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Frequency of cancer in France: 2004 update


Bulletin du Cancer. Volume 91, Number 1, 9-14, Janvier 2004, Synthèse


Résumé   Summary  

Author(s) : Catherine Hill, Françoise Doyon, Institut Gustave‐Roussy et Inserm U521, 39, rue Camille‐Desmoulins, 94800 Villejuif .

Summary : The most recent cancer mortality and morbidity data available for France are presented. In 1999, cancers are the first cause of death among men (87 000 deaths) and the second most common among women (57 000 deaths) after cardiovascular diseases. Lung cancer is the most common cause of cancer death (21 000) in the male population, and breast cancer is the most common cause of death (11 000) in the female population. Cancer mortality rates decrease both in the male population since 1987 and in the female population since 1950, but the different sites present different trends. The total number of cancers diagnosed in 2000 is estimated to be equal to 280 000, 160 000 in the male population and 120 000 in the female population. The most frequent cancer sites are prostate among men (40 000 cases) and breast among women (42 000 cases), two sites for which screening activities are in widespread use. The tobacco‐related lung cancer epidemic is accelerating markedly in the female population and is beginning to decrease in the male population. ▴

Keywords : cancer, mortality, morbidity, epidemiology

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ARTICLE

Auteur(s) : Catherine Hill*, Françoise Doyon*

* Institut Gustave-Roussy et Inserm U521, 39, rue Camille-Desmoulins, 94800 Villejuif

Nous présentons ici les données les plus récentes sur la fréquence des cancers en France. Les dernières données de mortalité disponibles sont celles de 1999 [1] ; les données de l'année 2000 vont utiliser une nouvelle classification internationale des maladies, ce qui cause un peu de retard dans leur diffusion.

Le nombre annuel de nouveaux diagnostics de cancer (cas incidents) n'est pas disponible directement pour la France entière, car le cancer n'est pas une maladie à déclaration obligatoire. Il existe des registres de cancer dans quatorze départements qui couvrent environ 14 % de la population française. Le nombre de nouveaux diagnostics en France est estimé à partir des données d'incidence et de mortalité dans les départements ayant un registre et à partir des données de mortalité nationales. Pour l'incidence, deux estimations ont été publiées pour l'an 2000 [2, 3] ; nous présentons les estimations les plus récentes [2].

Évolution du cancer et des autres principales causes de décès

La figure 1 montre l'évolution des principales causes de décès depuis 1950. On observe une baisse très importante et quasi régulière de la mortalité par maladie cardiovasculaire et une baisse importante, surtout entre 1950 et 1970, de la mortalité par maladies infectieuses. La mortalité par accidents et suicides a augmenté jusqu'à la fin des années 1960 et a diminué ensuite, atteignant en 1999 un niveau inférieur au niveau de 1950 chez les hommes et très proche du niveau de 1950 chez les femmes. La mortalité par cancer diminue chez les hommes depuis 1987 et chez les femmes depuis la fin des années 1960. Elle dépasse la mortalité par maladie cardiovasculaire depuis 1987 dans la population masculine et elle est aujourd'hui juste un peu inférieure à la mortalité cardiovasculaire dans la population féminine.

Fréquence des principales localisations de cancer

Le tableau 1 et la figure 2 présentent les nombres de nouveaux cas de cancer diagnostiqués en 2000 (estimés) et les nombres de décès observés en 1999 pour les principales localisations de cancer par sexe. On voit l'importance du cancer de la prostate qui est chez l'homme de beaucoup le cancer le plus souvent diagnostiqué, suivi par le cancer du poumon et le cancer colorectal. Le plus meurtrier est le cancer du poumon, responsable de deux fois plus de décès que le cancer de la prostate et le cancer colorectal. Chez la femme, le cancer du sein est de très loin le plus fréquent, suivi par le cancer colorectal. Le cancer de l'endomètre est la troisième cause de cancer mais n'est pas une cause importante de décès. Le cancer du poumon est la quatrième cause de cancer et la troisième cause de décès.

Tableau 1Nombres observés de décès en 1999 [1] et nombres estimés de nouveaux cas en 2000 [2]
Localisation Décès observés en 1999 Nouveaux cas estimés en 2000
Hommes Femmes Hommes Femmes
Bouche, pharynx, larynx 5 958 889 17 000 2 800
sophage 3 663 699 4 000 900
Estomac 3 291 2 075 4 500 2 600
Côlon et rectum 8 906 7 937 19 400 16 800
Foie 5 279 1 621 5 000 1 000
Vésicule 602 1 033 ND ND
Pancréas 3 682 3 310 2 700 2 200
Poumon 20 867 4 329 23 200 4 600
Mélanome 659 662 3 100 4 200
Sein 112 11 281 ND 42 000
Col utérin  –   –  3 400
Endomètre  –   –  5 100
Utérus : col et corps  –  2 996  –  8 500
Ovaire  –  3 271  –  4 500
Prostate 9 476  –  40 300  – 
Vessie 3 470 1 168 9 000 1 800
Rein 2 153 1 270 5 300 3 000
Encéphale* 1 584 1 228 2 700 2 600
Thyroïde 163 298 800 2 900
Lymphome non hodgkinien 2 309 2 063 5 500 4 400
Hodgkin 152 122 700 600
Myélome 1 120 1 174 1 900 1 600
Leucémies 2 568 2 223 3 600 2 600
Autres 10 889 7 297 12 300 7 400
Tous cancers 86 903 56 946 161 000 117 000
ND : estimation non disponible.
* Et autres parties du système nerveux.

Évolution de la mortalité par localisation de cancer

La figure 3 présente l'évolution de la mortalité jusqu'en 1999 pour les principales localisations de cancer.
Chez l'homme, on observe une augmentation considérable de la mortalité par cancer du poumon jusqu'à la fin des années 1980, suivie d'une baisse nette dans les dernières années. La mortalité par cancer de la bouche, du pharynx, du larynx et de l'œsophage a augmenté de 1950 jusqu'au milieu des années 1970 et diminue régulièrement depuis. La mortalité par cancer de l'estomac diminue régulièrement. La mortalité par cancer colorectal a un peu augmenté entre 1950 et 1977, puis diminué légèrement jusqu'à atteindre le niveau de 1950 ; cette amélioration est probablement due à une prise en charge plus précoce et plus efficace de ce cancer. La mortalité par cancer de la prostate a augmenté jusqu'en 1990 et diminue depuis, l'augmentation observée pourrait être due, au moins en partie, à l'amélioration du diagnostic de cette maladie, recherchée plus systématiquement dans la population âgée.

Chez la femme, on observe une augmentation de la mortalité par cancer du sein, suivie d'une stabilisation depuis la fin des années 1980, et une diminution importante de la mortalité par cancer de l'estomac. On observe aussi une diminution de la mortalité par cancer de l'utérus (col et corps) ; la diminution est plus importante pour le col que pour le corps. La mortalité par cancer colorectal diminue également. On commence à voir, depuis 1980, une augmentation importante de la mortalité par cancer du poumon, qui a doublé entre 1980 et 1999, devenant la troisième cause de mortalité par cancer chez la femme. La mortalité par cancer de l'ovaire a augmenté jusqu'à la fin des années 1980 et est stable depuis ; cette augmentation est probablement due, en partie, à l'amélioration du diagnostic de cette tumeur.

Mortalité par cancer du poumon et consommation de tabac

La mortalité par cancer du poumon est l'indicateur le plus sensible de l'épidémie liée au tabac. La figure 4 montre l'évolution des ventes de cigarettes globalement et par sexe entre 1900 et 2000. La répartition par sexe a été estimée à partir des sondages réalisés depuis 1953. Chez les hommes, la consommation de cigarettes a augmenté de 1925 à 1975, passant de 2 à 10 cigarettes par jour ; elle a ensuite diminué pour atteindre 6 cigarettes par jour en l'an 2000. Chez les femmes, la consommation a augmenté de moins de 0,5 cigarette par jour en 1950 à 3,5 en 2000. Ces évolutions différentes du tabagisme selon le sexe expliquent les évolutions différentes observées pour la mortalité par cancer du poumon.
C'est dans la population relativement jeune que l'on détecte en premier les conséquences d'un changement de comportement. La figure 5 montre les évolutions de la mortalité par cancer du poumon entre 35 et 44 ans. Dans la population masculine, on observe une baisse d'environ 8 % dans les 3 dernières années. Dans la population féminine, on observe une multiplication par 4 dans les 15 dernières années ; les femmes de 40 ans meurent aujourd'hui d'un cancer du poumon comme les hommes de 40 ans dans les années 1950.

Risque cumulé

Le tableau 2 donne, par localisation de cancer et pour tous cancers, les risques de cancer et de décès par cancer, cumulés sur la vie entière. Globalement, le risque de cancer cumulé sur la vie entière est de 51 % dans la population masculine et de 36 % dans la population féminine.

Tableau 2Risque cumulé de diagnostic et de décès par cancer sur la vie entière
Localisations Codes Diagnostic Décès
Hommes Femmes Hommes Femmes
Bouche, pharynx, larynx et œsophage 140-150 + 161 6,4 % 1,1 % 3,3 % 0,6 %
Côlon-rectum 152-154 6,9 % 5,5 % 3,9 % 3,4 %
Poumon 162 7,5 % 1,4 % 7,6 % 1,5 %
Sein 174  –  12,4 %  –  4,1 %
Utérus 179,180,182  –  2,6 %  –  1,1 %
Ovaire 183  –  1,4 %  –  1,2 %
Prostate 185 14,9 %  –  5,0 %
Vessie 188 3,2 % 0,6 % 1,5 % 0,5 %
Tous cancers 140-208 50,8 % 35,9 % 34,8 % 22,6 %

Chez les hommes, pour le cancer de la prostate, le risque de diagnostic sur la vie entière est de 15 % et le risque de décès est de 5 %, un homme sur 7 (7 = 1/14,9 %) aura donc un diagnostic de cancer de la prostate au cours de sa vie et un sur 20 en mourra. Pour le cancer du poumon, le risque de diagnostic est à peu près égal au risque de décès ; ce cancer touche un homme sur 13.
Chez les femmes, le risque de cancer du sein est de 12 % et le risque de décès est de 4 % ; ce cancer touche donc une femme sur 8 et une femme sur 25 en meurt.
Si on calcule les risques de cancer par âge, chez les hommes ils sont de 4 % entre 0 et 49 ans, de 26 % entre 50 et 74 ans et de 21 % à partir de 75 ans. Chez les femmes, ils sont respectivement de 5 %, 18 % et 13 %.
Chez les hommes, entre 0 et 49 ans, le risque de cancer de la bouche, du pharynx, du larynx et de l'œsophage est de 0,9 %, le risque de cancer du poumon de 0,5 % et le risque de cancer de la prostate quasiment nul. Entre 50 et 74 ans, le risque de cancer de la prostate est de 7,3 %, celui de cancer du poumon de 4,9 % et celui des cancers de la bouche, du pharynx, du larynx et de l'œsophage de 4,3 %. À partir de 75 ans, le risque de cancer de la prostate est de 7,6 %, le risque de cancer colorectal est de 3,6 % et le risque de cancer du poumon de 2,1 %.
Chez les femmes, le risque de cancer du sein est de 2,3 % entre 0 et 49 ans, de 7,1 % entre 50 et 74 ans et de 3,0 % à partir de 75 ans.

Discussion

Les deux indicateurs de fréquence des cancers sont complémentaires. L'incidence mesure le risque de cancer, mais elle est très sensible aux pratiques diagnostiques : par exemple, une campagne de dépistage du cancer de la prostate par toucher rectal et dosage d'antigène spécifique de la prostate (PSA) peut multiplier par deux l'incidence du cancer de la prostate chez les hommes âgés alors que la mortalité restera inchangée. Les incidences des cancers du sein et de la thyroïde sont aussi très sensibles aux pratiques de diagnostic et/ou de dépistage. La mortalité mesure à la fois le risque de cancer et la survie après diagnostic. Pour les localisations très rapidement létales, l'incidence est proche de la mortalité, alors que, pour les localisations moins graves, l'incidence est beaucoup plus élevée que la mortalité. Pour certaines localisations comme le foie et le pancréas, le nombre observé de décès en 1999 est supérieur au nombre estimé de cas incidents en 2000. Trois phénomènes sont à l'origine de ces incohérences. Le premier est la nature différente des données utilisées. Les certificats de décès, pour certaines localisations, sont souvent remplis de façon très approximative, en particulier des métastases hépatiques sont enregistrées comme cancer du foie. Pour le cancer du pancréas, un diagnostic porté sur un certificat de décès sans qu'il y ait eu un diagnostic histologique n'est pas inclus dans les statistiques d'incidence. Le second phénomène est le décalage entre l'incidence et la mortalité. Enfin, les données d'incidence sont estimées pour la France entière à partir des données qui ne sont disponibles que dans certains départements, à l'aide d'un modèle mathématique utilisant aussi les données de mortalité dans ces départements et dans la France entière.
Les estimations de l'incidence des cancers en France pour l'année 2000, fournies par Ferlay et Remontet [2, 3], sont différentes, car les méthodes utilisées sont différentes. Remontet utilise le rapport incidence/mortalité observé dans l'ensemble des registres français, alors que Ferlay a éliminé les registres ayant un rapport extrême. De plus, Ferlay a appliqué le taux d'incidence estimé en 1997 (dernières données disponibles pour les registres) à la population de 2000, alors que Remontet a prolongé la tendance observée jusqu'en 1997.

Conclusion

Le cancer est une maladie fréquente qui atteint plus d'un homme sur deux et plus d'une femme sur trois au cours de la vie. La mortalité par cancer diminue, surtout chez l'homme. Chez la femme, on observe une importante augmentation de la fréquence du cancer du poumon, conséquence de l'augmentation du tabagisme féminin dans les 25 dernières années.

Le présent article est destiné à être mis à jour chaque année ; on trouvera donc des informations complémentaires en janvier 2005. n

Références

1. Anonyme. Causes médicales de décès, année 1999. Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès. Paris : Inserm 2002.

2. Remontet L, Buemi A, Velten M, Jougla E, Estève J. Evolution de l'incidence et de la mortalité par cancer en France de 1978 à 2000. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire, 2003.

3. Ferlay J, Bray F, Pisani P, Parkin DM. Globocan 2000 : Cancer incidence, mortality and prevalence worldwide, Version 1.0. IARC CancerBase n° 5. Lyon, IARCPress, 2001.


 

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