ARTICLE
Introduction
Le dépistage permet la détection des cancers à
un stade précoce avant même qu'ils ne deviennent invasifs.
Certaines lésions peuvent alors être traitées avec
plus d'efficacité et les patients peuvent espérer vivre
plus longtemps. L'indicateur d'efficacité du dépistage est
la baisse de la mortalité spécifique de la maladie ou de
l'incidence.
Le dépistage consiste à proposer un test à des
personnes bien portantes afin d'identifier les maladies à des stades
asymptomatiques. Mis à part l'effet bénéfique sur
la mortalité spécifique de la maladie ou de l'incidence,
le dépistage peut aussi avoir des effets indésirables pour
la population testée.
Les décideurs doivent connaître les bénéfices
et les risques potentiels du dépistage d'un type de cancer donné
avant de s'engager dans la mise en place d'un nouveau programme de dépistage.
Pour le public informé, comme il l'est aujourd'hui, il est nécessaire
de présenter les bénéfices et les risques de manière
que les citoyens puissent décider par eux-mêmes de participer
aux programmes de dépistage.
L'objectif de ce document est de faire des recommandations sur le dépistage
des cancers dans l'Union européenne. Ces recommandations s'adressent
aux personnes, politiciens et administrateurs de la santé des États
membres, à la Commission européenne et au Parlement européen.
Les principes du dépistage, comme outils de prévention
des maladies chroniques non transmissibles, ont été publiés
par l'Organisation mondiale de la santé en 1968 [1] et par le Conseil
de l'Europe en 1994 [2]. Ces deux documents plus celui-ci sur l'état
de l'art dans chacun des champs du dépistage des cancers constituent
ensemble les bases pour ces recommandations.
Toutes les données d'incidence ou de mortalité proviennent
de la publication récente de l'Eucan et couvrent les résultats
jusqu'en 1995. Un nombre estimé de 1 488 000 nouveaux cas de cancers
(cancers de la peau autres que le mélanome exclus) ont été
diagnostiqués dans l'Union européenne en 1995. Parmi ceux-ci,
2 % étaient des cancers du col de l'utérus, 13 % des cancers
du sein, 13 % des cancers colorectaux et 8 % des cancers de la prostate.
Les cancers du col de l'utérus et les cancers du sein représentent
4 % et 29 % respectivement des nouveaux cas de cancer chez la femme, et
le cancer de la prostate représente 14 % des nouveaux cas de cancer
chez l'homme. Tous les taux présentés dans ce document sont
standardisés sur l'âge de la population européenne
standard [3].
Principes généraux
Le dépistage est l'une des méthodes de contrôle
du cancer. Quand cela est possible, la prévention primaire du cancer
doit être privilégiée. Lorsqu'un dépistage
est effectué, il doit toujours être proposé dans le
cadre d'un programme organisé ayant un degré d'assurance
qualité important à tous les niveaux et une bonne information
sur les bénéfices et les risques.
Les bénéfices d'un programme de dépistage sont
atteints seulement si la couverture de la population est élevée.
Le dépistage individuel ou spontané n'est normalement pas
acceptable car il ne permet pas d'atteindre les bénéfices
potentiels et peut entraîner des effets secondaires négatifs
inutiles.
Les nouveaux tests de dépistage doivent être évalués
au cours d'essais randomisés avant d'être utilisés
en routine.
La réduction de la mortalité spécifique de la maladie
atteinte au cours d'essais dépend de la sensibilité du test
de dépistage, de la compliance des personnes invitées, de
l'intervalle de dépistage, de la régularité du dépistage
effectué par chaque personne, de l'exhaustivité du suivi
et du bénéfice ajouté du traitement précoce.
Les effets secondaires négatifs dans la population dépistée
dépendent de la sensibilité et de la spécificité
du test et des effets secondaires possibles du traitement précoce.
Les résultats des essais peuvent être extrapolés à
la population générale seulement si les conditions des essais
peuvent être reproduites dans le système de soins existant.
Cela demande une organisation comprenant un système d'invitation-réinvitation
avec une assurance de qualité à tous les niveaux et une
filière de traitement appropriée et efficace.
Des systèmes centralisés de recueil de données
sont nécessaires pour le fonctionnement des programmes organisés
de dépistage. Ils comprennent une liste informatisée de
toutes les personnes ciblées par le programme de dépistage.
Ils comprennent aussi l'informatisation des données de tous les
résultats des tests de dépistage, examens complémentaires
et diagnostic final. Le dépistage organisé implique aussi
l'analyse scientifique des résultats du dépistage et un
retour rapide de ces informations vers la population et les organisateurs
du dépistage. Cette analyse est facilitée si la base de
données du dépistage est liée aux données
des registres des cancers.
Un dépistage de haut niveau n'est possible que si le personnel,
à tous les échelons, a une formation adaptée à
ses tâches. Les indicateurs de performance doivent être régulièrement
analysés.
Les aspects éthiques, légaux, sociaux, médicaux,
organisationnels et économiques doivent être pris en compte
avant la décision de mise en place d'un programme de dépistage.
Les ressources aussi bien humaines qu'économiques doivent être
disponibles pour une organisation appropriée et un contrôle
de qualité adapté.
Des actions doivent être menées afin d'assurer le même
accès au dépistage des différents groupes socio-économiques.
La mise en place d'un programme de dépistage du cancer est donc
une décision qui doit être prise au niveau local, en fonction
du poids de la maladie et des ressources des services de santé.
Le cancer a un poids de morbidité et de mortalité important
dans toute l'Europe. La collaboration européenne devrait faciliter
les programmes de grande qualité et protéger la population
d'un dépistage de qualité médiocre.
Dépistage du cancer
du col de l'utérus
Épidémiologie
Dans une population non dépistée, l'incidence du cancer
du col de l'utérus est maximale vers l'âge de 50 ans. Dans
les populations dépistées, elle tend à être
la plus élevée pour les femmes de plus de 60 ans. Elle reflète
à la fois le risque de base et l'activité de dépistage
de la précédente décennie.
Le taux d'incidence du cancer du col de l'utérus le plus élevé
(19 pour 100 000) est actuellement observé au Portugal et le taux
d'incidence le plus bas, au Luxembourg (4 pour 100 000). Les taux de mortalité
sont les plus élevés au Danemark, en Autriche et au Portugal
avec 6-7 pour 100 000 et les plus bas au Luxembourg et en Finlande avec
1 pour 100 000.
Situation actuelle
Alors qu'aucun essai randomisé sur le dépistage du cancer
du col de l'utérus par le frottis n'a jamais été
mené, l'efficacité des programmes de dépistage a
été démontrée dans plusieurs pays [4-6]. Il
est estimé qu'un frottis tous les trois ans permet de prévenir
90 % des cancers du col de l'utérus dans une population, si toutes
les femmes participent et si toutes les lésions détectées
sont suivies [7]. Une participation élevée est donc essentielle
et une organisation de haut niveau nécessaire pour atteindre ces
résultats.
Des programmes nationaux de dépistage du cancer du col de l'utérus
existent en Suède, en Finlande, au Danemark, aux Pays-Bas et au
Royaume-Uni. Un guide méthodologique européen pour le dépistage
du cancer du col a été rédigé en 1993. Il
propose des objectifs d'assurance qualité pour les programmes organisés
de dépistage [8]. Dix centres de dépistage du cancer du
col de l'utérus ont été financés par le programme
Europe contre le cancer. Ces dix programmes ont formé un réseau
ayant pour objectifs l'assurance qualité, l'épidémiologie
et les nouvelles technologies.
Lorsque les ressources financières sont limitées, le programme
doit cibler les femmes de 30 à 60 ans. Une proportion importante
d'anomalies du col régresseront et redeviendront normales sans
traitement. Le dépistage ne doit donc pas être effectué
avant l'âge de 20 ans et, dans de nombreux pays, probablement pas
avant 30 ans. Son effet protecteur chez les femmes de plus de 60 ans est
limité, surtout si celles-ci ont eu antérieurement des frottis
négatifs.
L'intervalle de dépistage est de 3 à 5 ans. Des intervalles
plus longs peuvent être envisagés pour des femmes ayant eu
des frottis réguliers, négatifs. Le bénéfice
du dépistage à intervalle plus rapproché est très
limité ; de plus, il risque d'entraîner des traitements inutiles
de lésions spontanément régressives.
Recommandations
* Aux États membres
Le frottis est la méthode de référence du dépistage
du cancer du col de l'utérus.
Lorsque le dépistage est proposé, il doit être effectué
chez les femmes âgées d'au moins 30 ans et certainement pas
avant l'âge de 20 ans. L'âge maximal dépend de la disponibilité
des ressources, mais ne doit, pas être de préférence,
inférieur à 60 ans. Si les ressources financières
sont limitées, le programme doit cibler la tranche d'âge
30 à 60 ans.
Les intervalles du dépistage proposés devraient être
entre 3 et 5 ans. Un dépistage plus fréquent qu'une fois
tous les 3 ans doit être découragé. Le frottis chez
des femmes en bonne santé doit être effectué seulement
au cours de programmes organisés comprenant une assurance qualité
à tous les niveaux.
Les programmes de dépistage du cancer du col de l'utérus
doivent être organisés en accord avec le guide méthodologique
européen.
* À la Commission européenne et au Parlement européen
Une terminologie commune pour l'histologie et la cytologie doit être
mise en place. Pour les laboratoires, un programme de contrôle de
qualité détaillé doit être établi, basé
sur le guide méthodologique, et mis en place au niveau national.
Les recommandations pour la formation et le contrôle de qualité
pourraient être proposées et testées dans les centres
de gestion des réseaux de dépistage. Comme des options thérapeutiques
différentes sont disponibles, l'examen des cas devrait être
effectué par un staff de cliniciens. Un effort concerté
doit être fait pour identifier les méthodes les plus efficaces
de suivi et de traitement des anomalies du col de l'utérus.
Des études sur les tendances récentes de l'incidence du
cancer du col de l'utérus en Europe doivent être développées
afin d'optimiser les limites d'âge inférieures et supérieures
du dépistage.
Dépistage du cancer
du sein
Épidémiologie
Dans les pays qui ont des bases de données nationales de population,
comme les pays du nord de l'Europe, l'incidence du cancer du sein a augmenté
au cours des quatre dernières décennies. Le début
d'un programme de dépistage est associé à son augmentation
temporaire et les différences européennes d'incidence témoignent
donc, actuellement, à la fois de l'incidence de base et des activités
de dépistage.
Actuellement, l'incidence la plus élevée (120 pour 100
000) est observée aux Pays-Bas, où un programme de dépistage
a démarré récemment, et la plus basse en Espagne
et en Grèce (61-63 pour 100 000). Le cancer du sein est rare avant
30 ans et son incidence augmente avec l'âge. La mortalité
par cancer du sein est la plus élevée au Danemark (38 pour
100 000) et la plus basse en Grèce (23 pour 100 000). Les taux
de mortalité ont augmenté au cours des dernières
décennies dans la majorité des pays européens, alors
qu'ils sont stables ou diminuent légèrement dans les pays
du Nord et au Royaume-Uni.
Situation actuelle
Le dépistage du cancer du sein par la mammographie a été
étudié par de nombreux essais randomisés. Les résultats
de cinq comtés suédois ont montré une diminution
de 30 % de la mortalité par cancer du sein chez les femmes de 50
à 69 ans invitées au dépistage [9]. La mise à
jour des données suédoises montre aussi une réduction
de la mortalité par cancer du sein parmi les femmes de 40 à
49 ans invitées au dépistage [10]. Le bénéfice
coût/efficacité n'est cependant pas clair pour cette dernière
tranche d'âge.
Un réseau européen de dépistage du cancer du sein
a été établi en 1989 avec pour objectifs de fournir
une expertise pour les pays n'ayant aucun service de dépistage
du cancer du sein, d'explorer les méthodes à mettre en place
dans des systèmes de santé nationaux, d'établir des
contacts pour l'échange d'informations entre les États membres
et, peut-être le plus important, de développer des guides
méthodologiques pour les bonnes pratiques de dépistage du
cancer du sein. Le but souhaité par chaque participant au réseau
est d'établir une coordination des activités de dépistage
dans son pays et de servir de service et/ou de centre de référence
pour ces activités.
Pendant les dix ans de son existence, le réseau a noté
que le dépistage en population nécessite le soutien complet
des autorités nationales ou régionales et que la décision
de démarrer un programme doit être prise par les autorités
sanitaires appropriées. Le dépistage du cancer du sein est
multidisciplinaire et la qualité de toute la procédure (invitation,
diagnostic, examens complémentaires, traitement et suivi) doit
être mise en place avant l'initialisation du programme. La formation
initiale et continue de tout le personnel impliqué est indispensable.
Des mécanismes doivent aussi être mis en place pour gérer
la qualité du programme de dépistage.
Les différents systèmes de santé européens
ont été obligés de trouver des solutions différentes
à des problèmes identiques. Le réseau a démontré
l'importance d'un haut niveau de qualité des examens radiologiques
ainsi que la nécessité, dans un système décentralisé,
d'une lecture des clichés centralisée faite par des experts.
La nécessité d'avoir des standards sur le nombre minimal
de femmes examinées dans chaque centre de radiologie afin de maintenir
un niveau d'expertise a aussi été démontrée.
Le guide méthodologique d'assurance qualité du dépistage
par la mammographie donne les exigences minimales et optimales d'assurance
qualité d'un programme de dépistage organisé [11].
Une mise à jour sera publiée en 2000.
Recommandations
* Aux États membres
La mammographie est la méthode de référence du
dépistage du cancer du sein. Il n'y a actuellement aucune évidence
convaincante de l'efficacité du dépistage basé sur
l'autopalpation ou l'examen clinique des seins.
Le dépistage par la mammographie doit être proposé
aux femmes asymptomatiques, seulement dans le cadre de programmes organisés
comprenant une assurance qualité à tous les niveaux. Lorsque
la mammographie de dépistage est proposée, seules les femmes
de 50 à 69 ans doivent être invitées.
L'intervalle de dépistage est de deux à trois ans.
Les programmes de dépistage du cancer du sein doivent être
organisés conformément au guide méthodologique européen
[11].
Les effets secondaires du dépistage par mammographie chez les
femmes de 40 à 49 ans pourraient être non négligeables,
étant donné la valeur prédictive plus faible de la
mammographie dans cette tranche d'âge, la détection possible
de cancers non évolutifs et les risques plus élevés
de radiation.
Néanmoins, si le dépistage est proposé aux femmes
âgées de 40 à 49 ans dans certains centres ou régions
européens, conformément aux ressources locales et aux standards
de qualité atteints dans le dépistage proposé aux
femmes plus âgées, les exigences suivantes sont nécessaires
:
- les femmes doivent être clairement informées des bénéfices
et effets secondaires possible du dépistage ;
- des programmes organisés doivent être mis en place afin
de décourager le dépistage spontané effectué
dans des centres sans système de contrôle de qualité
adéquat ;
- deux clichés de dépistage avec une double lecture et
un intervalle de 12-18 mois doivent être préconisés
;
- une gestion des données et une évaluation correcte sont
indispensables.
* À la Commission européenne et au Parlement européen
Des efforts continus doivent être menés pour améliorer
le dépistage du cancer du sein en Europe, en encourageant l'échange
d'expériences. Cela peut être atteint au mieux par le prolongement
des activités du réseau européen de dépistage
du cancer du sein.
Une mise à jour du guide méthodologique doit être
publiée à intervalles réguliers. La gestion de la
qualité doit être assurée et comprendre : la formation
et l'éducation en stratégie de management, la formation
et le recrutement à long terme d'un personnel qualifié,
l'assurance qualité pour la protection des consommateurs ainsi
que la gestion des aspects politiques, gouvernementaux, économiques,
sociaux et techniques du programme.
La recherche sur l'impact du dépistage du cancer du sein sur
la mortalité, sur l'évolution des lésions détectées
par la mammographie, sur les questions éthiques, sur l'acceptation
par la population, sur les méthodes d'invitation, et sur les aspects
coût/efficacité et psychosociaux doit être encouragée.
Ces activités de recherche doivent prendre en compte le dépistage
par la mammographie des femmes des tranches d'âge de moins de 50
ans et de 50 à 69 ans, mais aussi les femmes de plus de 70 ans.
Un soutien doit être apporté pour le développement
de systèmes appropriés d'enregistrement de données.
Un système doit être mis en place au niveau européen
pour l'accréditation des programmes de dépistage souhaitant
devenir centre de référence dans le cadre du réseau
de dépistage du cancer du sein.
Dépistage du cancer colorectal
Épidémiologie
Les taux d'incidence les plus élevés chez l'homme sont
observés en Irlande, en Autriche et au Danemark (58-61 pour 100
000) et le plus bas en Grèce (25 pour 100 000). Pour les femmes,
les taux d'incidence les plus élevés sont observés
au Danemark, aux Pays-Bas et en Irlande (40-43 pour 100 000) et le taux
le plus bas en Grèce (19 pour 100 000). Les taux de mortalité
chez les hommes sont les plus élevés au Danemark et en Irlande
(35-36 pour 100 000) et le plus bas en Grèce (9 pour 100 000).
Malgré les progrès des techniques diagnostiques et des traitements,
les taux de survie à cinq ans demeurent médiocres.
Situation actuelle
Le test de détection de sang occulte dans les selles, la sigmoïdoscopie
et la coloscopie ont tous été envisagés comme test
de dépistage du cancer du côlon et du rectum.
Le test de détection de sang occulte dans les selles est le seul
examen qui a été amplement évalué comme outil
de dépistage en population.
Quatre essais européens ont été mis en place [12-16]
: trois essais randomisés, à Funen, à Nottingham
et à Gottenburg, et un essai non randomisé en Bourgogne.
Dans le dernier essai, les populations de petites zones « cantons
» ont été attribuées soit au groupe dépisté,
soit au groupe témoin. Seuls deux tours de dépistage ont
été effectués à Gottenburg. À Funen,
à Nottingham et en Bourgogne, le dépistage a été
proposé cinq fois. Une méta-analyse récente de tous
les essais randomisés utilisant le test de détection de
sang occulte dans les selles a montré une réduction de 16
% de la mortalité par cancer colorectal [17].
Des programmes pilotes de dépistage utilisant le test de détection
de sang occulte dans les selles ont démarré dans deux zones
d'Angleterre et d'Écosse en 2000, et des projets pilotes sont envisagés
dans une zone d'Autriche et d'Espagne. Un test annuel de détection
de sang occulte dans les selles est proposé dans les activités
de dépistage en Allemagne.
Des tests de détection de sang occulte dans les selles plus complexes
ont été développés [18, 19]. Ils sont plus
sensibles, mais leur spécificité en population n'est pas
bien établie. L'efficacité de la sigmoïdoscopie souple
comme outil de dépistage est actuellement testée dans des
essais randomisés en Angleterre et en Italie [20, 21].
Recommandations
* Aux États membres
Le cancer colorectal est un problème de santé majeur dans
de nombreux pays européens. Le dépistage par détection
de sang occulte dans les selles doit donc être sérieusement
envisagé comme mesure de prévention. La décision
de s'engager ou non dans des programmes de dépistage dépend
de l'existence d'une expertise professionnelle et des priorités
établies pour les ressources de santé.
Si les programmes sont mis en place, ils doivent utiliser le test de
dépistage de sang occulte dans les selles et la coloscopie doit
être pratiquée pour le suivi d'un cas positif. Le dépistage
doit être proposé aux hommes et aux femmes âgés
de 50 à 74 ans. L'intervalle de dépistage est de un ou deux
ans. Les autres méthodes de dépistage comme les tests immunologiques,
la sigmoïdoscopie souple et la coloscopie ne peuvent pas actuellement
être recommandés pour le dépistage en population.
* À la Commission européenne et au Parlement européen
Des guides méthodologiques sur l'assurance qualité des
programmes de dépistage de sang occulte dans les selles devraient
être développés tant au niveau européen qu'au
niveau national.
Des efforts devraient être poursuivis pour améliorer les
tests de détection de sang occulte dans les selles. Ces tests doivent
être minutieusement évalués en population, en particulier
sur les aspects coût/efficacité, avant d'être proposés
dans des programmes de dépistage organisés. L'efficacité
de la sigmoïdoscopie souple comme outil de dépistage doit
être évaluée par des études randomisées
contrôlées.
Dépistage du cancer de la prostate
Épidémiologie
Le taux d'incidence du cancer de la prostate le plus élevé
est observé en Finlande (101 pour 100 000), soit quatre fois plus
qu'en Grèce (24 pour 100 000). Cet écart prononcé
entre pays européens pourrait être le reflet des différentes
procédures médicales existantes, ainsi que le résultat
d'expositions variables aux facteurs de risque. Cela est étayé
par une variation plus faible des taux de mortalité, le plus élevé
en Suède (36 pour 100 000) et le plus bas en Grèce (17 pour
100 000).
Le cancer de la prostate est plus fréquent dans les tranches
d'âge élevées. D'autre part, étant donné
l'augmentation de la longévité, une augmentation du nombre
de cas est attendue pour les prochaines années [22]. Une part de
l'augmentation de l'incidence, observée actuellement dans certains
pays européens, est très certainement due au dépistage
spontané, par l'antigène spécifique de la prostate
(PSA).
Situation actuelle
L'effet du dépistage de la prostate sur la mortalité n'a
pas été documenté. L'examen rectal fait partie du
bilan de santé annuel proposé en Allemagne depuis les années
1970, mais à part cela, le dépistage du cancer de la prostate
n'est pas une procédure acceptée en Europe. Le dépistage
spontané est cependant en augmentation. Aux États-Unis,
l'incidence des cancers de la prostate a pratiquement doublé entre
1986 et 1992 et a diminué après 1992. Cela est probablement
dû au dépistage par le PSA [23]. Une légère
baisse de la mortalité par cancer de la prostate a été
observée en 1992, mais elle ne comporte pas jusqu'à présent
d'explication probante [24, 25].
Une étude européenne randomisée de dépistage
du cancer de la prostate (ERSPC) a été initiée en
1994 dans deux, puis sept pays de l'Union européenne. Son objectif
est de tester la réduction de 20 % de mortalité par cancer
de la prostate après deux dépistages chez des hommes suivis
pendant dix ans. Elle se propose de randomiser 192 000 hommes en groupe
dépisté et en groupe témoin. En novembre 1999, 170
000 hommes avaient été randomisés ; les résultats
définitifs sont attendus pour 2008.
L'ERSPC collabore avec l'Institut national du cancer aux États-Unis
(NCI) aux études de dépistage des cancers de la prostate,
du poumon, du côlon et des ovaires (PLOC). L'étude américaine
comprendra 63 625 hommes. Une analyse commune est prévue. Entre-temps,
les données collectées offrent d'excellentes opportunités
d'évaluation du test de dépistage [27, 28], du suivi diagnostique
potentiel [29], de la qualité de vie et des cancers d'intervalle.
Une mise à jour de la coopération internationale sera
bientôt publiée [30]. Une revue exhaustive sur le dépistage
du cancer de la prostate est parue récemment [31].
Recommandations
* Aux États membres
Aussi longtemps qu'un bénéfice sur la mortalité
par cancer de la prostate ou sur la qualité de vie n'a pas été
démontré par les études randomisées, le dépistage
ne doit pas être recommandé comme politique de santé
publique.
* À la Commission européenne et au Parlement européen
L'essai randomisé européen doit être complété.
Conclusion
Les décisions de mise en place de programmes de dépistage
doivent être prises dans le cadre de priorités d'utilisation
des ressources de santé.
Le dépistage du cancer doit être proposé à
des personnes en bonne santé, seulement s'il a montré son
efficacité sur la baisse de la mortalité spécifique
ou de l'incidence, si ses bénéfices et ses risques sont
bien connus et si son coût/bénéfice est acceptable.
Actuellement, ces méthodes de dépistage sont :
- le frottis de dépistage pour les anomalies du col de l'utérus,
commençant au plus tard à l'âge de 30 ans, mais pas
avant 20 ans ;
- la mammographie de dépistage pour le cancer du sein pour les
femmes de 50 à 69 ans ;
- le sang occulte dans les selles pour le dépistage du cancer
colorectal pour les hommes et les femmes âgés de 50 à
74 ans.
Aucun autre test de dépistage ne doit être proposé
à des personnes en bonne santé, avant que ces tests n'aient
démontré leur capacité à réduire la
mortalité spécifique ou l'incidence. Une fois l'efficacité
d'un nouveau test de dépistage démontrée (par exemple
: un autre test pour le sang occulte dans les selles ou l'interprétation
à partir d'échantillons de cellules du col de l'utérus),
son évaluation pourrait être faite en utilisant des marqueurs
intermédiaires.
Des tests de dépistage potentiellement prometteurs doivent être
évalués par des essais randomisés contrôlés,
comme c'est actuellement le cas pour :
- le test PSA du cancer de la prostate ;
- la mammographie de dépistage des femmes âgées
de 40 à 49 ans ;
- la sigmoïdoscopie souple pour le cancer colorectal.
Le frottis de dépistage des anomalies du col de l'utérus,
la mammographie de dépistage des femmes de 50 à 69 ans et
le dépistage de sang occulte dans les selles pour le cancer colorectal
doivent être proposés seulement dans des programmes organisés
avec une assurance qualité à tous les niveaux et une bonne
information sur les bénéfices et les risques.
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