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A good « RUM » is the best !


Bulletin du Cancer. Volume 89, Number 11, 991, Novembre 2002, Tribune libre



Author(s) : Véronique Trillet-Lenoir, Coordination de la Cancérologie, Hospices Civils de Lyon..

ARTICLE

En ce début d'automne 2002, l'attention des « décideurs », responsables des pouvoirs publics nationaux et européens, industriels, citoyens regroupés en associations de patients, se tourne vers les cancérologues. Ne nous en plaignons pas. Félicitons-nous plutôt d'y voir reconnus les efforts déployés par nombre d'entre nous pour alerter l'opinion et ses représentants sur l'incontestable priorité de santé publique que constituent la prévention, le dépistage et la prise en charge de la maladie cancéreuse et de ses conséquences médicales, psycho-sociales et politico-économiques. Et tenons-nous prêts.

Prêts ? Prêts à communiquer les informations ? Sur les insuffisances et l'inadaptation de notre système de soins aux besoins de prise en charge des populations de nos secteurs ? Sur les trop faibles effectifs en cancérologues vis-à-vis de la nécessité pour chaque patient d'une prise de décisions concertée, multi-disciplinaire et chronophage ? Sur les difficultés de recrutement de personnels spécialisés sur les plateaux techniques de radiothérapie, d'imagerie ? Sur le déficit en structures d'hospitalisation dédiées à la chimiothérapie... ? Tous prêts bien sûr, mais sur quels arguments déchiffrables et... chiffrables ?

Sur notre bonne foi, bien sûr, sur notre force de conviction, un peu moins sûr.

Sur notre activité, bien sûr. Et nous y voilà.

Et bien qu'imparfait, bien que constamment remis en cause, bien qu'initialement destiné à des objectifs d'allocations de ressources dont les ordres de grandeurs ont pu varier dans des proportions logarithmiques comme pour les traitements médicaux issus de la bio-technologie, bien que fondé sur l'unité « séjour » et non « patient » comme le justifierait l'analyse d'une pathologie chronique, bien que reclassant ensuite les malades en groupes qu'on voudrait homogènes (GHM) qui attribuent un même point ISA à la « tumeur maligne du sein » de la femme de 65 ans hormono-sensible récidivant après 10 ans d'intervalle libre et de la jeune mère de 35 ans dont la tumeur inflammatoire hyper-exprime HER2..., nous regarderons vers le Programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI). Malgré toutes nos réserves, le PMSI représente le plus petit dénominateur commun à l'ensemble des structures de soins et le seul outil disponible actuellement pour étudier la répartition des séjours et des actes dédiés à la prise en charge de la maladie cancéreuse. C'est comme ça, on n'a (encore) rien de mieux pour savoir qui fait quoi en cancérologie en France et ce n'est déjà pas si mal, comme le montre le travail de Borella et al. [1]. À partir de la très large, sinon exhaustive, base de données PMSI provenant d'établissements publics, participant au service public (y compris les centres régionaux de lutte contre le cancer) et privés, et en identifiant les « séjours cancers » par la sélection de codes prédéfinis portant sur le diagnostic, les actes réalisés, ou le classement vers tel ou tel GHM, l'utilisation de leur algorithme permet d'extraire des informations essentielles comme la part respective des différents établissements dans la prise en charge des cancers, la répartition des différents types d'actes et des différentes modalités d'hospitalisation. À cette échelle nationale, les risques d'inhomogénéité de codage et d'erreur d'interprétation sont nombreux, on le sait, et gageons qu'au cours de la confrontation des activités respectives des uns et des autres, ils n'ont pas fini d'alimenter le débat... Pour les limiter autant que faire se peut, les efforts sont nombreux actuellement pour affiner les données issues du PMSI en vue de l'évaluation de l'activité cancérologique. Par exemple, la Fédération nationale de cancérologie des CHU travaille actuellement à se doter d'une méthodologie homogène et reproductible en vue de l'optimisation de la présentation de son rapport d'activité global.

Mais il est un risque d'erreur évitable, et qu'il faut éviter, c'est l'erreur de codage, et surtout l'omission de la signalisation d'un séjour directement relié à un cancer. À l'échelle de chaque établissement, de chaque service, la mobilisation est plus que jamais nécessaire pour garantir l'homogénéité et l'exhaustivité des données et cette responsabilité est celle des cliniciens. Le remplissage des RUM (résumés d'unité médicale) doit rester constamment supervisé par un clinicien et confié à des collaborateurs en nombre limité. Les « codeurs » doivent être conscients de l'intérêt de la fiabilité des informations fournies aussi bien sur le plan quantitatif (gare aux oublis !) et qualitatif (les consignes de codage sont disponibles, il faut les connaître [2]...). Cette rigueur sera la garantie de voir reconnue et soutenue une activité transversale, et parfois difficilement identifiable. Au sein des structures dont les missions de soins et de recherche ne sont pas strictement dévolues au cancer [3], la sensibilisation des cliniciens au problème du cancer risque d'être détournée par le volume et la variété de leurs autres activités. Les spécialistes d'organes médico-chirurgicaux, qui sont en première ligne dans la prise en charge initiale de la maladie cancéreuse, sont tout aussi concernés que les cancérologues transversaux par les orientations stratégiques qui devront être prises pour l'amélioration des soins et des progrès en cancérologie.

Alors, à tous, attention au RUM !!!

Références

1. Borella L, Finkel S, Crapeau N, Peuvrel P, Sauvage M, Perrier L, et al. Volume et coût de la prise en charge hospitalière du cancer en France en 1999. Bull Cancer 2002 ; 89 : 809-21.

2. Lacour B, Laurent JF, Lenfant MH, Loeb A, Peuvrel P, Sauvage M, Toulouse C. Manuel de procédures PMSI en cancérologie. Bull Cancer 2001 ; 88 : 209-18.

3. Schott AM, Hajri T, Colin C, Grateau F, Gilly F, Tissot E, et al. Intérêt de l'utilisation du PMSI pour l'analyse d'activité cancérologique d'une structure de soins multidisciplinaire : l'expérience de la Coordination de Cancérologie des Hospices Civils de Lyon. Bull Cancer 2002 ; 89 : 969-73.


 

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