ARTICLE
En 1939, Dixon [1] publiait la première observation de chirurgie
conservatrice du sphincter pour un épithélioma du haut rectum.
En 1984, Williams et al. [2] confirmaient que le contrôle
local des cancers du moyen rectum était similaire tant après
amputation qu'après résection antérieure. Dix ans
plus tard, la conférence de consensus des thérapeutiques
du cancer du rectum [3] précisait les possibilités de conservation
sphinctérienne. Le consensus technique pour les tumeurs du haut
rectum fut facile, en revanche le problème des cancers bas situés
n'a pu être résolu : « L'amputation du rectum reste
la référence chirurgicale, la conservation est du domaine
de la recherche clinique dans des centres spécialisés. »
[3]
En avril 1997, le Swedish Rectal Cancer Trial [4] publiait le premier
essai prospectif randomisé qui montre une incontestable augmentation
de la survie à 5 ans (58 %/48%) des patients irradiés en
préopératoire à doses efficaces (5 x 5 Gy). Tous
les sous-groupes tumoraux bénéficiaient de l'irradiation
grâce à un meilleur contrôle loco-régional.
Les cancers du bas rectum se définissent comme des adénocarcinomes
situés à moins de 6 centimètres de la ligne ano-pectinée,
le siège du pôle inférieur de la tumeur étant
apprécié avec un minimum d'erreur à l'aide d'un rectoscope
rigide [3]. Ces dix dernières années, plusieurs avancées
dans des disciplines différentes se sont complétées
pour permettre la conservation du sphincter : appréciation de l'extension
tumorale préopératoire, reproductibilité des traitements
adjuvants, évolution des techniques chirurgicales conservatrices
du sphincter, évaluation et prévention de la morbidité
des traitements.
Deux questions nous semblent dominer le problème de la conservation
sphinctérienne des cancers du tiers inférieur du rectum
: Doit-on intégrer la réponse tumorale à un traitement
préopératoire dans la décision chirurgicale ? Peut-on
standardiser la technique chirurgicale ?
Nous nous sommes efforcés d'apporter des éléments
de réflexion à ces deux interrogations au travers d'une
revue récente de la littérature. Le problème des
petites tumeurs, mobiles, NO, bien différenciées et donc
justiciables d'une excision locale ou d'une radiothérapie de contact,
ne sera pas abordé ici.
Faut-il prendre en compte
la réponse tumorale à un traitement préopératoire
pour poser l'indication chirurgicale ?
Certains considèrent que le type d'exérèse doit
être programmé en fonction des caractéristiques initiales
de la tumeur [5, 6], d'autres [7-10] qu'il doit être adapté
à la réponse de la tumeur au traitement préopératoire.
La première attitude n'accorde au traitement préopératoire
qu'une aide supplémentaire au bon contrôle local grâce
à la stérilisation des micro-agrégats cellulaires
périrectaux et ne veut pas tenir compte d'une éventuelle
diminution du volume tumoral qui pourrait, non seulement allonger la longueur
entre tumeur résiduelle et section rectale inférieure, mais
surtout faire reconsidérer la marge de sécurité péritumorale.
La crainte d'îlots cellulaires résiduels infracliniques,
et donc méconnaissables en peropératoire, explique ce choix
qui implique des indications incompressibles d'amputation du rectum pour
les tumeurs du tiers inférieur si l'on respecte la classique marge
distale minimale de 2 cm. Deux arguments supplémentaires sont à
considérer : l'absence de données objectives issues de travaux
prospectifs randomisés qui puissent permettre de modifier la longueur
de cette marge de sécurité, la nécessité de
ne pas compromettre la curabilité régionale par une chirurgie
insuffisante.
L'adaptation du type de chirurgie au résidu tumoral après
radiothérapie permet de sélectionner les cas favorables
à la conservation et de proposer, sans regret, une chirurgie mutilante
aux tumeurs agressives, non radiosensibles. L'intérêt de
l'irradiation préopératoire [11-13] réside en la
stérilisation des éléments cellulaires infracliniques
situés à la périphérie de la tumeur primitive
et non à la stérilisation même de cette lésion
initiale. La preuve formelle d'une radiosensibilité tumorale pourrait
être le point de départ de la redéfinition de la marge
de sécurité distale, classiquement admise à 2 cm
depuis les travaux rétrospectifs anatomopathologiques de Williams
[9] et al. et cliniques de Pollet et Nicholls [14] pour des tumeurs
qui furent toujours opérées d'emblée.
L'école lyonnaise [15], sous l'impulsion du Professeur J. Papillon,
a démontré dès 1983, la possibilité de conserver
des tumeurs du tiers inférieur (T2, T3 et T4) après une
irradiation courte et intensive (30 Gy en 12 séances) et un délai
d'attente de 8 semaines entre la fin de l'irradiation et la chirurgie.
Le pronostic des patients dont le sphincter a été conservé
est meilleur que celui des patients amputés (survie à 3
ans 77 %/49 %), ce qui s'explique par le choix des malades conservés
(tumeur radiosensible, moins invasive). Les auteurs soulignent l'intérêt
du down staging tumoral sur le choix de la technique chirurgicale.
Nous avons publié [8] les premiers résultats d'un travail
prospectif unicentrique où des tumeurs initialement amputables
d'emblée (T2, T3 du tiers inférieur du rectum) ont pu bénéficier
d'une conservation sphinctérienne après irradiation à
hautes doses (60 Gy). La marge de sécurité moyenne fut de
16 mm (12-21 mm), mesurée sur pièce fraîche au bloc
opératoire. Les résultats à 2 ans sur le contrôle
local (6 % de récidives locales) et la survie (83%) restent superposables
à une série historique traitée dans la même
institution par radiothérapie préopératoire (40 Gy)
et amputation du rectum [16]. Nous n'avons déploré aucune
mortalité spécifique, le temps d'hospitalisation moyen fut
le même tant après conservation qu'après amputation
(21 j/23 j), sans morbidité spécifique. Ce travail confirme
les résultats de Minski et al. [7] (90 % de conservation,
23 % de récidives locales et 61 % de survie à 2 ans) et
de Marks et al. [10, 17] (89 % de conservation, 13 % de RL et 91
% de survie à 5 ans) pour une même population de cancers
du rectum T2, T3 initialement amputables d'emblée du fait de leur
topographie dans le tiers inférieur (tableau
I).
Dans la même voie de recherche clinique que l'irradiation à
hautes doses, d'autres modalités de traitement préopératoire
sont actuellement en cours d'évaluation : radio-chimiothérapie
d'induction, radiothérapie classique avec un délai chirurgical
tardif. Ces traitements visent à augmenter le contrôle local
mais on peut penser qu'ils peuvent également avoir un rôle
sur la conservation du sphincter.
Le texte de la conférence de consensus [3] classe par importance
les paramètres du choix chirurgical : siège de la tumeur,
expérience du chirurgien, morphologie du patient, différenciation
de la tumeur. À la question « faut il élargir les indications
de la chirurgie conservatrice en cas de fonte tumorale post-radiothérapique
? » le rapport final conclut à l'absence de consensus ! La
réponse à cette question pourrait être apportée
par un essai prospectif où le contrôle carcinologique des
tumeurs initialement amputables mais suffisamment radio-sensibles pour
devenir conservables serait évalué après randomisation
entre chirurgie mutilante et amputation. Hors raison éthique, les
difficultés pour monter un tel essai laissent penser que cette
question restera d'actualité tant que le nombre de patients et
le recul clinique des séries associant chirurgie conservatrice
après radiothérapie ne seront pas suffisamment importants.
De plus, la rareté des travaux scientifiques publiés sur
ce sujet confirme la difficulté de le traiter objectivement.
Nous soulignerons enfin les remarques des experts de la conférence
de consensus qui proposent que cette chirurgie soit réalisée
dans des centres spécialisés sous couvert d'un contrôle
de qualité strict des traitements et d'une analyse du suivi rigoureuse
pour une évaluation précise des possibilités de conservation.
Comment opérer un cancer du
bas rectum en conservant le sphincter ?
Tous les auteurs s'accordent pour souligner l'importance du geste opératoire
qui conditionne non seulement le pronostic fonctionnel, mais surtout le
contrôle local [18] et donc la survie. Ce contrôle de qualité
du geste chirurgical est prépondérant pour les cancers du
bas rectum qui sont agressifs de par leur topographie [16]. De Calan [19]
rapporte deux études prospectives non contrôlées où
le paramètre « expérience du chirurgien » fut
testé avec une significativité tant pour la morbidité
postopératoire que pour le taux de récidives locales. Nous
avons cherché à préciser les gestes techniques indispensables
au succès de l'intervention tant pour le contrôle carcinologique
que pour les résultats fonctionnels digestifs, urologiques ou sexuels.
Ces remarques peuvent s'appliquer à tous les cancers du rectum
indépendamment de leur topographie.
L'exérèse chirurgicale
* Excision du mésorectum
La qualité de l'exérèse du mésorectum (celluleux
autour des faces latérales et postérieure du rectum sous-péritonéal)
conditionne le taux de récidives locales [20]. Heald et al.
[21] ont été les premiers à publier un taux de RL
de 3,5% pour des tumeurs du bas rectum non irradiées, avec exérèse
complète du mésorectum. Cette exérèse radicale
permettrait de sectionner le rectum à un centimètre seulement
sous la tumeur. En revanche, elle s'accompagne d'un taux de fistule anastomotique
de 13 % et d'un taux de continence satisfaisante de 85 % à 2 ans.
Karanja et al. [22] viennent d'actualiser ces résultats
à propos de 219 patients et publient 11 % de fistules majeures
responsables de 3 décès, 6 % de fistules radiologiques.
Ils proposent de réaliser systématiquement une colostomie
de décharge et une mobilisation de l'angle gauche pour une anastomose
sans tension. À notre avis, l'irradiation adjuvante ne dispense
pas de cette résection et permet la préservation des nerfs
érecteurs. Macfarlane et al. [23] ont rapporté 4
% de RL et un taux de survie à 5 ans de 78 % pour des tumeurs basses,
B ou C ayant bénéficié d'une excision complète
du mésorectum grâce à un plan de dissection préservant
les nerfs pelviens, dans le plan du fascia propria. Cette exérèse
complète du mésorectum a pour but d'éviter «l'effet
de cône» décrit lors de la dissection basse et profonde
de la tumeur qui a tendance à se rapprocher de plus en plus de
la paroi rectale [19, 24].
* La marge de sécurité de la recoupe
distale, les facteurs de risque de RL
La « règle des 5 cm » a été remise en
cause au début des années quatre-vingts par des travaux
histologique [9] et clinique [14] qui ont confirmé qu'une marge
de sécurité de 2 cm sous la tumeur paraissait suffisante.
De nombreuses publications récentes [7-10, 24-27] contestent cette
règle des 2 cm. La distance pôle inférieur-recoupe
rectale semble être moins importante que la positivité microscopique
de cette recoupe [25]. Sa mesure doit être standardisée pour
pouvoir être comparée (mesure en salle d'opération
sur pièce ouverte et non fixée [3]). Paty et al.
[25], à propos de 131 patients opérés par chirurgie
conservatrice pour des cancers du tiers inférieur, mettent en évidence
6 facteurs de risques de RL : nodules tumoraux dans le mésorectum,
invasion périneurale, vasculaire et lymphatique, infiltration pariétale
(T3), grade, recoupes microscopiquement envahies. Ils soulignent l'absence
de significativité du N, de la longueur de la marge de sécurité
(supérieure ou inférieure à 2 cm), d'un traitement
adjuvant radio ou chimiothérapique. Abulafi et Williams [18] précisent
que l'excision incomplète de la tumeur et des gîtes ganglionnaires
de drainage est la cause principale de RL. Les principaux facteurs de
risque sont pour eux le stade de Dukes, le grade, la fixité, la
topographie de la tumeur, l'invasion lymphatique et vasculaire et l'expérience
du chirurgien. Andreola [26] publie 40 % de dissémination microscopique
intramurale après proctectomie pour cancers du tiers inférieur
opérés d'emblée. Cette extension microscopique ne
dépasse jamais 7 mm et elle est le plus souvent associée
à d'autres facteurs de mauvais pronostic (pN+, taille supérieure
à 4 cm, pT3, mésorectum+). Il conclut qu'une marge de 1
cm semble suffisante. Phillips [27] souligne l'intrication de plusieurs
paramètres comme responsables de récidive : la topographie
distale est défavorable car l'exérèse y est difficile
et la marge de sécurité courte tant pour le rectum que pour
le mésorectum, le caractère indifférencié
des tumeurs s'accompagne d'un envahissement ganglionnaire plus fréquent
et d'un risque de dissémination intramural plus important. Il conclut
que la marge distale est moins importante que l'expérience et l'habileté
du chirurgien à réaliser l'exérèse ! Actuellement,
pour ces tumeurs bas situées, l'exérèse latérale
(notion de clairance latérale) ressort comme paramètre pronostique
déterminant. Cette notion oblige les anatomopathologistes à
une étude transversale des pièces opératoires. Ce
mode de propagation latéral justifie d'autant plus l'intérêt
d'une stérilisation péritumorale par une irradiation préopératoire.
* L'exérèse intersphinctérienne
La description par Parks et al. [28] de l'anastomose colo-anale
faisait état d'une suture entre le côlon et la muqueuse pectinée
après mucosectomie du bas rectum intersphinctérien et du
haut canal anal. Cette résection muqueuse dans le défilé
sphinctérien a été étendue à l'exérèse
complète ou partielle du sphincter interne avec résection
muqueuse pouvant dépasser la ligne ano-pectinée. Schiessel
et al. [29] analysent les résultats fonctionnels de 38 patients
ayant bénéficié de cette résection intersphinctérienne
: 67 % de continence, 21% d'incontinence aux gaz et à la manométrie,
disparition du réflexe recto-anal inhibiteur (exérèse
du sphincter interne), pression de repos nettement abaissée mais
pression de contraction normale témoin de l'intégrité
de la musculature striée. Nos résultats cliniques et manométriques
[8] sont similaires pour les patients ayant bénéficié
d'une irradiation préopératoire à hautes doses (60
Gy sur l'appareil sphinctérien) et d'une résection intersphinctérienne.
Ces données soulignent la reproductibilité de la résection
rectale intersphinctérienne et donc la possibilité d'augmenter
la marge de sécurité de la recoupe inférieure pour
des tumeurs bas situées, incluses dans le défilé
sphinctérien. Farouk [30] confirme que la muqueuse transitionnelle
n'est pas indispensable à la continence, la suture peut donc porter
sous la ligne pectinée. L'irradiation ne modifie pas les résultats
de la contraction mais semble modifier la motilité du côlon
abaissé [4, 31, 32].
* La lymphadénectomie
Curage ganglionnaire et section vasculaire sont liés dans le
mésorectum mais deviennent deux problèmes distincts pour
les chaînes ganglionnaires latéropelviennes et inter-aortico-caves.
Le curage ganglionnaire latéropelvien consiste à réaliser
un curage des vaisseaux iliaques internes. Moreira [33] vient d'analyser
deux séries rétrospectives de patients appareillés
selon les facteurs pronostiques classiques, ayant bénéficié
ou non d'un curage latéro-pelvien. Pour des stades C, le curage
ne revient positif que dans 11 % des cas. Il n'y a aucune différence
significative tant pour le contrôle local que pour la survie. La
morbidité vésicale et sexuelle est importante, non motivable
d'un point de vue carcinologique. La lymphadénectomie radicale
abdomino-pelvienne associe une exérèse pelvienne large tant
pour le mésorectum que pour les ganglions latéropelviens
et un grand curage lombo-aortique. Il n'existe pas d'essai prospectif
et les résultats publiés sont des comparaisons de séries
historiques [34]. La différence, tant pour la survie que pour le
contrôle local, est rarement significative au prix d'une morbidité
vésicale ou sexuelle importante. Cette chirurgie semble devoir
être réservée aux tumeurs évoluées et
agressives qui ont fait preuve de résistance aux associations radio-chimiothérapiques
préopératoires.
* La prévention des complications urogénitales
Longtemps sous-estimées et mal évaluées, les complications
uro-génitales sont importantes à connaître pour pouvoir
les éviter. Leur prévention est un des impératifs
carcinologiques. Un travail récent évaluant la qualité
de vie des patients opérés d'un cancer du rectum a démontré
que l'importance de la place de ces séquelles est égale
à celle de la mutilation sphinctérienne [35]. L'innervation
urogénitale est sous la double dépendance du système
ortho et para-sympathique [36]. Les nerfs orthosympathiques (L1-L3) cheminent
dans la chaîne latéro-aortique, forment le plexus hypogastrique
supérieur au promontoire, puis les nerfs hypogastriques droit et
gauche pour constituer le plexus hypogastrique inférieur situé
en latérorectal, au tiers moyen dans les lames sacropubiennes.
Le parasympathique naît des centres sacrés (S2-S4) pour constituer
le nerf pudendal ou honteux interne et les nerfs érecteurs présacrés
contenus également dans le plexus hypogastrique inférieur.
Les troubles urologiques sont le plus souvent transitoires et régressifs,
facilement palliés par la mise en place d'un cathéter sus-pubien
en peropératoire et par un traitement médical postopératoire.
Les troubles sexuels sont plus graves, principalement chez l'homme. Si
la régression spontanée de l'impuissance est possible jusqu'à
deux ans, les traitements proposés ont des résultats aléatoires.
Le problème majeur est de préserver l'innervation urogénitale
en peropératoire, en tenant compte des travaux de Walsh et al.
[37] publiés après prostatectomie radicale : préservation
des bandelettes sympathiques pré-aortiques et du plexus hypogastrique
supérieur au promontoire, dissection du nerf pudendal et des plexus
pelviens sur la face latérale du rectum qui seront refoulés
contre la paroi pelvienne avant sa libération postérieure,
refoulement prudent du rectum en avant lors de la dissection du puits
médian sacré pour ne pas étirer les lames sacropubiennes,
dissection sans traction de la face antérieure du rectum en face
des vésicules séminales pour ne pas léser le plexus
hypogastrique inférieur. Hojo [38] et Sugihara [39] concluent à
la réversibilité des symptômes urinaires, mais à
la nécessité d'une préservation nerveuse complète
pour une fonction sexuelle normale.
La reconstruction digestive
Les sutures mécaniques ont transformé la technique du
rétablissement de la continuité digestive des tumeurs du
tiers moyen en diminuant les indications d'anastomose basse manuelle ou
colo-anale. Pour les tumeurs du bas rectum, telles que nous les avons
définies à moins de 6 centimètres de la ligne anopectinée,
le problème des sutures mécaniques ne se pose pas car les
difficultés techniques pour agrafer le moignon rectal sous la tumeur
et l'impossibilité de disséquer la partie intrasphinctérienne
du bas rectum rendent ces sutures de réalisation souvent aléatoire
avec une qualité carcinologique médiocre quant à
l'appréciation de la marge de sécurité distale. Nicholls
et al. [40] proposent que l'excision complète du rectum
(et du mésorectum) avec anastomose colo-anale et réservoir
soit l'opération standard des adénocarcinomes du bas rectum.
L'anastomose colo-anale, publiée pour la première fois
par Parks et al. [28] en 1972, a fait la preuve de sa reproductibilité
tant sur le plan fonctionnel que carcinologique. En cas de résection
trans-sphinctérienne, l'anastomose entre le côlon et le sphincter
externe peut se faire sous la ligne pectinée [30].
Le réservoir colique en J, décrit initialement par Lazorthes
et al. [41], améliore les résultats fonctionnels
(impériosité, fréquence des selles), surtout en cas
de traitement adjuvant radio ou chimiothérapique. Avec le recul,
les résultats entre anastomose directe et réservoir ne semblent
pas s'équilibrer, même en l'absence d'irradiation adjuvante
[40-44]. Une poche de 5 cm de longueur permet une bonne fonction réservoir
sans compromettre l'évacuation [45].
De plus en plus d'auteurs apprécient les résultats fonctionnels
en fonction des traitements adjuvants. Paty et al. [25] précisent
le rôle délétère de l'irradiation postopératoire
sur les anastomoses colo-anales. Sur 10 patients irradiés à
doses efficaces, 2 ont nécessité une colostomie permanente
alors que les patients irradiés en préopératoire
à des doses supérieures n'ont eu aucun problème fonctionnel.
Kollmorgen et al. [32] confirment la morbidité de l'association
radio-chimiothérapie postopératoire. Ces résultats
confirment les données de l'étude prospective de Pahlman
et Glimelius [13] sur l'absence de morbidité de l'irradiation préopératoire
comparée à la postopératoire.
Les études de qualité de vie [35] confirment les meilleurs
résultats des patients ayant bénéficié d'une
chirurgie de conservation du sphincter tant sur le plan physique que psychologique,
social ou sexuel. L'ambivalence cancérologique entre l'efficacité
d'un traitement et sa morbidité est particulièrement exacerbée
pour le cancer du bas rectum. Pour espérer devenir le bras de référence
du traitement de ces cancers, la chirurgie conservatrice du sphincter
devra passer le test d'un essai prospectif randomisé*. Le problème
éthique sera alors de réaliser une amputation à des
patients qui pourraient bénéficier d'une conservation au
vu des premiers résultats des études prospectives non randomisées
! *
* Étude de phase II multicentrique : conservation sphinctérienne
des cancers du tiers inférieur du rectum. Proctectomie et anastomose
colo-anale après irradiation à hautes doses. Promoteur :
Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer.
Investigateurs : Pr P. Rouanet, Pr JB Dubois , CRLC Val d'Aurelle, Montpellier.
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