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Fluorinated analogs of nucleosides and fluorinated tracers of gene expression for positron emission tomography


Bulletin du Cancer. Volume 91, Number 9, 695-703, Septembre 2004, SYNTHÈSE


Résumé   Summary  

Author(s) : Olivier Couturier , Jean-François Chatal , Roland Hustinx , Service de médecine nucléaire, Hôtel-Dieu, CHU, Place Alexis-Ricordeau, 44093 Nantes Cedex, Service de médecine nucléaire, Hôpital du Sart Tilman, CHU, Liège, Belgique.

Summary : 18F-FDG is currently the only fluorinated tracer used in routine clinical positron emission tomography (PET). Fluorine 18 is considered as the ideal radioisotope for PET, thanks to a low positron energy, which not only limits the dose rate to the patients but also provides high-resolution images. Furthermore, the 110 min. physical half-life allows for high-yield radiosynthesis, transport from the production site to the imaging site, and imaging protocols that could span hours, which permits dynamic studies and assessing metabolic processes that may be fairly slow. Recently, synthesis of fluorinated tracers from prosthetic group precursors, which allows easier radiolabeling of biomolecules, has given a boost to the development of numerous fluorinated tracers. Given the wide availability of fluorine 18, such tracers may well develop into important routine tracers. This article is a review of the literature concerning fluorinated analogs of nucleosides and fluorinated radiotracers of gene expression recently developed and under investigation.

Keywords : positron emission tomography, gene expression, fluorinated analogs of nucleosides

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ARTICLE

Auteur(s) :, Olivier Couturier1,*, Jean-François Chatal1, Roland Hustinx2

1Service de médecine nucléaire, Hôtel-Dieu, CHU, Place Alexis-Ricordeau, 44093 Nantes Cedex
2Service de médecine nucléaire, Hôpital du Sart Tilman, CHU, Liège, Belgique
*O. Couturier.

Article reçu le 10 Février 2004, accepté le 10 Juin 2004

Au cours des trente dernières années, des progrès technologiques considérables ont marqué l’évolution de l’imagerie des cancers avec les développements de l’échographie, de la tomodensitométrie (scanner) et de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) dont les pionniers, Lauterbur et Mansfield, viennent d’être honorés par un prix Nobel. Ces techniques, dites morphologiques, visualisent des anomalies anatomiques sans pouvoir le plus souvent en préciser la nature et encore moins la fonction. Ce dernier paramètre est pourtant très important car il conditionne le pronostic et la stratégie thérapeutique. L’imagerie fonctionnelle est donc un complément indispensable de l’imagerie morphologique ; elle a été récemment illustrée par le développement clinique de la tomographie par émission de positons (TEP) qui est en plein développement en France avec l’installation de 60 équipements de TEP ou TEP-scanners à l’échéance de 3 ans.L’application clinique en routine de cette nouvelle technologie requiert un agent radiopharmaceutique spécifique d’une fonction tumorale définie et marqué avec un radionucléide émetteur de positons ayant des caractéristiques radiophysiques appropriées. Le fluor 18 répond à la plupart de ces caractéristiques mais sa période physique de 110 minutes impose de le produire dans un cyclotron installé à proximité relative de son point d’utilisation (jusqu’à 200 kilomètres environ). De nombreuses molécules impliquées dans des fonctions variées de la tumeur sont potentiellement candidates pour un marquage au fluor 18. Un tel marquage n’est pas toujours simple et doit bien sûr conserver les propriétés biologiques intrinsèques de la molécule. Il faut donc le plus souvent faire la synthèse de molécules analogues de la molécule native pour conjuguer un marquage stable avec un bon rendement, des propriétés pharmacocinétiques favorables et des propriétés biologiques identiques à celles de la molécule native. Les traceurs fluorés, qu’il est ainsi possible de synthétiser, parfois même déjà de façon automatisée, apparaissent particulièrement attractifs, en raison de la disponibilité du fluor. Il est probable que certains d’entre eux seront utilisés dans un avenir proche dans des indications oncologiques de routine. Comme le [18F]-FDG, certains sont des traceurs généralistes, c’est-à-dire des traceurs d’un métabolisme cellulaire tumoral non spécifique comme la synthèse protéique, le transport des acides aminés, la synthèse des acides nucléiques ou, encore, la synthèse des composants membranaires. D’autres sont des traceurs « spécifiques » de récepteurs (de la somatostatine, des œstrogènes et des progestatifs), de l’expression génique, de l’hypoxie cellulaire, du métabolisme osseux. Dans cet article, nous nous intéresserons aux analogues fluorés des nucléosides et aux traceurs fluorés de l’expression génique.

Rappels sur le 2-[18F]-fluoro-2-désoxy-D-glucose

Le 2-[18F]fluoro-2-désoxy-D-glucose ([18F]-FDG) a été historiquement le premier agent radiopharmaceutique pour une application diagnostique en cancérologie. Il est actuellement le seul traceur de routine de l’imagerie des cancers en tomographie par émission de positons (TEP) (( figure 1 )). Sa synthèse a été publiée en 1975 et il a été utilisé la première fois chez l’homme en 1976 [1]. Les premières indications cliniques se résumaient à la recherche de la viabilité myocardique et à la suspicion de récidive des tumeurs cérébrales primitives. Sa place actuelle dans l’imagerie des cancers est due au développement de tomographes capables de réaliser une imagerie corps entier en un temps d’acquisition compatible avec une utilisation clinique.

L’utilisation du [18F]-FDG en oncologie repose sur les travaux de Warburg [2, 3] qui a démontré, au sein des cellules tumorales, une augmentation de la glycolyse avec hyperconsommation de glucose et hyperproduction de lactate, aux dépens de la voie oxydative. Le mécanisme simplifié de la captation du [18F]-FDG par les cellules tumorales est depuis lors bien connu (( figure 2 )) ; le [18F]-FDG, analogue du glucose, est transporté à l’intérieur de la cellule via les transporteurs transmembranaires du glucose (GLUT), puis phosphorylé par l’hexokinase en [18F]-FDG-6-phosphate. Ce métabolite n’étant pas un substrat pour les enzymes d’aval, il n’est pas métabolisé et s’accumule au sein de la cellule, proportionnellement à la consommation de glucose. Cette accumulation du radiotraceur dans sa forme phosphorylée crée un gradient tumeur/tissu favorable à la détection des lésions tumorales.

Dans les cellules tumorales, outre la glycolyse accrue, une augmentation du transport de glucose (et de [18F]-FDG) participe à l’accumulation intracellulaire du traceur. L’augmentation de la glycolyse est due, d’une part, à une perte de l’effet Pasteur (perte de l’autorégulation de la production d’ATP via l’inhibition d’enzymes clés de la glycolyse, l’hexokinase et la phosphofructokinase) et, d’autre part, à une réorientation de la voie des pentoses vers un métabolisme non oxydatif (pyruvate), avec augmentation de la production du phospho-ribose-pyrophosphate et, in fine, de la synthèse des nucléotides aux dépens de la production d’énergie. L’augmentation du transport de glucose est la conséquence d’une augmentation du nombre de transporteurs GLUT, notamment le GLUT1. Il existe dans les cellules malignes une hyperexpression du gène codant pour GLUT1 (accessoirement GLUT3), parallèlement (et non secondairement) à l’expression de divers proto-oncogènes impliqués dans la prolifération. L’hyperexpression de GLUT1 serait donc une des caractéristiques de la transformation maligne, dont le rapport avec le niveau de prolifération cellulaire n’est cependant qu’indirect ; ainsi, pour certaines tumeurs, l’activité glycolytique n’est pas bien corrélée à la prolifération tumorale [4]. La signification physiopathologique de la captation tumorale de [18F]-FDG est très variable selon le type de tumeur et dépend de la participation relative de l’augmentation de la glycolyse et des transporteurs GLUT. En outre, de nombreux autres facteurs tels que le niveau d’hypoxie cellulaire, l’importance de l’infiltration inflammatoire au sein de la tumeur ou encore la glycémie jouent un rôle dont l’évaluation précise reste difficile. Il existe par exemple une augmentation de la captation et de l’accumulation de [18F]-FDG dans les macrophages du stroma inflammatoire des tumeurs [5, 6] et de certaines lésions inflammatoires bénignes [7-10]. C’est pour pallier ces difficultés et pour mieux caractériser les tumeurs que de nombreux radiopharmaceutiques alternatifs ont été proposés et/ou sont en cours d’évaluation.

Analogues fluorés des nucléosides

La prolifération incontrôlée est l’une des caractéristiques principales des tumeurs et le niveau de prolifération est de façon évidente un paramètre d’une importance majeure lorsqu’il s’agit de caractériser une lésion néoplasique ou sa réponse à un traitement antitumoral. Les relations existant entre prolifération et captation du 18F-FDG sont complexes. De même, la synthèse protéique, mesurée à l’aide d’acides aminés radiomarqués, ne reflète qu’imparfaitement et de façon indirecte la prolifération cellulaire, la néoformation de protéines n’étant pas entièrement liée à la division cellulaire. Le moyen le plus fidèle de mesurer la prolifération cellulaire est de mesurer la synthèse de l’ADN. Dans ce but, la thymidine tritiée est largement utilisée in vitro et bien documentée. Elle a pu également être marquée avec du 11C et il a été montré que l’accumulation de ce radiotraceur était bien le reflet du niveau de prolifération tissulaire [11]. Cependant, la molécule présente de nombreux désavantages tels que la courte période physique de l’isotope et la présence de métabolites circulants. Plus récemment, les radiosynthèses au fluor 18 de la thymidine et d’autres nucléosides ont été proposées. Il s’agit de la 3′-déoxy-3′-[18F]-fluorothymidine (FLT) [12] (( figure 1 )), du 18F-FBAU (1-(2-désoxy-2-fluoro-1-α-D-arabinofuranosyl)-5-bromo-uracil) [13], du 18F-FMAU (2′-fluoro-5-methyldésoxyuracil-bêta-D-arabinofuranosyl) et du 18F-FAU (2′-fluorodésoxyuracil-bêta-D-arabinofuranosyl) [14]. À la différence de la FLT, le FBAU, le FMAU et le FAU sont incorporés au génome. Ils en sont à un stade tout à fait initial de leur évaluation et les mérites de ces trois molécules restent à déterminer. Nous nous intéresserons donc uniquement à la FLT.

Radiosynthèse de la 3′-fluoro-3′-désoxythymidine (FLT)

La fluoro-désoxythymidine non radiomarquée est connue depuis plus de dix ans comme agent antiviral (sida) [15]. Sa première synthèse a été décrite en 1991 mais avec un faible rendement radiochimique ne permettant pas d’envisager une production pour un usage en routine [16]. Depuis, plusieurs synthèses à partir de différents précurseurs ont été proposées et le 3-N-Boc-1-(5-O-(4,4′-diméthoxytrityl)-3-O-nosyl-2-désoxy-β-D-lyxofuranosyl)thymine [17, 18] apparaît actuellement comme le précurseur de choix avec une procédure simple ne nécessitant qu’une hydrolyse en une seule étape en solution homogène et sans étape de filtration.

Métabolisme de la FLT

Les nucléosides et leurs analogues pénètrent dans la cellule par diffusion facilitée et s’accumulent après avoir subi une phosphorylation (( figure 2 )). La diffusion est contrôlée par des transporteurs qui contrebalancent les entrées et les sorties des nucléosides. Deux types de transporteurs sont distingués, es et ei. Le FLT est un substrat du système es [19].

Quatre kinases sont impliquées dans le métabolisme des nucléosides, mais seule la thymidine kinase TK1 (± TK2 à un faible taux) accepte le FLT comme substrat. TK1 est une isozyme cytoplasmique dont la régulation est cycle cellulaire-dépendante [20-23]. Elle est codée génétiquement et son expression est contrôlée par le facteur transcriptionnel E2F appartenant à une voie signalétique de régulation de la prolifération cellulaire (retinoblastoma protein pathway ou pRb) [24-28]. L’expression de TK1 dans les cellules normales est strictement contrôlée et n’est augmentée qu’en fin de phase G1 et en phase S. Elle est beaucoup plus importante (jusqu’à 15 fois plus [22]) et permanente dans les cellules tumorales [29-31]. De hauts niveaux d’activité en TK1 ont été observés, notamment dans les cancers du sein [22, 32, 33]. De plus, certains oncogènes peuvent activer la voie pRb, ce qui entraîne une dérégulation du facteur E2F et une expression anormale de TK1 [26, 27]. Ainsi, la surexpression de TK1 est couramment observée dans les cellules tumorales en prolifération.

Captation de FLT et prolifération cellulaire

Même si l’affinité de TK1 pour la FLT est moins bonne que pour la thymidine, Toyohara et al. [34] ont montré une excellente corrélation entre la captation de FLT et celle de thymidine dans 22 lignées cellulaires différentes et composées de cellules en différentes phases de cycle. Ils ont de plus mis en évidence d’excellentes corrélations entre la captation de FLT et le pourcentage de cellules en phase S dans chaque lignée, en accord avec d’autres études préliminaires [35-37].

La mesure de la prolifération cellulaire avec la (3H)TdR repose sur son accumulation après phosphorylation par TK1 aussi bien que sur son incorporation dans l’ADN pendant la duplication. La FLT s’accumule également après phosphorylation par la TK1 mais il n’y a pas de formation de FLT triphosphate (FLTTP) et pas d’incorporation dans l’ADN. La FLT s’accumule donc dans la cellule sous la forme de son métabolite principal, la FLT monophosphate (FLTMP) [12, 38, 39]. La FLTMP peut être hydrolysée en retour en FLT par la 5′-nucléotidase (5′-NT) et ressortir de la cellule. Cette sortie potentielle de FLT est cependant en compétition avec la phosphorylation par la TK1 et ne peut être responsable que d’une faible réduction du taux d’accumulation intracellulaire [19]. L’accumulation de la FLT rappelle donc l’accumulation de FDG sous forme également de métabolite monophosphaté (FDG-6-P).

Chez l’homme, on observe une fixation ostéomédullaire assez importante, ainsi qu’une fixation au niveau hépatique et du tractus urinaire. Le traceur subit en effet une glucuronidation hépatique avant élimination rénale. Au contraire du FDG, la FLT n’est pas captée par le tissu cérébral sain, ce qui permet une étude plus aisée des néoplasies cérébrales. Une excellente corrélation a été retrouvée entre la captation de FLT mesurée par SUV (standardized uptake value) et l’activité proliférative de tumeurs malignes pulmonaires, mesurée par le Ki67, sans aucune captation significative de FLT dans les tumeurs pulmonaires bénignes de cette étude [40]. Toujours dans des tumeurs pulmonaires, la FLT était mieux corrélée que le 18F-FDG avec l’index de prolifération tumorale et avait une meilleure spécificité [41]. Cependant, en raison de la forte captation physiologique hépatique et de la moelle osseuse, la détection de lésions tumorales pourrait être limitée dans ces organes [42, 43]. Un autre intérêt de la FLT pourrait résider dans sa capacité à évaluer la réponse précoce au traitement. Chez la souris, une baisse précoce de la captation de FLT a été observée après traitement par le 5FU (5-fluoro-uracile) [44] ou le cisplatine [45], parallèlement à la baisse de l’activité proliférative (par PCNA) et du volume tumoral [44]. Cependant, une augmentation de captation de FLT a également été observée très précocement après l’incubation de lignées cellulaires tumorales avec le 5FU et le méthotrexate [45]. Cette augmentation précoce pourrait s’expliquer en partie par la mise en jeu de mécanismes de réparation de l’ADN. La FLT doit donc être évaluée avec prudence dans différents modèles tumoraux avant d’être considérée comme un agent potentiel de l’évaluation du traitement.

Traceurs fluorés de l’expression génique

Thérapie génique

La thérapie génique consiste à introduire dans un tissu cible un ou des gènes de manière à déclencher la production d’une ou de plusieurs protéines thérapeutiques. Ce gène est introduit à l’aide d’un vecteur, qui peut être un virus (adénovirus, virus adéno-associé ou rétrovirus), un complexe ADN-protéine ou des liposomes, entre autres. Le vecteur joue un rôle crucial et remplit plusieurs fonctions. Il constitue l’enveloppe du gène thérapeutique, le transporte à travers la membrane cellulaire jusque dans le noyau et induit l’expression du gène avec, pour résultat, la production de la protéine thérapeutique. De nombreuses approches ont été explorées. Parmi celles-ci, les systèmes enzymes/prodrogues tels que le système herpès simplex virus thymidine kinase/ganciclovir (HSVtk/GCV) qui introduit un gène codant pour une enzyme activant une pro-drogue (gène suicide). Une autre possibilité consiste à cibler des voies moléculaires au sein des cellules tumorales, par exemple en induisant une hyperexpression du gène p53 natif de manière à induire une apoptose et stopper la croissance tumorale. Il est encore possible d’introduire dans la lésion des protéines stimulant la réponse immunitaire vis-à-vis des cellules tumorales (immunothérapie génique [46]).

Système HSVtk-ganciclovir (GCV) et ses traceurs fluorés

Le ganciclovir (GCV), un nucléoside acyclique, est une prodrogue inactive. Il n’est pas ou peu un substrat pour les thymidines kinases des mammifères, mais est un substrat pour les kinases virales, notamment celle du virus de l’herpès simplex. Il est phosphorylé une première fois par cette enzyme, puis par les kinases cellulaires en formes bi- et triphosphates qui bloquent la synthèse de l’ADN [47]. Ces propriétés peuvent être exploitées dans un but tumoricide [48]. Le gène HSVtk est introduit dans la tumeur à l’aide d’un virus recombinant. Seules les cellules infectées vont posséder le gène et exprimer l’enzyme. Le phénomène est amplifié par les communications intercellulaires (gap junctions) qui permettent au GCV phosphorylé de pénétrer dans des cellules tumorales adjacentes. C’est ainsi que des cellules non infectées mais situées dans le voisinage immédiat de cellules qui le sont peuvent être tuées (effet bystander) [49]. Cette approche thérapeutique a d’abord été validée sur des modèles animaux [50, 51] et des études cliniques de phase I ont montré des résultats encourageants chez l’homme [52, 53].

Ce modèle présente, en commun avec le [18F]-FDG, une accumulation intracellulaire du substrat phosphorylé. Par conséquent, si un substrat pour la HSVtk est radiomarqué puis administré par voie systémique, l’accumulation du traceur sera le reflet de la présence et de l’activité de la HSVtk au sein de la tumeur. Les images obtenues constitueront une cartographie de la présence du gène thérapeutique.

Un aspect essentiel de cette méthode d’imagerie, qui est également un des obstacles majeurs en thérapie génique, consiste à délivrer le gène thérapeutique de manière à obtenir une expression significative de la protéine et sa distribution homogène dans l’ensemble de la tumeur. Les méthodes disponibles à l’heure actuelle pour évaluer ce phénomène présentent plusieurs limitations. Des biopsies tumorales peuvent être obtenues, à des temps déterminés, mais elles sont sujettes aux erreurs d’échantillonnage et sources de risque pour le patient. De plus, l’évolution dans le temps de l’expression du gène reste difficile à mesurer par cette méthode. Un autre aspect important est de vérifier que le gène thérapeutique reste confiné au tissu cible et ne se distribue pas dans d’autres organes. Le développement d’une méthode non invasive permettant d’étudier de façon reproductible et à multiples reprises la biodistribution d’un gène thérapeutique dans l’ensemble de l’organisme apparaît dès lors d’un grand intérêt. C’est dans ce but qu’ont été développés des traceurs fluorés de la thérapie génique.

– La 9-((3-(18F)-fluoro-1-hydroxy-2-propoxy)méthyl)guanine (18F-FHPG). Sa synthèse a été mise au point au milieu des années 1990 [54, 55]. Préalablement, Haberkorn et al. avaient montré, sur diverses lignées tumorales in vitro, une captation accrue du GCV tritié uniquement dans les cellules transfectées [56, 57]. Cette captation était associée à la phosphorylation du traceur, qui augmentait avec le temps. Ces résultats ont été confirmés in vitro avec la 18F-FHPG [58]. Seules les cultures préalablement incubées avec un adénovirus recombinant (Ad.HSVtk) retenaient le traceur, avec des rapport d’activité HSVtk+/ HSVtk- de 4,5 à 27 selon le type de lignées cellulaires. Dans cette même étude, des tumeurs (cellules U87, gliome humain) implantées en sous-cutanée chez des souris immunodéficientes (SCID) ont été transfectées avec Ad.HSVtk ou Ad.Bgl2 (vecteur témoin) ou n’ont reçu que du sérum physiologique. Seules les tumeurs positives pour HSVtk étaient visualisées en TEP (( figure 3 )). Après sacrifice des animaux, les comptages au compteur à puits ont montré un rapport tumeur/muscle de 5,5 en moyenne, contre 0,8 dans les tumeurs négatives pour HSVtk. En valeur absolue, la captation était de 3,4 % ID/g dans les tumeurs HSVtk+ et 0,6 % dans les tumeurs HSVtk-. Également sur modèle animal et avec le même traceur, Hospers et al. ont obtenu des rapports moyens d’activité tumeur HSVtk+/tumeur HSVtk- égaux à 12 mesurés sur les images TEP et égaux à 15 mesurés dans un compteur à puits [59]. Dans cette étude, les tumeurs avaient été transfectées in vitro à l’aide d’un rétrovirus recombinant, préalablement à leur implantation chez l’animal, de telle sorte qu’elles exprimaient le gène de façon stable.

On observe dans ces deux études une accumulation hépatique importante de 18F-FHPG, en raison du tropisme du virus Ad.HSVtk pour le foie, que le virus soit injecté par voie intraveineuse ou directement dans la tumeur. Cette observation suggère un passage du virus dans la circulation générale et concorde avec les altérations biologiques hépatiques relevées dans les essais cliniques de phase I chez des patients souffrant de glioblastome ou de mésothéliomes et traités par le système HSVtk/GCV.

– La 9-((8-(18F)-fluoro-1-hydroxy-2-propoxy)méthyl)guanine (18F-FGCV ). À la différence du 18F-FHPG, l’atome de 18F est inséré en position 8 de l’anneau acycloguanosine. Ce traceur est moins favorable sur le plan de la chimie, avec un rendement et une activité spécifique faibles [60]. Dès 1998, Gambhir et al. ont montré la présence d’HSVtk dans le foie d’une souris dans lequel le virus recombinant avait été préalablement injecté par voie IV, en utilisant la 18F-FGCV [61]. Ils ont montré également que l’intensité de la captation hépatique était directement proportionnelle aux niveaux d’HSVtk (ARNm et enzyme) [62].

Traceurs des autres systèmes HSVtk : 18F-FPCV et 18F-FHBG

Le penciclovir (PCV) est un dérivé aux propriétés pharmaceutiques plus favorables que le ganciclovir et l’aciclovir (ACV) [63, 64] : le taux de phosphorylation par les kinases virales puis endogènes, la stabilité intracellulaire de la forme triphosphate et l’inhibition de l’ADN polymérase sont tous nettement supérieurs avec le PCV qu’avec l’ACV ou le GCV. Comme pour ce dernier, le marquage peut être réalisé sur l’anneau (18F-FPCV : (8-[18F]-fluoropenciclovir) ou sur la chaîne latérale (18F-FHBG : 9-((4-[18F]-fluoro-3-hydroxyméthylbutyl)guanine) [65]). Comparé au 18F-FGCV, le 18F-FPCV présente une accumulation hépatique plus importante pour une même dose virale administrée par voie intraveineuse. Pour un niveau d’expression d’HSVtk identique, la captation tumorale, chez la souris, est plus importante [66].

Les études précliniques avec le 18F-FHBG ont montré un ratio d’activité tumeur HSVtk+/tissu sain variant de 2 à 25 deux heures après l’injection [65]. Les études de biodistribution et de dosimétrie ont été réalisées chez l’homme [67]. Elles montrent une clairance plasmatique rapide, une bonne stabilité du composé et des doses absorbées largement acceptables. On observe cependant une activité hépatique, digestive et urinaire relativement importante, susceptible de rendre difficile l’interprétation de l’examen au niveau abdominal.

Enfin, signalons que le 2′-fluoro-5-iodo-1-b-D-arabinofuranosyl-5-iodo-uracil (FIAU), largement documenté, n’est pas un traceur fluoré mais est marqué à l’iode 131 ou à l’iode 124. Il permet une bonne visualisation des tumeurs transfectées en imagerie TEP [68, 69] et l’importance de sa captation tumorale dépend du niveau d’expression du transgène [70]. Le FIAU est un meilleur substrat pour l’HSVtk que le GCV tritié [71] et présente plusieurs avantages significatifs sur le 18F-FHBG et le 18F-FHPG [72, 73], concernant notamment la cinétique de la captation. Néanmoins, les caractéristiques physiques de l’iode 124 sont peu favorables à l’imagerie par TEP quantitative [74] et peu de cyclotrons sont capables de le produire. Un développement intéressant serait de combiner les qualités de substrat des dérivés uraciles (FIAU ou autres) avec les avantages physiques du 18F.

Extension du concept de gène rapporteur et traceur fluorés

Dans le chapitre précédent sur la thérapie génique, une prodrogue radiomarquée servait à détecter l’expression du gène thérapeutique, transfectée préalablement dans les cellules tumorales à l’aide d’un vecteur viral. Cependant, le concept de gène rapporteur peut être étendu à l’imagerie par TEP en dehors de protocoles de thérapie génique [75], de manière à évaluer l’expression d’un gène endogène. Si le gène rapporteur, dirigé par un promoteur d’un gène endogène préalablement choisi, est inséré dans le tissu cible, l’accumulation du traceur correspondra à l’activité du gène rapporteur, elle-même induite par le promoteur et donc reflet indirect de l’activité du gène endogène. Le groupe de l’UCLA a étudié, chez des souris transgéniques, l’expression du gène HSVtk, dirigée par le promoteur de l’albumine [76, 77] (( figure 4 )). L’expression du gène de l’albumine peut être modulée par l’alimentation des animaux. Un régime riche en protéines entraînait une augmentation de l’expression du gène de l’albumine parallèlement à l’augmentation de la fixation hépatique de 18F-FHBG, qui diminuait lorsque le régime était dépourvu en protéines. Les mesures étaient reproductibles et pouvaient être répétées dans le temps.

Le même groupe a administré deux vecteurs comprenant deux gènes rapporteurs différents, d’une part HSV1-sr39tk, un gène mutant de l’herpès simplex ayant une activité accrue sur les substrats tels que le GCV [78], d’autre part, le gène codant pour le récepteur D2 de la dopamine (D2R) [67]. Ce dernier système permet de visualiser les tissus possédant le récepteur D2 à l’aide de la 3-(2-(18F)fluoroéthyl)spipérone (18F-FESP) [79]. Les deux gènes rapporteurs étaient dirigés par le même promoteur, celui du cytomégalovirus. Les deux types d’adénovirus recombinant, identiques hormis le gène rapporteur qu’ils contenaient, étaient donc co-administrés, soit en intraveineux (avec pour tissu cible le foie), soit en intratumoral. Les résultats ont montré une excellente corrélation entre la captation de 18F-FESP et celle de 18F-FHBG. L’activité de la thymidine kinase était également bien corrélée à la fixation de la spipérone sur les récepteurs D2 de la dopamine. Les mesures étaient reproductibles et pouvaient être répétées dans le temps.

Une autre approche consiste à administrer un seul vecteur bicistronique contenant à la fois le gène rapporteur et un second gène (( figure 5 )). Les deux gènes sont séparés par une séquence IRES (internal ribosomal entry site) et commandés par un même promoteur. L’activation du promoteur va entraîner la transcription d’un seul ARNm, contenant les séquences pour les deux protéines, qui seront toutes deux produites. Cette approche a été validée en utilisant un vecteur bicistronique contenant les deux gènes rapporteurs mentionnés plus haut, HSV1-sr39tk et D2R [80]. Les auteurs ont montré que, chez des souris portant des tumeurs transfectées de façon stable par ce vecteur (ici un plasmide), l’expression du premier gène, mesurée à l’aide de la TEP au 18F-PCV prédisait l’expression du second gène, mesurée par la captation de la 18F-FESP.

Conclusion

L’imagerie fonctionnelle par tomographie par émission de positons des tumeurs malignes avec le [18F]-FDG est dores et déjà complémentaire de l’imagerie morphologique conventionnelle avec un impact démontré sur la stratégie thérapeutique. À terme, d’autres traceurs fluorés devraient pouvoir évaluer les principales fonctions de chaque type tumoral et jouer alors un rôle déterminant sur le choix et l’évaluation du traitement, notamment sur une évaluation précoce de la réponse au traitement choisi. C’est dans cette dernière indication que la FLT semble particulièrement intéressante, car le [18F]-FDG, qui manque de spécificité et visualise également l’inflammation post-thérapeutique, ne permet pas de répondre efficacement à cette question. Les premiers essais cliniques chez l’homme avec la FLT sont encore peu nombreux mais la molécule rencontre un vif intérêt, notamment de la part des industriels de la radiopharmacie ; ainsi, la FLT pourrait être, dans un avenir proche, un outil diagnostique disponible en clinique à côté du [18F]-FDG. L’avenir des traceurs de l’expression génique est plus restreint, dépendant essentiellement du développement de cette thérapie et il n’existe à l’heure actuelle aucune étude humaine avec ces traceurs.

Références

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