ARTICLE
L'oxaliplatine est un agent alkylant synthétisé dans les
années soixante-dix [1-4] et dont la structure chimique se distingue
de celle des dérivés classiques de première génération
du platine par la présence d'un radical porteur cyclique «
DACH » diaminocyclohexane (figure
1). Si son action est actuellement bien définie sur le
plan clinique dans les cancers colorectaux [5-14], de nombreuses études
récentes s'attachent encore à préciser les mécanismes
spécifiques qui lui confèrent ses propriétés
pharmacologiques [6, 7]. L'oxaliplatine interagit principalement au niveau
de l'ADN, induisant des lésions primaires (adduits) qui bloquent
la réplication de l'ADN et sa transcription en ARN [6]. Le type
le plus fréquent d'adduits est représenté par les
ponts intrabrins, qui établissent des liaisons covalentes irréversibles
entre deux résidus guanines. Les autres types d'adduits sont les
ponts interbrins et les liaisons aux protéines satellites de l'ADN
[15-24]. Les types de liaisons primaires sus-décrites induites
par l'oxaliplatine sont similaires à celles induites par le cisplatine,
même si elles sont observées en nombre plus restreint pour
une concentration molaire équivalente. Des lésions de cassure
simple-brin sont également observées dans les cellules traitées
par l'oxaliplatine, mais sont probablement des lésions secondaires.
De manière intéressante, en dépit d'un nombre de
lésions plus limité, l'oxaliplatine est aussi puissant que
le cisplatine à induire in vitro l'inhibition de croissance
et la survenue du processus d'apoptose cellulaire. Ce phénomène
est incomplètement élucidé, et pourrait être
expliqué par une structure tertiaire différente des adduits
respectifs de l'oxaliplatine et du cisplatine : le caractère plus
massif des adduits de l'oxaliplatine induit une distorsion conformationnelle
plus importante de la double hélice d'ADN, à la fois plus
efficace à bloquer sa synthèse et plus difficile à
corriger par les systèmes de réparation comme celui de la
réparation du mésappariement des bases. Les mécanismes
impliqués dans la résistance au cisplatine et à l'oxaliplatine
sont rappelés dans le tableau
I.
Activité préclinique in vitro
et in vivo de l'oxaliplatine
Activité antiproliférative de l'oxaliplatine
in vitro
L'oxaliplatine possède in vitro un spectre d'activité
particulier, qui a été individualisé par le programme
informatisé Compare du National Cancer Institute [22] destiné
à identifier des familles de composés sur la base de leur
mécanisme d'action et de leur activité. Selon ce modèle,
l'oxaliplatine s'individualise des composés classiques du platine
(cisplatine et carboplatine), ce qui en fait potentiellement un agent
efficace dans les tumeurs présentant une résistance primaire
ou acquise au cisplatine ou au carboplatine.
L'oxaliplatine a démontré une activité cytotoxique
sur de nombreuses lignées tumorales humaines, dont des lignées
de cancers colique, ovarien, du sein, vésical, de mélanome
malin, de gliome et de leucémies (tableau
II). De façon intéressante, son activité
est maintenue dans des lignées de cancers bronchique, ovarien et
du col utérin résistantes au cisplatine (tableau
III). De plus, alors que l'activité du cisplatine est faible
dans les lignées cellulaires déficientes en système
de réparation du mésappariement des bases (mismatch repair),
celle de l'oxaliplatine se maintient indépendamment du statut de
ce système de réparation de l'ADN [25-29]. L'activité
de l'oxaliplatine in vitro est dépendante à la fois
de la concentration et de la durée d'exposition, étant plus
importante lorsque les cellules tumorales sont exposées pendant
plus de 4 h.
Une étude récente [30] a utilisé la technique du
« tumor cloning assay » qui présente l'avantage
de tester l'activité d'un composé sur des colonies de cellules
tumorales isolées directement à partir des patients et cultivées
dans un milieu à base d'agar. Par cette technique, l'oxaliplatine
est actif contre les colonies de cancers coliques, bronchique, gastrique
et de mélanome malin. Enfin, il reste actif dans une proportion
significative de tumeurs résistantes au carboplatine, à
l'irinotecan, au paclitaxel et à la doxorubicine.
Activité antitumorale de l'oxaliplatine
dans plusieurs modèles murins in vivo
Les résultats observés in vitro sont reproductibles
in vivo puisque l'oxaliplatine reste efficace dans plusieurs tumeurs
murines et humaines sensibles ou résistantes au cisplatine (tableau
IV). Les modèles animaux ont également permis de
définir le profil de toxicité lié au traitement par
oxaliplatine [24, 31]. Contrairement au cisplatine qui induit une néphrotoxicité
significative, l'oxaliplatine n'est néphrotoxique qu'à très
fortes doses. Les toxicités habituellement observées sont
hématologique et digestive (nausées et diarrhées),
et ont une expression modérée. L'oxaliplatine seul a montré
une activité importante dans de nombreux modèles de xénogreffes
de tumeurs malignes murines et humaines [32-40].
Activité de l'oxaliplatine en association
à d'autres anticancéreux in vitro
Modèle mathématique d'études
pharmacologiques d'interactions in vitro
L'oxaliplatine a été étudié in vitro
en association à de nombreux agents anticancéreux. Pour
évaluer ses interactions pharmacologiques avec ces agents, une
modélisation mathématique a été nécessaire.
Les interactions pharmacologiques entre deux médicaments (et plus)
peuvent être regroupées en trois catégories :
- l'absence d'interaction, également dénommée
selon les cas indifférence ou additivité ;
- l'interaction positive également nommée agonisme
ou synergie ;
- l'interaction négative, également nommée
antagonisme.
Il faut souligner que cette terminologie a souvent été
utilisée de façon non appropriée ou peu précise
qualifiant les effets biologiques par des adjectifs tels que « augmentés
», « bénéfiques », et « supra-additifs
». De même, des termes imprécis de « potentialisation
» et « sensibilisation » ont été utilisés
lorsque l'un des deux partenaires de l'association était peu actif
par lui-même. De plus, la confusion persiste souvent dans la littérature
en raison de l'absence de concordance entre la définition mathématique
de synergie utilisée en biologie et la notion de synergie utilisée
en clinique pour traduire la meilleure réponse antitumorale obtenue
par l'utilisation d'une polychimiothérapie, en comparaison avec
une monochimiothérapie.
Une façon d'illustrer ce problème est de rechercher pour
deux médicaments (A et B) les concentrations respectives donnant
le même effet biologique (iso-effet ou isobol). Cette approche a
été décrite initialement par les microbiologistes
et se traduit par une courbe iso-effet ou isobologramme (figure
2). La forme de la courbe reflète le type d'interaction
entre A et B. Une droite, une courbe concave ou convexe sont obtenues
respectivement en l'absence d'interaction, en cas d'interaction positive
ou en cas d'interaction négative. L'aire sous la courbe traduira
également le type d'effet observé. Quand l'un ou les deux
agents considérés ne présentent pas une courbe dose-effet
linéaire, il devient nécessaire de prendre en considération
et de superposer les relations dose-effet obtenues avec chacun des agents
séparément. Se définit alors une surface appelée
enveloppe d'additivité. Ainsi, l'approche par isobologramme est
limitée à des agents agissant par le même mécanisme
ou ayant une cible cellulaire identique (mutually exclusive), ce
qui est rarement le cas pour des agents anticancéreux. L'interprétation
des résultats se complique lorsque l'on évaluera une gamme
de concentrations nécessitant une modélisation mathématique.
Dans les années 1970, Chou et Talalay ont donc proposé,
sur les bases des analyses d'interactions enzymatiques, d'étudier
les effets résultant de l'utilisation de plusieurs anticancéreux.
Ils ont basé leur modélisation sur une approche plus large,
non restreinte au cas de médicaments ayant le même mode d'action
(mutually non-exclusive). De plus, cette méthode peut s'étendre
à l'analyse de plus de deux agents, utilisés à de
multiples niveaux de doses tout en permettant une analyse relativement
simple des données.
Le choix des médicaments à associer va être orienté
par la nature de la molécule, son mode d'action, les mécanismes
de résistance déjà identifiés pour cet agent
et, surtout, par les premiers résultats cliniques en termes d'activité
et de toxicité observés lors des essais de phase I. Les
études précliniques d'associations ne se feront donc pas
au hasard des multiples choix de combinaisons possibles, mais se limiteront
à un nombre raisonnable orienté par les données cliniques
disponibles. Ainsi, dans notre expérience avec l'oxaliplatine,
les associations avec le 5-fluoro-uracile, le SN38 et le CPT11 in vitro
et in vivo ont été orientées par la constatation
d'une activité clinique de l'oxaliplatine dans le traitement des
cancers colorectaux. L'association gemcitabine-oxaliplatine a été
guidée par l'analogie avec l'effet synergique du cisplatine et
de l'aracytine dans les hémopathies malignes et par les premiers
résultats cliniques prometteurs de l'association gemcitabine-cisplatine.
L'étude des associations est donc, dans la plupart des cas, orientée
par les objectifs cliniques et les résultats cliniques obtenus
avec les analogues préexistants du médicament. Beaucoup
plus rarement, le criblage aveugle va identifier une association non pressentie
en clinique.
Le choix du (des) modèle(s) dans le(s)quel(s) les associations
seront étudiées est également orienté par
les objectifs de développement clinique. Ainsi, nos études
de l'oxaliplatine avec de nouveaux agents inhibiteurs de la thymidilate
syntase ont été réalisées dans des modèles
de tumeurs digestives. Cela souligne l'importance de la connaissance des
données cliniques et des orientations en termes de choix stratégique
pour une molécule. C'est d'ailleurs souvent le(s) médecin(s)
en charge de l'évaluation de la molécule qui va (vont) se
tourner vers le laboratoire pour proposer l'étude des associations
in vitro et in vivo en vue d'essais cliniques. Cette étape
se place donc dans une dynamique de collaboration entre les laboratoires
et les services cliniques.
Dans les études sur les associations de l'oxaliplatine dans les
cancers colorectaux, nous avons initialement étudié les
interactions dans un grand nombre de modèles de cancers coliques,
ovariens et mammaires sensibles ou résistants respectivement au
5FU, au cisplatine et aux anthracyclines. De même, nous avons pu
évaluer les effets de l'association oxaliplatine-gemcitabine sur
des modèles présentant des mutations des systèmes
de mésappariement de bases ou sur des modèles mutés
pour p53. Dans tous les cas, les expériences doivent être
répétées plusieurs fois ; elles peuvent parfois être
automatisées ou semi-automatisées. La plupart des auteurs
privilégient les études de survie cellulaire par comptage
à 24, 48 et 72 h après coloration au bleu trypan. Certains
préfèrent l'épreuve de consommation d'un substrat
MMT-assay qui présente l'avantage d'être automatisée,
alors que d'autres préfèrent les tests de clonogénicité.
Dans tous les cas, l'analyse des résultats procède d'une
démarche commune, décrite ci-dessous.
La méthode proposée par Chou et Talalay, bien que controversée,
reste actuellement la plus fréquemment utilisée in vitro.
Elle présente les avantages de ne pas préjuger du mode d'action
des molécules, permet d'évaluer des courbes dose-effet non
linéaires et d'analyser simultanément l'effet de plus de
deux médicaments à de nombreuses concentrations. Ce modèle
repose sur le principe de l'effet médian résumé par
l'équation suivante :
a/u = (D/Dm)m (équation
1)
où D est la concentration, a la fraction de
cellules affectée par cette concentration, u la
fraction de cellules non affectées par cette concentration (u
= 1 - a), Dm la dose qui produit un
effet de 50 %, et m un coefficient indiquant la forme de la courbe
dose-effet (m = 1 si la courbe est hyperbolique, m < 1 si elle est
sigmoïde et m > 1 si elle est sigmoïde négative).
Pour étudier l'effet de deux molécules, A et B, chaque
molécule est tout d'abord analysée séparément
sur une lignée cellulaire donnée. L'analyse du paramètre
de jugement de l'effet biologique est laissée au choix de l'investigateur.
Le plus souvent, il s'agit de la survie ou de la mort cellulaire évaluée
par comptage et bleu trypan. L'effet de chaque molécule cytotoxique
est quantifié expérimentalement à plusieurs concentrations
croissantes. Les données séparées de chaque molécule
sont ensuite analysées pour évaluer la dose médiane
Dm et le coefficient m. Pour chaque molécule et l'association
est représenté le log (a/u)
en fonction du logarithme de la concentration. Normalement, les points
expérimentaux doivent s'aligner sur une droite, qui permet de calculer
la meilleure régression linéaire possible. La droite permet
de calculer Dm (intersection avec la droite des X) et m
est la pente de la droite de meilleure régression. Le coefficient
r2 permet de vérifier l'adéquation du modèle
à une régression linéaire de la fonction log (a/u).
L'analyse se fait ensuite par comparaison entre les données expérimentales
obtenues en combinant les deux molécules et les données
théoriques attendues (données calculées obtenues
par l'exposition à chacune des molécules prise séparément).
Dans l'hypothèse d'une additivité, un isobologramme est
tracé, intégrant les différentes combinaisons de
concentrations des deux agents qui produisent les mêmes effets.
La comparaison entre les résultats expérimentaux et les
résultats générés par le modèle dans
le cas d'une simple additivité permet de conclure quant à
la nature réelle de l'interaction. Pour chaque niveau d'effet donné
est alors calculé l'index de combinaison (figure
2) qui quantifie le degré d'interaction entre les médicaments
en présence selon l'équation suivante :
IC = Da/Dxa + Db/Dxb (équation
2)
où Da et Db sont les concentrations de
A et B qui, en association, produisent une inhibition de x % de la croissance
; Dxa et Dxb étant les concentrations des
produits A et B produisant le même effet d'inhibition de x % de
la croissance obtenue après calcul de l'équation 2. La valeur
de l'index de combinaison ne précise pas la nature de l'interaction,
mais seulement un certain niveau par rapport à l'effet observé.
Cette méthodologie a priori complexe se traduit très
simplement visuellement (figure
2) par une représentation graphique de l'index de combinaison
en fonction de la fraction affectée. L'interprétation des
résultats peut être résumée par les trois situations
suivantes :
- si l'index de combinaison ICA + B = 1, alors la combinaison
A + B est additive ;
- si l'index de combinaison ICA + B < 1, alors la combinaison
A + B est synergique ;
- si l'index de combinaison ICA + B > 1, alors la combinaison
A + B est antagoniste.
Dans la plupart des cas, un minimum de trois expériences distinctes
en duplicata ou en triplicata est nécessaire pour obtenir un intervalle
de confiance suffisant pour affirmer la synergie entre deux molécules.
Le plus souvent, l'effet maximal est observé après 48 h
d'exposition aux cytotoxiques.
Une fois identifiés le meilleur modèle et la combinaison
des meilleurs médicaments en administration simultanée,
nous proposons d'évaluer l'effet des différentes séquences
en administrant successivement l'un des médicaments puis l'autre.
Cela permet parfois d'augmenter l'effet de synergie ou de rendre synergique
des associations jusqu'alors antagonistes ou simplement additives. Cela
est résumé dans l'exemple présenté dans la
figure 3
et le tableau V qui montre que l'effet de l'association de
la gemcitabine et de l'oxaliplatine dépend de l'ordre d'administration
et des lignées de cancers colorectaux [41].
Principales associations
médicamenteuses
Les résultats des principales associations réalisées
in vitro et in vivo avec l'oxaliplatine sont résumés
dans les tableaux VI
et VII [42-59].
* Oxaliplatine-antimétabolites
Plusieurs études in vitro et in vivo ont étudié
les associations de l'oxaliplatine avec différents inhibiteurs
de la thymidilate synthase dont le 5FU [60], le raltitrexed (Tomudex®),
l'UFT (tegafur, 45), l'AG337, le ZD9331 et, plus récemment, le
MTA [communications personnelles].
In vitro, l'association oxaliplatine-5FU reste la plus active
avec un niveau de synergie supérieur à celui des autres
associations incluant des inhibiteurs de la thymidylate synthase [60].
Dans les cas où la comparaison directe entre 5FU-cisplatine et
5FU-oxaliplatine a été faite, l'association 5FU-oxaliplatine
a toujours été supérieure à celle 5FU-cisplatine
dans de nombreux modèles de tumeurs humaines. Les mécanismes
qui sous-tendent cette synergie entre oxaliplatine et 5FU restent à
ce jour imparfaitement compris. Cette synergie in vivo est retrouvée
dans des lignées humaines de cancers colorectaux, de cancers de
l'ovaire et, dans une moindre mesure, dans des modèles humains
de cancers du sein. La synergie entre oxaliplatine et 5FU est maintenue
dans les cellules résistantes au 5FU (résistance primaire
et secondaire) et dans celles résistantes au cisplatine, et n'est
pas altérée par l'expression de mdr dans des lignées
de cancers du sein. La synergie entre oxaliplatine et 5FU observée
in vitro est retrouvée in vivo dans deux modèles
de souris : dans le modèle de xénogreffes humaines de cellules
de cancers coliques HT29 réputé pour sa faible chimiosensibilité
; dans le modèle murin GR1 de carcinome mammaire caractérisé
par une hormonosensibilité initiale puis par l'évolution
progressive vers l'hormonorésistance.
Plusieurs études in vivo ont confirmé la synergie
entre 5FU et oxaliplatine, montrant également que la séquence
d'exposition ne modifiait pas significativement le résultat et
qu'une administration de courte durée du 5FU permettait dans certains
modèles une meilleure activité antitumorale sous réserve
de la coadministration d'acide folinique.
Dans la plupart des cas, les autres inhibiteurs de la thymidilate synthase
ont une activité additive ou synergique réelle mais inférieure
à celle du 5FU. C'est le cas de l'AG337 et du MTA qui, selon les
cas, ont un effet synergique ou additif. In vivo, l'UFT a un effet
potentialisateur de l'oxaliplatine sur des xénogreffes de cancers
coliques humains HT29 [44]. Le raltitrexed et le ZD9331 ont des effets
respectivement antagonistes et faiblement additifs in vitro. La
plupart de ces associations ont été étudiées
dans des essais cliniques de phases I et II permettant de confirmer leur
effet potentialisateur sur la réponse antitumorale. Cela est particulièrement
vrai avec le 5FU pour lequel les études cliniques ont nettement
démontré l'effet bénéfique de l'adjonction
d'oxaliplatine. Le cas du raltitrexed est également intéressant
car il représente un des rares cas où l'étude in
vitro n'a pas permis de prédire l'efficacité de l'association
lors des essais cliniques chez l'homme. En effet, bien que clairement
antagoniste in vitro avec l'oxaliplatine, l'association oxaliplatine-raltitrexed
a montré un excellent taux de réponses en phase II dans
les cancers colorectaux et les mésothéliomes. Cela illustre
les limites de ce type de modèle et l'importance de la composante
pharmacocinétique et pharmacodynamique lors de l'administration
d'associations de chimiothérapie chez l'homme.
L'association gemcitabine-oxaliplatine a récemment été
évaluée sur plusieurs lignées cellulaires coliques
ou leucémiques (figure
2 et tableau V). Elle démontre
un effet synergique ou additif dans plusieurs modèles tumoraux
[41]. Contrairement au 5FU, la séquence d'exposition des cellules
aux médicaments est importante, avec un effet plus important lorsque
la gemcitabine est administrée avant l'oxaliplatine dans les tumeurs
coliques. Là encore, lorsque la comparaison directe entre gemcitabine-cisplatine
et gemcitabine-oxaliplatine a été faite, l'avantage est
revenu vers l'association contenant l'oxaliplatine. Cette association
gemcitabine-oxaliplatine a fait l'objet d'essais cliniques de phases I
et II avec un effet antitumoral et une faible toxicité dans les
cancers bronchiques non à petites cellules, les cancers de l'ovaire
et du pancréas avancés.
* Oxaliplatine-inhibiteurs de la topo-isomérase I
Plusieurs études récentes ont évalué les
associations de l'oxaliplatine avec les agents inhibiteurs de topo-isomerase
I in vitro et in vivo. Les études in vitro
réalisées avec le topotécan [48] et le SN38, métabolite
actif du CPT11 [49], dans une lignée de cancers humains montrent
un effet synergique avec le cisplatine et l'oxaliplatine. Les effets des
inhibiteurs de topo-isomérase I seraient de ralentir la réparation
des lésions créées au niveau de l'ADN par l'oxaliplatine.
Les études in vitro d'associations oxaliplatine-SN38 ont
été complétées in vivo (oxaliplatine-CPT11)
sur le modèle de souris GR1 à un stade d'hormonorésistance
et sur d'autres modèles permettant de confirmer l'effet potentialisateur
des deux médicaments [49, 50]. Des études cliniques de phases
I et II ont été réalisées ou sont en cours
évaluant la toxicité et le bénéfice des associations
topotécan-oxaliplatine et oxaliplatine-CPT11.
* Oxaliplatine-autres sels de platine (cisplatine et carboplatine)
L'oxaliplatine a également été étudié
en association avec le cisplatine et le carboplatine in vitro.
La synergie entre l'oxaliplatine et les autres sels de platine semble
conforter le fait que l'oxaliplatine possède un mécanisme
d'action ou de résistance différent de celui des platines
de première génération [22].
* Oxaliplatine-taxanes
Comme indiqué dans le tableau
VI, l'oxaliplatine a été étudié en
association avec le paclitaxel (Taxol®) dans un modèle
de xénogreffes de tumeurs bronchiques humaines non à petites
cellules. Un effet supra-additif a été observé [52,
53].
CONCLUSION
L'efficacité antitumorale de l'oxaliplatine est maintenant clairement
établie, tant sur le plan fondamental que sur le plan clinique,
compte tenu des nombreuses études disponibles à l'heure
actuelle. Chez les patients présentant un cancer colorectal métastatique,
l'activité synergique de l'oxaliplatine et du 5FU a permis de développer
de nouveaux schémas thérapeutiques qui se sont révélés
très efficaces et bien tolérés. De plus, grâce
à sa faible toxicité hématologique, l'oxaliplatine
se prête particulièrement à d'autres associations
prometteuses en cours d'étude, que ce soit dans les tumeurs digestives
ou dans d'autres localisations.
L'association à base d'oxaliplatine ayant le mieux démontré
ses propriétés synergiques est celle utilisant le 5FU. L'association
oxaliplatine-5FU est synergique dans les lignées cellulaires coliques,
ovariennes (y compris celles résistantes au cisplatine), de cancer
du sein, et, in vivo, contre des xénogreffes coliques et
mammaires. D'autres antimétabolites sont synergiques in vitro
avec l'oxaliplatine, tels que la gemcitabine. Les premiers résultats
cliniques de l'association gemcitabine-oxaliplatine sont particulièrement
prometteurs par la faible toxicité et la forte activité
antitumorale dans plusieurs indications dont les cancers bronchiques non
à petites cellules, les cancers de l'ovaire et du pancréas
avancés. Parmi les autres composés, l'inhibiteur de la topo-isomérase
I CPT11 (SN38) et le paclitaxel ont un effet additif ou synergique avec
l'oxaliplatine en contexte préclinique. Enfin, l'association oxaliplatine-cisplatine
apparaît additive, voire synergique, dans des lignées ovariennes
ou de cancer du col. Ces résultats encourageants font actuellement
l'objet d'études cliniques de phase I ou II. L'étude des
associations in vitro devrait permettre de découvrir d'autres
associations synergiques en vue de nouvelles applications thérapeutiques.
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