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Nosocomial infections in cancer treatment center


Bulletin du Cancer. Volume 88, Number 6, 629-30, Juin 2001, Tribune libre


Résumé  

Author(s) : Nicolas Penel, Comité de lutte contre les infections nosocomiales, Centre Oscar-Lambret, 3, rue F.-Combemale, 59027 Lille Cedex..

ARTICLE

« Mais, j'en ai assez de l'hôpital, où je suis
exposé aussi à attraper tous les jours la variole,
le typhus, et autres pestes qui y habitent. »

Arthur Rimbaud.
Lettre à sa sœur Isabelle, du 20 juillet 1891

La déclaration des infections nosocomiales est une obligation légale depuis longtemps. Cela est rappelé dans la circulaire de la Direction générale de la santé (DGS) du 29 décembre 2000, qui modifie la composition, le fonctionnement et les objectifs des Comités de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) [1]. Un décret d'application est attendu cette année en ce qui concerne l'organisation d'un réseau de déclaration des infections nosocomiales avec remontée des informations depuis les établissements de soins (publics et privés) vers les structures d'infectio-vigilance (CCLIN, Drass, Institut de veille sanitaire).

Or, nous savons tous que les patients pris en charge en milieu carcinologique sont particulièrement fragiles. De plus, les centres de lutte contre le cancer (CLCC) évoluent de plus en plus vers des structures de recours prenant en charge les patients prétraités évolutifs ou présentant d'emblée des pathologies très évoluées.

En ne prenant en compte que des infections évidemment nosocomiales (infections du site opératoire, infections urinaires post-sondage, pneumopathies et bactériémies diagnostiquées 48 heures après l'admission du patient...), en milieu onco-hématologique, on observe une incidence d'infections nosocomiales de l'ordre de 9 à 12 %, alors qu'elle est de 6 à 7 % dans la population générale [2-4]. Il est donc impératif que les structures de cancérologie poursuivent leur réflexion dans ce domaine.

En tout premier lieu, il est nécessaire d'harmoniser notre définition du nosocomial. En effet, il est paradoxal, de voir qu'il n'y a pas de définition consensuelle. La définition par la circulaire n° 263 de la DGS [5] est :

- toute maladie provoquée par des micro-organismes ;

- contractée dans un établissement des soins par tout patient après son admission, soit pour une hospitalisation, soit pour y recevoir des soins ambulatoires ;

- que les symptômes apparaissent lors du séjour ou après ;

- que l'infection soit reconnaissable aux plans clinique ou microbiologique, données sérologiques comprises, ou les deux à la fois.

Cette définition appelle quelques remarques et commentaires :

- cela ne nécessite pas obligatoirement inoculation ou acte invasif (la voie de transmission peut être, par exemple, purement respiratoire : varicelle, tuberculose, légionellose, aspergillose... nosocomiales) ;

- la nature de l'agent pathogène ne se restreint pas aux bactéries pyogènes ;

- l'infection nosocomiale concerne aussi bien le patient, le personnel soignant, qu'éventuellement les visiteurs ;

- cette infection peut être diagnostiquée ou se manifester longtemps après le séjour hospitalier, avec des délais de plusieurs années (infections, ostéo-articulaires sur prothèse, prostatites chroniques post-sondage urinaire...) ;

- l'intervalle entre admission et mise en évidence de l'infection est un élément diagnostique important, classiquement, arbitrairement, dans la plupart des études épidémiologiques, fixé à 48 heures. Toutefois, ce délai est variable en fonction de l'incubation de la maladie infectieuse et en fonction du parcours hospitalier du patient.

En milieu carcinologique, les patients sont pris en charge dans un réseau de soin complexe, avec des hospitalisations itératives, des retours à domicile répétés de durée variable, parfois dans le cadre d'une hospitalisation à domicile. Ils subissent quasiment tous des hospitalisations conventionnelles (en chirurgie, en médecine, en curiethérapie...), ou des hospitalisations de jour, pour des motifs variables (pose de voie veineuse centrale, séance de chimiothérapie ou de radiothérapie, chirurgie ambulatoire, explorations paracliniques, parfois invasives...). De ce fait, lorsqu'un patient est hospitalisé pour une infection, il est souvent bien difficile de trancher entre nosocomial et communautaire.

Ainsi, des infections fréquentes en cancérologie comme les neutropénies fébriles ou les mucites oropharyngées doivent-elles être considérées comme nosocomiales ? Les neutropénies fébriles sont bien la conséquence d'un acte thérapeutique. Leur documentation microbiologique n'est obtenue que dans un tiers des cas. L'origine du germe est variable : translocation bactérienne, infection liée au cathéter, flore endogène cutanéo-muqueuse... Faut-il considérer comme nosocomiale toute neutropénie fébrile ? la neutropénie fébrile apparue après 48 heures d'hospitalisation (comme en secteur de greffe) ? les neutropénies fébriles avec mise en évidence d'un « germe typiquement hospitalier » (comme Stenotrophomonas maltophila, Pseudomonas aeruginosa multi-résistant, Staphylococcus aureus méti-résistant...) ? De même, les radiomucites ou les mucites liées à la chimiothérapie lourde sont associées, dans un tiers des cas, à une réactivation herpétique et sont fréquemment surinfectées par des levures ou des anaérobies. S'agit-il d'infections nosocomiales ?

Le législateur va nous imposer la déclaration des infections nosocomiales. Une harmonisation de nos définitions est indispensable. Mais, il est nécessaire de prendre en considération les particularités des patients cancéreux. Une réflexion est urgente au sein des différents CLIN impliqués. À ce titre, le groupe d'hygiène de la Fédération nationale des CLCC, piloté par V. Bussy Malgrange et B. Pottecher, a un rôle fondamental à tenir. Des définitions simples, même arbitraires, toujours critiquables seront nécessaires.

Bien sûr, il ne s'agit pas de réduire notre réflexion à une classification binaire communautaire-nosocomial. Car l'esprit de la loi n'est pas de mesurer pour mesurer, de déclarer pour déclarer... mais d'évaluer afin d'améliorer. Dans ce domaine, les notions évoluent vite, on parle maintenant d'infection nosocomiale acquise à domicile (réseau de soins à domicile). D'autres préfèrent les termes d'infection iatrogène, d'infection évitable (infection du site opératoire en chirurgie propre ou propre-contaminée, infection liée au cathéter... ?) et d'infection inévitable (infections du site opératoire en chirurgie sale, pneumopathie des patients longuement ventilés... ?). Mais évitable et inévitable jusqu'à quel point ? La pression, la demande de transparence des patients, des usagers est forte. Leur présence dans les CLIN est officialisée par la loi [1]. Désormais, l'« usager » choisit sa structure de soin, et le taux d'infections nosocomiales peut être un élément de décision. Mais, les cliniciens doivent être convaincus qu'on ne les interrogera pas sur la nature nosocomiale ou non d'une infection, mais sur la présence ou non d'une faute. Cela est totalement différent.

Références

1. Circulaire n° 645 du 29 décembre 2000 de la Direction générale de la santé relative à l'organisation de la lutte contre les infections nosocomiales.

2. Couilloud D, Combes F, Latour JF, Chavin F, Bigot P. Incidence des infections nosocomiales dans un centre anticancéreux : données cliniques et bactériologiques. Bull Cancer 1990 ; 77 : 893-900.

3. Haley R, Culver D, White J, Morgan W, Emori T. The nationwide nosocomial infection rate : a need for vital statistic. Am J Epidemiol 1985 ; 12 : 159-67.

4. Robinson G, Tegtemeier B, Zaia J. Nosocomial infection rates in a cancer treatment center. Infect Control 1984 ; 5 : 289-94.

5. Circulaire n° 263 du 13 octobre 1998 de la Direction générale de la santé relative à l'organisation de la surveillance et à la prévention des infections nosocomiales.


 

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