ARTICLE
En ce début d'automne 2002, l'attention des « décideurs
», responsables des pouvoirs publics nationaux et européens,
industriels, citoyens regroupés en associations de patients, se tourne
vers les cancérologues. Ne nous en plaignons pas. Félicitons-nous
plutôt d'y voir reconnus les efforts déployés par nombre
d'entre nous pour alerter l'opinion et ses représentants sur l'incontestable
priorité de santé publique que constituent la prévention,
le dépistage et la prise en charge de la maladie cancéreuse
et de ses conséquences médicales, psycho-sociales et politico-économiques.
Et tenons-nous prêts.
Prêts ? Prêts à communiquer les informations ? Sur
les insuffisances et l'inadaptation de notre système de soins aux
besoins de prise en charge des populations de nos secteurs ? Sur les trop
faibles effectifs en cancérologues vis-à-vis de la nécessité
pour chaque patient d'une prise de décisions concertée,
multi-disciplinaire et chronophage ? Sur les difficultés de recrutement
de personnels spécialisés sur les plateaux techniques de
radiothérapie, d'imagerie ? Sur le déficit en structures
d'hospitalisation dédiées à la chimiothérapie...
? Tous prêts bien sûr, mais sur quels arguments déchiffrables
et... chiffrables ?
Sur notre bonne foi, bien sûr, sur notre force de conviction,
un peu moins sûr.
Sur notre activité, bien sûr. Et nous y voilà.
Et bien qu'imparfait, bien que constamment remis en cause, bien qu'initialement
destiné à des objectifs d'allocations de ressources dont
les ordres de grandeurs ont pu varier dans des proportions logarithmiques
comme pour les traitements médicaux issus de la bio-technologie,
bien que fondé sur l'unité « séjour » et
non « patient » comme le justifierait l'analyse d'une pathologie
chronique, bien que reclassant ensuite les malades en groupes qu'on voudrait
homogènes (GHM) qui attribuent un même point ISA à
la « tumeur maligne du sein » de la femme de 65 ans hormono-sensible
récidivant après 10 ans d'intervalle libre et de la jeune
mère de 35 ans dont la tumeur inflammatoire hyper-exprime HER2...,
nous regarderons vers le Programme de médicalisation des systèmes
d'information (PMSI). Malgré toutes nos réserves, le PMSI
représente le plus petit dénominateur commun à l'ensemble
des structures de soins et le seul outil disponible actuellement pour
étudier la répartition des séjours et des actes dédiés
à la prise en charge de la maladie cancéreuse. C'est comme
ça, on n'a (encore) rien de mieux pour savoir qui fait quoi en
cancérologie en France et ce n'est déjà pas si mal,
comme le montre le travail de Borella et al. [1]. À partir
de la très large, sinon exhaustive, base de données PMSI
provenant d'établissements publics, participant au service public
(y compris les centres régionaux de lutte contre le cancer) et
privés, et en identifiant les « séjours cancers »
par la sélection de codes prédéfinis portant sur
le diagnostic, les actes réalisés, ou le classement vers
tel ou tel GHM, l'utilisation de leur algorithme permet d'extraire des
informations essentielles comme la part respective des différents
établissements dans la prise en charge des cancers, la répartition
des différents types d'actes et des différentes modalités
d'hospitalisation. À cette échelle nationale, les risques
d'inhomogénéité de codage et d'erreur d'interprétation
sont nombreux, on le sait, et gageons qu'au cours de la confrontation
des activités respectives des uns et des autres, ils n'ont pas
fini d'alimenter le débat... Pour les limiter autant que faire
se peut, les efforts sont nombreux actuellement pour affiner les données
issues du PMSI en vue de l'évaluation de l'activité cancérologique.
Par exemple, la Fédération nationale de cancérologie
des CHU travaille actuellement à se doter d'une méthodologie
homogène et reproductible en vue de l'optimisation de la présentation
de son rapport d'activité global.
Mais il est un risque d'erreur évitable, et qu'il faut éviter,
c'est l'erreur de codage, et surtout l'omission de la signalisation d'un
séjour directement relié à un cancer. À l'échelle
de chaque établissement, de chaque service, la mobilisation est
plus que jamais nécessaire pour garantir l'homogénéité
et l'exhaustivité des données et cette responsabilité
est celle des cliniciens. Le remplissage des RUM (résumés
d'unité médicale) doit rester constamment supervisé
par un clinicien et confié à des collaborateurs en nombre
limité. Les « codeurs » doivent être conscients
de l'intérêt de la fiabilité des informations fournies
aussi bien sur le plan quantitatif (gare aux oublis !) et qualitatif (les
consignes de codage sont disponibles, il faut les connaître [2]...).
Cette rigueur sera la garantie de voir reconnue et soutenue une activité
transversale, et parfois difficilement identifiable. Au sein des structures
dont les missions de soins et de recherche ne sont pas strictement dévolues
au cancer [3], la sensibilisation des cliniciens au problème du
cancer risque d'être détournée par le volume et la
variété de leurs autres activités. Les spécialistes
d'organes médico-chirurgicaux, qui sont en première ligne
dans la prise en charge initiale de la maladie cancéreuse, sont
tout aussi concernés que les cancérologues transversaux
par les orientations stratégiques qui devront être prises
pour l'amélioration des soins et des progrès en cancérologie.
Alors, à tous, attention au RUM !!!
Références
1. Borella L, Finkel S, Crapeau N, Peuvrel P, Sauvage M, Perrier
L, et al. Volume et coût de la prise en charge hospitalière
du cancer en France en 1999. Bull Cancer 2002 ; 89 : 809-21.
2. Lacour B, Laurent JF, Lenfant MH, Loeb A, Peuvrel P, Sauvage
M, Toulouse C. Manuel de procédures PMSI en cancérologie.
Bull Cancer 2001 ; 88 : 209-18.
3. Schott AM, Hajri T, Colin C, Grateau F, Gilly F, Tissot E,
et al. Intérêt de l'utilisation du PMSI pour l'analyse
d'activité cancérologique d'une structure de soins multidisciplinaire
: l'expérience de la Coordination de Cancérologie des Hospices
Civils de Lyon. Bull Cancer 2002 ; 89 : 969-73.
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