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The impact of appropriate medical attitude on outcomes


Bulletin du Cancer. Volume 89, 22-7, Numéro spécial, Février 2002, Le Livre blanc de la chirurgie cancérologique


Résumé  

Author(s) : Jacques Dauplat, François Guillemin, Gérard Depadt, Laurent Borella, Centre Jean-Perrin, 58, rue de Montalembert, 63011 Clermont-Ferrand.

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ARTICLE

Efficacité et rôle de la chirurgie dans le traitement des cancers

L'exérèse chirurgicale demeure la « pierre angulaire » du traitement de la plupart des tumeurs solides et, notamment, des plus fréquentes : sein, côlon-rectum, poumon, voies aérodigestives supérieures, vessie, estomac, rein, œsophage, utérus (col et corps), mélanome, pancréas, ovaire, thyroïde, etc. Elle conserve la capacité d'en guérir un grand nombre et l'on peut même dire que, pour la plupart de ces tumeurs, la guérison n'est pas possible sans exérèse chirurgicale.

Depuis le début du siècle, la mise au point des techniques d'exérèse radicale élargie, dont l'archétype est l'opération de Halsted, a permis la guérison de nombreux cancers alors même que les autres traitements n'existaient pas. Ces interventions radicales, quand elles sont utilisées encore aujourd'hui pour traiter des tumeurs débutantes, ont toutes les chances de les guérir. Citons par exemple la mammectomie pour les cancers intracanalaires du sein, l'hystérectomie élargie pour les cancers micro-invasifs du col, la colectomie segmentaire pour les cancers du côlon non infiltrants et la laryngectomie totale pour les cancers endolaryngés.

La chirurgie est donc un traitement efficace du cancer : elle est capable de guérir à elle seule bon nombre de tumeurs solides, surtout au stade débutant. Cependant, de plus en plus, elle doit faire partie d'une association thérapeutique pluridisciplinaire indispensable pour améliorer les chances de survie et de conservation de l'organe et/ou de la fonction.

En fait, il s'agit d'un traitement particulièrement adapté aux tumeurs localisées. Dans certains cas, elle peut rester l'unique modalité thérapeutique à condition qu'elle soit conforme aux règles des bonnes pratiques établies pour chaque localisation tumorale où la marge d'exérèse, en particulier, tient une place prépondérante. Il faut remarquer que, quelle que soit l'évolution ultérieure de la maladie, la qualité de l'intervention chirurgicale reste essentielle pour le contrôle local, c'est-à-dire pour éviter la survenue des récidives locales qui peuvent compromettre la survie du malade et, surtout, en altérer la qualité, car ces récidives sont souvent invalidantes et douloureuses et donc source d'inconfort majeur.

Le rôle du chirurgien est encore, très souvent, de fournir la confirmation du diagnostic anatomopathologique de cancer. Cela suppose donc, de la part des chirurgiens cancérologues, l'établissement d'une collaboration étroite avec un ou des anatomopathologistes. Cette collaboration commence en salle d'opération, où l'anatomopathologiste doit se rendre disponible pour les indispensables examens extemporanés mais où le chirurgien doit aussi comprendre les impératifs et les limites de ces examens. Elle se poursuit par l'orientation et le repérage des pièces opératoires et leur fixation dans des conditions adéquates pour permettre un examen histologique définitif de certitude.

La fiabilité du diagnostic histologique initial est absolument capitale, car cette étape va conditionner toute la thérapeutique ultérieure. C'est donc une responsabilité fondamentale du couple chirurgien-anatomopathologiste. C'est par conséquent au chirurgien que va incomber, dans un grand nombre de cas, le rôle de l'annonce du diagnostic après réception du compte rendu anatomopathologique toujours attendu avec anxiété par les malades et leurs familles. Il s'agit d'un moment particulièrement critique, sur lequel nous reviendrons.

Le geste chirurgical doit aussi fournir les éléments qui permettent au mieux d'estimer le caractère localisé ou non de la tumeur en cause et, par conséquent, de déterminer si une thérapeutique complémentaire est nécessaire ou non. Pour la plupart des tumeurs, la stadification chirurgicale est plus précise que toute autre méthode et fournit donc les éléments indispensables à l'estimation du pronostic et à l'élaboration de la stratégie thérapeutique. Ainsi, pour chaque localisation tumorale, elle doit répondre à un cahier des charges précis en fonction de la nature de la tumeur et de l'organe atteint. Il s'agit donc, le plus souvent, d'une chirurgie locorégionale qui associe à l'exérèse tumorale l'exploration et/ou l'exérèse des sites connus pour être exposés en premier lieu au risque d'envahissement par les cellules tumorales. Il s'agit avant tout, surtout pour les tumeurs lymphophiles, des aires de drainage lymphatiques anatomiquement liées à l'organe touché. Pour de nombreuses tumeurs solides, la lymphadénectomie fait donc partie intégrante du traitement chirurgical.

Chirurgie et traitement du cancer : évolution des concepts et de la pluridisciplinarité

Lorsque les interventions radicales élargies ont été mises au point au début du siècle, c'était en partant du principe que le cancer était une maladie d'abord localisée puis qui envahissait de proche en proche les structures de voisinage et/ou les ganglions lymphatiques régionaux avant de se disséminer à tout l'organisme sous forme de métastases.

En se fondant sur cette conception, les auteurs pensaient qu'en faisant une exérèse large au début de la maladie, on avait toutes les chances d'enlever jusqu'à la dernière cellule et de guérir le malade. Pendant toute la première moitié du siècle, cette idée a prévalu et on a même cherché à élargir encore les exérèses qui étaient souvent mutilantes, mais c'était le prix de la guérison. Deux éléments sont venus moduler cette attitude :

- d'une part, l'apparition des autres thérapeutiques du cancer : la radiothérapie apparaissait comme une deuxième thérapeutique locorégionale, la chimiothérapie était un traitement systémique surtout utilisé en situation palliative ;

- d'autre part, le suivi des malades opérés qui révélait malgré tout l'apparition de quelques récidives locales mais surtout d'une proportion incompressible de métastases à distance, dans environ 50 % des cas ou plus, qui provoquaient le décès des malades même si la tumeur était contrôlée localement.

Compte tenu de ces observations, la première idée a été d'associer les deux thérapeutiques locorégionales, chirurgie et radiothérapie, en les additionnant pour éviter les récidives locales. Ce fut efficace, mais au prix d'une majoration parfois inacceptable des séquelles.

La deuxième idée a donc été de continuer à associer les deux traitements, mais en les modulant pour conserver la même efficacité tout en diminuant la morbidité. Le plus bel exemple est celui du sein pour lequel l'efficacité de la radiothérapie a permis de faire une chirurgie conservatrice dont les résultats à long terme, dans les indications favorables, se sont révélés superposables à ceux de la chirurgie radicale.

La troisième idée a été de tenter de prévenir la survenue des métastases à distance en appliquant, après le traitement locorégional, un traitement systémique et notamment une chimiothérapie, en se fondant sur les facteurs de pronostic exprimés par la tumeur primitive, en particulier l'envahissement ganglionnaire.

La conception de l'histoire naturelle du cancer n'était pas fondamentalement différente, mais les notions de traitement conservateur, de traitement adjuvant et de prise en charge pluridisciplinaire étaient nées. À cette époque, qui s'est prolongée jusqu'aux années 1980, le chirurgien restait le maître d'œuvre et l'organisateur de la pluridisciplinarité, les traitements complémentaires prenant place généralement en postopératoire.

Dans la période récente, il est apparu de plus en plus évident que le cancer était, beaucoup plus précocement qu'on ne le pensait, une maladie à fort potentiel de généralisation. En réalité, c'est très tôt dans l'évolution tumorale que le risque métastatique apparaît, comme en témoigne l'évolution métastatique de nombreux patients (25 à 30 %) atteints de tumeurs a priori précoces T1N0. Les techniques biologiques modernes (PCR) ont également permis de montrer que l'on pouvait retrouver des cellules tumorales circulantes ou dans la moelle osseuse chez des patients atteints de tumeurs a priori précoces. Ce concept de maladie cancéreuse rapidement généralisée remet en cause la justification des exérèses élargies et mutilantes. Il est moins « licite » de mutiler un patient si sa guérison est incertaine. En revanche, les traitements conservateurs associés à un traitement systémique destiné à prévenir le risque métastatique constituent la stratégie thérapeutique moderne. Privilégier la conservation fonctionnelle et de l'image corporelle et, par conséquent, améliorer la qualité de vie est devenu un des soucis majeurs du chirurgien dont le geste doit cependant toujours participer au bon contrôle local de la maladie. C'est pour répondre à cet objectif que sont nés les traitements combinés où la radiothérapie et la chimiothérapie sont parfois appliquées en premier lieu pour réduire le volume tumoral et faciliter le geste chirurgical (traitements néoadjuvants).

À partir de ce moment-là, même si c'est toujours au chirurgien que sont confiés les patients, celui-ci a davantage pour rôle de compléter le bilan préthérapeutique et de confirmer le diagnostic histologique avant d'organiser, avec ses collègues oncologues, radiothérapeutes et chimiothérapeutes, une véritable réflexion pluridisciplinaire préthérapeutique. Nous sommes donc entrés dans l'ère d'une véritable prise en charge pluridisciplinaire du patient cancéreux où le rôle du chirurgien reste prépondérant. En effet, l'intervention chirurgicale reste nécessaire dans le cadre du traitement initial de la maladie car elle est indispensable au contrôle locorégional qui est une des composantes essentielles du succès thérapeutique et de la qualité de vie (tableau I).

Par ailleurs, à l'issue du traitement initial et au cours de l'évolution, le chirurgien peut encore être appelé à intervenir pour l'exérèse de masses résiduelles ou pour prendre en charge les rechutes, qu'elles soient locales (chirurgie de rattrapage) ou métastatiques (chirurgie des métastases). Dans ces circonstances, la chirurgie radicale élargie retrouve parfois sa place, car elle constitue une chance unique de rémission. Le chirurgien cancérologue moderne doit donc savoir la pratiquer mais il doit aussi chercher à en prévenir les conséquences, souvent mutilantes, en utilisant les techniques de reconstruction qui font aujourd'hui obligatoirement partie de ses compétences.

Enfin, lors d'évolutions défavorables, un certain nombre de gestes chirurgicaux peuvent être nécessaires à titre palliatif pour prolonger et surtout améliorer la qualité de la survie qui devient alors l'objectif principal.

Recrutement des patients atteints de cancer

Du fait du rôle capital de la chirurgie, le chirurgien ou le spécialiste d'organe orienté vers la chirurgie cancérologique se voit généralement confier en premier lieu les patients atteints de cancer. En effet, pour les médecins généralistes et pour nombre de spécialistes, le réflexe le plus habituel est d'adresser les patients suspectés d'être atteints d'un cancer à un chirurgien. Cette attitude est avant tout traditionnelle puisqu'il n'y avait pas d'autre alternative lorsque les oncologues médicaux et les radiothérapeutes étaient peu nombreux et, même aujourd'hui, les chirurgiens restent les plus largement répartis sur le territoire.

C'est aussi une attitude logique puisque la chirurgie reste le traitement le plus fréquemment utilisé en première intention et a priori le plus efficace.

C'est enfin l'attitude la plus simple et qui demande, sans doute, le moins d'explications de la part du médecin, et ce d'autant plus que le diagnostic histologique n'est pas encore obtenu. En effet, dans l'esprit du public, la chirurgie n'est pas autant associée au diagnostic de cancer que la chimiothérapie et la radiothérapie et le malade confié à un chirurgien garde encore l'espoir que « ce ne soit pas ça ». Ainsi, en adressant le malade à un chirurgien, le médecin peut repousser à plus tard le difficile moment de l'annonce du diagnostic et de la prise en charge du cancer. Il est à noter que cet « avantage » peut être moins net si le chirurgien a une réputation cancérologique notoire ou s'il travaille en milieu cancérologique spécialisé.

Pour toutes ces raisons, il est incontestable que les chirurgiens recrutent la grande majorité des patients cancéreux atteints de tumeurs solides et qu'ils vont avoir la responsabilité d'organiser leur prise en charge dès le début de leur maladie. Il faut donc tenir compte de cette spécificité dans l'organisation générale de la cancérologie et dans l'organisation particulière des structures spécialisées dans la prise en charge des cancers.


 

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