ARTICLE
Les cancers colorectaux peuvent schématiquement se diviser
en deux grandes catégories, selon qu'ils sont héréditaires
ou non.
Les cancers héréditaires à transmission
autosomique dominante, qui représentent 5 à 10 % des
cancers colorectaux [1], sont eux-mêmes subdivisés en deux
groupes. Le premier réunit les cancers caractérisés
par la présence de polyadénomes multiples : c'est la polypose
adénomateuse familiale, dite FAP ou familial adenomatous polyposis.
Cette maladie, qui représente moins de 1 % des cancers colorectaux,
est caractérisée par la présence d'un grand nombre
d'adénomes ou de polypes adénomateux. Dans le deuxième
groupe figurent les cancers sans polyadénomes, ou syndrome de Lynch
ou hereditary non polyposis colon cancer (HNPCC).
Les cancers dits sporadiques, qui n'ont pas de contexte
héréditaire évident et sont caractérisés
par la présence d'adénomes susceptibles d'évoluer
en carcinomes. Ces cancers représentent la majorité des
néoplasies colorectales.
Il est intéressant de remarquer que, dans la polypose adénomateuse
familiale comme dans les cancers sporadiques, des mutations du gène
APC ont été mises en évidence [2-5]. Dans
la maladie familiale, la mutation initiale est d'origine germinale et
constitutionnelle, dans le cancer sporadique, elle est somatique. Dans
les deux cas, la mutation du gène aboutit généralement
à l'expression d'une protéine tronquée. On s'interroge
de ce fait sur le rôle joué par cette anomalie dans la genèse
du cancer colorectal.
Le rôle de la protéine APC dans le développement
des tumeurs commence à être mieux compris. Des études
physiologiques et biochimiques ont montré que l'APC sauvage pouvait
réguler la croissance, l'adhérence et la migration cellulaires.
Les caractéristiques de cette protéine seront décrites
ainsi que l'incidence de certaines mutations sur la formation des tumeurs
et leur évolution. Cette revue complète celle publiée
récemment [6].
Génétique
Des études moléculaires et génétiques ont
montré que les individus portant une mutation germinale du gène
APC localisé sur le chromosome 5q21 étaient prédisposés
au développement d'un cancer du côlon [7]. Cette prédisposition
touche en France environ 2 000 sujets [8]. La polypose rectocolique familiale
est caractérisée par l'apparition de polypes adénomateux
dans le côlon et le rectum pendant les premières décennies
de la vie. Faute d'ablation chirurgicale, les individus affectés
développent un carcinome vers l'âge de 40 ans. Les mutations
constitutionnelles du gène APC dans la FAP sont nombreuses
et diverses ; elles sont présentes dans tous les tissus de l'organisme
mais, dans les cellules du côlon, une mutation somatique du deuxième
allèle s'installe [9, 10]. L'inactivation somatique du second gène
normal hérité du parent non atteint a été
montrée dans 19 cas sur 24 dans des adénomes de malades
atteints de FAP [11]. L'inactivation du 2e allèle amplifie
l'effet prolifératif induit par la première mutation. Selon
d'autres travaux, l'hyperméthylation de la région promotrice
du gène APC pourrait également être impliquée
dans la progression du cancer du côlon [12] dans la mesure où
cette hyperméthylation correspond souvent à une réduction
de la transcription du gène.
Dans le cas des cancers sporadiques, les deux mutations sont d'origine
somatique. Un premier événement inactive un seul des deux
gènes de la cellule. Un deuxième fait disparaître
l'expression du gène resté jusqu'à présent
normal. Dans les carcinomes sporadiques, la mutation des deux allèles
a pu également être mise en évidence [13].
Dans les tumeurs colorectales sporadiques, qu'elles soient bénignes
ou malignes, il y a mutation du gène APC. Ce résultat
suggère que la mutation de l'APC est un événement
précoce de la tumorigenèse colorectale [13].
Des délétions alléliques des chromosomes 17 et
18 peuvent cependant se surajouter [14], ainsi que d'autres mutations
que celles du gène APC, mais il ne semble pas qu'elles soient
à l'origine du cancer du côlon. Ainsi, le gène de
P53 est muté dans 80 % des cancers colorectaux, mais les individus
qui présentent cette mutation n'ont pas de prédisposition
particulière au cancer du côlon comme c'est le cas pour la
mutation du gène APC [15]. Le gène ras est
également muté ; cependant ses mutations ne constituent
vraisemblablement pas l'altération initiale dans le développement
des tumeurs colorectales, dans la mesure où les petits adénomes
provenant de malades avec ou sans FAP ne les contiennent pas fréquemment
[14].
Les localisations des mutations sur le gène APC sont variées
et peuvent être corrélées, dans une certaine mesure,
à des manifestations cliniques. Ainsi, des mutations en amont du
codon 157 [16] sont associées à une forme atténuée
du cancer, caractérisée par un nombre restreint d'adénomes
dont l'apparition est retardée. Des mutations localisées
entre les codons 169 et 1464 [17] correspondent à l'émergence
d'un nombre important d'adénomes. Les mutations germinales affectent
deux points chauds, les codons 1061 et 1309. Les mutations somatiques
sont principalement concentrées au niveau des codons 1301 et 1450
[13, 18].
Des données épidémiologiques ont montré
que le régime alimentaire ou les conditions de vie pouvaient favoriser
ou non l'apparition d'un cancer du côlon [19].
Caractéristiques
de la protéine APC
La protéine APC normale est une molécule de 2 843 acides
aminés qui comporte quatre domaines : un domaine aminoterminal
qui permet son oligomérisation, un domaine qui renferme des motifs
armadillo (motifs trouvés dans la protéine armadillo
de la drosophile, homologue de la beta -caténine chez les vertébrés),
une région centrale constituée de séquences répétées
d'acides aminés et une partie carboxyterminale (figure
1).
Les altérations génétiques observées au
cours du cancer colorectal génèrent l'expression d'une protéine
tronquée, soit par une mutation faux sens (codon stop) ou par insertion
ou délétion de nucléotides conduisant à un
décalage du cadre de lecture. Dans ces conditions, la protéine
est généralement amputée de son groupement carboxyterminal
[20]. Cependant, dans 15 % des cancers colorectaux, une protéine
APC intacte reste synthétisée [21]. Il faut préciser
cependant que les protéines tronquées sont souvent instables
et ne sont pas toujours faciles à détecter.
La protéine tronquée reste néanmoins capable de
s'associer à la protéine normale et pourrait ainsi l'inactiver
par une action dominante négative [22], propriété
qui n'a pas été démontrée in vivo [23],
mais qui permettrait de comprendre comment l'inactivation d'un seul allèle
du gène APC pourrait dans certains cas contribuer à
la tumorigenèse.
Chez les malades atteints de FAP, les tumeurs sont généralement
localisées dans les cellules épithéliales du côlon,
alors que, chez ces malades, d'autres tumeurs peuvent être présentes
comme des tumeurs desmoïdes, des voies biliaires, de la thyroïde
ou du système nerveux central (syndrome de Turcot) [24-26].
Bien que la protéine APC normale soit exprimée dans un
grand nombre de tissus, l'expression de ses mutants est généralement
limitée aux cellules du côlon. Cependant, sa forme tronquée
a été détectée dans quatre lignées
lymphoblastoïdes obtenues chez 7 malades atteints de FAP [21].
Ces données attestent donc que la protéine APC jouerait
un rôle spécifique dans la tumorigenèse des cellules
du côlon, et que son effet serait redondant dans les autres types
cellulaires.
Modèles
animaux
On dispose de modèles murins qui reproduisent plus ou moins fidèlement
la maladie humaine :
la lignée de souris Min (multiple intestinal neoplasia)
a été établie à partir de souris traitées
par la nitroso-éthyl-urée ; ces souris portent une mutation
dominante pour le locus Min qui a été identifié à
Apc [27, 28] ;
des souris mutantes hétérozygotes Apc716ont
été produites par manipulation génétique,
récemment [29]. Ces deux mutants murins développent des
adénomes et des carcinomes au niveau de l'intestin. Chez les souris
mutantes Min, une mutation non sens de l'exon 15 du gène Apc
est présente et, chez les souris Apc716,
la partie carboxyterminale de la protéine est tronquée à
partir de l'acide aminé 716.
Chez les souris Min qui développent des adénomes intestinaux
multiples et possèdent des mutations du gène Apc
identiques à celles trouvées dans la FAP, le nombre de polypes
varie d'une souche de souris à l'autre. Les variations ainsi observées
ont pu être attribuées au gène Mom 1 (pour «
modifier of Min ») qui code pour la phospholipase A2, impliquée
dans la synthèse de l'acide arachidonique ; or, chez les souris
Min, l'augmentation de la phospholipase exerce un effet protecteur [30].
Ce résultat démontre que le phénotype de la FAP peut
être affecté par la modification d'un locus indépendant
de celui de l'APC.
Organisation
de l'épithélium intestinal
Les entérocytes sont issus des cellules souches situées
dans la crypte de Lieberkühn et migrent du pôle basal vers
le pôle apical, le long de l'axe villositaire, sous forme d'une
couche de cellules épithéliales. Pendant la différenciation
normale des entérocytes, il y a équilibre entre l'adhérence
cellule-cellule et l'adhérence cellule-membrane basale. Les cellules
prolifèrent activement dans le tiers inférieur de la crypte,
elles migrent et entrent en apoptose ou mort programmée à
l'apex [31] (figure 2).
Au cours de la formation des adénomes, les entérocytes
s'accumulent à la base de la crypte indiquant vraisemblablement
un défaut dans l'adhérence et/ou dans la migration des cellules.
L'équilibre entre division et mort cellulaire est perturbé,
entraînant une prolifération anarchique des cellules de la
crypte et un déficit d'apoptose. Ces déséquilibres
peuvent être imputés à certaines mutations de la protéine
APC qui, dans les conditions normales, peut réguler la division
cellulaire et l'apoptose, l'adhérence et la migration cellulaires.
APC, croissance et mort cellulaires
Dans les cellules épithéliales normales du côlon,
l'APC se concentre dans les cellules situées au sommet de la villosité
[13]. L'augmentation de son expression coïncide ainsi avec la maturation
des cellules. L'expression de protéines APC anormales perturbe
la multiplication et l'apoptose de la cellule, conduisant à une
expansion relative du nombre des cellules contenant l'APC mutée.
En effet, il a été montré in vitro que l'on
pouvait rétablir le programme d'apoptose en exprimant de façon
inductible la forme sauvage dans des cellules colorectales humaines [32].
D'autres auteurs ont montré que l'APC intervenait également
dans la régulation de la phase G1 du cycle [33] : dans la lignée
cellulaire fibroblastique NIH-3T3, l'expression de l'APC sauvage entraînait
une diminution de l'expression de la kinase dépendant des cyclines,
la cdk2 active dans la phase G1, alors que la protéine APC mutée
était incapable de réguler l'activité de la kinase
cdk2.
À partir d'échantillons d'intestins normaux ou de polypes
prélevés chez les patients atteints de FAP, à l'occasion
d'une ablation chirurgicale, Zhang et al. [34] ont montré
que la croissance cellulaire était perturbée dans les adénomes
et les carcinomes du côlon avec une surexpression de la cycline
D, cycline de la phase G1 du cycle et de la kinase associée, cdk4.
Des résultats similaires ont été obtenus chez les
souris Min. Ainsi, les protéines impliquées dans la progression
des cellules dans la phase G1 du cycle se trouvent dérégulées
quand la protéine APC est anormale.
APC et liaison avec des protéines spécifiques
APC et beta -caténine
L'APC se lie à la beta -caténine [35, 36] qui a été
originellement associée à la zone d'adhérence des
cellules épithéliales. La beta -caténine se lie au
domaine cytoplasmique des cadhérines et à l' alpha -caténine.
Elle est reliée au réseau d'actine via l' alpha -caténine
[37]. L'APC se lie à la beta -caténine par deux régions
différentes : la première est constituée par 3 x
15 répétitions d'acides aminés entre les acides aminés
1020 et 1169 et un second motif qui comprend des répétitions
de 20 acides aminés compris entre les acides aminés 1324
et 2075 (figures 1
et 3). Bien que de nombreux mutants de l'APC aient perdu au
moins l'un des deux sites de fixation, ils gardent la capacité
de se lier à la beta -caténine.
L'APC pourrait jouer un rôle important dans l'adhérence
cellulaire par ses capacités de liaison avec les beta - et gamma
-caténines (plakoglobine) en modulant l'expression de la beta -caténine
libre et fixée dans la cellule. En effet, certaines lignées
de cellules du côlon qui expriment l'APC mutée contiennent
des taux importants de beta -caténine. La transfection de ces cellules
avec l'APC sauvage ou avec des fragments contenant la partie centrale
des 20 acides aminés réduit significativement la quantité
totale de beta -caténine [38]. Une surexpression de l'APC sauvage
induit une augmentation du catabolisme de la beta -caténine. La
région de l'APC responsable de la régulation de la beta
-caténine est localisée dans la partie centrale de la molécule,
qui est également le domaine phosphorylable par la glycogène
synthétase ou GSK3 [39]. La forme phosphorylée de l'APC
aurait une affinité plus importante pour la beta -caténine
que la forme non phosphorylée. L'hypothèse émise
est que l'APC « pressentirait » l'excès de beta -caténine
intracellulaire. Elle s'associerait alors plus fortement à la GSK3
qui la phosphoryle et à la beta -caténine pour en démarrer
la dégradation protéolytique, via la voie ubiquitine-protéasome
[40].
Il existe un équilibre entre cadhérine/ beta -caténine
et APC/ beta -caténine, les liaisons de la beta -caténine
avec les cadhérines ou avec l'APC étant mutuellement exclusives
[41, 42] ; la phosphorylation de ces protéines modulerait les affinités
d'interactions. Une surexpression in vivo d'une forme dominante
négative de la N-cadhérine, capable d'interagir avec la
beta -caténine ou la plakoglobine dans les entérocytes murins,
induit des altérations au niveau de l'adhésion et de la
migration cellulaire. La forte expression de la forme dominante négative
déplace l'équilibre d'interaction entre les différents
partenaires de la beta -caténine, dont l'APC [43]. La perte de
l'expression de la E-cadhérine entraîne une dissociation
des cellules de leur environnement [44]. Un déplacement de l'équilibre
APC, cadhérine, beta -caténine quand l'APC est mutée
peut modifier l'adhérence cellulaire. Une interruption des contacts
cellule-cellule et de la signalisation pourrait modifier le comportement
de la cellule.
En plus des fonctions d'adhésion, la beta -caténine est
impliquée dans des processus indépendants de signalisation.
Elle s'associe aux facteurs LEF (lymphoid enhancer binding factor)
ou TcF (T cell factor) [45], le complexe est alors transloqué
dans le noyau où il régule l'activité transcriptionnelle
de gènes cibles. L'APC pourrait réguler la formation du
complexe transcriptionnel beta -caténine-LEF. La perte de fonction
de l'APC induirait une activation transcriptionnelle incontrôlée
des gènes cibles de TcF ou de LEF et contribuerait de ce fait à
la tumorigenèse du côlon [46, 47]. Comme cela a été
précisé récemment, un défaut de la formation
du complexe transcriptionnel peut résulter également de
mutations de la beta -caténine [48].
APC et microtubules
L'APC s'associe aux microtubules [49] (figure
3). Cette interaction nécessite la présence du groupement
carboxyterminal de la protéine APC qui est absent dans les adénocarcinomes
des malades atteints de FAP et dans les carcinomes coliques sporadiques.
Au cours de la formation des polypes, les cellules s'accumulent dans la
crypte, ce qui suggère un dérèglement de la migration
cellulaire. L'interaction de l'APC et des microtubules serait cruciale
pour la migration cellulaire.
Dans des lignées de cellules épithéliales rénales
(MDCK) et intestinales (IEC-6), l'APC se trouve dans les zones de protubérance
de la membrane cellulaire qui contient des microtubules [50]. Elle serait
importante pour la migration cellulaire, de par sa localisation en bordure
de la cellule migrante, alors que les microtubules sont nécessaires
à la stabilisation des protubérances cellulaires impliquées
dans cette migration.
La migration des cellules intestinales a été particulièrement
étudiée in vivo chez la souris. Trois à cinq
jours sont nécessaires à l'accomplissement d'un cycle depuis
la prolifération des entérocytes jusqu'à leur apoptose.
Lorsque l'APC est surexprimée in vivo, la migration des
cellules devient désordonnée [51].
Interaction de l'APC avec d'autres constituants
cellulaires
En sus de la beta -caténine, de la GSK3 et des microtubules,
l'APC peut se lier à d'autres protéines : la protéine
EB1 de 31 kDa [52] dont on ignore encore la fonction, mais aussi la protéine
DLG, produit de l'homologue du discs large gene de la drosophile
[53]. La protéine EB1 est exprimée dans de nombreuses lignées
de cancer du côlon mais également dans des lignées
de cellules fibroblastiques et épithéliales. On a montré
que la protéine DLG était colocalisée avec l'APC
dans le cytoplasme des cellules épithéliales du côlon
chez le rat. EB1 et DLG se lient au niveau de la partie carboxyterminale
de l'APC qui est systématiquement tronquée dans les cancers
du côlon. Les protéines EB1 et DLG pourraient être
impliquées dans la croissance et la migration cellulaires associées
à l'APC.
Conservation structure/fonction au cours de l'évolution
Une étape importante dans la compréhension du rôle
de l'APC dans le développement fut la découverte d'un homologue
de l'APC chez la drosophile ou D-APC [54]. Un homologue de la beta -caténine
existe également chez la drosophile, la protéine armadillo.
La liaison armadillo/D-APC est régulée par ZW3 (zest-white
3) qui est une kinase homologue de la GSK3. La kinase ZW3 est capable
de phosphoryler armadillo comme la GSK3 est capable de phosphoryler
la beta -caténine chez les vertébrés. Armadillo
réagit avec la D-APC et avec la cadhérine d'insecte. Il
est remarquable de constater que la conservation structure/fonction n'est
pas limitée à ces protéines d'adhésion, mais
se continue dans la signalisation cellulaire. En effet, le taux de beta
-caténine est régulé par l'APC mais aussi par la
protéine Wnt-1 dont il existe un homologue chez la drosophile,
Wingless ou Wg [55, 56]. Des études récentes chez la souris
et Xenopus laevis ont montré que la signalisation par Wnt
induisait la formation d'un complexe hétérodimérique
contenant la beta -caténine et un membre de la famille LEF (lymphoid
enhancer factor) [57]. Le complexe beta -caténine/LEF pénètre
dans le noyau pour y excercer semble-t-il une activité transcriptionnelle.
L'APC, en coordination avec ZW3/GSK3, inhiberait l'activité transcriptionnelle
du complexe LEF- beta -caténine [47].
Étiologie et thérapeutique
Des études étiologiques et l'utilisation de modèles
animaux ont permis de démontrer le rôle de l'alimentation
dans le développement des cancers colorectaux. Par exemple, les
huiles de poisson qui renferment des acides gras polyinsaturés,
comme l'acide éïcopentaénoïque et l'acide docosahéxanoïque
ou DHA, diminuent l'incidence des cancers expérimentaux [58, 59].
Parallèlement, on observe une régression de la prolifération
de la muqueuse quand les malades sont traités par certains acides
gras [60, 61].
Une nourriture riche en fibres est, par ailleurs, protectrice vis-à-vis
du cancer du côlon. Cet effet a pu s'expliquer, expérimentalement,
par la propriété qu'a le butyrate de sodium, qui provient
de la fermentation bactérienne des fibres alimentaires, d'induire
l'apoptose dans des cultures de cellules d'adénomes et de carcinomes
[62].
Par des études épidémiologiques, il a été
mis en évidence que les personnes qui prennent régulièrement
de l'aspirine ont un risque plus faible de développer un cancer
du côlon que la population générale [63]. L'administration
de médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens
(AINS) réduit le nombre et la taille des adénomes, que ce
soit chez les malades atteints de FAP [64, 65] ou chez les souris Min
et Apc716 [66]. Expérimentalement, le développement
des tumeurs du côlon et leur nombre sont réduits quand le
sulindac, une molécule de la classe des AINS, est administré
en même temps que l'azométhane, agent carcinogène
chez le rat [67].
Le mécanisme cellulaire responsable de l'activité antinéoplasique
des dérivés du sulindac a été partiellement
élucidé : en effet, le médicament ou ses métabolites
sont des inhibiteurs de l'activité de la cyclooxygénase
2 ou Cox2, impliquée dans la synthèse des prostaglandines
à partir de l'acide arachidonique. Contrairement à l'isoenzyme
Cox1 qui est constitutif, Cox2 est induit après activation par
de nombreux facteurs, comme les facteurs de croissance, les cytokines,
les promoteurs de tumeurs. Il est surexprimé dans les tumeurs du
côlon [68], son activité est bloquée par les AINS
dans les modèles murins [69]. Les médicaments type sulindac
agiraient donc sur le cancer du côlon en inhibant l'action antiapoptotique
de la prostaglandine pGE2 et en compensant de ce fait les anomalies dues
à la mutation de l'APC. Cet effet a été mis en évidence
in vivo mais aussi in vitro, sur des cultures cellulaires
[70]. La démonstration de l'implication de Cox2 dans la cancérogenèse
du côlon a été apportée récemment [71],
grâce à l'obtention des souris doublement invalidées,
APC716 et Ptgs2/ (le gène
de Cox2). Une absence de la protéine Cox2 dans ces doubles mutants
réduit considérablement le nombre et la taille des polypes
adénomateux chez les souris APC716. Ce résultat
conforte l'hypothèse selon laquelle Cox2 et la voie des prostaglandines
seraient impliquées dans la maladie ; en effet, l'augmentation
de la synthèse de l'acide arachidonique, précurseur des
prostaglandines, protège les souris Min contre le développement
des tumeurs du côlon. Le mode d'action de ces médicaments
est vraisemblablement plus complexe ; en effet, le sulindac, ajouté
in vitro dans une culture de cellules de carcinome du côlon,
diminue la concentration de prostaglandine E2 mais augmente aussi la quantité
d'ARNm de l'APC [72].
Remerciements
Nous remercions vivement Olivier Delattre pour nous avoir aidés
dans la relecture de cette revue.
CONCLUSION
La protéine APC sauvage est une protéine plurifonctionnelle
qui intervient dans le contrôle de certaines fonctions cellulaires
essentielles telles que la division cellulaire (multiplication et apoptose),
l'adhérence et la migration. Une revue très détaillée
couvre l'ensemble de ses fonctions [73]. On ne connaît pas encore
parfaitement son rôle dans la tumorigenèse du côlon.
Il semble que l'une de ses fonctions majeures serait de réguler
la formation et l'accumulation des complexes nucléaires beta -caténine-Tcf
ou LEF, modulant ainsi l'expresssion des gènes cibles de ces facteurs
de transcription
Des mutations ou des aberrations du gène APC ont été
découvertes dans d'autres types de cancer que celui du côlon.
Par exemple, une mutation a été retrouvée dans 7/13
hépatoblastomes sporadiques [74], dans 9/31 carcinomes mammaires
[75], et une altération de l'expression de l'APC est signalée
dans 2/25 mélanomes humains [76].
Dans un domaine différent, des études récentes
on montré que l'APC pouvait exercer un effet sur la régulation
de la migration cellulaire au cours de la tubulogenèse épithéliale
[77].
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