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External beam radiation therapy and interstitial brachytherapy in the treatment of anal canal carcinomas: a series of 70 patients


Bulletin du Cancer. Volume 90, Number 12, 1107-10, Décembre 2003, ARTICLE ORIGINAL


Résumé   Summary  

Author(s) : Jean‐Bernard Dubois, David Azria, Marc Ychou , Département de radiothérapie, Département d‘oncologie digestive, CRLC Val d‘Aurelle, 34298 Montpellier Cedex 5 .

Summary : This study is concerning 70 patients (57 female, 13 male) with an epidermoid carcinoma of the anal canal which were treated homogeneously with a combination of an external beam radiation therapy ((45 Gy in 25 fractions of 1.8 Gy for 5 weeks) and a brachytherapy with Iridium wires (15 to 20 Gy delivered to the gross residual disease). The N1 patients and the patients with tumors more than 4 cm in diameter received a chemotherapy also (5 FU and cisplatinum). The overall local control was obtained in 68 cases out of 70 (97.1%). 63 out of 70 patients (90%) are alive and locally controlled. 56 pts out of 70 (80%) did have a preserved anus, and a normal sphincterian function was preserved in 53 pts out of 70 (75.7%). 17 pts had a colostomy (3 without and 14 with an abdominoperineal resection). With the salvage perineal resection, 11 patients out of 12 local recurrences were definitely locally cured (91.7%). The 5‐year overall survival is 91.4%. The 5‐year disease‐free survival is 90%. The 5‐year survival with preserved anal sphincter is 80% and with preserved sphincterian function is 75.7%. Five patients died from cancer (3 deaths due to metastases, and only 2 due to a locoregional evolution). These results have been analysed regarding the literature data and demonstrated the curative role of external beam and brachytherapy, in localized tumors, the contribution of chemotherapy in advanced stages and the efficiency of secondary salvage surgery in local recurrences. ▴

Keywords : brachytherapy, external radiation therapy, carcinoma of the anal canal

ARTICLE

Auteur(s) : Jean-Bernard Dubois1, David Azria1, Marc Ychou2

1 Département de radiothérapie,
2 Département d'oncologie digestive, CRLC Val d'Aurelle, 34298 Montpellier Cedex 5

Article reçu le 15 janvier 2003, accepté le 22 septembre 2003

Les cancers épidermoïdes du canal anal sont des cancers pour lesquels une utilisation rationnelle des moyens radiothérapiques et le développement des associations radiochimiothérapiques ont permis des progrès thérapeutiques quantitativement et qualitativement significatifs. En effet, la radiothérapie seule ou l'association radio-chimiothérapie permet non seulement d'obtenir des taux de contrôle local à 5 ans de 60 à 90 % et de survie globale à 5 ans de 60 à 70 % mais aussi de conserver l'anus avec une fonction sphinctérienne normale et une continence anale acceptable [1-7]. La chirurgie n'est proposée qu'aux formes récidivantes après échec local de la radiothérapie ou de la radiochimiothérapie et aux formes localement très évoluées ne permettant pas d'envisager de conserver un sphincter anal fonctionnellement normal. Nous rapportons les résultats d'une série homogène de 70 patients traités par radiothérapie externe et surdosage curiethérapique interstitiel à l'iridium.

Résultats

Contrôle local

La réponse complète a été obtenue chez 68 patients sur 70 (97,1 %). Deux patients ont présenté une poursuite évolutive : une évolution ganglionnaire pelvienne et une évolution locale sous forme de nodules de perméation périnéaux.
Tous les malades actuellement en vie (64 sur 70, soit 91,4 %) sont localement contrôlés ; un est actuellement en traitement chimiothérapique pour des métastases pulmonaires isolées, 63 patients sur 70 (90 %) sont vivants guéris et en contrôle local, 56 ont un anus conservé, soit un taux de conservation sphinctérienne global pour les 70 patients de l'étude de 80 % (56 sur 70).
Trois patients ont un anus conservé mais non fonctionnel en raison de complications radiodystrophiques ou radio-nécrotiques algiques ayant nécessité une colostomie de décharge sans amputation. Ainsi 53 patients sur 70 ont un anus conservé et fonctionnel, soit 75,7 % des cas.
Il a été pratiqué au total 17 colostomies dont 3 sans amputation (colostomie de décharge) et 14 accompagnant une amputation abdominopérinéale (AAP). Sur les 14 AAP, 2 ont été pratiquées pour complications radionécrotiques et 12 pour récidives locorégionales. Sur ces 12 AAP, le taux de rattrapage local a été de 11 cas sur 12, soit 91,7 %.
Les 12 récidives locales sont survenues après un intervalle libre de 2 mois à 5 ans (moyenne : 19,5 mois) après le traitement.
Les échecs locaux montrent une relation significative avec le stade puisqu'ils se répartissent ainsi : 1 sur 16 tumeurs de stade T1 (6,2 % des cas), 4 sur 28 T2 (14,2 %) et 7 sur 26 T3N0N1 (26,9 % des cas).
Dans un seul cas, il a été noté une erreur technique dans le calcul de la dose d'exposition de la curiethérapie sur une isodose de référence qui n'englobait pas totalement le volume tumoral supposé restant après l'irradiation externe première.
L'analyse des pièces d'amputation abdominopérinéale de rattrapage a montré, dans 8 cas sur les 9 tumeurs de stade T2N0, T3N0, la présence de ganglions microscopiquement envahis dans la partie basse de la gaine rectale.

Survie

• Survie sans échec

Dix-huit patients ont été en échec : 12 récidives locales, 1 métastase et 5 décès. Le taux de survie sans échec est de 75 % à 5 ans (intervalle de confiance à 95 % : 63-84).

Les taux de survie sans échec à 5 ans en fonction du statut tumoral (T) sont respectivement de 93 % pour les T1, de 82 % pour les T2 et de 55 % pour les T3. La différence est statistiquement significative (p = 0,009). Ces taux en fonction du statut ganglionnaire (N) sont de 80 % pour les N0 et de 54 % pour les N1. La différence est statistiquement significative (p = 0,044). En fonction du stade, ils sont de 93 % pour les T1N0, 81 % pour les T2N0, 86 % pour les T2N1, 67 % pour les T3N0 et 17 % pour les T3N1. La différence est statistiquement significative (p = 0,0008).

• Survie globale

Cinq patients sont décédés, tous dans les 3 premières années. Le suivi médian est de 6 ans. Le taux de survie globale à 3 ans est de 93 % (intervalle de confiance à 95 % : 84-97).
Aucun des 16 patients T1 n'est décédé. Un patient T2 (4 %) et 4 patients T3 (15 %) sont décédés. Les taux de survie globale à 3 ans sont de 100 % pour les T1, 96 % pour les T2 et 85 % pour les T3. La différence n'est pas statistiquement significative (p = 0,12).
Un patient N0 (2 %) et 4 patients N1 (31 %) sont décédés. Les taux de survie globale à 3 ans sont de 98 % pour les N0 et 69 % pour les N1. La différence est statistiquement significative (p = 0,002).
Les taux de survie globale à 3 ans sont de 100 % pour les T1N0, 95 % pour les T2N0, 100 % pour les T2N1, 100 % pour les T3N0 et 33 % pour les T3N1.

Discussion

On note dans notre série de 70 patients un taux élevé de contrôle local avec un taux de résistance intrinsèque à la radiothérapie très faible de 2,9 % correspondant aux deux poursuites évolutives sans intervalle libre entre le traitement et le décès par évolution locorégionale. Plusieurs études rétrospectives dans la littérature [2, 8-10] confirment l'efficacité de la radiothérapie exclusive que nous avons nous-mêmes observée, soit en radiothérapie externe exclusive combinant une photonthérapie et une électronthérapie, soit par association d'une radiothérapie externe à une curiethérapie interstitielle de surdosage.
Touboul et al. ont publié des taux de contrôle local de 71,1 %, 168 cas contrôlés sur les 236 cas traités [11, 12]. Mitchell et al. [13] ont observé également des taux de contrôle local à 5 ans de 85 % pour l'ensemble des cas avec une influence du stade local : 100 % de contrôle local à 5 ans pour les tumeurs de stade T1N0 et T2N1, 75 % pour les tumeurs de stade T3N0, 67 % pour les tumeurs de T4N0 et 88 % pour les extensions ganglionnaires de stade N2N3, quel que soit le stade tumoral. Ces bons résultats, dans notre série comme dans la plupart des séries de la littérature, persistent dans le temps avec des reculs significatifs par rapport au traitement initial.
Le taux de conservation sphinctérienne dans notre série est élevé (80 %), avec 75 % de conservation fonctionnelle intégrale. Dans la série lyonnaise portant sur 95 cas, le taux d'anus anatomiquement et fonctionnellement intacts était de 67 % pour les tumeurs de moins de 4 cm de diamètre et de 52 % avec 7 % de colostomie pour les tumeurs de plus de 4 cm de diamètre [14]. L'expérience de l'Institut Gustave-Roussy [15] a également montré des taux de conservation d'anus fonctionnel élevés pour les tumeurs de type T1T2 (91 %) alors que seulement 50 % des tumeurs de type T3T4 pouvaient être conservés avec un anus fonctionnel normal.
Dans notre série, comme dans les autres séries de la littérature, les échecs locaux ont pu être rattrapés par amputation abdominopérinéale avec des taux de contrôle local élevés, sans altération de la survie. L'analyse des échecs locaux a montré une relation de l'évolution locale avec le stade tumoral puisque nous notons 2 fois plus d'échecs locaux dans les T2 que dans des T1 et 4 fois plus dans les T3 que dans les T1. Cela a été également largement confirmé dans la littérature [1, 15, 16]. Ainsi, Touboul et al. [12] ont noté une relation évidente avec le stade : survie à 5 ans de 100 % pour les stades 1, de 88 % pour les stades 2 et de 70 % pour les stades 3.

Malades et méthodes

Malades

Cette étude a concerné 70 patients (57 femmes et 13 hommes) porteurs d'un carcinome épidermoïde du canal anal excluant les cancers isolés de la marge anocutanée traités de 1987 à 1997.
L'âge moyen des patients était de 63,8 ans, l'âge médian de 64 ans (extrêmes : 30-86).
La répartition des patients en fonction de la classification TNM UICC était la suivante : 16 patients porteurs d'une tumeur de stade T1N0, 21 d'une tumeur de stade T2N0, 7 de stade T2N1, 20 de stade T3N0 et 6 de stade T3N1.

Méthodes thérapeutiques

• Radiothérapie externe

Pour les tumeurs de plus de 4 cm de diamètre ou pour les tumeurs de type N1 N3, quel que soit leur stade tumoral local, la radiothérapie externe a été réalisée par une technique à 4 faisceaux orthogonaux. Le volume cible a inclus la totalité du canal anal et de la marge de l'anus, la partie basse du rectum, les ganglions pelviens et les ganglions inguinaux uni ou bilatéraux selon la présence ou l'absence de ganglions cliniquement palpables. Deux faisceaux latéraux symétriques droit et gauche et deux faisceaux antéro-postérieur et postéro-antérieur de même axe ont été utilisés. La limite inférieure était située au niveau de la peau périnéale incluant la marge anale, la limite supérieure correspond au disque L5S1. Les limites latérales étaient situées à 0,5 cm en dehors du détroit supérieur ou plus externes si les régions inguinales étaient comprises dans le volume d'irradiation.
Une dose de 45 Gy était délivrée à l'isocentre en 5 semaines en 25 fractions de 1,8 Gy. Une électronthérapie inguinale de complément jusqu'à l'équivalent total de 60 à 65 Gy a été réalisée en cas d'envahissement ganglionnaire inguinal cliniquement palpa- ble. Pour les tumeurs de stades T1 et T2 de moins de 4 cm de diamètre sans atteinte ganglionnaire, une irradiation externe sur un volume réduit limité à la marge anale, au canal anal et au tiers inférieur du rectum, avec irradiation des seuls ganglions de la gaine para-rectale a été réalisée, par la technique de Papillon avec un champ unique périnéal direct de cobalt délivrant une dose de 30 Gy en 10 fractions de 3 Gy, calculée à l'isodose 95 %, et à 5 cm de profondeur.

• Curiethérapie

Elle a été réalisée 8 à 10 jours après la fin de l'irradiation externe avec des fils d'iridium 192. La présentation de l'iridium en fils souples, de longueur variable, rend l'application adaptable à chaque situation anatomique mais nécessite l'utilisation de guides vecteurs métalliques rigides restant en place pendant 1 à 2 jours.
La mise en place des guides vecteurs non radioactifs se fait sous anesthésie générale et le chargement radioactif est différé dans de bonnes conditions de radioprotection. Des doses de 15 à 20 Gy sont délivrées en fonction de la taille de la tumeur initiale et de la réponse de la tumeur à la radiothérapie externe première. L'isodose de référence doit correspondre au Gross tumor volume initial, même en cas de disparition clinique complète de la tumeur après la radiothérapie externe préalable. La dosimétrie utilise le système de Paris avec des lignes parallèles, équidistantes de 1,5 cm.

• Chimiothérapie

Dans 37 cas sur 70, a été associée à la radiothérapie externe une chimiothérapie associant du 5 fluoro-uracile (800 mg/m2/24 h en perfusion intraveineuse continue du jour 1 au jour 4) et du cisplatine (80 mg/m2 en une perfusion de 1 heure), la première et la cinquième semaine de la radiothérapie. Les patients traités par association radiochimiothérapique étaient répartis comme suit : 6 T3N1, 20 T3N0, 7 T2N1 et 4 T2 de plus de 4 cm de diamètre N0.
Le suivi moyen était de 10,5 années.

On note, pour l'ensemble des 70 cas, un nombre de décès faible et des échecs locaux pour les formes localement avancées, souvent en rapport avec une évolution ganglionnaire régionale non maîtrisée soit par insuffisance des explorations par imagerie avant traitement permettant de détecter l'extension ganglionnaire exacte, soit par insuffisance de l'impact de la radiothérapie sur cette évolution ganglionnaire. Dans ce type de tumeur plus avancée, les associations radio-chimiothérapie dont l'efficacité a déjà été évoquée dans de multiples séries de la littérature et les nouvelles modalités d'exploration par imagerie de l'extension ganglionnaire méritent d'être étudiées [17-22].
Les associations de 5FU et de cisplatine sont les plus utilisées et font actuellement l'objet d'études randomisées aussi bien en tant que chimiothérapie adjuvante que néoadjuvante d'induction, dans le cadre d'essais de l'EORTC [23], du Radiotherapy Oncology Group (RTOG 98-11) qui évalue l'impact d'une combinaison néoadjuvante de 5FU et de cisplatine suivie d'une irradiation de 45 Gy associée à du 5FU et de la mitomycine C, de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC, essai Accord 03) et de la Fondation française de cancérologie digestive (FFCD 98-04) [16] évaluant l'effet d'une chimiothérapie néoadjuvante par 5FU et cisplatine suivie d'une radiochimiothérapie (45 Gy) et d'un complément localisé de 15 Gy ou de 20 à 25 Gy.

Conclusion

Cette série est une série homogène de 70 patients traités par les mêmes techniques de radiothérapie et de curiethérapie de surdosage à l'iridium. Les taux de contrôle local, de survie globale et de conservation d'une fonction sphinctérienne anale normale sont satisfaisants et comparables à ceux observés dans la littérature. Les échecs sont soit de type métastatique, suggérant l'intérêt du développement de la recherche de drogues et d'associations de drogues efficaces à la fois sur l'évolution locale et sur l'évolution micrométastatique à distance, soit de type locorégional, avec une participation quasi constante de l'évolution ganglionnaire nécessitant l'optimisation des techniques d'exploration par imagerie préthérapeutique (échoendoscopie, tomodensitométrie, IRM) pour une meilleure connaissance de l'extension réelle locale tumorale et régionale ganglionnaire. n

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