ARTICLE
Auteur(s) : Catherine Hill*, Françoise Doyon*
* Institut Gustave-Roussy et Inserm U521, 39, rue
Camille-Desmoulins, 94800 Villejuif
Nous présentons ici les données les plus récentes sur la fréquence
des cancers en France. Les dernières données de mortalité
disponibles sont celles de 1999 [1] ; les données de l'année
2000 vont utiliser une nouvelle classification internationale
des maladies, ce qui cause un peu de retard dans leur diffusion.
Le nombre annuel de nouveaux diagnostics de cancer (cas
incidents) n'est pas disponible directement pour la France entière,
car le cancer n'est pas une maladie à déclaration obligatoire. Il
existe des registres de cancer dans quatorze départements qui
couvrent environ 14 % de la population française. Le nombre de
nouveaux diagnostics en France est estimé à partir des données
d'incidence et de mortalité dans les départements ayant un registre
et à partir des données de mortalité nationales. Pour l'incidence,
deux estimations ont été publiées pour l'an 2000 [2, 3] ; nous
présentons les estimations les plus récentes [2].
Évolution du cancer et des autres principales causes de
décès
La figure 1
montre l'évolution des principales causes de décès depuis 1950. On
observe une baisse très importante et quasi régulière de la
mortalité par maladie cardiovasculaire et une baisse importante,
surtout entre 1950 et 1970, de la mortalité par maladies
infectieuses. La mortalité par accidents et suicides a augmenté
jusqu'à la fin des années 1960 et a diminué ensuite, atteignant en
1999 un niveau inférieur au niveau de 1950 chez les hommes et très
proche du niveau de 1950 chez les femmes. La mortalité par cancer
diminue chez les hommes depuis 1987 et chez les femmes depuis la
fin des années 1960. Elle dépasse la mortalité par maladie
cardiovasculaire depuis 1987 dans la population masculine et elle
est aujourd'hui juste un peu inférieure à la mortalité
cardiovasculaire dans la population féminine.
Fréquence des principales localisations de cancer
Le tableau 1 et la figure 2 présentent les
nombres de nouveaux cas de cancer diagnostiqués en 2000 (estimés)
et les nombres de décès observés en 1999 pour les principales
localisations de cancer par sexe. On voit l'importance du cancer de
la prostate qui est chez l'homme de beaucoup le cancer le plus
souvent diagnostiqué, suivi par le cancer du poumon et le cancer
colorectal. Le plus meurtrier est le cancer du poumon, responsable
de deux fois plus de décès que le cancer de la prostate et le
cancer colorectal. Chez la femme, le cancer du sein est de très
loin le plus fréquent, suivi par le cancer colorectal. Le cancer de
l'endomètre est la troisième cause de cancer mais n'est pas une
cause importante de décès. Le cancer du poumon est la quatrième
cause de cancer et la troisième cause de décès.
Tableau 1. Nombres observés de décès
en 1999 [1] et nombres estimés de nouveaux cas en 2000 [2]
| Localisation |
Décès observés en 1999 |
Nouveaux cas estimés en 2000 |
|
Hommes |
Femmes |
Hommes |
Femmes |
|
Bouche, pharynx, larynx |
5 958 |
889 |
17 000 |
2 800 |
|
sophage |
3 663 |
699 |
4 000 |
900 |
|
Estomac |
3 291 |
2 075 |
4 500 |
2 600 |
|
Côlon et rectum |
8 906 |
7 937 |
19 400 |
16 800 |
|
Foie |
5 279 |
1 621 |
5 000 |
1 000 |
|
Vésicule |
602 |
1 033 |
ND |
ND |
|
Pancréas |
3 682 |
3 310 |
2 700 |
2 200 |
|
Poumon |
20 867 |
4 329 |
23 200 |
4 600 |
|
Mélanome |
659 |
662 |
3 100 |
4 200 |
|
Sein |
112 |
11 281 |
ND |
42 000 |
| Col
utérin |
– |
|
– |
3 400 |
|
Endomètre |
– |
|
– |
5 100 |
|
Utérus : col et corps |
– |
2 996 |
– |
8 500 |
|
Ovaire |
– |
3 271 |
– |
4 500 |
|
Prostate |
9 476 |
– |
40 300 |
– |
|
Vessie |
3 470 |
1 168 |
9 000 |
1 800 |
|
Rein |
2 153 |
1 270 |
5 300 |
3 000 |
|
Encéphale* |
1 584 |
1 228 |
2 700 |
2 600 |
|
Thyroïde |
163 |
298 |
800 |
2 900 |
|
Lymphome non hodgkinien |
2 309 |
2 063 |
5 500 |
4 400 |
|
Hodgkin |
152 |
122 |
700 |
600 |
|
Myélome |
1 120 |
1 174 |
1 900 |
1 600 |
|
Leucémies |
2 568 |
2 223 |
3 600 |
2 600 |
|
Autres |
10 889 |
7 297 |
12 300 |
7 400 |
|
Tous cancers |
86 903 |
56 946 |
161 000 |
117 000 |
ND : estimation non disponible.
* Et autres parties du système nerveux.
Évolution de la mortalité par localisation de cancer
La figure 3 présente
l'évolution de la mortalité jusqu'en 1999 pour les principales
localisations de cancer.
Chez l'homme, on observe une augmentation considérable de la
mortalité par cancer du poumon jusqu'à la fin des années 1980,
suivie d'une baisse nette dans les dernières années. La mortalité
par cancer de la bouche, du pharynx, du larynx et de l'œsophage a
augmenté de 1950 jusqu'au milieu des années 1970 et diminue
régulièrement depuis. La mortalité par cancer de l'estomac diminue
régulièrement. La mortalité par cancer colorectal a un peu augmenté
entre 1950 et 1977, puis diminué légèrement jusqu'à atteindre le
niveau de 1950 ; cette amélioration est probablement due à une
prise en charge plus précoce et plus efficace de ce cancer. La
mortalité par cancer de la prostate a augmenté jusqu'en 1990 et
diminue depuis, l'augmentation observée pourrait être due, au moins
en partie, à l'amélioration du diagnostic de cette maladie,
recherchée plus systématiquement dans la population âgée.
Chez la femme, on observe une augmentation de la mortalité par
cancer du sein, suivie d'une stabilisation depuis la fin des années
1980, et une diminution importante de la mortalité par cancer de
l'estomac. On observe aussi une diminution de la mortalité par
cancer de l'utérus (col et corps) ; la diminution est plus
importante pour le col que pour le corps. La mortalité par cancer
colorectal diminue également. On commence à voir, depuis 1980, une
augmentation importante de la mortalité par cancer du poumon, qui a
doublé entre 1980 et 1999, devenant la troisième cause de mortalité
par cancer chez la femme. La mortalité par cancer de l'ovaire a
augmenté jusqu'à la fin des années 1980 et est stable depuis ;
cette augmentation est probablement due, en partie, à
l'amélioration du diagnostic de cette tumeur.
Mortalité par cancer du poumon et consommation de tabac
La mortalité par cancer du poumon est l'indicateur le plus
sensible de l'épidémie liée au tabac. La figure 4 montre l'évolution
des ventes de cigarettes globalement et par sexe entre 1900 et
2000. La répartition par sexe a été estimée à partir des sondages
réalisés depuis 1953. Chez les hommes, la consommation de
cigarettes a augmenté de 1925 à 1975, passant de 2 à
10 cigarettes par jour ; elle a ensuite diminué pour
atteindre 6 cigarettes par jour en l'an 2000. Chez les femmes,
la consommation a augmenté de moins de 0,5 cigarette par jour
en 1950 à 3,5 en 2000. Ces évolutions différentes du tabagisme
selon le sexe expliquent les évolutions différentes observées pour
la mortalité par cancer du poumon.
C'est dans la population relativement jeune que l'on détecte en
premier les conséquences d'un changement de comportement. La figure 5 montre les
évolutions de la mortalité par cancer du poumon entre 35 et
44 ans. Dans la population masculine, on observe une baisse
d'environ 8 % dans les 3 dernières années. Dans la
population féminine, on observe une multiplication par 4 dans les
15 dernières années ; les femmes de 40 ans meurent
aujourd'hui d'un cancer du poumon comme les hommes de 40 ans
dans les années 1950.
Risque cumulé
Le tableau 2 donne, par localisation
de cancer et pour tous cancers, les risques de cancer et de décès
par cancer, cumulés sur la vie entière. Globalement, le risque de
cancer cumulé sur la vie entière est de 51 % dans la
population masculine et de 36 % dans la population
féminine.
Tableau 2. Risque cumulé de
diagnostic et de décès par cancer sur la vie entière
| Localisations |
Codes |
Diagnostic |
Décès |
|
Hommes |
Femmes |
Hommes |
Femmes |
| Bouche, pharynx, larynx et œsophage |
140-150 + 161 |
6,4 % |
1,1 % |
3,3 % |
0,6 % |
| Côlon-rectum |
152-154 |
6,9 % |
5,5 % |
3,9 % |
3,4 % |
| Poumon |
162 |
7,5 % |
1,4 % |
7,6 % |
1,5 % |
| Sein |
174 |
– |
12,4 % |
– |
4,1 % |
| Utérus |
179,180,182 |
– |
2,6 % |
– |
1,1 % |
| Ovaire |
183 |
– |
1,4 % |
– |
1,2 % |
| Prostate |
185 |
14,9 % |
– |
5,0 % |
|
| Vessie |
188 |
3,2 % |
0,6 % |
1,5 % |
0,5 % |
| Tous cancers |
140-208 |
50,8 % |
35,9 % |
34,8 % |
22,6 % |
Chez les hommes, pour le cancer de la prostate, le risque de
diagnostic sur la vie entière est de 15 % et le risque de
décès est de 5 %, un homme sur 7 (7 = 1/14,9 %)
aura donc un diagnostic de cancer de la prostate au cours de sa vie
et un sur 20 en mourra. Pour le cancer du poumon, le risque de
diagnostic est à peu près égal au risque de décès ; ce cancer
touche un homme sur 13.
Chez les femmes, le risque de cancer du sein est de 12 % et
le risque de décès est de 4 % ; ce cancer touche donc une
femme sur 8 et une femme sur 25 en meurt.
Si on calcule les risques de cancer par âge, chez les hommes ils
sont de 4 % entre 0 et 49 ans, de 26 % entre 50 et
74 ans et de 21 % à partir de 75 ans. Chez les
femmes, ils sont respectivement de 5 %, 18 % et
13 %.
Chez les hommes, entre 0 et 49 ans, le risque de cancer de la
bouche, du pharynx, du larynx et de l'œsophage est de 0,9 %,
le risque de cancer du poumon de 0,5 % et le risque de cancer
de la prostate quasiment nul. Entre 50 et 74 ans, le risque de
cancer de la prostate est de 7,3 %, celui de cancer du poumon
de 4,9 % et celui des cancers de la bouche, du pharynx, du
larynx et de l'œsophage de 4,3 %. À partir de 75 ans, le
risque de cancer de la prostate est de 7,6 %, le risque de
cancer colorectal est de 3,6 % et le risque de cancer du
poumon de 2,1 %.
Chez les femmes, le risque de cancer du sein est de 2,3 %
entre 0 et 49 ans, de 7,1 % entre 50 et 74 ans et de
3,0 % à partir de 75 ans.
Discussion
Les deux indicateurs de fréquence des cancers sont
complémentaires. L'incidence mesure le risque de cancer, mais elle
est très sensible aux pratiques diagnostiques : par exemple,
une campagne de dépistage du cancer de la prostate par toucher
rectal et dosage d'antigène spécifique de la prostate (PSA) peut
multiplier par deux l'incidence du cancer de la prostate chez les
hommes âgés alors que la mortalité restera inchangée. Les
incidences des cancers du sein et de la thyroïde sont aussi très
sensibles aux pratiques de diagnostic et/ou de dépistage. La
mortalité mesure à la fois le risque de cancer et la survie après
diagnostic. Pour les localisations très rapidement létales,
l'incidence est proche de la mortalité, alors que, pour les
localisations moins graves, l'incidence est beaucoup plus élevée
que la mortalité. Pour certaines localisations comme le foie et le
pancréas, le nombre observé de décès en 1999 est supérieur au
nombre estimé de cas incidents en 2000. Trois phénomènes sont à
l'origine de ces incohérences. Le premier est la nature différente
des données utilisées. Les certificats de décès, pour certaines
localisations, sont souvent remplis de façon très approximative, en
particulier des métastases hépatiques sont enregistrées comme
cancer du foie. Pour le cancer du pancréas, un diagnostic porté sur
un certificat de décès sans qu'il y ait eu un diagnostic
histologique n'est pas inclus dans les statistiques d'incidence. Le
second phénomène est le décalage entre l'incidence et la mortalité.
Enfin, les données d'incidence sont estimées pour la France entière
à partir des données qui ne sont disponibles que dans certains
départements, à l'aide d'un modèle mathématique utilisant aussi les
données de mortalité dans ces départements et dans la France
entière.
Les estimations de l'incidence des cancers en France pour l'année
2000, fournies par Ferlay et Remontet [2, 3], sont différentes, car
les méthodes utilisées sont différentes. Remontet utilise le
rapport incidence/mortalité observé dans l'ensemble des registres
français, alors que Ferlay a éliminé les registres ayant un rapport
extrême. De plus, Ferlay a appliqué le taux d'incidence estimé en
1997 (dernières données disponibles pour les registres) à la
population de 2000, alors que Remontet a prolongé la tendance
observée jusqu'en 1997.
Conclusion
Le cancer est une maladie fréquente qui atteint plus d'un homme
sur deux et plus d'une femme sur trois au cours de la vie. La
mortalité par cancer diminue, surtout chez l'homme. Chez la femme,
on observe une importante augmentation de la fréquence du cancer du
poumon, conséquence de l'augmentation du tabagisme féminin dans les
25 dernières années.
Le présent article est destiné à être mis à jour chaque
année ; on trouvera donc des informations complémentaires en
janvier 2005. n
Références
1. Anonyme. Causes médicales de décès, année
1999. Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès.
Paris : Inserm 2002.
2. Remontet L, Buemi A, Velten M, Jougla E, Estève
J. Evolution de l'incidence et de la mortalité par cancer en
France de 1978 à 2000. Saint-Maurice : Institut de veille
sanitaire, 2003.
3. Ferlay J, Bray F, Pisani P, Parkin DM. Globocan
2000 : Cancer incidence, mortality and prevalence worldwide,
Version 1.0. IARC CancerBase n° 5. Lyon, IARCPress, 2001.
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