ARTICLE
Les cancers évolués du larynx et du pharynx sont habituellement
traités en associant la chirurgie radicale (laryngectomie totale)
et la radiothérapie postopératoire. Durant ces dernières
décennies, malgré l'évolution des techniques d'imagerie,
de radiothérapie, d'anesthésie, de chirurgie, le pronostic
des cancers des voies aéro-digestives supérieures (VADS)
initialement accessibles à une prise en charge chirurgicale n'a
pas été modifié. De ce fait, avec l'apparition de
protocoles de chimiothérapie actifs dans les cancers des VADS,
une approche fonctionnelle de la prise en charge de ces cancers a été
développée [1-5]. L'association cisplatine-5-fluoro-uracile
(5FU) est considérée comme l'association thérapeutique
de choix dans la prise en charge des patients non prétraités
et porteurs d'un carcinome épidermoïde des VADS [6]. L'administration
en continu du 5FU a montré sa supériorité par rapport
à l'administration en bolus [7]. Avec ce protocole, les résultats
en termes de réponse complète et partielle sont élevés
(80 à 98 %) [2, 3]. Le concept d'une corrélation forte entre
la chimiosensibilité et la radiosensibilité a, peu à
peu, émergé [8]. Ainsi, aux États-Unis [3] et en
Europe [4, 9], des équipes ont conduit des essais de préservation
laryngée avec des résultats intéressants. La chimiothérapie
première, si elle ne modifie pas le pronostic de la maladie cancéreuse,
permet la conservation laryngée dans plus de 1 cas sur 2 [10].
De nombreux patients ont bénéficié des études
de préservation laryngée. Dans notre département,
d'autres patients ont pu bénéficier de ces stratégies
en dehors d'essais randomisés. Les résultats obtenus en
pratique quotidienne sont généralement moins bons que ceux
retrouvés lors des essais cliniques. Les principaux arguments avancés
pour justifier ces différences sont la moindre sélection
des patients, la surveillance moins drastique. Nous avons regardé
et analysé 10 années de préservation laryngée
au centre Oscar-Lambret. Nous présentons les résultats comparés
de tous les patients ayant bénéficié, dans le département
de cancérologie cervico-faciale, d'une chimiothérapie d'induction
dans un but de préservation laryngée, que les patients aient
été inclus ou non dans des essais randomisés. Nous
avons donc conduit une étude rétrospective afin de savoir
si les résultats des essais randomisés étaient retrouvés,
au sein de notre institution, lors de l'utilisation des mêmes protocoles
hors essai.
Résultats
Cent huit patients étaient évaluables pour cette étude.
Cinquante-deux ont été inclus dans des études randomisées
(groupe 1) tandis que 56 (groupe 2) ont bénéficié
d'une chimiothérapie d'induction hors essai dans un but de préservation
laryngée. L'âge médian des patients était de
56 ans (37-68) et 53 ans (31-70) respectivement pour les groupes 1 et
2, sans différence statistiquement significative. Il n'existait
pas de différence significative entre les groupes pour le sex-ratio,
le statut ganglionnaire ou métastatique. En revanche, il existait
une différence significative entre les groupes avec une fréquence
plus grande de localisation laryngée dans le groupe 2 (31 versus
17 ; p = 0,03). Globalement, la répartition TNM n'a pas
été différente entre les deux groupes à l'exception
des adénopathies bilatérales plus fréquentes dans
le groupe 2 (13 versus 2 ; p = 0,007), expliquant également
la différence dans la répartition par stade (p =
0,02) observée entre les deux groupes (tableau
I).
La majorité des patients présentait au moins une affection
co-morbide au moment du diagnostic. Il n'existait pas de différence
significative entre les deux groupes, à l'exception de la broncho-pneumopathie
chronique obstructive plus fréquente dans le groupe 2 (tableau
II). Il n'existait pas de différence entre les groupes concernant
la consommation quotidienne d'alcool pur.
Les prises en charge thérapeutiques n'ont pas été
statistiquement différentes entre les deux groupes. La chimiothérapie
suivie de radiothérapie a été réalisée
29 fois dans chaque groupe tandis que la chimiothérapie seule a
été réalisée une fois dans le groupe 1 et
trois fois dans le groupe 2. Des effets secondaires liés à
la chimiothérapie ont été observés dans les
deux groupes. Les effets secondaires majeurs concernaient des atteintes
de grade III ou IV hématologique, digestive, neurologique ou cardiaque.
La seule différence statistiquement significative observée
entre les groupes a concerné la toxicité hématologique
de grade III et IV après le second cycle (0 patient dans le groupe
1 versus 8 dans le groupe 2 ; p = 0,02). Les deuxième
et troisième cycles ont été reportés d'une
semaine respectivement dans 13 et 14 cas sans différence significative
entre les groupes. La chimiothérapie a été interrompue
dans 9 cas après le premier cycle (respectivement 4 et 5 cas pour
les groupes 1 et 2) et après le second cycle dans 23 cas (respectivement
13 et 10 cas pour les groupes 1 et 2).
La réponse à la chimiothérapie a été
répartie entre les groupes 1 et 2 comme suit : réponse complète
dans 23 et 21 cas respectivement, réponse partielle dans 16 et
21 cas, pas de réponse dans 12 et 10 cas et progression dans 1
et 2 cas. La différence entre les groupes n'était pas statistiquement
significative (p = 0,72). La réponse ganglionnaire à
la chimiothérapie (si évaluable) a été répartie
comme suit entre les groupes 1 et 2 : réponse complète dans
13 et 5 cas respectivement, réponse partielle dans 12 et 19 cas,
pas de réponse dans 6 et 8 cas et progression pour 2 cas dans chaque
groupe. Nous avons observé une différence statistiquement
significative entre les deux groupes pour les réponses complètes
au niveau des adénopathies (p = 0,045).
Un traitement chirurgical a été réalisé
dans 46 cas sans différence entre les groupes. Les complications
postopératoires (fistules, infection du site opératoire,
hémorragie, décès postopératoire) sont survenues
dans 16 cas (4 et 12 cas respectivement dans les groupes 1 et 2) sans
différence statistiquement significative.
La majorité des patients (102/108) a reçu une radiothérapie,
soit postopératoire, soit après chimiothérapie. Quatre
patients (1 du groupe 1 et 3 du groupe 2) n'ont pas reçu de traitement
après chimiothérapie soit en raison d'un décès
après le premier cycle (2 patients du groupe 2), soit à
cause d'un refus du patient de tout traitement supplémentaire (2
cas).
La radiothérapie a été réalisée après
chimiothérapie respectivement dans les groupes 1 et 2 dans 35 et
39 cas et après chirurgie dans 15 et 13 cas. Les effets secondaires
liés à la radiothérapie ont été retrouvés
dans 38 et 41 cas respectivement dans les groupes 1 et 2. La radiothérapie
a été interrompue moins d'une semaine dans 7 cas et plus
d'une semaine dans 1 cas dans le groupe 1. Dans le groupe 2, elle a été
interrompue moins d'une semaine dans 10 cas et plus d'une semaine dans
2 cas. De plus, elle a dû être interrompue définitivement
dans 2 et 1 cas respectivement dans les groupes 1 et 2.
Après le traitement initial, il n'existait pas de différence
statistique entre les groupes en termes de réponse complète
(respectivement 88,2 % et 78 % ; p = 0,27).
À la date de point (suivi médian = 3 ans ; 0-12), 29 patients
étaient en vie non évolutifs (14 du groupe 1 et 15 du groupe
2) et 2 étaient en vie évolutifs dans le groupe 2. Le suivi
médian des patients vivants étaient, à la date de
point, de 5,5 ans (1,3-12). Dans le groupe 1, 71,4 % (10/14) des patients
vivants avaient un larynx fonctionnel (pas d'évolution tumorale,
pas de sonde d'alimentation, pas de trachéotomie) et dans le groupe
2, 70,6 % (12/17) des patients vivants avaient un larynx fonctionnel.
Le taux global de préservation laryngée était de
67,3 % (35/52) dans le groupe 1 et de 66 % (37/56) dans le groupe 2. La
préservation laryngée fonctionnelle était de 55,8
% (29/52) dans le groupe 1 et de 53,6 % (30/56) dans le groupe 2.
La survie globale des 108 patients était de 81,5 % à 1
an, 49,6 % à 3 ans et 35,5 % à 5 ans avec une survie médiane
de 3 ans. La survie globale a été étudiée
en fonction du groupe initial d'appartenance et de la réponse à
la chimiothérapie. Les résultats sont exposés dans
le tableau III dans lequel
la réponse complète tient compte de la réponse tumorale
et de la réponse ganglionnaire si ce critère était
évaluable. Une analyse identique a été réalisée
en fonction des résultats après traitement (initial et de
rattrapage) dont les résultats sont reportés dans le tableau
IV.
Quel que soit le groupe initial d'appartenance, les causes de décès
ont fréquemment été en relation avec soit le cancer
initial, soit un second cancer comme reporté dans le tableau
V.
Certains paramètres ont une influence sur la survie globale tels
que la classification tumorale initiale, la réponse à la
chimiothérapie, la rupture capsulaire et la réponse finale
au traitement (tableau VI).
D'autres paramètres étaient à la limite de la significativité
statistique, comme la consommation d'alcool pur et l'index de Karnofsky.
Discussion
La préservation laryngée a été le sujet
le plus abondamment traité à la fin du xxe siècle
en cancérologie cervico-faciale [1-4, 8, 11-13]. Cet engouement
est survenu depuis l'apparition des sels de platine dans les protocoles
de chimiothérapie pour la prise en charge des cancers cervico-faciaux
[14]. De plus, l'amélioration de l'imagerie, le développement
des lambeaux en chirurgie, les modifications des protocoles de radiothérapie,
le développement des protocoles de chimio-radiothérapie
n'ont pas suffisamment modifié le contrôle des carcinomes
épidermoïdes du pharyngo-larynx, ce qui a incité les
médecins à proposer des stratégies de préservation
laryngée [3]. De la même façon, en Europe, le groupe
tête et cou de l'EORTC a proposé et réalisé
au début des années 1990 une étude randomisée
de préservation laryngée dans le traitement des cancers
du sinus piriforme [4]. En France, le Groupe d'étude des tumeurs
de la tête et du cou (Gettec) [12] a conduit une étude randomisée
de préservation laryngée pour les patients porteurs d'un
carcinome épidermoïde laryngé classé T3. Dans
cette étude, contrairement à ce qui avait été
observé dans les essais précédents, les patients
traités par chimiothérapie d'induction avaient une moins
bonne survie globale et une survie sans récidive plus courte que
les patients du bras chirurgical, mais ces résultats ont été
obtenus avec un nombre restreint de patients. Dans les autres études,
les auteurs ont retrouvé le même taux de contrôle de
la maladie, quel que soit le protocole utilisé, avec près
de la moitié des larynx préservés dans le bras chimiothérapie.
Cependant, le contrôle loco-régional, dans le bras chimiothérapie,
a été obtenu avec des patients ayant bénéficié
d'une laryngectomie de rattrapage. À la lumière de nombreuses
publications sur le sujet, il semblait qu'une approche de préservation
laryngée était envisageable si certaines conditions étaient
respectées (équipes entraînées, cas sélectionnés,
essais randomisés). Toutefois, il apparaissait également
souhaitable de savoir si l'application au quotidien de ces protocoles
était possible. Notre étude rétrospective a montré
que, dans des cas sélectionnés, la préservation laryngée
pouvait être proposée avec des résultats satisfaisants
même en l'absence d'essai ouvert disponible. Habituellement, le
transfert des protocoles des études randomisées à
la pratique quotidienne entraîne une modification des résultats
avec, généralement, des résultats moins satisfaisants
en pratique quotidienne. Ces différences observées sont
le plus souvent multi-factorielles. Les principales raisons avancées
sont : la moindre sélection des patients (plus grande hétérogénéité),
le moindre respect des critères d'exclusion initialement avancés,
une surveillance des patients moins drastique. Les résultats de
notre étude montrent toutefois que, pris en charge dans des institutions
habituées aux protocoles de préservation laryngée,
ceux-ci sont réalisables en pratique quotidienne sans modifier
de façon importante les résultats obtenus dans les études
randomisées. Les patients ayant bénéficié
de ces protocoles hors étude ont tous fait l'objet d'une certaine
sélection proche de celle réalisée pour les patients
inclus dans des études randomisées.
Quel que soit le groupe d'appartenance initial, le taux de préservation
laryngée obtenu a été quasiment le même (près
de deux patients sur trois), équivalent aux résultats des
études randomisées antérieurement publiées
[3, 4]. Un résultat encore plus intéressant et rarement
noté dans les publications est le taux de préservation laryngée
avec un larynx fonctionnel. Des taux supérieurs à 50 % (53,6
% dans le groupe 2 et 55,8 % dans le groupe 1) ont été obtenus
sur l'ensemble de la population étudiée. Cela correspond,
lorsque la préservation laryngée a pu être réalisée,
à près de 4 patients sur 5 avec un larynx fonctionnel. Ces
résultats, comme cela a été montré dans les
études précédentes, ne modifient pas le contrôle
de la maladie cancéreuse. Afin d'essayer d'améliorer ce
pronostic carcinologique, il apparaît souhaitable de poursuivre
les investigations dans le traitement des carcinomes épidermoïdes
avancés opérables du pharyngo-larynx en modifiant les protocoles
de préservation laryngée (association chimiothérapie-radiothérapie,
modification du fractionnement de radiothérapie...) [9, 15-19].
Afin d'obtenir une évaluation satisfaisante, ces protocoles doivent
être réalisés dans le cadre d'essais randomisés
bien conduits en utilisant comme standard de référence ceux
ayant fait leur preuve.
La réponse à la chimiothérapie a été
corrélée à une meilleure survie globale chez les
répondeurs complets par rapport aux répondeurs partiels.
Si la réponse tumorale semble avoir une influence statistique sur
la survie globale (p = 0,013), la réponse globale (tumeur et ganglion)
à la chimiothérapie a un impact statistiquement significatif
(p = 0,006) sur la survie globale des patients. La réponse complète
à la chimiothérapie semble constituer un facteur de bon
pronostic sur la survie globale des patients. La réponse complète
à l'ensemble du traitement représente également un
facteur de bon pronostic sur la survie globale (p = 0,001). À l'inverse,
et ce quel que soit le groupe initial d'appartenance, la réponse
partielle est un facteur de mauvais pronostic sur la survie globale (tableau
III).
Les médiocres résultats obtenus dans le groupe des répondeurs
partiels doivent inciter les praticiens à re-évaluer les
stratégies thérapeutiques. Les protocoles actuellement en
cours d'évaluation (chimio-radiothérapie concomitante) dans
les stratégies de préservation laryngée pourront
peut-être apporter une réponse sur leur intérêt
en termes de réponse tumorale et de survie globale. D'autres voies
pourraient être explorées soit dans le domaine thérapeutique,
soit dans le domaine fonctionnel. Dans le domaine thérapeutique,
l'intensification de traitements associant chirurgie large d'exérèse
et chimio-radiothérapie concomitante postopératoire pourrait
apporter, comme cela a récemment été mis en évidence
dans un essai randomisé prospectif [20], une amélioration
significative du contrôle local et de la survie globale. Dans le
domaine fonctionnel, les répondeurs partiels ayant une survie globale
médiocre, les choix thérapeutiques pourraient s'orienter
vers des protocoles conservateurs de l'organe afin de privilégier
la qualité de vie. Cette attitude est admissible si les thérapeutiques
conservatrices permettent des taux de contrôle locorégional
statistiquement semblables à ceux des thérapeutiques protocolaires.
À la lecture de la littérature, d'autres éléments
devront être pris en considération dans ces stratégies
de préservation laryngée. Les coûts économiques
de ces stratégies sont en cours d'évaluation et devront
prochainement intégrer l'implication de la chimiothérapie
dans les infections du site opératoire [21], en termes de morbidité
et de coût. Dans l'attente, les chirurgiens cervico-faciaux devront
être prudents et prendre toutes les dispositions nécessaires
pour limiter le risque d'infection du site opératoire après
chimiothérapie.
Matériel et méthodes
De mai 1986 à décembre 1995, 114 patients porteurs d'un
carcinome épidermoïde du larynx ou de l'hypopharynx ont été
traités par chimiothérapie première. Tous ces patients
présentaient une tumeur unique et n'avaient pas d'antécédent
carcinologique. Six patients porteurs de tumeurs étendues à
la bouche de l'sophage ont été exclus de cette analyse.
Tous les patients étaient porteurs d'une tumeur accessible à
une prise en charge chirurgicale à visée curative mais nécessitant
une laryngectomie totale. Aucun, lors du bilan initial, n'était
porteur de métastase viscérale détectable. Les 108
patients évalués ont été séparés
en deux groupes selon leur prise en charge initiale (essai thérapeutique
ou hors essai). Le premier groupe était constitué de 52
patients inclus dans des essais randomisés dans le cadre de la
préservation laryngée. Le second groupe était constitué
de 56 patients ayant bénéficié d'un protocole de
préservation laryngée hors essai. Les raisons de non-inclusion
étaient multiples (pas d'essai en cours pour certaines localisations
au moment du diagnostic dans 28 cas, refus du patient d'être inclus
ou refus de la chirurgie radicale dans 3 cas, critère d'exclusion
pour un essai clinique dans 22 cas et nécessité de remplacer
le cisplatyl par le paraplatine dans 3 cas) (tableau
VII).
Tous les patients ont bénéficié, avant traitement,
d'une panendoscopie sous anesthésie générale par
un chirurgien cervico-facial confirmé, la trachéo-bronchoscopie
étant réalisée à la discrétion des
opérateurs. La radiographie thoracique et le scanner cervico-facial
étaient systématiques.
La classification tumorale a été réalisée
en accord avec les recommandations de l'Union internationale contre le
cancer (UICC) de 1992. L'évaluation de la réponse à
la chimiothérapie a été réalisée après
examen clinique et tomodensitométrique et, si nécessaire,
panendoscopie sous anesthésie générale. Les réponses
à la chimiothérapie ont été classées
comme suit :
réponse complète (RC) : disparition complète
de la tumeur et mobilité normale des cordes vocales,
réponse partielle (RP) : régression du volume initial
tumoral de plus de 50 %,
absence de réponse (RN) : régression de moins de
50 % tumorale ou progression inférieure à 25 %,
progression tumorale (PT) : progression du volume tumoral initial
supérieure à 25 %.
Les réponses tumorales au niveau de la tumeur primitive et, éventuellement,
au niveau ganglionnaire ont été évaluées séparément
et seule la réponse au niveau du site primitif a orienté
le choix thérapeutique après chimiothérapie. Si nécessaire,
un curage cervical était réalisé avant l'irradiation
tumorale.
Pour les deux groupes, la chimiothérapie d'induction a consisté
en une association cisplatine-5-fluoro-uracile (5FU). Le cisplatine était
délivré en perfusion à J1 à la dose de 100
mg/m2 suivi d'une perfusion continue de 5FU de J1 à
J4 ou J5 à la dose de 1 000 mg/m2. Le paraplatine a
été utilisé en cas de contre-indication (neurologique
ou rénale) au cisplatine. La chimiothérapie était
administrée par l'intermédiaire d'une voie centrale toutes
les trois semaines. Une évaluation clinique de la réponse
tumorale associée à une évaluation clinique et biologique
des effets de la chimiothérapie était réalisée
avant chaque cycle et deux semaines après le troisième cycle.
Les réactions toxiques ont été évaluées
selon les critères de l'Organisation mondiale de la santé
(OMS).
Une intervention chirurgicale a été proposée à
tous les patients en cas de non-réponse (après le deuxième
ou troisième cycle) ou de progression tumorale après chaque
cycle. La résection tumorale dépendait du volume lésionnel
initial sans tenir compte des régressions, même mineures,
observées ou s'adaptait au nouveau volume tumoral en cas de progression.
Si une indication de chirurgie partielle laryngée était
possible après chimiothérapie, elle n'a jamais été
retenue et une chirurgie radicale (laryngectomie totale) a toujours été
réalisée. La pièce opératoire a fait l'objet
d'une analyse histopathologique et, pour l'analyse pronostique, certains
critères ont particulièrement été retenus
(qualité des marges d'exérèse, envahissement ganglionnaire,
rupture capsulaire et niveau de cette rupture). La chirurgie était
complétée d'une radiothérapie en cas de localisation
hypopharyngée, d'envahissement ganglionnaire ou d'envahissement
des berges d'exérèse. En cas de récidive ou de persistance
évolutive après association chimio-radiothérapie,
si possible, une prise en charge chirurgicale était proposée
ne tenant compte que de la maladie résiduelle. La radiothérapie
était réalisée après chimiothérapie
ou après chirurgie. La radiothérapie a été
réalisée avec deux champs cervicaux opposés incluant
le site primitif. La région cervicale basse a été
traitée par un champ cervical antérieur. La radiothérapie
après chimiothérapie a délivré de 65 à
75 grays (5 fractions par semaine, 2 grays par fraction) sur le site tumoral
et de 50 à 65 grays sur les aires ganglionnaires. La moelle épinière
a été systématiquement protégée après
45 grays. La radiothérapie postopératoire a délivré
de 50 à 75 grays sur l'ancien lit tumoral en cas de localisation
hypopharyngée (adapté à la qualité des marges
de résection) ou pour les localisations laryngées avec marges
d'exérèse envahies. Si nécessaire, une radiothérapie
postopératoire de 50 à 65 grays a été délivrée
sur les relais ganglionnaires en cas d'envahissement ou de rupture capsulaire.
La première évaluation de la réponse au traitement
a été réalisée 2 mois après la fin
d'une séquence thérapeutique complète (chimiothérapie
suivie de radiothérapie chez les répondeurs et chimiothérapie
puis chirurgie éventuellement suivie de radiothérapie chez
les non-répondeurs. La réponse finale au traitement a été
évaluée après toutes les prises en charge thérapeutiques
(chirurgie de rattrapage incluse).
Les conditions de vie ont été évaluées en
utilisant l'échelle inspirée de
Karnofsky. L'état nutritionnel a été évalué
d'après les variations pondérales et l'analyse des dosages
sériques des protéines et de l'albumine. La consommation
quotidienne avouée d'alcool pur a été calculée.
Au total, quel que soit le groupe initial d'appartenance, les patients
ont bénéficié des mêmes modalités de
prise en charge thérapeutique et de surveillance.
L'analyse statistique (description de la population et analyse des facteurs
pronostiques) a été réalisée à partir
de nombreuses variables en utilisant le test du khi2. La correction
de Yates a été utilisée chaque fois que l'échantillon
était trop faible. La survie globale a été calculée
par la méthode de Kaplan-Meier. Les courbes de survie ont été
comparées avec le test du log-rank.
CONCLUSION La
chimiothérapie d'induction apparaît efficace dans les stratégies
de préservation laryngée, mais sa standardisation semble prématurée.
Les effets à long terme de tels protocoles doivent être évalués.
L'augmentation des infections du site opératoire après chimiothérapie,
récemment mise en évidence, devra être, si ces données
sont confirmées, intégrée dans les études coût-efficacité
de telles stratégies. La préservation laryngée reste
une option thérapeutique très intéressante, dont les
résultats apparaissent reproductibles en pratique courante au sein
d'équipes entraînées, mais elle ne peut pas encore être
considérée comme une référence thérapeutique
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