ARTICLE
Le syndrome de Li-Fraumeni (LFS) est une forme héréditaire
de cancers touchant l'enfant et l'adulte jeune, remarquable par le large
spectre des tumeurs associées (tableau).
Il fut initialement caractérisé en 1969 par deux épidémiologistes,
Frédérick Li et Joseph Fraumeni, à partir d'une étude
épidémiologique rétrospective portant sur 648 enfants
atteints de rhabdomyosarcome [1, 2]. Les critères diagnostiques
correspondant à la définition initiale du syndrome de Li-Fraumeni
sont les suivants : 1) un individu atteint de sarcome avant l'âge
de 45 ans, 2) un apparenté au premier degré présentant
un cancer avant l'âge de 45 ans, et 3) un apparenté au premier
ou second degré présentant soit un cancer avant l'âge
de 45 ans, soit un sarcome à tout âge [3]. Le risque de développer
plusieurs tumeurs primitives indépendantes est particulièrement
élevé, probablement supérieur à 50 % [4].
L'incidence de ce syndrome rare est difficile à estimer car sa
définition pose un problème de classification nosologique
[pour revue, voir référence 5]. Comme dans les autres formes
mendéliennes de cancers associant des tumeurs dont certaines ont
une incidence élevée, les critères diagnostiques
doivent être suffisamment stricts pour distinguer le syndrome de
Li-Fraumeni d'une agrégation familiale de cancers sporadiques.
Néanmoins, la définition classique du syndrome de Li-Fraumeni
ne tient pas compte de la valeur diagnostique de certaines tumeurs exceptionnelles
dans la population générale, comme les corticosurrénalomes,
et du développement chez un même individu de plusieurs tumeurs
malignes, qui est à lui seul un élément hautement
évocateur d'une prédisposition génétique au
cancer. Enfin, comme tous les syndromes dont la définition repose
sur des critères familiaux, il pose le problème d'une éventuelle
sous-estimation dû à la petite taille des familles. Ce problème
nosologique a incité certains investigateurs à proposer
le terme de syndrome de Li-Fraumeni-like (LFL) ou Li-Fraumeni
incomplete (LFI) lorsque, dans une famille, les critères classiques
ne sont que partiellement remplis [6-8]. Ainsi, les tentatives multiples
de définition du syndrome soulignent l'intérêt de
donner une définition moléculaire à cette prédisposition.
En 1990, deux études indépendantes documentaient des mutations
constitutionnelles du gène suppresseur de tumeur TP53, localisé
sur le chromosome 17p13, dans des familles atteintes du syndrome de Li-Fraumeni
[9, 10]. Les tumeurs examinées présentaient une perte de
l'allèle sauvage suggérant que l'inactivation de TP53
résultait de deux événements successifs (altération
germinale puis altération somatique) selon le modèle de
Knudson et Comings initialement développé pour le rétinoblastome.
Depuis, de nombreuses études ont montré que les mutations
constitutionnelles de TP53 pouvaient être détectées
approximativement dans 70 % et 20 % des familles atteintes du syndrome
de Li-Fraumeni et de Li-Fraumeni-like, respectivement [5]. L'inactivation
dans les tumeurs de l'allèle sauvage, par délétion
ou mutation de la région codante, n'est pas systématiquement
retrouvée [5, 11]. Bien que l'on ne puisse exclure que dans ces
cas le second événement du modèle de Knudson corresponde
à un autre type d'altération, telle une hyperméthylation
verrouillant la transcription du gène, ces données pondèrent
la valeur de ce modèle pour le syndrome de Li-Fraumeni. D'ailleurs,
certaines études ont montré que les fibroblastes ou les
lymphocytes dérivés de patients porteurs d'une mutation
constitutionnelle de TP53 présentaient des anomalies biologiques
(instabilité chromosomique, anomalie de la réponse apoptotique
aux radiations ionisantes) indiquant que la mutation hétérozygote
de TP53 a une expression phénotypique [12-14]. Cette expression
pourrait résulter soit d'une haplo-insuffisance (la mutation entraînant
une perte de fonction) [15], soit d'un effet trans-dominant négatif
(inactivation de la protéine sauvage par la protéine mutante).
La responsabilité de ces mutations constitutionnelles dans ce syndrome
a été attestée par la coségrégation
des mutations de TP53 et des cancers au sein de grandes familles,
et a été validée par les données expérimentales
: d'une part les mutations constitutionnelles inactivent la fonction de
la protéine TP53 [16] et, d'autre part, les souris hétérozygotes
TP53 (+/-) et homozygotes TP53 (-/-), générées
par recombinaison homologue, ont une incidence élevée de
tumeurs malignes [17, 18].
Des mutations constitutionnelles de TP53 ont été
également identifiées chez des patients atteints de plusieurs
cancers primitifs multiples faisant partie du spectre du Li-Fraumeni et
chez la majorité des enfants atteints de corticosurrénalome,
indépendamment de leur histoire familiale [19]. Le plus souvent,
les mutations constitutionnelles de TP53 sont héritées
d'un des deux parents, mais elles peuvent survenir de novo [20].
Chez les porteurs de la mutation, le risque cumulé de développer
une tumeur est, chez les hommes, de 41 % à 45 ans et de 73 % sur
toute la vie, alors que, chez les femmes, il est respectivement de 84
% et pratiquement de 100 % [20]. Ces résultats montrent que le
risque de développer une tumeur chez l'adulte jeune est plus élevé
chez les femmes, le surcroît de risque étant dû au
cancer du sein, et que les mutations de TP53 ont une pénétrance
incomplète, en particulier chez les individus de sexe masculin
[20].
La majorité des mutations constitutionnelles de TP53 identifiées
sont des mutations faux-sens localisées entre les exons 5 à
9 et touchant le domaine de liaison de TP53 à l'ADN qui correspond
à la partie centrale de la protéine (acides aminés
102-292, la protéine étant composée de 393 acides
aminés). Comme au niveau somatique, tous les autres types d'altération
de TP53 ont été documentés : mutation non-sens
générant un codon stop prématuré, mutation
d'épissage responsable d'une rétention d'intron ou d'un
saut d'exon, délétion d'une paire de bases à plusieurs
kilobases, insertion [voir le site : http://perso.curie.fr/Thierry.Soussi/].
Les mutations constitutionnelles ont pour effet délétère
d'inactiver la fonction transcriptionnelle de la protéine qui sous-tend
ses principaux rôles biologiques. En effet, TP53 régule le
cycle cellulaire au niveau des transitions G1/S et G2/M via la
transactivation de gènes, tel p21, codant pour un inhibiteur
des complexes cyclines/Cdk, et 14-3-3 sigma, codant une protéine
séquestrant les complexes cycline B/Cdc2, et l'apoptose via
la transactivation de gènes tels bax codant pour une protéine
mitochondriale régulant l'efflux du cytochrome c vers le cytoplasme
[pour revue voir référence 21].
La recherche d'une mutation constitutionnelle de TP53 peut être
réalisée classiquement à partir de l'ADN génomique
en réalisant plusieurs amplifications, le plus souvent exon par
exon. Il est également possible d'analyser les ARNm puisque l'intégralité
de l'ADN complémentaire (ADNc) de TP53 est facilement amplifiable
en un seul temps à partir des lymphocytes. Dans certains cas, l'ARN
messager porteur de la mutation constitutionnelle n'est pas détectable
(mutations non sens à l'origine d'une instabilité), de telle
sorte que seul l'ADNc sauvage sera amplifié. Quelle que soit l'approche
choisie, le spectre des mutations constitutionnelles actuellement répertoriées
justifie de débuter l'analyse mutationnelle de TP53 par
les exons 5 et 9. Par ailleurs, le rôle transcriptionnel de TP53
a permis le développement dans la levure de méthodes biologiques
simples et rapides capables de détecter sélectivement les
mutations délétères inactivant la fonction de la
protéine [22]. Dans ces essais fonctionnels, une souche de levure
contenant un système indicateur de l'activité transcriptionnelle
de TP53 est co-transformée avec les ADNc de TP53 amplifiés
entre les codons 53 et 364 en présence d'un vecteur d'expression
linéarisé entre les codons 67 et 346 et les ADNc de TP53
sont clonés par recombinaison homologue. L'activation par la protéine
TP53 sauvage du système indicateur induit un changement de la couleur
des colonies (rouge => blanc). L'analyse de TP53 à partir de
lymphocytes provenant de sujets témoins génère généralement
un bruit de fond de 5 à 8 % de colonies rouges dû à
des erreurs de la PCR et à la présence d'un épissage
alternatif de TP53. Une mutation hétérozygote de
TP53 se traduit par un pourcentage variable de colonies rouges
compris entre 10 % et 70 %, cette variabilité s'expliquant par
les différences de stabilité entre les ARN sauvages et mutants
de TP53.
Données nouvelles
L'absence de mutation détectable du gène TP53 dans
des familles LFS-LFL [5] a suggéré l'implication potentielle
d'autres gènes dans ce syndrome. Cette hypothèse fut récemment
confirmée par la détection, dans une famille atteinte du
syndrome de Li-Fraumeni et dans une autre famille dont la présentation
était suggestive du syndrome de Li-Fraumeni, de mutations germinales
de hCHK2 [23]. Ce gène, localisé sur le chromosome
22q12, est l'homologue humain du gène RAD53 de la levure Saccharomyces
cerevisiae et du gène Cds1 de la levure Saccharomyces
pombe [24, 25]. CHK2 code pour une kinase intervenant dans
le point de contrôle G2/M (figure).
Lorsque des lésions de l'ADN surviennent, la kinase CHK2 est rapidement
phosphorylée et activée par la voie ATM et elle phosphoryle
alors à son tour la phosphatase Cdc25C sur la sérine 216,
ce qui l'inactive [24, 25]. La phosphatase Cdc25C a pour rôle
biologique de déphosphoryler et d'activer Cdc2 qui, associée
à la cycline B, contrôle l'entrée en mitose (figure).
Ainsi, l'activation de CHK2, suite à des lésions de l'ADN,
bloque le cycle en G2. Cette observation pouvait suggérer que,
finalement, c'était l'altération de la régulation
de la transition G2/M qui représentait le mécanisme physiopathologique
à l'origine du syndrome de Li-Fraumeni. Néanmoins, des travaux
très récents viennent de démontrer que la kinase
CHK2 est également capable de phosphoryler TP53 en présence
de lésions de l'ADN [26-28]. Cette phosphorylation au niveau de
la sérine 20 inhibe l'interaction entre TP53 et Mdm2 dont la fonction
est de réguler négativement TP53 en la dégradant
via la voie de l'ubiquination (figure).
L'invalidation homozygote chez la souris du gène CHK2 abolit
d'ailleurs la voie de réponse aux lésions de l'ADN passant
par TP53, et en particulier la transactivation du gène cible p21,
cet effet étant corrigé par la réintroduction du
gène CHK2 [28]. Ainsi, lorsque des lésions de l'ADN
surviennent, CHK2 stabilise et donc active TP53. L'observation de mutations
constitutionnelles de CHK2 chez des patients atteints du syndrome
de Li-Fraumeni montre donc que c'est l'altération des différents
points de contrôle du cycle cellulaire en G1/S et G2/M normalement
activés par les lésions de l'ADN et passant par la voie
TP53 qui est manifestement à l'origine de ce syndrome.
Recommandations pour la prise
en charge
Le syndrome de Li-Fraumeni pose des problèmes complexes sur le
plan de la prise en charge médicale, en particulier à cause
du spectre large des tumeurs, qui limite d'emblée les possibilités
de dépistage et de détection précoce dans les familles.
Dans ce contexte, un groupe de travail pluridisciplinaire sur le syndrome
de Li-Fraumeni, placé sous l'égide du groupe Génétique
et Cancer de la Fédération nationale des centres de lutte
contre le cancer, s'est constitué et ses réflexions sont
présentées ci-dessous.
Difficulté du dépistage des tumeurs
du spectre du syndrome de Li-Fraumeni
Chez l'adulte, le problème du dépistage concerne avant
tout le cancer du sein qui est la tumeur la plus fréquemment observée.
Le dépistage par la mammographie, pour être efficace, supposerait
une périodicité annuelle, à un âge très
précoce (dès 20 ans), vu l'âge de survenue des cancers
du sein documentés dans les familles atteintes du syndrome de Li-Fraumeni
(le plus souvent avant 30 ans). La densité des seins chez les femmes
jeunes imposerait de suivre une technique rigoureuse de mammographie (deux
incidences, utilisation d'une grille anti-diffusion). Un tel programme
pose évidemment le problème du risque des radiations chez
une femme qui serait porteuse d'une mutation constitutionnelle de TP53,
et donc du rapport risque/bénéfice d'un tel dépistage.
La densité des seins chez les femmes jeunes et la radiosensibilité
potentielle des femmes porteuses d'une mutation de TP53 incitent
à proposer la mammographie comme examen de deuxième intention
et à retenir l'échographie comme examen en première
intention. Le dépistage par l'IRM ne paraît pas réalisable
actuellement, essentiellement à cause du petit nombre de machines
disponibles aujourd'hui en France, et du nombre de radiologues formés
à cette technique. Néanmoins, une étude récente,
effectuée chez des femmes à risque porteuses d'une mutation
de BRCA1 ou de BRCA2 ou susceptibles de l'être, a
clairement démontré la supériorité de l'IRM
par rapport à l'imagerie traditionnelle pour le dépistage
des cancers du sein [29].
Chez l'enfant, les possibilités de dépistage des tumeurs
s'intégrant au spectre de Li-Fraumeni sont variables : le dépistage
des sarcomes des tissus mous, de par leur localisation ubiquitaire, paraît
difficilement réalisable. Les ostéosarcomes semblent aujourd'hui
bénéficier d'un diagnostic relativement précoce puisque
ceux diagnostiqués au stade de métastases sont devenus assez
exceptionnels. Enfin, un dépistage des tumeurs cérébrales
paraît également difficilement envisageable, d'une part à
cause de la rapidité évolutive de certaines tumeurs cérébrales
qui imposerait un rythme très soutenu de surveillance et, d'autre
part, à cause du problème de l'accessibilité aux
machines d'IRM, problème similaire à celui du dépistage
des cancers du sein.
Intérêt d'une surveillance médicale
des sujets à risque
Si les tumeurs s'intégrant au spectre du syndrome de Li-Fraumeni
ne peuvent bénéficier d'un protocole de dépistage
systématique par des investigations complémentaires, il
semble essentiel, néanmoins, de pouvoir proposer un protocole de
surveillance dans les familles pour éviter tout retard au diagnostic,
d'une part chez les sujets atteints qui ont un risque élevé
de développer d'autres tumeurs et, d'autre part, chez les apparentés
à risque asymptomatiques. De plus, sur le plan psychologique, il
est impératif de pouvoir proposer quelque chose à ces familles,
et de ne pas leur donner l'impression que le corps médical les
laisse complètement tomber. Cette surveillance doit s'effectuer
à un rythme annuel en se limitant dans un premier temps chez l'enfant
à un examen clinique, effectué par un pédiatre connaissant
le syndrome. Chez les femmes, le dépistage des cancers du sein
pourra s'effectuer par échographie annuelle dès l'âge
de 20 ans, voire ultérieurement par IRM, compte tenu de la précocité
des tumeurs, de la radiosensibilité potentielle associée
aux mutations de TP53 et de la densité des seins à
cet âge qui limite l'efficacité de la mammographie.
Recherche d'une mutation constitutionnelle de
TP53 : diagnostic positif et diagnostic présymptomatique
Il convient de différencier le diagnostic positif (recherche
d'une mutation constitutionnelle chez un sujet atteint d'un cancer) du
diagnostic présymptomatique (recherche chez un apparenté
asymptomatique d'une mutation constitutionnelle de TP53 identifiée
dans la famille). Comme dans les autres maladies génétiques
pour lesquelles son bénéfice n'est pas évident, le
diagnostic présymptomatique doit être impérativement
restreint à l'adulte et ne doit pas être proposé aux
enfants à risque. Bien entendu, dans ces familles, la tentation
du praticien est souvent grande de vouloir rassurer les parents en démontrant
l'absence de la mutation constitutionnelle chez les enfants à risque.
Mais cet argument est contrebalancé par le risque d'identifier
une mutation chez un enfant asymptomatique, résultat d'intérêt
limité sur le plan médical et souvent dévastateur
sur le plan psychologique.
Les trois indications retenues pour le diagnostic positif sont les suivantes
[30] :
- proposant atteint d'une tumeur appartenant au spectre étroit
du syndrome de Li-Fraumeni (tableau)
développée avant l'âge de 36 ans et au moins un apparenté
du premier ou de second degré atteint d'une tumeur appartenant
au spectre étroit du syndrome de Li-Fraumeni (en dehors du cancer
du sein si le cas index est lui-même atteint d'un cancer du sein),
et développée avant l'âge de 46 ans ;
- ou patient atteint de plusieurs cancers primitifs multiples, dont
deux appartiennent au spectre étroit du syndrome de Li-Fraumeni,
à l'exclusion des cancers du sein multiples, la première
de ces tumeurs étant survenue avant l'âge de 36 ans ;
- ou enfant atteint d'un corticosurrénalome.
* Protocole de la recherche d'une mutation constitutionnelle de TP53
chez le sujet atteint
Compte tenu des bénéfices limités de l'impact psychologique
potentiel d'une telle recherche, il est proposé le protocole suivant
:
1. Première consultation de génétique :
cette consultation est avant tout destinée aux consultants ou aux
parents de l'enfant. Elle vise à donner les informations sur le
syndrome de Li-Fraumeni, les limites de l'intérêt de la recherche
d'une mutation constitutionnelle du gène TP53, le protocole
de surveillance chez les sujets porteurs, l'absence d'intérêt
d'aller rechercher une mutation chez un enfant à risque qui n'est
pas atteint cliniquement.
2. Entretien psychologique après la première consultation
: cet accompagnement est indispensable afin d'apprécier l'impact
des informations diffusées au cours de la consultation de génétique
et les données réellement intégrées par les
consultants.
3. Deuxième consultation de génétique, quelques
semaines après la première, permettant de refaire le point,
et à la suite de laquelle sera réalisée, si la demande
est exprimée, une prise de sang avec consentement éclairé
pour la recherche d'une mutation constitutionnelle de TP53. Afin
d'organiser systématiquement le prélèvement de contrôle
à l'issue de la consultation, il est proposé de remettre
aux consultants une ordonnance permettant de réaliser un prélèvement
indépendant effectué à distance de cette consultation,
afin de contrôler la mutation si celle-ci est identifiée.
4. Consultation de génétique avec le rendu des résultat.
Compte tenu de l'analyse moléculaire du gène TP53,
qui nécessitera un séquençage complet de la région
codante, cette consultation avec rendu de résultat ne pourra être
programmée qu'après plusieurs semaines. Il paraîtrait
raisonnable de proposer un délai maximal de 3 mois pour le rendu
de ce résultat avec, bien sûr, l'engagement du laboratoire
assurant ce diagnostic.
5. Entretien psychologique après le rendu des résultats
pour définir l'impact du résultat et l'indication d'un accompagnement
psychologique à la demande.
* Protocole du diagnostic prédictif
Le protocole du diagnostic prédictif est similaire à celui
du diagnostic positif à l'exception du délai du rendu des
résultats qui pourrait être considérablement raccourci,
puisqu'il s'agirait non plus d'une identification de mutation mais de
la recherche d'une mutation identifiée chez le cas index. Par conséquent,
la troisième consultation de génétique pourrait avoir
lieu un mois après la seconde.
Analyse moléculaire
L'analyse du gène TP53 nécessitera l'étude
des 10 exons codants (exon 2 à 11). Il sera bien sûr intéressant
de pouvoir réaliser le test fonctionnel dans la levure permettant
la détection rapide des mutations, mais ce test doit être
obligatoirement suivi d'une analyse du gène qu'il soit positif
ou négatif. Afin de réaliser le test fonctionnel qui nécessite
des ARN de bonne qualité, il convient de disposer, outre d'un prélèvement
standard pour ADN (10 ml de sang sur tube EDTA), d'un prélèvement
pour l'ARN. Le protocole pour l'ARN est le suivant : purification des
lymphocytes sur gradient de Ficoll à partir de 10 ml de sang périphérique
à réaliser le jour même du prélèvement
et le plus rapidement possible, lavage au PBS, reprise du culot lymphocytaire
dans 400 muL de thiocyanate de guanidium permettant la lyse des cellules
et surtout la prévention de la dégradation des ARN. Le tube
peut être envoyé par la poste à température
ambiante. Il est essentiel que cette purification des lymphocytes soit
faite au maximum dans la demi-journée qui suit le prélèvement.
La négativité de l'analyse moléculaire effectuée
sur l'intégralité de la région codante de TP53
conduira naturellement dans un second temps à analyser le gène
hCHK2. Cette analyse doit se faire impérativement par RT-PCR
car les exons 10 à 14 de ce gène présentent de nombreux
homologues sur les chromosomes 7, 10, 15, 16, 22 et X, ce qui complique
l'analyse à partir de l'ADN génomique [31]. Il est licite
de penser que le syndrome de Li-Fraumeni peut impliquer d'autres gènes
de la voie CHK2/TP53. En effet, l'analyse de 17 familles françaises
atteintes de LFS ou de LFL nous a permis d'identifier une mutation de
TP53 dans 11 familles, mais nous n'avons pas identifié à
ce jour de mutation du gène CHK2 dans les familles sans
mutation de TP53 [32].
Le diagnostic prénatal
Il s'agit d'un sujet sensible pour lequel il est essentiel d'avoir une
position consensuelle. De façon très ponctuelle, des expériences
de diagnostic prénatal dans le domaine de l'oncogénétique
ont déjà été réalisées en France,
qu'il s'agisse de la neurofibromatose de type II ou de la maladie de Von
Hippel Lindau. Le diagnostic prénatal du syndrome de Li-Fraumeni
paraît justifié par les éléments suivants :
- les tumeurs malignes développées dans le cadre du syndrome
de Li-Fraumeni se caractérisent par leur précocité
de survenue puisqu'elles touchent avant tout l'enfant, l'adolescent et
l'adulte jeune ;
- certaines de ces tumeurs ont un pronostic très réservé
;
- le spectre large de ces tumeurs ne permet pas de proposer d'investigations
complémentaires efficaces pour le dépistage ;
- les patients porteurs d'une mutation constitutionnelle de TP53
ont un risque important de développer plusieurs tumeurs primitives
multiples.
CONCLUSION
Compte tenu de la difficulté nosologique que pose ce syndrome,
il est probable que sa définition deviendra prochainement moléculaire.
Ainsi le syndrome de Li-Fraumeni pourra se définir comme une prédisposition
héréditaire au cancer résultant de l'altération
constitutionnelle des points de contrôle du cycle cellulaire activés
par les lésions de l'ADN et passant par TP53. Le très
large spectre de ces tumeurs et leur précocité pourraient
inciter à une conduite purement passive dans la prise en charge
de ce syndrome. Néanmoins, il convient de rappeler qu'une proportion
importante des sujets atteints développeront de multiples tumeurs
et il est absolument indispensable que ces sujets soient correctement
suivis après le traitement d'une première tumeur pour éviter
tout retard au diagnostic d'une tumeur métachrone. Cela est sans
doute la principale raison qui justifie que soit proposée à
titre systématique la recherche d'une mutation constitutionnelle
de TP53 chez un enfant ou un adulte présentant une histoire
personnelle ou familiale évocatrice de syndrome de Li-Fraumeni.
De plus, les histoires cliniques des familles étudiées suggèrent
très fortement une radiosensibilité toute particulière
des patients atteints de ce syndrome facilement explicable par le rôle
biologique de TP53. En effet, plusieurs études ont rapporté
le développement de tumeurs secondaires survenant dans les champs
d'irradiation pour première tumeur. Ces données, si elles
sont vérifiées ultérieurement, poseront naturellement
le problème de l'utilisation d'agents génotoxiques, telles
les radiations ionisantes, dans le traitement des tumeurs s'intégrant
au syndrome de Li-Fraumeni. Cela est sans doute la seconde raison qui
justifie que soit recherchée une mutation constitutionnelle de
TP53 dans les familles suspectes.
En conclusion, si le bénéfice médical de la mise
en évidence d'une mutation constitutionnelle est beaucoup plus
modeste que dans les autres formes héréditaires de cancer,
cette recherche paraît aujourd'hui justifiée avant tout pour
assurer un suivi médical correct chez les sujets atteints et éviter
un retard au diagnostic d'une tumeur métachrone et envisager éventuellement
ultérieurement une modulation du traitement chez ces sujets. Les
indications actuellement retenues pour rechercher une mutation constitutionnelle
de TP53 devront être régulièrement revues,
ce d'autant plus que, les techniques de détection des mutations
se simplifiant progressivement, ces critères pourront être
élargis progressivement en sachant que l'utilisation de critères
plus souples diminuera inéluctablement la rentabilité de
l'analyse moléculaire.
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