ARTICLE
Les recommandations présentées s'appuient
sur le travail réalisé pendant 18 mois par un groupe d'experts
réunis par l'Inserm à la demande de la Fédération
nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC). Le groupe a
travaillé selon la méthodologie de l'expertise collective
Inserm, à partir d'une documentation internationale de plus de
3 500 articles relative à la génétique des cancers
du sein et de l'ovaire, à leur prise en charge et aux modalités
d'organisation de cette dernière. L'analyse de la littérature
a été réalisée jusqu'en mai 1977 et le texte
finalisé en septembre 1997.
Le rapport complet de plus de 600 pages est disponible aux Éditions
Inserm [1]. L'Inserm et la FNCLCC désirent assurer une diffusion
la plus large possible de ces recommandations. Ce document a été
publié en langue anglaise [2] et soumis à plusieurs revues
françaises couvrant un large champ de spécialités.
Le texte publié dans le Bulletin du Cancer ne comporte que
la partie prise en charge des conclusions et ne reprend ni la partie «
Épidémiologie clinique et génétique »
ni la partie « Consultations ».
L'ensemble des experts et les commanditaires de l'expertise ont d'emblée
été conscients de la difficulté à obtenir
un consensus portant sur tous les aspects de la prise en charge dès
lors que l'on a affaire à une pratique médicale qui n'est
pas encore évaluée. En effet, il s'agit d'un domaine encore
trop neuf pour que des standards aient pu d'ores et déjà
être établis. Toutefois, le travail de réflexion et
d'analyse des références disponibles et la rédaction
de recommandations sont apparus comme nécessaires dans le but d'éviter
des pratiques médicales non homogènes, mal évaluées
et sans références communes.
Ce texte est destiné essentiellement à la communauté
médicale amenée à prendre en charge les personnes
ayant un risque accru, d'origine génétique, de développer
un cancer du sein ou de l'ovaire. De ce fait, il prend avant tout en considération
les données médicales, mais entend attirer l'attention des
médecins sur le fait que cette pratique qui n'est pas encore bien
définie se heurte à un certain nombre d'incertitudes et
de difficultés.
Celles-ci concernent tout d'abord les femmes venues consulter un oncogénéticien
: si l'information pour celles d'entre elles qui ne sont pas porteuses
de l'anomalie génétique incriminée peut être
rassurante, tel n'est pas le cas pour celles qui ont hérité
de l'anomalie. Pour ces dernières, se pose la question des possibilités
qui leur sont offertes de la prise en charge non pas d'une maladie avérée
[3], mais d'un risque de la développer.
En outre, la confirmation, voire l'établissement du diagnostic,
nécessitent parfois la collaboration des membres de la famille
; ceux-ci vont être impliqués dans un processus médical
sans en avoir eu l'initiative. Une telle collaboration ne va pas de soi
dans la mesure où ils ne sont pas à l'origine de la demande.
À la différence de la médecine traditionnelle centrée
sur la personne soignée et/ou prise en charge, ce type de médecine,
mobilisant des tiers étrangers à la relation initiale, est
susceptible de mettre en jeu des intérêts contradictoires.
Les médecins défendant l'intérêt de leurs patients
ne peuvent pas résoudre seuls ce type de contradiction.
À ces difficultés s'ajoute le fait que les prises en charge
proposées ne peuvent actuellement plus être considérées
comme des activités de pure recherche, sans toutefois constituer
une pratique médicale établie. Aussi les médecins
doivent-ils tenir compte pour cette pratique à la fois des règles
qui régissent la recherche et de celles qui concernent les soins.
Enfin, les effets psychologiques d'une telle démarche doivent être
pris en considération avec la plus grande attention tant en ce
qui concerne les consultantes que les membres de la famille qui peuvent
être sollicités par la suite.
Les auteurs, membres du groupe d'expertise dans leur diversité
de compétences, de formations et d'expérience, se sont efforcés
de prendre en compte les particularités des problèmes posés
par la prise en charge des risques d'origine héréditaire
participant à la genèse de pathologies mettant en jeu le
pronostic vital. Au sein de ce groupe, les membres ont été
amenés à défendre des priorités différentes,
et même parfois opposées, à titre d'exemples :
- assurer une prévention/éviter les complications de la
prise en charge ;
- agir immédiatement sans certitude/attendre parfois longtemps
des certitudes ;
- défendre l'intérêt de la personne qui consulte/respecter
et ne pas nuire aux membres de la famille...
La résolution de ces oppositions n'a pas été
toujours possible et demandera du recul sur ces pratiques.
Les recommandations qui sont issues de ce texte entendent constituer des
points de repère définissant ce qui, selon ce groupe d'experts,
est aujourd'hui acceptable.
Les auteurs de ce rapport d'expertise collective Inserm-FNCLCC souhaitent
que tous les intervenants impliqués dans l'oncogénétique
soient conscients qu'il est fondamental de respecter le choix des individus.
Pour cela, il faut insister sur le rôle central qu'occupent les
processus d'information des personnes concernées [4]. Les médecins
doivent s'assurer de la compréhension des informations qu'ils délivrent
[5] et tenir compte de leur retentissement psychologique aux niveaux personnel,
familial et social.
L'incertitude sur l'efficacité des interventions médicales
étant majeure, ce document n'a que partiellement répondu
aux questions sur ce qu'il faut faire mais a voulu fortement détailler
les critères permettant de proposer des interventions et les conditions
de réalisation de ces dernières lorsqu'elles sont acceptées.
Principes généraux
Dans le contexte d'incertitude majeure dans lequel se
prennent les décisions, il convient de mettre l'accent sur :
- la prudence nécessaire qui doit accompagner toutes les communications
auprès des médias non médicaux ;
- l'information des personnes susceptibles d'être impliquées
dans la prise en charge du risque génétique et ce, à
tous les stades (avant la consultation, avant la prise de sang, avant
la transmission des résultats et lors des choix de prise en charge)
;
- la formation de tous les acteurs susceptibles d'être impliqués
dans la prise en charge des personnes potentiellement à risque
accru (sur des arguments épidémiologiques ou biologiques).
La distinction majeure porte sur l'état de la
personne qui consulte : atteinte ou non atteinte de pathologie tumorale.
Dans la mesure où les médecins sont peu formés à
une relation de soins qui ne serait que préventive, il est souhaitable
qu'ils intègrent les spécificités de cette relation
centrée sur l'identification d'un risque plus que sur le diagnostic
d'une pathologie, sur une gestion à long, voire à très
long terme, sur l'information et le choix éclairé de la
personne, et, dans le cadre de la génétique, sur la mobilisation
indirecte de personnes non présentes lors de la consultation (enfants,
parents au sens large...).
Une distinction doit également être faite entre une approche
de santé publique valorisant l'analyse de l'efficacité globale
et une pratique de médecine individuelle dans laquelle la prise
en charge de la personne joue un rôle primordial. Dans le cadre
de cette expertise, les questions les plus aiguës relèvent
de la pratique individuelle.
Recommandations sur la prise
en charge
Ces recommandations sont proposées dans l'état
actuel des connaissances. Un comité de suivi sera chargé
de les actualiser annuellement. Sauf précision particulière,
elles concernent les femmes dont le risque génétique a été
identifié au niveau individuel par des analyses de biologie moléculaire.
Pour guider la décision, trois catégories sont définies
à partir de deux seuils : un seuil au-delà duquel la procédure
est envisagée (avec parfois un sous-groupe où l'intervention
est recommandée 1), un seuil en deçà duquel
l'intervention est rejetée, la troisième catégorie
est une catégorie intermédiaire où les décisions
seront individualisées. Ces trois groupes permettent d'éviter
les effets frontières trop abrupts. Les principales recommandations
sont résumées dans la figure 1.
Quelles que soient les positions ici décrites, c'est la personne
intéressée qui joue le rôle le plus important dans
le choix des différentes stratégies de prise en charge.
Les médecins ont un devoir d'information et de conseil en s'aidant
des recommandations ici présentées.
Pour les femmes indemnes de pathologie cancéreuse
La contraception orale, dans l'état actuel des
connaissances, n'est pas contre-indiquée en raison de l'existence
d'un risque génétique, de même que le traitement hormonal
substitutif. Une attention particulière doit être cependant
apportée concernant les informations sur les avantages et les inconvénients
de telles médications [6-8]. Comme pour les cancers sporadiques,
il est sans doute préférable d'éviter de provoquer
une hyperstrogénie et donc de choisir à la fois la
contraception orale et le traitement hormonal substitutif en tenant compte
de la composition, des dosages et du type de molécules.
Il est aussi sans doute préférable de limiter le nombre
des stimulations ovariennes, notamment pour la fécondation médicalement
assistée, en cas de risque génétique établi
de cancer de l'ovaire.
Stratégies de prévention primaire
du cancer du sein
La prévention portant sur le mode de vie apparaît
à ce jour à la fois illégitime (par exemple conseiller
une grossesse précoce...) et sans fondement scientifique suffisant
(par exemple conseiller un régime particulier...) [9]. Cependant,
des informations sur les possibilités de chirurgie prophylactique
ovarienne après 40 ans doivent être données aux femmes
afin qu'elles puissent décider au mieux de leur projet parental
avec leur conjoint ou compagnon.
L'utilisation du tamoxifène en préménopause n'est
pas retenue comme outil de prévention primaire. La raison principale
est la stimulation ovarienne secondaire à la prise de cette molécule
en situation préménopausique [10]. Cette utilisation pourrait
être envisagée après la ménopause, mais cette
option n'est pas recommandée à ce jour en raison du nombre
déjà important de femmes ayant une mutation, atteintes de
cancer avant 50 ans (plus de 50 %), du risque non évalué
de cancer iatrogénique de l'endomètre dans cette population
et de l'existence d'essais internationaux en cours dont les résultats
sont toujours l'objet de controverses [11].
La prévention hormonale par d'autres agents de chimioprévention
n'est pas recommandée en essai clinique, car les bases scientifiques
actuelles n'apparaissent pas suffisantes ou sont controversées.
Une recherche préclinique est souhaitable.
Stratégies de dépistage du cancer
du sein (en dehors de l'imagerie)
L'autopalpation n'est pas recommandée à
titre systématique [12] en raison à la fois de son efficacité
non démontrée [13] et du report sur les femmes suivies d'une
part de responsabilité dans leur prise en charge. En revanche,
les femmes qui souhaitent assurer une autopalpation doivent bénéficier
d'un apprentissage guidé.
Un examen clinique des seins [14] par un médecin devrait être
pratiqué 2 ou 3 fois par an dès l'âge de 20 ans. Un
examen clinique des seins très attentif doit également être
réalisé systématiquement dès la première
visite de grossesse, au cours des suivantes et en postpartum.
Les médecins devraient encourager les femmes à ne pas négliger
certains symptômes (nodules, déformations...) ; cette attitude
est également valable pour les femmes dont le risque héréditaire
n'a pu être confirmé ou infirmé par une analyse de
biologie moléculaire.
Aucun marqueur sérique ne doit être proposé à
ce jour en dehors d'un protocole d'évaluation.
Stratégies de dépistage
du cancer du sein par imagerie
Concernant la prescription de dépistage mammographique
systématique, aucune donnée n'existe sur une éventuelle
efficacité d'une telle stratégie pour les femmes ayant un
risque génétique [15] ; cependant, cette option paraît
justifiée (malgré les hypothèses parfois avancées
de risque de cancers radio-induits [16]) avec une préférence
pour les règles suivantes :
* Planification : âge de début 30
ans et éventuellement plus tôt selon l'histoire familiale
(cas très précoce) ou individuelle (anomalie clinique) ;
une mammographie pourrait être pratiquée avant une grossesse
si cette dernière était prévue et dans les 6 mois
du postpartum ; mammographie annuelle couplée à un examen
clinique ; cette surveillance doit être poursuivie tant que le gain
espéré n'est pas compromis par l'espérance de vie
limitée des femmes suivies (pathologie ou vieillissement).
* Organisation et techniques utilisées :
comparaison des clichés antérieurement réalisés
; deux incidences par sein 1 (face et oblique externe [17])
; première lecture immédiate permettant de décider
d'une incidence supplémentaire ou d'une échographie ; l'échographie
doit être systématique si la mammographie est jugée
insuffisante ou chez une femme, qui n'a pas atteint l'âge du dépistage
mammographique, pour évaluer une anomalie clinique ; deuxième
lecture systématique [18] ; l'IRM ne peut être utilisée
seule et doit faire l'objet de protocoles évaluatifs [19] ;
les examens doivent être pratiqués dans des centres ayant
une expérience et une pratique suffisantes des examens sénologiques
et ayant adhéré à un centre assurant le contrôle
de qualité ; en cas d'anomalie douteuse (catégories
3 à 5 de l'American College of Radiology), la décision d'effectuer
une biopsie ou de surveiller doit être prise de manière collégiale.
* Indications : les femmes ayant une anomalie
constatée par des analyses de biologie moléculaire ; en
ce qui concerne les femmes pour lesquelles il n'est pas possible d'obtenir
cette information, il est utile de proposer une surveillance de cette
nature à celles qui ont plus de 20 % de risque de développer
un cancer du sein. Il n'est pas justifié de la proposer aux femmes
qui ont un risque tumoral inférieur à 10 % (moins de 5 %
de risque d'avoir une anomalie génétique constitutionnelle).
Ces dernières doivent se voir proposer les stratégies standard
de prise en charge.
* Procédure : les femmes auxquelles cette
stratégie est proposée doivent être informées
: que malgré l'absence de certitude concernant son efficacité,
cette procédure est jugée capable de réduire la mortalité
due au cancer du sein ; que le dépistage doit être régulier
pour être efficace ; qu'une anomalie clinique perçue même
quelques temps après un examen de dépistage normal est une
raison suffisante pour consulter un médecin qui jugera de l'opportunité
de réaliser ou non à nouveau un examen d'imagerie ; que
certaines équipes craignent une augmentation des cancers radio-induits.
Stratégies de chirurgie prophylactique pour
le cancer du sein
Il est rappelé qu'il s'agit d'une mutilation
(un sein reconstruit ne sera jamais un vrai sein) et que cette intervention
n'est justifiée que si elle présente un intérêt
thérapeutique 1. La détermination de ce dernier
relève de l'appréciation du médecin et donc de sa
responsabilité propre. La demande d'une patiente de procéder
à une telle intervention est en soi insuffisante pour la légitimer.
En revanche, les médecins doivent recueillir, préalablement
à l'intervention, le consentement de la femme.
La protection apportée par la chirurgie prophylactique mammaire
n'est pas absolue [20, 21]. Cette information, ainsi que la fréquence
et la nature des conséquences doivent être précisées
aux femmes chez qui ce geste chirurgical est envisagé. Le groupe
d'experts est opposé à cette pratique dans toutes les conditions
suivantes : femme de moins de 30 ans ou risque tumoral inférieur
à 20 %. Cependant, la chirurgie prophylactique peut être
réalisée (mais n'est jamais préconisée) uniquement
chez des femmes ayant un risque tumoral supérieur ou égal
à 60 % (ayant une mutation pathogène identifiée).
En effet, en l'absence de protocole de chimioprévention aujourd'hui
disponible, accepter uniquement une stratégie de dépistage,
c'est accepter qu'environ 80 % des femmes suivies auront un cancer
et que, dans l'hypothèse d'une réduction de mortalité
(hypothétique) de l'ordre de 30 à 50 % 2 obtenue
par un dépistage, tel que décrit ici, environ 20 %
des femmes seraient amenées à mourir d'un cancer du sein.
Si un geste chirurgical est envisagé, il est indispensable de satisfaire
aux critères suivants :
1. que la décision soit prise de façon collégiale
pluridisciplinaire ;
2. qu'aucune pathologie grave associée ne réduise l'espérance
de vie de la personne ;
3. qu'une information soit faite auprès de la personne sur les
alternatives possibles, leur efficacité et les inconvénients
attendus ;
4. qu'une consultation auprès d'un psychologue clinicien intégré
dans l'équipe pluridisciplinaire soit proposée, étant
donné les difficultés psychologiques liées à
ce geste 3, et ce d'autant plus que le risque d'avoir une mutation
est faible ;
5. qu'un délai de réflexion d'au moins 6 mois soit respecté
;
6. que soient respectées les procédures techniques : mastectomie
totale bilatérale avec proposition de reconstruction de bonne qualité
immédiate ;
7. que soient respectées les recommandations de l'Andem concernant
les implantations de prothèses mammaires [22] ;
8. qu'un suivi psychologique et d'évaluation soit proposé
à la patiente.
Stratégies de dépistage du cancer
de l'ovaire
À partir de l'âge de 35 ans : un examen
pelvien clinique bi-annuel est préconisé ; une échographie
endovaginale, incluant la technique de Doppler pulsé, peut être
réalisée de manière annuelle (de préférence
dans un cadre évaluatif), en début de cycle pour les femmes
non ménopausées ; l'utilisation des marqueurs sériques
comme le CA125 n'est pas préconisée en dehors d'un protocole
de recherche.
Stratégies de chirurgie prophylactique pour
le cancer de l'ovaire
Il est rappelé qu'il s'agit d'une mutilation
et que cette intervention n'est justifiée que si elle présente
un intérêt thérapeutique. La détermination
de ce dernier relève de l'appréciation du médecin
et donc de sa responsabilité propre. La demande d'une patiente
de procéder à une telle intervention est en soi insuffisante
pour la légitimer. En revanche, les médecins doivent recueillir,
préalablement à l'intervention, le consentement de la femme.
La protection apportée par la chirurgie prophylactique ovarienne
n'est pas absolue [23]. Cette information, ainsi que la fréquence
et la nature des conséquences doivent être précisées
aux femmes chez qui ce geste chirurgical est envisagé.
Le groupe d'experts est opposé à cette pratique dans toutes
les conditions suivantes : femme de moins de 35 ans ou femme de moins
de 40 ans sans enfant ou risque tumoral (cancer de l'ovaire) inférieur
à 5 %.
La chirurgie prophylactique ovarienne est recommandée dans la situation
suivante : personne ayant un risque tumoral supérieur à
40 % et ayant eu le nombre d'enfants qu'elle souhaitait avoir et existence
d'arguments cliniques ou génétiques évoquant la possibilité
d'un syndrome sein-ovaire.
Il est envisageable de réaliser ce geste dans la situation suivante
: risque tumoral supérieur à 20 % et femme ayant eu
le nombre d'enfants qu'elle souhaitait avoir et existence d'arguments
cliniques ou génétiques évoquant la possibilité
d'un syndrome sein-ovaire.
Quand un geste chirurgical est envisagé, il est indispensable de
demander l'accord explicite de la personne concernée dans le respect
de son autonomie et il est nécessaire que soient respectés
tous les critères suivants :
1. que la décision soit prise dans un cadre pluridisciplinaire
;
2. qu'aucune pathologie grave associée ne réduise l'espérance
de vie de la personne ;
3. qu'une information soit faite auprès de la personne sur les
alternatives, leur efficacité et les inconvénients attendus
;
4. qu'une consultation auprès d'un psychologue clinicien intégré
dans l'équipe pluridisciplinaire soit proposée, étant
donné les difficultés psychologiques liées à
ce geste, et ce d'autant plus que le risque d'avoir une mutation est faible
;
5. que soit respecté un délai de réflexion d'au moins
3 mois ;
6. que soient respectées les procédures techniques suivantes
: clioscopie [24] sauf contre-indication. L'intervention doit débuter
par une exploration soigneuse de toute la cavité abdominale : l'épiploon
doit être exploré dans son ensemble. Le liquide souvent spontanément
présent dans le cul-de-sac de Douglas doit être prélevé
pour examen cytologique. Les ovaires doivent être examinés
de près grâce au pouvoir grossissant de l'endoscope. L'objectif
de la chirurgie est d'enlever largement l'annexe pour éviter le
phénomène de l'ovaire rémanent. L'extraction doit
se faire sous la protection d'un sac endoscopique afin d'éviter
le contact de la surface de l'ovaire avec la paroi abdominale. Dans certains
cas, une hystérectomie peut être envisagée en raison
d'une pathologie utérine associée. L'examen histologique
doit être fait avec une grande attention pour éliminer une
néoplasie microscopique [25] ;
7. qu'un suivi psychologique et une procédure d'évaluation
soient proposés à la patiente.
Par ailleurs, un traitement hormonal substitutif est
préconisé en respectant les précautions décrites
plus haut.
Position de principe
Malgré l'absence d'argument scientifique définitif
sur l'efficacité des prises en charge médicales, la position
du groupe est que l'absence de prise en charge spécifique des femmes
à haut risque n'est pas acceptable.
Le niveau minimal doit comporter : un suivi médical fréquent,
une possibilité de soutien psychologique et un suivi mammographique
différent de celui des femmes sans risque génétique.
Le niveau souhaitable est celui de procédures définies par
un protocole écrit et bénéficiant de procédures
d'évaluation régulières.
Recommandations sur la prise en charge initiale
des femmes atteintes de cancer du sein
* Chirurgie. Concernant les indications respectives
de mastectomie et de chirurgie conservatrice, il n'existe pas assez d'informations
pour orienter les pratiques mais en tout état de cause les indications
de mastectomie seront sans doute plus fréquentes dans cette situation
que dans les cas sporadiques. L'ovariectomie prophylactique est recommandée
selon les procédures précédemment décrites
dans les situations suivantes : le cancer du sein n'a pas un mauvais pronostic
; il s'agit d'un syndrome familial sein-ovaire ou d'une mutation particulière
dans un syndrome clinique sein seul.
* Traitement adjuvant. Aucune modification n'a
été envisagée concernant les indications de thérapie
adjuvante, ni pour la chimiothérapie, ni pour l'hormonothérapie.
* Prise en charge secondaire. On peut considérer
que les indications de dépistage pour le sein controlatéral
sont proches de celles retenues pour une femme à risque génétique
indemne de cancer. Une mastectomie controlatérale ne peut être
envisagée à titre préventif que si le traitement
de la tumeur a été une mastectomie totale.
Recommandations sur la prise en charge initiale
des femmes atteintes de cancer de l'ovaire
Aucune modification des pratiques existantes n'a été
retenue pour ce groupe de patientes.
Les recommandations présentées ci-dessus concluent le travail
d'expertise collective Inserm et s'appuient sur la littérature
internationale publiée jusqu'en mai 1997.
CONCLUSION
Remerciements
Aux experts consultés sur des chapitres du
rapport : Mme Bonaiti (généticienne, directeur de recherche
Inserm U. 351, IGR, Villejuif), M. Buy (gynécologue, professeur
des Universités, Hôtel-Dieu, Paris), Mme Cachelou (DIC-DOC
Inserm), Mme Chenu (SC15 Inserm), Mme Demenais (généticienne,
directeur de recherche Inserm U. 358, Hôpital Saint-Louis, Paris),
Mme Dostatni (ingénieur de recherche Inserm, SC12, Centre de documentation
sur la bioéthique, Paris), M. Duby (directeur scientifique, UAP,
Paris), Mme Gabrseck (SC15 Inserm), M. Guillaumet (SC02 Inserm), Mme Julian-Reynier
(épidémiologiste, chargée de recherche Inserm U.
379, Institut Paoli-Calmettes, Marseille), Mme Koeger (rhumatologue, praticien
hospitalier, Hôpital de la Salpêtrière, Paris), Mme
Lehmann (psychanalyste, activité libérale IGR, Paris), M.
Moatti (économiste, directeur de recherche Inserm U. 379, Institut
Paoli-Calmette, Marseille), M. Petit (chirurgien, European Institute of
Oncology, Milan, Italie), M. Petoin (chirurgien-plasticien, praticien
hospitalier Paris), M. Pujol (chirurgien, président de la FNCLCC,
Clinique Val-d'Aurelle, Montpellier), Mme Sancho-Garnier (épidémiologiste,
professeur des Universités, CRLCC Val-d'Aurelle, Montpellier),
M. Serin (oncologue, activité libérale, Clinique Sainte-Catherine,
Avignon), M. Schaffer (santé publique, professeur des Universités,
Faculté de médecine, Strasbourg), M. Tosi (biologiste moléculaire,
chef de laboratoire, Inserm U. 276, Institut Pasteur, Paris). Aux experts
consultés sur l'ensemble du rapport : Mme Herzlich (sociologue,
CNRS, Paris), M. Hoerni (cancérologue Institut Bergonié,
Bordeaux), Mme Junien (pharmacien généticien, Hôpital
Necker, Paris), M. Mattei (généticien, Hôpital Timone,
Marseille), M. Soubrier (généticien, Hôpital Saint-Louis,
Paris).
Financement de l'étude : Budget de
800 000 F, financé par l'Inserm, la FNCLCC, la Ligue nationale
contre le cancer, les comités départementaux de la Ligue
contre le cancer (Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Seine-et-Marne) et
le ministère des Affaires sociales (programme SOR).
Ce texte est publié avec l'autorisation de
Kluwer Academic Publishers.
REFERENCES
1. Inserm-FNCLCC. Risques héréditaires de cancers
du sein et de l'ovaire. Quelles prises en charge ? Paris : Inserm,
1998.
2. Eisinger F, Alby N, Bremond A, Dauplat J, Espiè M,
Janiaud P, et al. Recommendations for medical management of hereditary
breast and ovarian cancer : the French National ad hoc Committee. Ann
Oncol 1998 ; 9 : 939-50.
3. Jonsen AR, Durfy SJ, Burke W, Motulsky AG. The advent of the
« unpatients ». Nature Med 1996 ; 2 : 622-4.
4. Etchells E, Sharpe G, Burgess MM, Singer PA. Bioethics for
clinicians : 2. Disclosure. Can Med Assoc J 1996 ; 155 : 387-91.
5. Sutherland HJ, Lockwood GA, Tritchler DL, Brooks L, Till JE.
Communicating probabilistic information to cancer patients : is there
« noise » on the line ? Soc Sci Med 1991 ; 32 : 725-31.
6. American College of Physicians. Guidelines for counseling
postmenopausal women about preventive hormone therapy. Ann Intern Med
1992 ; 117 : 1038-41.
7. Colditz GA, Giovannucci E, Grodstein F, Hankinson S, Hennekens
C, Hunter D, et al. Oral contraceptive use and mortality during
12 years of follow-up : The nurses' health study. Ann Intern Med
1994 ; 120 : 821-6.
8. Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer.
Breast cancer and hormonal contraceptives : collaborative reanalysis of
individual data on 53 297 women with breast cancer and 100 239 women without
breast cancer from 54 epidemiological studies. Lancet 1996 ; 347
: 1713-27.
9. Hunter D, Willett W. Diet, body size, and breast cancer. Epidemiol
Rev 1993 ; 15 : 110-31.
10. Sherman B, Chapler F, Crickard K, Wycoff D. Endocrine consequence
of continous antiestrogen therapy with tamoxifen in premenopausal women.
J Clin Invest 1979 ; 64 : 3984-4004.
11. Pritchard K. Is tamoxifen effective in prevention of breast
cancer ? Lancet 1998 ; 352 : 80-1.
12. Wald N, Chamberlain J, Hackshaw A. Report of the European
Society for Mastology breast cancer screening evaluation committee. Breast
1993 ; 2 : 209-16.
13. Auvinen A, Elovainio L, Hakama M. Breast self examination
and survival from breast cancer. A prospective follow-up study. Breast
Cancer Res Treat 1996 ; 38 : 161-8.
14. Hayward RSA, Steinberg EP, Ford DE, Roizen MF, Roach KW.
Preventive care guidelines : 1991. Ann Intern Med 1991 ; 114 :
758-83.
15. Vasen HF. Screening in breast cancer families : is it useful
? Ann Med 1994 ; 26 : 185-90.
16. Den Otter W, Merchant T, Beijerinck, Koten J. Breast cancer
induction due to mammographic screening in hereditary affected women.
Anticancer Res 1996 ; 16 : 3173-6.
17. Wald N, Murphy P, Major P, Parkes C, Townsend J, Frost C.
UKCCCR multicentre randomised controlled trial of one and two view mammography
in breast cancer screening. Br Med J 1995 ; 311 : 1189-93.
18. Thurfjell E, Lernevall K, Taube A. Benefit of independent
double reading in a population-based mammography screening program. Radiology
1994 ; 191 : 241-4.
19. Eyre H, Sondik E, Smith R, Kessler L. Communication from
the American Cancer Society, the National Cancer Institute and the International
Union Against Cancer. Joint meeting on the feasibility of a study of screening
premenopausal women (40-49 years) for breast cancer : april 20-21 1994.
Cancer 1995 ; 75 : 1391-403.
20. Ziegler L, Kroll S. Primary breast cancer after prophylactic
mastectomy. Am J Clin Oncol 1991 ; 14 : 451-4.
21. Biesecker BB, Boehnke M, Calzone K, Markel DS, Garber JE,
Collins FS, et al. Genetic counseling for families with inherited
susceptibility to breast and ovarian cancer. JAMA 1993 ; 269 :
1970-4.
22. Nguyen M, Lairy G, Fleurette M. Les implants mammaires emplis
de gel de silicone. Paris : Andem, 1996.
23. Struewing JP, Watson P, Easton DF, Ponder BA, Lynch HT, Tucker
MA. Prophylactic oophorectomy in inherited breast/ovarian cancer families.
J Natl Cancer Inst Monogr 1995 : 33-5.
24. Casey M, Bewtra C, Garcia-Padial J, Lynch H. Laparascopic
examination and assisted bilateral salpingo-oophorectomy hysterectomy
for prophylactic removal of the ovaries and uterus in women at genetic
risk for ovarian cancer. J Gynecol Tech 1995 ; 1 : 111-4.
25. Salazar H, Godwin AK, Daly MB, Laub PB, Hogan WM, Rosenblum
N, et al. Microscopic benign and invasive malignant neoplasms and
a cancer-prone phenotype in prophylactic oophorectomies. J Natl Cancer
Inst 1996 ; 88 : 1810-20.
|