ARTICLE
Le conseil d'administration de la Société française
du cancer (SFC) m'a confié la présidence de la SFC pour deux
ans.
Les médecins sont mal préparés à ces fonctions
et responsabilités qu'ils croient simplement pouvoir ajouter à
leurs responsabilités hospitalières. La simple gestion paternaliste
de ces anciennes sociétés savantes (la SFC aura bientôt
100 ans en 2007), ne suffit plus. Ces associations sans but lucratif exigent
aujourd'hui encore plus pour leur épanouissement et pour remplir
pleinement leur rôle académique. Le seul moteur restant la
générosité du bénévolat.
Cette nouvelle responsabilité me rappelle avec quelque inquiétude
l'histoire d'un vieux professeur de l'École nationale d'administration
publique (ENAP). Au-delà de cette histoire, elle m'invite à
vous dire les projets que je formule pour la SFC.
L'histoire
Un vieux professeur fut engagé pour donner une formation sur
« la planification efficace de son temps » à un groupe
d'une quinzaine de dirigeants de grosses compagnies nord-américaines.
Il n'avait donc qu'une heure pour « passer son message ». Debout,
devant ce groupe d'élite, il les regarda un par un, lentement,
puis leur dit : « Nous allons réaliser une expérience.
»
De dessous la table qui le séparait de ses élèves,
il sortit un immense récipient en verre (de plus de 4 litres) qu'il
posa délicatement en face de lui. Ensuite, il sortit environ une
douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de
tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand
pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu'au bord et qu'il fut impossible d'y
ajouter un caillou de plus, il leva lentement les yeux vers ses élèves
et leur demanda : « Est-ce que ce pot est plein ? » Tous répondirent
: « Oui. » Il attendit quelques secondes et ajouta : «
Vraiment ? »
Alors, il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient
rempli de gravier. Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux
puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s'infiltrèrent
entre les cailloux... jusqu'au fond du pot. Le vieux professeur leva à
nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda : « Est-ce que ce
pot est plein ? » Cette fois, ses brillants élèves
commençaient à comprendre son manège. L'un d'eux
répondit : « Probablement pas ! » « Bien ! »
répondit le vieux professeur. Il se pencha de nouveau et, cette
fois, sortit de sous la table un sac de sable. Avec attention, il versa
le sable dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros
cailloux et le gravier. Encore une fois, il demanda : « Est-ce que
ce pot est plein ? »
Cette fois, sans hésiter et en chur, les brillants élèves
répondirent : « Non ! ». « Bien ! » répondit
le vieux professeur.
Et comme s'y attendaient ses prestigieux élèves, il prit
le pichet d'eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu'à
ras bord. Le vieux professeur leva alors les yeux vers son groupe et demanda
: « Quelle grande vérité nous démontre cette
expérience ? »
Pas fou, le plus audacieux des élèves songeant au sujet
de ce cours, répondit : « Cela démontre que même
lorsque l'on croit que notre agenda est complètement rempli, si
on le veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses
à faire. »
« Non » répondit le vieux professeur. « Ce n'est
pas cela. La grande vérité que nous démontre cette
expérience est la suivante : si on ne met pas les gros cailloux
en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire entrer tous »
; ensuite il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l'évidence
de ces propos.
Le vieux professeur leur dit alors : « Quels sont les gros cailloux
dans votre vie ? Votre santé ? Votre famille ? Vos ami(e)s ? Réaliser
vos rêves ? Faire ce que vous aimez ? Apprendre ? Défendre
une cause ? Vous relaxer ? Prendre le temps... ? Ou... toute autre chose
? ... » « Ce qu'il faut retenir, c'est l'importance de mettre
ses gros cailloux en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas réussir...
sa vie. Si on donne priorité aux peccadilles (le gravier, le sable),
on remplira sa vie de peccadilles et on n'aura plus suffisamment de temps
précieux à consacrer aux éléments importants
de sa vie.
Alors, n'oubliez pas de vous poser à vous-même la question
: « Quels sont les gros cailloux dans ma vie ? » Ensuite, mettez-les
en premier dans votre pot (vie).
D'un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire
et lentement quitta la salle.
Les projets
J'ai donc sorti ma soupière auvergnate, et j'y ai remis quelques
gros cailloux qui ont une place privilégiée mais déjà
très importante. J'y ai ajouté un gros cailloux SFC en y
taillant quelques nouvelles facettes que je voudrais voir briller pour
les 2 ans à venir :
* un bulletin électronique ;
* une présence renforcée de la SFC au niveau international
et national ;
* un rôle actif dans la formation continue.
L'édition du Bulletin du Cancer, confiée aux éditions
John Libbey, est une réussite grâce au dynamisme d'une équipe
soudée qui se réunit une fois par mois sous l'autorité
bienveillante de Philippe Jeanteur et Paul Cappelaere. C'est la revue
la plus volée à la bibliothèque de l'IGR, ce qui
est sans doute le gage de son intérêt et qui s'explique,
en revanche, par son prix encore trop élevé. Ce prix témoigne
pourtant de son indépendance par rapport à l'industrie pharmaceutique.
Il sera difficile d'élargir l'audience de cette revue destinée
aux seuls cancérologues francophones. C'est la raison pour laquelle
un bulletin électronique en anglais mérite de voir le jour
pour véhiculer l'originalité de la recherche et de la pensée
cancérologique française. Le bulletin papier francophone
sera son grand frère, le support et le routage électronique
lui permettront d'aller partout.
La SFC, première société savante en cancérologie,
est par définition tout sauf une association d'intérêts
professionnels, et cela de par la grande diversité de ses membres
(la présidence alterne régulièrement un clinicien
et un chercheur). Sa représentativité au niveau des instances
nationales mérite d'être affirmée à côté
des autres structures, caritatives, hospitalières, professionnelles,
pour faciliter l'accès à la connaissance, l'accès
rapide des thérapeutiques utiles aux malades, la défense
d'une cancérologie multidisciplinaire.
La SFC se doit de rejoindre les autres sociétés nationales
cancérologiques, à travers l'Europe. Ces sociétés
constituent, comme les centres anticancéreux européens,
des réalités nationales vivaces, qui bénéficieront
ainsi d'un enrichissement mutuel et formuleront des projets cancer, à
la taille de l'Europe.
La formation continue en cancérologie a déjà pris
sa réelle dimension au niveau européen ; en France, pour
des raisons diverses, elle est plus difficile à mettre en place.
L'Effec (École française de formation en cancérologie),
pilotée par la Fédération des centres anticancéreux,
lance un programme bien structuré auquel le cours de chimiothérapie
de l'IGR s'est déjà associé pour 2003.
Le Bulletin du Cancer est aujourd'hui le premier journal francophone
de cancérologie multidisciplinaire. Ses objectifs scientifiques
et pédagogiques sont déjà établis. Il faut
maintenant évaluer et valider son rôle en formation médicale
continue. Ce sera d'autant plus facile que la recherche, la chirurgie,
la radiothérapie, l'oncologie médicale, la psychologie y
ont déjà leur place et constituent la base de la logique
de multidisciplinarité.
Les deux journées annuelles de la SFC constituent déjà,
depuis plusieurs années, un extraordinaire outil pédagogique.
Le support papier devra être complété par des journées
de formation médicale continue ciblées en fonction des demandes
des praticiens privés ou publics. Le rôle de la SFC, avec
ses moyens cependant limités, sera d'offrir des modules de formation,
en partie payants, en partie subventionnés (organes caritatifs,
laboratoires pharmaceutiques). La validation de cette offre par les institutions
françaises et européennes, et leur acceptation par les médecins
seront le gage de la réussite.
Pour tous ces projets, un travail de communication est indispensable.
Lancé par mon prédécesseur, Christian-Jacques Larsen,
qui a remarquablement conduit la barque SFC, il devra s'amplifier et s'appuyer
sur le travail d'une équipe qui ne pourra plus se limiter à
un bureau et à un comité de rédaction du Bulletin.
La formation médicale continue, l'animation du site Internet, la
dynamique du forum de cancérologie aujourd'hui associé à
Eurocancer, les liens avec les autres sociétés nationales
européennes, le soutien de la toute jeune cancérologie française
(Aerio), exigeront que les tâches soient partagées. La toute
nouvelle équipe constituée par Jacques Robert, vice-président,
François Lavelle, secrétaire général, Christine
Lévy-Piedbois, trésorière, jouera un rôle majeur
avant que je ne passe à mon tour le relais. Ils savent aussi qu'ils
doivent compter sur tous ceux que la cause du cancer passionne et qui
seront les bienvenus dans la Société française du
cancer.
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