ARTICLE
L'ifosfamide est, avec la doxorubicine et la dacarbazine, un des antimitotiques
les plus actifs sur les sarcomes des tissus mous. En raison de l'urotoxicité
dose-dépendante de l'ifosfamide, le cyclophosphamide a été
préférentiellement utilisé dans des associations
telles que le cyvadic bien que son efficacité en monochimiothérapie
n'ait pas été très documentée.
Depuis l'apparition du mesna, protecteur vésical, de nombreuses
études ont montré l'efficacité de l'ifosfamide en
monochimiothérapie dans le traitement des sarcomes des tissus mous
avancés et prétraités. Les études de Antman
et al. (1989) à des doses de 10 à 12,5 g/m2
d'ifosfamide réparties sur 5 jours et de Le Cesne et al.
(1994) à des doses de 12 g/m2 sur 3 jours ont montré
des taux de réponses objectives respectivement de 23 et 35 %, voisins
de ceux obtenus avec la doxorubicine.
La notion d'effet-dose des alkylants est bien établie dans d'autres
pathologies telles les tumeurs du sein. Dans les sarcomes des tissus mous,
elle est moins nette et plus difficile à établir compte
tenu de l'hétérogénéité histopathologique
des tumeurs, des différents modes d'administration de l'ifosfamide
utilisés, continu ou discontinu, et de l'importance des toxicités
rencontrées. C'est pourquoi, avant d'envisager la réalisation
d'un essai de phase II avec une dose d'ifosfamide à 15 g/m2/cure
répartie sur 5 jours, nous avons testé sa faisabilité
et évalué sa toxicité en l'administrant en perfusion
continue chez des patients porteurs de sarcomes des tissus mous avancés
et prétraités en rechute ou réfractaires. Une étude
pharmacocinétique a été possible chez les 2 derniers
patients mais n'était pas initialement prévue. Nous en rapporterons
toutefois les résultats. L'étude de l'efficacité
thérapeutique n'était pas notre objectif et ne sera donc
pas détaillée.
Résultats
L'âge des 10 patients de l'étude, 5 de sexe masculin et
5 de sexe féminin, varie entre 25 et 65 ans (médiane : 49
ans). Le siège et l'aspect histopathologique des tumeurs primitives
sont les suivants : 4 léiomyosarcomes viscéraux avec des
métastases hépatiques (n° 2, n° 3, n° 5)
et/ou péritonéales (n° 5, n° 9) ; 1 léiomyosarcome
utérin avec métastases pulmonaires (n° 7) ; 2 sarcomes
des parois du tronc dont 1 de type léiomyosarcome en rechute locorégionale
et métastatique (n° 8) et 1 de type sarcome à cellules
fusiformes de grade II en rechute métastatique pulmonaire (n°
4) ; 3 tumeurs des membres dont 1 sarcome alvéolaire, 1 hémangiopéricytome
en rechute métastatique pulmonaire (n° 1, n° 6) et enfin
1 sarcome à cellules fusiformes métastatique (n° 10).
Six de ces patients (n° 2, n° 3, n° 5, n° 7, n°
9, n° 10) sont en non-rémission initiale. Les protocoles de
chimiothérapie antérieurement reçus sont de type
MAID (doxorubicine, ifosfamide, dacarbazine), associant doxorubicine-ifosfamide-dacarbazine
pour 9 patients et cyvadic (cyclophosphamide, doxorubicine, vincristine,
détycène) pour le dernier. Trois patients ont reçu
également l'association cisplatine-étoposide et/ou ifosfamide-adriamycine.
La dose totale par mètre carré d'ifosfamide administrée
avant les cures d'ifosfamide à hautes doses (HDI) est de 15 à
54 g/m2 (médiane : 27 g/m2). Les 2 patients
(n° 5, n° 7) ayant bénéficié de l'association
étoposide-cisplatine ont reçu, respectivement, 200 et 500
mg/m2 de cisplatine. Le délai d'administration de l'HDI
après la chimiothérapie antérieure
est court (3 à 5 semaines), sauf pour 2 patients (n° 1, n°
10) n'ayant pas reçu de chimiothérapie depuis 25 et 48 semaines.
L'ensemble de ces données est résumé dans le tableau
I. Aucun des patients n'a d'altération rénale initiale
portant sur l'urée, la créatinine, le taux de réabsorption
des phosphates (TRP) et la clairance de la créatinine. Trois patients
(n° 5, n° 7, n° 8) ont de discrètes anomalies des
enzymes urinaires, 2 d'entre eux ayant déjà reçu
du cisplatine. Deux patients (n° 2, n° 5) ayant des métastases
hépatiques ont des altérations minimes du bilan biologique
hépatique portant essentiellement sur les enzymes. Deux patients
(n° 5, n° 6) ont une hémoglobine initiale basse, respectivement
à 10,1 g/100 ml et 8,4 g/100 ml. Vingt-deux cures d'HDI sont administrées
avec un intervalle libre de 4 semaines pour les premières, ramené
à 3 semaines pour les 5 dernières délivrées
chez 2 patients (n° 1, n° 4).
Aucun patient n'a présenté de toxicité majeure,
notamment rénale ou neurologique, au cours de cette étude.
L'évaluation rénale après la 1re cure
d'HDI n'a révélé aucune altération de la fonction
glomérulaire. Concernant la fonction tubulaire, 3 patients (n°
5, n° 7, n° 9) ont présenté des anomalies mineures
des enzymes urinaires. Pour 2 d'entre eux (n° 7, n° 9), nous
constatons également une augmentation de la b2 microglobuline urinaire
respectivement à 200 et 10 800 mg/l et, pour le patient n°
9, une protéinurie à 0,57 g/l. Pour ces 3 patients, le bilan
a été fait respectivement à J16, J27 et J22 (tableau
II) et, pour les 2 patients dont les bilans sont les plus perturbés,
à plus de 21 jours de la cure d'HDI. Après 2 cures, le bilan
rénal portant essentiellement sur la fonction glomérulaire
a été fait chez 9 patients. La clairance de la créatinine
s'est révélée pathologique à 55 ml/min pour
une norme supérieure à 60 chez 1 patient (n° 8). Deux
patients ont reçu 3 et 4 cures (n° 1, n° 9), et une étude
rénale complète au décours de la 3e cure
a été effectuée (tableau
III). Nous constatons des perturbations mineures mais néanmoins
croissantes au fur et à mesure des cures des enzymes urinaires,
associées pour le patient n° 9 à des perturbations
transitoires de la b2 microglobuline urinaire.
La toxicité hématologique et infectieuse a été
modeste. Trois cas d'hyperthermie non documentée (grade II de l'Organisation
mondiale de la santé) sont constatés justifiant 2 fois une
hospitalisation de moins de 5 jours. Deux patients (n° 7, n°
9) ont reçu des transfusions plaquettaires et 4 (n° 5, n°
6, n° 7, n° 9) des transfusions de culots globulaires ; 2 d'entre
eux avaient une hémoglobine initiale basse.
Une toxicité neurologique a été observée
chez 3 patients. Deux d'entre eux (n° 8, n° 9) ont présenté
des hallucinations visuelles à la fin de la 1re cure
et dans les 48 h suivantes. Ces phénomènes ne se sont plus
reproduits aux cures ultérieures, le clonazépam per os
ayant alors été poursuivi jusqu'à J8. Le patient
n° 9 a développé une neuropathie des membres inférieurs
(grade II de l'Organisation mondiale de la santé) après
avoir reçu une dose totale d'ifosfamide de 90 g/m2.
Cette pathologie est apparue 4 semaines après la 4e
cure d'HDI et a régressé sous vitaminothérapie B.
Nous n'avons pas réadministré d'ifosfamide à ce malade.
Aucune hématurie macroscopique ou microscopique n'a été
constatée.
La tolérance digestive a été bien contrôlée
par l'ondansétron dans 14 cures sur 22. Pour les autres cures,
des corticoïdes ont été ajoutés.
L'étude pharmacocinétique réalisée chez
2 patients au cours de 5 cures d'HDI a montré des courbes de concentration
en plateau de l'ifosfamide et de ses dérivés déchloroéthylés.
Nous rapportons précisément les résultats des 1re
et 3e cures chez le patient n° 1 (figure
1) et ceux des 1re et 2e cures chez le patient
n° 4. Pour le patient n° 1, la valeur obtenue au plateau aux
1re et 3e cures est respectivement de 28,8 et 27,85
mg/ml, soit une variation de 3 % (inférieure à la variation
analytique). On peut donc estimer qu'il n'y a pas de variation d'une cure
à l'autre. Quant aux concentrations moyennes des métabolites,
elles représentent 24,9 % puis 18,6 % des valeurs de l'ifosfamide,
témoignant d'une légère modification du comportement
vis-à-vis de la drogue. Pour le patient n° 4, les concentrations
moyennes de l'ifosfamide sont respectivement de 21,6 et de 18,75 mg/ml
à la 1re et à la 2e cure, témoignant
d'une bonne homogénéité de la valeur des plateaux
; les métabolites représentent 26,8 % puis 31,6 %, ce qui
est en faveur d'une variation légère mais dans le sens opposé
à celle constatée chez le patient précédent
; en revanche, les concentrations moyennes d'ifosfamide obtenues chez
ces 2 patients sont significativement différentes.
Discussion
Dans notre étude, la dose de 15 g/m2/cure en perfusion
continue sur 24 h durant 5 jours (soit une dose journalière de
3 g/m2) nous est apparue faisable, sans toxicité majeure,
notamment rénale, les altérations constatées ayant
toujours été infracliniques et mineures.
Notre bilan rénal, calqué sur celui réalisé
chez l'enfant, a porté sur les dosages d'enzymes urinaires, de
la b2 microglobuline urinaire et sérique. Ils permettent de détecter
des perturbations tubulaires mineures susceptibles de se majorer progressivement
au fur et à mesure du nombre de cures administrées et ainsi
d'aboutir à des perturbations rénales plus importantes et
notamment glomérulaires. Nous n'avons pas rapporté précisément
les bilans ioniques qui n'ont jamais montré d'anomalie. Cette absence
de toxicité rénale contraste avec les observations de Le
Cesne et al. (1995), où la dose de 12 g/m2 en
perfusion continue sur 24 h durant 3 jours, soit une dose quotidienne
de 4 g/m2, est responsable d'une toxicité rénale
importante et pas toujours réversible, portant à la fois
sur les fonctions tubulaires et glomérulaires, et apparaissant
au décours immédiat des 1res cures (2 patients
après la 1re cure, 1 patient après la 2e,
1 patient après la 3e). Néanmoins, comme Le Cesne
et al. (1995) le montrent dans leur étude, l'exposition
antérieure aux sels de platine semble être un facteur défavorable
; 2 des patients de notre étude, qui ont présenté
des altérations mineures après la 1re cure avaient
aussi reçu antérieurement du cisplatine. Elias et al.
(1990) ont constaté une toxicité rénale limitante
à la dose de 18 g/m2 en perfusion continue sur 4 jours,
correspondant à une dose journalière de 4,5 g/m2.
Chez la plupart des patients, ils ont noté une acidose métabolique
dès la 1re cure pour une dose supérieure à
16 g/m2/cure. Dans notre étude, aucune anomalie des
bicarbonates sériques n'a été constatée mais,
comme cela a été signalé initialement, nous n'avons
pas effectué de surveillance systématique du pH urinaire
durant l'administration de la chimiothérapie. Nous avons observé
quelques complications neurologiques de faible gravité. Cela contraste
également avec l'étude de Antman et al. (1985) dans
laquelle 19 % des patients présentaient des complications neurologiques
modérées et 5 % des complications graves. La toxicité
hématologique a semblé très limitée avec les
facteurs de croissance hématopoïétique, d'autant que
2 des 4 patients transfusés et qu'ils avaient déjà
reçu de nombreux antimitotiques et qu'ils avaient une hémoglobine
initiale relativement basse (8,4 g/100 ml et 10,1 g/100 ml).
La discordance dans le taux de survenue de ces complications ne peut
s'expliquer ni par le mode d'administration de l'ifosfamide continu sur
24 h dans tous les cas ni par l'importance de l'hyperhydratation sensiblement
identique (Le Cesne et al., 1995 ; Elias et al., 1990 ;
Silies et al., 1995). D'ailleurs, d'autres études réalisées
chez l'enfant n'ont pas mis en évidence de différence de
toxicité selon le mode d'administration pour des doses journalières
de 3 g/m2, 3 jours de suite (Boddy et al., 1995). La
seule différence est la dose quotidienne d'ifosfamide, de 3 g/m2
dans notre étude et de plus de 4 g/m2 dans les autres
études, qui pourrait être responsable de modifications du
métabolisme de la drogue. L'ifosfamide est une prodrogue et peut
être métabolisé par 2 voies (Sladek, 1988 ; Walker
et al., 1994), l'une menant au 4 hydroxy-ifosfamide (4OH-IFO) qui
se transforme en aldo-ifosfamide, lui-même métabolisé
en agent alkylant (isophosphoramide moutarde) et en acroléine,
responsable de la toxicité vésicale. L'autre menant aux
composés 2- et 3-déchloro-ifosfamide (2-3 DCI) et au chloroacétaldéhyde
responsable de la toxicité neurologique (Goren et al., 1986)
et probablement impliqué dans la toxicité rénale
(Antman et al., 1989 ; Boddy et al., 1995). Ces 2 voies
nécessitent l'activation du cytochrome P450 (Skinner et Sharkey,
1992). L'ifosfamide peut induire son propre métabolisme hépatique
aboutissant à une augmentation isolée des dérivés
2- et 3-DCI associée ou non à une augmentation concomitante
du dérivé 4OH-IFO. Ce mécanisme d'induction hépatique
a été décrit après l'administration en bolus
de 1 à 2 h de doses suffisantes et répétées
d'ifosfamide (Kurowski et Wager, 1993). Néanmoins, sa connaissance
n'est pas encore parfaitement établie. Les données rapportées
par Lewis (1991) à la dose de 2 g/m2/jour pendant 5
jours ne montrent pas de variations significatives des demi-vies, des
volumes de distribution et des clairances par rapport au 1er
jour de la même dose administrée en bolus de 1 h. Une des
explications données par l'auteur est que le seuil d'induction
des cytochromes P450 impliqués ne serait pas atteint, la concentration
d'ifosfamide circulante étant dans ce cas insuffisante. Notre expérience
nous a déjà montré que dans le cas d'une monochimiothérapie
d'ifosfamide en perfusion continue à la dose de 3 g/m2/jour
pendant 3 jours les valeurs des concentrations sériques de l'ifosfamide
et de ses métabolites ne variaient pas après avoir atteint
le plateau d'équilibre et donc qu'aucun processus d'induction ne
paraissait mis en uvre. Nous avons donc recherché dans cette
étude pharmacocinétique si la prolongation de la perfusion
continue d'ifosfamide à la même dose journalière sur
5 jours était susceptible de l'induire. Les résultats obtenus
chez les 2 patients montrent que pour un patient donné les concentrations
moyennes d'ifosfamide sont stables au fur et à mesure des cures
au moins jusqu'à la 3e. En revanche, elles sont différentes
d'un patient à l'autre, en rapport vraisemblablement avec un volume
de distribution et une élimination propres à chaque patient.
Pour les métabolites
(2- et 3-DCI), leur pourcentage au cours de la 1re cure reste
sensiblement stable et identique chez les 2 patients. Il est donc probable
que l'organisme réponde de façon pratiquement identique
vis-à-vis du médicament au cours d'une 1re cure.
Si, par contre, on suit l'évolution des taux de 2- et
3-DCI au cours des cures suivantes, on constate que les variations observées
sont faibles mais de sens opposés chez les 2 patients. Ainsi s'ajoute
à une répartition différente
de la molécule mère une métabolisation spécifique
et évolutive pour un patient donné. Dans le cas d'une dose
plus importante qui mettrait en uvre l'auto-induction enzymatique,
on peut imaginer que cette différence serait encore plus visible.
Il est possible qu'à des doses de 4 g/m2/jour ou plus,
correspondant à un taux d'ifosfamide sérique supérieur
à 50 mg/l, l'induction de la voie métabolique de la N-déchloroéthylation
se produise dès la 48e heure et provoque alors une augmentation
du taux des métabolites 2- et 3-DCI et du chloroacétaldéhyde
responsable de la toxicité neurologique et rénale. Dans
notre étude, on se situe peut-être à la limite des
concentrations circulantes d'ifosfamide qui enclenchent le processus d'auto-induction
et les variations observées sont minimes mais déjà
révélatrices d'une susceptibilité différente.
L'étude de l'efficacité de l'ifosfamide à 15 g/m2/cure
n'était pas l'objectif de notre recherche. Néanmoins, nous
avons observé, selon les critères de l'Organisation mondiale
de la santé, 1 réponse partielle (patient n° 1), 2
réponses mineures (patients n° 6, n° 8), 4 maladies stables
(patients n° 2, n° 3, n° 4 et n° 9) et 3 progressions
(patients n° 5, n° 7, n° 10).
Matériel et méthodes
Dix patients, dont l'indice de Karnofski est supérieur à
70 %, atteints d'un sarcome des tissus mous avancé déjà
traité par des polychimiothérapies classiques ont été
inclus dans cette étude du 9 février 1995 au 30 octobre
1995. Une numération-formule sanguine initiale a été
réalisée chez les 10 sujets ; aucun médullogramme
n'a été exécuté. L'axe étant la toxicité
rénale, une étude initiale très complète portant
surtout sur la fonction tubulaire est réalisée chez tous
les patients ; elle associe un dosage sérique de l'urée
et de la créatinine, du phosphore, une recherche de la protéinurie,
une étude du taux de réabsorption des phosphates (TRP),
un dosage de la b2 microglobuline sanguine et urinaire, une mesure de
la clairance plasmatique de la créatinine et une évaluation
quantitative des enzymes urinaires (N-acétyl-glucosaminidase, alanine
aminopeptidase, gammaglutamyl transférase) ; le bilan hépatique
initial est classique : dosage des gammaglutamyl transférases,
des 5' nucléotidases, de la lactico-déshydrogénase,
des phosphatases alcalines, des transaminases et de la bilirubine.
L'administration de l'ifosfamide à hautes doses (HDI) est faite
de façon continue à la dose de 3 g/m2/jour, 5
jours consécutifs, associée à une perfusion continue
d'Uromitexan® (3,6 g/m2/jour) commencée
1 h avant l'ifosfamide et poursuivie 12 h après son arrêt.
L'hyperhydratation, 1,5 l/m2/jour, ne contient pas de solution
bicarbonatée ; la diurèse est maintenue supérieure
à 100 ml/h en compensant les pertes digestives et en administrant
au besoin du furosémide à la dose de 0,5 mg/kg par injection,
et un minimum d'une miction toutes les 3 h est exigé. L'intervalle
libre entre 2 cures, de J1 à J1 est de 28 jours. Le G-CSF (granulocytes-colony
stimulating factor) est administré systématiquement
à la dose de 5 mg/kg ; débuté à la 24e
h suivant la fin de la chimiothérapie, il est poursuivi durant
10 jours. Le clonazépam à la dose de 1 mg/l d'hydratation
en perfusion continue de J1 à J5 a été utilisé
systématiquement chez les 8 premiers patients puis abandonné
chez les 2 derniers patients en raison de l'absence de survenue de complications
neurologiques sévères chez les premiers patients. L'ondansétron
a été prescrit de façon constante à chaque
cure et des corticoïdes (méthylprednisolone 4 mg/kg/jour)
ont été ajoutés en cas de vomissements importants.
Le suivi biologique rénal pratiqué après la 1re
cure est identique au bilan initial ; après la 2e cure,
il ne porte que sur la fonction glomérulaire et un bilan ionique
urinaire et sérique ; pour 2 patients ayant reçu 3 cures,
un bilan rénal est pratiqué à J21 de la 2e
cure avec, pour le patient n° 9, un bilan supplémentaire à
J17. Les autres toxicités ont été évaluées
selon les critères habituels de l'Organisation mondiale de la santé.
L'étude pharmacocinétique, pratiquée chez 2 patients
(n° 1 et n° 4), a porté sur les dosages des taux sanguins
d'ifosfamide et des dérivés 2- et
3-déchloroéthylés, en utilisant la méthode
de Kaiser et al. (1992) ; l'appareillage utilisé est un
chromatographe en phase gazeuse Hewlet-Packard 5890 équipé
d'un détecteur NPSD (Nitrogen Phosphorus Selective Detector).
Les prélèvements sont effectués tout au long de la
cure à partir de la 12e ou de la 36e h, puis
toutes les 24 h jusqu'à l'arrêt de la perfusion. En considérant
que l'état d'équilibre est atteint au bout de 5 demi-vies,
d'après les données de la littérature et selon notre
propre expérience, ce temps de 36 h peut être jugé
comme optimal.
CONCLUSION Au
terme de cette étude de faisabilité de l'HDI, nous n'avons
pas observé de toxicité majeure d'ordre rénal, neurologique
ou hématologique. Ainsi, l'HDI à 15 g/m2/cure sur
5 jours apparaît réalisable. Nous ne pouvons tirer aucune conclusion
sur l'efficacité en raison du faible nombre de patients traités
et de l'hétérogénéité de leurs caractéristiques.
Compte tenu de l'effet-dose soupçonné de l'ifosfamide, nous
proposons ce schéma thérapeutique pour une étude de
phase II chez des patients atteints de sarcomes des parties molles en rechute
ou en évolution initiale après polychimiothérapies
classiques incluant éventuellement de l'ifosfamide à doses
conventionnelles. Le choix du mode d'administration, continu ou discontinu
sur 3 h, pourrait être examiné à la recherche d'un éventuel
effet inducteur à l'issue du pic sérique de l'ifosfamide obtenu
dans l'administration discontinue, mais cette démonstration nécessite
des études pharmacocinétiques complémentaires.REFERENCES
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