ARTICLE
Anatomie et mode d'extension
Le nasopharynx, appelé aussi rhinopharynx ou cavum, est l'étage
supérieur du pharynx. Il constitue un carrefour entre la région
cranio-encéphalique et les espaces profonds de la face. Il est
situé en arrière des choanes, sous le corps du sphénoïde,
en avant de l'apophyse basilaire de l'occipital et de l'axis. Ses quatre
parois limitent une cavité aérienne, ayant la forme d'un
cube ouvert en avant, large de 4 cm, profonde de 2 à 3 cm et haute
de 3 à 4 cm. On distingue trois régions [4] :
- une paroi postéro-supérieure ou toit du cavum ;
- deux parois latérales, avec l'orifice tubaire et la fossette
de Rosenmüller (appelée aussi récessus pharyngé
latéral) qui constitue une niche immédiatement au-dessus
et derrière les orifices des trompes d'Eustache ;
- une paroi inférieure, constituée par la face supérieure
du voile du palais.
Le carcinome du nasopharynx naît le plus souvent au niveau de
la fossette de Rosenmüller. Cette région est systématiquement
biopsiée devant un doute sur une lésion néoplasique
nasopharyngée [5]. La tumeur s'étend de proche en proche
et peut envahir la muqueuse ou croître le plus souvent au niveau
de la sous-muqueuse, envahissant les structures adjacentes telles que
les cavités nasales (15 % des cas) et les parois latérale
et postérieure de l'oropharynx (20 % des cas). La faiblesse du
mur pharyngé postérieur rend l'extension au niveau de l'espace
parapharyngé extrêmement fréquente (plus de 80 % des
cas dans les études incluant la scanographie) [6]. L'érosion
osseuse des structures adjacentes et de la base du crâne s'observe
dans environ 30 % des cas. L'envahissement intracrânien est observé
dans moins de 10 % des cas. L'envahissement à travers le foramen
basilaire peut être associé à un envahissement des
nerfs crâniens dans 10 à 20 % des cas, incluant fréquemment
le nerf V en cas d'extension dans le foramen ovale, ou les nerfs III,
IV et VI en cas d'envahissement du sinus caverneux [7, 8]. L'atteinte
du XII peut être aussi observée en cas de compression tumorale
ganglionnaire. L'atteinte des nerfs IX, X et XI indique la présence
d'une métastase ganglionnaire à travers le foramen jugulaire
(appelé aussi trou déchiré postérieur) [9].
Le nasopharynx est un organe médian à drainage lymphatique
bilatéral sous-muqueux et riche. Cela explique l'envahissement
ganglionnaire très fréquent (75 à 90 % des cas selon
les séries), qui peut représenter le premier signe révélateur
de la maladie dans 30 % des cas. Le caractère bilatéral
est fréquemment observé et la taille des ganglions est souvent
corrélée à celle de la tumeur initiale.
Le drainage lymphatique de la muqueuse nasopharyngée se fait
selon différentes modalités. Le premier relais, le plus
fréquent, se fait à travers les chaînes spinales,
au niveau des chaînes jugulo-carotidiennes ainsi que des chaînes
cervicales transverses. Le deuxième relais, plus rare, se fait
à travers les ganglions de l'espace rétropharyngé,
sous la base du crâne [8].
L'incidence des métastases à distance est plus élevée
pour les carcinomes du nasopharynx que pour les autres carcinomes épidermoïdes
des VADS. Elle est fortement corrélée à l'envahissement
ganglionnaire. Les sites les plus fréquemment envahis sont les
os (70 %), les poumons, le foie et les ganglions extrarégionaux
(médiastin, rétropéritoine) (30 %). Les rares études
autopsiques réalisées à titre systématique
révèlent un taux de disséminations métastatiques
de l'ordre de 50 à 80 %. Ce taux au diagnostic initial de la maladie
peut varier en fonction du bilan d'extension réalisé. Dans
les séries cliniques où ce bilan est fait en fonction des
signes d'appel, le taux de métastases à distance varie de
5 à 10 % [10]. Ce taux passe à 30-40 % chez les patients
ayant une dissémination ganglionnaire classée N3 (selon
la classification TNM de l'UICC) [11, 12] impliquant la réalisation
systématique chez ces patients d'un bilan d'extension comprenant
une scintigraphie osseuse, une échographie hépatique, une
scanographie thoracique ainsi qu'une biopsie ostéo-médullaire
[13, 14].
Épidémiologie
La distribution géographique des NPC à travers le monde
représente une des plus importantes caractéristiques de
la maladie [15]. Elle est endémique dans le sud-est de la Chine,
en particulier dans la population d'origine cantonnaise, au sein de laquelle
le taux d'incidence est de 30 à 80/100 000/an, tandis que le taux
d'incidence est beaucoup plus faible an nord de la Chine (2-3/100 000/an).
Des taux d'incidence intermédiaire sont retrouvés (8-12/100
000/an) dans d'autres parties du Sud-Est asiatique, du bassin méditerranéen
(Afrique du Nord, Moyen-Orient), et enfin parmi les Esquimaux d'Alaska
et du Groenland. L'incidence du NPC est extrêmement faible (0,5-2/100
000/an) en dehors de ces zones d'endémie. En Europe de l'Ouest
et aux États-Unis, le type 1 de l'OMS est relativement fréquent
(30 %) et a été associé à une consommation
excessive de tabac et d'alcool [1].
Par ailleurs, l'UCNT se rencontre à tous les âges et on
décrit une incidence relativement élevée pour un
cancer des VADS chez le sujet jeune (avec un pic d'incidence entre 40
et 50 ans) et chez la femme (sex-ratio H/F : 3). Son incidence est rare
chez l'enfant [9].
Étiopathogénie
Différents facteurs de risque ont été mis en évidence
ou soupçonnés dans la genèse des carcinomes nasopharyngés.
- Le caractère environnemental lié à l'alimentation
(consommation de viandes et poissons salés séchés)
a été démontré en Chine [16] incriminant les
nitrosamines volatiles comme facteurs carcinogènes [17]. D'autres
substances présentes dans l'alimentation traditionnelle chinoise
(soja salé, légumes salés en conserve) seraient des
activateurs de l'EBV [18]. En Tunisie, l'exposition dès le jeune
âge à des préparations alimentaires épicées
ou contenant de la harissa est associée à une incidence
élevée d'UCNT [19].
- L'observation de cas familiaux d'UCNT, couplée au fait
que des populations chinoises d'ethnies distinctes mais par ailleurs exposées
aux mêmes facteurs environnementaux sont préférentiellement
atteintes dans les zones d'endémie, suggère une prédisposition
génétique pour ce cancer liée le plus souvent au
système HLA [20]. Le risque relatif reste le même pendant
deux générations après émigration, puis baisse
lentement. Cette réduction d'incidence refléterait aussi
la part de la génétique en l'absence d'exposition aux facteurs
environnementaux [21]. La présence des allèles HLA-A2 et
HLA-B Sin-2 du complexe majeur d'histocompatibilité serait associée
à une augmentation du facteur de risque de survenue de l'UCNT,
de même que les haplotypes HLA Aw19, Bw46 et B17 [22]. D'autre part,
la délétion du bras court du chromosome 3 est une anomalie
caryotypique fréquemment observée dans le NPC [23], suggérant
la présence d'un gène suppresseur de tumeur localisé
dans cette région génique qui pourrait être impliqué
dans l'oncogenèse de ce cancer.
- L'EBV est directement impliqué dans l'histoire des NPC,
les seuls carcinomes qu'il induit. Celui-ci appartient à la famille
des Herpes viridae humains. Il est surtout associé aux formes
les moins différenciées (UCNT) [24]. On ne retrouve pas
de particule virale dans les cellules cancéreuses du nasopharynx,
mais des marqueurs correspondant à l'ADN viral [25]. Les études
sérologiques montrent que la survenue d'un UCNT est associée
à des concentrations élevées d'anticorps dirigés
contre les protéines impliquées dans le cycle productif
(antigènes précoces : EA avant la réplication de
l'ADN, et antigènes de structure plus tardifs, tel l'antigène
de la capside : VCA). Le passage au cycle productif est généralement
relié à l'expression du transactivateur Zebra, qui est capable
d'induire une cascade d'événements conduisant à la
production de particules virales [24]. Les anticorps anti-EBV sont retrouvés
à un titre élevé et servent de marqueur tumoral pour
la surveillance post-thérapeutique. La sensibilité et la
spécificité ne sont pas encore établies et on ne
peut utiliser la sérologie pour le dépistage. Les IgA anti-VCA
semblent être le marqueur le plus fiable [26].
Anatomopathologie
Macroscopiquement, la tumeur se développe le plus souvent dans
la lumière rhinopharyngée sous une forme végétante
ou ulcéro-végétante. Il existe néanmoins des
formes infiltrantes moins fréquentes et plus difficiles à
mettre en évidence.
Les tumeurs épithéliales apparaissant au niveau du nasopharynx
ont été le sujet de plusieurs classifications [11]. Actuellement,
la majorité des auteurs adoptent la classification de l'OMS qui
est basée sur le degré de différenciation tumorale
[27].
- L'OMS type 1 correspond au carcinome épidermoïde
kératinisé typique, similaire à celui retrouvé
dans les carcinomes des VADS. Ce type représente 30 à 50
% des cas survenant dans les zones géographiques à faible
endémie et moins de 5 % des cas dans les zones endémiques.
Dans une série de 5 037 patients en Chine du Sud-Est, seulement
0,3 % présentaient un type 1 de l'OMS [28].
- L'OMS type 2 correspond au carcinome épidermoïde
non kératinisant appelé aussi UCNT peu différencié.
Il représente 15 à 20 % des cas observés.
- L'OMS type 3 correspond au carcinome indifférencié
typique (UCNT). Il représente la grande majorité des cas
observés dans les zones endémiques. Son origine épidermoïde
a été démontrée par microscopie électronique
et par étude immunohistochimique, essentiellement sur la présence
des filaments de kératine. L'immunohistochimie permet par ailleurs
d'établir le diagnostic différentiel avec certains lymphomes.
L'entité UCNT regroupe les carcinomes de types 2 et 3 de l'OMS
dont la filiation est identique et dont les caractéristiques épidémio-cliniques
sont similaires [1, 29].
Schminke, Regaud et Reverchon [30, 31] ont longtemps décrit les
UCNT sous le nom de lympho-épithéliomes en raison d'une
infiltration tumorale par des cellules lymphoïdes. L'origine non
tumorale de ces lymphocytes en majorité de type T a été
plus tard démontrée [32]. La classification de Cologne est
basée sur la présence de l'infiltration lymphocytique. La
valeur pronostique de cette observation est mise en doute [33]. L'infiltration
lymphocytaire riche en cellules dendritiques et en monocytes et macrophages
a été décrite comme ayant un meilleur pronostic [34].
Le type histologique a une influence sur le pronostic : le carcinome
épidermoïde a un pronostic moins favorable que l'UCNT [35].
Signes cliniques
Outre l'originalité de sa répartition géographique,
le carcinome du nasopharynx est remarquable cliniquement par son diagnostic
tardif, dû à son développement dans une cavité
de topographie profonde, d'accès difficile, et à une symptomatologie
d'emprunt diverse, liée à l'atteinte des structures voisines.
Le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic
varie de 8 à 10 mois.
La triade clinique typique le plus souvent observée est constituée
par une masse ganglionnaire cervicale (souvent bilatérale et volumineuse),
une symptomatologie nasale (obstruction nasale avec suppuration et/ou
épistaxis) et une symptomatologie otologique (hypoacousie et/ou
bourdonnement d'oreille liés essentiellement à une otite
séro-muqueuse d'obstruction) [36]. Les patients peuvent souffrir
au moment du diagnostic d'un ou de plusieurs de ces symptômes dont
aucun n'est typique, ce qui rend leur interprétation souvent difficile
[37]. D'autres signes dus à un envahissement des nerfs crâniens
peuvent être observés au stade avancé de la maladie
: troubles de la déglutition (atteinte du XII), dysphonie (atteinte
du X), névralgie faciale (atteinte du V), diplopie (atteinte du
VI) ou trismus dû à un envahissement de l'espace masticateur.
D'autres observations cliniques suggèrent une dissémination
métastatique dans les UCNT. Les syndromes paranéoplasiques
tels que l'ostéoarthropathie hypertrophiante [38], la fièvre
d'origine inconnue et la réaction leucémoïde [39] sont
associés à un taux élevé de métastases
à distance (le plus souvent au niveau des ganglions médiastinaux)
ou à une masse tumorale volumineuse.
Classification TNM
Divers systèmes de classification ont été utilisés
rendant les comparaisons entre les séries publiées difficiles.
Celui proposé par Huang et utilisé à Taïwan,
ainsi que celui de Changsa utilisé en Chine sont issus de la classification
de Ho proposée en 1978 [40] et sont les plus employés en
Asie du Sud-Est. Dans le reste du monde, la classification de l'UICC/AJC
modifiée en 1997 est la plus utilisée [12] (tableau).
Elle introduit des éléments de l'imagerie moderne (TDM/IRM)
non encore utilisée dans la classification classique.
Thérapeutique
Radiothérapie
Le traitement des carcinomes du nasopharynx repose sur la radiothérapie,
d'une part en raison de leur radiosensibilité et d'autre part en
raison de leur inaccessibilité à une chirurgie carcinologiquement
adéquate. La radiothérapie délivre une dose totale
de 65 à 70 Gy en 6,5 à 7 semaines dans le nasopharynx et
l'ensemble des aires ganglionnaires cervicales cliniquement atteintes
par deux faisceaux latéraux, complétés par un faisceau
antérieur s'il existe une extension aux fosses nasales cervicales
et de 45 à 50 Gy dans les aires ganglionnaires, apparemment saines.
Le taux de contrôles pour les stades I et II (UICC 1997) est le
plus souvent satisfaisant (70 à 90 %). En revanche, les tumeurs
localement avancées répondent nettement moins à la
radiothérapie avec 20 à 40 % d'échecs locorégionaux
associés à une extension métastatique, en particulier
en cas d'adénopathies volumineuses classées N3, apparaissant
le plus souvent dans les 3 ans suivant le traitement [41].
La toxicité aiguë de la radiothérapie est essentiellement
représentée par la mucite qui débute généralement
entre la deuxième et la troisième semaine de traitement,
et cicatrise quelques semaines après sa fin. La toxicité
tardive est marquée par l'hyposialie qui est la séquelle
la plus fréquente, mais peut-être aussi la plus sévère
confinant à l'asialie 25 à 35 % des patients [42]. Les complications
dentaires sont aussi parmi les plus fréquentes et sont une des
conséquences de l'hyposialie [42]. L'utilisation prophylactique
d'applications topiques de fluor est nécessaire pour limiter la
survenue de ces complications. D'autres peuvent être observées,
telle la fibrose sous-cutanée dont la fréquence et la gravité
augmentent généralement avec le temps suivant l'irradiation.
L'atteinte des nerfs crâniens en l'absence de compression tumorale
peut être observée, notamment en cas de sclérose cervicale
supérieure sévère (nerfs crâniens X et XII).
La sclérose muqueuse est rarement observée (< 7-8 %),
de même que l'ostéoradionécrose (< 2 % dans la
plupart des séries).
Plusieurs concepts ont été développés pour
améliorer les résultats de la radiothérapie par augmentation
de la dose d'irradiation délivrée, en se basant sur la notion
de corrélation dose-contrôle, tout en essayant d'épargner
les tissus sains adjacents. Ainsi, une meilleure balistique et l'utilisation
de techniques de radiothérapie de conformation en trois dimensions
(3D) [43], de la protonthérapie [44] ou d'un complément
d'irradiation intracavitaire pour les tumeurs de petit volume [45] ont
été testées et semblent donner des résultats
prometteurs. Par ailleurs, l'allongement de la durée totale de
la radiothérapie est un facteur fortement associé à
une diminution de probabilité de contrôle tumoral, attribué
à la repopulation des cellules tumorales en cours de traitement
[46]. Dans cette optique, la radiothérapie accélérée
a été testée à travers plusieurs essais randomisés
récents (Chart, EORTC) [47, 48], montrant une amélioration
du contrôle tumoral dans les tumeurs localement avancées
et suggérant que cette approche pourrait être évaluée
dans les NPC. Des résultats prometteurs ont été obtenus
dans l'essai de phase II de Wang [49]. D'autre part, de nombreuses tentatives
ont été faites pour combiner la radiothérapie et
la chimiothérapie afin à la fois d'augmenter l'efficacité
locale de la radiothérapie et de diminuer le taux de métastases
à distance.
Chimiothérapie
Les NPC sont des tumeurs chimiosensibles dans les stades localement
évolués et dans les formes récidivantes et métastatiques.
Les agents actifs sont le cisplatine, le carboplatine, la bléomycine,
l'adriamycine, l'épirubicine, le méthotrexate et le 5-fluoro-uracile.
Les études de phase II incluant le cisplatine ont montré
40 à 50 % de réponses objectives (RO) [50-52]. Dans la maladie
récidivante-métastatique, la polychimiothérapie à
base de cisplatine-anthracycline a permis d'obtenir un taux de RO allant
de 40 à 75 % par rapport à celle ne contenant pas une anthracycline.
Néanmoins, aucune étude randomisée n'a été
réalisée dans ce sens [53-56]. On retient l'étude
d'Azli et al. [57] rapportant 45 % de RO dont 25 % de rémissions
complètes (RC) avec un schéma associant cisplatine, bléomycine
et épirubicine. Dans cette étude, 10 % des cancers métastatiques
sont maintenus en RC prolongée, et les patients considérés
comme survivants à long terme (> 36 mois) [58]. La chimiothérapie
associant jusqu'à 5 drogues (cisplatine, méthotrexate, bléomycine,
cyclophosphamide, adriamycine) a permis d'obtenir un taux de RO de 80
% (dont 20 % de RC) au prix d'un taux de décès iatrogènes
élevé (11 %) [59]. D'autres essais cliniques évaluent
les nouveaux agents : l'association paclitaxel-cisplatine donne 40 à
70 % de RO chez des patients prétraités [60-62].
* Chimiothérapie néoadjuvante. L'utilisation de
la chimiothérapie dans le cadre de la maladie locorégionale
avancée est justifiée par le nombre d'évolutions
métastatiques, et en raison de son efficacité démontrée
dans la maladie récidivante-métastatique. Les régimes
à base de cisplatine comparés aux contrôles historiques
traités par irradiation externe [57, 63-67] ont montré un
bénéfice thérapeutique avec des RO de 80 à
100 % et des RC en fin de séquence chimiothérapie-radiothérapie
atteignant 80 %. Deux essais randomisés confirment ces données.
Le premier essai, Vumca I [68], a comparé 3 cycles de bléomycine
(15 mg à J1 + 10 mg/m2/j de J1 à J5), épirubicine
(70 mg/m2 à J1) et cisplatine (100 mg/m2
à J1) avant la radiothérapie à la radiothérapie
exclusive. Sur 339 patients randomisés (N2-N3), le taux de RC est
de 55 % dans le bras avec chimiothérapie contre 34 % dans le bras
avec radiothérapie exclusive, avec une médiane de survie
de 49 mois dans les deux bras ; les taux de rechutes étaient de
59 % et 70 %. Le deuxième essai, de l'Aocoa [69], a inclus 334
patients randomisés entre radiothérapie classique seule
et la même radiothérapie précédée par
2 ou 3 cycles de cisplatine (60 mg/m2 à J1) et épirubicine
(110 mg/m2 à J1), avec les mêmes critères
d'éligibilité que ceux de l'essai Vumca. Avec un suivi médian
de 44 mois, on note l'absence de différence significative de survie
sans rechute et de survie globale entre les deux bras. Cependant, le groupe
de patients avec de volumineuses adénopathies (> 6 cm) représentant
une faible proportion de patients randomisés (49 patients) semble
bénéficier de la chimiothérapie avec un taux de survie
sans rechute de 63 % versus 28 % (p = 0,02).
Les résultats de ces deux études randomisées sont
relativement concordants, montrant dans les deux cas l'absence de bénéfice
sur la survie, mais une amélioration de la survie sans rechute
en faveur du traitement combiné.
* Chimiothérapie adjuvante. Son objectif initial est de
diminuer la probabilité des métastases à distance.
Son impact a été évalué dans une étude
randomisée selon une association comportant 6 cycles de vincristine,
de cyclophosphamide et d'adriamycine, et montrant l'absence de bénéfice
[42]. Cette étude présente quelques faiblesses, en particulier
l'absence de bilan métastatique systématique, l'absence
du cisplatine et le fait que le traitement était institué
plusieurs semaines après la fin de la radiothérapie chez
les patients sans maladie apparente.
* Radio-chimiothérapie concomitante. Cette association
est supposée augmenter l'efficacité de la radiothérapie
sur la tumeur et diminuer la probabilité de métastases par
son effet systémique. L'essai de l'Intergroup (RTOG-SWOG) [35]
a comparé la radiothérapie exclusive à une radio-chimiothérapie
concomitante suivie de chimiothérapie adjuvante. Trois cycles de
cisplatine (100 mg/m2) ont été administrés
simultanément à la radiothérapie, suivis de 3 autres
cycles de cisplatine-5FU après radiothérapie. Sur 147 patients
(inclus entre mai 1989 et décembre 1995) avec une durée
médiane de surveillance de 4 ans, le bras avec chimiothérapie
montre un bénéfice significatif en termes de taux de survie
sans maladie et de taux de survie globale à 3 ans (76 % versus
46 %) (p < 0,001). Cependant, une différence majeure existe
entre cette étude et celle du Vumca I, car l'Intergroup inclut
25 % de patients atteints de NPC de type 1 de l'OMS de pronostic plus
défavorable et 30 % des patients sont classés N0-N1. Par
ailleurs, les taux de survie globale et sans rechute observés dans
le bras de référence sont, de façon surprenante,
nettement moins bons que ceux des deux études randomisées
de chimiothérapie néoadjuvante (Vumca, Aocoa).
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