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Le cancéreux guéri


Bulletin du Cancer. Volume 88, Number 11, 1049, Novembre 2001, Editorial



Author(s) : Paul Cappelaere.

ARTICLE

« Vivre, vivre seulement, vivre n'importe comment mais vivre...

L'homme est un lâche... et lâche est celui qui lui reproche sa lâcheté »

F. M. Dostoïevski. Crime et châtiment.

Guérir, l'espoir unique du malade. Propriétaire brusquement dépossédé d'un bien dont il n'estimait pas toujours la réelle valeur, le malade se voit proposer deux issues, comme pour toute maladie mais avec une angoisse et une gravité peu communes associées au diagnostic de cancer, guérir ou mourir. Il s'y ajoute souvent le sentiment d'une injustice et une impuissance personnelle à orienter le choix vital, d'où l'obligation de se soumettre au destin, comme les héros malheureux des tragédies grecques.

Au long de son parcours calamiteux, des difficultés des traitements assumés, au gré des consultations médicales ou des aléas de la vie courante, la guérison peut être pour l'ancien patient un fruit aux saveurs amères ou le but inaccessible qui se dérobe trop souvent, parfois dans le flot de la dépression. Car le temps n'efface pas tout.

Guérir, l'objectif essentiel de l'équipe médicale, jamais acquis d'avance. Les prévisions les mieux fondées ne sont-elles pas contredites quelquefois par l'évolution, et l'échec thérapeutique est d'autant plus difficile à supporter que l'espoir était plus grand. La fréquence des séquelles liées aux traitements et des complications secondaires tardives assombrit encore l'avenir du patient traité et le prix à payer pour obtenir enfin la guérison est toujours trop élevé.

Guérir, le but partagé par le malade et l'équipe médicale. Pourtant la guérison fait aussi partie du non-dit dans les relations malade-médecin. Le malade pressent que l'habileté et l'expérience de l'équipe médicale risquent d'être dépassées si quelques cellules malignes ont déjà essaimé dans l'organisme. Dans les meilleurs des cas, la santé perdue reviendra-t-elle, avec son bien-être somatique, psychique et social ? Le médecin perçoit la faillibilité de son pronostic, prévoit les nombreuses contraintes liées aux traitements et redoute les séquelles qui feraient de la guérison médicale une survie douloureuse et sans espoir.

Il n'est pas étonnant que la littérature médicale soit si discrète sur la guérison et que le terme ne figure pas dans les index des principales revues cancérologiques internationales, remplacé par long term survivor.

Le Bulletin du Cancer a souhaité relever le défi et ouvrir une nouvelle rubrique : Le cancéreux guéri, afin que puissent être envisagés, pour les cancers et leucémies de l'enfant et de l'adulte, les principaux problèmes liés à la guérison, celui de leur fréquence réelle et des facteurs qui lui sont associés, celui des risques de récidives tardives ou de seconds cancers, celui des séquelles iatrogènes et de la surveillance médicale. Une place prépondérante sera accordée chaque fois que possible aux problèmes vécus par le malade, dans son évolution psychologique personnelle, familiale, professionnelle et relationnelle, dont la sexualité et la fertilité ne sont pas les moindres. Bien entendu, chaque article ne pourra couvrir de manière exhaustive tous les développements d'un si vaste sujet, mais chaque auteur apportera une information et un témoignage qui permettront aux lecteurs de mieux saisir, dans son vécu médical et psychologique, la nouvelle vie du cancéreux guéri.

On ne guérit pas un cancer, mais un cancéreux. Encore faut-il en reconnaître la possibilité et se donner les moyens de l'obtenir. Puis, avec modestie, évaluer au mieux au fil des ans la qualité d'une vie douloureusement préservée.


 

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