ARTICLE
Auteur(s) : Raphaël F. Rousseau*, Adrian P. Gee*
* Center for Cell and Gene Therapy, Baylor College of
Medicine, 6621 Fannin, MC 3-3320, Houston, Texas 77030,
USA
Article reçu le 5 juin 2003, accepté le 17 décembre
2003
La préparation des produits de thérapie cellulaire et génique
suit un ensemble de règles et de procédures mises en place depuis
de nombreuses années par les instances régulatrices américaines.
Aux États-Unis, la responsabilité du développement et de
l’application de ces règles incombe au Center for biological
evaluation and research (CBER) de la Food and drug administration
(FDA). À l’heure où la thérapie cellulaire et le transfert de gène
participent de plus en plus au traitement des patients atteints de
maladies diverses (cancer, maladies héréditaires dont déficit
immunitaire, etc.) et alors que l’Europe tente de se positionner
par rapport aux politiques des agences régulatrices américaines
(notamment en ce qui concerne l’utilisation de produits tissulaires
dérivés de l’embryon), il nous a paru intéressant de présenter aux
lecteurs français les contraintes des régulations actuellement en
vigueur aux États-Unis.
Produits concernés
Exception faites des leucocytes et lymphocytes allogéniques et
non manipulés, utilisés dans les approches d’administration de
leucocytes du donneur (ALD), qui appartiennent encore au cadre de
la pratique médicale « courante » et ne requièrent pas de
demande d’autorisation particulière, toutes les autres procédures
impliquant la manipulation ex vivo de cellules (culture
cellulaire, modification du patrimoine génétique, etc.) sont
considérées comme manipulées de façon « plus que
minimale » et requièrent obligatoirement l’obtention d’une
exemption dite IND (investigational new drug) [1]. Cela
implique également que ces produits soient préparés selon les
règles en vigueur de bonnes pratiques de production (current
good manufacturing practices ou cGMP), décrites plus loin dans
cet article [2]. De même, l’utilisation de cellules, génétiquement
modifiées ou non, pour toute autre raison que leurs fonctions
normales in vivo (fonction homologue) impose les mêmes
règles. En fait, tout produit thérapeutique ne nécessitant pas
d’IND tombera bientôt sous le contrôle des règles – en
cours de rédaction – de bonnes pratiques dites
« tissulaires » (cGTP) [3], également décrites dans cet
article, qui incluent bon nombre des éléments participant aux cGMP.
Ces réglementations et la qualification des produits dits
« minimalement modifiés » sont donc en constante
évolution et suivent les progrès de la recherche de transfert.
Ainsi, la FDA a récemment fait savoir que, dans un avenir proche,
elle envisageait de réguler l’administration des lymphocytes issus
du donneur et de la considérer non plus comme produit dérivé du
sang mais comme un produit biologique tissulaire ou cellulaire
[session Ask the FDA du congrès de l’American Association of
Blood Banks, 2001]. La raison invoquée repose sur les risques
potentiels de l’ALD à la fois pour le receveur et le donneur.
Bonnes pratiques de fabrication en vigueur (cGMP)
Les cGMP consistent en un ensemble de règles, méthodes et
pratiques, rationnelles et scientifiques, mises en œuvre durant le
développement et la production pour assurer la fabrication d’un
produit standardisé, pur, sûr et efficace. L’origine de ces règles
remonte aux catastrophes humaines survenues lors de l’utilisation
de produits ou de médicaments toxiques (élixir sulfanilimide aux
États-Unis en 1906, thalidomide en Europe en 1962). Le vote de
l’amendement Kefauver-Harris au début des années 1960 imposa
l’évaluation de l’efficacité avant commercialisation, un contrôle
accru des agences fédérales sur la conduite des essais cliniques et
la mise en place des bonnes pratiques de fabrication par
l’industrie pharmaceutique. Les cGMP spécifiques aux produits
pharmaceutiques sont détaillées dans le chapitre 21 du Code des
régulations fédérales [2, 4]. Dans un deuxième temps, ces
régulations furent étendues à la production de produits sanguins et
dérivés du sang (part 606). Ces régulations détaillent en
particulier l’infrastructure et les locaux de production, la
formation et le contrôle des connaissances des personnels
impliqués, l’installation, la maintenance et l’entretien des
équipements, les procédures opérationnelles standardisées
(standard operating procedures ou SOP), l’étiquetage des
fournitures utilisées, des produits biologiques fabriqués,
l’assurance qualité et les programmes de contrôles et vérification,
l’enregistrement et le suivi des données, les critères et tests de
délivrance, le suivi des variances, etc. Ces règles concernent donc
essentiellement la production des médicaments et des dispositifs
médicaux et s’imposent ainsi à l’industrie pharmaceutique et
biomédicale. Néanmoins, de façon surprenante, il n’est pas encore
totalement établi dans les textes réglementaires si ces règles
s’appliquent telles quelles et dans leur ensemble à la thérapie
cellulaire. La FDA a néanmoins décidé d’une mise en place graduelle
des cGMP dans le domaine de la thérapie cellulaire, de sorte que
les produits préparés pour des essais de phase I n’aient pas à
respecter l’ensemble des cGMP (figure 1). Par
exemple, il n’est pas exigé que soit validés l’ensemble des
procédures ni les données de stabilité du produit. Ce n’est que
lors de la phase III que le respect de l’ensemble des cGMP sera
effectivement exigé [2, 4].
En pratique, la difficulté majeure pour l’investigateur principal
ou son responsable de production réside dans le choix du
« degré » de cGMP à appliquer lors de la transition d’un
produit expérimental depuis la phase I jusqu’à la phase III. Dans
les faits, la FDA a récemment demandé aux investigateurs détenteurs
d’une IND concernant un produit de thérapie cellulaire de fournir
des informations détaillées en matière de production et de
contrôle-qualité. La somme des détails exigés par les tutelles
laisse penser que les contraintes de mise en route des cGMP
complètes va être abaissée et que les exigences vont devenir
beaucoup plus rigoureuses. Ce flou relatif dans le degré de
conformité à atteindre n’est pas sans poser certains problèmes,
notamment au cours des visites d’audit effectuées par les
inspecteurs de la FDA, dont les avis et interprétations diffèrent
parfois de façon significative.
Mise en place des cGMP en milieu académique
La mise en place des cGMP a été un véritable choc culturel pour
la plupart des unités de production de produits de thérapie
cellulaire au sein des institutions académiques, peu habituées à
être considérées comme des fabricants de produits cellulaires au
même titre que l’industrie pharmaceutique. De ce fait,
l’interprétation des textes en vigueur varie d’une institution à
l’autre, parfois considérablement. En particulier, l’accent a très
souvent été mis sur l’environnement de production. Dans certains
cas, la production a lieu dans des laboratoires du niveau de ceux
de l’industrie pharmaceutique. Dans d’autres cas, des zones
adaptées de laboratoires de recherche conventionnelle sont
utilisées. En réalité, les cGMP n’exigent nullement avec autant de
précision les conditions environnementales dans lesquelles doit se
dérouler la production. À titre d’exemple, le chapitre 211.46 du
21 CFR demande que « des systèmes de filtration d’air,
comportant des préfiltres et des filtres à particules aéroportées,
doivent être employés si besoin dans les zones de
production ». Les cGTP (current good tissue
practices), en cours de rédaction [3], demandent que, si un
système de filtration d’air est utilisé, celui-ci soit correctement
entretenu et vérifié. La FDA n’a pas fait savoir qu’elle exigeait
des laboratoires Class 10,000 pour la préparation de
produits de thérapie cellulaire, alors que la tendance actuelle des
unités de production va vers l’utilisation de systèmes clos et de
hottes de sécurité Class 100. Cet « excès de
conformité » est illustré par un responsable d’un groupe
pharmaceutique impliqué dans la production d’anticorps monoclonaux
qui faisait remarquer, durant un récent congrès, que les
investigateurs mettaient, de leur propre chef, « la barre trop
haute » et construisaient des laboratoires trop perfectionnés,
inutiles et aux coûts de production prohibitifs. Les règlements
fédéraux, en revanche, proposent des critères de base qui doivent
être respectés. Ces critères concernent essentiellement
l’adéquation des zones de fabrication avec le type de produit, la
propreté et l’organisation des circuits de production. Ceci peut
parfaitement être réalisé hors de toute zone protégée par un filtre
à air de type HEPA. Ainsi, l’objectif principal des cGMP est
l’instauration et le respect de méthodes de production qui soient
reproductibles, contrôlées et pouvant être auditées, dans le but de
fabriquer un produit sûr et efficace.
Du laboratoire au lit du patient
Dans le cas des produits d’immunothérapie, l’efficacité du
produit est évaluée au cours de l’étude clinique. La fabrication de
tels produits se doit de répondre non seulement à des critères
d’activité fonctionnelle mesurée ex vivo mais encore à des
critères d’innocuité tant pour le receveur que pour le donneur (le
cas échéant). De ce fait, l’implication de l’unité de fabrication
(cell processing facility ou CPF) doit idéalement avoir lieu
à tous les stades du développement, depuis la recherche
fondamentale jusqu’au protocole clinique.
Les étapes préliminaires de recherche dite fondamentale doivent
apporter la preuve qu’une population cellulaire spécifique,
génétiquement modifiée ou non, possède bien l’effet biologique
escompté pour l’application clinique envisagée. Ces données
d’efficacité doivent être obtenues selon les bonnes pratiques de
laboratoire (good laboratory practice ou GLP) dès le début
du projet. Ces GLP sont décrites dans le code fédéral [2, 4], mais
sont encore trop souvent ignorées ou mal interprétées par les
chercheurs. Bon nombre d’éléments des GLP étant similaires aux
cGMP, une interaction étroite entre le laboratoire de recherche
fondamentale et le laboratoire de fabrication peut grandement
faciliter la transition d’un projet préclinique vers sa mise en
place clinique. L’expertise des cliniciens, techniciens et
chercheurs du laboratoire de fabrication est fondamentale dans le
choix des réactifs et méthodes, notamment ceux autorisés (ou non)
au cours de la préparation des produits de thérapie génique et/ou
cellulaire à usage clinique. De même, la connaissance des
contraintes liées à la mise à l’échelle clinique, depuis un
modèle préclinique in vitro ou in vivo chez le petit
animal, est un élément indispensable de la conception d’un projet
de recherche fondamentale visant à une application clinique ultime.
Cette interaction étroite entre l’équipe du laboratoire de
fabrication et celle de recherche fondamentale (ou préclinique)
évite la répétition inutile, longue et/ou coûteuse d’expériences,
voire peut permettre de réorienter un projet préclinique dont le
transfert clinique s’avérerait d’emblée voué à l’échec du fait d’un
écueil technique non envisagé dès sa conception.
L’étape suivante, au cours de la mise en place de protocoles
utilisant un produit de thérapie cellulaire et/ou génique, est la
préparation et la soumission d’une demande d’IND. Cette demande
comporte la rédaction de procédures opérationnelles standardisées
(SOP) qui décrivent les méthodes de fabrication et les tests qui
seront utilisés au cours du processus de production. Par ailleurs,
le laboratoire de fabrication peut se voir demander de fournir une
description de l’unité de production et du programme
d’assurance-qualité mis en place. La documentation fournie doit
permettre aux autorités d’établir clairement le circuit de
fabrication et quels seront les tests employés afin de mesurer la
qualité du produit aux différentes étapes de sa fabrication. Des
critères de délivrance doivent également être fournis, précisant
les seuils ou intervalles des tests réalisés sur le produit qui
autoriseront son administration au patient. Le choix des tests
employés est particulièrement important, bon nombre de tests
commerciaux ne respectant pas les exigences du code fédéral. La
demande d’IND doit comporter un certificat de conformité pour
chaque test utilisé. Ce certificat doit être revu par un membre de
l’équipe d’assurance-qualité, un membre du laboratoire de
fabrication et un médecin connaissant l’étude mais non impliqué
dans la demande d’IND, cela afin d’éviter tout conflit d’intérêt.
La FDA peut exiger des renseignements complémentaires sur la
formation et la compétence de chacun des personnels impliqués dans
l’étude, les méthodes de test, les caractéristiques des réactifs
utilisés, etc. Un problème fréquemment rencontré au cours d’une
demande d’IND est la substitution de réactifs de recherche
(utilisés lors des étapes du développement préclinique) pour des
réactifs de grade clinique. On insistera encore ici sur
l’importance d’une étroite collaboration entre le laboratoire de
fabrication et le laboratoire de recherche dès les étapes les plus
préliminaires du projet. Dans la plupart des cas, il est possible
de trouver des substituts pour les milieux de culture. Les facteurs
de croissance et les cytokines présentent en revanche un problème
souvent plus difficile à régler. Les facteurs de croissance
approuvés par la FDA sont encore peu nombreux et il est donc
nécessaire de fournir les certificats d’analyse auprès des
fabricants de réactifs de recherche et de choisir la source la plus
rigoureusement testée. Lors des négociations avec les agences
régulatrices, il est souvent possible de discuter des
spécifications des réactifs et d’envisager quels tests additionnels
peuvent éventuellement être menés sur le réactif de recherche afin
que le régulateur autorise son utilisation en contexte clinique.
Néanmoins, les coûts induits par ces tests supplémentaires peuvent
présenter une limitation importante à l’utilisation d’un réactif de
recherche.
Fonctionnement d’une unité de production cellulaire selon les
cGMP
La description qui suit repose strictement sur les
recommandations édictées par la FDA [2, 4].
Procédures opérationnelles standardisées (SOP) de
fonctionnement
La collecte des documents nécessaires à la rédaction d’une
demande d’IND forme la base de la mise en route d’un projet de
recherche de transfert dans le laboratoire de production.
Néanmoins, au-delà des particularités liées à un projet, le
fonctionnement quotidien du laboratoire de fabrication suit des
procédures opérationnelles (SOP) couvrant l’infrastructure, son
organisation, les mesures de nettoyage (flux d’air, de déchets),
l’entraînement, la formation et la (re)certification régulière et
obligatoire des personnels, les programmes de contrôle et
d’assurance-qualité, la validation, la maintenance, la calibration
du matériel, les mesures d’urgence et d’évacuation, l’organisation
des systèmes d’alarme, les mesures de contrôle de l’environnement,
les actions à prendre en cas de contamination, les procédures de
nettoyage entre deux produits, les mesures de quarantaine en cas de
produits potentiellement contaminés et/ou porteurs d’un agent
contagieux. L’informatisation des équipements de contrôle est
particulièrement importante pour la FDA [5, 6]. Les exigences y
sont particulièrement bien détaillées et le recours à un consultant
externe s’impose dans de nombreuses situations tant les mesures
paraissent complexes. Enfin, un programme d’observance doit être
mis en place pour pouvoir suivre le respect et/ou les mesures
conduites en cas de non-respect des SOP de fonctionnement de
l’unité de fabrication.
Procédures opérationnelles standardisées de fabrication
Les SOP de fonctionnement sont complétées par des SOP de
fabrication qui détaillent chacune des étapes de fabrication du
produit de thérapie génique et/ou cellulaire. Un suivi de la
formation de chacun des membres du personnel pour chacune de ces
SOP est également mis en place. Les produits de thérapie génique
et/ou cellulaire employés dans des essais de phase I étant rarement
caractérisés de façon complète, il est important que les SOP de
fabrication fixent des objectifs raisonnables à atteindre et
introduisent une flexibilité dans la procédure afin de tenir compte
de la variabilité des systèmes biologiques impliqués. Le format
d’une SOP de fabrication est lui-même standardisé de manière à
pouvoir facilement suivre les modifications apportées aux documents
de travail. Chaque SOP est écrite dans un style apportant
suffisamment d’informations pour qu’un individu correctement
entraîné puisse effectuer la procédure de façon simple et ainsi
obtenir les résultats escomptés. Les SOP trop détaillées sont
inutiles et délétères car leur longueur et leur complexité risquent
d’entraîner le non-respect de la procédure et la rédaction de
nombreux rapports de variance décrivant des déviations mineures et
sans importance. Il est important que la SOP fournisse un résultat
attendu, des éléments de variabilité ainsi que des mesures à
entreprendre en cas de trop grande variabilité. La mise en place
d’une section concernant le résultat attendu d’une SOP de
fabrication est rendue possible par le concept de validation.
Validation
La validation est un élément important de la mise en place d’une
nouvelle SOP et apporte la preuve que la réalisation de la
procédure est capable de fournir en situation de routine le
résultat attendu. S’agissant d’une nouvelle procédure, la
validation est un processus prospectif fondé sur la répétition du
processus pour vérifier la faisabilité et la stabilité des
résultats escomptés. Dans le cas de la fabrication de produits de
thérapie cellulaire et/ou génique, la validation de la procédure
peut s’avérer complexe, du fait des contraintes de variabilité
biologique des échantillons à manipuler. La sélection des critères
de validation peut être simplifiée par le choix de critères
stricts, par exemple en termes de stérilité, alors même que
d’autres critères sont volontairement assouplis, par exemple en
termes de fonctionnalité, où un intervalle peut être employé plutôt
qu’un seuil, prenant ainsi en compte la variabilité biologique
inhérente au produit. Ces paramètres sont établis en étroite
collaboration avec l’équipe de contrôle et d’assurance-qualité
(quality assurance/quality control ou QA/QC) qui aura la
responsabilité finale de la validation une fois la SOP en place. À
titre d’exemple, le CBER a récemment publié un document relatif à
la validation des SOP destinées à prévenir les contaminations
durant les procédures de fabrication [7].
Parfois, des procédures sont utilisées depuis de nombreuses années
sans jamais avoir fait l’objet d’une validation formelle. Dans ces
cas, une validation rétrospective devrait idéalement être conduite.
Cela peut être réalisé en colligeant des résultats historiques avec
les données de la littérature ou des données du fournisseur d’un
des instruments utilisés. Également, le suivi des documents de
validation peut permettre de suivre la compétence des personnels
impliqués et de détecter très tôt des problèmes survenant durant la
fabrication.
Documentation
La documentation est le cœur des cGMP. Elle permet de démontrer
que l’unité de production suit les réglementations en vigueur.
L’idéal est de disposer d’un système d’identification et de suivi,
par exemple un code-barre permettant à l’équipe d’assurance et
contrôle-qualité de suivre les résultats des tests réalisés au
cours de la production, notamment à visée infectieuse, qui sont
ainsi reliés à chaque patient, composant et sous-composant. Dès
lors, au moment du processus de validation et de délivrance du
certificat de conformité (certificate of analysis), le
responsable du QA/QC pourra facilement retrouver les examens
effectués sur tel ou tel sous-composant et en autoriser ou non la
délivrance.
Systèmes de manipulation des cellules
Les systèmes utilisés pour la culture cellulaire des produits
d’immunothérapie doivent être suffisamment souples et flexibles. À
la différence des procédures de préparation des greffons de
progéniteurs hématopoïétiques, qui utilisent de grandes quantités
de cellules, l’échantillon de départ des produits de thérapie
génique et cellulaire peut être d’origine diverse et variée, allant
d’un petit échantillon sanguin jusqu’à un gros fragment de tumeur.
Dans la plupart des cas, la fabrication débute à partir d’un petit
échantillon, duquel la population de cellules sera isolée,
manipulée puis reproduite. Malgré les progrès considérables
réalisés dans la technologie des systèmes clos de culture de grand
volume, les petits échantillons requièrent le plus souvent
l’utilisation de boîtes de Pétri ou de plaques 96-puits, puis la
progression vers des conteneurs ouverts de plus large volume,
jusqu’à ce qu’un nombre suffisant de cellules permette un transfert
en sacs clos. Ces contraintes de culture possèdent de nombreuses
limitations : l’expansion forcée à un stade précoce de la
culture entraîne souvent une perte de viabilité, voire la perte
complète de la culture ; l’utilisation de systèmes de culture
ouverts expose au risque de contamination et nécessite le strict
respect des techniques d’asepsie durant les manipulations, ainsi
qu’une surveillance constante de la stérilité. Les règlements
fédéraux n’encouragent pas l’utilisation d’antibiotiques dans les
milieux de culture ; lorsqu’ils sont employés, les règlements
recommandent leur dosage dans le produit final et/ou leur
élimination au moyen d’un système validé. Il existe des cas où
l’échantillon de départ est irremplaçable mais contaminé : la
décontamination au moyen d’antibiotiques devra être envisagée avec
prudence et, dans tous les cas, discutée avec les autorités
fédérales compétentes avant que le produit final soit utilisé
cliniquement.
Tests et contrôles
Les protocoles de tests au cours et à l’issue de la fabrication
peuvent s’avérer problématiques lorsqu’il s’agit d’un produit de
thérapie génique et/ou cellulaire. Quelques éléments de réflexion -
très incomplets - sont fournis par le règlement Guidance for
human somatic cell therapy and gene therapy du CBER (1998).
Très souvent, le nombre total de cellules contenues dans le produit
final est très faible et la totalité du produit pourrait être
utilisée à seule fin de tests. Dans un tel cas, et après
consultation de la FDA, il est possible de mettre en place des
méthodes alternatives de tests. Lorsque le produit est
cryopréservé, la plupart des tests de stérilité peuvent être
réalisés longtemps avant son administration au receveur. En
revanche, certains produits ne requièrent pas de stockage et sont
directement réinjectés après manipulation ex vivo et lavage
simple. Dans ce cas, des tests rapides s’avèrent nécessaires :
coloration de Gram (stérilité), test LAL (recherche d’endotoxine)
et PCR mycoplasme. Il est possible d’en obtenir les
résultats en quelques heures, mais des tests classiques doivent
être réalisés en parallèle et une comparaison effectuée
rétrospectivement.
Il est capital d’apporter la preuve que les tests utilisés sont
bien approuvés par la FDA, si le produit de thérapie cellulaire
et/ou génique doit être administré aux États-Unis [2, 4]. En
pratique, bon nombre d’hôpitaux américains utilisent des systèmes
automatisés pour la détermination de la stérilité, permettant
d’obtenir un résultat en 4 à 5 jours ; le code de
régulation fédérale 21 CFR fait appel à des méthodes plus
anciennes de détermination de la stérilité, requérant 14 à
28 jours d’incubation. De fait, l’utilisation d’automates peut
s’avérer inacceptable par la FDA si la méthode n’a pas été validée
pour l’utilisation envisagée et si elle n’a pas montré une
sensibilité équivalente à celle de la méthode plus ancienne. Dans
un même registre, certains produits de thérapie génique et/ou
cellulaire peuvent nécessiter des tests d’efficacité (potency
test) n’ayant aucun précédent sur le marché. Il devient alors
nécessaire et indispensable de mettre au point et de valider des
tests « maison ». En effet, il est fréquent qu’aucun
laboratoire commercial ne souhaite investir dans la production de
tels tests pour d’évidentes raisons de rentabilité. L’équipe de
QA/QC du laboratoire de fabrication devra alors envisager de
développer ses propres tests de validation. Le coût de l’ensemble
des tests réalisés sur les produits de thérapie cellulaire et/ou
génique peut ainsi s’élever à plusieurs centaines de milliers de
dollars. Une fois la fabrication terminée, l’ensemble du dossier de
production du produit de thérapie génique et/ou cellulaire est revu
par l’équipe d’assurance-qualité. La conformité aux critères de
délivrance (SOP spécifique pour chaque produit) conduit à la
rédaction d’un certificat de conformité.
Délivrance pour administration
Lorsque le produit de thérapie génique et/ou cellulaire est
demandé par l’équipe clinique pour administration au patient, une
prescription d’injection est émise. La prescription est revue par
le groupe d’assurance-qualité qui confirme également la
disponibilité du produit et sa localisation de stockage. La FDA
exige parfois que soit réalisés de nouveaux tests de stérilité
après cette ultime étape précédant la réadministration au patient,
ce qui n’est pas sans poser d’évidents problèmes logistiques. Le
transport au lit du patient et l’administration doivent le plus
souvent être effectués dans les 30 minutes suivant le
déstockage. Le transport a lieu en carboglace ou en azote liquide.
Un rapport d’activité est également généré pour toutes les
fournitures utilisées durant l’injection. Les documents relatifs à
l’administration sont revus par l’équipe d’assurance-qualité. La
survenue d’un effet secondaire fait l’objet d’un rapport d’incident
et d’une enquête par l’équipe de QA/QC.
Programme d’assurance-qualité
Un programme d’assurance-qualité est un élément essentiel du
fonctionnement d’une unité de production cGMP. Ce programme est
idéalement indépendant de l’unité de production et rend compte
directement au responsable du laboratoire de fabrication. Cela peut
s’avérer difficile dans les institutions académiques où il existe
rarement une équipe d’assurance-qualité. Idéalement, l’équipe de
QA/QC est indépendante de l’unité de production. D’autres solutions
comportent une revue d’assurance-qualité par un membre de l’équipe
de production non directement impliqué dans la procédure à
analyser, un délai entre l’analyse de qualité et la production
lorsqu’un seul individu effectue les deux fonctions et
l’utilisation des services d’une équipe de QA/QC indépendante
lorsqu’elle est disponible sur le site académique ou d’une société
indépendante. Du fait de l’accroissement de la rigueur imposée par
la FDA, il est fort probable qu’aucune des solutions évoquées ne
sera encore longtemps acceptable et qu’il faille à court terme que
les centres académiques mettent en place un programme indépendant
de QA/QC.
Ce programme d’assurance-qualité a pour responsabilité de
s’assurer que la production est conçue, réalisée et effectuée de
telle manière que les produits soient de qualité constante. Ces
responsabilités permettent : 1) de vérifier que chaque
procédure de fabrication possède une SOP incluant les tests à
effectuer et que ces SOP sont à jour, suivies, archivées et
vérifiées ; 2) de revoir et d’approuver chaque SOP avant sa
mise en route ; 3) de s’assurer que des procédures ont été
mises en place afin d’assurer la validation de chaque SOP ; 4)
de s’assurer que des méthodes existent pour vérifier l’efficacité
des tests ; 5) de réaliser des audits de qualité ; 6) de
développer et de maintenir les systèmes nécessaires à la
documentation de toutes les étapes de fabrication. Le programme est
également directement responsable de la formation et de
l’entraînement des équipes de production, des rapports d’accidents
ou d’erreurs (variances), des rapports d’effets secondaires,
de la documentation, de l’organisation des archives et des
procédures de délivrance.
La conception et la mise en place d’un tel programme peut être une
tâche insurmontable pour une petite structure ; néanmoins, il
s’agit là d’un élément incontournable du fonctionnement d’une unité
de production dans le respect des cGMP. En pratique, le
développement d’un tel programme peut débuter par l’identification
de points critiques, au cours des procédures réalisées dans l’unité
de production, où une erreur s’avérerait catastrophique dans la
chaîne de production. Ces points peuvent alors être utilisés comme
des indicateurs de suivi en routine. Un exemple de tel marqueur en
thérapie cellulaire et génique est le critère du maintien de la
stérilité des produits. Chaque contamination peut être analysée
afin d’identifier la source potentielle, la souche contaminatrice,
l’action à entreprendre, etc. D’autres indicateurs potentiels sont
représentés par le nombre de rapports de variance, d’accidents,
d’erreurs, d’échecs dans l’obtention d’un résultat attendu, de
retards dans l’obtention d’un résultat de test infectieux, etc. Le
programme de QA/QC peut ensuite analyser un à un ces indicateurs
durant des réunions organisées à intervalles fixes, puis décider
des actions à entreprendre pour y remédier et du suivi à instaurer.
Ces réunions doivent être documentées et les tendances des
indicateurs doivent être suivies. L’observance des cGMP devrait
être auditée et faire l’objet d’un rapport annuel du groupe de
QA/QC au responsable du laboratoire de fabrication.
L’assurance-qualité étant désormais un élément clé des programmes
de soins, nombreuses sont les institutions aux États-Unis qui ont
mis en place des programmes d’assurance-qualité. L’expertise de ces
groupes peut être d’un apport non négligeable lorsqu’un laboratoire
de fabrication souhaite mettre en place son propre programme
d’assurance-qualité.
Accréditation
Afin d’améliorer la qualité des procédures de fabrication des
produits de thérapie cellulaire et/ou génique, un certain nombre
d’organisations professionnelles ont vu le jour ces dernières
années de part et d’autre de l’Atlantique : Foundation for the
Accreditation of Cellular Therapy, American Association of Blood
Banks aux États-Unis ; Joint Accreditation Committee et
NetCord en Europe ont publié des standards pour les unités
impliquées dans la fabrication de produits de thérapie cellulaire.
Dans la plupart des cas, ces standards rejoignent ceux de la FDA
mais ils n’ont pas force de loi. Les laboratoires de fabrication
peuvent faire acte de candidature auprès de ces organisations et se
porter volontaires pour une procédure d’accréditation. Cette
accréditation comporte une visite du site par des experts de
l’organisation et la correction des erreurs et dysfonctionnements
constatés. Bien que l’accréditation par une organisation
professionnelle n’implique pas de facto l’observance des
règlements de la FDA, l’agence a clairement indiqué que les unités
accréditées auraient plus de facilités à obtenir la conformité aux
normes.
Bonnes pratiques tissulaires
La FDA a publié en janvier 2001 une proposition de
règlement concernant la fabrication de produits cellulaires et
tissulaires humains [3]. Ces cGTP (current good tissue
practices), applicables au 1er janvier 2004,
fourniront la base des exigences applicables à tous les produits
biologiques dérivés de cellules et tissus humains, quelle que soit
leur catégorie. Leur objectif essentiel est la prévention des
maladies transmissibles. Ce document établit les risques potentiels
pour le receveur de recevoir un produit contaminé et les coûts
potentiels induits par les traitements et la perte de productivité.
La justesse de cette évaluation est sujette à débat au sein de la
communauté médicale et scientifique, ce d’autant que les coûts de
mise en place en milieu académique ne sont certainement pas les
mêmes que dans une structure à but lucratif.
Les centres préparant des produits de thérapie cellulaire ou
génique sont directement concernés par la mise en place de ces
cGTP, qui complètent plutôt qu’elles ne remplacent les cGMP
actuellement en vigueur. De fait, les propositions comportent la
nécessité d’un programme d’assurance-qualité tel que celui décrit
plus haut et couvrent ainsi toutes les formes de thérapie
cellulaire et tissulaire.
La mise en place des cGTP (qui n’implique pas automatiquement la
conformité aux cGMP d’ores et déjà imposables aux laboratoires de
fabrication), les régulations concernant le dépistage des donneurs
et les impératifs d’enregistrement des unités de production auprès
de la FDA ferment un chapitre dans l’histoire des régulations de la
thérapie cellulaire. Cette nouvelle ère va définitivement amener
les centres académiques impliqués dans ces approches thérapeutiques
à devenir de véritables centres de production, sujets aux mêmes
règlements que l’industrie pharmaceutique.
Cas particulier de la thérapie génique
Le décès d’un patient enrôlé dans un essai de thérapie génique
d’une maladie métabolique hépatique, survenu à Philadelphie en
1998, a déclenché des réactions en chaîne dont les effets se font
encore ressentir en 2002. L’enquête menée autour des circonstances
ayant conduit au décès de ce patient a mis en lumière un grand
nombre de violations, allant du conflit d’intérêt aux erreurs
d’interprétation et à une mauvaise observance des GLP et cGMP. En
conséquence, les centres impliqués dans des essais de thérapie
génique ont été sommés de fournir une documentation considérable
relative aux procédures de production virale, au programme
d’assurance-qualité, aux tests mis en place, etc. La tendance est
donc à un accroissement drastique de la surveillance par les
agences régulatrices et des règlements de plus en plus sévères. Les
unités de production de vecteurs viraux sont désormais soumises aux
cGMP et il semble raisonnable de prédire que ces cGMP seront
élevées au niveau de celles exigées de l’industrie
pharmaceutique.
Avenir des régulations de la thérapie génique et cellulaire aux
États-Unis
Les avancées des connaissances scientifiques ont largement
contribué au développement des approches de thérapie cellulaire et
génique. Des cellules d’origines très diverses peuvent désormais
être purifiées, cultivées, activées, manipulées, génétiquement
congelées, décongelées et administrées afin de traiter un large
éventail de pathologies. Nombreux sont ceux qui voient une
extension de la pratique médicale dans ces techniques qui ne
devraient pas faire l’objet de règlements spécifiques. Il semble
bien que cette conception ait été abusée par une minorité
d’investigateurs, au point de générer chez le grand public une
inquiétude justifiée. La FDA, depuis longtemps suspicieuse de
certaines activités menées dans le cadre de la thérapie génique, a
révisé la philosophie de ses règlements et a mis au point une
stratégie d’évaluation des risques ancrée autour des cGMP, des cGTP
et de l’obligation du dépistage des donneurs et d’un enregistrement
des structures impliquées [2, 4,
http://www.fda.gov/cber/tissue/hctregestabl.htm]. L’obligation de
déclaration s’accompagnera d’une déclaration des produits préparés
et devra être mise à jour annuellement. Cette déclaration des
établissements est pour l’instant volontaire, son obligation ayant
été repoussée au 1er janvier 2004 [voir
http://forms.psc.gov/forms/IEFFDA/ieffda.html]. Cette évolution
signifie clairement que les laboratoires de fabrication
appartiennent désormais au cadre des fabricants de produits
biologiques et, dans le cas des produits nécessitant une demande
d’IND, il est sous-entendu que les processus de fabrication auront
le même degré de professionnalisme que dans l’industrie
pharmaceutique.
Il existe néanmoins une différence majeure entre les produits de
thérapie génique et/ou cellulaire et les médicaments : à
l’inverse des médicaments, la grande majorité des produits de
thérapie génique et/ou cellulaire sont préparés pour un seul ou un
nombre restreint de patients. L’administration du produit requiert
un consentement éclairé du patient, à qui ont été présentés les
risques et les bénéfices potentiels liés à sa participation à
l’étude. La plupart de ces produits sont en cours d’essais de
phase I ou II. La FDA a fait savoir que les exigences de
respect total des cGMP ne s’appliqueraient qu’à partir de la
phase III [2, 4]. Le problème rencontré actuellement par les
investigateurs est que le degré d’observance des cGMP n’est pas
clairement défini pour les essais de phases I et II. Des
indications récentes apportées par la FDA ainsi que les
commentaires recueillis durant les audits de l’agence suggèrent que
la tolérance est de moins en moins souple à l’encontre des défauts
d’observance, cela dès les premières phases des essais cliniques.
Alors qu’il paraît louable de prôner la sécurité et l’efficacité,
les moyens choisis par les instances régulatrices entravent
gravement le progrès dans le domaine de l’application clinique des
thérapies géniques et cellulaires. La plupart des centres
académiques, viviers historiques de ces approches, vont se trouver
de plus en plus souvent confrontés à des écueils de taille,
notamment financiers et logistiques, durant leurs tentatives de
mettre en place des procédures de fabrication de grade
pharmaceutique répondant aux exigences des cGMP, ce d’autant qu’il
s’agit là d’approches destinées à un très petit nombre de
patients.
Pour clore ce chapitre sur les enjeux et contradictions entourant
la thérapie génique et cellulaire aux États-Unis, on notera que le
soutien financier de l’industrie pharmaceutique est le plus souvent
limité et, dans leur forme actuelle, la plupart des produits de
thérapie génique et cellulaire ne sont pas commercialisables et
relèvent donc de l’intervention des centres académiques. L’état
fédéral reste donc le seul pourvoyeur de fonds capable d’assumer à
la fois la charge financière et la couverture des risques, à
travers les National Institutes of Health. Du fait des controverses
récentes entourant la thérapie génique et cellulaire, il est à
craindre que cette source de financement vienne à se tarir. L’une
des solutions possibles est la mise en place de structures de
production régionales, dont le financement serait assuré par les
National Institutes of Health. La contractualisation de certains
services (production, QA/QC, etc.) pourrait également apporter une
source non négligeable de revenus. Également, des collaborations
avec l’industrie privée pourraient permettre de financer certains
des frais de fonctionnement, même s’il est à noter que bon nombre
des sociétés intéressées par la thérapie cellulaire sont des
start-up aux ressources financières souvent limitées.
L’alternative paraît donc être à la réduction des coûts de
production, même si la marge de manœuvre est restreinte (coût des
réactifs et masse salariale sont le plus souvent incompressibles).
La cible principale de réduction des coûts de production semble
donc bien être la conformité aux réglementations. La FDA a d’ores
et déjà indiqué que le degré de conformité aux réglementations
serait bientôt, en partie, proportionnel au risque pour le
receveur, en partie à la phase d’expérimentation clinique. Si l’on
souhaite pouvoir poursuivre l’expérimentation clinique de produits
ou drogues « orphelines », une telle adaptation semble
effectivement nécessaire. De fait, la FDA a clairement fait savoir
qu’elle comptait adopter, concernant la thérapie cellulaire, une
approche fondée sur le risque. Elle devrait également revoir
l’adéquation de certains des tests exigés, notamment ceux
considérés par la communauté comme étant largement dépassés ou bien
plus coûteux que des méthodes plus récentes. Finalement, la FDA qui
adopte aujourd’hui une approche du « risque nul » devra
probablement évoluer vers une approche acceptant que toute
recherche clinique possède un risque intrinsèque et que la
population de patients impliqués dans les essais de phase I
est unique, et sans doute prête à accepter un degré de risque
supérieur à la population générale. Le défi sera alors de faire en
sorte que cette acceptation par les patients d’un risque supérieur
ne soit pas détournée par des investigateurs peu scrupuleux.
Annexe
L’Afssaps, un homologue français de la
FDA ?
Les compétences de l’Agence française de sécurité sanitaire des
produits de santé (Afssaps) s’exercent depuis les essais cliniques
jusqu’aux actions de vigilance en passant par les autorisations de
mises sur le marché (AMM), les autorisations temporaires
d’utilisation (ATU), pour les médicaments, les produits
biologiques, les produits cosmétiques ou les dispositifs médicaux.
À quelques différences près, elle est donc l’homologue de la Food
and Drug Administration américaine. L’une des qualités intrinsèques
de l’Afssaps est sa capacité à s’appuyer sur un réseau d’experts
externes, ce qui lui permet, dans certains domaines particuliers et
à la différence de la FDA (pour ce que nous avons pu constater,
dans la limite de notre domaine de compétence), de garder une
compétence scientifique actualisée grâce à ce contact avec la
pratique quotidienne.
L’Afssaps participe aux travaux de l’Agence européenne du
médicament (EMEA) qui assure depuis 1995 la coordination des
ressources scientifiques pour le médicament (humain et vétérinaire)
mises à sa disposition par l’intermédiaire des autorités
compétentes de chaque État membre. L’EMEA assure ainsi
l’évaluation, la surveillance et le contrôle des médicaments et
effectue, en outre, des missions d’inspection ou de conseil
scientifique et réglementaire. Elle est ainsi habilitée à émettre
des avis ou des recommandations pour la Commission européenne.
L’Afssaps joue sur le territoire français le rôle d’interface pour
l’EMEA. Dans le cadre d’une procédure centralisée et de
reconnaissance mutuelle au sein des États membres, elle joue un
rôle moteur dans les processus d’harmonisation, notamment en ce qui
concerne la mise en place de l’échange électronique du dossier de
demande de mise sur le marché européen. Elle participe également
aux groupes de travail de l’EMEA en matière de bonnes pratiques de
fabrication (BPF, équivalent des cGMP américaines) et bonnes
pratiques cliniques (BPC, qui existent également aux États-Unis).
Dans ces deux domaines, elle possède plusieurs types d’activités.
Ainsi, ses inspecteurs réalisent des inspections pour le compte de
l’EMEA dans le cadre des demandes d’AMM déposées selon la procédure
centralisée. Ses inspections ont lieu soit sur le territoire
français, soit dans des pays tiers à l’Union européenne (dont les
États-Unis). Elle participe en particulier de manière très
importante aux inspections de BPC. L’Afssaps a été l’initiatrice
d’un projet d’audit des systèmes d’inspection européens qui a reçu
l’aval des responsables d’agence et qui a pour but d’évaluer ces
systèmes notamment au regard de leurs pratiques, de leurs systèmes
d’assurance-qualité, de leurs ressources, de leurs qualifications
et de leur indépendance. La phase pilote a débuté en 2002 et
l’Afssaps fait partie des premières structures auditées par les
Européens. En matière de bonnes pratiques de laboratoire (BPL),
elle est intégrée au système mis en place par l’OCDE auquel
participe la Commission européenne.
En ce qui concerne les autres produits de santé, et en particulier
les produits de thérapie génique et/ou cellulaire, les activités
d’inspection développées par l’Afssaps sur le plan national
pourraient, selon ses responsables, « inspirer à terme des
travaux européens de nature réglementaire notamment ».
Malgré la participation de l’Afssaps à un schéma de coopération
international regroupant 24 autorités compétentes en matière
de BPF venant d’Europe, d’Asie et du continent américain, il
n’existe pas à ce jour de structure unifiée, européenne ou
internationale, dans le domaine de la réglementation des
biothérapies.
Concernant les demandes d’autorisation de mise en place d’un essai
de thérapie génique et/ou cellulaire sur le territoire français,
qu’il s’agisse ou non d’un essai collaboratif international,
l’évaluation du dossier de candidature relève donc exclusivement de
l’Afssaps, par l’intermédiaire de trois de ses directions : la
direction de l’évaluation des médicaments et produits biologiques
(Demed) en charge de l’évaluation des essais cliniques, des
produits et procédés, la direction des laboratoires et des
contrôles (DLC) en charge du contrôle, la direction de l’inspection
et des établissements (DIE) en charge des autorisations de sites et
de l’inspection. Les dossiers de demande d’autorisation sont
examinés par des experts (externes et internes) rattachés à des
commissions spécialisées. L’Établissement français des greffes
(EFG) peut également être saisi pour avis sur ces demandes. Les
informations demandées dans le cadre d’une demande d’essai clinique
portent sur le site de préparation du produit, le procédé de
fabrication et le protocole clinique. Ces essais cliniques doivent
suivre les mêmes étapes de développement que les essais menés sur
les médicaments, notamment des essais de faisabilité, de tolérance,
de recherche d’effet de dose et d’efficacité.
Selon qu’il s’agit d’un essai de thérapie génique ou cellulaire,
différentes sous-commissions sont amenées à statuer sur la validité
de la demande d’autorisation. La figure 2 résume le
processus de demande d’autorisation imposé par l’Afssaps. On
comparera ce processus, et surtout la centralisation de la demande
et des relations investigateur-agence, finalement assez simple et
rapide, à celui du système américain, beaucoup plus complexe.
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Conclusion
La poursuite de notre exploration de nouvelles stratégies
thérapeutiques, cellulaires et géniques, implique que les
investigateurs, les instances réglementaires et les patients
reconnaissent : 1) que seul un petit nombre des thérapeutiques
actuellement testées trouvera une application
commercialisable ; 2) que cette étape initiale demeure
néanmoins une étape incontournable au développement de tels
traitements ; 3) que le développement de telles thérapeutiques
novatrices sous-tend un risque associé qui ne peut être éliminé
comme cela est exigé pour des traitements déjà
commercialisés ; 4) que des patients clairement et honnêtement
informés des risques potentiels devraient le plus souvent être en
mesure d’accepter de tels risques. Si nous ne sommes pas capables
de proposer des stratégies qui prennent en compte tous ces
facteurs, et sachant par ailleurs que la plupart des centres
académiques n’auront pas les ressources suffisantes pour pouvoir
continuer à tester de telles approches thérapeutiques, il est alors
à craindre que le développement de ces stratégies novatrices ne
périclite complètement. Il revient donc tant aux investigateurs
qu’aux fabricants en milieu académique et éventuellement aux
sociétés privées de biotechnologies, d’arriver, en collaboration
avec la FDA, à des solutions concrètes permettant de pérenniser les
avancées d’ores et déjà réalisées. n
Remerciements au Professeur Malcolm Brenner, pour son
constant soutien.
Références
1. Proposed approach to regulation of cellular and
tissue-based products. CBER, 1997.
2. Current good manufacturing practice in
manufacturing, processing, packaging or holding of drugs; general.
Code of Federal Regulations, 2003, 210.
http://www.access.gpo.gov/nara/cfr/waisidx_03/21cfr210_03.html
3. Current good tissue practice for manufacturers of
human cellular and tissue-based products; Inspection and
Enforcement; Proposed Rule, CBER, 2001,
http://www.fda.gov/cber/rules/frtisreg012103.htm
4. Current good manufacturing practice of finished
pharmaceuticals. Code of Federal Regulations, 2003, 211,
http://www.access.gpo.gov/nara/cfr/waisidx_03/21cfr211_03.html
5. Draft guideline for the validation of blood
establishment computer systems. CBER, 1993.
6. Guidance document on the general principles of
software validation. CDER/CBER, 2002.
7. Validation of procedures for processing human
tissues for transplantation. CBER, 2002.
8. Suitability determination for donors of human
cellular and tissue-based products. FDA, 1999.
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