ARTICLE
Le traitement par tamoxifène (TAM), antistrogène
non stéroïdien, s'est montré depuis de nombreuses années
très efficace dans l'hormonothérapie des cancers du sein.
La principale valeur prédictive de la réponse au tamoxifène
demeure la présence de récepteurs aux strogènes
(RE) ainsi que de récepteurs à la progestérone (RP).
Environ 70 % des tumeurs du sein expriment des RE et parmi ces tumeurs
70 à 80 % répondent positivement à l'action du tamoxifène
(Hull et al., 1983). Cependant, après une première
phase de réponse pouvant aller de quelques mois à plusieurs
années, certaines de ces tumeurs développent un phénotype
de résistance. L'explication première semblerait être
la perte des RE ; pourtant dans la majorité des cas, ces tumeurs
continuent à exprimer des RE ainsi que des RP. De plus, il est
à noter que ces tumeurs demeurent fréquemment sensibles
à des hormonothérapies de deuxième voire de troisième
intention utilisant par exemple des antiaromatases. Cela indique que ce
type de non-réponse serait principalement dirigé contre
le principe d'action du tamoxifène (Osborne et Fuqua, 1994).
Le RE appartient à la super-famille des récepteurs aux
hormones stéroïdiennes et fonctionne comme un facteur de transcription
activé par un ligand (Tonetti et Jordan, 1995). Il est localisé
dans le noyau des cellules cibles des strogènes. Le RE est
divisé en 5 domaines (figure
1). Les domaines A/B et E contiennent les fonctions d'activation
transcriptionnelle (Kumar et al., 1987). Le domaine E est impliqué
dans la liaison au ligand ainsi qu'aux protéines de chocs thermiques
appelées hsp. Le domaine C confère à la protéine
sa configuration en « doigts de zinc ». La dimérisation
concerne les domaines C et E. Enfin, le domaine D contient le signal de
localisation nucléaire.
L'stradiol, après avoir pénétré dans
une cellule cible, va pouvoir se lier au RE qui est localisé dans
le noyau. En l'absence de ligand, le RE est dans un état inactivé
et le plus souvent lié à une protéine de choc thermique,
type hsp90. Le RE contient également de nombreux sites de phosphorylation
jouant un rôle très important dans son activité (Ali
et al., 1993 ; Arnold et al., 1995 ; Tsai et O'Malley, 1994).
Une fois lié à l'estradiol, le RE « s'active »
formant des homodimères stables qui vont pouvoir se lier à
des séquences spécifiques de l'ADN appelées estrogen
response elements (ERE) pour éléments de réponse
aux strogènes. Ces séquences sont principalement localiséees
dans les séquences promotrices de gènes dont la transcription
est sous le contrôle des strogènes.
En présence de tamoxifène, la séquence est identique.
Le RE se libère des protéines de choc thermique hsp par
fixation de tamoxifène, s'homodimérise, puis se fixe sur
les ERE mais, dans ce cas, l'activation transcriptionnelle ne se produit
pas (Pham et al., 1991).
La résistance au tamoxifène apparaît comme un phénomène
multifactoriel très complexe impliquant sans doute plusieurs mécanismes
puisque le tamoxifène n'a pas que des effets antistrogéniques
(tableau I). Aucun mécanisme
n'a été pour le moment clairement mis en cause ; seules
des hypothèses ont pu être avancées mettant en jeu
les différentes étapes de la transmission du signal (figure
2). Ces différentes hypothèses sont : (1) des pertes
ou la mutation des RE ; (2) des modifications des paramètres associés
aux récepteurs ; (3) des altérations des ERE ; (4) des niveaux
élevés d'antiestrogen binding sites (AEBS) ; (5)
une altération du métabolisme et de la disponibilité
du tamoxifène (Tonetti et Jordan, 1995).
Perte ou mutations des récepteurs
aux strogènes
Puisque le tamoxifène agit principalement par un effet antistrogénique,
la première explication de la résistance au TAM pourrait
être la perte de l'expression des RE. De tels modèles cellulaires
existent. En effet, Murphy et al. (1990b) ont sélectionné
un clone RE-négatif insensible aux hormones, obtenu à partir
de cellules d'adénocarcinome mammaire humain, T47D, cultivées
en l'absence d'strogènes. Des cellules MCF-7 rendues résistantes
à l'adriamycine n'expriment plus les RE (Vickers et al.,
1988) et sont devenues mauvaises répondeuses à l'action
du tamoxifène (Bachmann-Moisson et al., 1996). Néanmoins,
il n'a jamais été clairement mis en évidence si la
perte des RE était réellement due à la perte de l'expression
des RE ou plutôt à une sélection d'une population
RE-négative parmi une population hétérogène
au départ.
Une des principales hypothèses de résistance au tamoxifène
serait les mutations des RE pouvant entraîner des altérations
de leur structure et donc des dysfonctionnements. C'est ainsi que des
mutations au niveau des RE ont été abondamment décrites
dans la littérature. Dans certains cas, les transcripts seraient
d'ailleurs traduits en protéines stables (Pink et al., 1995
; Scott et al., 1991).
Des RE mutés, principalement au niveau du domaine de liaison
au ligand, peuvent aboutir à une activation transcriptionnelle
continue même en l'absence de ligand. Ainsi, Jiang et al.
(1993) ont démontré qu'une mutation ponctuelle qui substitue
une valine par une glycine sur le codon 400 du domaine de liaison à
l'hormone induit une réponse strogénique au 4-hydroxytamoxifène,
qui est un métabolite très actif du tamoxifène. Dans
cette même voie, Fuqua et al. (1991) avaient montré
que les tumeurs qui étaient RE-négatives mais RP-positives
exprimaient souvent des taux élevés de RE mutés auxquels
il manquait l'exon 5 du domaine de liaison à l'hormone. Cette délétion
pourrait aboutir à la production d'un RE tronqué qui serait
incapable de se lier aux strogènes. Cependant, ce style de
récepteur est encore capable de se lier à l'ADN et active
continuellement la transcription des gènes cibles. Ces 2 types
de mutations sont susceptibles d'aboutir à une stimulation de la
croissance de ces tumeurs par le tamoxifène. En effet, il a souvent
été mis en évidence que les tumeurs ou les cellules
en culture étaient non seulement résistantes au TAM, mais
qu'elles pouvaient subir une stimulation de croissance par l'agent antistrogénique
(Wolf et Jordan, 1994).
Néanmoins, bien que les RE mutés soient largement mis
en évidence dans les tumeurs ou les cellules de sein, il semblerait
qu'ils ne constituent pas le mécanisme principal de résistance
au tamoxifène. Récemment, Karnik et al. (1994) ont
publié une étude dans laquelle ils ont cherché des
mutations au niveau de 8 exons de l'ADN des RE provenant de 20 tumeurs
sensibles et de 20 tumeurs résistantes au TAM. Ils n'ont mis en
évidence que 2 mutations, concluant ainsi que la résistance
n'étaient pas essentiellement liée à des mutations
des RE.
Par ailleurs, une étude récente de Leygue et al.
(1996) a mis en évidence de nombreux RE mutés dans le tissu
mammaire sain. D'autre part, Hirata et al. (1995) ont montré
la présence d'ARNm anormaux du gène codant pour les RE dans
le tissu utérin endométrial tumoral mais également
sain.
Les questions posées restent toutefois les mêmes puisque
l'on peut également se demander si, dans le cas d'une résistance
au TAM due à des mutations des RE, il s'agit réellement
de mutations apparaissant au cours du traitement, ou bien d'une sélection
par le traitement lui-même d'un clone contenant déjà
des RE mutés.
Modifications des paramètres
associés aux récepteurs
Bien que les mutations des RE puissent tout à fait aboutir à
un phénotype de résistance au TAM, il ne faut pas oublier
d'inclure les événements « postrécepteurs ».
En effet, l'altération peut se situer non pas au niveau du récepteur
lui-même mais lors des différentes étapes faisant
suite à la liaison ligand/récepteur.
La cascade des événements postrécepteurs est très
longue et fait intervenir de nombreux paramètres. La phosphorylation
est sans doute une des étapes les plus importantes ; il a été
montré que la phosphorylation des récepteurs aux hormones
stéroïdiennes pourrait intervenir dans la liaison à
l'hormone et à l'ADN, ainsi que dans l'activation transcriptionnelle
(Denton et al., 1992 ; Hsieh et al., 1991 ; Orti et al.,
1993). Les sites de phosphorylation seraient dépendants du type
de cellules et de nombreuses protéines kinases (PK) seraient impliquées
telles que la PKA, la PKC, les kinases de la famille src (Arnold
et al., 1995 ; Le Goff et al., 1994).
Ainsi, la résistance au tamoxifène pourrait provenir d'une
altération des systèmes de phosphorylation aboutissant alors
à une phosphorylation aberrante du RE (Tonetti et Jordan, 1995).
De plus, il a été montré récemment qu'en augmentant
pharmacologiquement le niveau d'AMP cyclique cellulaire ou en transfectant
un vecteur d'expression contenant les sous-unités catalytiques
de la PKA, on modifiait la réponse au tamoxifène, transformant
celui-ci en agoniste des strogènes (Fujimoto et Katzenellenbogen,
1994). Ce mécanisme n'est pas bien connu, mais il serait lié
à des modifications de la phosphorylation du RE lui-même.
Des études récentes ont également caractérisé
certaines protéines capables de se lier spécifiquement au
complexe RE/ERE et pouvant ainsi influencer l'activation transcriptionnelle
(Cavailles et al., 1994 ; Halachmi et al., 1994 ; Landel
et al., 1994 ; LeDouarin et al., 1995 ; Smith et Toft, 1993).
Halachmi et al. (1994) ont mis en évidence une protéine
de 160 kDa (estrogen receptor associated protein 160) dont
l'association avec le RE est dépendante des strogènes,
tandis que les antistrogènes purs ou le 4-hydroxytamoxifène
sont incapables d'induire l'association de cette protéine avec
le RE. De même, Cavailles et al. (1994) ont isolé
3 protéines de 160, 140 et 80 kDa s'associant avec le RE sous l'influence
des strogènes uniquement. De plus, des mutations introduites
au niveau du domaine de liaison à l'hormone aboliraient la liaison
de ces protéines. Récemment, LeDouarin et al. (1995)
ont isolé une protéine nucléaire TIF1 (transcriptional
intermediary factor ou facteur intermédiaire de transcription)
qui interagirait de manière ligand-dépendante avec certains
récepteurs nucléaires dont le RE. Le 4-hydroxytamoxifène
empêche la liaison du RE et du TIF1. Finalement, les auteurs suggèrent
que le TIF1 serait un médiateur de la fonction d'activation transcriptionnelle
(FAT-2) qui est dépendante du ligand. Des altérations de
ces différentes protéines pourraient donc modifier la transcription
et aboutir à un phénotype de résistance.
Il a également été montré que certaines
protéines de choc thermique (hsp) pouvaient s'associer aux RE.
Il s'agit notamment des hsp 70, 90 et 56 (Landel et al., 1994 ;
Pratt, 1990 ; Pratt et al., 1993).
Ces concepts sont encore assez récents, mais ils peuvent tout
à fait être impliqués dans les mécanismes de
résistance au tamoxifène puisqu'un défaut ou une
altération de l'une ou de plusieurs de ces protéines entraînerait
une modification du signal au niveau de l'ERE qui assimilerait alors la
liaison du complexe TAM/RE comme un signal strogénique.
Modifications des éléments
de réponse aux strogènes
Cela est également un nouveau concept, mais il est évident
que l'altération du signal peut se situer à ce niveau. En
effet, c'est une étape importante dans la transmission du signal
et des altérations de cette séquence en termes de variation
de séquence, d'orientation ou de multiplicité pourraient
conduire à un phénotype de résistance au tamoxifène
en affectant la liaison du complexe ligand/RE ou directement la réponse
transcriptionnelle (Catherino et Jordan, 1995 ; Dana et al., 1994
; Klein-Hitpass et al., 1988 ; Klinge et al., 1992 ; Martinez
et Wahli, 1989 ; Naar et al., 1991 ; Ponglikitmongkol et al.,
1990 ; Tsai et al., 1989).
Les ERE sont des séquences palindromiques séparées
par une région de 3 paires de bases. Selon certaines études,
l'activité agoniste ou antagoniste du ligand du RE pourrait dépendre
de la séquence même des ERE (Dana et al., 1994). Par
ailleurs, d'autres études ont montré que l'activation de
la transcription serait dépendante de l'espace entre les tandems
d'ERE (Klein-Hitpass et al., 1988 ; Martinez et Wahli, 1989 ; Ponglikitmongkol
et al., 1990 ; Tsai et al., 1989) de même que l'augmentation
de la réponse transcriptionnelle serait proportionnelle au nombre
d'ERE en tandems (Catherino et Jordan, 1995 ; Klinge et al., 1992
; Naar et al., 1991). Toutes ces études laissent finalement
suggérer qu'une amplification anormale des ERE pourrait éventuellement
conduire à une interprétation agoniste de la réponse
au tamoxifène et par conséquent à une résistance.
Ces variations dans les séquences et les configurations des ERE
pourraient également expliquer les différentes actions du
TAM dépendantes du type de tissu (Tonetti et Jordan, 1995). En
effet, le TAM est considéré comme un agoniste des strogènes
au niveau de l'endomètre et des os. L'hypothèse d'une configuration
en tandems des ERE aboutissant ainsi à une activation agoniste
au niveau de ces tissus pourrait être envisagée.
Récemment, des études ont montré que les RE seraient
capables de stimuler la transcription à partir d'un promoteur transfecté
contenant le site AP-1 (activator protein-1) : site de liaison
pour les facteurs de transcription Jun et Fos, plutôt
que ERE (Gaub et al., 1990 ; Philips et al., 1993 ; Umayahara
et al., 1994). Webb et al. (1995) ont proposé un
schéma d'action du RE pouvant activer la transcription selon 2
voies principales : classiquement, par liaison d'un homodimère
de RE sur la séquence ERE et, plus originalement, par liaison d'un
seul RE sur les protéines Jun et Fos, elles-mêmes liées
au site AP-1. Ces auteurs ont démontré que le tamoxifène
agissait en agoniste lorsqu'il empruntait la voie AP-1.
Dumont et al. (1996) ont publié récemment une étude
sur des tumeurs obtenues à partir de cellules MCF-7 greffées
sur des souris nude. La croissance de ces tumeurs était stimulée
par les strogènes mais également par le tamoxifène.
Des cellules ont été isolées de ces tumeurs et baptisées
MCF-WES. Cette lignée cellulaire a une activité de liaison
au site AP-1 très fortement augmentée, suggérant
ainsi une progression vers un phénotype plus invasif et agressif.
Niveaux élevés des sites
de liaison aux antistrogènes
Les antistrogènes ont des cibles intracellulaires nombreuses
et variées, mais ils interagissent avec une forte affinité
pour des protéines microsomales saturables appelées AEBS
ou AEBP pour antiestrogen binding sites ou antiestrogen binding
protein respectivement. Le tamoxifène a une affinité
plus importante pour ces protéines que les strogènes,
ce qui est différent dans le cas des RE (Clarke et Lippman, 1993).
Cependant, il ne semblerait pas que ces sites soient impliqués
directement dans les effets inhibiteurs du tamoxifène. De plus,
ces protéines sont présentes dans des tissus qui ne sont
pas des cibles pour les strogènes tels que le côlon,
les glandes salivaires, le rein (Kon, 1983). La fonction de ces protéines
n'a pas encore été clairement élucidée, mais
certains auteurs ont émis l'hypothèse qu'elles pourraient
agir comme un piège, stockant le tamoxifène en le rendant
indisponible pour les RE. Ainsi, la surexpression des AEBS pourrait conduire
à un phénotype de résistance au tamoxifène.
Pavlik et al. (1992) se sont intéressés au rapport
quantitatif AEBS/RE. Au niveau cellulaire, ils ont comparé les
MCF-7 (cellules RE-positives sensibles aux strogènes ainsi
qu'aux antistrogènes) et les LY-2 (cellules RE-positives
sensibles uniquement aux strogènes). Pour les cellules LY-2,
résistantes au tamoxifène, le rapport AEBS/RE est environ
3 fois supérieur à celui des MCF-7. Les auteurs ont ensuite
examiné 128 carcinomes mammaires humains et ont révélé
qu'une activité AEBS était présente et pouvait parfois
excéder l'activité RE. Il resterait toutefois à montrer
que cette éventuelle surexpression des AEBS est réellement
corrélée avec un phénotype de résistance aux
antistrogènes et plus particulièrement au tamoxifène.
Les AEBS sont effectivement les sites intracellulaires de liaison d'antistrogènes
les plus décrits, mais il semblerait que d'autres protéines
se lient également aux antistrogènes. Parisot et
al. (1995) ont montré qu'après avoir saturé les
RE et les AEBS par des strogènes et du tamoxifène,
respectivement, une liaison de l'antistrogène pur ICI 182,780
était encore observée. Leurs résultats suggèrent
l'existence d'un site de liaison de haute affinité et saturable
pour l'ICI 182,780 dans les cellules MCF 5-21 et 5-23, clones respectivement
sensible et résistant au tamoxifène.
Métabolisme et disponibilité du
tamoxifène
La forme pharmaceutique administrée, le trans-tamoxifène,
est métabolisée au niveau hépatique en 2 principaux
métabolites : le N-desméthyltamoxifène (N-des-TAM)
et le
4-hydroxytamoxifène (4-OHTAM) qui sont tous deux, à des
degrés différents, des agents antiprolifératifs actifs
(Adam et al., 1979). Le N-des-TAM est présent à un
taux sérique élevé, mais c'est le 4-OHTAM qui montre
la plus grande affinité pour les RE (Murphy et al., 1987).
Cependant, le 4-OHTAM est moins stable en solution et peut s'isomériser
en forme cis, un antistrogène beaucoup moins puissant
(Katzenellenbogen et al., 1985). De plus, étant donné
que le tamoxifène peut se métaboliser en 2 autres métabolites
à activité plutôt strogénique, le métabolite
E et le bisphénol (Murphy et al., 1990a), l'hypothèse
d'une accumulation de métabolites avec un pouvoir antistrogénique
plus faible a été envisagée afin d'expliquer la croissance
des tumeurs résistantes au TAM. Osborne et al. (1991) ont
montré que le rapport forme cis/forme trans du 4-OHTAM
était environ 2 fois plus élevé dans les tumeurs
résistantes au tamoxifène par rapport aux tumeurs sensibles.
De plus, la concentration intratumorale de tamoxifène était
10 fois inférieure dans ces tumeurs résistantes. Ces auteurs
ont utilisé dans un premier temps un modèle de tumeurs sensibles
et résistantes au TAM obtenues sur souris nude après greffes
de cellules MCF-7 (Osborne et al., 1991) puis ont confirmé
ces résultats sur 14 tumeurs provenant de patientes traitées
par tamoxifène. Ils ont pu également mettre en évidence
la présence de métabolite E et de bisphénol dans
les tumeurs résistantes au TAM (Wiebe et al., 1992).
Afin de vérifier si les variations métaboliques du tamoxifène
pouvaient constituer une explication de la résistance, des analogues
du TAM ont été utilisés. Wolf et al. (1993)
ont tout d'abord utilisé un analogue du TAM ayant un cycle fixé
en position trans, par conséquent non isomérisable.
Néanmoins, ce composé était capable de donner lieu
à une résistance. L'importance de la conversion en métabolite
E ou en bisphénol a ensuite été évaluée
en utilisant le désoxytamoxifène afin d'empêcher le
clivage de la chaîne latérale (Osborne, 1993). Finalement,
ce composé s'est révélé aussi capable que
le tamoxifène de stimuler la croissance tumorale.
La conversion de tamoxifène en métabolites faiblement
antistrogéniques, bien qu'elle soit décrite, ne suffit
pas à expliquer le développement d'un phénotype de
résistance au tamoxifène.
Cependant, il est clairement établi que la concentration intratumorale
de TAM était beaucoup plus faible dans les tumeurs résistantes
(Dowsett et al., 1993 ; Osborne et al., 1991 ; Osborne et
al., 1992). Toutefois, aucune pompe impliquée dans un éventuel
efflux de TAM n'a été mise en évidence. L'hypothèse
d'un métabolisme intratumoral pourrait peut-être être
envisagée. Une étude très récente a d'ailleurs
montré des modifcations des enzymes du métabolisme de phase
II du foie de rat, après traitement par tamoxifène (Nuwaysir
et al., 1996). Les auteurs ont pu montré que le tamoxifène
induisait un augmentation dose-dépendante des ARNm des UDP-glucuronosyltransférases
2B1, pouvant augmenter la clairance de la drogue par la conjugaison du
4-OHTAM (McCague et al., 1990). Bien que les taux réduits
de tamoxifène dans les tumeurs résistantes ne suffisent
pas à expliquer la stimulation de croissance par le TAM, on peut
supposer que des modifications du métabolisme sont susceptibles
d'entraver l'action du tamoxifène.
Discussion
Le problème de la résistance au tamoxifène n'est
pas simple car les mécanismes par lesquels le tamoxifène
réussirait à stimuler la croissance tumorale ne sont toujours
pas élucidés. Bien que des altérations au niveau
des différentes étapes de transmission du signal seraient
tout à fait plausibles et d'ailleurs très abondamment décrites
dans la littérature, elles ne suffisent pas à expliquer
les mécanismes de résistance.
Étant donné l'implication des RE dans l'action antiproliférative
du tamoxifène, des mutations du gène codant pour les RE
peuvent entraîner la formation de protéines altérées
et finalement aboutir à un phénotype de résistance.
Cependant, la corrélation avec la résistance n'est pas réellement
établie puisque ces altérations n'ont finalement qu'une
faible incidence dans les tumeurs (Karnik et al., 1994 ; Wolf et
Jordan, 1994). Le RE n'est sans doute pas le seul site concerné
par des mutations ou des altérations. Maintenant que des sites
particuliers de phosphorylation ont été mis en évidence
sur le RE et corrélés avec l'activation transcriptionnelle
(Ali et al., 1993 ; Arnold et al., 1995 ; Le Goff et
al., 1994), d'autres études doivent être menées
afin de déterminer quel rôle pourrait jouer la phosphorylation
du RE dans le développement de la résistance au tamoxifène.
En effet, si les RE sont impliqués dans ces phénomènes
de résistance, les altérations concerneraient en fait un
ensemble de paramètres plus ou moins interdépendants, incluant
le récepteur lui-même, sa phosphorylation mais également
les protéines associées.
Récemment, une étude a montré l'implication du
RE dans la régulation de l'expression de BRCA-1, gène
de susceptibilité au cancer du sein ou de l'ovaire (Romagnolo et
al., 1996). Si l'on considère l'impact que peut avoir une mutation
de BRCA-1, on peut alors penser que des altérations au niveau
du RE auraient de graves conséquences et pourraient conduire à
une stimulation de croissance de la tumeur.
Selon Tonetti et Jordan (1995), la séquence ERE, bien que longtemps
ignorée aux dépens du RE, aurait un rôle considérable
à jouer dans la résistance au tamoxifène. Par comparaison
avec la résistance au méthotrexate qui passe par l'amplification
du gène de la dihydrofolate réductase, les auteurs émettent
l'hypothèse d'une amplification de la séquence ERE utilisant
le terme de multimérisation.
Si ces événements liés au RE lui-même peuvent
aboutir à un phénotype de résistance, ils ne suffisent
pas à expliquer les variations métaboliques observées
dans les tumeurs résistantes (Osborne et al., 1991 ; 1992).
Ces auteurs ont mis en évidence des altérations métaboliques,
montrant un taux intracellulaire de TAM plus faible dans les tumeurs résistantes
ainsi qu'une augmentation du taux de métabolites moins antistrogéniques.
Cependant, l'utilisation d'analogues non isomérisables du tamoxifène
n'a pas permis d'empêcher le développement de la résistance
(Wolf et al., 1993).
Nous avons également montré, lors d'une précédente
étude, l'importance des métabolites dans la réponse
au tamoxifène de différentes lignées cellulaires
(Bachmann-Moisson et al., 1996). Après 6 jours de traitement
continu, le N-des-TAM, administré à 10 6
M et associé à de l'estradiol, augmente la prolifération
de cellules T47D de 33 %.
Si les variations métaboliques ne peuvent pas expliquer les phénomènes
de résistance, elles peuvent sans doute être utilisées
comme marqueurs du phénotype de la tumeur. Pour confirmer cela,
il serait nécessaire de mener d'autres études comme celle
réalisée par Nuwaysir et al. (1996) montrant une
augmentation des taux d'ARNm d'UDP-glucuronosyltransférase 2B1
sous tamoxifène, induction pouvant conduire à l'augmentation
de la conjugaison du
4-OHTAM. Ainsi, en se basant sur le fait que les taux de tamoxifène
sont plus faibles dans les tumeurs résistantes, il serait également
très intéressant de pouvoir mettre en évidence une
éventuelle pompe à efflux, qui pourrait finalement se révéler
un marqueur supplémentaire du phénotype de la tumeur comme
dans le cas du phénotype de multidrug resistance dans les
hémopathies malignes (Guerci et al., 1995).
Remerciements
Nous tenons à remercier les comités lorrains de la Ligue
Nationale Contre le Cancer pour leur soutien assidu.
CONCLUSION
De nombreux mécanismes ont pu être associés directement
ou non aux phénomènes de résistance au tamoxifène.
Toutefois, les connaissances actuelles ne permettent pas de décrire
l'importance relative de chaque mécanisme évoqué.
Ce problème est à la fois complexe et multifactoriel car
différentes voies cellulaires peuvent contribuer à l'inhibition
des effets du tamoxifène. Cependant, une compréhension vraiment
détaillée des mécanismes moléculaires serait
nécessaire afin de déterminer l'implication réelle
de chaque voie in vivo.
De même, la recherche de nouveaux gènes par expression
différentielle semble très intéressante et pourrait
conduire à une meilleure compréhension de la réponse
hormonale des cancers du sein, voire à la mise en évidence
d'un mécanisme associé à la résistance au
tamoxifène, encore inconnu à l'heure actuelle.
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