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La croissance des tumeurs solides est contrôlée
à la fois par des mécanismes strictement intratumoraux et
par des interactions entre la tumeur et le tissu environnant. Dès
1975, Folkman et al. [1] ont démontré l'importance
de la néovascularisation lors de la croissance tumorale. Dans la
phase préinvasive de la tumeur (latence), très peu de néovaisseaux
peuvent être décelés. En revanche, l'angiogenèse
est massive lors de la phase invasive et métastasiante, d'où
l'hypothèse très novatrice que le passage de la phase latente
à la phase agressive est contrôlé directement par
la néovascularisation. Ce passage est communément dénommé
switch angiogénique. La production par la cellule cancéreuse
de facteur(s) diffusible(s) a alors été mise en évidence
: facteur(s) capable(s) de stimuler la croissance, la migration et la
différenciation des cellules endothéliales. Cette substance
fut appelée « facteur de l'angiogenèse tumorale »
ou TAF (tumor angiogenesis factor). Le premier facteur TAF identifié
était un facteur de croissance déjà connu pour ses
propriétés angiogéniques, le facteur de croissance
des fibroblastes (fibroblast growth factor, FGF) [2, 3].
Celui-ci a par la suite été isolé à partir
de nombreux tissus tumoraux et ses facultés de stimuler l'angiogenèse
in vitro et in vivo ont été confirmées
[4]. Plus récemment, d'autres facteurs non homologues des FGF ont
rejoint la famille des TAF. La conjonction des travaux de plusieurs équipes
a notamment révélé le rôle majeur du vascular
endothelial growth factor (VEGF) dans l'angiogenèse nécessaire
à la croissance de certaines tumeurs solides.
Le contrôle moléculaire de l'angiogenèse fait très
vraisemblablement intervenir une balance entre facteurs pro- et antiangiogénique.
Le rôle des facteurs antiangiogéniques dans cette balance
a été démontré pour la thrombospondine [5],
et plus récemment pour l'angiostatine [6] et l'endostatine [7].
Si l'on identifie de plus en plus précisément les régulateurs
principaux et annexes de l'angiogenèse et si certaines interactions
entre ces facteurs ont été caractérisées,
les étapes moléculaires concertées régies
par ceux-ci et conduisant au switch ne sont pas élucidées.
Dans cet article, nous allons essentiellement résumer les avancées
récentes dans le domaine de l'angiogenèse tumorale. Nous
décrirons tout d'abord le switch angiogénique, puis
les propriétés biologiques des facteurs impliqués
dans la régulation de celui-ci. Nous évoquerons par la suite
la modulation pharmacologique et les implications cliniques et thérapeutiques
visant à inhiber spécifiquement l'angiogenèse tumorale.
Pour complément, le lecteur pourra se référer aux
revues de Hanahan et Folkman [8], Ferrara et Davis-Smyth [9] et Bikfalvi
et al. [10].
Les mécanismes moléculaires
de l'angiogenèse tumorale. Le switch angiogénique
La surexpression de l'antigène T sous la dépendance du
promoteur d'un gène de régulation de l'insuline induit un
insulinome chez la souris transgénique (lignée RIP-Tag).
Ce modèle développé par Hanahan et al. [11]
en 1985 a permis l'élaboration du concept de switch angiogénique.
Les îlots pancréatiques de souris RIP-Tag prélevés
en phase préangiogénique et cultivés en présence
de cellules endothéliales n'entraînent pas de modifications
de ces dernières quant à leur statut de différenciation,
migration ou prolifération. Par contre, lorsque les îlots
sont prélevés à un stade de malignité déclarée
et cocultivés avec les cellules endothéliales en gel de
collagène en trois dimensions, la formation de réseaux capillaires
convergents vers l'îlot angiogenèse est observée.
Cela indique que les cellules tumorales acquièrent la capacité
de stimuler l'angiogenèse au cours de leur progression maligne.
Différentes molécules semblent être à l'origine
du switch angiogénique dans ce modèle. La perte d'hétérozygotie
au locus codant pour p53 favorise clairement le switch, ainsi que
le facteur de croissance/survie IGF-II ; FGF-1 semble également
impliqué. Le rôle de la protéine p53 a été
élucidé dans différents modèles [12, 13].
Elle régule positivement l'activité d'inhibiteurs de l'angiogenèse
comme la thrombospondine (TSP-1) et négativement le VEGF. In
vivo, ce double rôle antitumoral de p53 est également
suggéré par l'analyse de carcinomes colorectaux qui montre
une corrélation entre perte d'hétérozygotie et densité
microvasculaire [14].
Dans un autre système, le carcinome pulmonaire de Lewis (LLC),
la stimulation de la formation de néovaisseaux s'accompagne de
la perte d'un inhibiteur de l'angiogenèse. Il s'agit de l'angiostatine
(voir plus loin). Paradoxalement, celle-ci est produite par la tumeur
primaire elle-même et inhiberait le développement des métastases
latentes. Cette situation est différente de celle décrite
pour le modèle Rip-Tag, dans lequel le contrôle se situe
au niveau de la tumeur primaire.
L'hypoxie peut réguler positivement le switch angiogénique.
L'hypoxie induit l'expression du VEGF-A dans un grand nombre de cellules
normales ou transformées (pour revue voir [9]). Par ailleurs, dans
certaines tumeurs présentant une nécrose significative comme
les glioblastomes multiformes, l'ARNm codant pour le VEGF est fortement
exprimé dans les cellules tumorales qui sont juxtaposées
aux zones de nécrose. Les facteurs impliqués dans l'induction
du VEGF-A au cours de l'hypoxie sont le heat shock inducing factor
(HIF) [15], l'adénosine [16] et pp60c-src [17].
Facteurs impliqués
dans l'angiogenèse tumorale
VEGF
Plusieurs équipes ont démontré que les membres
de la famille des VEGF stimulent la croissance des cellules endothéliales.
L'action des VEGF est plus restreinte que celle des FGF. Le VEGF-A existe
sous 4 isoformes de 121, 165, 189 et 206 acides aminés. Des homologues
du VEGF-A ont été décrits qui incluent le VEGF-B,
pour lequel un rôle angiogénique a récemment été
proposé [18], et le VEGF-C [19].
Les molécules de VEGF-A se fixent sur 2 types de récepteurs
de surface appelés FLK-1 (ou KDR) et FLT-1. La transduction du
signal par ces types de récepteurs a récemment fait l'objet
de recherches actives. L'activité tyrosine kinase de FLK-1 est
fortement stimulée par la fixation de VEGF-A contrairement à
celle de FLT-1. FLT-1 est capable de s'associer à la sous-unité
p85 de la phosphatidylinositol-3-kinase [20]. De plus, la phosphorylation
de Fyn et Yes est stimulée en réponse au VEGF-A dans les
cellules exprimant FLT-1 [21]. Enfin, l'activation de FLT-1 par le VEGF-A
in vitro conduit à une stimulation de la migration des monocytes
[22]. L'ensemble des données indique donc que FLK-1 et FLT-1 participent
tous les deux à la signalisation mais par des voies distinctes.
Les essais d'angiogenèse in vitro suggèrent que le
VEGF-A agit principalement via FLK-1. Une analyse par mutagenèse
dirigée de VEGF-A conforte cette hypothèse [23]. Chez la
souris nude, la croissance de glioblastomes est inhibée par surexpression
dans les cellules endothéliales d'une forme dominante-négative
de FLK-1 [24]. Les invalidations par recombinaison homologue (knock-out)
des gènes codant pour les récepteurs FLK-1 et FLT-1 ont
été réalisées et mettent en évidence
le rôle primordial de ces molécules lors de l'angiogenèse
embryonnaire [25, 26]. Ces deux gènes étant essentiels lors
du développement, les souris homozygotes / pour l'un
ou l'autre ne sont pas viables, si bien que le phénotype lié
à l'incidence tumorale n'a pu être établi. Plus révélatrice
encore d'une régulation extrêmement fine des processus angiogéniques
au cours du développement est l'haplo-insuffisance létale
observée chez les embryons +/ pour le gène du VEGF-A
[27, 28]. La létalité apparaît en milieu de gestation
après le début de l'organogenèse ; elle est la conséquence
de défauts de vascularisation majeurs. Notons enfin que les cellules
souches embryonnaires (ES) VEGF-A / ont une capacité
très réduite à former des tumeurs après transplantation
chez des souris nude.
Un grand nombre de tumeurs humaines synthétisent le VEGF-A. En
ce qui concerne les tumeurs présentant une nécrose significative,
l'expression du VEGF-A est particulièrement élevée
dans les cellules tumorales adjacentes aux zones de nécrose exposées
à l'hypoxie [29].
La transcription du gène codant pour le VEGF-A est activée
dans les cellules tumorales mais pas dans les cellules endothéliales.
En revanche, FLK-1 et FLT-1 sont présents à la surface des
cellules endothéliales adjacentes aux cellules tumorales. Cela
indique que le VEGF-A induit l'angiogenèse sur un mode paracrine.
Notons qu'une source supplémentaire de VEGF-A est constituée
par les lymphocytes infiltrant la tumeur. Le VEGF-A se lie aux cellules
endothéliales intratumorales et s'accumule également au
niveau de la paroi vasculaire.
Le VEGF-A a été détecté à des concentrations
très élevées dans un certain nombre de tumeurs incluant
les cancers gastriques et les cancers du sein [30]. Cette surexpression
est accompagnée d'une augmentation significative de la densité
de microvaisseaux dans les tumeurs. Enfin, l'expression du VEGF-A dans
les cellules tumorales est positivement corrélée avec le
pouvoir métastasiant.
L'utilisation d'anticorps monoclonaux anti-VEGF-A dans des essais d'inhibition
de croissance tumorale a clairement démontré que le VEGF-A
est impliqué dans l'angiogenèse in vitro et in
vivo : une dizaine de lignées tumorales humaines injectées
en sous-cutané chez des souris nude voient leur croissance inhibée
jusqu'à 95 % lorsqu'elles sont soumises à un traitement
par les anticorps [9]. L'observation directe par vidéomicroscopie
de la formation et des propriétés biologiques des nouveaux
vaisseaux sanguins a permis d'évaluer directement l'activité
angiogénique du VEGF au sein des tumeurs des animaux traités
ou non par les anticorps. Des données complémentaires basées
sur ce type d'approche ont montré que les caractéristiques
prolifératives et morphologiques des vaisseaux tumoraux requièrent
une stimulation constante par le VEGF-A [31].
FGF
Les FGF appartiennent à une famille croissante qui compte actuellement
dix membres ainsi que quatre nouveaux facteurs appelés fibroblast
homology factors (FHF) [32]. Les propriétés angiogéniques
de deux prototypes FGF-1 et FGF-2 ont été particulièrement
étudiées.
FGF-1 et FGF-2 ont un poids moléculaire de 18 kDa et une homologie
d'environ 50 %. Ces deux facteurs se lient à des récepteurs
de surface cellulaire spécifiques. Quatre types de récepteurs
à activité tyrosine kinase ont été caractérisés,
incluant FGFR1 (Flg), FGFR2 (bek), FGFR3 et FGFR4 (pour revue voir [10]).
La spécificité et l'affinité de ces récepteurs
sont régulées par épissage alternatif d'exons codant
pour la 3e boucle d'immunoglobuline-like (Ig-like)
extracellulaire. En particulier, la variante Ig-like IIIc lie préférentiellement
le FGF-2. Les cellules endothéliales expriment les récepteurs
FGFR1 et FGFR2, et l'autophosphorylation est stimulée par le FGF-1
et le FGF-2. Le FGF-2 est synthétisé sous différentes
formes (pour revue voir [10]). Les formes de haut poids moléculaire
du FGF-2 (HPM FGF-2) de 21 à 24 kDa ont une extension N-terminale
riche en motifs GC présentant des arginines méthylées.
Ces formes sont localisées préférentiellement dans
le noyau. À l'opposé, la forme standard du FGF-2 (d'un poids
moléculaire de 18 kDa) ne comporte pas d'extension N-terminale.
Cette isoforme est cytosolique ou associée à la membrane
plasmique, et peut être sécrétée par des voies
non élucidées. Il a été montré que
les différentes formes moléculaires ont des rôles
et des mécanismes d'action distincts. Les HPM FGF-2 contrôlent
la prolifération cellulaire par un mécanisme intracellulaire
indépendant d'un récepteur de surface, tandis que le FGF-2
de 18 kDa induit une migration cellulaire par la voie autocrine [33].
FGF-1 et FGF-2 stimulent l'angiogenèse in vitro et in
vivo. L'activation des cellules endothéliales par ces facteurs
est nettement supérieure à celle du VEGF in vitro.
Par exemple, l'effet du FGF-1 et du FGF-2 sur la prolifération
des cellules endothéliales capillaires ou macrovasculaires est
au moins deux fois supérieur à celui du VEGF. De même,
le FGF-2 régule de manière très fine la production
des activateurs du plasminogène, tandis que l'effet du VEGF est
nettement plus modéré. Enfin, les formes exogènes
et les formes endogènes du FGF-2 exprimées par les cellules
stimulent fortement l'expression des intégrines beta 1 in vitro
[34, 35]. L'expression de ces intégrines n'est pas significativement
altérée par le VEGF-A (Klein et al., communication
personnelle). L'ensemble des données indique donc que plusieurs
paramètres majeurs de l'angiogenèse sont régulés
in vitro d'une manière très précise par le
FGF. Ces paramètres sont moins étroitement contrôlés
par le VEGF in vitro. Cependant, le FGF-2 et le VEGF-A ont une
action d'importance équivalente dans des expériences d'angiogenèse
in vivo qui utilisent la membrane chorio-allantoïdienne du
poulet ou la poche cornéenne du lapin. Par ailleurs, il a été
rapporté que des anticorps dirigés contre les intégrines
alpha v beta 3 et alpha v beta 5
sont capables de bloquer l'angiogenèse in vivo induite par
le FGF-2 et le VEGF-A respectivement [36]. Ces résultats sont en
contradiction avec les données dérivées des études
in vitro. Les raisons pour ces discordances ne sont pas élucidées.
Des études cliniques publiées ou en cours de réalisation
confirment l'implication du FGF-2 dans l'angiogenèse tumorale [37,
38]. Une corrélation a été démontrée
entre la concentration du FGF-2 dans les urines, dans le liquide céphalorachidien,
ainsi que dans le sérum de patients atteints de cancer du système
nerveux central et le grade tumoral. Les patients atteints de gliomes
de haut degré de malignité possèdent une concentration
sérique en FGF-2 8 fois supérieure à celle des tumeurs
cérébrales de faible malignité. Par ailleurs, cela
est strictement corrélé avec le degré de vascularisation
intratumorale (Bello et al., communication personnelle). Enfin,
après l'exérèse tumorale, les taux sériques
du FGF-2 reviennent au niveau des valeurs contrôles.
Si le rôle du FGF-2 au cours de l'angiogenèse tumorale
est suggéré par plusieurs approches, qu'en est-il des autres
membres de la famille ? Il serait très intéressant de savoir
si un ou plusieurs d'entre eux (en particulier le FGF-1) confèrent
à ce système de régulation une certaine redondance
fonctionnelle permettant d'affiner le contrôle spatio-temporel.
* Angiopoïétine
L'angiopoïétine a été récemment identifiée
comme le ligand de la kinase transmembranaire Tie2 par une approche de
clonage appelé secretion trap expression cloning [39]. L'angiopoïétine
est une protéine glycosylée de 70 kDa. Elle est formée
de deux régions : la région amine-terminale contient un
motif de type coiled-coil caractéristique des protéines
capables d'hétérodimériser ; la région carboxyle-terminale
est homologue au fibrinogène. Le traitement par la PGNase-F qui
enlève les sucres de la molécule réduit le poids
moléculaire à 55 kDa. L'angiopoïétine se lie
à Tie2 (KD 3,7 nM) et active sa phoysphorylation.
Au cours du développement embryonnaire de la souris, son expression
est localisée au niveau du myocarde et du mésenchyme à
un stade précoce et à un stade ultérieur dans les
cellules environnant les vaisseaux en développement [40]. La disruption
du gène codant pour l'angiopoïétine conduit à
une létalité des embryons au stade 12,5 jours, qui est vraisemblablement
la conséquence de modifications profondes de l'architecture vasculaire.
Il est surprenant que l'angiopoïétine n'active ni la prolifération
des cellules endothéliales ni la formation des tubes capillaires
in vitro. Des données récentes indiquent une implication
moins directe vraisemblablement liée au recrutement des cellules
mésenchymateuses lors du développement vasculaire. Un rôle
de l'angiopoïétine dans l'angiogenèse tumorale n'a
pas encore été établi.
Inhibiteurs
* L'angiostatine
L'angiostatine a été découverte et isolée
à partir d'urine de souris présentant une tumeur pulmonaire
de Lewis [6]. L'angiostatine est un fragment de la plasmine de 56 kDa
représentant quatre boucles Kringle. L'action de l'angiostatine
est principalement endothéliale. Récemment, le rôle
des différentes boucles Kringle a été élucidé.
Il semble que la boucle IV présente une activité d'auto-inhibition
moléculaire [41]. Cependant, son récepteur n'est pas identifié,
et les mécanismes de régulation et le mode d'action de l'angiostatine
ne sont pas encore élucidés.
Les résultats du groupe de Folkman sont en faveur d'une action
inhibitrice de l'angiostatine sur le développement des métastases
latentes [42]. En effet, l'exérèse de la tumeur primaire
de Lewis entraîne le développement de métastases en
corrélation étroite avec une chute du taux urinaire en angiostatine.
L'administration d'angiostatine juste après l'exérèse
inhibe le développement des métastases. Ces résultats
indiquent que l'angiostatine joue un rôle important dans le maintien
de la latence des métastases.
* L'endostatine
L'endostatine est un inhibiteur de l'angiogenèse identifié
très récemment dans les cellules endothéliales hémangiomateuses
[7]. C'est une molécule de 20 kDa correspondant au fragment C-terminal
du collagène type XVIII. L'endostatine inhibe fortement l'angiogenèse
in vitro et in vivo, ainsi que la croissance tumorale. L'endostatine
présente une propriété importante : son relargage
continu in vivo fait régresser complètement la tumeur
primaire vers l'état d'îlot microscopique latent. L'endostatine
est donc non seulement capable de maintenir la latence tumorale mais aussi
de provoquer la régression tumorale.
* Le facteur plaquettaire-4
Le facteur plaquettaire-4 (PF-4) est un polypeptide de 7 kDa qui est
produit dans les plaquettes sous forme de complexe tétramérique.
Il a été montré que le facteur plaquettaire-4 inhibe
l'angiogenèse in vitro et in vivo. Le PF-4 pourrait
jouer un rôle in vivo lors de l'activation plaquettaire.
En effet, il a été montré que les plaquettes libèrent
lors de l'activation un inhibiteur de l'activité du FGF-2 identique
au PF-4 [43].
Il a été proposé que le PF-4 exerce son effet par
inhibition de la liaison du FGF-2 à son récepteur. Cependant,
d'autres groupes n'ont pas pu confirmer ces données. Nous avons
récemment analysé le mécanisme d'action du PF-4.
Nos résultats indiquent qu'il empêche l'activation des récepteurs
aux FGF par inhibition de la dimérisation (Perollet et al.,
communication personnelle).
* La thrombospondine-1
La thrombospondine-1 (TSP-1) appartient à une famille de glycoprotéines
produite par un nombre de cellules normales et transformées. Il
a été montré que la TSP-1 est un inhibiteur puissant
de l'angiogenèse in vivo et in vitro et joue un rôle
dans le switch angiogénique. En effet, la perte d'un gène
suppresseur de tumeur dans les fibroblastes de hamster induit une réponse
angiogénique par diminution de la sécrétion de la
TSP-1 [5]. La nature du gène suppresseur capable de réguler
l'expression de TSP-1 a été élucidée en utilisant
les fibroblastes isolés de patients présentant la maladie
de Li-Fraumeni [12]. Ces fibroblastes possèdent un allèle
sauvage et un autre muté pour le gène codant pour p53. Il
a été montré que la perte d'hétérozygotie
inhibe l'expression de la TSP-1. Par ailleurs, la transfection de p53
sauvage dans les fibroblastes stimule l'expression endogène de
p53 et régule positivement des séquences promotrices du
gène TSP-1. Cela indique que p53 sauvage inhibe l'angiogenèse
induite par ces fibroblastes grâce à son action sur la synthèse
de TSP-1.
Inhibition pharmacologique de
l'angiogenèse tumorale
Un certain nombre de composés inhibiteurs de l'angiogenèse
ont été décrits. Ceux-ci incluent l'héparine,
l'héparinase, la thalidomide, la suramine, le sulfate de protamine,
des peptides dérivés du PF-4 et des antistrogènes.
Parmi les héparinases, les héparinases I et III inhibent
l'angiogenèse induite par le FGF-2 in vitro et in vivo
[44]. La thalidomide, la suramine et le sulfate de protamine inhibent
vraisemblablement l'interaction de certains facteurs angiogéniques
avec leurs récepteurs de surface cellulaire.
En ce qui concerne le PF-4, Gupta et al. [45] ont montré
qu'un peptide de 53 acides aminés dérivé du PF-4
par clivage protéolytique inhibe l'angiogenèse à
une concentration 50 fois plus faible que la molécule de PF-4 entière.
Enfin, les antistrogènes comme le tamoxifène, la
nafoxidine et le clomifène ainsi que des analogues synthétiques
inhibent la croissance des cellules endothéliales induite par le
FGF et le VEGF. Cette activité antiangiogénique n'est pas
dépendante des récepteurs aux strogènes [46].
Corrélations cliniques
et perspectives thérapeutiques
Comme il a été dit plus haut, un certain nombre de cancers
humains sont dépendants de l'angiogenèse et traversent deux
phases, une phase préangiogénique latente et une phase angiogénique
agressive. Des corrélations cliniques significatives ont été
établies entre le pouvoir invasif et métastasiant d'un certain
nombre de cancers, la présence d'une néoangiogenèse
intratumorale, la surexpression des ARNm de facteurs angiogéniques
comme le VEGF et le FGF-2 dans les cellules tumorales, et un taux sérique
ou urinaire anormalement élevé des molécules correspondantes.
Donc, des inhibiteurs de ces facteurs tels que des anticorps spécifiques,
des oligonucléotides antisens [47] ou encore des molécules
pharmacologiques inhibant les voies de signalisation correspondantes pourraient
intervenir avec succès dans des protocoles thérapeutiques
en conjonction avec les traitements classiques. De même, des molécules
mimant l'activité antiangiogénique du PF-4 et de l'endostatine
offrent une perspective d'utilisation thérapeutique séduisante.
On est en droit de spéculer sur une faible toxicité de ces
molécules sur l'arbre vasculaire normal du fait de l'état
quiescent des cellules endothéliales de la plupart des tissus de
l'adulte.
Des composés comme le TNP-40, analogue synthétique de
la fumagiline, ayant fait leur preuve chez des modèles animaux
de type RIP-Tag [48] sont en essai clinique depuis plusieurs années.
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