ARTICLE
L'efficacité de la chimiothérapie cytotoxique est limitée, en pratique
clinique, par la survenue de toxicités dose-dépendantes, notamment hématologiques.
Le protocole de chimiothérapie optimal est celui qui permet d'obtenir
le meilleur index thérapeutique, c'est-à-dire une efficacité maximale
au prix de toxicités acceptables.
Du point de vue théorique, les modéles mathématiques peuvent
être utiles pour formaliser cet objectif. Ils sont conçus pour nous aider
à décrire la pharmacocinétique des agents antitumoraux ainsi que leurs
effets pharmacodynamiques exprimés en termes d'efficacité (effet sur les
cellules tumorales) et de toxicité (effet sur les cellules saines). Les
effets toxiques peuvent être pris en compte sous la forme de contraintes
imposées a priori au modéle. En corollaire, la modélisation
mathématique peut être utilisée pour construire des protocoles optimaux
d'administration.
Plusieurs approches et modéles ont été développés pour tenter
de réduire la masse tumorale, tout en maintenant les effets secondaires
dans des limites raisonnables. Un des premiers travaux sur le sujet [1]
cherche à déterminer la quantité minimale de médicament qu'il faut administrer
de maniére à ce que le nombre de cellules atteigne une valeur bien
déterminée à la fin du traitement. Le travail de Swan est entiérement
consacré aux systémes dynamiques qui interviennent dans la description
des phénoménes de prolifération cancéreuse [2]. Ce dernier présente
l'ensemble des techniques qui ont été élaborées pour aborder ce probléme
[3]. La caractéristique commune à tous ces travaux est la difficulté de
formuler et d'utiliser correctement la notion de rapport efficacité/toxicité.
Nous avons développé un modéle mathématique décrivant la pharmacocinétique
des agents antitumoraux, leur activité cytotoxique et leur toxicité hématologique
[4]. Ce modéle a été conçu pour adapter la posologie de plusieurs
médicaments, sur plusieurs cycles. Néanmoins dans cette étude, par souci
de simplicité, nous ne présentons que le cas où l'on administre un
seul médicament et les différents calculs ne sont effectués que sur le
premier cycle. De la même maniére, nous ne faisons pas figurer
ici l'ensemble des équations mathématiques (les équations de base sont
rassemblées dans l'annexe) et les détails des calculs, non nécessaires
à la compréhension des applications du point de vue clinique. Nous souhaitons
en effet présenter dans cet article la méthodologie utilisée de façon
compréhensible et pratique pour un clinicien non spécialiste de la modélisation.
Dans le ¤ Matériel et Méthodes sont présentés le modéle,
les contraintes, les protocoles optimaux et les données utilisées. Nous
recommandons au lecteur de s'y rapporter avant d'aborder le ¤ Résultats
(page 172).
Dans le ¤ Résultats, nous illustrons les possibilités de la méthodologie
introduite sur un médicament particulier : l'étoposide. à partir des données
pharmacocinétiques et pharmacodynamiques disponibles dans la littérature,
nous comparons par simulation le taux de réduction de la masse tumorale
et le nombre de globules blancs aprés administration d'une chimiothérapie
suivant certains schémas "usuels" d'administration (décrits dans la
littérature), puis suivant les protocoles optimisés, calculés par le modéle.
Résultats
études de simulation des schémas utilisés en clinique
La figure 1 montre les
courbes d'évolution au cours du temps de la taille de la tumeur (n(t)),
du nombre de globules blancs (WBC) (w(t)) prévues par le
modéle pour les schémas "usuels". Pour chacun de ces schémas,
w(t) demeure constamment au-dessus de WD
et le pourcentage minimal atteint de masse tumorale varie de 70,55 à 86,92
% respectivement pour les schémas 1 et 4.
Optimisation des protocoles
Résolution du probléme P
Sans imposer une dose maximale autorisée et avec les paramétres
fixés précédemment, la figure
2 montre les résultats (protocole temporel d'administration, courbes
c1(t), n(t), w(t))
obtenus en résolvant le probléme P. La dose totale administrée
prévue par les calculs est de 4,39 g, le pourcentage minimal atteint de
masse tumorale est de 16,9 %.
ÊEscalade de doses par résolution du probléme
P
Nous présentons ici une méthode s'appuyant sur les résultats d'optimisation
fournis par le modéle, afin de suggérer le choix le plus adapté
parmi les schémas "usuels", lorsque l'on décide de passer de l'administration
de 500 mg.m-2 à 1 g.m-2. Les figures
3 et 4 montrent les courbes n(t) et w(t)
obtenues, en appliquant les schémas 1 et 2 et en optimisant par résolution
du probléme P, respectivement dans chacun des cas : dose
de 500 mg.m-2 et dose de 1 g.m-2. Dans le premier
cas, la dose totale administrée est 0,875 g et le pourcentage minimal
atteint de masse tumorale est de 71,1 %. Dans le deuxiéme cas,
la dose totale administrée est 1,75 g et le pourcentage minimal atteint
de masse tumorale est de 47,7 %.
Sensibilité des protocoles au choix des contraintes
associées aux WBC
La figure 5 montre les
profils du protocole temporel d'administration obtenus par résolution
du probléme P pour différentes valeurs de WU,
WD, et TU. Quatre situations a,
b, c et d ont été analysées, illustrant des cas de
figures où le clinicien choisit des contraintes hématologiques plus
ou moins sévéres (tableau
1). Dans chaque cas, le modéle permet de calculer la dose totale
administrée, ainsi que le pourcentage minimal atteint de masse tumorale.
Les différents résultats sont résumés dans le tableau
1.
Optimisation avec contrïle de l'ASC
Nous résolvons ici le probléme P'. Les calculs prévoient
la possibilité d'administrer une dose totale de 1,5 g et le pourcentage
minimal atteint de masse tumorale est de 55,3 % par rapport à la masse
initiale.
Discussion
Nous avons voulu montrer comment, d'une part orienter le clinicien vers
le choix d'un protocole temporel d'administration parmi plusieurs, et
d'autre part, comment envisager une stratégie permettant une augmentation
des doses usuelles tout en assurant le maintien du nombre de leucocytes
au-dessus d'un niveau raisonnable, fixé par le clinicien.
Appliqué à la simulation rétrospective des schémas d'administration
utilisés en clinique, notre modéle confirme que tous ces schémas
"usuels" respectent de façon générale le seuil critique imposé pour
les leucocytes. Parmi les quatre schémas retenus, le pourcentage minimal
atteint de masse tumorale théorique le plus faible n'est que de 84 % ;
il est obtenu par le schéma 1.Cette faible réduction tumorale pourrait
contribuer à augmenter la probabilité d'apparition de résistances aux
médicaments et, ainsi, risque de compromettre l'efficacité des cures suivantes.
Dans l'optique de l'optimisation des protocoles d'administration des médicaments
cytotoxiques, la résolution mathématique du probléme P fait
apparaître la possibilité d'administrer des fortes doses, jusqu'à quatre
fois supérieures aux doses usuelles, tout en respectant les contraintes
portant sur les leucocytes.
La figure 2 montre que
le profil du protocole d'administration prévu par le modéle est
constitué de deux phases : une premiére phase à haute dose, suivie
d'une interruption, puis une deuxiéme phase à dose modérée, poursuivie
jusqu'au 21e jour. Ce mode d'administration apparaît comme
un compromis entre les schémas 1 et 4. La taille de la tumeur décroît
constamment et atteint son minimum aprés l'arrêt du traitement.
Le pourcentage minimal de masse tumorale théorique restante est nettement
inférieur à ceux obtenus avec les schémas usuels, ce qui devrait contribuer
à limiter les effets des résistances, donc accroître l'efficacité des
cures suivantes.
Concernant la gestion de l'escalade de doses et pour le palier de 500
mg.m-2, nous constatons que le modéle prévoit un protocole
d'administration qui est trés proche du schéma 1 (sur la figure
3 les courbes en gras pour, w(t) et n(t)
sont sensiblement plus voisines des courbes 1). En revanche, pour le palier
de 1 g.m-2, le modéle préconise cette fois un protocole
qui est plus proche du schéma 2 (sur la figure
4, les courbes en gras pour w(t) et n(t)
sont sensiblement plus voisines des courbes 2).
Cet exemple nous améne à réfléchir sur l'attitude à adopter lors
d'une escalade des doses et montre que la modélisation proposée peut être
un support pratique pour un clinicien qui, désireux d'augmenter les doses
chez un patient, se demande de quelle maniére il doit s'y prendre
(perfusion de longue durée, dose unique sur un jour...) pour obtenir un
pourcentage de masse tumorale le plus petit possible, tout en conser vant
le nombre des leucocytes au-dessus d'un seuil WD qu'il
s'est fixé à l'avance.
On observe ici que, lorsque l'on double la dose, il est souhaitable
de passer du schéma d'administration 1 au 2 ; le fait de conserver le
schéma 1 dans les deux cas serait préjudiciable du point de vue toxicité
puisque, dans le deuxiéme cas, pour la dose 1 g.m-2,
la simulation montre que le nombre de WBC passe au-dessous du seuil critique
WD imposé.
Les solutions obtenues sont fortement conditionnées par le choix des
contraintes associées aux WBC. La figure
5 montre ainsi combien le profil du protocole temporel d'administration
est sensible aux valeurs WU, WD et
TU utilisées dans les contraintes (C2) et (C3). Par
exemple, dans le cas a, les contraintes WU, WD
étant moins restrictives par rapport au cas c, les calculs montrent
la possibilité d'administrer des doses totales trés élevées (7,40
g) permettant d'atteindre un pourcentage minimal de masse tumorale trés
faible (4 %). à l'opposé, dans le cas d, c'est la contrainte TU
qui est plus restrictive, ce qui évidemment conduit à une dose totale
permise inférieure à celle obtenue en c, 3,99 g contre 4,39 g,
donc à un pourcentage minimal atteint de masse tumorale plus important,
20,4 % contre 16,9 %.
L'observation des profils des protocoles prévus par le modéle
dans les cas b et d où la contrainte est TU
= 4 jours, est riche d'enseignements. On constate que le protocole d'administration
se divise en trois phases prépondérantes : deux phases à hautes doses,
entrecoupées par une période à faible dose de trés courte durée,
puis une interruption et une troisiéme phase à dose modérée.
On comprendra que ce type de protocole d'administration, obtenu par
les calculs, est difficilement imaginable par des procédés empiriques
ou intuitifs. Ces résultats théoriques plaident en faveur de l'utilisation
de chimiothérapies à hautes doses [5] et laissent entrevoir la possibilité
de concevoir des protocoles temporels permettant l'administration de trés
fortes doses.
Nous constatons par ailleurs que si nous remplaçons les contraintes
dynamiques (C2), (C3) sur les WBC par la contrainte statique (C4) sur
l'ASC, le modéle prévoit une administration de dose totale du médicament
beaucoup plus faible (1,5 g versus 4,39 g) et que, par conséquent,
le pour centage minimal atteint de masse tumorale est lui-même plus faible
(55,3 % versus 16,9 %). Cette étude nous porte donc à penser que
la recherche des protocoles empiriques, assujettis à respecter une contrainte
sur l'ASC, conduira obligatoirement à proposer des administrations de
doses de médicament restrictives, en deçà de celles que l'on pourrait
envisager.
Matériel et méthodes
Le modèle mathématique
Le modèle pharmacocinétique
Le modèle compartimental utilisé est présenté
dans la figure 6. La fonction
"entrée", exprimant l'administration du protocole est
représentée par u(t). Nous notons c1(t)
la concentration à l'instant t du médicament dans
le sang, représenté par le compartiment 1, de volume de
distribution V1. Le compartiment 2, de volume de distribution
V2, n'est pas un compartiment de distribution, mais
plutôt un compartiment d'effet, la constante k2
exprime le processus d'élimination du médicament à
partir de ce compartiment ; nous notons c2(t)
la concentration du médicament qui est effectivement active à
l'instant t, sur les cellules cancéreuses. La constante
k12 permet d'exprimer le lien entre la concentration
c1(t) du médicament dans le sang et la
concentration c2(t) ayant une réelle efficacité
sur la tumeur. La constante k1 exprime l'élimination
du médicament à partir du compartiment 1, autre que celle
associée au passage dans le compartiment 2. Deux équations
(M1), (M2) (annexe) résultent de ces considérations,
à l'aide desquelles on peut calculer à tout instant les
quantités c1(t) et c2(t).
Nous pouvons attribuer différentes significations biologiques
au deuxième compartiment : il peut être considéré
comme l'ensemble des cellules tumorales sensibles directement au médicament
utilisé ou à un de ses métabolites actifs. Dans le
premier cas, k12 représenterait la constante
de transport de la molécule elle-même vers la cellule tumorale,
dans le second cas k12 représenterait la constante
du taux de métabolite produit.
Le modèle pharmacodynamique
Bien que les tumeurs soient connues pour être hétérogènes,
nous les considérons ici comme homogènes, non seulement
au cours de leur croissance naturelle, mais aussi après avoir été
perturbées par l'exposition à un agent antitumoral. Nous
supposons que le comportement de la croissance tumorale suit un modèle
de type Gompertz [6]. Nous supposons également que le médicament
ne devient actif que lorsque la concentration c2(t)
est supérieure à une concentration donnée CMIN,
et que le nombre de cellules tuées par l'action cytotoxique du
médicament est proportionnel au nombre de cellules tumorales n(t)
à l'instant t, à la concentration c2(t)-
CMIN et, à une constante k qui est supposée
quantifier le degré de capacité du médicament à
détruire les cellules cancéreuses sensibles [6, 8, 9]. Compte
tenu de ce qui précède, le nombre n(t) est
calculé à chaque instant par l'introduction d'une nouvelle
équation (M3) (annexe).
Le modèle de Gompertz est caractérisé par le paramètre
lambda qui exprime la vitesse de croissance de la tumeur et le paramètre
théta supposé représenter le nombre maximal possible
de cellules cancéreuses qu'une tumeur donnée peut atteindre.
La taille initiale de la tumeur, n0, est un autre paramètre
du modèle de l'équation (M3). Il est à noter que
l'on pourrait envisager d'utiliser d'autres modèles mathématiques
pour l'évolution de la masse tumorale tels que le modèle
de Bertalanffy, l'équation de Verhulst-Pearl ou les courbes de
Richard [9].
Les cibles des médicaments antitumoraux sont aussi bien les cellules
tumorales que les cellules saines à renouvellement rapide, tels
que les progéniteurs hématopoùétiques. Habituellement,
on utilise comme paramètre de contrïle de la toxicité
hématologique l'aire sous la courbe (ASC) [7, 10, 11]. Les calculs
montrent que ce paramètre est trop restrictif, en ce sens qu'il
conduit à une limitation excessive des doses maximales de médicament
que l'on pourrait administrer. A l'inverse, dans notre approche, la toxicité
est exprimée par l'introduction d'un modèle dynamique du
nombre de globules blancs, ce qui semble plus conforme à la réalité.
Ainsi, généralement, le nombre de globules blancs (WBC)
atteint au "nadir" des niveaux très faibles, d'où
un risque infectieux potentiel. Pour exprimer le plus précisément
possible ce type de toxicité, il est nécessaire d'avoir
à chaque instant t un calcul du nombre w(t)
de globules blancs. Le nombre w(t) est calculé par
une équation (M4) (annexe) en écrivant :
d'une part que la production naturelle des WBC se fait avec un taux sensiblement
constant rC et que l'élimination naturelle des
WBC suit un processus du premier ordre, c'est-à-dire la variation
du nombre de cellules dégradées naturellement est mu.
w (t) ;
d'autre part en introduisant le terme mu. w (t).c1(t-
tau ) qui quantifie le nombre de WBC détruites par le médicament,
le paramètre tau étant introduit pour décrire le
décalage observé en pratique entre le début du traitement
et le début de la chute des WBC.
Dans ce modèle, nous avons également introduit w0,
le niveau physiologique de WBC en l'absence de toxicité, c'est-à-dire
w0 = rC/nu.
Les contraintes
Les contraintes imposées a priori au modèle visent
à maintenir les toxicités prévisibles à des
niveaux acceptables.
Concentrations maximales
Nous considérons que c1(t) doit demeurer
constamment au-dessous d'un seuil CMAX [12], ce qui
se traduit par :
c1(t) ² CMAX (C1)
Cette contrainte peut-être considérée comme un contrïle
de la toxicité rénale du fait que le taux d'accumulation
du médicament dans les urines est directement proportionnel à
c1(t).
Contraintes sur les globules blancs
Nous formulons deux types de contraintes sur les WBC en considérant
deux seuils critiques. L'un, WD, au-dessus duquel les
WBC doivent impérativement demeurer afin d'éviter une leucopénie
sévère. Ceci conduit à une contrainte (C2) (contrainte
absolue) exprimée par la relation :
w(t) ³ WD (C2)
L'autre contrainte (contrainte relative) part du principe qu'il
est préférable, au cours d'un cycle de durée T,
que le temps tU durant lequel le nombre de WBC est au-dessous
de WU (WU > WD)
soit inférieur à un certain temps TU,
ce qui s'exprime par :
tU ² TU (C3)
Contrainte sur l'ASC
Nous noterons a(T) l'ASC de c1(t)
entre les instants 0 et T. Nous formulons alors un autre type de
contrainte en imposant à la quantité a(T)
de ne pas dépasser une valeur seuil AMAX fixée
[13]. On a donc :
a(T) ² AMAX (C4)
Protocoles optimaux
Nous considérons l'administration d'un agent antitumoral au cours
d'un seul cycle de durée tN et nous envisageons
un intervalle expérimental d'observation T donné
à l'avance. Soient également les temps 0 < t1
≤ t2 <... < tN ≤
T fixés. Si nous notons d1 la dose administrée
entre les instants 0 et t1, et di
la dose administrée entre les instants ti-1
et ti, pour 2 < i ≤N, la fonction
"entrée" u(t) est définie par :
La fonction u(t) représente donc le débit
d'administration du médicament. Chaque fois que nous nous donnons
une fonction "entrée" u(t), la résolution
des équations (M1) à (M4) permet de calculer à chaque
instant t les quantités c1(t),
c2(t), n(t), w(t).
Par conséquent, à chaque choix pour les doses d1,
d2,..., dN (ou, ce qui est équivalent,
à chaque choix de la fonction u(t)), correspond un
profil parfaitement déterminé pour les quatre quantités
précédentes au cours du temps. Pour un choix de doses d1,
d2,..., dN nous dirons en abrégé
que l'on applique le protocole d = [d1 d2
... dN].
Un protocole d sera dit P-admissible s'il respecte les
contraintes (C1) à (C3). Autrement dit, un protocole P-admissible
est un protocole qui va générer des quantités c1(t),
c2(t), n(t), w(t)
qui vérifieront à chaque instant t, les inégalités
(C1) à (C3).
Un protocole d sera dit P'-admissible s'il respecte les
contraintes (C1) et (C4). Autrement dit, un protocole P'-admissible
est un protocole qui va générer des quantités c1(t),
c2(t), n(t), w(t)
qui vérifieront à chaque instant t, les inégalités
(C1) et (C4).
Pour chaque protocole d, P-admissible ou P'-admissible,
entre les instants 0 et T, le nombre de cellules tumorales n(t)
passe par un minimum que nous notons n*(d).
Les problèmes (P) et (P') que nous résolvons
dans ce travail sont les suivants :
Problème (P) : parmi tous les protocoles
P-admissibles d, déterminer le protocole d* = [d*1
d*2... d*N], que nous appellerons
P-optimal, qui conduit à un nombre minimum de cellules cancéreuses
n*(d*) qui soit le plus petit possible de tous les
nombres n*(d*) obtenus lorsque d parcourt l'ensemble
des protocoles P-admissibles.
Problème P' : parmi tous les protocoles P'-admissibles
d, déterminer le protocole d* = [d*1
d*2 ... d*N], que nous appellerons
P'-optimal, qui conduit à un nombre minimum de cellules
cancéreuses n*(d*) qui soit le plus petit
possible de tous les nombres n*(d*) obtenus lorsque d
parcourt l'ensemble des protocoles P'-admissibles.
Nous noterons u*(t), la fonction représentant l'administration
les doses optimales d*.
Il est important de remarquer que, contrairement à ce qui est
proposé jusqu'à présent dans la littérature
[2, 3, 14-17], notre critère d'optimisation n'est pas fondé
sur la sélection d'un protocole P ou P'-admissible
qui conduit à un nombre minimal de cellules tumorales le plus bas
à l'instant tN, date de fin du cycle, mais sur
la sélection de celui qui va faire baisser le nombre de cellules
tumorales le plus profondément entre les instants 0 et T.
Le choix d'un tel critère semble être plus indiqué
pour minimiser la probabilité d'apparition de cellules chimio-résistantes
qui, selon la théorie de Goldie-Coldman, augmente avec la taille
de la tumeur [18].
Les données
Pour illustrer notre méthodologie, nous avons utilisé
les données relatives à l'étoposide et disponibles
dans la littérature.
Pharmacocinétique
Selon ces données, pour un patient ayant une surface corporelle
de 1,75 m2, le volume de distribution et la clairance totale
pour l'étoposide dans le plasma sont : V1 = 25
l et CL = 50 l.j-1 [19, 20]. Ces valeurs conduisent
à une constante d'élimination totale de k1
+ k12 = 2 j-1.
En revanche, aucune donnée n'est pour le moment disponible sur
les paramètres du compartiment d'effet. Nous faisons donc les choix
arbitraires suivants : le volume de distribution V2
= 15 l ; la constante k12 = 0,4 j-1,
c'est-à-dire le quart de k1 = 1,6 j-1
; la constante d'élimination à partir du compartiment d'effet
est supposée être la moitié de celle du compartiment
plasmatique, on choisit donc k2 = 0,8 j-1.
Pharmacodynamie-efficacité
Pour les valeurs du nombre de cellules tumorales, maximale et initiale,
on a choisi respectivement théta = 1012 et n0
= 30.109 cellules. Ces valeurs correspondent à des tumeurs
virtuelles de masses respectives 1 kg et 30 g. En supposant que, sans
traitement, une tumeur composée de théta /30 cellules cancéreuses
double de taille en 2 mois, nous avons lambda = 3.10-3
j-1. La concentration seuil CMIN au-dessous
de laquelle le médicament est inefficace est choisie à CMIN
= 0,1 mu g.ml-1 [21, 22]. Enfin, nous supposons qu'une
tumeur, sans croissance et en présence permanente d'une concentration
de médicament de 5 mu g.ml-1, décroît
de moitié dans un délai de 4,5 jours. Cette hypothèse
conduit à choisir la valeur de 30 g-1.l j-1
pour k. Cette valeur utilisée dans le modèle permet
de confirmer les taux de réponses décrits dans la littérature
pour le cancer de poumon à petites cellules [12, 19, 22].
Pharmacodynamie-toxicité
Les données sur les WBC ont été fixées d'après
le travail de Karlsson et al. [23]. Ainsi, nous avons choisi mu
= 80 g-1.l.j-1 associé à
un retard tau = 5 jours. Le niveau physiologique des WBC est fixé
à w0 = 8 x 109.l-1
et la constante d'élimination à nu = 0,15 j-1.
Avec ces valeurs pour w0 et nu, le taux de production
de WBC est égal à rC = 1,2 x 109.l-1.j-1.
Contraintes
Pour concentration maximale permise, nous avons choisi CMAX
= 10 mg.ml-1 [11]. Le seuil de leucopénie absolue
WD est 2 x 109.l-1 (25 %
de w0) correspondant aux valeurs du "nadir"
minimum [22]. Pour les contraintes (C2) et (C3), nous avons pris WU
= 3 x 109.l-1 pour le seuil de leucopénie
relative et TU = 7 jours, c'est-à-dire le nombre
de WBC ne doit pas rester au-dessous de WU plus de sept
jours au cours d'un cycle. Enfin, nous avons choisi AMAX
= 30 mu g.ml-1.j, valeur déduite du modèle
sigmoùde d'effet maximum de Stewart [13] pour un "nadir"
de 25 % de w0. Cette valeur limite à 1,5 g la
dose maximale autorisée pour un patient avec une clairance de CL
= 50 l.j-1.
Schémas de chimiothérapie utilisés
en clinique
Nous avons travaillé à partir de quatre schémas
différents d'administration de l'étoposide décrits
dans la littérature : 500 mg.m-2 perfusés
sur un jour [21], 100 mg.m-2.j-1 perfusés
en 2 h par jour, pendant les cinq premiers jours du cycle [21], 150 mg.m-2.j-1
perfusés en 1 h par jour, pendant les jours 1, 3, 5 [13], 25 mg.m-2.j-1
perfusés chaque jour pendant 21 jours [22].
Le traitement est administré pendant un cycle de durée
21 jours, donc tN = 21 jours. Les simulations sont effectuées
sur un intervalle de durée T = 31 jours.
|
Annexe
Les équations de base du modèle mathématique
sont :
Ce sont des équations différentielles et à
différences. Elles sont présentées avec leurs
conditions initiales associées.
|
CONCLUSION
La résolution du probléme de l'adaptation de la posologie en chimiothérapie,
où l'on doit contrïler efficacité et toxicité tout en prenant
en compte de nombreux facteurs, semble difficilement gérable de maniére
totalement empirique, ce qui pourrait expliquer en partie la variabilité
des résultats observés en pratique clinique. Cette étude repose sur la
construction d'un modéle mathématique ayant pour but de formaliser
les difficultés inhérentes à ce domaine. Cette nouvelle approche offre
l'avantage d'une appréhension rationnelle d'un probléme trés
complexe pour lequel l'outil mathématique devient, au-delà de son rïle
descriptif, un véritable support intellectuel permettant de nous aiguiller
vers des stratégies difficilement concevables par ttonnements.
Il faudra maintenant confronter ces résultats avec différentes
données obtenues en clinique, prenant en compte l'apparition des
phénoménes de résistance, l'administration simultanée
de plusieurs médicaments sur plusieurs cycles ainsi que l'utilisation
des facteurs de croissance hématopoùétiques. Ce travail
est en cours au sein de notre équipe et devrait déboucher,
dans les prochains mois, sur la mise en route à l'hôpital
Lyon-Sud d'un essai de phase I testant une chimiothérapie de type
cisplatine-étoposide entiérement monitorée par un
modéle formel, dans le traitement du cancer bronchique à
petites cellules métastatique.
Article reçu le 22 avril 2002, accepté le 28 octobre 2002
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