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Quinze ans se sont écoulés depuis la publication
de la première série d'intensifications thérapeutiques
par melphalan à haute dose (HDM) dans le myélome [1]. Le
but de cette revue est de faire le point sur l'utilisation de ce traitement
dans cette indication en 1998 sans aborder la question de l'allogreffe
de moelle. Il ne sera pas non plus question de l'utilisation d'autres
agents alkylants comme le BCNU, le cyclophosphamide ou le busulphan dont
le ratio efficacité/toxicité n'est pas supérieur
à celui du melphalan [2].
Bergel et Stock [3] ont synthétisé le melphalan en 1953
à partir d'une moutarde azotée, en substituant à
un groupe méthyle l'acide aminé phénylalanine. Leur
intention était de traiter des tumeurs utilisant largement la phénylalanine
ou la tyrosine comme le mélanome malin. L'isomère lévogyre,
L-PAM, considéré comme le plus actif, fut développé
et fut nommé melphalan. Cet agent alkylant, initialement utilisé
pour traiter des tumeurs solides, fut rapidement testé en hématologie.
En 1969, Alexanian et al. [4] rapportent que l'association MP (melphalan
prednisone, per os 4 jours par mois toutes les 6 semaines) donne
50 à 60 % de réponses chez des patients porteurs de myélome.
Le taux de rémissions complètes au décours de ce
traitement est de 5 % avec une durée médiane de réponse
inférieure à 18 mois et une survie médiane de 30
mois. Depuis, de nombreuses associations de chimiothérapie ont
été comparées à l'association MP. En 1992,
une méta-analyse a résumé les résultats de
18 études randomisées incluant 3 814 patients comparant
des polychimiothérapies à dose conventionnelle à
MP [4]. Elle montre malheureusement qu'en termes de survie aucune autre
chimiothérapie conventionnelle n'est supérieure à
l'association MP. En trente ans, peu de progrès ont donc été
enregistrés en matière de chimiothérapie conventionnelle.
En revanche, il a été montré qu'il existe un effet
dose-réponse incontestable après administration de melphalan.
En 1973, un auteur japonais rapporte un cas de survie prolongée
chez un patient porteur de myélome multiple traité par haute
dose de melphalan seul par voie intraveineuse [5]. Dix ans plus tard,
McElwain et Powles [1] publient la première série de traitements
par HDM par voie intraveineuse. Ils rapportent 9 cas de myélome
ou de leucémie à plasmocytes réfractaires à
la chimiothérapie conventionnelle traités par HDM avec obtention
de trois réponses complètes et une survie prolongée.
Cette étude suggère pour la première fois que les
doses de melphalan utilisées par voie intraveineuse pourraient
être supérieures aux doses conventionnelles utilisées
per os en induisant davantage de réponses complètes.
D'autres auteurs, en Europe comme aux États-Unis, vont ensuite
confirmer l'obtention de réponse après HDM chez des patients
réfractaires ou en rechute après traitement conventionnel
[6, 7]. Dans ces différentes études, les posologies de melphalan
utilisé seul varient de 80 à 140 mg/m2, et on
observe des toxicités essentiellement hématologiques avec
des durées de neutropénie variant de 24 à 36 jours
et des thrombopénies de durées variant de 28 à 40
jours. La mortalité dans ces séries préliminaires
varie de 10 à 20 %.
L'utilisation de facteurs de croissance hématopoïétique
de type GM-CSF [8, 9] ou G-CSF [10] au décours du traitement par
HDM a permis de raccourcir la durée de neutropénie, mais
sans réduction significative de la morbidité infectieuse.
Pour pallier cette toxicité, il a très vite été
envisagé d'associer au HDM la réinjection de cellules souches
hématopoïétiques autologues et Barlogie et al. vont
rapporter successivement en 1986 et 1987 [11-13] les premiers cas de traitement
intensif avec autogreffe de moelle pour myélome traité par
melphalan seul, puis par melphalan en association à une irradiation
corporelle totale (ICT).
Autogreffe de cellules souches
hématopoïétiques
Myélomes réfractaires
Les premières séries d'autogreffes pour
myélome réfractaire vont montrer une inefficacité
pour les rechutes réfractaires alors que les patients réfractaires
primaires semblent sensibles à l'intensification thérapeutique.
Jagannath et al. [14] rapportent 0 % de réponse pour les
patients porteurs de rechute réfractaire et une survie médiane
de 6 mois après un conditionnement associant une ICT à 8
Gy et du melphalan à 140 mg/m2 (HDM140), alors que les
patients réfractaires primaires répondent à ce traitement
intensif avec un taux de rémissions complètes chiffré
à 30 % et une survie médiane de 53 mois. Cunningham et
al. [15] rapportent également une efficacité de l'autogreffe
conditionnée par du melphalan à 200 mg/m2 seul
(HDM200) avec 75 % de réponses pour les réfractaires primaires
et une survie de 63 % à 53 mois chez des patients qui n'avaient
pas répondu à 5 cures de chimiothérapie de type VAMP.
Alexanian et al. [16] confirment que tout patient autogreffé
tardivement pour un myélome réfractaire depuis au moins
un an à une chimiothérapie conventionnelle ne tire aucun
bénéfice de l'autogreffe. Ils ont comparé rétrospectivement
23 patients réfractaires au VAD depuis plus d'un an traités
par autogreffe et conditionnés par HDM140 plus ICT à 8 Gy
à 33 patients témoins également réfractaires
mais traités uniquement par du VAD. La survie et la survie sans
événement sont strictement comparables chez les patients
n'ayant pas reçu de traitement intensif et chez ceux qui ont reçu
une autogreffe. Le groupe de Little Rock [17] tempère ce type de
résultat en montrant que même les rechutes réfractaires
peuvent être rattrapées par l'intensification thérapeutique
pourvu que celle-ci soit administrée sous la forme d'une double
autogreffe. Vesole et al. [18] ont comparé trois groupes
de patients porteurs de myélome réfractaire. Le premier
est traité par melphalan à 100 mg/m2 sans
support d'autogreffe, le deuxième est conditionné par une
ICT à 8,5 Gy plus HDM140 suivi d'une autogreffe, enfin le troisième
groupe est traité par une double autogreffe conditionnée
les deux fois par melphalan à 200 mg/m2. Cette étude
incluant 135 malades confirme que les patients réfractaires primaires
ne répondent pas à du melphalan à 100 mg/m2
avec un pourcentage de réponses complètes de l'ordre de
8 % et une survie médiane de 7 mois alors que les réfractaires
primaires traités par une seule greffe après ICT et HDM140
ont une survie médiane de 66 mois et que ceux traités par
deux greffes après HDM200 ont une médiane de survie qui
n'est pas atteinte à 43 mois. D'une manière plus intéressante,
les rechutes réfractaires ne répondent absolument pas au
melphalan 100 mg/m2 sans greffe, ni à une ICT plus HDM140
(survie médiane 7 mois), mais, lorsque les patients reçoivent
une double intensification thérapeutique par HDM200, la survie
médiane est à 21 mois et la survie sans événement
est en médiane à 17 mois.
Ces différentes études sur les myélomes réfractaires
montrent que les traitements par HDM200 ou HDM140 plus ICT suivie d'autogreffe
sont une indication solide d'intensification thérapeutique pour
les patients réfractaires primaires, avec des taux de réponses
de l'ordre de 50 à 70 %, des taux de rémissions complètes
de l'ordre de 5 à 20 % et une survie médiane supérieure
à trois ans. Pour les rechutes réfractaires, il semble intéressant
d'autogreffer les patients dans des programmes de double greffe en intensifiant
les doses de melphalan. Cela nécessite confirmation par de nouvelles
études. Il est à noter que tant pour les patients réfractaires
primaires que pour ceux en rechute réfractaire nous ne disposons
d'aucune étude randomisée ayant comparé l'intensification
thérapeutique incluant le melphalan à haute dose à
la chimiothérapie conventionnelle.
Myélomes chimiosensibles
La faisabilité de l'intensification thérapeutique
par HDM suivi d'autogreffe chez des patients réfractaires a conduit
à son utilisation lors de phases plus précoces de la maladie
en consolidation d'une première réponse. Depuis 1989, de
nombreuses études monocentriques ont confirmé l'utilité
de tels traitements avec un support autologue constitué soit de
moelle, soit de cellules souches périphériques (CSP), et
un conditionnement utilisant le melphalan à haute dose seul, 140
ou 200 mg/m2, ou en association à une ICT variant de
8 à 12 Gy [14, 18-20]. L'ensemble de ces études monocentriques
montre un taux de réponses variant de 75 à 80 % et un taux
de rémissions complètes de l'ordre de 20 à 40 %.
La survie médiane de ces patients est de l'ordre de 5 ans et la
survie à 3 ans de l'ordre de 80 %. Il est à noter qu'aucune
courbe de survie ou de survie sans rechute ou progression ne montre de
plateau témoignant probablement de l'impossibilité de guérir
des patients par intensification thérapeutique et autogreffe, même
à des phases plus précoces de la maladie. Ce type de résultats
a été confirmé dans des études rétrospectives
multicentriques. L'une des plus importantes a été publiée
par Harousseau et al. en 1995 [21]. Dans ce travail, 133 patients
ont été analysés à partir du registre français
d'autogreffe. Ces malades ont été traités en première
ligne et 103 étaient répondeurs au moment de l'autogreffe.
Le conditionnement a reposé soit sur une ICT, soit sur de la chimiothérapie
seule et les greffons utilisés étaient soit de la moelle,
soit des CSP. Ces données retrouvent un faible taux de décès
toxiques lié à la procédure (inférieur à
4 %), 27 % de rémissions complètes et 71 % de réponses.
Il semble donc qu'à la fois en mono- et en multicentrique l'intensification
thérapeutique précoce avec autogreffe entraîne des
taux de réponses et de rémissions très intéressants.
Il devient alors important de préciser si cette attitude est ou
non supérieure à une chimiothérapie conventionnelle.
Une étude française permet de répondre partiellement
à cette question [22]. Dans ce travail prospectif, 200 patients
porteurs de myélomes de stades II et III ont été
randomisés au moment du diagnostic jusqu'à un âge
de 65 ans entre un traitement par chimiothérapie conventionnelle,
18 cures de VBAP/VMCP espacées de trois semaines, soit un an de
traitement (100 patients), et un traitement par intensification thérapeutique
comprenant initialement 4 cures de VBAP/VMCP suivies d'un recueil d'un
greffon médullaire autologue et puis d'une ICT (8 Gy sur 4 jours)
plus HDM140 avec réinjection du greffon autologue (100 patients).
Dans le bras autogreffe, 74 patients ont pu effectivement recevoir l'intensification
thérapeutique. L'analyse de ce protocole a été faite
en intention de traitement pour la totalité des malades. Les résultats
montrent un taux de réponses très largement en faveur de
l'autogreffe mesuré à 81 % dont 22 % de réponses
complètes contre 57 % de réponses dont 5 % complètes
dans le bras chimiothérapie conventionnelle. La médiane
de survie sans événement est à 27 mois dans le bras
autogreffe contre 18 dans le bras chimiothérapie conventionnelle
et la survie médiane est à 37 mois dans le bras chimiothérapie
conventionnelle et n'est pas atteinte à 60 mois dans le bras autogreffe
avec 52 % de survies à 5 ans. Cette étude est la première
montrant une supériorité de l'intensification thérapeutique
précoce chez des malades porteurs de myélome grave jusqu'à
65 ans en comparaison à une chimiothérapie classique. Néanmoins,
l'analyse plus fine des résultats montre que les patients qui bénéficient
le plus de l'intensification thérapeutique sont ceux d'un âge
inférieur à 60 ans ayant au moment du diagnostic un taux
de ß2-microglobuline bas inférieur à 3.
Il est donc important de définir des facteurs pronostiques de réponse
à l'intensification thérapeutique. L'ensemble des études
dont nous disposons, tant mono- que multicentriques, retrouve globalement
trois facteurs pronostiques directement corrélés à
la survie et à la survie sans événement. Il s'agit
premièrement de la réponse à la chimiothérapie
initiale. Il est important d'obtenir une réponse avant l'autogreffe
jugée sur la base d'une diminution du pic supérieure à
50 %. Les répondeurs au moment de la greffe ont des meilleures
survie et survie sans événement que les non-répondeurs.
La meilleure réponse à l'intensification est également
importante. Les patients qui seront en rémission complète
après une greffe ont une survie supérieure à ceux
qui n'ont qu'une réponse partielle à l'autogreffe. Le deuxième
facteur pronostique important est un paramètre biologique simple
mesuré au diagnostic : le taux de ß2-microglobuline, également
valable pour la chimiothérapie conventionnelle. Le troisième,
plus difficile à obtenir à l'heure actuelle car réservé
aux laboratoires spécialisés, est la cytogénétique.
Le groupe de Little Rock a ainsi montré sur 155 patients traités
de façon homogène par double autogreffe que le facteur pronostique
le plus puissant était l'existence d'anomalies caryotypiques à
type de délétion partielle ou complète du chromosome
13 ou d'anomalies siégeant sur le bras long du chromosome 11 [23].
La signification précise de ces caryotypes défavorables
avec implication d'oncogènes ou de gènes suppresseurs de
tumeur est à l'étude. D'autres facteurs pronostiques ont
également été décrits identifiables dès
le diagnostic : le taux de CRP supérieur à 4, l'âge
supérieur à 60 ans, une plasmocytose médullaire supérieure
à 50 %.
Le meilleur moment dans l'évolution de la maladie pour la réalisation
de l'autogreffe reste à définir : faut-il greffer le plus
vite possible, ou attendre la rechute ou la progression de la maladie
? L'étude MAG 90 tente de répondre à cette question.
Les patients étaient randomisés au diagnostic entre greffe
immédiate et greffe à la rechute ou à la progression.
Il ne semble pas exister de différence en termes de survie globale
entre les deux bras de l'étude [24]. En revanche, une analyse de
la qualité de vie selon l'échelle Twist (time without
symptoms and toxicity) est en faveur de la greffe précoce.
Il semblerait donc, dans l'état actuel des connaissances, que l'intensification
thérapeutique avec autogreffe soit supérieure à la
chimiothérapie conventionnelle, notamment pour les patients de
moins de 60 ans ayant un taux de ß2-microglobuline bas au moment
du diagnostic. La survie des patients étant directement corrélée
à la réponse au traitement, l'amélioration des résultats
de l'intensification thérapeutique doit donc passer par une augmentation
du taux de rémissions complètes. Plusieurs possibilités
sont actuellement explorées pour améliorer ces résultats
: l'utilisation de double intensification thérapeutique, l'amélioration
des conditionnements avant l'autogreffe, l'amélioration de la qualité
du greffon réinjecté, l'entretien de la réponse par
un traitement immunomodulateur ou l'utilisation de cures répétées
de chimiothérapie semi-intensive.
Pour une amélioration
des résultats
Double greffe
Nous disposons à l'heure actuelle de deux expériences
de double intensification thérapeutique. La première a été
rapportée par Barlogie et al. en 1997 [25]. Dans ce travail
monocentrique, 123 patients ont été traités dans
un programme dit de total therapy. Ces patients ont été
comparés à 116 malades traités par un traitement
conventionnel. Cette comparaison n'était pas prospective ni randomisée.
Les 116 patients traités par une chimiothérapie classique
ont été sélectionnés parmi 1 123 patients
enregistrés dans les études du groupe Swog et avaient reçu
des chimiothérapies de type VBAP/VMCP hybrides ou alternées
ou avaient été inclus dans une étude comparant VAD
à VBAP/VMCP à dose classique ou VBAP/VMCP à dose
de corticothérapie intensifiée. La comparaison entre total
therapy et traitement conventionnel a été faite chez
des patients sélectionnés pour leur identité en termes
d'âge, de ß2-microglobuline au diagnostic et de créatininémie
au diagnostic. La total therapy était réalisée
jusqu'à 70 ans. La chimiothérapie reposait à l'induction
sur 3 cures de VAD, suivies de cyclophosphamide à forte dose pour
recueillir un greffon autologue, puis de cures d'EDAP et d'une double
autogreffe : la première par deux fois 100 mg/m2 de
melphalan et la deuxième 3 à 6 mois après par 200
mg/m2 de melphalan pour les patients répondeurs ou bien
une ICT plus HDM140 pour les patients mauvais répondeurs. Cette
total therapy a pu être réalisée d'une manière
complète avec induction et double autogreffe chez 83 patients sur
123. L'analyse des résultats en intention de traitement montre
une médiane de survie sans événement à 49
mois dans le bras traitement intensif contre 22 mois dans le bras traitement
conventionnel et une survie médiane à 48 mois dans le bras
traitement conventionnel et non atteinte dans le bras lourd avec 60 %
des malades survivant à 5 ans. Ces résultats assez spectaculaires
sont pour Barlogie très en faveur de la double intensification
thérapeutique.
Le groupe français IFM [26] explore également l'utilité
de l'intensification thérapeutique double. Il mène depuis
1994 une étude prospective randomisée au diagnostic de simple
greffe versus double greffe. La chimiothérapie d'induction
repose sur du VAD. Dans le bras une greffe, le conditionnement repose
sur une ICT à 8 Gy plus HDM140 alors que dans le bras double greffe
les malades reçoivent successivement HDM140 et réinjection
de CSP, puis une deuxième intensification thérapeutique
par ICT à 8 Gy plus HDM140 suivie de la réinjection d'un
greffon autologue. Les résultats préliminaires de cette
étude confirment l'importance en termes de facteurs pronostiques
de survie et de survie sans maladie du taux initial de ß2-microglobuline.
Pour les patients à ß2-microglobuline basse, la double autogreffe
améliorerait davantage la survie et la survie sans maladie par
rapport à une simple greffe : ces résultats préliminaires
montrent à trois ans une survie supérieure à 90 %
avec double intensification thérapeutique dans cette situation.
En revanche, pour les patients à ß2-microglobuline haute
au diagnostic, il n'y a pas à l'heure actuelle, sous réserve
d'un nombre de patients plus important et d'un recul plus important, de
bénéfice à la double greffe.
La conclusion préliminaire de ces travaux sur la double intensification
thérapeutique est le bénéfice important que peuvent
tirer les malades de moins de 60 ans à taux de ß2-microglobuline
bas au diagnostic. Cette double autogreffe pourrait devenir le traitement
de référence pour cette catégorie de patients.
Le conditionnement
Le deuxième type d'approche pour améliorer
le taux de rémissions complètes est la modification du conditionnement
à l'autogreffe. Il n'y a à l'heure actuelle aucune preuve
qu'un conditionnement par melphalan seul soit supérieur ou inférieur
à un conditionnement incluant une ICT.
Une étude prospective randomisée du groupe IFM (protocole
95.02) tente actuellement de répondre à cette question.
Les patients sont inclus dans un programme d'intensification thérapeutique
avec autogreffe et randomisés après 3 cures de VAD en l'absence
de progression du myélome entre HDM200 suivi d'autogreffe et ICT
à 8 Gy plus HDM140. L'analyse préliminaire sur les 150 premiers
malades autogreffés ne montre pas de différence entre les
deux bras en termes de survie, de survie sans événement
et de taux de réponse postautogreffe [Harousseau, communication
personnelle]. En revanche, la toxicité muqueuse est moindre dans
le bras melphalan seul, et la durée d'hospitalisation pourrait
également être plus courte. Le melphalan à 200 mg/m2
utilisé seul pourrait être, comme l'a suggéré
le groupe de Cunningham [15], le conditionnement entraînant le meilleur
ratio efficacité/toxicité.
Il existe pour le melphalan un effet dose-réponse incontestable
[27]. Cela nous a conduits à tester l'intérêt d'une
augmentation des doses de melphalan afin d'essayer d'améliorer
le taux de réponse. Dans une étude préliminaire [28],
nous avons comparé la pharmacocinétique de trois groupes
de patients porteurs de myélome et traités par HDM140, HDM200
et HDM220. Les paramètres de pharmacocinétique restent tout
à fait stables lorsque l'on augmente la dose de melphalan de 140
à 220 mg/m2 avec un volume de distribution variant de
15 à 20 l/m2, une élimination biphasique rapide
avec une t 1/2 alpha de l'ordre de 7 minutes et une t 1/2 ß variant
de 35 à 55 minutes. Le paramètre qui varie selon la dose
est naturellement l'aire sous la courbe (ASC) qui augmente d'une manière
statistiquement significative selon les doses injectées. Ainsi
dans le groupe traité par 140 mg/m2, l'ASC est
de 400 mg/l/min en moyenne, de 500 en moyenne pour le groupe traité
par 200 mg/m2 et de 650 en moyenne pour le groupe traité
par HDM220. L'augmentation de l'ASC pourrait donc être corrélée
à une augmentation d'efficacité antitumorale du melphalan.
Nous avons donc testé, dans une étude de phase pilote [29],
l'intérêt d'une autogreffe conditionnée par HDM220
suivie de réinjection de cellules souches périphériques.
Cette attitude a été étudiée chez 27 patients
porteurs de myélome réfractaire primaire ou de myélome
en rechute après traitement intensif. Les résultats sont
intéressants avec un taux de réponses de 88 %, une survie
à trois ans de 36 % et une survie sans événement
médiane à 18 mois. De tels résultats à des
phases avancées de la maladie permettent de penser qu'une utilisation
du melphalan à 220 mg/m2 à des stades plus précoces,
en consolidation d'une première réponse par exemple, permettrait
d'améliorer encore le taux de rémissions complètes.
Il sera cependant difficile d'augmenter encore les doses de melphalan
injectées. La posologie de 220 mg/m2 est associée
à un taux de mucite de grade 4 de 70 % d'une durée médiane
de 8 jours. Nous avons testé chez 3 patients la dose de 240 mg/m2,
mais la toxicité muqueuse nous a semblé trop lourde pour
prolonger cette escalade de dose (3 mucites de grade 4, 3 diarrhées
de grade 2-3 et un décès par septicémie à
pyocyanique).
Une autre approche pour tenter d'améliorer le conditionnement est
d'associer à un traitement cytoréducteur un traitement immunologique.
Dans une phase pilote actuellement en cours, nous avons administré
pendant 4 jours un anticorps monoclonal anti-interleukine 6 en association
avec de la dexaméthasone par voie intraveineuse suivi de 220 mg/m2
de melphalan et d'une autogreffe. Cet anticorps anti-IL6 (Dr Wijdenes
Besançon) est délivré pour lever l'inhibition
par l'IL6 de l'apoptose des plasmocytes induite par la dexaméthasone.
La chimiothérapie à haute dose ajoute un effet cytotoxique.
À l'heure actuelle, 10 patients ont été intensifiés
de cette manière. Le taux de réponses est de 80 %, dont
50 % de rémissions complètes pour des patients dont la plupart
étaient en rechute après autogreffe. Ces résultats
encourageants nécessitent d'être confirmés sur un
plus grand nombre de patients avec un recul plus important [30].
Le greffon
Le type et la qualité du greffon réinjecté
au moment de l'autogreffe sont également des sujets d'études
importants.
La richesse d'un greffon et donc son aptitude à reconstituer rapidement
une hématopoïèse efficace et une indépendance
transfusionnelle, que ce greffon soit médullaire ou sanguin, dépendent
de plusieurs facteurs bien individualisés. Il s'agit principalement
de la durée d'une chimiothérapie antérieure à
base d'agents alkylants à dose conventionnelle, inversement proportionnelle
à la richesse du greffon en progéniteurs CD34 [31-34]. La
qualité de la réponse à la chimiothérapie
conventionnelle [33] et le pourcentage de plasmocytes infiltrant le myélogramme
[35] sont d'autres facteurs prédictifs de la qualité de
la collection autologue. Ces données plaident en faveur d'une collection
et donc d'une intensification précoce dans l'histoire de la maladie.
Il ne semble pas exister de différence pour la survie et le taux
de rechute selon le type de greffon réinjecté : moelle ou
CSP. En revanche, la réinjection de cellules souches périphériques
est associée à une récupération plus rapide
en polynucléaires neutrophiles et en plaquettes [36]. L'utilisation
d'un greffon avec sélection de progéniteurs selon l'expression
du CD34 permet d'effectuer une purge in vitro des cellules tumorales.
La déplétion des cellules tumorales ainsi effectuée
par la sélection CD34 varie de 1 à 5 log, 3 log en médiane.
L'impact de cette purge vers un gain de survie éventuel mérite
d'être analysé. Le protocole IFM 94 qui compare simple greffe
à double greffe a inclus dans son déroulement une étude
du greffon réinjecté. Les patients ont été
randomisés entre un greffon médullaire et un greffon de
cellules souches périphériques, sur lesquels il était
possible d'effectuer une sélection CD34. L'analyse des résultats
de la survie sur les 120 premiers patients ne montre aucune différence
selon le type de greffons réinjectés : moelle osseuse, cellules
souches périphériques non manipulées ou greffons
sélectionnés CD34. Il ne semble pas, à l'heure actuelle,
sur ces données préliminaires, que la sélection CD34
améliore les résultats de l'autogreffe pour les patients
[Harousseau, communication personnelle]. Ces résultats seront sans
doute confirmés par l'étude d'un autre groupe coopérateur
français (protocole MAG 95) qui pose la même question greffe
CD34 versus greffe non sélectionnée de façon
prospective et randomisée.
Entretien de la réponse par interféron
Au décours d'un traitement intensif avec autogreffe,
une seule molécule est régulièrement proposée
comme traitement d'entretien : l'interféron alpha. Une seule publication
a été rapportée sur l'intérêt d'un tel
traitement au décours de traitements intensifs avec melphalan à
forte dose. Dans une étude randomisée, 42 patients ont reçu
après autogreffe de l'interféron trois fois par semaine
et 42 patients n'ont rien reçu [37]. Sur cet effectif relativement
réduit, il n'y a pas, avec un suivi très prolongé
jusqu'à huit ans, de différence en termes de survie et de
survie sans événement en faveur du groupe interféron.
On peut cependant remarquer que les courbes de patients recevant de l'interféron
sont constamment au-dessus de celles du groupe témoin. Cette absence
d'effet bénéfique évident à long terme n'est
peut-être que le reflet du petit effectif étudié.
L'analyse d'autres études actuellement en cours, notamment celle
de l'intergroupe américain, permettra peut-être d'apporter
des réponses supplémentaires sur la question de l'utilité
de l'interféron au décours de l'autogreffe.
Chimiothérapies semi-intensives séquentielles
Une voie d'étude actuellement développée
en Italie repose sur l'administration de melphalan à dose intermédiaire
variant de 70 à 100 mg/m2 répétée
à plusieurs reprises. Palombo et al. [38] montrent la faisabilité
d'une telle approche jusqu'à 70 ans. Boccadoro confirme la faisabilité
de 6 cures successives de melphalan à 100 mg/m2 répétées
tous les 2 à 3 mois avec 80 % de réponses et 30 à
40 % de rémissions complètes [communication personnelle].
Cette technique nécessite néanmoins, selon ces auteurs,
la réinjection systématique de cellules souches hématopoïétiques
qui peuvent être prélevées en une seule fois. Les
durées de neutropénie semblent courtes (5 jours seulement
à moins de 500 polynucléaires neutrophiles/mm3),
ce traitement semble applicable en ambulatoire et la dose-intensité
est augmentée. Des patients plus âgés peuvent supporter
de tels traitements alors qu'ils sont habituellement inéligibles
pour des intensifications thérapeutiques « classiques ».
Un recul plus important et un nombre de patients supérieur sont
nécessaires pour apprécier la place de cette attitude thérapeutique.
Rechute postautogreffe
La plupart des patients traités par HDM et autogreffe
vont malheureusement rechuter. À ce stade évolutif, les
traitements ne sont pas codifiés. La reprise d'une chimiothérapie
conventionnelle n'est pas associée à une survie très
longue. À l'inverse, des cas de réponses prolongées
ont été décrits après nouvelle intensification
[29, 39-41]. Dans une étude portant sur 23 patients autogreffés
une nouvelle fois pour rechute après autogreffe préalable,
Mehta et al. [41] montrent une probabilité de survie de
53 % à 3 ans [41], meilleure que celle d'un traitement de rattrapage
par allogreffe dans les mêmes conditions. Notre expérience
après une autogreffe de rattrapage conditionnée par HDM220
retrouve 36 % de survie à 3 ans [29]. Certains patients ont reçu
jusqu'à 3 traitements intensifs avec autogreffe [29, 40]. Il s'agit
cependant toujours de populations de patients sélectionnées,
pour lesquelles les investigateurs disposent d'un greffon de richesse
convenable, ce qui n'est pas toujours facile à obtenir. Aucune
étude randomisée n'a à ce jour comparé deux
attitudes thérapeutiques différentes pour des patients en
rechute postintensification thérapeutique.
CONCLUSION L'intensification
thérapeutique à base de HDM pour myélome s'est largement
développée dans les dix dernières années et
a amélioré le pronostic des patients jeunes. Ce traitement
associé à une ICT et à une autogreffe est devenu le
traitement de référence actuel chez les patients de moins
de 60 ans. Les études en cours répondront aux questions du
meilleur conditionnement, de l'intérêt de la double intensification
thérapeutique précoce. De nombreux progrès restent
néanmoins à réaliser avant d'envisager la guérison
de ces patients.REFERENCES
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