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Larynx cancer in France: descriptive epidemiology and incidence estimation


Bulletin du Cancer. Volume 91, Number 4, 363-8, Avril 2004, Article original


Résumé   Summary  

Author(s) : Jun Peng, François Ménégoz, Josette Mace Lesec’h, Laurent Remontet, Pascale Grosclaude, Antoine Buémi, Anne‐Valérie Guizard, Brigitte Tretarre, Arlette Danzon, Michel Velten, Nabil Maarouf, Éric Jougla, Guy Launoy, Alain Dubreuil , Registre des cancers de la Somme, Bât. de Santé Publique, CHU Nord, 80054 Amiens Registre des cancers de l’Isère Registre des cancers du Calvados Service de Biostatistiques, Centre hospitalier Lyon‐Sud Registre des cancers du Tarn Registre des cancers du Haut‐Rhin Registre des cancers de l’Hérault Registre des cancers du Doubs Registre des cancers du Bas‐Rhin Registre des cancers de la Manche Inserm‐CépiDc , Le Vésinet Francim, réseau des registres des cancers, Toulouse .

Summary : The epidemiology of cancers is known in France throught mortality data provided by Inserm and morbidity data obtained by french tumor registries. The purpose of this study was to compare the incidence of laryngeal cancers in 9 French departments and to give an estimate of this incidence for the whole of France, based on this data. Incidence and mortality data were collected over the period 1978‐1997. The incidence and mortality rates were estimated for each year from 1978 up to 2000. Observed incidence and mortality data in the population covered by cancer registries were modelled using age‐cohort methods. An estimation of the incidence\\mortality ratio was obtained from these models and applied to the mortality rates predicted from an age‐cohort model for the entire French population. The estimated number of laryngeal cancers was 3,865 in males and 361 in females. There were pronounced contrasts in laryngeal cancer incidence between cancer registries. The incidence rate of laryngeal cancers were especialy high in the Somme and Calvados department compared to those observed in Haut‐Rhin and Tarn. The ratio incidence\\mortality was 2.4 in Doubs and 1.3 in Somme. France is among the countries which have the highest rates of incidence and mortality for laryngeal cancer in Europe. ▴

Keywords : laryngeal cancers, incidence, mortality, cancer registry

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ARTICLE

Auteur(s) : Jun Peng1, François Ménégoz2, Josette Mace Lesec’h3, Laurent Remontet4, Pascale Grosclaude5, Antoine Buémi6, Anne-Valérie Guizard3, Brigitte Tretarre7, Arlette Danzon8, Michel Velten9, Nabil Maarouf10, Éric Jougla11, Guy Launoy12, Alain Dubreuil1

1 Registre des cancers de la Somme, Bât. de Santé Publique, CHU Nord, 80054 Amiens 
2
 Registre des cancers de l’Isère 
3
 Registre des cancers du Calvados 
4
 Service de Biostatistiques, Centre hospitalier Lyon-Sud 
5
 Registre des cancers du Tarn 
6
 Registre des cancers du Haut-Rhin 
7
 Registre des cancers de l’Hérault 
8
 Registre des cancers du Doubs 
9
 Registre des cancers du Bas-Rhin 
10
 Registre des cancers de la Manche 
11
 Inserm-CépiDc, Le Vésinet 
10
 Francim, réseau des registres des cancers, Toulouse

Article reçu le 10 septembre 2003, accepté le 19 janvier 2004

Grâce à l’analyse des données de mortalité fournies par l’Inserm et des éléments de morbidité obtenus à partir des registres des tumeurs, l’épidémiologie descriptive des cancers est maintenant mieux connue en France. À la différence de la mortalité, l’incidence observée n’est connue que dans les départements qui disposent d’un registre des cancers. Pour la France entière, comme dans la plupart des pays européens, les incidences des cancers doivent être estimées. Ces dernières années, plusieurs estimations ont déjà été réalisées [1-5]. 

Bien que les registres des cancers jouent un rôle dans l’évaluation médicale, dans la réalisation d’enquêtes à visée étiologique et dans l’évaluation des actions de dépistage, leur premier objectif est d’indiquer la fréquence des maladies étudiées. L’analyse des données des registres permet d’apporter des renseignements sur la fréquence des cancers et sur l’évolution de cette fréquence avec le temps. Elle permet également de connaître leur distribution géographique et de comparer leur incidence à celle observée dans d’autres régions ou pays. 

Les statistiques concernant le cancer du larynx sont souvent rassemblées dans le cadre du groupe plus vaste des voies aérodigestives supérieures (VADS) qui comprend les cancers de la lèvre, de la bouche et du pharynx [6]. Ces cancers partagent souvent les mêmes facteurs de risque, notamment le tabac et l’alcool. Les thérapeutiques chirurgicales sont souvent simultanées pour le pharynx et le larynx du fait de l’atteinte fréquente de ces deux localisations dans les cancers étendus. Par ailleurs, les statistiques de mortalité restent relativement imprécises au niveau des sous-localisations des VADS [7]. 

L’incidence, connue maintenant de manière plus précise, rend possible une étude séparée des cancers de la lèvre, de la bouche et du pharynx (LBP) et du larynx. Le cancer du larynx est moyennement fréquent en termes d’incidence en France [1, 4]. Cependant, la France fait partie des pays qui, à l’échelon mondial, présentent la plus forte incidence de cancers du larynx [8, 9]. 

L’objectif de ce travail est de comparer l’incidence des cancers du larynx dans 9 départements français et, à partir de ces données, d’estimer l’incidence des cancers du larynx pour la France entière en l’an 2000.

Résultats

Variations géographiques

Pour la période la plus récente (1993-1997), les taux d’incidence les plus élevés sont observés dans les départements de la Somme et du Calvados, les plus bas dans le Haut-Rhin et le Tarn (tableau 1) avec un ratio maximum de 2,1 chez l’homme et de 2,0 chez la femme. Les cancers du larynx sont rares chez la femme dans tous les départements étudiés, avec un sex-ratio H/F allant de 23,4 (Calvados) à 9,2 (Manche).

Tableau 1. Taux d’incidence et de mortalité observés par département et par période (standardisation monde)
1978-1982 1983-1987 1988-1992 1993-1997
Incidence Mortalité Incidence Mortalité Incidence Mortalité Incidence Mortalité
Homme
Bas-Rhin 12,0 9,9 12,2 8,4 11,3 5,4 8,2 3,5
Calvados 10,3 11,9 13,0 10,3 11,6 7,9 11,7 7,4
Doubs 13,0 10,8 11,7 6,0 12,8 6,6 10,6 4,4
Haut-Rhin 9,3 6,6 9,9 4,4 7,2 3,7
Hérault 8,8 11,0 8,6 12,0 6,6 9,5 4,9
Isère 12,2 10,1 12,1 8,3 9,9 6,2 8,1 4,3
Manche 10,5 10,8 8,1 9,2 6,0
Somme 15,1 17,1 14,7 14,3 14,2 12,5 12,0 9,5
Tarn 9,9 6,8 9,5 5,1 6,6 4,9 5,6 2,9
France entière* 13,5 11,4 12,5 9,1 11,5 7,2 10,3 5,7
Femme
Bas-Rhin 0,5 0,2 0,5 0,2 0,6 0,1 0,6 0,2
Calvados 0,4 0,2 0,4 0,4 0,7 0,3 0,5 0,1
Doubs 0,5 0,2 0,5 0,3 0,6 0,2 0,7 0,4
Haut-Rhin 0,4 0,2 0,6 0,4 0,6 0,1
Hérault 0,4 0,9 0,5 0,6 0,4 0,6 0,4
Isère 0,4 0,3 0,5 0,3 0,6 0,4 0,5 0,2
Manche 0,3 0,1 0,1 1,0 0,2
Somme 0,5 0,4 0,6 0,5 1,2 0,4 0,7 0,4
Tarn 0,4 0,2 0,7 0,5 0,6 0,1 0,6 0,1
France entière* 0,7 0,4 0,7 0,4 0,7 0,3 0,7 0,3
* Taux estimés.

Chez l’homme, le taux de mortalité le plus élevé est observé dans la Somme. Il est 1,6 fois plus élevé que dans la Manche, 2,2 fois plus élevé que dans le Doubs et dans l’Isère, 3,3 fois plus élevé que dans le Tarn.
Les taux de mortalité ne suivent pas toujours les taux d’incidence : chez l’homme, le rapport incidence/mortalité des 9 départements concernés (période 1993-1997) varie de 2,4 (Doubs) à 1,3 (Somme). Cette hétérogénéité est encore plus forte chez la femme mais est due, dans ce cas, pour une grande part aux faibles effectifs.

Variation des taux selon l’âge et le sexe en 2000

Les courbes de l’incidence en fonction de l’âge, pour chaque sexe, sont données dans la  figure 1. Les cancers du larynx sont rares avant 40 ans. L’âge médian lors du diagnostic est de 62 ans chez l’homme et de 64 ans chez la femme. Le taux d’incidence atteint son maximum à l’âge de 60 ans avec une valeur de 45/100 000 chez l’homme et de 3,5/100 000 chez la femme. Après 75 ans, l’incidence décroît et la mortalité reste légèrement croissante.

Tendances chronologiques

Le risque de décès par cancer du larynx diminue pour les deux sexes entre les cohortes de naissance les plus anciennes et les plus récentes (figure 2). Une diminution de l’incidence est aussi observée chez l’homme mais non chez la femme. La diminution du risque de cancer du larynx pour un homme né en 1953 par rapport à un homme né en 1928 est de 45 % et la diminution de son risque de décès est de 72 %.

L’incidence du cancer du larynx analysée par période diminue chez l’homme au cours des deux dernières décennies. Entre 1978 et 2000, le taux annuel moyen d’évolution de l’incidence est de – 1,66 % chez l’homme, mais il est égal à zéro chez la femme (tableau 2). Le mode de calcul de ce taux réalise un ajustement pour l’âge, c’est-à-dire que son évolution est indépendante du vieillissement (ou du rajeunissement) de la population qui a pu être observé pendant cette période. Chez l’homme, le nombre de nouveaux cas passe de 4 365 en 1980 à 3 865 en 2000 et chez la femme, de 299 à 361.

Tableau 2. Taux d’incidence et de mortalité en France selon l’année (standardisées monde pour 100 000 personnes-années)



1980 1985 1990 1995 2000 TE
Incidence Hommes 13,5 12,5 11,5 10,3 9,3  – 1,66
Femmes 0,7 0,7 0,7 0,7 0,7 0
Mortalité Hommes 11,4 9,1 7,2 5,7 4,5  – 4,37
Femmes 0,4 0,4 0,3 0,3 0,3  – 1,48
TE : taux annuel moyen d’évolution 1978-2000 (en %).

Dans le même temps, la mortalité diminue régulièrement, de façon plus marquée chez l’homme que chez la femme. Cette baisse correspond à un taux annuel moyen d’évolution de  4,37 % chez l’homme et de  1,48 % chez la femme. Entre 1980 et 2000, le nombre de décès passe de 3 874 à 1 968 chez l’homme et de 177 à 166 chez la femme.

Incidence et mortalité en France en 2000

En France en 2000, on estime l’incidence des cancers du larynx à 3 865 nouveaux cas chez l’homme et 361 chez la femme (tableau 3).

Tableau 3. Estimation du nombre annuel de nouveaux cas et des taux d’incidence et de mortalité des cancers du larynx en France en fonction du sexe en 2000
Sexe Taux brut Taux standardisés Europe Taux standardisés monde Nombre de cas
Incidence Hommes 13,6 12,9 9,3 3 865
Femmes 1,2 1,0 0,7 361
Mortalité Hommes 6,9 6,4 4,5 1 968
Femmes 0,6 0,4 0,3 166

Cette topographie représente 1,5 % de l’ensemble des cancers incidents et se situe, par sa fréquence, au 11e rang chez l’homme et au 21e rang chez la femme. Les taux d’incidence standardisés sont de 9,3 chez l’homme et de 0,7 chez la femme : le sex-ratio de 13,3 est particulièrement élevé.
Les chiffres de mortalité sont de 2 134 décès, dont 92 % chez l’homme. Ce cancer se situe au 17e rang des décès par cancer et il représente 1,4 % de l’ensemble des décès par cancer. Les taux de mortalité standardisés sont de 4,5 chez l’homme et de 0,3 chez la femme.

Discussion

L’estimation de l’incidence des cancers en France métropolitaine est l’un des objectifs du Réseau français des registres de cancer (Francim). Les données d’incidence observées (nombre de nouveaux cas annuels) sont établies dans les registres de population et restent donc limitées aux départements où ces registres existent, soit environ à 13 % de la population française. Cependant, des estimations nationales ont été réalisées, à partir des données des registres et de la mortalité [3, 5], pour extrapoler les taux d’incidence aux régions où les registres n’existent pas. Ces estimations reposent sur l’hypothèse qu’il existe un rapport stable entre le nombre de cas incidents et le nombre de décès pour un cancer donné. Ce rapport, mesuré dans les registres où existent simultanément les deux types d’information, permet de calculer l’incidence dans des populations pour lesquelles on ne dispose que de la mortalité. Il faut néanmoins remarquer que le rapport incidence/mortalité ne sera pas stable si l’apparition du cancer entraîne des phénomènes de migration ou s’il existe des écarts de la survie en fonction des régions où les patients sont traités.
L’intérêt d’utiliser le rapport mortalité/morbidité pour estimer l’incidence des cancers en France vient du fait qu’il n’est pas nécessaire que l’incidence dans les départements couverts par un registre de cancer soit représentative de celle de la population française.
Les cancers du larynx se caractérisent par des variations d’incidence assez importantes entre les départements français. Contrairement aux tumeurs de la lèvre, de la bouche et du pharynx (LBP) avec lesquels ils partagent plusieurs facteurs de risque, on n’observe pas pour les cancers du larynx de gradient décroissant Nord-Sud. Cela conduit à penser qu’il pourrait exister d’autres facteurs de risque propres à cette dernière localisation.
De même, bien que la responsabilité du tabac et de l’alcool dans l’apparition des cancers du larynx soit bien établie, il n’y a pas de concordance géographique entre les niveaux de consommation de ces deux toxiques et le niveau de l’incidence observé pour cette tumeur.
Les risques relatifs par cohorte de naissance décrivent une diminution temporelle du risque de ce cancer chez l’homme (incidence et mortalité) et chez la femme (mortalité). L’absence de diminution de l’incidence chez la femme peut s’expliquer par la plus grande consommation de tabac au cours des 20 dernières années. Les effets combinés de l’évolution du risque (qui diminue le nombre de cas attendus) mais aussi du vieillissement de la population (qui augmente le nombre de cas attendus) font que le nombre de nouveaux patients entre 1980 et 2000 est passé de 4 664 à 4 226, soit une diminution relativement modérée de 438 cas ( 9,4 %) en 20 ans.
Les données de mortalité ne sont pas proportionnelles aux chiffres de l’incidence. Ces discordances peuvent être évoquées en termes de défaut d’enregistrement dans certains départements. Il ne nous semble pas que cette hypothèse puisse être retenue sans évoquer aussi la possibilité d’une imprécision des certificats de décès. En effet, la grande proximité anatomique du larynx avec le pharynx, des traitements communs aux deux localisations et l’atteinte simultanée des deux topographies dans les cancers étendus peuvent être à l’origine d’un grand flou dans le codage des certificats de décès et le calcul de l’incidence. Pour les tumeurs étendues, il pourra être difficile de déterminer la localisation précise du point de départ. Ce problème serait certainement beaucoup moins important si l’on avait analysé de manière regroupée les cancers du larynx et du pharynx.
Les taux d’incidence des cancers du larynx sont variables d’un pays à l’autre. Selon Cancer Incidence in Five Continents (vol. VII) [8], parmi 184 populations couvertes par des registres, on trouve les taux les plus élevés dans plusieurs registres d’Espagne, d’Italie et de France. Chez l’homme, 3 registres français sur 8 font partie des 20 premiers registres les plus touchés par ce cancer : la Somme, le Doubs et l’Hérault. Cette disposition n’est pas retrouvée pour le sexe féminin.
En Europe, les taux plus élevés se trouvent en Europe du Sud (Espagne, Italie). Pour la France, l’incidence (standardisée monde, période 1995) est de 10,3 pour 100 000 chez l’homme, soit la 4e plus élevée. Les pays les moins touchés sont les pays du Nord et l’Angleterre. Chez la femme, l’incidence de ce cancer va de 0,2 (Suède) à 1,2 (Belgique). La France se situe dans les pays à risque intermédiaire [10, 11].
Chez l’homme, les taux de mortalité varient entre 6,4 en Espagne et 0,5 en Suède. La France se situe en deuxième position avec un taux de 5,7. Chez la femme, le taux de mortalité varie de 0,5 (Danemark) à 0 (Finlande). La France se situe en 6e rang.
D’après l’étude Eurocare II, réalisée à partir de 45 registres du cancer provenant de 17 pays européens [12], les taux de survie relative à 5 ans varient en Europe de 76 à 43 % chez l’homme et de 100 à 47 % chez la femme. Chez l’homme, ils sont meilleurs dans l’Europe de l’Ouest et du Nord (Pays-Bas 76 %, Suède 74 %, Islande 74 %) et plus faibles dans l’Europe de l’Est (Pologne 44 % et Estonie 43 %). Chez la femme, les meilleurs se trouvent aux Pays-Bas (100 %), en Allemagne (72 %) ; les plus bas sont en Pologne (30 %) et en Estonie (15 %).
Le taux de survie relative à 5 ans du cancer du larynx est estimé pour la France à 51 % chez l’homme et 58 % chez la femme. Ils sont inférieurs aux taux moyens de la survie européenne (63 % chez l’homme et 65 % chez la femme).
Une abondante littérature a été publiée sur l’étiologie des cancers de la cavité buccale, du pharynx et du larynx. Les connaissances épidémiologiques les plus importantes concernent le tabac et l’alcool. La principale cause de cancer du larynx est le tabagisme. L’alcool est un autre facteur de risque important. Le risque est encore plus élevé si ces deux facteurs sont combinés, plus de 90 % des cancers de larynx pouvant alors leur être attribués [13-16].
La quantité de tabac fumée, la durée du tabagisme, l’usage ou non de filtre modifient les risques des cancers de la cavité buccale, du pharynx et du larynx. Ces risques varient aussi en fonction du type de tabac fumé. Les risques les plus importants sont liés aux cigarettes à teneur élevée en goudron [17, 18].
La relation avec d’autres facteurs, exposition professionnelle en particulier (métiers exposés au nickel, au chrome, à l’amiante, au charbon, aux hydrocarbures), n’est pas clairement établie en raison du tabagisme presque constamment associé. Les états précancéreux (leucoplasie, kératose, papillomatose) ont un rôle certain dans la survenue de ce type de cancer, la fréquence de transformation étant néanmoins difficile à apprécier toujours en raison de l’intoxication tabagique fréquemment associée [19-22].
Ces données constituent des étapes de la description de l’incidence des cancers du larynx en France. La présente méthode d’estimation de l’incidence nationale rend la comparaison aux périodes calendaires ultérieures plus aisée et plus sûre. Cependant, des points d’interrogation subsistent sur d’autres facteurs de risque que les enquêtes épidémiologiques entreprises tant en France qu’en Europe, aux États-Unis ou dans d’autre pays devraient permettre de lever. Des actions de prévention du tabagisme et de l’alcoolisme ciblées sur les populations à haut risque pourraient réduire le risque des cancers du larynx. n

Matériel et méthodes

Recueil des informations

Les données d’incidence sont recueillies grâce à l’aide des médecins et organismes prenant en charge le cancer du point de vue diagnostique et thérapeutique. Citons les laboratoires d’anatomie pathologique qui font le diagnostic de certitude, les données des Départements de l’information médicale (DIM) des établissements qui rassemblent des informations sur les actes diagnostiques et thérapeutiques, les demandes de prise en charge au titre des affections de longue durée faites auprès des médecins des caisses, etc. Ce mode de fonctionnement avec sources d’informations multiples est un des moyens permettant aux registres de viser à l’exhaustivité et d’améliorer leur fiabilité. Les données sur les cancers du larynx proviennent de 9 départements possédant un registre des cancers et dont la qualité de l’enregistrement a été évaluée par le Comité national des registres (CNR) : le Bas-Rhin, le Calvados, le Doubs, le Haut-Rhin, l’Hérault, l’Isère, la Manche, la Somme et le Tarn.
Ces données sont centralisées au service de biostatistique des Hospices Civils de Lyon et font l’objet de mises à jour régulières. Outre les contrôles effectués en amont par les registres, la cohérence de chaque enregistrement est vérifiée par l’intermédiaire de requêtes spécifiques et du logiciel IARC-tools édité par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) : l’enregistrement fait l’objet d’un retour aux registres pour contrôle en cas d’erreur ou d’incohérence. Les variables issues de cette base commune et utilisées dans cette analyse sont : sexe, date de naissance, date de diagnostic, commune de domicile au moment du diagnostic, topographie et morphologie de la tumeur codées selon la 2e édition de la Classification internationale des maladies pour l’oncologie (CIM-O-2).
Le tableau 4 présente, pour chaque registre, les années d’enregistrements utilisées pour l’estimation France entière.
Le fichier des décès par cancers observés en France de 1978 à 1997 est fourni par le centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDC-Inserm). Pour chaque patient décédé, on dispose des variables suivantes : année de décès, département de domicile, sexe, âge (différence entre l’année de décès et l’année de naissance), code CIM9 de la localisation tumorale.
Les populations exposées au risque d’être atteintes d’un cancer sont connues grâce à l’Insee qui les calcule à partir des données des recensements de 1975, 1982, 1990 et 1999 [23]. Ces données permettent de calculer les taux spécifiques par groupes d’âge et les taux d’incidence bruts pour chaque sexe et chaque département. Afin d’éliminer l’effet des différences démographiques entre les régions, les taux d’incidences sont standardisés pour l’âge par la méthode directe en utilisant la population mondiale de référence.

Tableau 4. Données d’incidence utilisées pour l’estimation France entière

Registre Années
Calvados 1978-1996
Doubs 1978-1996
Hérault 1986-1996
Isère 1979-1997
Manche 1994-1996
Bas-Rhin 1978-1996
Haut-Rhin 1988-1997
Somme 1982-1996
Tarn 1982-1997
Estimation de l’incidence
La méthode utilisée repose sur la modélisation du rapport incidence/mortalité, tenant compte de variables d’ajustement telles que l’âge, le sexe et la cohorte de naissance. Une description complète de cette méthode a été faite par Remontet et Estève [24]. n

Remerciements. Nous remercions vivement les médecins anatomopathologistes et les médecins du SIM pour leur collaboration active ainsi que tous les médecins et leurs équipes qui nous ont permis d’accéder à leurs dossiers. Nous remercions également le soutien financier de l’InVS, de l’Inserm, des Conseils généraux départementaux et des Ligues départementales contre le cancer.

Références

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