille du résidu tumoral avec toutefois une sensibilité et une spécificité inférieures à 100 %. Parmi les patientes en RC histologique vraie (n = 2), 2 avaient un carcinome lobulaire infiltrant avec une disparition de la vascularisation précoce retrouvée dans 1 cas dès l’évaluation intermédiaire (dans l’autre cas la patiente n’avait pas eu d’IRM initiale de référence). Classiquement, les carcinomes lobulaires infiltrants répondent moins bien à la CTI [31, 32] et l’appréciation de la réponse est le plus souvent difficile avec une valeur habituellement supérieure de l’IRM [33] par rapport à l’imagerie morphologique classique.

D’après Rieber et al. [34, 35], l’aplatissement de la courbe après le premier cycle permettrait de distinguer les patientes répondeuses des non répondeuses. Il semblerait qu’un délai de rehaussement plus tardif soit plus approprié dans cette application. L’utilisation de produits de contraste de seconde génération moins instables ou de techniques nouvelles d’imagerie fonctionnelle telles que la tomographie par émission de positons au [18F]-fluorodéoxyglucose ou la mammoscintigraphie qui utilise le technétium 99m sestamibi seront probablement des voies de recherche intéressantes pour l’évaluation de la vascularisation tumorale et des modifications physiologiques de la tumeur sous chimiothérapie [36-38].

Le mode de réponse tumorale est très variable après CTI : régression concentrique harmonieuse ou, à l’inverse, disparition centrale et persistance de cellules résiduelles en périphérie ou encore diminution de la densité de la tumeur sans véritable diminution de taille [39]. Le rôle du pathologiste est d’apprécier la réponse histopathologique au traitement. Il n’y a pas actuellement de système standardisé d’appréciation de la réponse pathologique, ce qui gêne l’analyse des résultats des différentes séries publiées. Dans notre série, l’évaluation histologique de cette réponse a entraîné une modification de la chimiothérapie postopératoire dans 5 cas [40]. Après évaluation de la réponse tumorale à l’aide de l’IRM, les chirurgies conservatrices indiquées ont permis une exérèse tumorale en limites saines et une mastectomie aurait pu être évitée dans 1 cas.

Conclusion

Bien que l’IRM mammaire apporte des éléments supplémentaires pour l’évaluation de la réponse tumorale après CTI, elle a tendance à sous-estimer le volume tumoral résiduel. De plus, sa normalité n’élimine pas la possibilité de microfoyers tumoraux invasifs ni, surtout, la présence de carcinome in situ résiduel, laissant des perspectives d’avenir pour les nouvelles techniques d’imagerie fonctionnelle.

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