ARTICLE
147
Un puissant dérivé de l'acronycine, S 23906-1, est actif
par voie orale dans des modèles métastatiques de cancer
du côlon humain
Kraus-Berthier L, Chacun-Beaudenon C, Jan M,
Rouillon MH, Hickman JA, Pierré A
Institut de recherches Servier, Division de cancérologie,
11, rue des Moulineaux, 92150 Suresnes.
Le S 23906-1 est un nouvel agent cytotoxique actuellement en développement
préclinique, qui possède un profil pharmacologique original.
Ce dérivé diester de la benzoacronycine se caractérise
in vitro par une puissante activité cytotoxique en essai
clonogénique et par des perturbations du cycle cellulaire originales,
différentes de celles de la plupart des agents anticancéreux.
In vivo, il présente une sélectivité pour
les tumeurs solides humaines par rapport aux tumeurs murines [Guilbaud,
et al. Clin Cancer Res 2001 ; 7 : 2573]. Le but de cette étude
a été d'évaluer l'activité antitumorale de
ce composé, administré par voie orale, dans des modèles
orthotopiques de tumeurs humaines de côlon greffées sur le
caecum de souris nude. Trois tumeurs coliques ont été greffées
au jour 0 : HT29, LS174T et HCT116. Dans les trois modèles, le
traitement des animaux avec le S 23906-1, administré de 1,56 mg/kg
à 6,25 mg/kg (J12, 22), se traduit par une inhibition significative
de la croissance de la tumeur primaire. Un effet comparable est obtenu
après traitement des animaux par un produit utilisé en clinique
dans le traitement du cancer colique, l'irinotecan, administré
à 40 mg/kg par voie iv (J12-16). Aux doses maximales tolérées,
les valeurs de T/C (croissance tumorale) obtenues avec le S 23906-1 sont
comprises entre 13 % et 30 % versus 21 % et 45 % pour l'irinotecan.
L'étude histologique des différents organes prélevés
à la fin de l'expérience dans le modèle HCT116 montre
que l'administration de S 23906-1 supprime totalement la carcinose péritonéale
ainsi que la formation de métastases hépatiques, pulmonaires
et ganglionnaires (ganglions lymphatiques mésentériques).
Des études toxicologiques sont en cours pour compléter l'évaluation
préclinique de ce composé. Sa puissance et son efficacité
par voie orale permettent d'envisager un développement clinique.
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Le 3,5,4'-triméthoxystilbène, dérivé du resvératrol,
est un nouvel agent anti-mitotique provoquant une déstructuration
du réseau microtubulaire
Schneider Y1, Launay JF2,
Coelho D3, Chabert P, Gossé F2, Fischer B2,
Bischoff P, Raul F
Laboratoire d'oncologie nutritionnelle, Inserm U. 392, Ircad ;
1 Inserm U. 381 ; 2 Laboratoire de cancérologie
expérimentale, ULP ;
3 Laboratoire de chimie des polyphénols CNRS UMR 7509,
Strasbourg.
Nos précédents travaux ont mis en évidence le pouvoir
anti-cancérogène du resvératrol, un polyphénol
présent dans le raisin et le vin [1, 2]. L'objectif de ce travail
vise à déterminer le potentiel antiprolifératif d'un
dérivé du resvératrol, le 3,5,4'-triméthoxystilbène
(R3), sur les cellules cancéreuses coliques humaines de la lignée
Caco2, ainsi qu'à élucider son mécanisme d'action.
L'addition de R3 dans le milieu de culture entraîne une inhibition
dose-dépendante de la croissance des cellules Caco2. Une inhibition
partielle de la prolifération cellulaire est observée à
la concentration de 0,2 muM, celle-ci devient totale pour une concentration
de 0,4 muM. Le composé R3 ne présente aucun effet pro-apoptotique
(marquage à l'annexine V), ni cytotoxique (absence de relargage
de lactate dehydogénase dans le milieu de culture). L'étude
du cycle cellulaire montre que R3 induit un blocage des cellules au niveau
de la phase de transition G2/M. Par une étude en immunofluorescence
à l'aide d'anticorps anti-tubuline, il a été montré
que ce blocage a pour origine une dépolymérisation du réseau
microtubulaire. De plus, des études de binding in vitro
montrent que R3 est un inhibiteur non compétitif de la colchicine,
ce qui suggère l'existence d'un site spécifique de liaison
sur la tubuline.
En conclusion, R3 possède un potentiel anti-prolifératif
important en provoquant une dépolymérisation du réseau
microtubulaire. Ces propriétés sont similaires à
celles mises en évidence pour certains agents anticancéreux
en cours d'évaluation clinique (combrétastatine A4). Compte
tenu de sa faible cytotoxicité, ce composé pourrait se révéler
prometteur dans le cadre d'une application en chimiothérapie anticancéreuse.
1. Schneider Y, et al. Cancer Lett 2000 ; 158 : 85-91.
2. Schneider Y, et al. Nutr Cancer 2001 ; 39 : 102-7.
149
Caractérisation d'une lignée cellulaire résistante
au S23906-1, un nouveau dérivé de l'acronycine
Léonce S, Pérez V, Lambel-Giraudet
S, Hickman JA, Pierré A
Institut de recherches Servier, Division de cancérologie,
92150 Su-resnes.
Le S23906-1 est un dérivé synthétique de la benzoacronycine
ayant un profil pharmacologique original. Dans le but d'étudier
son mécanisme d'action, la lignée de carcinome épidermoïde
humain KB-3-1 a été rendue résistante au S23906-1
par une exposition croissante au produit. La lignée ainsi sélectionnée
(KB/S23-500) est résistante à 500 nM de S23906-1 (facteur
de résistance 15), stable pendant au moins 2 mois, et résistante
dans des conditions de culture tridimensionnelle. Les cellules KB/S23-500
greffées en sous-cutané chez la souris nude forment des
tumeurs solides qui sont significativement moins sensibles au S23906-1
que les cellules KB-3-1. Des analyses, par cytométrie en flux,
montrent que la résistance n'est pas liée à une surexpression
de P-glycoprotéine (marquage MRK16) ou d'autres protéines
impliquées dans les phénotypes de résistance multidrogue
(accumulation de rhodamine 123). Les tests d'inhibition de la prolifération
révèlent que les cellules KB/S23-500 ne sont pas résistantes
aux poisons du fuseau (NVB, TXL, VCR), présentent une faible résistance
croisée (facteur de 1,5 à 4) aux inhibiteurs de topo-isomérase
I et II (CPT, VP16 topotécan) et une résistance significative
(6 à 8 fois) aux dérivés du platine et à la
cytosine arabinoside. Il est intéressant de noter que les cellules
KB-3-1 et KB/S23-500 ont la même sensibilité au dérivé
diol du S23906-1, lui-même inactif dans les modèles in
vivo. Cette dernière observation fait de la lignée KB/S23-500
un outil intéressant pour disséquer le mécanisme
moléculaire du S23906-1. Le S23906-1 induit, dans les cellules
sensibles, une surexpression de la cycline E suivie d'un arrêt en
phase S et d'une mort par apoptose. Dans les cellules résistantes,
le S23906-1 induit une perturbation similaire du cycle cellulaire, mais
qui n'est pas précédée d'une augmentation de la cycline
E, et la réponse apoptotique est plus faible. Des études
complémentaires sont en cours pour déterminer le lien entre
cycline E et apoptose afin de mieux comprendre les propriétés
cytotoxiques du S23906-1.
150
Mise en évidence des propriétés antitumorales de
la fractalkine
Vitale S, Huet A, Juhel T, Gavelli A, Millet
MA, Bourget I, Rossi B, Schmid-Alliana A
Inserm U. 364, Faculté de médecine, avenue de Valombrose,
Nice Cedex 02.
Les chimiokines représentent une famille de petites protéines
solubles capables de réguler la migration des cellules hématopoïétiques.
Aujourd'hui, il apparaît clairement qu'elles sont les médiateurs
essentiels de l'infiltration des leucocytes dans les tumeurs. Le transfert
de gènes codant pour les chimiokines offre la possibilité
de modifier le recrutement des leucocytes dans les tumeurs et ouvre ainsi
une nouvelle voie d'approche pour la thérapie des cancers : l'immunothérapie
génique.
Ainsi, des travaux ont mis en évidence que le transfert de gènes
de chimiokines comme la 6Ckine/SLC, le MIP1alpha, ou le MCP1 dans les
cellules tumorales entraîne un ralentissement du développement
de la tumeur en favorisant le recrutement intratumoral de cellules possédant
une activité tumoricide. Dans ce contexte, nous avons testé
les propriétés antitumorales de la fractalkine (FKN), une
chimiokine capable d'attirer les cellules natural killer et les
lymphocytes T CD8+, deux types cellulaires dotés d'activité
cytolytique vis-à-vis des cellules tumorales. Nous avons utilisé
un modèle expérimental de métastases de tumeurs coliques
chez la souris. Ce modèle utilise des cellules carcinomateuses
coliques des lignées C26 et CT26 qui présentent la propriété
de générer des tumeurs solides lorsqu'elles sont injectées
chez la souris syngénique Balb/c. Ces cellules ont été
transfectées par un ADN complémentaire codant pour la fractalkine
permettant l'obtention de transfectants stables C26-FKN et CT26-FKN exprimant
la fractalkine sous ses formes membranaires et solubles.
Nous avons ainsi pu constater que l'injection sous-cutanée de
cellules C26 et CT26 non transfectées (C26-wt et CT26-wt) conduit
à l'apparition de tumeurs dès 3 jours post-injection alors
que les tumeurs ne sont observables qu'à partir de 10 jours après
injection de cellules C26-FKN et CT26-FKN. De plus, le volume des tumeurs
CT26-FKN est significativement réduit comparé au volume
des tumeurs CT26-wt. En effet, au 36e jour post-injection,
la médiane du volume des tumeurs CT26-FKN est de 0 mm3
alors que celle des tumeurs CT26-wt est de 2 983 mm3. L'injection
de cellules C26-FKN et C26-wt au niveau du foie conduit à des résultats
similaires puisque les tumeurs hépatiques C26-wt présentent
un volume médian de 114 mm3 tandis que les tumeurs hépatiques
C26-FKN ont un volume médian de 8 mm3, ce qui correspond
à une diminution de 93 % du volume des tumeurs hépatiques.
Par ailleurs, l'injection sous-cutanée de cellules C26-wt et C26-FKN
chez des souris nude (souris déplétées en lymphocytes
T) n'entraîne pas de modification significative dans l'apparition
des tumeurs par rapport aux souris immunocompétentes. Ce résultat
suggère que les lymphocytes T ne sont pas des effecteurs essentiels
de la réponse antitumorale induite par la fractalkine.
L'ensemble de ces résultats semble indiquer que la fractalkine,
exprimée directement par les cellules tumorales, est capable de
retarder le développement de la tumeur. Cet effet est observable
au niveau sous-cutanée mais aussi au niveau hépatique, ce
qui s'avère d'un intérêt majeur compte tenu de la
capacité des tumeurs coliques à générer des
métastases dans le foie. D'autre part, l'action antitumorale exercée
par la fractalkine ne semble pas être médiée par un
recrutement intratumoral de lymphocytes T. Dans le futur, la caractérisation
des mécanismes cellulaires et moléculaires à l'origine
des effets antitumoraux de la fractalkine pourrait conduire à la
mise en place d'un essai d'immunothérapie génique des métastases
hépatiques des tumeurs du côlon.
151
Le traitement par la cystémustine induit un facteur sérique
anti-mélanome
Demidem A 1, Morvan D 2, 3,
Papon J 1, De Latour M 3, Madelmont JC 1
1 UMR 484 Inserm ; 2 Université
d'Auvergne ; 3 Centre Jean-Perrin, 63005 Clermont-Ferrand.
La cystémustine est une chloroéthylnitrosourée
proposée dans le traitement du mélanome. Sa principale cible
est l'ADN. Nous avons montré récemment que les tumeurs traitées
par la cystémustine induisaient un effet protecteur contre les
tumeurs secondaires non traitées. Pour mieux comprendre la modulation
de la fonction immunitaire après cystémustine, nous avons
testé le versant humoral de l'immunité à l'aide de
sérums provenant de donneurs porteurs de mélanome B16 traités
par la cystémustine, administrés à des receveurs
syngéniques porteurs de tumeur B16 non traitées. Les cellules
de mélanomes sont injectées en sc à des souris C56BL6/6J.
Deux groupes de donneurs de sérum ont été réalisés
: l'un porteur d'une tumeur non traitée, l'autre porteur d'une
tumeur traitée par la cystémustine. La cystémustine
a été administrée à 15 mug/g par voie it.
Les sérums des donneurs ont été prélevés
à J30 de l'évolution tumorale. Trois groupes de receveurs
porteurs de tumeurs sont comparés : le premier recevant du sérum
provenant de donneurs sains (SDS), le second recevant du sérum
provenant de donneurs porteurs de tumeurs non traitées (SDNT),
le troisième recevant du sérum provenant de donneurs porteurs
de tumeurs traitées par la cystémustine (SDT). L'administration
des sérums par voie it s'effectue pendant 3 jours de J11 à
J13 après l'inoculation des cellules tumorales, les tumeurs étant
anatomiquement mesurables. En comparaison avec les SDS et SDNT, le SDT
provoque une forte inhibition de la croissance tumorale. L'arrêt
de la croissance tumorale a été observé dès
la troisième injection du sérum. La différence de
la masse tumorale est très significative (4,5 ± 1,1 versus
0,6 ± 0,2 g à J30, p < 0,001, SDNT versus SDT, Mann-Withney
test). L'analyse histopathologique témoigne d'une forte altération
de la vascularisation tumorale avec une baisse de l'index de densité
de vascularisation (2,4 ± 1,4 versus 0,3 ± 0,5, p <
0,01 à J25, SDNT versus SDT) et d'une nécrose tumorale
importante (surface nécrosée 29 ± 33 versus
71 ± 14 % à J25, p < 0,01, SDNT versus SDT).
En conclusion, le traitement par de faibles doses de cystémustine,
à côté de ses effets génotoxiques, induit un
facteur sérique anti-mélanome, ce facteur pouvant résulter
d'une immunité humorale.
152
La carence en méthionine potentialise l'effet du traitement par
la cystémustine dans le mélanome murin
Morvan D 1, 2, Papon J 1,
Madelmont JC 1, Demidem A 1
1 UMR 484 Inserm ; 2 Université
d'Auvergne, 63005 Clermont-Ferrand.
La cystémustine est une chloroéthylnitrosourée
proposée dans le traitement du mélanome. Sa principale cible
est l'ADN. La carence en méthionine est considérée
comme un moyen de réduire la résistance des tumeurs présentant
différents degrés de dépendance à la méthionine.
Parmi les mécanismes pressentis figure l'inhibition de l'alkyl-guanine-transférase.
Récemment, nous avons montré que la cystémustine
ciblait le métabolisme de la méthionine dans le mélanome
B16 en augmentant le taux intratumoral de certains accepteurs de méthyle
(créatine). Pour poursuivre l'investigation de l'interférence
entre le traitement par la cystémustine et le métabolisme
de la méthionine, nous avons étudié l'effet de la
carence en méthionine sur le mélanome B16 traité
par la cystémustine.
Les receveurs C57BL6/6J reçoivent en sc une injection de 0,5
x 106 cellules de mélanome B16. Les receveurs
sont partagés en groupes recevant une alimentation standard (STD)
ou une alimentation carencée en méthionine de J11 à
J17 (CAR). Pour chacun des régimes alimentaires, les receveurs
sont subdivisés en groupes non traités (NT) et traités
(TR) par la cystémustine (3 injections de 15 mug/g it à
J11, J14, J18). Concernant la toxicité générale du
régime CAR, il est observé une perte de poids des receveurs
de 13 % à J18 dans le groupe CAR/NT (p < 0,01, CAR/NT versus
STD/NT, Mann-Whitney test) et de 21 % à J18 dans le groupe CAR/TR
(p < 0,01, CAR/TR versus STD/TR), réversible à
l'arrêt du régime CAR. Concernant l'effet sur la tumeur du
régime CAR, il est observé : 1) une réduction de
la masse tumorale de 51 % à J14 et de 69 % à J18 dans le
groupe CAR/NT (p < 0,01, CAR/NT versus STD/NT) réversible
à l'arrêt du régime CAR (recalage des courbes de croissance
des groupes CAR/NT et STD/NT vers J32) ; et 2) une réduction de
la masse tumorale de 53 % à J32 dans le groupe CAR/TR (p < 0,02,
CAR/TR versus STD/TR).
Ces résultats témoignent que le régime carencé
en méthionine : 1) a un effet d'inhibition de croissance, réversible,
sur mélanome non traité ; 2) a un effet de potentialisation
de l'action de la cystémustine en prolongeant la période
d'inhibition de croissance du mélanome traité.
153
Modification de la résistance aux agents anticancéreux par
des anticorps induits chez des souris immunisées par un vaccin
contre la glycoprotéine P170 (mdr1) : analyse de l'expression des
gènes impliqués dans ce processus
Roblin-Pawlak C, Perrin L, Lemarteleur T, Ventéo
L, Madoulet C
Laboratoire de biochimie, EA 3306, IFR53 biomolécules, UFR
Pharmacie, 51096 Reims Cedex.
Parmi les mécanismes de résistance des cellules tumorales
à la chimiothérapie, la multidrug resistance (MDR)
est sans nul doute le mieux connu, faisant intervenir la glycoprotéine
P170 responsable de l'efflux des médicaments. Cette protéine
est le produit du gène MDR1 chez l'homme et des isoformes mdr1,
mdr3 chez la souris conférant la résistance et d'un autre
gène mdr2 chez l'animal non impliqué dans ce mécanisme.
Une préparation vaccinale à base de liposomes, gel d'alumine
et de lipopeptides correspondant aux boucles extracellulaires 1, 2 et
4 de la P170 murine a été injectée chez la souris
B6D2F1. Les sérums prélevés chez la souris et contenant
les anticorps induits par vaccination ont été testés
ex vivo sur des lignées de leucémie murine L1210
(R), de type monocytique P388 (R) et fibroblastique LM(tk-)(R)
résistantes à la doxorubicine. Les cellules P388 (R) et
L1210 (R) cultivées en présence des anticorps induits redeviennent
sensibles à la doxorubicine et à la vinblastine. La réversion
de chimiorésistance par les anticorps induits dans les deux types
cellulaires est identique à celle observée lorsque ces mêmes
cellules sont traitées par le vérapamil 3 muM. Dans la lignée
P388 (R), seul le gène mdr1 est exprimé tandis que dans
les cellules L1210 (R), les deux gènes mdr1 et mdr3 le sont. Dans
les cellules fibroblastiques LM(tk-)(R), nos anticorps
et le vérapamil n'exercent aucun effet sur la réversion
de la résistance. Par ailleurs, les cellules fibroblastiques surexpriment
mdr3.
En conclusion, il semble que le retour à la sensibilité
aux agents anticancéreux des cellules résistantes en présence
d'anticorps anti-P170 induits nécessite l'expression du gène
mdr1, démontrant la spécificité de notre approche
vaccinale.
154
Modulation de l'expression des gènes de chimiorésistance
MDR1 et MRP1 sous l'action de la trichostatine A (TSA) dans des cellules
de cancer bronchique à petites cellules H69 sensibles et résistantes
à l'étoposide
El Khoury V 1, Trussardi-Régnier
A 1, Yatouji S 1, 3, Liautaud-Roger F 2,
Trentesaux C 1, Dufer J 1
1 Unité MéDian, CNRS UMR6142,IFR53,
Faculté de pharmacie, Reims ; 2 Institut Jean-Godinot,
Reims ; 3 Faculté de médecine, Université
de Monastir, Tunisie.
La résistance à la chimiothérapie dans les cancers
est souvent une cause d'échec thérapeutique. C'est pourquoi
l'étude de la régulation de l'expression de gènes
majeurs de résistance tels que MDR1 et MRP1 peut être importante.
Des résultats antérieurs ont montré une altération
de la texture nucléaire et une accessibilité de l'ADN accrue
dans des cellules d'adénocarcinome ovarien résistantes à
la vincristine (OV1/VCR) et surexprimant le gène MDR1 comparées
aux cellules de la lignée parentale (IGROV1). Une hyperacétylation
de l'histone H4 a également été observée dans
ces cellules résistantes.
L'étude présente a concerné des cellules de cancer
bronchique à petites cellules H69WT et leurs dérivés
résistants à l'étoposide H69VP. Ces cellules résistantes
expriment les gènes MDR1 et MRP1. L'analyse de la sensibilité
de la chromatine à la DNase I montre que les cellules H69VP résistantes
présentent, comme les cellules OV1/VCR, une accessibilité
accrue de l'ADN. Afin d'analyser si une « ouverture » de la
chromatine pouvait être impliquée dans la régulation
de l'expression des gènes MDR1 et MRP1, des cellules H69WT et H69VP
ont été traitées par un inhibiteur des histones désacétylases,
la trichostatine A (TSA, 100 ng/ml). Dans la lignée H69WT sensible,
le traitement par la TSA induit une expression du gène MDR1 mais
ne module pas l'expression du gène MRP1. À noter qu'aucune
variation significative n'a pu être mise en évidence également
au niveau du gène ubiquitaire beta2-microglobuline. En revanche,
dans les cellules H69VP, le traitement par la TSA induit une diminution
de l'expression du gène MDR1, sans modulation significative des
autres gènes analysés.
Il semblerait donc que, dans les lignées H69WT et H69VP, la régulation
transcriptionnelle du gène de résistance MDR1 puisse être,
contrairement à celle du gène MRP1, associée à
des variations de la structure chromatinienne.
Ce travail a été financé par l'ARERS et le Comité
départemental des Ardennes de la Ligue française contre
le cancer.
155
Recherche de gènes impliqués dans la résistance des
cellules cancéreuses coliques de rat au cisplatine par hybridation
soustractive
Isambert N 1, Chapusot C 2,
Sergent C 1, Hammann A 1, Chauffert B 1, 3
1 Unité Inserm 517, Faculté de médecine,
Dijon ; 2 Service d'anatomie et de cytologie pathologiques,
Centre hospitalier universitaire, Dijon ; 3 Centre régional
de lutte contre le cancer Georges-François-Leclerc, Dijon.
Le cisplatine est un médicament anticancéreux utilisé
avec succès dans le traitement de certaines tumeurs solides humaines
(cancer du testicule ou de l'ovaire). Cependant, son efficacité
est faible dans d'autres tumeurs comme les cancers du côlon. Il
n'existe pas d'explication univoque de cette chimiorésistance intrinsèque
ou acquise : diminution de l'accumulation intracellulaire du platine,
augmentation de la détoxification intracellulaire par des composés
à fonction thiol, modification des systèmes de réparation
de l'ADN (mismatch repair, nucleotide excision repair...), tolérance
accrue aux adduits, protection des cellules vis-à-vis de l'apoptose
chimio-induite.
Afin d'explorer les mécanismes moléculaires de la résistance
des cellules cancéreuses au cisplatine, une hybridation soustractive
a été réalisée entre une lignée cellulaire
de cancer colique de rat sensible au cisplatine (PROb) et la sous-lignée
résistante (CP33). Cette technique a permis de mettre en évidence
la surexpression d'une trentaine de gènes dans les cellules résistantes.
Nous avons contrôlé la surexpression des gènes du
facteur d'élongation 1alpha, de la cytochrome oxydase, du transporteur
du monocarboxylate 1 (MCT1) et de la cathepsine L dans CP33 par des méthodes
indépendantes comme la RT-PCR, le northern-blot ou le western-blot.
En RT-PCR, seul le gène de la cathepsine L est retrouvé
surexprimé avec certitude d'un facteur 2,3 dans les cellules CP33.
La surexpression du facteur d'élongation 1alpha est plus discutable.
Il n'y a pas de surexpression de MCT1, ni de la cytochrome oxydase. Les
analyses en northern-blot et en western-blot n'ont pas montré de
surexpression dans les cellules résistantes pour les quatre gènes
étudiés et les protéines correspondantes. Compte
tenu de la surexpression du gène de la cathepsine L, une enzyme
lysosomale, nous avons évalué le nombre de lysosomes dans
les cellules sensibles et résistantes par microscopie de fluorescence
et par cytofluorimétrie en utilisant l'acridine orange. En microscopie
de fluorescence, les cellules CP33 apparaissent plus grosses au niveau
du cytoplasme et du noyau. Elles contiennent plus de lysosomes. Cette
impression visuelle est confirmée par la cytofluorimétrie
qui a permis d'évaluer l'augmentation du nombre de lysosomes à
un facteur 1,8. Toutefois, l'inhibition de l'activité lysosomale
par la bafilomycine A1 ne modifie pas le degré de résistance
des CP33.
Le manque de spécificité des résultats obtenus
amène à discuter de la validité de la technique d'hybridation
soustractive, même si cette méthode semblait séduisante
pour explorer les différences moléculaires entre cellules
cancéreuses sensibles et résistantes aux médicaments
de chimiothérapie.
Ce travail a été réalisé grâce au
soutien des comités de la Saône-et-Loire et de la Haute-Marne
de la Ligue nationale contre le cancer et à l'attribution d'une
bourse de l'Association pour la recherche sur le cancer.
156
Utilisation d'anticorps monoclonaux anti-idiotypiques du VEGF pour le
ciblage des vaisseaux tumoraux
Pagès F 1, Andoins C 1,
Fons P 1, 2, Trombe M 1, 2, André K
1, Plouët J 2
1 Société AbTech, 151, bd du Montparnasse,
75006 Paris ; 2 GDR 1927, IPBS, 205, route de Narbonne, 31077
Toulouse.
La compréhension de l'importance du vascular endothelial growth
factor (VEGF) dans le processus angiogénique qui accompagne
le développement tumoral a permis l'émergence de nouvelles
thérapies antitumorales fondées sur leur potentiel anti-angiogénique.
Si le rôle physiologique du VEGF n'est qu'imparfaitement compris
actuellement, il est néanmoins connu que le VEGF se lie aux cellules
endothéliales sur plusieurs récepteurs. Au sein du laboratoire,
nous avions déterminé que l'activation du VEGFR2 suffisait
à déclencher l'angiogenèse tumorale sans affecter
les vaisseaux sains. Nous avons développé des nouveaux vecteurs
de ciblage du VEGFR2.
Nous avons, dans un premier temps, immunisé des souris avec des
anticorps anti-VEGF et fusionné leurs splénocytes avec des
myélomes murins. La sélection de ces anticorps monoclonaux
anti-idiotypiques du VEGF a été évaluée par
Elisa (capture par IgG anti-VEGF) et radiorécepteur essai (domaine
extracellulaire du VEGFR2). La spécificité pour VEGFR2 a
été confirmée par Elisa (capture par le domaine extracellulaire
de VEGFR1 ou VEGFR2). L'activité agoniste de ces anticorps anti-idiotypiques
a été confirmée par la mesure de leur effet mitogène
sur des cellules endothéliales humaines provenant de cordon ombilical.
Injectés chez des souris Balb/c porteuses de greffes de cellules
de cancer de sein TS/A (1-5 mg/kg, 2 fois par semaine), ces anticorps
stimulent la croissance tumorale. Leur couplage à une toxine, la
saporine, les rend cytotoxiques pour les cellules endothéliales
angiogéniques (IC50 de l'ordre de 10 nM, alors que l'IC50 de la
saporine seule est de l'ordre de 100 nM) et réduit significativement
la progression de tumeurs murines ou humaines (50 mug/kg, 2 fois par semaine)
sans affecter les vaisseaux sains. L'injection de quantité équivalente
de saporine reste sans effet, ni curatif, ni délétère.
Nos résultats permettent ainsi d'envisager le développement
d'une nouvelle thérapie antitumorale fondée sur sa capacité
à inhiber la croissance des vaisseaux sanguins tumoraux. L'utilisation
d'anticorps agonistes du récepteur VEGFR2 comme vecteur de ciblage
de drogues cytolytiques permet de réduire de 10 à 100 fois
les quantités d'anticorps et de toxine requises pour observer un
effet antitumoral.
157
Stabilité comparative du complexe entre l'ADN-topo-isomérase
I et l'ADN en présence de dérivés de camptothécines
et de benzo[c]phénanthridines
Wargnier R, Devy J, Cohen JHM 1, Pluot
M, Duval O 2, Nabiev I, Sukhanova A
EA n° 3306 Interactions cellulaires et moléculaires en
cancérologie ;
1 EA n° 3309 Physiopathologie dysimmunitaire humaine,
IFR n° 53 biomolécules, Université de Reims Champagne-Ardennes
; 2 EA n° 921 SONAS, Université d'Angers.
L'ADN topo-isomérase I humaine (Top1) est une cible pour plusieurs
agents antitumoraux. Son implication dans les changements de topologie
de l'ADN au cours de processus comme la réplication a conduit à
de nombreuses études sur ses inhibiteurs. Deux classes d'inhibiteurs
de la Top1 sont connues : les poisons, qui stabilisent les complexes «
clivables » entre l'enzyme et l'ADN, et les suppresseurs, qui bloquent
la reconnaissance de séquences spécifiques d'ADN par la
Top1. Dans cette étude, deux familles d'inhibiteurs de la Top1
ont été testées : les poisons camptothécines
- CPT, topotécan, et les ben[c]phenanthridines (BZP : fagaronine,
éthoxidine et dérivés) qui montrent un mode d'inhibition
« poison » ou « suppresseur » en fonction de leur
structure chimique.
La caractérisation quantitative en temps réel des interactions
ADN-Top1 en présence ou non d'inhibiteurs a été menée
par la technique de résonance plasmonique de surface Biacore®
en utilisant des oligonucléotides soit à forte affinité
pour Top1 (OL-Top1), soit CPT-dépendant (OL-CPT). Les complexes
binaires Top1-(OL-CPT) se forment avec une vitesse d'association (Ka)
de 1,43 x 105 M- 1.s- 1 et
se dissocient avec une vitesse kd = 1,4 x 10- 1.s-
1 tandis que les mêmes complexes avec OL-Top1 montrent les
valeurs 1,58 x 105 M- 1.s- 1
et 2,7 x 10- 2.s- 1, respectivement. La
présence de topotécan ne change pas le ka pour
les deux oligonucléotides étudiés mais diminue le
kd de 2 fois pour OL-Top1 et de 20 fois pour OL-CPT. En se
basant sur le topotécan comme un modèle, nous avons monté
le rôle suppresseur de l'éthoxidine et l'ambiguïté
de la fagaronine à concentrations différentes. De plus,
la caractérisation de trois autres dérivés des BZP
nous permet de corréler le niveau d'inhibition vis-à-vis
de Top1 avec leurs structures chimiques afin d'optimiser l'élaboration
de nouveaux dérivés plus efficaces.
La technique Biacore® apparaît comme un outil puissant
pour un screening facile des molécules inhibitrices de Top1,
mais aussi pour différencier le caractère poison ou suppresseur
de celles-ci.
158
La cytotoxicité de l'irofulvène dans les lignées
cancéreuses est corrélée avec l'expression de protéines
du système de réparation par excision de nucléotides
Koeppel F 1, Poindessous V 1,
Raymond E 1, 2, Lazar V 3, Sarasin A 4,
Larsen AK 1
1 Laboratoire de biologie et pharmacogénétique
des tumeurs humaines, CNRS UMR 8532 ; 2 Département
de médecine ; 3 Département de biologie clinique,
Institut Gustave-Roussy, Villejuif ; 4 Laboratoire de génétique
moléculaire, Institut André-Lwoff, Villejuif.
L'irofulvène (MGI114) est un nouvel agent antinéoplasique
en cours de développement clinique, dérivé de la
toxine illudine S produite par le champignon Omphalatus. Bien que
son mécanisme d'action soit mal connu, il a été montré
qu'il se lie de façon covalente aux macromolécules cellulaires,
ce qui permet de le classer parmi le groupe des agents alkylants.
Nous avons étudié l'activité antiproliférative
de l'irofulvène au sein d'un panel de 34 lignées cancéreuses
humaines et comparée à celles d'un alkylant classique et
d'un alkylant nouveau, respectivement le cisplatine et l'ET743 (ectéinascidine).
Il en ressort que l'irofulvène a une forte activité cytotoxique
sur une grande variété de lignées cancéreuses
humaines d'origine épithéliale (poumon non à petites
cellules, carcinomes ovariens et prostate). En revanche, une faible activité
a été observée sur les lignées de sarcomes
et les lignées leucémiques, ce qui est remarquable pour
un agent alkylant. Le spectre d'activité sur le panel suggère
de plus que l'irofulvène n'est pas l'objet des mécanismes
classiques de résistance tels que la surexpression de pompes d'efflux
membranaires ou la perte de la fonction de p53. Par ailleurs, nous avons
montré que les cellules déficientes en protéines
impliquées dans le système de réparation par excision
de nucléotides (NER) présentent une forte sensibilité
à l'irofulvène. Une étude menée sur un panel
de 17 lignées cancéreuses a permis de comparer les valeurs
d'IC50 pour l'irofulvène, le cisplatine et l'ET743 avec le niveau
d'expression (mesuré par RT-PCR quantitative, TaqMan) de trois
protéines du NER (ERCC1, XPD et XPG). Une corrélation nette
entre l'expression de gènes du NER et la résistance cellulaire
à l'irofulvène et dans une moindre mesure au cisplatine
a été démontrée, tandis qu'aucune corrélation
n'a été observée pour ET743.
Étant donné l'importance émergente du NER dans
le développement du cancer (ovaire, poumon, côlon et prostate),
ces résultats encouragent une utilisation thérapeutique
du MGI114. Nos résultats suggèrent de plus que le niveau
cellulaire des enzymes liées au NER peut être utilisé
comme facteur prédictif pour la sensibilité cellulaire des
cellules cancéreuses à l'activité cytotoxique de
l'irofulvène.
159
Détermination par une technique HPLC simple et rapide du rapport
urinaire 6beta-hydroxycortisol/cortisol : inhibition de l'activité
du cytochrome P450 3A4 par un agent pharmacomodulateur
Rouits E, Boisdron M, Morel A, Gamelin E
Inserm U. 564, CRLCC Paul-Papin, 49033 Angers.
Le cytochrome P450 3A4 (CYP3A4) est la forme la plus importante des
cytochromes chez l'homme. Il est responsable du métabolisme de
près de 60 % des médicaments et donc à l'origine
de nombreuses interactions. Il présente une grande variabilité
interindividuelle de son expression. Il est également susceptible
d'être induit ou inhibé par de nombreuses substances dont
le jus de pamplemousse qui est responsable d'une puissante « inhibition-suicide
». La mesure du rapport urinaire 6beta-hydroxycortisol/cortisol (6beta-OHF/FC)
est le seul vrai test non invasif permettant d'évaluer in vivo
l'activité du CYP 3A4 et le prélèvement d'un échantillon
urinaire le matin s'avère être un moyen fiable pour évaluer
la variabilité interindividuelle, tout en conservant le confort
du patient. Parmi les méthodes développées pour mesurer
ce rapport, les méthodes HPLC (high performance liquid chromatography)
sont les plus sensibles pour quantifier les stéroïdes.
L'objectif de notre travail a été de mettre en place dans
un premier temps une méthode HPLC permettant de mesurer le rapport
6beta-OHF/FC urinaire afin d'étudier la variation d'activité
du CYP 3A4 entre les individus et, dans un deuxième temps, d'étudier
l'impact de l'administration de jus de pamplemousse à des témoins
sur ce rapport afin d'obtenir un inhibition prolongée du cytochrome
pour envisager d'utiliser cette substance comme agent modulateur. Nous
avons alors développé une méthode consistant en une
extraction liquide/liquide suivie d'une analyse HPLC par gradient et une
détection UV. La quantification des deux substances est possible
de 10 à 5 000 ng/ml et 5 à 2 500 ng/ml respectivement pour
6beta-OHF et FC. Notre technique d'analyse est plus rapide, plus simple
et peu coûteuse, donc largement diffusible. Nous avons rendu notre
méthode compatible avec l'ingestion de jus de pamplemousse, évitant
ainsi les interférences générées par cette
substance dans l'urine. En effet, le rapport urinaire 6beta-OHF/FC a été
mesuré chez des volontaires sains avant et après ingestion
de jus de pamplemousse et ce dernier entraîne une inhibition importante
de 55 ± 14 % de l'activité du CYP 3A4 dès l'administration
de 600 ml à raison de 3 fois 200 ml répartis sur 24 h. Il
est donc possible d'envisager l'utilisation de cette substance comme agent
modulateur du CYP 3A4, et plus particulièrement pour les médicaments
anticancéreux métabolisés par cette enzyme.
160
Quantification simultanée par RT-PCR capillaire en temps réel
de marqueurs de résistance au 5-fluoro-uracile sur des cellules
et des prélèvements tumoraux
Barbado M, Preisser L, Verrièle V, Boisdron-Celle
M, Morel A, Gamelin E
Inserm U. 564, CRLCC Paul-Papin, 2, rue Moll, 49033 Angers.
La résistance tumorale, intrinsèque ou le plus généralement
acquise au cours du traitement, est souvent à l'origine d'un échappement
thérapeutique. Si un certain nombre des mécanismes de résistance
en cause est connu, leur rôle réel et respectif en clinique
est beaucoup plus difficile à évaluer. Cette situation est
liée en grande partie aux difficultés rencontrées
pour quantifier simultanément plusieurs marqueurs de résistance
tumorale sur un unique prélèvement de taille réduite.
Pour tenter de résoudre ce problème, nous avons développé
un protocole unique de quantification des ARNm de cinq marqueurs de résistance
connus au 5-fluoro-uracile (5FU), médicament de référence
dans les cancers digestifs : thymidine kinase (TK), thymidilate synthase
(TS), dihydropyrimidine deshydrogénase (DPD), dihydrofolate réductase
(DHFR), folylpolyglutamate synthase (FPGS). Dans un premier temps, un
ADN standard composite a été construit permettant l'amplification
des cinq marqueurs dans les mêmes conditions de PCR quantitative
avec lecture de fluorescence en temps réel. L'intérêt
de ce standard composite a ensuite été testé sur
des lignées cellulaires coliques sensibles ou rendues résistantes
au 5FU et sur différents prélèvements issus de patients,
traités ou non par 5FU. Les ARN totaux ont été extraits
à partir de tissus congelés, tumeurs primitives ou métastases
hépatiques, dont la nature anatomopathologique est confirmée
avant extraction des ARN. L'expression des ARNm des cinq marqueurs a ensuite
été quantifiée, puis normalisée par rapport
à l'expression d'un « gène de ménage »
(glycéraldéhyde-3-phosphate). Malgré un échantillon
de prélèvements réduit, nous avons ainsi pu valider
notre technique de quantification des ARNm à l'aide d'une molécule
standard composite.
Ces résultats montrent dans les prélèvements tumoraux
après traitement au 5FU des variations plus marquées de
l'expression des ARNm de protéines du cycle cellulaire (TS, TK)
par rapport aux protéines du métabolisme (DPD, DHFR, FPGS).
Notre approche est actuellement en cours d'exploitation en recherche clinique,
et ces standards composites pourraient être à l'avenir développés
de façon à caractériser différents mécanismes
de résistance à un médicament, et peut-être
orienter les décisions thérapeutiques.
161
Efficacité de l'association capécitabine et mitomycine comme
chimiothérapie des cancers colorectaux métastatiques : résultats
préliminaires
Lièvre A 1, Cervantes L
1, Mitry E 1, Vaillant JN 1, Clavero-Fabri
MC 1, Dutin JP 2, Beaumont-Raymont C 3,
Ribet C 1, Dupuy P 1, Rougier P 1
1 Gastroentérologie et oncologie digestive,
Hôpital Ambroise-Paré, 92100 Boulogne ; 2 CH La
Rochelle ; 3 CH Troyes.
L'intérêt d'une 3e ligne de chimiothérapie
chez les patients ayant un cancer colorectal métastatique (CCRM)
en progression après CPT11 ou de L-OHP n'est pas démontré.
Le 5FU en perfusion continue associé à des bolus de mitomycine
C (M) est supérieur au 5FU seul [Ross, et al. Ann Oncol 1997).
La capécitabine (X) a une efficacité comparable au Fufol
[Van Cutsem, JCO 2001]. Nous avons évalué rétrospectivement
l'efficacité et la tolérance de l'association XM après
progression sous 2 ou 3 lignes de chimiothérapie.
Patients et méthodes. De janvier 2000 à novembre
2001, 14 patients ont été traités selon le protocole
XM : M 7 mg/m2 IV/6 semaines et X 2 000-2 500 mg/m2/j
J1-J14 et J22-J35. Âge médian 61,8 ans (47-72), EG (OMS)
0 à 3, nombre de sites métastatiques 3 (1-7), 3e
ligne 6 patients et 4e ligne 8 patients.
Résultats. 36,5 cycles de chimiothérapie ont été
administrés (2,75 cycle/patient, 0,5-5). La durée médiane
a été de 16,5 semaines et le suivi médian de 5,23
mois (0,62-9,80) ; dose-intensité médiane 93 % (50-100)
pour X et 100 % (20-100) pour M. Réponse tumorale (11 patients
évaluables, critères Recist) : RP = 1 (9 %), SD = 2 (18
%), contrôle tumoral 29 %, survie globale médiane 5,23 mois
(0,66-9,80),
SSP médiane 4,07 m (2,07-5,25), toxicité de grade
3-4 NCI/patient (13 évaluables) : diarrhée 2/13, neutropénie
1/13, anémie 2/13, syndrome main-pieds 2/13. Aucun décès
toxique et neutropénie fébrile. Toxicité maximale
de grade 1 = 30 %, de grade 2 = 23 %, de grade 3 = 30 %, de grade 4 =
8 % et 3 arrêts pour toxicité.
Conclusion. Avec un taux de contrôle tumoral de 29 %, une
survie médiane de 5,23 mois et une toxicité faible, l'association
XM est une alternative au traitement symptomatique chez les patients ayant
un CCRM en progression après 2 ou 3 lignes de chimiothérapie
et demandeurs de chimiothérapie. Son évaluation en première
ligne est souhaitable.
162
Influence de p53 sur la sensibilité aux agents alkylants de cellules
de carcinomes humains : comparaison de modèles expérimentaux
Allagnat F 1, Hubert C 1,
Comisso M 1, Raymond E 1, 2, Larsen AK 1
1 Physicochimie et pharmacologie des macromolécules
biologiques, CNRS, UMR 8532 ; 2 Département de médecine,
Institut Gustave-Roussy, Villejuif.
Le dysfonctionnement du gène suppresseur de tumeur codant pour
la protéine p53 est l'aberration génétique la plus
fréquente dans les tumeurs humaines. Cependant, l'influence de
p53 sur la sensibilité aux agents anticancéreux reste hautement
controversée. Nous avons étudié l'influence de p53
sur la sensibilité de deux modèles de carcinome du côlon
à différents agents alkylants classiques (cisplatine, oxaliplatine)
et nouveaux (irofulven, ectéinascidine 743). Un modèle basé
sur les lignées HCT116 et HCT116 DELTAp53 dont le gène p53
a été invalidé par recombinaison homologue et un
modèle composé des lignées RKO néo et RKO
E6 transfectée avec le gène codant pour la protéine
E6 du virus humain du papillome qui cible la protéine p53 pour
la dégradation par le protéasome. Dans le cas de l'utilisation
d'agents récents tels que l'irofulven et l'ET743, les deux modèles
démontrent que la perte de fonction de p53 n'a pas d'influence
sur la cytotoxicité. De manière inattendue, les deux modèles
donnent des résultats différents sur l'effet de p53 sur
la sensibilité aux dérivés du platine. Dans le modèle
HCT116, la perte de fonction de p53 s'accompagne d'une résistance
à l'oxaliplatine soixante fois plus importante alors qu'elle n'est
augmentée que d'un facteur deux dans le modèle RKO. Dans
le cas du cisplatine, la résistance augmente d'un facteur trois
dans le modèle HCT116 et diminue d'un facteur deux dans le modèle
RKO. Les analyses par western-blot démontrent que, bien
que non détectable dans les lignées RKO néo et E6
non traitées, la protéine p53 est présente dans les
deux lignées après traitement.
Ce résultat démontre qu'en cas de stress génotoxique,
la dégradation de p53 par E6 est insuffisante dans ce modèle.
Si ces résultats permettent d'expliquer en partie les différences
observées entre les deux modèles pour l'oxaliplatine, d'autres
facteurs doivent rentrer en jeux lors du traitement par le cisplatine.
En conclusion, la comparaison des deux modèles les plus couramment
utilisés pour étudier l'influence de p53 sur la sensibilité
de lignées carcinomateuses aux agents alkylants démontre
que le modèle RKO néo/RKO E6 est insuffisant pour évaluer
l'influence de p53 sur la réponse de cellules soumises à
un stress cytotoxique.
163
Étude du métabolisme de l'acide rétinoïque :
importance des activités cytochromes P450 dans la modulation des
réponses biologiques lors de la thérapie antitumorale par
les rétinoïdes
Marill J, Capron C, Idres N, Lanotte M, Chabot
GG
U. 496, Centre Hayem, Hôpital Saint-Louis, Paris.
Les tumeurs sont caractérisées par une croissance cellulaire
anormale accompagnée d'une perte des capacités de différenciation
cellulaire. L'activité antiproliférative et pro-différenciante
des rétinoïdes, et en particulier celle de l'acide rétinoïque,
a orienté les recherches vers leur utilisation comme drogues chimiopréventives
et antitumorales. Depuis peu, les différents métabolites
de phase I de l'acide rétinoïque ont également démontré
leurs capacités à induire des réponses biologiques
distinctes selon les tissus considérés, parfois avec une
efficacité supérieure à la substance mère.
Nous nous sommes donc proposés d'identifier les enzymes responsables
du métabolisme de l'acide rétinoïque, essentiellement
les cytochromes P450 (CYP) qui sont capables de former de façon
préférentielle certains métabolites et qui pourraient
donc participer à la régulation fine des réponses
biologiques.
Nous avons tout d'abord identifié les CYP responsables de la
formation des différents métabolites de l'acide rétinoïque
tout-trans [Mol Pharmacol 2000 ; 58 : 1341-8] ainsi que de ses
deux isomères également utilisés en thérapeutique,
l'acide rétinoïque 9-cis et 13-cis [Biochem Pharmacol
2002 ; 63 : 937-47]. Cette approche enzymatique nous a permis, non seulement
d'identifier les CYP capables de métaboliser l'acide rétinoïque,
mais, de plus, de déterminer leurs caractéristiques cinétiques,
et donc leur efficacité métabolique vers la formation d'un
métabolite précis. Ces mécanismes permettent d'envisager
une régulation fine par les CYP de la quantité ainsi que
du type de ligand disponible.
164
Implication de l'activité protéine-arginine méthyl
transférase dans la sensibilité à la camptothécine,
un inhibiteur spécifique de topo-isomérase I
Verbiest V, Gros L, Jacquemin-Sablon A, Pourquier
P
Laboratoire de pharmacologie des agents anticancéreux, Institut
Bergonié, Bordeaux.
Les topo-isomérases (topo) sont des enzymes nucléaires
dont le rôle principal est de supprimer les contraintes de torsion
de l'ADN au cours des processus de transcription et de réplication.
Cette fonction repose sur la formation de coupures transitoires de l'ADN
qui sont simple- ou double brin. Les inhibiteurs de topo-isomérases,
très utilisés en chimiothérapie, exercent leur cytotoxicité
en stabilisant le complexe covalent ADN-enzyme. Les mécanismes
moléculaires de la réponse cellulaire à ces agents
sont encore mal connus. Au cours de la recherche de nouveaux gènes
de sensibilité à la 9-hydroxyellipticine, un inhibiteur
de topo II, nous avons identifié un gène codant pour des
protéines de la famille des protéine-arginine méthyl
transférase (PRMT). La répression stable de ce gène
dans la lignée de hamster DC-3F/GSE IA confère une résistance
à la majorité des inhibiteurs de topo II et une hypersensibilité
à la camptothécine, un inhibiteur de topo I. Nous avons
recherché les altérations qualitatives et/ou quantitatives
de la topo I pouvant expliquer cette hypersensibilité. Nous ne
trouvons pas de différence de la quantité de topo I, ni
de l'activité de l'enzyme provenant d'extraits nucléaires
de la lignée DC-3F/GSE IA et de la lignée témoin.
Le nombre de cassures simple brin et de complexes ADN-topo I formés
dans des cellules traitées par de la camptothécine est également
comparable. Nous n'observons aucune différence dans la cinétique
de réparation des cassures simple brin.
Ces résultats préliminaires montrent pour la première
fois le lien entre une activité PRMT et la sensibilité à
la camptothécine. Ils suggèrent que l'hypersensibilité
à la camptothécine conférée par la répression
de ce gène est certainement due à des mécanismes
se situant en aval de la formation du complexe ADN-enzyme. Ces résultats
démontrent par ailleurs que les voies de signalisation des lésions
induites par les inhibiteurs de topo I sont différentes de celles
mises en jeu pour les inhibiteurs de topo II.
165
Quantification de l'expression de gènes liés à la
multidrug resistance (MDR1, MRP1, BCRP et TOP2) dans des variants
des cellules K562 et MCF7 cultivés en présence de doxorubicine
libre ou encapsulée dans des nanosphères de polyisohexylcyanoacrylate
Laurand A, Laroche-Clary A, Larrue A, Huet S,
Bonnet J, Robert J
Université Victor-Segalen Bordeaux 2 et Institut Bergonié,
229, cours de l'Argonne, 33076 Bordeaux.
La doxorubicine (dox) encapsulée dans des nanosphères
de polyisohexylcyanoacrylate (PIHCA-dox) est capable de contourner le
phénomène de multidrug resistance (MDR) dû
à la surexpression de la glycoprotéine P. Nous avons cultivé
des cellules en présence de PIHCA-dox et de doxorubicine libre
pour comparer les mécanismes de résistance sélectionnés
par les deux formulations. Pour cela, nous avons cultivé deux lignées
tumorales humaines, K562 (érythroleucémie) et MCF7 (carcinome
mammaire), en présence de concentrations infratoxiques, progressivement
croissantes, de doxorubicine libre ou encapsulée. Les médicaments
ont été maintenus au contact des cellules pendant 8 repiquages
à chaque concentration (1, 3, 10 et 30 ng par ml de milieu). La
cytotoxicité des deux formes a été évaluée
dans chaque variant par inhibition de croissance. L'expression des gènes
MDR1, MRP1, BCRP et TOP2 a été évaluée dans
chaque variant par RT-PCR quantitative en temps réel. L'activité
de la glycoprotéine P a été recherchée par
cytométrie en flux et celle de la topo-isomérase II par
un test de décaténation.
À chaque niveau de sélection, la croissance des lignées
cultivées en présence de doxorubicine libre est plus rapide
que celle des lignées cultivées en présence de PIHCA-dox
et l'obtention de variants est plus facile. Les cellules sélectionnées
par la PIHCA-dox sont plus résistantes à la doxorubicine
libre que les cellules sélectionnées par la doxorubicine
libre et leur résistance à la PIHCA-dox est un peu moindre
qu'à la doxorubicine libre. Toutes les lignées surexpriment
le gène MDR1, corrélativement à la dose de sélection,
de façon plus marquée dans les lignées sélectionnées
par la doxorubicine libre que par la PIHCA-dox. En revanche, une faible
surexpression du gène MRP1 apparaît dès le premier
stade de sélection et se maintient constante lors de l'augmentation
de la dose. Pour le gène BCRP, les lignées cultivées
en présence de PIHCA-dox présentent une surexpression plus
élevée que celles cultivées en présence de
doxorubicine libre. Une augmentation de l'expression de la topo-isomérase
II a été observée dans les lignées MCF7 cultivées
en présence de doxorubicine libre et de PIHCA-dox ; ce phénomène
est transitoire dans les lignées K562.
Nos résultats confirment que des mécanismes multiples
peuvent être mis en uvre lors de l'acquisition de la résistance
aux agents anticancéreux, et montrent que des formulations différentes
du même médicament sont capables de sélectionner ces
mécanismes à des niveaux variables.
166
La doxorubicine et l'étoposide induisent des altérations
différentes de l'expression des gènes de cellules leucémiques
en culture
Vekris A, Godard F, Haaz MC, Bonnet J, Robert
J
Digem SA, Université Victor-Segalen Bordeaux 2 et Institut
Bergonié, 229, cours de l'Argonne, 33076 Bordeaux Cedex.
La doxorubicine et l'étoposide sont deux médicaments anticancéreux
qui ont une cible cellulaire commune, l'ADN-topoisomérase II. Cependant,
ces deux médicaments présentent des profils distincts de
cytotoxicité in vitro et de propriétés antitumorales
in vivo. Ces différences peuvent être attribuées
au fait que l'interaction médicament-cible induit des événements
cellulaires différents pour conduire à la mort cellulaire
ou à la résistance. Pour tester cette hypothèse,
nous avons cultivé la lignée érythroleucémique
K562 et son variant résistant à la doxorubicine en présence
de doses équitoxiques de doxorubicine et d'étoposide (la
valeur de l'IC50 de chaque médicament dans chacun des
deux types cellulaires). Les cDNA obtenus après extraction des
RNA et rétrotranscription ont été hybridés
sur un array de 1 176 sondes (membranes Clontech Atlas 1.2 I).
L'analyse du signal et les comparaisons ont été faites en
utilisant la méthode des rangs. Nous avons comparé les altérations
induites par les deux médicaments, dans les cellules sensibles
et dans les cellules résistantes.
Dans les cellules sensibles, 942 signaux sur 1 176 ont été
considérés comme significatifs. Seuls 2 gènes ont
leur expression altérée de façon identique par les
deux médicaments ; 8 gènes ont leur expression altérée
de façon opposée ; 129 gènes montrent une altération
spécifique de la doxorubicine et 17 une modification d'expression
spécifique de l'étoposide. Dans les cellules résistantes,
les chiffres sont les suivants : 1 gène présentant une altération
identique de son expression sous l'effet des deux médicaments ;
aucun gène d'expression altérée de façon opposée
; 11 et 25 gènes ayant leur expression altérée spécifiquement
par la doxorubicine et l'étoposide, respectivement. Parmi les gènes
dont l'expression est altérée par la doxorubicine, une grande
variété de fonctions est observée ; en revanche,
pour l'étoposide, nous avons identifié essentiellement des
gènes codant pour des protéines impliquées dans la
réception et la transduction des signaux et dans le transport transmembranaire.
Ainsi, cette étude montre que la doxorubicine et l'étoposide
induisent des altérations très différentes de l'expression
des gènes. Cela peut être lié à l'induction
d'événements distincts en réponse à l'interaction
de ces médicaments avec leur cible primaire commune.
167
Recherche et identification de variants polymorphiques du gène
de la carboxylestérase 2 humaine impliquée dans l'activation
de l'irinotecan en SN38
Charasson, Bellott R, Gorry P, Longy M, Robert
J
Institut Bergonié et Université de Bordeaux 2, 229,
cours de l'Argonne, 33076 Bordeaux Cedex.
L'irinotecan est devenu un outil thérapeutique majeur pour les
cancers colorectaux métastatiques. C'est une prodrogue nécessitant
une activation, principalement hépatique, en SN38. Il avait été
montré au laboratoire qu'il existait une importante variation individuelle
de l'activation de l'irinotecan sur le modèle des microsomes de
foie humain [Haaz, et al. NS Arch Pharmacol 1997 ; 356 : 257-62],
de même que les taux circulants de SN38 chez les malades traités
par irinotecan varient dans une proportion importante [Rivory, et al.
Clin Cancer Res 1997 ; 3 : 1261-6]. Cette activation est catalysée
principalement par la carboxylestérase hCE2. Nous nous sommes demandés
si un polymorphisme génétique de cet enzyme était
susceptible d'expliquer la variabilité individuelle de l'activation
de l'irinotecan en SN38, et par conséquent la variabilité
individuelle des effets thérapeutiques et toxiques de l'irinotecan.
Le gène de la carboxylestérase 2 (16q22.1) est composé
de 12 exons. Le séquençage du génome humain répertorie
six SNP (single nucleotide polymorphism). Il n'existe pas de données
concernant leur fréquence dans la population. Aucune de ces variations
n'est susceptible d'altérer la séquence protéique,
mais l'une siège au niveau du promoteur du gène, en position
- 330 avant le codon d'initiation de la transcription. Nous avons
recherché dans une population préliminaire de onze échantillons
individuels d'ADN humains l'existence de variants polymorphiques : 1)
au niveau de chaque exon et des jonctions exon-intron ; 2) au niveau des
six variations signalées dans la séquence du gène
(promoteur, intron 2, intron 10, intron 12). Pour cela, nous avons mis
au point 14 réactions de PCR et nous avons réalisé
l'analyse de ces 14 fragments par dHPLC (denaturing high performance
liquid chromatography) dans la population étudiée. Au
stade actuel, nous avons retrouvé 2 variants alléliques
au niveau du promoteur, 4 dans l'intron 10, 3 dans l'intron 12, et 1 dans
l'exon 12 ou à la jonction exon-intron (non signalé dans
la séquence du gène). Les séquençages de ces
variants sont en cours. Parallèlement, nous avons commencé,
dans dix échantillons de foies humains obtenus de l'IIAM, l'étude
de la correspondance entre l'activité carboxylestérase activant
l'irinotécan, l'expression du gène hCE2 par RT-PCR quantitative
en temps réel, et la caractérisation des variants polymorphiques.
Cette étude permettra de savoir si le polymorphisme du gène
de la hCE2 est susceptible de s'accompagner d'une variation de l'activité
et/ou de l'expression de l'enzyme.
168
Bases précliniques pour l'association ZD1839 (Iressa) et cisplatine-fluoropyrimidines
dans le traitement des cancers ORL
Magné N, Fischel JL, Dubreuil A, Formento
P, Tiffon C, Formento JL, Francoual M, Milano G
Laboratoire d'oncopharmacologie, Centre Antoine-Lacassagne, 33, avenue
de Valombrose, 06189 Nice Cedex 2.
Le récepteur à l'EGF (REGF) est particulièrement
surexprimé dans les cancers épidermoïdes de la sphère
ORL où il représente un facteur de mauvais pronostic avéré.
Le ciblage thérapeutique du REGF (Iressa, ZD1839) est donc justifié
dans cette pathologie où le traitement de référence
est représenté par l'association cisplatine (CP)-5-fluoro-uracile
(5FU).
Le but de cette étude préclinique est d'analyser l'effet
antiprolifératif et proapoptotique du ZD1839 seul ou en association
avec le cisplatine (CP) et/ou des fluoropyrimidines (5FU, capecitabine)
sur des lignées cellulaires ORL d'origine humaine. La recherche
d'association optimale de ces drogues a été établie
par le test de cytotoxicité MTT combiné à une analyse
de Chou et Talalay. Les mécanismes moléculaires induits
par ZD1839 sur la prolifération cellulaire, sur l'apoptose et sur
les mécanismes de réparation de l'ADN (DNA-PK) ont été
examinés.
ZD1839 potentialise l'effet du CP et/ou du 5FU, l'effet de la capecitabine
(5'DFUR) lorsqu'il est appliqué avant et maintenu pendant l'exposition
à ces cytotoxiques (effet synergique avec Chou et Talalay <
0,6). L'effet synergique observé peut être expliqué
par l'action du ZD1839 : sur le cycle cellulaire avec un blocage de plus
de 50 % des cellules en phase G0/G1 accompagné d'une augmentation
de p21 et p27 de plus de 60 %, une baisse de la thymidylate synthase (TS)
(facteur 40), une augmentation de la thymidine phosphorylase (TP) (facteur
2,5) ; sur l'apoptose par une augmentation de Bax de plus de 100 % et
une diminution de Bcl2 d'au moins 60 % à des temps précoces
(24 heures), une baisse de 50 % de la phosphorylation AKT, une augmentation
additive de l'activité caspase 3 dans l'association des drogues
et une baisse de DNA-PK de 30 % à partir de 48 heures d'exposition
au ZD1839.
En conclusion, l'association ZD1839 et traitement conventionnel pour
les cancers ORL (CP-5FU) est synergique et les changements moléculaires
induits par ZD1839 permettent d'en expliquer et d'en fournir des explications
mécanistiques plausibles. Sur ces bases, des futurs essais cliniques
en oncologie ORL sont à mettre en uvre.
169
Alkylation des guanines de l'ADN par le composé S23906-1, un nouvel
agent antitumoral dérivé de l'acronycine
David-Cordonnier MH 1, Laine W
1, Lansiaux A 1, Pierré A 2, Hickman
JA 2, Bailly C 1
1 Inserm U. 524, Lille, Centre Oscar-Lambret, Lille
; 2 Institut de Recherches Servier, Suresnes.
Sur le plan moléculaire, nous avons disséqué le
mécanisme d'action d'un nouvel agent antitumoral potentiel, le
composé S23906-1, dérivé d'un alcaloïde naturel,
l'acronycine. Le S23906-1 forme des adduits covalents stables avec l'ADN,
identifiés par un retard de migration sur gel d'électrophorèse.
À l'inverse, le composé diol S23907 qui est dépourvu
des deux groupements acétate (C1, C2) et inactif biologiquement,
ne forme pas ces adduits covalents avec l'ADN. Les groupements acétate
du S23906-1 sont donc essentiels pour la liaison à l'ADN de cette
nouvelle molécule. Le S23906-1 se lie à l'ADN principalement
par les résidus de guanine : il forme des complexes stables avec
un oligonucléotide contenant exclusivement les paires de bases
G-C, et ne réagit pas avec un oligonucléotide comportant
des paires de bases A-T. Des études complémentaires de footprinting
et de fluorescence ont confirmé cette sélectivité
vis-à-vis des séquences GC. La substitution des guanines
par des résidus inosines a permis de caractériser le site
réactionnel : le groupement amino exocyclique de la guanine exposé
dans le petit sillon de l'ADN. Sur le plan cellulaire, l'ADN génomique
de cellules B16 traitées par le S23906-1 a été extrait
et la formation d'adduits mise en évidence par fluorescence. La
microscopie confocale a permis de visualiser le S23906-1 dans les cellules
spécifiquement au niveau nucléaire. Ces données moléculaires
et cellulaires sur le mécanisme d'action de ce dérivé
de l'acronycine offrent à cette nouvelle molécule antitumorale
un nouveau champ d'investigation et ouvrent des objectifs en termes de
développement de nouveaux médicaments anticancéreux.
Le S23906-1 est actuellement en développement préclinique.
170
Identification des gènes impliqués dans la réponse
apoptotique induite par les homocamptothécines BN80915 et BN80927
Lansiaux A 1, Hildebrand MP 1,
Bal C 1, Wattez N 1, Demarquay D 2, Bigg
DCH 2, Bailly C 1
1 Inserm U. 524 et Centre Oscar-Lambret, Lille
; 2 Institut Henri-Beaufour, Les Ulis.
Les dérivés homocamptothécines (hCPT) BN80915 et
BN80927 sont deux agents anticancéreux inhibant la topoisomérase
I par stabilisation du complexe covalent ADN-enzyme. Seul le BN80927 inhibe
également l'activité catalytique de la topo-isomérase
II. D'autre part, ces deux dérivés de la camptothécine
qui possèdent un cycle lactone particulier à sept sommets,
présentent une activité cytotoxique et induisent un phénomène
apoptotique vis-à-vis d'une large gamme de lignées cellulaires.
In vivo, sur différents modèles de xénogreffes,
les profils antitumoraux des deux composés sont différents.
Dans le but de différencier le(s) mécanisme(s) d'action
de ces deux hCPT apparentées, les gènes spécifiquement
impliqués dans la réponse apoptotique ont été
identifiés et caractérisés par l'étude du
transcriptome (DNA arrays). Pour cela, les cellules coliques HT29
ont été traitées avec les drogues selon différentes
conditions (IC50, 10 x IC50, 24 et 72 h). Les profils
d'expression des gènes ont été analysés sur
des membranes (Clontech) comprenant 205 gènes (cycle cellulaire,
apoptose) ; chaque composé présente un profil d'expression
génique propre. Nous avons alors analysé plusieurs gènes
(ou leur produit protéique) par des méthodes complémentaires
(RNase protection assay, cytométrie, colorimétrie,
western-blot). Sur ce modèle, les expressions génique
et protéique sont distinctes entre les deux dérivés
hCPT, dépendent de la concentration et de la durée d'administration.
Les gènes sur- ou sous-exprimés après traitement
comprennent bclw, cycline D3, JNK1, IGF2 pour le BN80927 ; Bax, E2F1,
GRB2, TRADD et XPC pour le BN80915. Ces profils d'expression des gènes
démontrent des mécanismes d'action différents et
apportent des arguments en faveur du développement clinique spécifique
de ces deux molécules.
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