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Prise en charge des récidives des tumeurs solides : où en est-on en 2004 ?


Bulletin du Cancer. Volume 91, Number 11, 819-20, Novembre 2004, Éditorial



Author(s) : Philippe Morice, Gilles Houvenaeghel , Institut Gustave-Roussy, 94805 Villejuif, France, Institut Paoli-Calmette, Marseille, France.

ARTICLE

Auteur(s) :, Philippe Morice1, Gilles Houvenaeghel2

1Institut Gustave-Roussy, 94805 Villejuif, France
2Institut Paoli-Calmette, Marseille, France

Il y a quelques mois, le Bulletin du Cancer a publié un dossier thématique sur les développements de la chirurgie conservatrice (ou chirurgie de préservation d’organe) en cancérologie. Ce numéro était très « chirurgical » et donnait une image dynamique transversale d’une même préoccupation : optimiser les chances de guérison tout en diminuant les complications – et les séquelles – liées à la chirurgie radicale.Nous souhaitions coordonner un nouveau dossier thématique, où la chirurgie a une place importante, concernant la prise en charge des récidives des tumeurs solides. L’objectif de la surveillance après traitement est de diagnostiquer ces récidives le plus précocement possible, pour idéalement augmenter leur chance de curabilité (bien que cette corrélation soit discutée dans un certain nombre de topographies… probablement du fait d’un manque de pertinence des procédures actuelles de surveillance conventionnelle). De nouvelles technologies biologiques (protéomique dans les cancers ovariens par exemple) ou radiologiques (Pet-scan) vont probablement « affiner » ce dépistage précoce des récidives.Le diagnostic de la récidive reste un moment douloureux, pour le patient et son entourage, mais aussi pour les praticiens. Pourtant, le pronostic et la prise en charge thérapeutique de celle-ci se sont beaucoup modifiés ces dernières décennies. Auparavant, plusieurs facteurs limitaient les possibilités thérapeutiques de ces récidives, et donc leur curabilité : état général médiocre des patients, caractère souvent multifocal des récidives, limitation des possibilités thérapeutiques lorsque les récidives survenaient en zone déjà traitée (par une irradiation externe et/ou une chirurgie radicale par exemple), toxicité des traitements de rattrapage...Des progrès marquants ont été enregistrés ces dernières années dans la prise en charge des patients au moment de leur récidive, permettant ainsi d’optimiser leur curabilité.

Amélioration de l’état général des patients

L’évaluation et l’amélioration de l’état nutritionnel des patients constituent une étape récente et fondamentale à un moment où la ré-apparition de leur maladie est souvent accompagnée d’une dénutrition. Cet « accompagnement » nutritionnel, en améliorant la qualité de vie des patients et leur état général global, nous permet d’envisager des traitements plus adaptés (chirurgie de rattrapage, re-irradiation…) qui étaient auparavant inenvisageables chez des patients dénutris.

Amélioration de la chirurgie et développement des techniques « de destruction »

La chirurgie de rattrapage est une chirurgie techniquement souvent difficile, avec une morbidité importante et des résultats carcinologiques parfois décevants (en particulier chez des patients ayant en fait une récidive polymétastatique infraradiologique). Certaines techniques d’imagerie très prometteuses, comme le Pet-scan, vont probablement aider à mieux identifier les patients susceptibles de bénéficier d’une chirurgie de rattrapage curative. Par ailleurs, les progrès de la réanimation péri-opératoire ont permis de réduire considérablement la mortalité et la morbidité de ces chirurgies. De plus, des techniques de reconstruction après chirurgie radicale (lambeaux de reconstruction ou de comblement de vide) permettent de diminuer la morbidité de ces chirurgies souvent « mutilantes » et donc d’améliorer la qualité de vie des patients.

De nouvelles technologies « de destruction » radioguidées (ou guidées par voie chirurgicale), permettant d’envisager la destruction des lésions sans en faire leur résection chirurgicale (et donc en en réduisant le risque de complication), se sont particulièrement développées ces dernières années : ainsi, la radiofréquence est un apport majeur dans le traitement de certaines récidives (hépatiques, voire osseuses, pulmonaires, rénales…).

Amélioration des techniques de radiothérapie

Des progrès très marquants ont été enregistrés en radiothérapie en particulier dans trois domaines : 1) amélioration de l’imagerie permettant de mieux définir le volume tumoral et de réaliser une imagerie morphologique et fonctionnelle (IRM et PET fonctionnel pendant la radiothérapie) ; 2) qualité du repositionnement (tant au niveau des récidives locales que ganglionnaires) et 3) meilleure appréciation des conséquences tardives liées à l’irradiation grâce à des échelles d’évaluation de la toxicité de plus en plus pertinentes. Cette appréciation permet de mieux évaluer le gradient efficacité/toxicité, fondamental en oncologie. Ces trois apports permettent maintenant d’envisager dans certaines topographies tumorales des ré-irradiations (tumeurs cervicofaciales ou cérébrales) avec des résultats prometteurs.

Apport de nouvelles molécules

Les nouvelles molécules, en particulier de l’immunothérapie ou des thérapies ciblées (dans les cancers du sein, coliques ou pulmonaires par exemple), font maintenant partie des traitements bien évalués ou en cours d’évaluation mais prometteurs en cas de récidive. Certaines autres molécules (comme d’ailleurs certaines techniques chirurgicales ou de radiothérapie) peuvent garder des résultats encore décevants sur le taux de curabilité, mais elles n’en sont pas moins intéressantes car elles améliorent la qualité de vie des patients en atténuant certains symptômes gênants. Cette optimisation de la qualité de vie est une donnée fondamentale, en particulier au moment de la récidive.

Le sujet est tellement vaste que nous avons souhaité pour certaines topographies faire intervenir deux acteurs thérapeutiques : chirurgien/radiothérapeute ou chirurgien/oncologue ou oncologue/radiothérapeute. Il est très rare en effet que ces récidives ne soient traitées que par un seul thérapeute. La prise en charge des récidives, comme celle de la tumeur au moment de son traitement initial, est très emblématique de la nécessité en oncologie d’une prise en charge multidisciplinaire des patients pour choisir la ou les modalités thérapeutiques offrant les meilleures chances de guérison, avec le taux de complication le plus faible et les meilleurs résultats sur la qualité de vie.


 

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