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Fiche n°32 : Gène : ATM (ataxie telangiectasie mutated) - Catégorie : Gène suppresseur de tumeur ?


Bulletin du Cancer. Volume 87, Number 2, 129-30, Février 2000, Gènes et Cancers



Author(s) : Thierry Soussi, Institut Curie, Paris.

ARTICLE

Taille et organisation du gène :

150 kb avec 66 exons codant pour un ARN messager de 13 kb. Plusieurs transcrits ayant des régions 5' et 3' non codantes différentes issus d'un épissage alternatif peuvent être mis en évidence, mais tous codent pour la même protéine.

Taille de la protéine :

351 kDa (3 056 acides aminés).

Localisation cellulaire :

Noyau (principalement) et cytoplasme.

Propriétés de la protéine : La partie carboxy-terminale de la protéine atm présente un domaine de forte homologie avec la phosphatidyl-inositol 3' kinase, domaine que l'on retrouve dans d'autres protéines telles que DNA-PK et ATR (mammifères), TEL1 et MEC1 (levure) ou mei-41 (drosophile). Ces kinases sont impliquées dans la transduction du signal engendré par un stress génotoxique, et plus particulièrement les radiations ionisantes. Il a été montré que de nombreuses protéines cellulaires pouvaient être phosphorylées par la protéine atm (p53, p73, c-Abl ou IkappaB), mais la signification biologique de ces phosphorylations reste à établir.

Manipulation du gène chez la souris :

* Surexpression : Non disponible.

* Délétion hétérozygote : Viable. Pas de phénotype visible. On observe une diminution des thymocytes immatures. Les souris présentent une hypersensibilité aux radiations ionisantes.

* Délétion homozygote : Viable. Les souris ATM­/­ présentent de nombreuses anomalies : 1) défaut de croissance (10-25 % plus petit que les souris ATM+/+ ou ATM+/­) ; 2) stérilité mâle et femelle due à des anomalies de la méiose ; 3) atrophie du thymus ; 4) diminution importante des thymocytes matures, et plus particulièrement des formes CD4+ ; 5) diminution des cellules B immatures et des cellules pré-B ; 6) prédisposition importante au développement de lymphome T (pas de survie au-delà de 4 mois), la plupart CD4+/CD8+ ; 7) les cellules de ces souris sont hypersensibles aux radiations ionisantes. L'ensemble de ces symptômes est une réminiscence de ceux qui sont observés chez les patients atteints d'ataxie-télangiectasie homozygotes (voir infra). Contrairement aux patients, les souris ATM­/­ ne développent pas d'ataxie. Néanmoins, plusieurs fonctions motrices sont altérées.

Rôle biologique :

La caractéristique principale des cellules provenant de patients atteints d'ataxie-télangiectasie est une hypersensibilité aux radiations ionisantes. Celle-ci est due en partie à une absence d'inhibition de la phase de synthèse de l'ADN (phase S) qui conduit à une synthèse d'ADN radiorésistante.

La protéine atm semble être un composant essentiel dans les voies de signalisation après irradiation (coupure double brin), que celles-ci soient p53-dépendantes ou indépendantes. L'un des rôles d'atm serait de phosphoryler la région amino-terminale de la p53 afin de dissocier le complexe mdm2-p53 et d'induire sa stabilisation. Ce rôle d'atm dans l'activation de p53 est renforcé par l'observation que les cellules des patients atteints d'ataxie-télangiectasie présentent une très faible induction du gène P53 après irradiation (le gène P53 de ces patients est sauvage). La phosphorylation des protéines RAPA, c-abl et IkappaB par ATM pourrait également être impliquée dans le contrôle du cycle cellulaire après lésions de l'ADN.

La protéine atm est également capable d'interagir avec la beta-adaptin, qui est impliquée dans le transport vésiculaire des protéines mais, pour l'instant, la relation entre cette fonction et le phénotype AT n'est pas connue.

L'ataxie-télangiectasie est une maladie génétique autosomique récessive caractérisée par une ataxie cérébelleuse progressive, un déficit immunitaire et des télangiectasies oculo-cutanées. Trente pour cent des patients homozygotes développeront un cancer au cours de leur vie. Dans plus de 80 % des cas, il s'agira de leucémies ou de lymphomes à cellules T. Les patients atteints d'ataxie-télangiectasie ont des problèmes de fertilité associés à un hypogonadisme. Leur prévalence se situe aux environs de 1/100 000 selon les populations étudiées. La fréquence des hétérozygotes serait de 1/300.

Les cellules des patients atteints d'ataxie-télangiectasie homozygotes présentent une hypersensibilité aux radiations ionisantes. Les lymphocytes de ces patients présentent de nombreuses anomalies cytogénétiques spontanées. Des approches cellulaires et cliniques avaient défini 4 groupes de complémentation (A, C, D et E) suggérant l'existence de 4 gènes différents. Le clonage du gène ATM en 1995 a démontré que l'ensemble des patients atteints d'ataxie-télangiectasie présentait des altérations de ce gène unique.

Les femmes hétérozygotes pour une mutation du gène ATM auraient un risque plus élevé (3 fois) à développer un cancer du sein.

Altérations germinales

Des mutations du gène ATM ont été retrouvées chez plus de 80 % des patients atteints d'ataxie-télangiectasie. Elles sont localisées tout le long du gène ATM sans point chaud particulier, mais la majorité sont des petites délétions ou insertions qui conduisent à la synthèse d'une protéine tronquée. Les patients atteints d'ataxie-télangiectasie possèdent généralement deux mutations différentes sur chaque allèle. La répartition hétérogène des mutations le long de la protéine suggère que l'inactivation de la fonction de la protéine atm puisse être différente d'un patient à l'autre et pourrait être à l'origine de l'hétérogénéité clinique observée chez ces patients. Il est également possible que cette hétérogénéité puisse provenir des patients ayant une mutation faux sens chez lequels la protéine mutée peut être détectée.

Des mutations du gène ATM avec effet fondateur ont été décrites dans diverses populations. Aucune mutation du gène ATM n'a été mise en évidence dans des populations de femmes jeunes ayant développé un cancer du sein ou chez des femmes présentant une hypersensibilité aux radiations ionisantes.

Altérations somatiques

Des altérations somatiques du gène ATM ont été retrouvées chez des patients atteints de leucémies prolymphocytaire T ou lymphoïde chronique B. Il s'agit le plus souvent de mutations faux sens localisées dans le domaine kinase de la protéine atm. Elles sont associées à une perte du second allèle du gène ATM dans la tumeur.

Méthodes d'analyse

* ADN : Par séquençage direct ou criblage de mutation (SSCP, DGGE, FAMA...) après amplification. Une approche biopuce permettant d'analyser la plupart des mutations du gène ATM a été récemment décrite.

* ARN : Par séquençage direct après transcription inverse et amplification. Possibilité d'utiliser le test de troncature protéique pour identifier directement la synthèse d'une protéine plus courte (à partir de l'ADN ou de l'ARN).

* Protéine : Non effectué.

* Test fonctionnel : Non disponible.

Relation phénotype et génotype

Aucune donnée solide disponible.

Utilisation en clinique

La détection des mutations germinales du gène ATM n'est pas effectuée en routine à l'heure actuelle.

Applications thérapeutiques

Pas pour l'instant.

Références récentes (Revues)

* Jeggo PA, Carr AM, Lehmann AR. Splitting the ATM : distinct repair and checkpoint defects in ataxia-telangiectasia. Trends Genet 1998 ; 14 : 312-6.

* Rotman G, Shiloh Y. ATM: from gene to function. Hum Mol Genet 1998 ; 7 : 1555-63.

* Canman CE, Lim DS. The role of ATM in DNA damage responses and cancer. Oncogene 1998 ; 17: 3301-8.

* Hall J, Angele S. Radiation, DNA damage and cancer. Mol Med Today 1999 ; 5 : 157-64.

Informations supplémentaires sur le Web

http://www.vmresearch.org/atm.htm

http://www3.ncbi.nlm.nih.gov/htbin-post/Omim/dispmim?208900

http://gdbwww.gdb.org/gdb-bin/genera/accno?accessionNum=GDB:593364

Fiche réalisée par T. Soussi (Institut Curie, Paris), relue par D. Stoppa-Lyonnet (Institut Curie, Paris),
M.-H. Stern (Hôpital Saint-Louis, Paris) et J. Hall (CIRC, Lyon).


 

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