ARTICLE
Auteur(s) : Jun Peng1, François Ménégoz2, Josette
Mace Lesec’h3, Laurent
Remontet4,
Pascale Grosclaude5, Antoine
Buémi6,
Anne-Valérie Guizard3, Brigitte
Tretarre7,
Arlette Danzon8, Michel Velten9, Nabil
Maarouf10,
Éric Jougla11, Guy Launoy12, Alain
Dubreuil1
1 Registre des cancers de la Somme, Bât. de
Santé Publique, CHU Nord, 80054 Amiens
2 Registre des cancers de l’Isère
3 Registre des cancers du Calvados
4 Service de Biostatistiques, Centre hospitalier
Lyon-Sud
5 Registre des cancers du Tarn
6 Registre des cancers du Haut-Rhin
7 Registre des cancers de l’Hérault
8 Registre des cancers du Doubs
9 Registre des cancers du Bas-Rhin
10 Registre des cancers de la Manche
11 Inserm-CépiDc, Le Vésinet
10 Francim, réseau des registres des cancers,
Toulouse
Article reçu le 10 septembre 2003, accepté le
19 janvier 2004
Grâce à l’analyse des données de mortalité fournies par l’Inserm
et des éléments de morbidité obtenus à partir des registres des
tumeurs, l’épidémiologie descriptive des cancers est maintenant
mieux connue en France. À la différence de la mortalité,
l’incidence observée n’est connue que dans les départements qui
disposent d’un registre des cancers. Pour la France entière, comme
dans la plupart des pays européens, les incidences des cancers
doivent être estimées. Ces dernières années, plusieurs estimations
ont déjà été réalisées [1-5].
Bien que les registres des cancers jouent un rôle dans
l’évaluation médicale, dans la réalisation d’enquêtes à visée
étiologique et dans l’évaluation des actions de dépistage, leur
premier objectif est d’indiquer la fréquence des maladies étudiées.
L’analyse des données des registres permet d’apporter des
renseignements sur la fréquence des cancers et sur l’évolution de
cette fréquence avec le temps. Elle permet également de connaître
leur distribution géographique et de comparer leur incidence à
celle observée dans d’autres régions ou pays.
Les statistiques concernant le cancer du larynx sont souvent
rassemblées dans le cadre du groupe plus vaste des voies
aérodigestives supérieures (VADS) qui comprend les cancers de la
lèvre, de la bouche et du pharynx [6]. Ces cancers partagent
souvent les mêmes facteurs de risque, notamment le tabac et
l’alcool. Les thérapeutiques chirurgicales sont souvent simultanées
pour le pharynx et le larynx du fait de l’atteinte fréquente de ces
deux localisations dans les cancers étendus. Par ailleurs, les
statistiques de mortalité restent relativement imprécises au niveau
des sous-localisations des VADS [7].
L’incidence, connue maintenant de manière plus précise, rend
possible une étude séparée des cancers de la lèvre, de la bouche et
du pharynx (LBP) et du larynx. Le cancer du larynx est moyennement
fréquent en termes d’incidence en France [1, 4]. Cependant, la
France fait partie des pays qui, à l’échelon mondial, présentent la
plus forte incidence de cancers du larynx [8, 9].
L’objectif de ce travail est de comparer l’incidence des cancers
du larynx dans 9 départements français et, à partir de ces
données, d’estimer l’incidence des cancers du larynx pour la France
entière en l’an 2000.
Résultats
Variations géographiques
Pour la période la plus récente (1993-1997), les taux
d’incidence les plus élevés sont observés dans les départements de
la Somme et du Calvados, les plus bas dans le Haut-Rhin et le Tarn
(tableau 1) avec un ratio maximum de
2,1 chez l’homme et de 2,0 chez la femme. Les cancers du
larynx sont rares chez la femme dans tous les départements étudiés,
avec un sex-ratio H/F allant de 23,4 (Calvados) à 9,2
(Manche).
Tableau 1. Taux d’incidence et de
mortalité observés par département et par période (standardisation
monde)
|
1978-1982 |
1983-1987 |
1988-1992 |
1993-1997 |
|
Incidence |
Mortalité |
Incidence |
Mortalité |
Incidence |
Mortalité |
Incidence |
Mortalité |
| Homme |
| Bas-Rhin |
12,0 |
9,9 |
12,2 |
8,4 |
11,3 |
5,4 |
8,2 |
3,5 |
| Calvados |
10,3 |
11,9 |
13,0 |
10,3 |
11,6 |
7,9 |
11,7 |
7,4 |
| Doubs |
13,0 |
10,8 |
11,7 |
6,0 |
12,8 |
6,6 |
10,6 |
4,4 |
| Haut-Rhin |
|
9,3 |
|
6,6 |
9,9 |
4,4 |
7,2 |
3,7 |
| Hérault |
|
8,8 |
11,0 |
8,6 |
12,0 |
6,6 |
9,5 |
4,9 |
| Isère |
12,2 |
10,1 |
12,1 |
8,3 |
9,9 |
6,2 |
8,1 |
4,3 |
| Manche |
|
10,5 |
|
10,8 |
|
8,1 |
9,2 |
6,0 |
| Somme |
15,1 |
17,1 |
14,7 |
14,3 |
14,2 |
12,5 |
12,0 |
9,5 |
| Tarn |
9,9 |
6,8 |
9,5 |
5,1 |
6,6 |
4,9 |
5,6 |
2,9 |
| France entière* |
13,5 |
11,4 |
12,5 |
9,1 |
11,5 |
7,2 |
10,3 |
5,7 |
| Femme |
|
|
|
|
|
|
|
|
| Bas-Rhin |
0,5 |
0,2 |
0,5 |
0,2 |
0,6 |
0,1 |
0,6 |
0,2 |
| Calvados |
0,4 |
0,2 |
0,4 |
0,4 |
0,7 |
0,3 |
0,5 |
0,1 |
| Doubs |
0,5 |
0,2 |
0,5 |
0,3 |
0,6 |
0,2 |
0,7 |
0,4 |
| Haut-Rhin |
|
0,4 |
|
0,2 |
0,6 |
0,4 |
0,6 |
0,1 |
| Hérault |
|
0,4 |
0,9 |
0,5 |
0,6 |
0,4 |
0,6 |
0,4 |
| Isère |
0,4 |
0,3 |
0,5 |
0,3 |
0,6 |
0,4 |
0,5 |
0,2 |
| Manche |
|
0,3 |
|
0,1 |
|
0,1 |
1,0 |
0,2 |
| Somme |
0,5 |
0,4 |
0,6 |
0,5 |
1,2 |
0,4 |
0,7 |
0,4 |
| Tarn |
0,4 |
0,2 |
0,7 |
0,5 |
0,6 |
0,1 |
0,6 |
0,1 |
| France entière* |
0,7 |
0,4 |
0,7 |
0,4 |
0,7 |
0,3 |
0,7 |
0,3 |
* Taux estimés.
Chez l’homme, le taux de mortalité le plus élevé est observé
dans la Somme. Il est 1,6 fois plus élevé que dans la Manche,
2,2 fois plus élevé que dans le Doubs et dans l’Isère,
3,3 fois plus élevé que dans le Tarn.
Les taux de mortalité ne suivent pas toujours les taux
d’incidence : chez l’homme, le rapport incidence/mortalité des
9 départements concernés (période 1993-1997) varie de 2,4
(Doubs) à 1,3 (Somme). Cette hétérogénéité est encore plus forte
chez la femme mais est due, dans ce cas, pour une grande part aux
faibles effectifs.
Variation des taux selon l’âge et le sexe en 2000
Les courbes de l’incidence en fonction de l’âge, pour chaque
sexe, sont données dans la figure 1. Les cancers du
larynx sont rares avant 40 ans. L’âge médian lors du
diagnostic est de 62 ans chez l’homme et de 64 ans chez
la femme. Le taux d’incidence atteint son maximum à l’âge de
60 ans avec une valeur de 45/100 000 chez l’homme et
de 3,5/100 000 chez la femme. Après 75 ans,
l’incidence décroît et la mortalité reste légèrement
croissante.
Tendances chronologiques
Le risque de décès par cancer du larynx diminue pour les deux
sexes entre les cohortes de naissance les plus anciennes et les
plus récentes (figure
2). Une diminution de l’incidence est aussi observée chez
l’homme mais non chez la femme. La diminution du risque de cancer
du larynx pour un homme né en 1953 par rapport à un homme né en
1928 est de 45 % et la diminution de son risque de décès est
de 72 %.
L’incidence du cancer du larynx analysée par période diminue chez
l’homme au cours des deux dernières décennies. Entre 1978 et 2000,
le taux annuel moyen d’évolution de l’incidence est de
– 1,66 % chez l’homme, mais il est égal à zéro chez la
femme (tableau 2). Le mode de calcul de
ce taux réalise un ajustement pour l’âge, c’est-à-dire que son
évolution est indépendante du vieillissement (ou du rajeunissement)
de la population qui a pu être observé pendant cette période. Chez
l’homme, le nombre de nouveaux cas passe de 4 365 en 1980 à
3 865 en 2000 et chez la femme, de 299 à 361.
Tableau 2. Taux d’incidence et de mortalité en France selon
l’année (standardisées monde pour
100 000 personnes-années)
|
|
|
1980 |
1985 |
1990 |
1995 |
2000 |
TE |
|
Incidence |
Hommes |
13,5 |
12,5 |
11,5 |
10,3 |
9,3 |
– 1,66 |
|
|
Femmes |
0,7 |
0,7 |
0,7 |
0,7 |
0,7 |
0 |
|
Mortalité |
Hommes |
11,4 |
9,1 |
7,2 |
5,7 |
4,5 |
– 4,37 |
|
|
Femmes |
0,4 |
0,4 |
0,3 |
0,3 |
0,3 |
– 1,48 |
TE : taux annuel moyen d’évolution 1978-2000 (en %).
Dans le même temps, la mortalité diminue régulièrement, de façon
plus marquée chez l’homme que chez la femme. Cette baisse
correspond à un taux annuel moyen d’évolution de 4,37 %
chez l’homme et de 1,48 % chez la femme. Entre 1980 et
2000, le nombre de décès passe de 3 874 à 1 968 chez
l’homme et de 177 à 166 chez la femme.
Incidence et mortalité en France en 2000
En France en 2000, on estime l’incidence des cancers du larynx à
3 865 nouveaux cas chez l’homme et 361 chez la femme
(tableau 3).
Tableau 3. Estimation du nombre
annuel de nouveaux cas et des taux d’incidence et de mortalité des
cancers du larynx en France en fonction du sexe en 2000
|
|
Sexe |
Taux brut |
Taux standardisés Europe |
Taux standardisés monde |
Nombre de cas |
|
Incidence |
Hommes |
13,6 |
12,9 |
9,3 |
3 865 |
|
|
Femmes |
1,2 |
1,0 |
0,7 |
361 |
|
Mortalité |
Hommes |
6,9 |
6,4 |
4,5 |
1 968 |
|
|
Femmes |
0,6 |
0,4 |
0,3 |
166 |
Cette topographie représente 1,5 % de l’ensemble des
cancers incidents et se situe, par sa fréquence, au 11e
rang chez l’homme et au 21e rang chez la femme. Les taux
d’incidence standardisés sont de 9,3 chez l’homme et de
0,7 chez la femme : le sex-ratio de 13,3 est
particulièrement élevé.
Les chiffres de mortalité sont de 2 134 décès, dont
92 % chez l’homme. Ce cancer se situe au 17e rang
des décès par cancer et il représente 1,4 % de l’ensemble des
décès par cancer. Les taux de mortalité standardisés sont de
4,5 chez l’homme et de 0,3 chez la femme.
Discussion
L’estimation de l’incidence des cancers en France métropolitaine
est l’un des objectifs du Réseau français des registres de cancer
(Francim). Les données d’incidence observées (nombre de nouveaux
cas annuels) sont établies dans les registres de population et
restent donc limitées aux départements où ces registres existent,
soit environ à 13 % de la population française. Cependant, des
estimations nationales ont été réalisées, à partir des données des
registres et de la mortalité [3, 5], pour extrapoler les taux
d’incidence aux régions où les registres n’existent pas. Ces
estimations reposent sur l’hypothèse qu’il existe un rapport stable
entre le nombre de cas incidents et le nombre de décès pour un
cancer donné. Ce rapport, mesuré dans les registres où existent
simultanément les deux types d’information, permet de calculer
l’incidence dans des populations pour lesquelles on ne dispose que
de la mortalité. Il faut néanmoins remarquer que le rapport
incidence/mortalité ne sera pas stable si l’apparition du cancer
entraîne des phénomènes de migration ou s’il existe des écarts de
la survie en fonction des régions où les patients sont traités.
L’intérêt d’utiliser le rapport mortalité/morbidité pour estimer
l’incidence des cancers en France vient du fait qu’il n’est pas
nécessaire que l’incidence dans les départements couverts par un
registre de cancer soit représentative de celle de la population
française.
Les cancers du larynx se caractérisent par des variations
d’incidence assez importantes entre les départements français.
Contrairement aux tumeurs de la lèvre, de la bouche et du pharynx
(LBP) avec lesquels ils partagent plusieurs facteurs de risque, on
n’observe pas pour les cancers du larynx de gradient décroissant
Nord-Sud. Cela conduit à penser qu’il pourrait exister d’autres
facteurs de risque propres à cette dernière localisation.
De même, bien que la responsabilité du tabac et de l’alcool dans
l’apparition des cancers du larynx soit bien établie, il n’y a pas
de concordance géographique entre les niveaux de consommation de
ces deux toxiques et le niveau de l’incidence observé pour cette
tumeur.
Les risques relatifs par cohorte de naissance décrivent une
diminution temporelle du risque de ce cancer chez l’homme
(incidence et mortalité) et chez la femme (mortalité). L’absence de
diminution de l’incidence chez la femme peut s’expliquer par la
plus grande consommation de tabac au cours des 20 dernières
années. Les effets combinés de l’évolution du risque (qui diminue
le nombre de cas attendus) mais aussi du vieillissement de la
population (qui augmente le nombre de cas attendus) font que le
nombre de nouveaux patients entre 1980 et 2000 est passé de
4 664 à 4 226, soit une diminution relativement modérée
de 438 cas ( 9,4 %) en 20 ans.
Les données de mortalité ne sont pas proportionnelles aux chiffres
de l’incidence. Ces discordances peuvent être évoquées en termes de
défaut d’enregistrement dans certains départements. Il ne nous
semble pas que cette hypothèse puisse être retenue sans évoquer
aussi la possibilité d’une imprécision des certificats de décès. En
effet, la grande proximité anatomique du larynx avec le pharynx,
des traitements communs aux deux localisations et l’atteinte
simultanée des deux topographies dans les cancers étendus peuvent
être à l’origine d’un grand flou dans le codage des certificats de
décès et le calcul de l’incidence. Pour les tumeurs étendues, il
pourra être difficile de déterminer la localisation précise du
point de départ. Ce problème serait certainement beaucoup moins
important si l’on avait analysé de manière regroupée les cancers du
larynx et du pharynx.
Les taux d’incidence des cancers du larynx sont variables d’un
pays à l’autre. Selon Cancer Incidence in Five Continents
(vol. VII) [8], parmi 184 populations couvertes par des
registres, on trouve les taux les plus élevés dans plusieurs
registres d’Espagne, d’Italie et de France. Chez l’homme,
3 registres français sur 8 font partie des
20 premiers registres les plus touchés par ce cancer : la
Somme, le Doubs et l’Hérault. Cette disposition n’est pas retrouvée
pour le sexe féminin.
En Europe, les taux plus élevés se trouvent en Europe du Sud
(Espagne, Italie). Pour la France, l’incidence (standardisée monde,
période 1995) est de 10,3 pour 100 000 chez l’homme, soit
la 4e plus élevée. Les pays les moins touchés sont les
pays du Nord et l’Angleterre. Chez la femme, l’incidence de ce
cancer va de 0,2 (Suède) à 1,2 (Belgique). La France se situe dans
les pays à risque intermédiaire [10, 11].
Chez l’homme, les taux de mortalité varient entre 6,4 en Espagne
et 0,5 en Suède. La France se situe en deuxième position avec un
taux de 5,7. Chez la femme, le taux de mortalité varie de 0,5
(Danemark) à 0 (Finlande). La France se situe en 6e
rang.
D’après l’étude Eurocare II, réalisée à partir de
45 registres du cancer provenant de 17 pays européens
[12], les taux de survie relative à 5 ans varient en Europe de
76 à 43 % chez l’homme et de 100 à 47 % chez la femme.
Chez l’homme, ils sont meilleurs dans l’Europe de l’Ouest et du
Nord (Pays-Bas 76 %, Suède 74 %, Islande 74 %) et
plus faibles dans l’Europe de l’Est (Pologne 44 % et Estonie
43 %). Chez la femme, les meilleurs se trouvent aux Pays-Bas
(100 %), en Allemagne (72 %) ; les plus bas sont en
Pologne (30 %) et en Estonie (15 %).
Le taux de survie relative à 5 ans du cancer du larynx est
estimé pour la France à 51 % chez l’homme et 58 % chez la
femme. Ils sont inférieurs aux taux moyens de la survie européenne
(63 % chez l’homme et 65 % chez la femme).
Une abondante littérature a été publiée sur l’étiologie des
cancers de la cavité buccale, du pharynx et du larynx. Les
connaissances épidémiologiques les plus importantes concernent le
tabac et l’alcool. La principale cause de cancer du larynx est le
tabagisme. L’alcool est un autre facteur de risque important. Le
risque est encore plus élevé si ces deux facteurs sont combinés,
plus de 90 % des cancers de larynx pouvant alors leur être
attribués [13-16].
La quantité de tabac fumée, la durée du tabagisme, l’usage ou non
de filtre modifient les risques des cancers de la cavité buccale,
du pharynx et du larynx. Ces risques varient aussi en fonction du
type de tabac fumé. Les risques les plus importants sont liés aux
cigarettes à teneur élevée en goudron [17, 18].
La relation avec d’autres facteurs, exposition professionnelle en
particulier (métiers exposés au nickel, au chrome, à l’amiante, au
charbon, aux hydrocarbures), n’est pas clairement établie en raison
du tabagisme presque constamment associé. Les états précancéreux
(leucoplasie, kératose, papillomatose) ont un rôle certain dans la
survenue de ce type de cancer, la fréquence de transformation étant
néanmoins difficile à apprécier toujours en raison de
l’intoxication tabagique fréquemment associée [19-22].
Ces données constituent des étapes de la description de
l’incidence des cancers du larynx en France. La présente méthode
d’estimation de l’incidence nationale rend la comparaison aux
périodes calendaires ultérieures plus aisée et plus sûre.
Cependant, des points d’interrogation subsistent sur d’autres
facteurs de risque que les enquêtes épidémiologiques entreprises
tant en France qu’en Europe, aux États-Unis ou dans d’autre pays
devraient permettre de lever. Des actions de prévention du
tabagisme et de l’alcoolisme ciblées sur les populations à haut
risque pourraient réduire le risque des cancers du larynx. n
Matériel et méthodes
|
|
Recueil des informations
|
|
Les données d’incidence sont recueillies grâce à l’aide des
médecins et organismes prenant en charge le cancer du point de vue
diagnostique et thérapeutique. Citons les laboratoires d’anatomie
pathologique qui font le diagnostic de certitude, les données des
Départements de l’information médicale (DIM) des établissements qui
rassemblent des informations sur les actes diagnostiques et
thérapeutiques, les demandes de prise en charge au titre des
affections de longue durée faites auprès des médecins des caisses,
etc. Ce mode de fonctionnement avec sources d’informations
multiples est un des moyens permettant aux registres de viser à
l’exhaustivité et d’améliorer leur fiabilité. Les données sur les
cancers du larynx proviennent de 9 départements possédant un
registre des cancers et dont la qualité de l’enregistrement a été
évaluée par le Comité national des registres (CNR) : le
Bas-Rhin, le Calvados, le Doubs, le Haut-Rhin, l’Hérault, l’Isère,
la Manche, la Somme et le Tarn.
Ces données sont centralisées au service de biostatistique des
Hospices Civils de Lyon et font l’objet de mises à jour régulières.
Outre les contrôles effectués en amont par les registres, la
cohérence de chaque enregistrement est vérifiée par l’intermédiaire
de requêtes spécifiques et du logiciel IARC-tools édité par le
Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) :
l’enregistrement fait l’objet d’un retour aux registres pour
contrôle en cas d’erreur ou d’incohérence. Les variables issues de
cette base commune et utilisées dans cette analyse sont :
sexe, date de naissance, date de diagnostic, commune de domicile au
moment du diagnostic, topographie et morphologie de la tumeur
codées selon la 2e édition de la Classification
internationale des maladies pour l’oncologie (CIM-O-2).
Le tableau 4 présente, pour chaque
registre, les années d’enregistrements utilisées pour l’estimation
France entière.
Le fichier des décès par cancers observés en France de 1978 à 1997
est fourni par le centre d’épidémiologie sur les causes médicales
de décès (CépiDC-Inserm). Pour chaque patient décédé, on dispose
des variables suivantes : année de décès, département de
domicile, sexe, âge (différence entre l’année de décès et l’année
de naissance), code CIM9 de la localisation tumorale.
Les populations exposées au risque d’être atteintes d’un cancer
sont connues grâce à l’Insee qui les calcule à partir des données
des recensements de 1975, 1982, 1990 et 1999 [23]. Ces données
permettent de calculer les taux spécifiques par groupes d’âge et
les taux d’incidence bruts pour chaque sexe et chaque département.
Afin d’éliminer l’effet des différences démographiques entre les
régions, les taux d’incidences sont standardisés pour l’âge par la
méthode directe en utilisant la population mondiale de
référence.
Tableau 4. Données d’incidence
utilisées pour l’estimation France entière
|
Registre |
Années |
|
Calvados |
1978-1996 |
|
Doubs |
1978-1996 |
|
Hérault |
1986-1996 |
|
Isère |
1979-1997 |
|
Manche |
1994-1996 |
|
Bas-Rhin |
1978-1996 |
|
Haut-Rhin |
1988-1997 |
|
Somme |
1982-1996 |
|
Tarn |
1982-1997 |
|
| Estimation de
l’incidence |
| La méthode
utilisée repose sur la modélisation du rapport incidence/mortalité,
tenant compte de variables d’ajustement telles que l’âge, le sexe
et la cohorte de naissance. Une description complète de cette
méthode a été faite par Remontet et Estève [24]. n |
Remerciements. Nous remercions vivement les médecins
anatomopathologistes et les médecins du SIM pour leur collaboration
active ainsi que tous les médecins et leurs équipes qui nous ont
permis d’accéder à leurs dossiers. Nous remercions également le
soutien financier de l’InVS, de l’Inserm, des Conseils généraux
départementaux et des Ligues départementales contre le cancer.
Références
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Gignoux M, Ménégoz F. Incidence des cancers en France
1978-1982. Paris : Inserm, 1990.
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