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Intra‐abdominal desmoplastic small round cell tumor in childhood: case report and review of the literature


Bulletin du Cancer. Volume 90, Number 12, 1063-6, Décembre 2003, Synthèse


Résumé   Summary  

Author(s) : Mohamed Jellouli, Mongi Mekki, Imed Krichene, Abdelfattah Zakhama, Mohsen Belghith, Riadh Jouini, Lassaad Sahnoun, Soumaya Rammeh, Abdelaziz Harbi, Abdellatif Nouri , Service de chirurgie pédiatrique, centre hospitalier universitaire Fattouma‐Bourguiba, 5000 Monastir, Tunisie Laboratoire d‘anatomie et de cytologie pathologiques, faculté de médecine, 5000 Monastir, Tunisie Laboratoire d‘anatomie et de cytologie pathologiques, faculté de médecine, Sousse, Tunisie Service de pédiatrie, centre hospitalier universitaire Sahloul, Sousse, Tunisie .

Summary : Desmoplastic small round cell tumor (DSRCT) correspond to a recent clinico‐pathological entity, individualized in 1989 into the group of tumors with small round cells. This pathology puts ethiopathogenic, diagnostic, therapeutic and prognosis problems. Indeed, the ethiopathogenic is still unknown, diagnosis is asserted only by immuno‐histochimic and cytogenetic study because of the big number of differential diagnoses and the anatomopathologic polymorphism. Its treatment is not well codified and its outcome remains dark in spite of therapeutic progress. The objective of this work is to report a personal observation of a DSRCT and to proceed to a review of the literature to clarify the epidemiological, clinical, paraclinical and therapeutic aspects of this rare tumor. ▴

Keywords : desmoplastic small round cell tumor, child

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ARTICLE

Auteur(s) : Mohamed Jellouli1, Mongi Mekki1, Imed Krichene1, Abdelfattah Zakhama2, Mohsen Belghith1, Riadh Jouini1, Lassaad Sahnoun1, Soumaya Rammeh3, Abdelaziz Harbi4, Abdellatif Nouri1

1 Service de chirurgie pédiatrique, centre hospitalier universitaire Fattouma-Bourguiba, 5000 Monastir, Tunisie
2 Laboratoire d'anatomie et de cytologie pathologiques, faculté de médecine, 5000 Monastir, Tunisie
3 Laboratoire d'anatomie et de cytologie pathologiques, faculté de médecine, Sousse, Tunisie
4 Service de pédiatrie, centre hospitalier universitaire Sahloul, Sousse, Tunisie

Article reçu le 24 avril 2003, accepté le 4 août 2003

Les tumeurs desmoplastiques à petites cellules rondes (DSRCT) sont des sarcomes rares hautement agressifs et de pronostic redoutable, récemment individualisés au sein des tumeurs à petites cellules rondes. Cette pathologie continue à poser quatre problèmes : une étiopathogénie encore obscure, un diagnostic difficile nécessitant une étude immunohistochimique et cytogénétique précise à cause du grand nombre de diagnostics différenciels, une attitude thérapeutique non encore codifiée et, enfin, un pronostic qui reste sombre malgré une prise en charge multidisciplinaire.

L'objectif de ce travail est de rapporter une observation personnelle de DSRCT et de préciser, à travers une revue de la littérature, les différents aspects épidémiologiques, cliniques, paracliniques et thérapeutiques de cette tumeur rare.

Observation

Mohamed D. était un garçon âgé de 12 ans, sans antécédent pathologique notable, hospitalisé pour des douleurs abdominales vagues associées à une tuméfaction hypogastrique évoluant depuis un mois.

L'examen clinique initial a noté un bon état général et une volumineuse masse hypogastrique arrivant jusqu'à l'ombilic. Cette masse était profonde, dure, fixe, indolore, à bords lisses et bosselés. Au toucher rectal, la tumeur se développait en avant du rectum. Par ailleurs, il existait des fuites urinaires en goutte à goutte.

Le bilan biologique a révélé un syndrome inflammatoire avec une vitesse de sédimentation à 72/105, une anémie hypochrome microcytaire avec un taux d'hémoglobine à 9,4 g/dl et une insuffisance rénale avec une créatininémie à 204 µmol/l.
L'échographie et la tomodensitométrie abdominales (figure 1) ont montré une énorme masse rétrovésicale faisant 12 × 11 cm, contenant des foyers d'hémorragie et de nécrose tumorale et refoulant la vessie vers l'avant et le rectum vers l'arrière. Par ailleurs, il existait de multiples petits nodules disséminés dans la cavité abdominale évoquant une dissémination péritonéale ou des adénopathies et une dilatation urétéro-pyélo-calicielle bilatérale. Le foie était normal et il n'existait pas d'anomalie vertébrale. La cystographie a visualisé une empreinte sur la face postérolatérale droite de la vessie en rapport avec la masse tumorale. Il s'y associait un reflux vésico-urétéral avec dilatation urétéro-pyélo-calicielle bilatérale.
La laparotomie a permis la découverte d'une volumineuse tumeur abdomino-pelvienne sous-péritonéale. Cette tumeur était d'aspect malin et comportait des zones d'hémorragie. En plus de cette tumeur, il existait de multiples nodules disséminés dans la cavité péritonéale évoquant une carcinose. L'intervention s'est limitée à des biopsies.
L'examen histologique a montré une prolifération de cellules assez monomorphes, arrondies ou légèrement allongées à noyau hyperchromatique et à cytoplasme peu visible. L'étude immunohistochimique a montré une positivité à la cytokératine, à l'antigène membranaire épithélial, à la vimentine et à la desmine (tableau 1).

Tableau 1. Résultats de l'étude immunohistochimique



Antigène Expression
Antigène leucocytaire commun (LCA) Négative
Cytokératine KL1 Diffuse et intense
Cytokératine de bas poids moléculaire Focale et intense
Cytokératine de haut poids moléculaire Négative
Cytokératine MNF116 Diffuse et intense
Antigène membranaire épithélial (EMA) Focale et intense
Vimentine Diffuse et intense
Neuro-specific enolase (NSE) Diffuse et intense
Neurofilaments Négative
Protéine gliale fibrillaire acide (GFAP) Négative
Protéine S100 Négative
Synaptophysine Négative
Chromogranine A Négative
Desmine Focale et intense
Alpha actine muscle lisse (αSMA) Négative
CA 125 Négative
Antigène carcino-embryonnaire (ACE) Négative
Antigène nucléaire de prolifération cellulaire 100 % des cellules tumorales
Antigène Ki 67 15 % des cellules tumorales
Protéine P53 25 % des cellules tumorales

Le diagnostic de tumeur desmoplastique à petites cellules rondes intra-abdominale a été retenu et l'enfant a été traité par chimiothérapie. Après deux cures à base de vincristine, actinomycine et cyclophosphamide, l'évolution a été marquée par une augmentation de la masse tumorale et l'apparition d'adénopathies axillaires et inguinales bilatérales de 1 à 2 cm de diamètre avec persistance de l'insuffisance rénale à diurèse conservée. Une nouvelle chimiothérapie fut alors commencée et l'enfant a reçu six cycles à base de dacarbazine et d'adriamycine. La réponse clinique, échographique et scanographique a été de l'ordre de 25 à 30 %. Deux autres cycles de chimiothérapie selon le protocole SIOP IV ont donné une réponse de l'ordre de 50 à 60 % avec une régression de la dilatation urétéro-pyélo-calicielle et une normalisation de la fonction rénale. Un troisième cycle de SIOP IV a été alors démarré pour préparer le patient à un second look chirurgical, mais l'enfant a développé une maladie veino-occlusive de stade III avec un syndrome hépatorénal et est décédé à 15 mois du diagnostic.

Discussion

Depuis 1989, date de la première publication traitant des DSRCT [1], et jusqu'à l'an 2002, près de 320 cas, toutes localisations et tous âges confondus, ont été publiés dans la littérature anglaise et française, dont 93 cas chez l'enfant.
Les DSRCT touchent surtout le grand enfant et l'adolescent : 73 % des cas ont entre 10 et 16 ans [2-6]. Cette tumeur est exceptionnelle chez l'enfant de moins de 5 ans [7]. Les 93 cas pédiatriques se répartissent en 67 garçons et 26 filles, soit un sex-ratio de 2,57. La nette prédominance masculine retrouvée dans la population générale s'atténue chez l'enfant avec une atteinte plus précoce des filles rapportée par plusieurs auteurs [1, 6, 7]. Contrairement à ce qui s'observe chez l'adulte, toutes les DSRCT pédiatriques sont intra-abdominales, à l'exception d'un cas à localisation cervicale [8]. Elles ont une extension surtout locorégionale. En effet, la dissémination péritonéale est présente dans 80 % des cas [5] et l'envahissement par contiguïté des organes intra-abdominaux se voit dans 22 % des cas. Les organes les plus atteints sont la vessie [9, 10], les uretères [11, 12], les ovaires [13-15], la rate [7, 16], l'intestin [17, 18], les trompes [15], l'utérus [18] et l'estomac [7]. Les métastases à distance sont surtout ganglionnaires (36 %), hépatiques (35 %), pulmonaires (11 %) et osseuses (6 %). L'atteinte médullaire est rare (2 %) [5]. Dans notre observation, l'extension réalisait une carcinose péritonéale.
La clinique n'est pas spécifique et comporte des signes généraux, fonctionnels et physiques diversement associés, dont les plus fréquents sont la douleur et une masse abdominale et/ou pelvienne.
L'imagerie n'apporte pas d'élément diagnostique spécifique des DSRCT et montre souvent une masse abdominopelvienne de grande taille, siège d'hémorragie, de nécrose et/ou de calcification [8, 9, 17, 19]. Cette masse est généralement associée à une dissémination péritonéale et à des localisations métastatiques, surtout ganglionnaires. Des épanchements liquidiens péritonéaux et/ou pleuraux ainsi que des compressions des organes intra-abdominaux peuvent se voir.
Le bilan biologique peut révéler des anomalies non spécifiques telles qu'une anémie [16], une insuffisance rénale [20] ou une cytolyse hépatique [17, 21, 22]. Les marqueurs tumoraux sont dans la limite de la normale, hormis la NSE (neuro-specific enolase) et le CA 125 pour lesquels certaines études ont montré des taux de positivité respectifs de 60 % et 80 % dans les DSRCT [2, 23].
Les DSRCT ont un grand polymorphisme histologique. L'aspect microscopique le plus commun est fait d'amas de cellules indifférenciées, arrondies, monomorphes à noyau hyper-chromatique, dispersées dans un stroma desmoplastique abondant pauci-cellulaire [18, 24]. Le rapport nucléo-cytoplasmique est élevé. Il varie d'un patient à l'autre mais reste constant pour le même malade. Cet aspect histologique est loin d'être toujours présent et de nombreuses variantes cytologiques existent avec des aspects atypiques qui peuvent atteindre un tiers des cas [25]. Seules des études immunohistochimiques et cytogénétiques appropriées permettent de poser le diagnostic de DSRCT avec certitude (tableau 2). En effet, les DSRCT expriment des marqueurs épithéliaux (kératine, antigène de membrane épithéliale), conjonctivaux (vimentine), musculaires (desmine) et neuro-endocrines (NSE) [18, 24] et ont une translocation spécifique t(11, 22) (p13, q12). C'est une translocation réciproque entre le gène du sarcome d'Ewing (EWS) et le gène de la tumeur de Wilm's (WT1). Cette translocation aboutit à un transcrit chimère composé des 7 premiers exons de EWS associés aux trois derniers exons de WT1. La protéine chimère qui en découle est entièrement refondue et ses propriétés fonctionnelles sont opposées à celles de la protéine sauvage. En effet, l'extrémité NH2 de WT1, qui est un domaine principalement répresseur de transcription, est remplacée par le domaine NH2 ou NTD de EWS, qui est activateur et va être soumis au contrôle transcriptionnel du promoteur de EWS. Cette protéine chimère EWS-WT1 fonctionnerait comme un oncogène dominant. Le domaine NTD va activer les gènes qui sont normalement réprimés par la protéine sauvage et réguler des gènes qui, physiologiquement, ne sont pas soumis au contrôle transcriptionnel de la protéine sauvage [3, 26, 27].

Tableau 2. Profil immunohistochimique des cas pédiatriques rapportés dans la littérature
Nombre des cas étudiés  % des cas positifs
Desmine 61 95
Kératine 60 91
Antigène membranaire épithélial 50 90
Vimentine 54 87
Neuro-specific enolase 53 76
Protéine S100 26 20
Alpha actine muscle lisse 16 19
Antigène spécifique du muscle 13 8

Le protocole thérapeutique des DSRCT ne fait pas l'unanimité. À ce jour, aucun consensus n'est préconisé et les protocoles utilisés sont aussi nombreux que variés. En fonction des équipes, l'approche thérapeutique des DSRCT s'envisage soit comme celle des sarcomes des tissus mous et comporte alors des drogues associant la doxorubicine et l'ifosfamide ou le cyclophosphamide, rarement la dacarbazine, soit comme une tumeur de Wilms ou un sarcome d'Ewing et, dans ce cas, l'association comporte, outre les drogues citées ci-dessus, la vincristine et la dactinomycine. Le cisplatine (ou le carboplatine) est aussi fréquemment utilisé.
Les DSRCT sont des tumeurs chimiosensibles : une réponse partielle et même une rémission complète sont parfois obtenues, mais la rechute est généralement la règle. La radiothérapie a été rarement utilisée dans le traitement des DSRCT. La dissémination tumorale à l'ensemble de la cavité abdominale et la grande radiosensibilité des organes intra-abdominaux limitent l'usage de ce traitement dans un but curatif. Gerald et al. ont rapporté en 1991 un cas de DSRCT traité avec succès par une association de 5-fluoro-uracile et une radiothérapie externe. Le patient a eu une rémission complète avec un recul de 42 mois [26]. La radiothérapie interne n'a pas été utilisée. Cependant, Merchant et al. ont tenté une curiethérapie à haut débit dans un cas de DSRCT à localisation médiastino-péricardique. Le résultat a été décevant et la patiente est décédée de la toxicité cumulée des différents traitements qu'elle a reçus [28].
Certaines grandes lignes du traitement méritent d'être soulignées : une chirurgie première et maximaliste est toujours recommandée et une chimiothérapie à forte dose, qui peut être adjuvante ou néo-adjuvante, est de principe [20, 29, 30]. Si la chirurgie est impossible en première intention, un second look doit être préconisé après chimiothérapie. Une radiothérapie peut être envisagée sur les sites résiduels [11, 17, 20, 27, 30].
Malgré cette approche multidisciplinaire, le pronostic des DSRCT reste particulièrement sombre avec une moyenne de survie de 23 mois et des extrêmes allant de 1 mois à 6 ans [10, 16].

Conclusion

Les DSRCT sont des tumeurs rares, extrêmement agressives. Elles touchent avec prédilection les adolescents de sexe masculin. Leur localisation la plus fréquente est intra-abdominale, plus particulièrement pelvienne. Leur extension est essentiellement locorégionale. Elles sont caractérisées par un grand polymorphisme histologique, d'où la nécessité d'une étude immunohistochimique et cytogénétique appropriée afin de poser le diagnostic avec certitude. Seule une prise en charge multidisciplinaire associant une chirurgie d'exérèse, une chimiothérapie et éventuellement une radiothérapie peut améliorer le pronostic de cette tumeur qui reste particulièrement sombre. n

Références

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