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Protontherapy is not an obsolete technic


Bulletin du Cancer. Volume 88, Number 7, 708-9, Juillet 2001, Tribune libre


Résumé  

Author(s) : Georges Noël, Régis Ferrand, Hamid Mammar, Jean-Jacques Mazeron, Centre de protonthérapie d'Orsay, BP 65, 91402 Orsay Cedex..

ARTICLE

L'article de Carrie et Ginestest sur les nouvelles techniques de radiothérapie est très intéressant tant par sa clarté que par sa précision [1]. Nous souhaiterions cependant revenir sur les propos écrits sur l'hadronthérapie. Contrairement à ce qui est soutenu dans cet article, le centre de protonthérapie de Boston n'est pas fermé. Il n'a même pas cessé d'augmenter son activité et de se développer, au point d'être complètement reconstruit et de disposer maintenant de trois salles au lieu d'une. Ce développement est parallèle à celui du centre de Loma-Linda aux États-Unis et du PSI en Suisse qui disposent déjà de bras isocentriques en utilisation de routine. Plusieurs autres centres de protonthérapie sont en cours d'installation aux États-Unis, au Japon et en Europe, malgré l'investissement nécessaire. Le centre de protonthérapie d'Orsay développe aussi avec les mêmes objectifs un projet de bras isocentrique dont les études sont déjà avancées. Les auteurs qualifient ces techniques de « nouveaux faisceaux ». La protonthérapie a cependant atteint sa cinquième décennie ; en effet, c'est en 1946 que Wilson, physicien à l'université d'Harvard, a fait état de la possibilité d'utiliser un faisceau de protons pour augmenter la sélectivité de la dose à la tumeur. Deux ans plus tard, Tobias conduisait les premières investigations dosimétriques et radiobiologiques au cyclotron de Berkeley. Elles ont été suivies d'un programme clinique portant sur les maladies hypophysaires. Un de leurs élèves, d'origine suédoise, Svedberg, a alors débuté un programme analogue avec le synchrocyclotron d'Uppsala, où le neurochirurgien Leksell a introduit l'approche stéréotaxique. Au début des années 1960, Kjellberg, neurochirurgien suédois au Massachusetts General Hospital (MGH), a développé le traitement par protons des malformations artérioveineuses. Puis ont été mis au point les traitements hypofractionnés des mélanomes oculaires à visée conservatrice. C'est à Suit et Goitein que revient au MGH le mérite d'avoir développé le traitement des tumeurs profondes sur un mode fractionné classique. C'est au total environ 20 000 patients qui ont été traités dans 16 institutions, faisant ainsi de la protonthérapie l'une des techniques les plus éprouvées de la radiothérapie de précision et de conformation.

Les auteurs estiment que l'intérêt des protons pourrait être remis en cause par la radiothérapie conformationnelle et la modulation d'intensité. Cependant, la protonthérapie est une technique sous-tendue par les avantages balistiques des protons, un parcours fini caractérisé par le pic de Bragg et une faible pénombre latérale des faisceaux [2]. Ces caractéristiques permettent d'augmenter la dose d'irradiation dans des tumeurs proches d'organes à risque de complications tardives, de diminuer la dose dans les tissus sains avoisinants et de conserver l'organe, comme dans les mélanomes oculaires. La technique de protonthérapie a été comparée, dans différents organes, très favorablement aux autres techniques de radiothérapie les plus récentes, comme la radiothérapie par photons conformationnelle 3D ou avec modulation d'intensité [3-5]. Ces résultats intéressants ont été obtenus tant pour des tumeurs de l'adulte que pour celles de l'enfant [6, 7]. Ces techniques pourront être encore améliorées avec l'intégration de « spot scanning » et la dosimétrie Monte Carlo.

Dans le cadre des tumeurs qui peuvent être traitées par protons, le mélanome oculaire est une indication majeure, et les résultats sont réellement surprenants [8, 9]. Le taux de récidive observé parmi les 1 000 premiers malades traités à Orsay ne dépasse pas 2,9 % à 5 ans. Il s'agit là d'un des résultats les plus favorables obtenus avec la radiothérapie, même pour les tumeurs les plus sensibles. Si l'on prend en compte que le mélanome est l'une des tumeurs les plus résistantes à la radiothérapie que l'on connaisse, il n'est pas difficile de comprendre l'intérêt de la technique. La protonthérapie est aussi la pierre angulaire des traitements des chordomes et des chondrosarcomes avec des taux de contrôle local et de survie qui sont très supérieurs à ceux obtenus par l'irradiation par photons [10, 11]. Des résultats prometteurs ont été aussi obtenus dans les méningiomes malins ou bénins [12, 13]. Le bras isocentrique permettra, entre autres, d'étendre les indications aux tumeurs proches de la moelle épinière, qui soulèvent tant de difficultés avec les photons, à celle de l'enfant, en diminuant l'irradiation de tissus sains (et bien plus que ne peut le faire l'irradiation avec modulation d'intensité), source de séquelles ultérieures.

La principale limitation de la protonthérapie en est son prix, mais il ne cesse de diminuer (tandis que celui de la radiothérapie conformationnelle augmente).

La protonthérapie n'a pas pour rôle de supplanter la radiothérapie classique, la radiothérapie conformationnelle 3D, l'irradiation par modulation d'intensité ou toute autre technique de radiothérapie. Elle fait partie d'un arsenal thérapeutique qui fait la force de la radiothérapie et a ses indications propres tout en restant à la pointe de l'évolution, en proposant des essais thérapeutiques, des innovations techniques qui peuvent servir toutes les techniques de radiothérapie. En cela, elle n'est pas différente et est complémentaire des autres avancées en radiothérapie.

Références

1. Carrie C, Ginetest C. Techniques et méthodes nouvelles en radiothérapie transcutanée. Bull Cancer 2001 ; 88 : 59-66.

2. Urie MM, Sisterson JM, Koehler AM, et al. Proton beam penumbra : effects of separation between patient and beam modifying devices. Med Phys 1986 ; 13 : 734-41.

3. Brown AP, Urie MM, Chisin R, Suit HD. Proton therapy for carcinoma of the nasopharynx : a study in comparative treatment planning. Int J Radiat Oncol Biol Phys 1989 ; 16 : 1607-14.

4. Glimelius B, Isacsson U, Blomquist E, Grusell E, et al. Potential gains using high-energy protons for therapy of malignant tumours. Acta Oncologica 1999 ; 38 : 137-45.

5. Lomax AJ, Bortfeld T, Goitein G, et al. A treatment planning inter-comparison of proton and intensity modulated photon radiotherapy. Radioth Oncol 1999 ; 51 : 257-71.

6. Fuss M, Hug EB, Schaefer RA, Nevinny-Stickel M, et al. Proton radiation therapy (PRT) for pediatric optic pathway gliomas : comparison with 3D planned conventional photons and a standard photon technique. Int J Radiat Oncol Biol Phys 1999 ; 45 : 1117-26.

7. Lin R, Hug EB, Schaefer RA, Miller DW, Slater JM, Slater JD. Conformal proton radiation therapy of the posterior fossa : a study comparing protons with three-dimensional planned photons in limiting dose to auditory structures. Int J Radiat Oncol Biol Phys 2000 ; 48 : 1219-26.

8. Courdi A, Caujolle JP, Grange JD, et al. Results of proton therapy of uveal melanomas treated in Nice. Int J Radiat Oncol Biol Phys 1999 ; 45 : 5-11.

9. Desjardins L, Levy C, d'Hermies F, et al. Initial results of proton therapy in choroidal melanoma at the d'Orsay Center for Proton Therapy : the first 464 cases. Cancer Radiother 1997 ; 1 : 222-6.

10. Hug EB, Loredo LN, Slater JD, et al. Proton radiation therapy for chordomas and chondrosarcomas of the skull base. J Neurosurg 1999 ; 91 : 432-9.

11. Munzenrider JE, Liebsch NJ. Proton therapy for tumors of the skull base. Strahlenther Onkol 1999 ; 175 : 57-63.

12. Hug EB, DeVries A, Thornton AF, et al. Management of atypical and malignant meningiomas : role of high-dose, 3D-conformal radiation therapy. J Neurol-Oncol 2000 ; 48 : 151-60.

13. Wenkel E, Thornton AF, Finkelstein D, et al. Benign meningioma : partially resected, biopsed, and recurrent intracranial tumors treated with combined proton and photon radiotherapy. Int J Radiat Oncol Biol Phys 2000 ; 48 : 1363-70.

Réponse de C. Carrie et C. Ginestet

Nous remercions G. Noël de l'intérêt qu'il a manifesté pour notre article mais quelques points ne devaient pas être aussi clairs que cela puisqu'il n'a jamais été question de dire ou de sous-entendre que la protonthérapie était une technique obsolète, bien au contraire. Elle est, comme nous le soulignons dans l'article, le traitement standard des mélanomes de la choroïde ; elle est un plus indéniable dans les chordomes et les chondrosarcomes. Il est tout à fait exact que bien des innovations actuellement introduites en radiothérapie viennent de la protonthérapie. Cela n'empêche pas de constater que les lésions bénéficiant actuellement de la protonthérapie représentent moins de 1 % des cancers et que la prolifération de telles installations ne semble pas justifiée.

De plus la protonthérapie n'a que la précision balistique comme avantage sur la radiothérapie standard, au contraire des autres hadrons comme les ions carbone ou oxygène qui conjuguent avantage balistique et efficacité biologique bien supérieure. L'avènement de la radiothérapie conformationnelle, et plus encore de l'IMRT, va réduire l'avantage balistique (sans l'annuler il est vrai) de la protonthérapie. L'hadronthérapie avec d'autres ions sera la radiothérapie du futur et nous en sommes d'ardents défenseurs, comme en témoigne notre engagement dans le projet de centre d'hadronthérapie en Rhône-Alpes ; là non plus, cela n'empêche pas de dire qu'il existe un frein économique au développement d'une telle technique. Le coût d'un appareil d'hadronthérapie équivaut environ à celui de 40 accélérateurs classiques (et nous ne parlons pas du coût de fonctionnement), il est donc évident que l'installation de ces équipements doit être une volonté politique autant sinon plus que scientifique : il ne sera pas possible de financer ces appareils sur le budget actuellement alloué à la radiothérapie.

Enfin, il faut préciser que, pour l'instant, nous ne connaissons les limites d'une tumeur au millimètre près que pour un nombre très faible d'entre elles et que donc, malheureusement, ces techniques seront très loin de s'appliquer à la routine du radiothérapeute ; il restera encore de beaux jours à la radiothérapie classique et nous l'espérons très fort aussi à l'hadronthérapie.


 

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