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Informative value of Hemoccult® test according to the number of positive slides in mass screening of colorectal cancer


Bulletin du Cancer. Volume 85, Number 12, 1055-9, Décembre 1998, Articles originaux


Résumé   Summary  

Author(s) : Mohammed Adnane Tazi, Jean Faivre, Catherine Lejeune, Frédéric Dassonville, Anne-Marie Benhamiche.

Summary : Our aim was to study the relationship between the level of positivity of the Hemoccult® colorectal cancer screening test and the positive predictive value on one hand, and the characteristics of the screened neoplasms on the other. This study focuses on four successive colorectal cancer screening campaigns in a population of 45,642 subjects born between 1914 and 1943. There were 1 or 2 positive slides in 50.1% of cases, 3 or 4 in 30.7% of cases and 5 or 6 in 19.2% of cases. The positive predictive value was 11.1% for cancer, 17.4% for adenoma >= 1 cm and 10.1% for adenoma < 1 cm. For a cancer or adenoma >= 1 cm, the positive predictive value varied between 18.6% when there were 1 or 2 positive slides, and 52.5% when there were 5 or 6 positive slides. Dukes A cancers are less likely to have 5 or 6 positive slides than more advanced cancers. On the contrary, neither cancer localisation nor characteristics of adenomas >= 1 cm (localisation, size, degree of dysplasia) influenced the number of positive slides. Owing to intermittent colorectal cancer bleeding, it seems necessary to take several successive samples. Two samples per stool over three successive stools seem like a good compromise. The informative value of the test increases with the number of positive slides.

Keywords : colorectal cancer, mass screening, Hemoccult test, positive predictive value, positive slides.

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ARTICLE

Le cancer colorectal est le cancer le plus fréquent en France avec plus de 33 000 nouveaux cas en 1995 [1]. Son taux de survie à 5 ans ne dépasse pas 35 % selon l'étude Eurocare qui porte sur les données de douze pays européens [2]. Les résultats récents d'études européennes rapportent une baisse significative de la mortalité par cancer colorectal dans des populations bénéficiant d'un dépistage du cancer colorectal par la recherche d'un saignement occulte dans les selles par le test Hémoccult® [3, 4]. L'efficacité du dépistage de masse du cancer colorectal dépend de nombreux facteurs, tels que le taux de participation au dépistage, l'âge de la population cible, la fréquence de la réalisation du test mais aussi de la valeur informationnelle de celui-ci. Les tumeurs colorectales (cancers et adénomes) saignent d'une manière intermittente. Hémoccult®, dans la majorité des essais de dépistage, comprend 6 fenêtres ; il est positif quand une couleur bleue apparaît au moins sur 1 des fenêtres. Bien qu'il ait largement été utilisé dans les essais de dépistage, on a peu de données sur la variation de ses propriétés selon le nombre de fenêtres positives.

L'objectif de ce travail est d'étudier la relation entre le nombre de fenêtres positives et la valeur prédictive positive du test d'une part et les caractéristiques des tumeurs dépistées d'autre part.

Résultats

Nombre de fenêtres positives selon la campagne de dépistage, le sexe et l'âge

Parmi les 94 141 tests faits au cours de ces quatre campagnes, 1 443 (1,5 %) étaient positifs. Parmi les 1 443 personnes ayant un test positif, 1 231 (85,3 %) ont eu une exploration colique. Il s'agissait d'une coloscopie seule (95,4 %), d'une coloscopie associée à d'un lavement baryté en double contraste (3,2 %) ou d'un lavement baryté seul (1,4 %).

Parmi les 1 231 sujets ayant un test Hémoccult® positif suivi d'une exploration intestinale, il y avait 1 ou 2 fenêtres positives dans 50,1 % des cas, 3 ou 4 dans 30,7 % des cas et 5 ou 6 dans 19,2 % des cas. Le nombre de fenêtres positives était proche à comparer la première, la troisième et la quatrième campagne (tableau I). En revanche, lors de la deuxième campagne, il y avait plus de tests avec 1 ou 2 fenêtres positives et, par voie de conséquence, moins de tests avec plus de 2 fenêtres positives (p < 0,001). L'âge n'avait pas d'influence significative sur le nombre de fenêtres positives. Il y avait plus de tests positifs avec 5 ou 6 fenêtres positives chez les hommes que chez les femmes (p < 0,05).

Valeur prédictive positive de Hémoccult® en fonction du nombre de fenêtres positives

Globalement, la valeur prédictive positive (VPP) était de 11,1 % pour les cancers, 17,4 % pour les adénomes >= 1 cm et 10,1 % pour les petits adénomes < 1 cm. Elle augmentait avec le nombre de fenêtres positives pour les cancers et les adénomes > 1 cm. Pour les cancers, elle était de 6,0 % avec 1 ou 2 fenêtres positives, de 10, 6 % avec 3 ou 4 fenêtres positives et 25,4 % avec 5 ou 6 fenêtres positives (p < 0,001). Pour les adénomes > 1 cm, elle était respectivement de 12,6 %, 19,0 % et 27,1 % (p < 0,001). Pour les adénomes < 1 cm de diamètre, elle variait peu avec le nombre de fenêtres positives respectivement 11,0 %, 10,3 % et 7,2 %. Il y avait un relation linéaire entre le nombre de fenêtres positives et la VPP du test en cas de cancer ou de gros adénome (p = 0,02) (figure 1).

Le tableau II donne la VPP des cancers et des adénomes > 1 cm par classe d'âge et par sexe dans les trois groupes de fenêtres positives. Quel que soit le groupe de fenêtres positives, la VPP était plus élevée chez les hommes que chez les femmes en cas d'adénome > 1 cm (p < 0,05) ou en cas de cancer (p non significatif). Globalement, pour les différentes classes d'âge, elle augmentait avec le nombre de fenêtres positives en cas de cancer ou d'adénome > 1 cm. Cette tendance était plus marquée pour les classes d'âge 55-64 ans (p < 0,01) et > 65 ans (p < 0,0001).

Caractéristiques des lésions détectées

Le tableau III indique la distribution des cancers, selon leur stade au diagnostic et leur sous-localisation, entre les trois groupes de fenêtres positives. L'âge moyen des patients ne différait pas entre les trois groupes de fenêtres positives. Au total, 58 cancers dépistés sont au stade A (42,3 %), 43 au stade B (31,4 %), 21 au stade C (15,3 %) et 15 au stade de métastases (10,9 %). Globalement, la distribution des cancers selon leur stade de diagnostic diffère significativement entre les trois groupes de fenêtres positives (p < 10-4). Cette différence est due essentiellement à une proportion plus élevée de cancers au stade A dans le groupe 1 à 4 fenêtres positives que dans le groupe 5 ou 6 fenêtres positives, à une proportion basse de cancers aux stades C et D (10,0 %) dans le groupe de 3-4 fenêtres positives et à une proportion basse de cancers au stade B dans le groupe de 1-2 fenêtres positives. Les cancers dépistés sont localisés pour 38,0 % au niveau du sigmoïde, pour 29,9 % au niveau du rectum, pour 16,1 % au niveau du côlon ascendant et pour 13,1 % au niveau du côlon transverse. La localisation des cancers dépistés ne différait pas significativement entre les trois groupes de fenêtres positives.

Pour les adénomes >= 1 cm de diamètre, le nombre de fenêtres positives n'était lié ni au degré de dysplasie, ni à la taille de l'adénome, ni à sa localisation (tableau IV).

Discussion

Classiquement il est recommandé dans les programmes de dépistage de masse du cancer colorectal utilisant le test Hémoccult® de réaliser deux prélèvements sur trois selles consécutives. Les données disponibles soulignent l'importance d'une telle stratégie. Dans cette étude et dans l'étude danoise [3, 5], il n'y avait que 1 ou 2 fenêtres positives sur 6 dans 50 à 60 % des cas. Dans une étude similaire dans le département du Calvados, il y avait 1 à 3 fenêtres positives dans 87 % des cas [6]. Avec 1 ou 2 plaquettes, la sensibilité du test serait trop basse. Cela est lié au fait que les tumeurs colorectales saignent de façon intermittente [7]. Pour pallier cette limite du test de dépistage, il a été proposé d'utiliser un plus grand nombre de plaquettes. La réalisation du test sur six selles consécutives s'accompagne d'une petite augmentation du taux de cancers dépistés, mais d'une diminution de la VPP du fait d'un nombre plus élevé de faux positifs [4, 8]. De plus, cela entraîne une diminution du taux de participation. Il a aussi été suggéré de réhydrater le test. Dans ce cas, le taux de positivité est trop élevé : près de 10 % à chaque campagne, avec, comme corollaire, la réalisation d'un grand nombre de coloscopies chez des sujets sans lésion colique [9]. Dans l'état actuel des performances du test Hémoccult®, une lecture centralisée sans réhydratation du test apparaît comme la meilleure solution. Le fabricant du test recommande de considérer comme positifs les tests avec une coloration bleue diffusant à partir du centre d'une fenêtre, une minute après l'adjonction du réactif. Certains considèrent comme positif un cercle bleu périphérique, ce qui augmente de près de 10 % le nombre de tests positifs [6]. Il est possible de faire face à cette augmentation dans une stratégie de dépistage de masse. Dans l'étude du Calvados, la VPP en cas de cercle bleu périphérique est similaire à celle des tests avec 1 ou 2 fenêtres positives. Si ces résultats étaient confirmés, il serait nécessaire de reconsidérer les règles de lecture du test Hémoccult®.

Le sexe et l'âge avaient peu d'influence sur le nombre de fenêtres positives. Cela suggère que l'importance du saignement des tumeurs intestinales ne dépend ni du sexe, ni de l'âge. L'augmentation de la VPP pour un cancer avec le nombre de fenêtres positives confirme les résultats des travaux antérieurs qui montrent que 1 sujet sur 2 environ est atteint d'un cancer ou d'un adénome > 1 cm lorsqu'il y a 5 ou 6 fenêtres positives : 56 % [6], 54 % [10], 48 % [5], 53 % (série personnelle). Cette augmentation de la VPP avec le nombre de fenêtres positives existe aussi pour les adénomes > 1 cm. Pour les petits adénomes (< 1 cm), la VPP est indépendante du nombre de fenêtres positives. Il est bien connu que ces lésions saignent peu. Mais, étant donné la prévalence élevée des petits adénomes, ils sont le plus souvent détectés par hasard sans qu'ils soient pour autant à l'origine de la positivité du test. Cela peut expliquer la fréquence similaire des petits adénomes dans les trois groupes de fenêtres positives. La prévalence plus élevée des adénomes chez l'homme que chez la femme et après 55 ans qu'avant 55 ans explique que la VPP est plus élevée dans ces groupes.

La proportion plus faible des cancers au stade A de Dukes dans le groupe de forte positivité a déjà été rapportée [5, 6]. Cela suggère que ces lésions saignent moins régulièrement que celles des stades plus avancés. Les cancers avec métastases ganglionnaires sont situés essentiellement dans les groupes avec 1 ou 2 fenêtres positives et 5 ou 6 fenêtres positives, ce qui suggère que, dans ces tumeurs de stade évolué, le saignement a tendance à être très intermittent ou au contraire à être régulier. En revanche, le nombre de fenêtres positives ne dépend ni du siège du cancer ou de l'adénome, ni de la taille ou du degré de dysplasie des adénomes. Le caractère du saignement ne dépend pas de ces critères.

Au total, les résultats de cette étude indiquent que la valeur informationnelle du test Hémoccult® augmente avec le nombre de fenêtres positives. Ils suggèrent qu'il est nécessaire, en raison du saignement intermittent des tumeurs colorectales, de réaliser plusieurs prélèvements consécutifs.


Matériel et méthodes

Cette étude porte sur les 45 642 personnes nées entre 1914 et 1943 constituant la population de douze cantons de la Saône-et-Loire. Un test de dépistage du cancer colorectal par la recherche d'un saignement occulte dans les selles, Hémoccult®, est proposé tous les 2 ans. Une première campagne a été faite entre 1988 et 1989. Les campagnes de dépistage ont été répétées en 1990, 1992 et 1994. À chaque campagne, le test est d'abord proposé pendant 4 mois par les médecins généralistes et les médecins du travail. Par la suite, il est envoyé par la poste aux personnes qui ne l'ont pas fait, avec éventuellement une lettre de rappel 1 mois plus tard. Le test est fait sans régime alimentaire particulier. Il consiste à prélever, lors de trois selles consécutives, deux fragments de selles et à les appliquer sur un papier réactif imprégné de gaïac placé dans une plaquette cartonnée. L'endroit d'application du fragment de selles est désigné sous le terme de fenêtre (il y a 2 fenêtres par plaquette). Le test est ensuite envoyé au centre de lecture où il est lu, sans réhydratation, le jour même de sa réception. Il est considéré comme positif lorsqu'une couleur bleue apparaît au centre d'au moins une fenêtre ou diffuse du centre vers la périphérie une minute après l'application d'une solution de peroxyde d'hydrogène. Quand il est positif, une coloscopie est indiquée.

Cette étude porte sur les quatre premières campagnes de dépistage réalisées entre 1988 et 1994 [11]. Le taux de participation a été de 52,8 % à la première campagne, 54,0 % à la deuxième, 57,3 % à la troisième et 58,3 % à la quatrième. Cette étude porte sur les 1 231 personnes qui ont eu un test Hémoccult® positif et qui ont eu une exploration colique. Le stade des cancers découverts est défini selon la classification de Dukes en stades A, B et C [12] ; un quatrième stade est ajouté pour les patients qui ont des métastases viscérales. Les adénomes dépistés étaient classés selon leur taille et leur degré de dysplasie, d'après le compte rendu anatomopathologique, en « gros adénome » (diamètre >= 1 cm) et « petit adénome » (diamètre < 1 cm).

La variation de la valeur prédictive positive (VPP) du test selon le nombre de fenêtres positives et les caractéristiques des patients, ainsi que la distribution des tumeurs dépistées selon leurs caractéristiques (sous-localisation, stade du cancer, degré de dysplasie et taille de l'adénome) et le nombre de fenêtres positives du test sont analysées à l'aide d'un test kappa2 de Pearson ou un test kappa2 de tendance. La relation entre la VPP du test, pour cancer ou gros adénome, et le nombre de fenêtres positives (1 à 6) est évaluée par une régression linéaire. La comparaison de l'âge moyen entre les différents groupes est faite par un test t de student. Pour tous les tests, le seuil de significativité a été fixé à 5 %.

REFERENCES

1. Menegoz F, Black RJ, Arveux P, Magne V, Ferlay J, Buemi A, et al. Cancer incidence and mortality in France in 1975-1995. Eur J Cancer Prev 1997 ; 6 : 442-66.

2. Berrino F, Sant M, Verdecchia A, Capocaccia R, Hakulinen T, Esteve J. Survival of cancer patients in Europe. The Eurocare study. IARC SCI Publ n° 132, IARC, Lyon, 1995.

3. Kronborg O, Fenger C, Olsen J, Jorgensen OD, Sondergaard O. Randomized study of screening for colorectal cancer with fecal occult blood test at Funen in Denmark. Lancet 1996 ; 348 : 1467-71.

4. Hardcastle JD, Chamberlain JO, Robinson MHE, Moss SM, Amar SS, Balfour TW, et al. Randomized controlled trial of faecal occult blood screening for colorectal cancer. Lancet 1996 ; 348 : 1472-7.

5. Sommer T, Kronborg O. Possible causes of a positive Hemoccult-II test in a population screening for colorectal cancer. Eur J Cancer Prev 1996 ; 5 : 181-7.

6. Launoy G, Herbert C, Reaud JM, Thezee Y, Tichet J, Maurel J, et al. Haemoccult test properties according to type and number of positive slides in mass screening for colorectal cancer. Br J Cancer 1995 ; 72 : 1043-6.

7. Macrae FA, St John DJB. Relationship between patterns of bleeding and hemoccult sensitivity in patients with colorectal cancers or adenomas. Gastroenterology 1982 ; 82 : 891-8.

8. Farrands PA, Hardcastle JD. Factors affecting compliance with screening for colorectal cancer. Community Med 1984 ; 6 : 12-9.

9. Mandel JS, Bond JH, Church TR, Snover DC, Bradley GM, Schuman LM, et al. Reducing mortality from colorectal cancer by screening for faecal occult blood. N Engl J Med 1993 ; 328 : 1365-71.

10. Robinson MHE, Thomas WM, Pye G, Hardcastle JD, Mangham M. Is dietary restriction always necessary in Haemoccult screening for colorectal neoplasia ? Eur J Surg Oncol 1993 ; 19 : 539-42.

11. Tazi MA, Faivre J, Dassonville F, Lamour J, Milan C, Durand G. Participation in faecal occult blood screening for colorectal cancer in a well defined French population : results for five sceening rounds from 1988 to 1996. J Med Screening 1997 ; 4 : 147-51.

12. Dukes CE. The classification of cancer of the rectum. J Pathol 1932 ; 35 : 323-32.


 

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