ARTICLE
Découverte de la
PTHrP
Certains cancers possèdent une propension particulière
à envahir l'os et le développement de métastases
osseuses entraîne une diminution très importante de la qualité
de vie en raison des douleurs, des fractures, du risque de compression
médullaire ou de la survenue d'une hypercalcémie. En 1924,
l'hypercalcémie est reconnue comme une complication métabolique
des cancers [1] et elle est attribuée à l'ostéolyse
locale métastatique qui libère du calcium dans l'organisme.
Mais des cas d'hypercalcémies associées à un cancer
sans lésion osseuse démontrée sont décrits.
C'est pourquoi, en 1941, Albright avance l'hypothèse d'une possible
sécrétion par la tumeur d'une substance responsable de l'hypercalcémie
et le rôle de l'hormone parathyroïdienne (PTH) est proposé
dans ces hypercalcémies humorales malignes (HHM) [2]. Cependant,
au début des années 1970, le doute apparaît quant
à la nature de l'hormone responsable de l'HHM [3]. Le niveau de
PTH circulante dosé par RIA chez des patients présentant
une HHM ne correspond pas au niveau trouvé chez les patients atteints
d'hyper-parathyroïdie primaire ayant un taux de calcium plasmatique
identique [4]. Il est alors démontré qu'il existe une substance
dotée de propriétés « PTH-like »
dont les effets sont inhibés par des antagonistes de la PTH, mais
pas par des anticorps anti-PTH ; agissant sur les mêmes récepteurs
que la PTH, cette substance apparaît immunologiquement différente
[5]. Enfin, c'est en 1987 qu'est isolé, à partir de lignées
cellulaires de cancers du poumon, du sein et du rein associées
in vivo à des HHM, un facteur d'hypercalcémie présentant
des analogies structurales dans son extrémité N-terminale
avec la PTH, facteur dénommé PTHrP pour parathyroid hormone
related protein [6-8].
Structure de la PTHrP
La PTHrP possède environ 60 % d'homologie avec les 13 premiers
acides aminés de la PTH (8/13) et des similitudes de conformation
de séquences. Son activité PTH-like est contenue
dans les 34 premiers acides aminés. Seule la région aminoterminale
est identique, les régions carboxyterminale et intermédiaire
ne présentant pas d'homologie.
La PTHrP est le produit d'un gène unique présent sur le
chromosome 12. Son gène est complexe avec 9 exons et 3 régions
promotrices qui peuvent générer, par épissage alternatif
des ARNm, plusieurs ARN transcrits. Au moins trois peptides matures contenant
139, 141 et 173 acides aminés, dont les 139 premiers sont communs,
sont produits [9]. Les choix du promoteur et l'épissage alternatif
semblent spécifiques des tissus et modulés par des facteurs
externes comme des hormones, des facteurs de croissance [10].
Il existe de nombreux sites potentiels de clivage protéolytique
post-traductionnel à l'intérieur de la même molécule
et la PTHrP peut être clivée, dans les cellules qui la produisent,
par des membres de la famille de pro-hormones convertases en plusieurs
fragments. Cela suggère que la PTHrP est une poly-hormone, précurseur
de multiples peptides biologiquement actifs. Plusieurs types d'activités
biologiques dans la même molécule ont en effet été
mis en évidence [11].
Les portions aminoterminales de la PTHrP et de la PTH ont des actions
identiques par l'intermédiaire d'un récepteur commun qui
fixe la partie aminoterminale avec la même affinité. La fixation
au récepteur PTH/PTHrP entraîne une élévation
de la calcémie en augmentant la résorption osseuse et en
diminuant l'excrétion rénale du calcium.
La PTHrP peut de plus se fixer à d'autres récepteurs qui
lui sont spécifiques et qui ne sont pas encore bien définis,
par sa partie carboxyterminale (cerveau, peut-être os), intermédiaire
(placenta) ou même aminoterminale. La fixation à ces récepteurs
est responsable de ses activités autres que l'activité PTH-like.
Elle pourrait peut-être même avoir des actions nucléaires
directes (actions intracrines, muscle).
Rôles de la PTHrP
La PTHrP est connue depuis longtemps pour son action endocrine sur l'os
et le rein, responsable d'HHM dans certains cancers où elle est
produite en excès. Elle a également un rôle paracrine
et autocrine dans le développement de métastases ostéolytiques,
en particulier dans le cancer du sein. Dans les circonstances normales,
elle est produite localement dans de nombreux tissus où elle est
un effecteur essentiellement paracrine, en particulier dans le développement
embryonnaire.
Physiologie de la PTHrP [12]
Contrairement à la PTH qui est produite uniquement dans les glandes
parathyroïdes, la PTHrP est retrouvée dans de nombreux tissus
du ftus et de l'adulte : épithélia, tissus mésenchymateux,
glandes endocrines, système nerveux central. Cette distribution
répandue suggère une diversité de rôles. Des
expériences chez la souris entraînant une mutation nulle
du gène de la PTHrP et une surexpression localisée dans
un tissu particulier ont permis d'établir les différents
rôles physiologiques de la PTHrP. Une mutation nulle chez la souris
(souris knockout ou KO) entraîne une mort rapide après
la naissance avec un déficit sévère de développement
du cartilage. Si la PTHrP est surexprimée seulement dans les cartilages,
la souris ne meurt pas mais on observe un plateau de croissance prématuré,
l'absence de développement des glandes mammaires et des dents,
et des anomalies de la peau.
Le rôle physiologique de la PTHrP dans le cartilage est d'accélérer
la croissance des cellules cartilagineuses et de s'opposer à leur
progression vers un stade terminal différencié. La PTHrP
est essentiellement sécrétée par la couche externe
des chondrocytes : elle augmente leur prolifération et diminue
l'apoptose et la maturation vers une différenciation terminale.
Sur le tissu osseux, sa surexpression in vivo entraîne
une augmentation de la résorption osseuse, une hypercalcémie
par augmentation de l'activité des ostéoclastes matures
et de la différenciation préostéoclastique. Le fragment
carboxyterminal entraînerait quant à lui, in vitro
et in vivo, une diminution de la résorption, c'est pourquoi
il est appelé ostéostatine. L'éruption des dents
ne s'observe pas en l'absence de PTHrP mais leur formation est normale.
Il semble que la PTHrP sécrétée par couche épithéliale
de l'émail se fixe sur un récepteur osseux, active la résorption
osseuse par les ostéoclastes, ce qui permet le passage des dents.
Au niveau du sein, la PTHrP est nécessaire au développement
du rudiment épithélial mammaire. De plus, en période
d'allaitement, elle est sécrétée en grande quantité
par les cellules épithéliales glandulaires du sein et par
les cellules myoépithéliales, ce qui pourrait être
le signal responsable de l'adaptation du métabolisme calcique maternel
au stress de la lactation. Elle est présente dans le sérum
des femmes allaitant et, pendant la lactation, elle est sécrétée
dans le lait en quantité environ 10 000 fois supérieure
à celle du sérum. Son rôle dans le lait ne semble
pas essentiel puisque les enfants nourris avec du lait artificiel sont
en bonne santé.
Lors de la grossesse, pour être apporté au squelette du
ftus, le calcium est transporté à travers le placenta
par une pompe qui maintient une plus forte concentration sérique
calcique chez le ftus que chez la mère. Ce gradient est aboli
chez la souris KO. Le transport est restauré par le fragment de
la région du milieu de la PTHrP, mais pas par le fragment aminoterminal,
ni par la PTH.
Un site important de la production normale de PTHrP est l'épiderme.
L'activation du gène de la PTHrP dans les kératinocytes
épidermiques explique probablement la fréquence des hypercalcémies
induites par la PTHrP chez des patients ayant des carcinomes épidermoïdes,
qui dérivent de ce type de cellules. Le niveau d'expression de
la PTHrP semble contrôler la taille du pool de kératinocytes
basaux d'où les kératinocytes sont issus pour aller jusqu'à
la différenciation terminale, la kératinisation et l'apoptose.
Cela suggère qu'après la naissance, la PTHrP régule
le trafic des cellules épidermiques.
Sur le follicule capillaire, des antagonistes de la PTHrP augmentent
la phase de croissance. Chez la souris KO, la peau est excessivement kératinisée
et les cheveux hirsutes, alors que, si la PTHrP est surexprimée
au niveau de la peau, une alopécie est observée.
La PTHrP et ses récepteurs sont exprimés dans le système
nerveux central. La PTHrP protégerait les neurones contre l'excitotoxicité
induite par le glutamate et augmenterait la survie du neurone. Elle aurait
peut-être un rôle de neuromédiateur.
Elle entraîne une dilatation des muscles lisses en se fixant sur
son récepteur. Elle pourrait aussi avoir des actions nucléaires
directes sur les muscles.
Malgré leur homologie de structure, la PTH et la PTHrP ont donc
des rôles physiologiques différents. La PTH est une hormone
circulante qui transporte des signaux des récepteurs calciques
des glandes parathyroïdes à des tissus cibles lointains. La
PTHrP, quant à elle, est un messager local dans les tissus. Elle
a un rôle autocrine/paracrine dans le développement embryonnaire,
la régulation de la croissance et de la différenciation
de nombreux types cellulaires (os, cartilage, peau), le transport transépithélial
du calcium au niveau du néphron, des glandes mammaires et du placenta,
la relaxation des muscles lisses et éventuellement l'activité
des neuromédiateurs.
PTHrP et cancers
L'hypercalcémie a été la première conséquence
identifiée de la sécrétion de PTHrP par des tumeurs
malignes et de son action sur les récepteurs communs PTH/PTHrP
dans l'os et le rein. Les propriétés PTH-like de
la PTHrP, et spécialement sa capacité à augmenter
la résorption osseuse ostéoclastique et la réabsorption
tubulaire rénale du calcium, sont responsables de l'hypercalcémie.
La PTHrP a de plus un rôle significatif dans la physio-pathologie
des métastases osseuses, en particulier dans les cancers du sein.
Elle peut induire une ostéolyse locale près des métastases
osseuses et favoriser leur progression.
PTHrP et hypercalcémie
L'hypercalcémie est probablement la complication métabolique
la plus commune des maladies cancéreuses. Elle survient chez 5
à 10 % des patients ayant un cancer avancé, mais elle est
plus fréquente en cas d'adénocarcinome du sein, de myélome
multiple (environ 30 %) et de cancer épidermoïde (poumon,
sphère ORL). Sans traitement, elle peut entraîner un dysfonctionnement
du rein, du système nerveux central, du tractus gastro-intestinal...
et la mort, par troubles du rythme cardiaque et insuffisance rénale
aiguë.
Les hypercalcémies associées aux cancers ont été
longtemps attribuées à la destruction de l'os par les métastases
ostéolytiques. Mais, bien que souvent associées à
une maladie métastatique osseuse, beaucoup sont dues à un
relargage de facteurs systémiques, principalement la PTHrP, produits
par les cellules tumorales. Il s'agit alors d'HHM.
Des expériences chez l'animal montrent que l'injection de cellules
tumorales exprimant la PTHrP entraîne l'apparition d'une hypercalcémie
humorale maligne. L'injection d'anticorps anti-PTHrP à ces animaux
permet de diminuer considérablement le calcium sérique [13].
De même, l'injection de fragments synthétiques N-terminaux
de la PTHrP entraîne une hypercalcémie chez l'animal.
Dans l'HHM, la PTHrP agit de façon endocrine sur l'os et le rein,
par les mêmes mécanismes d'action que la PTH, en se fixant
sur le même récepteur par sa partie N-terminale : stimulation
de la résorption osseuse, de l'adénylate-cyclase rénale,
diminution de la réabsorption rénale des phosphates, augmentation
de la réabsorption tubulaire rénale du calcium. Mais, à
la différence de l'hyperparathyroïdisme primaire qui est une
maladie chronique bénigne, l'hypercalcémie des cancers,
qui apparaît souvent brutalement, est sévère, de mauvais
pronostic, avec une médiane de survie de seulement 3 mois.
La majorité des patients hypercalcémiques avec des tumeurs
solides (60 à 100 % selon les études) ont un niveau détectable
ou une augmentation de la concentration plasmatique de PTHrP, alors que
celle-ci n'est pas détectable dans le plasma de sujets sains. Il
est intéressant de noter que la même proportion de patients
hypercalcémiques avec ou sans lésions ostéolytiques
présente une augmentation de la concentration de PTHrP. Ainsi,
la présence ou l'absence de métastases osseuses, qui permettait
de distinguer les hypercalcémies humorales et ostéolytiques,
ne peut plus être utilisée. Toutefois, le niveau de PTHrP
est plus élevé dans les hypercalcémies sans métastase
osseuse [14-15].
En plus de son action systémique, la PTHrP, sécrétée
par les cellules métastatiques associées à des lésions
ostéolytiques, peut entraîner une hypercalcémie due
à un effet local. Elle n'a pas, dans ce cas, d'action sur l'AMP
cyclique rénal.
Dans les cancers de la prostate, elle est détectée par
immunohistochimie dans 100 % des cas et plus des deux tiers des patients
développent des métastases osseuses ostéoblastiques.
Pourtant, les cas d'hypercalcémies sont rares (< 2 %). In
vitro, il est démontré que la PTHrP est clivée
en plusieurs fragments par la PSA (prostatic specific antigen)
avec abolition de la réponse fonctionnelle [16]. Cela pourrait
expliquer l'absence d'hypercalcémie.
Différents dosages radio-immunologiques de la PTHrP se sont développés.
Ils sont de type RIA ou IRMA, dirigés contre la partie aminoterminale,
carboxyterminale et/ou du milieu de la molécule, avec une sensibilité
de l'ordre de 0,1 à 1 pmol. Le prélèvement doit se
faire impérativement en présence d'inhibiteurs de protéases.
Le dosage le plus fréquent est celui de la protéine entière.
Celui de la partie carboxyterminale, à la différence du
dosage de la partie aminoterminale, est faussé en cas d'insuffisance
rénale, le métabolisme des fragments C-terminaux dépendant
de la clairance rénale ; il est donc moins spécifique des
HHM.
Le profil biologique des HHM se traduit par une hypercalcémie
et une hypophosphatémie, une augmentation de l'APMc urinaire, un
taux bas ou effondré de PTH, une élévation très
variable d'un patient à l'autre du taux de PTHrP, une alcalose,
une baisse de l'ostéocalcine, l'absence d'élévation
de la 1,25 (OH)2 vitamine D... Les études sont contradictoires
quant à la corrélation entre le taux de PTHrP et l'importance
de l'hypercalcémie.
Le dosage de la PTHrP peut être utile lors de la mise en place
d'un traitement de l'hypercalcémie associée à un
cancer par les bisphophonates. Les bisphosphonates diminuent la résorption
ostéoclastique en inhibant la fonction et le recrutement des ostéoclastes.
Le micro-environnement osseux est alors moins fertile pour la croissance
tumorale. Plusieurs études cliniques examinant les effets des bisphosphonates,
en particulier du pamidronate, dans le traitement de l'hypercalcémie
induite par une tumeur, ne trouvent peu ou pas de changement dans la concentration
de PTHrP circulante, même après normalisation de la calcémie.
Toutefois, le pronostic est moins bon quand les taux de PTHrP sont très
hauts : la normocalcémie est de plus courte durée, nécessitant
des doses augmentées et répétées de pamidronate.
Le dosage de la PTHrP pourrait être ainsi un facteur prédictif
de la réponse au traitement de l'hypercalcémie par les bisphophonates
[17]. Cela peut s'expliquer par le fait que ces derniers, n'agissant pas
sur le rein, ont moins d'effet, l'HHM étant surtout due à
l'augmentation de la réabsorption rénale du calcium par
la PTHrP. Certaines études montrent une différence significative
de l'efficacité du traitement et de la réponse biochimique
en fonction de la présence ou non de métastases osseuses,
et ce, indépendamment de la calcémie initiale [18]. C'est
pourquoi on peut conseiller dans le traitement de l'HHM d'associer au
bisphosphonate un traitement par de la calcitonine IV, qui inhibe la réabsorption
tubulaire rénale du calcium et s'avère calciurétique.
PTHrP et métastases osseuses
Le squelette est l'organe le plus communément atteint par les
métastases dans les tumeurs solides et environ 80 % des personnes
atteintes de cancer du sein et de la prostate développent des métastases
osseuses. Les conséquences cliniques de l'envahissement du squelette
par un cancer sont multiples : douleur, fractures, syndrome de compression
nerveuse, hypercalcémie. Mais la présence de métastases
osseuses signe aussi un processus malin incurable. En effet, quand il
y a des cellules tumorales dans le squelette, la guérison est impossible
et le traitement est seulement palliatif. Toutefois, dans le cancer du
sein, lorsque la maladie reste confinée au squelette, le pronostic
est meilleur que lorsqu'il y a des atteintes viscérales. Deux types
de métastases osseuses sont observées : les métastases
ostéocondensantes avec stimulation des ostéoblastes, comme
dans le cancer de la prostate, et les métastases ostéolytiques
avec stimulation des ostéoclastes, comme dans le cancer du sein.
L'os est un milieu favorable à la croissance des cellules tumorales
: y sont présents de nombreux facteurs régulateurs de la
croissance, principalement le TGFbeta (transforming growth factor),
qui peuvent favoriser la croissance tumorale ou l'expression de facteurs
ostéolytiques et être responsables du comportement agressif
des cellules tumorales [19]. Des cytokines et des facteurs de croissance
tels que le TGFbeta, l'IGFI (insulin-like growth factor), l'IGFII,
le FGF (fibroblast growth factor), l'IL6 (interleukine 6), sont
produits dans la moelle osseuse par des cellules de l'immunité,
des cellules stromales, des ostéoblastes. Ils sont relargués
lors de la résorption osseuse, formant un micro-environnement fertile,
qui augmente la survie des tumeurs. L'ostéolyse assure les nutriments
mais aussi l'espace indispensables à la croissance des métastases
dans l'os. Des expériences chez l'animal ont montré, avec
des cellules de cancer du sein, que la stimulation de la résorption
osseuse dans des sites peu communs de métastases entraîne
la formation de métastases osseuses et qu'au contraire, l'inhibition
de la résorption osseuse s'accompagne d'une inhibition de ces métastases
osseuses.
Les principaux acteurs de cette ostéolyse sont les ostéoclastes,
et des ostéoclastes « actifs » sont invariablement trouvés
à proximité des amas de cellules tumorales. Il est toutefois
possible que les macrophages et les cellules tumorales aient un rôle
dans une destruction osseuse directe, mais ce rôle est controversé.
En tout cas, il est clair que la production locale de facteurs par les
cellules tumorales ou de l'immunité entraîne une augmentation
de l'activité ostéoclastique. Les principaux facteurs ostéolytiques
sont la PTHrP, les interleukines (IL1, IL6, IL11) et les tumor necrosis
factor (TNFbeta et alpha).
Les mécanismes moléculaires responsables des métastases
ostéolytiques sont complexes et entraînent des interactions
bidirectionnelles entre les cellules tumorales et l'os. Le TGFbeta et
la PTHrP ont un rôle central dans la pathogénie des métastases
osseuses ostéolytiques dans les cancers du sein.
L'expression de la PTHrP et de ses ARNm est essentiellement étudiée
dans les cancers du sein, par des techniques d'immunohistochimie, d'hybridation
in situ ou, plus récemment, de PCR. De nombreuses études
montrent que la PTHrP est exprimée dans environ 60 % des tumeurs
primaires de cancers du sein. Elle est également détectée
dans 70 à 92 % des métastases osseuses de cancer du sein,
et ce plus fortement que dans la tumeur primaire, contre 17 % des métastases
non osseuses [20, 21]. Par ailleurs, des expériences chez la souris
avec des lignées de cancer du sein connues pour entraîner
des lésions ostéolytiques ont permis de mieux connaître
les mécanismes de stimulation ostéoclastique au niveau des
sites métastatiques. L'injection de ces cellules tumorales dans
le ventricule gauche de la souris entraîne la formation de métastases
osseuses. On observe alors une augmentation de l'expression de la PTHrP
dans les cellules qui métastasient dans l'os par rapport aux cellules
parentales. L'injection d'anticorps anti-PTHrP avant l'inoculation des
cellules tumorales entraîne une diminution du développement
des lésions ostéolytiques et de la charge tumorale dans
l'os [22].
En plus de sa capacité à activer les ostéoclastes,
la PTHrP semble être un facteur de croissance et participer à
la régulation autocrine de la croissance tumorale. Des études
montrent que des lignées cellulaires de cancer du sein qui expriment
le récepteur PTH/PTHrP prolifèrent en réponse à
la PTHrP exogène. La PTHrP et son récepteur PTH/PTHrP sont
co-exprimés dans différents cancers [23], suggérant
un rôle autocrine. De plus, l'expression de son gène peut
être induite très rapidement, son ARNm a une courte demi-vie,
son expression est dépendante de facteurs de croissance, de cytokines.
Toutes ces propriétés amènent à considérer
qu'elle fonctionne comme une cytokine dans l'os.
Dans les cancers du sein, le développement de métastases
osseuses et d'hypercalcémie est associé à la présence
de PTHrP dans les tumeurs primaires [24]. L'expression plus forte du gène
de la PTHrP, détectée par RT-PCR (reverse transcriptase-PCR)
[25], est positivement corrélée avec un phénotype
tumoral invasif. En revanche, aucune corrélation entre l'expression
de la PTHrP dans la tumeur primaire et les facteurs pronostiques standard,
de récurrence ou de survie, n'est retrouvée. Au niveau prostatique,
l'expression de PTHrP est plus important dans le tissu cancéreux
que dans la prostate normale. De plus, le niveau d'ARNm ou l'intensité
du marquage de la PTHrP est corrélé avec l'augmentation
du grade tumoral [26].
Les techniques de PCR permettent de distinguer les différentes
isoformes d'ARNm produites par la tumeur, 1-139, 1-141 ou 1-173. Une étude
rétrospective par RT-PCR semi-quantitative portant sur les cancers
primaires du sein [27] montre que l'isoforme d'ARNm 1-139 est détectée
plus fréquemment que l'ARNm 1-141. L'ARNm 1-173 n'est quant à
lui détecté dans aucune des tumeurs analysées. La
quantité d'ARNm 1-139 est plus élevée dans les tumeurs
de patients qui ont développé au cours de leur maladie des
métastases osseuses que dans les tumeurs de ceux n'ayant pas de
métastases ou des métastases des tissus mous. En revanche,
la quantité d'ARNm 1-141 dans ces trois groupes est similaire.
Ainsi, la présence d'ARNm 1-139 pourrait permettre d'identifier
les patients risquant de développer des métastases osseuses.
Le TGFbeta est un membre d'une grande superfamille de protéines
qui sont d'importants régulateurs de l'activité osseuse.
Il est l'un des facteurs de croissance les plus abondants dans la matrice
osseuse. Le TGFbeta1, fortement exprimé par les ostéoblastes
et les ostéoclastes différenciés, est stocké
dans la matrice de l'os et relargué sous forme active lors de la
résorption osseuse ostéoclastique. Normalement, le TGFbeta
stimule la prolifération des cellules mésenchymateuses et
la synthèse de protéines de matrice extracellulaire, et
inhibe la croissance des cellules épithéliales. Ses effets
sont médiés par des interactions avec un récepteur
transmembranaire. Chez l'animal, des expériences ont montré
que l'injection de cellules de cancer du sein dont le récepteur
du TGFbeta est rendu inactif ou dont l'expression est inhibée par
transfection, se traduit par l'absence d'augmentation de la PTHrP, une
diminution de la destruction de l'os, des ostéoclastes activés
et une survie prolongée, par rapport aux cellules exprimant ce
récepteur [28]. À l'inverse, l'injection de cellules possédant
un récepteur TGFbeta constitutionnellement actif entraîne
une augmentation de la production tumorale de PTHrP, des métastases
ostéolytiques et une diminution de la survie [29]. L'injection
d'anticorps anti-PTHrP avant ces mêmes cellules permet de réduire
les lésions ostéolytiques. Parmi les facteurs de croissance
abondants dans l'os (TGFbeta, FGF1 et 2, IGFI, IGFIII et platelet-derived
growth factor), seul le TGFbeta augmente la production de PTHrP dans
des cellules de cancer du sein de façon dose-dépendante.
CONCLUSION Les
données cliniques et expérimentales montrent donc que la PTHrP
est un effecteur du TGFbeta dans le développement et la progression
des métastases osseuses ostéolytiques des cancers du sein.
Les cellules cancéreuses qui métastasient dans l'os stimulent
la résorption ostéoclastique et relarguent du TGFbeta actif
dans le micro-environnement osseux. Le TGFbeta agit sur les cellules tumorales
par l'intermédiaire d'un récepteur, en augmentant la production
de PTHrP, qui stimule à son tour la résorption osseuse et
développe leurs capacités métastatiques. Il existe
donc une boucle de rétrocontrôle entre les cellules de cancer
du sein et le micro-environnement osseux, entraînant un cercle vicieux.
L'interruption de cette boucle, en neutralisant les effets de la PTHrP,
en diminuant la production ou en bloquant les effets biologiques du TGFbeta
sur les cellules tumorales, pourrait significativement diminuer le développement
et la progression des métastases osseuses des cancers du sein.REFERENCES
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