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A comparison of serum Cyfra 21-1 and SCC AG in the diagnosis of squamous cell esophageal carcinoma


Bulletin du Cancer. Volume 88, Number 10, 1023-7, Octobre 2001, Articles originaux


Résumé   Summary  

Author(s) : Marc Ychou, Faiza Khemissa-Akouz, Andrew Kramar, Pierre Senesse, Jean Grenier, CRLC Val-d'Aurelle-Paul-Lamarque, 34298 Montpellier..

Summary : Cyfra 21-1 is a useful marker in lung cancer. The only tumor marker used at the present time in oesophageal squamous cell carcinoma (OSCC) is SCC (squamous cell carcinoma). In this study we evaluated the pre-treatment sensitivity and specificity of these two markers in this setting. Cyfra 21-1 and SCC were determined by radio-immunoassay on 76 patients having OSCC. Staging was done according to the UICC 1978 classification based on endoscopy, baryum enema and CT scan. The sensitivity of Cyfra 21-1 is better at the 1.5 ng/ml level (54%) than at the usual reported level of 3.6 ng/ml (26%). The best level for sensitivity of SCC is 1.5 ng/ml. At these levels, sensitivity of Cyfra 21-1 and SCC for advanced stages (T3 or M1) are respectively 72% and 50%. The specificity of Cyfra 21-1 and SCC for stages T1 or T2 are respectively 53% and 73%. The combination of these two markers increase sensitivity at 64% for all stages and at 89% for advanced stages (T3 or M1) and is a significant prognostic factor for survival. This study confirms the value of Cyfra 21-1 in OSCC at the normal level of 1.5 ng/ml. The combination with SC improves the results. We now need to evaluate the role of these two markers in the follow up of oesophageal carcinoma.

Keywords : oesophageal cancer, tumor markers, diagnosis.

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ARTICLE

Le cancer de l'œsophage représente en fréquence le troisième des cancers digestifs, après le cancer colorectal et le cancer gastrique [1]. Il est responsable de 3,9 % des décès par cancer. Son pronostic est sombre avec une survie médiane de 8 à 9 mois et une survie globale à 5 ans de l'ordre de 3 à 6 % [2, 3]. La chirurgie reste le principal traitement à visée curative et les progrès de la radio-chimiothérapie en font une alternative efficace si le patient est inopérable. Par ailleurs, différentes études de phase II ont montré l'efficacité antitumorale de la radio-chimiothérapie délivrée en préopératoire, avec le plus souvent 15 à 25 % des pièces opératoires stérilisées [4]. Parmi les deux grandes études de phase III publiées ayant évalué une radio-chimiothérapie préopératoire, l'une est positive sur la survie pour les adénocarcinomes [5], l'autre est négative pour les carcinomes épidermoïdes [6], mais essentiellement du fait d'une surmortalité postopératoire. Le traitement des cancers de l'œsophage est donc en train de se diversifier avec plusieurs options possibles. Cela rend d'autant plus important d'une part l'obtention d'une classification en stades la plus précise possible avant de prendre la décision thérapeutique et, d'autre part, l'évaluation optimale de la réponse tumorale sous un traitement de radio-chimiothérapie.

L'utilisation de marqueurs tumoraux sériques suffisamment sensibles et spécifiques pourrait apporter une aide à la classification, à la stratégie thérapeutique et au suivi de ces cancers, comme cela peut être le cas dans d'autres localisations tumorales. Cependant, il n'existe actuellement aucun marqueur biologique suffisamment fiable pour être utilisé en pratique courante dans les cancers de l'œsophage, en dehors éventuellement du squamous cell carcinoma (SCC TA-4) pour les carcinomes épidermoïdes dont il est un marqueur non spécifique. Il apparaît peu sensible dans les CEO [7], mais reste jusqu'à présent le seul utilisable. La cytokératine 19, exprimée par les carcinomes épidermoïdes, peut être dosée par un essai immuno-radiométrique ; le fragment reconnu par cet essai est appelé le Cyfra 21-1. Le Cyfra 21-1 a montré son intérêt essentiellement dans les carcinomes épidermoïdes bronchiques et c'est la présence de cytokératine 19 dans les tissus des CEO [8], qui a attiré l'attention sur l'intérêt de son dosage dans ce type de cancers.

L'objectif de cette étude est donc de comparer la sensibilité et la spécificité du marqueur Cyfra 21-1 à celles du SCC, de l'ACE (antigène carcino-embryonnaire) et du CA19-9, en fonction du stade initial TNM avant tout traitement dans les cancers épidermoïdes de l'œsophage, avant une éventuelle utilisation dans le suivi sous traitement de ces tumeurs.

Résultats

Caractéristiques de la population

L'âge moyen est de 61 ans ± 10 ; le sex ratio est de 9 avec 10 % de femmes. Les tumeurs siègent le plus souvent au niveau du tiers inférieur et du tiers moyen de l'œsophage (82 %). Dix-sept malades étaient classés en stades T1 (23 %), 40 en T2 (53 %) et 8 en T3 (11 %) selon la classification de l'IUCC 1978. Le stade T n'a pas été déterminé chez 11 malades, chez l'un pour insuffisance de données et chez dix autres car ils avaient des métastases (M1). Un quart des patients sont de stade T3 ou M1 (24 %). Trente-sept ont pu bénéficier d'une chirurgie, 6 d'emblée et 31 après radio-chimiothérapie, dont 5 ont été palliatives. Les autres ont été traités par radio-chimiothérapie exclusive (29 patients), radiothérapie exclusive (3 patients), chimiothérapie (3 patients dont 2 exclusives et 1 suivi de radiothérapie). Quatre patients n'ont eu aucun de ces traitements. La radiothérapie consistait en un traitement de 40 Gy sur un mode continu (5 semaines). La chimiothérapie était l'association de 5-fluoro-uracile, elvorine et cisplatine.

Sensibilités et spécificités des différents marqueurs

Le tableau I montre la répartition des quatre marqueurs étudiés pour le seuil de normalité donné par le laboratoire. Pour l'ensemble des CEO, les marqueurs SCC et Cyfra 21-1 étaient supérieurs ou égaux dans 33 % et 26 % des cas respectivement. Les marqueurs ACE et CA19-9 n'étaient supérieurs à la normale que dans 4 % des cas. Ces derniers n'ont pas été étudiés par la suite.

* Cyfra 21-1. Le Cyfra 21-1, au seuil de 3,6 ng/ml, est significativement plus élevé pour les stades avancés T3/M1 avec une sensibilité de 44 % et une spécificité de 82 % (tableau II). Il n'était anormal que pour 18 % des patients classés T1/T2 (p = 0,037). Pour les patients ayant des métastases, il est élevé dans 50 % (5/10) des cas et chez seulement 20 % des patients n'ayant pas de métastases (13/66), la différence n'est pas significative (p = 0,079). Afin d'améliorer la sensibilité et la spécificité des différents stades, les résultats ont été analysés au seuil de positivité de 1,5 ng/ml au lieu de 3,6 ng/ml. À ce seuil, les valeurs de la sensibilité (taux de vrais positifs) augmentent à 72 % (CI95 % : 51 %-88 %, p = 0,048), mais la spécificité (taux de vrais négatifs) diminue à 53 % et est non significative (tableau II).

* SCC. Le SCC, au seuil de 1,5 ng/ml, est significativement plus élevé pour les stades avancés T3/M1 avec une sensibilité de 50 %, et une spécificité de 73 % (tableau II). Il n'était anormal que pour 27 % des patients de stades T1/T2 (p = 0,064). Pour les patients ayant des métastases, il est élevé dans 50 % (5/10) des cas, alors que les patients n'ayant pas de métastases avaient une valeur de SCC anormale dans 31 % des cas (20/65), mais la différence n'est pas significative (p = 0,198). Afin d'améliorer la sensibilité et la spécificité des différents stades, la norme de 0,75 ng/ml pour le SCC a été étudiée. À ce seuil, les valeurs de la sensibilité (taux de vrais positifs) augmentent à 72 % (CI95 % : 51 %-88 %, p = 0,048), mais la spécificité (taux de vrais négatifs) diminue à 47 % et est non significative (tableau II).

* Cyfra 21-1 et SCC. L'association des deux marqueurs (au moins un anormal) permet d'améliorer la sensibilité. En prenant comme normes 1,5 ng/ml pour le Cyfra 21-1 et 1,5 ng/ml pour le SCC, 16/18 patients classés T3 ou M1 avaient au moins un des deux marqueurs anormal avec une sensibilité de 89 % (CI95 % : 65 %-99 %, p < 0,0007) et 25 parmi les 56 patients classés T1 ou T2 avaient les deux marqueurs normaux (spécificité de 45 %). À ce seuil , les 10 patients ayant des métastases avaient tous au moins l'un des deux marqueurs élevé (sensibilité 100 %). En prenant la norme de 0,75 ng/ml pour le SCC, on augmente la sensibilité à 94 % (CI95 % : 73 %-99 %, p < 0,0001), mais on perd en spécificité avec une valeur de seulement 29 %.

Survie

Le suivi médian est de 22 mois. Le taux de survie est estimé à 44 % à 1 an est à 21 % à 2 ans avec une médiane de 10 mois. Au moment de l'analyse, 55 patients sont décédés. Le tableau III montre l'analyse de la survie univariée et multivariée en fonction du stade et des quatre marqueurs étudiés. En analyse univarié, seuls le stade et le Cyfra 21-1 étaient significatifs. En analyse multivariée, le Cyfra 21-1 au seuil de normalité de 1,5 ng/ml reste significatif, ajusté sur le stade (p = 0,014). Les courbes de survie pour la combinaison de ces deux facteurs sont présentées en figure 1 avec des taux de survie estimés à 59 %, 39 % et 29 % à 1 an pour les patients T1/T2/Cyfra 21-1 < N, T1/T2/Cyfra 21-1 >= N et T3/M1 respectivement. Les survies médianes sont respectivement de 13, 9 et 4 mois.

Discussion

Les cytokératines sont des filaments intermédiaires qui font partie du cytosquelette [9]. Il s'agit de tétramères de protofilaments dont la structure est une marque de l'origine tissulaire de la cellule. Leur expression est maintenue par les cellules qui ont effectué une transformation cancéreuse. La cytokératine 19, exprimée par les carcinomes épidermoïdes, peut être dosée par un essai immunoradiométrique. Le fragment reconnu par cet essai est appelé le Cyfra 21-1.

Cette étude présente la sensibilité, la spécificité et l'utilité clinique du marqueur du Cyfra 21-1 dans un groupe de malades atteints de CEO, comparées avec celles du SCC-TA 4.

Kato et Torigoe [10] ont, les premiers, développé le SCC, marqueur des carcinomes épidermoïdes. Ikeda et al. [11] ont démontré que 43 % des patients avec un CEO ont un taux de SCC élevé, corrélé avec le stade tumoral.

Le marqueur Cyfra 21-1 a été développé comme un marqueur des carcinomes bronchiques [12] où il a une sensibilité qui varie de 57 à 73 % [12-14] et une bonne corrélation avec l'extension et le stade tumoral. Son intérêt a aussi été suggéré dans les carcinomes épidermoïdes de la sphère ORL [15] et du col utérin (conjointement avec le SCC) [16].

Deux études [17, 18] ont rapporté l'intérêt du dosage du Cyfra 21-1 dans les CEO, et ont démontré une meilleure sensibilité de ce marqueur comparée à celle du SCC. Dans l'étude de Yamamoto [18], la norme de 3,6 ng/ml pour le Cyfra 21-1 a été utilisée pour obtenir une sensibilité de 48 %, alors que l'étude de Quillien [17] a utilisé un seuil de 1,4 ng/ml et a obtenu une sensibilité de 42 %. Dans notre étude, en prenant la norme de 3,6 ng/ml du Cyfra 21-1, des valeurs élevées ont été observées dans seulement 26 % des cas. En revanche, la norme à 1,4 ng/ml était dépassée pour 54 % des patients. En ce qui concerne le SCC, les sensibilités sont de 25 % et 37 % respectivement pour les deux études [17, 18]. Nos résultats sont intermédiaires avec une sensibilité de 33 % pour le SCC. Ils rejoignent ceux de Yamatomato et al. [18] et ils démontrent également que l'association du dosage des deux marqueurs apporte un bénéfice, l'un ou l'autre de ces deux marqueurs étant supérieur ou égal à la normale chez 64 % des patients. De plus, la sensibilité de la combinaison est de 89 % pour les stades avancés T3/M1 et de 100 % pour uniquement les malades métastatiques.

Au total, nos résultats confirment que le Cyfra 21-1 constitue le deuxième marqueur potentiellement utile dans les CEO avec le SCC. Dans cette pathologie, son seuil de normalité doit être ramené à 1,5 ng/ml car il constitue le meilleur rapport sensibilité/spécificité et permet d'en faire un marqueur pronostique de la survie indépendant du stade tumoral. Enfin, l'association du SCC et du Cyfra 21-1 est tout à fait complémentaire et permet de très bien différencier les stades avancés (T3/N1 ou stades III-IV) de stades plus localisés (T1/T2 ou stade I + II). Une étude complémentaire chez des patients atteints d'un CEO et opérés d'emblée permet de préciser la relation entre le taux de ces marqueurs et le stade pTNM. Si cette relation était confirmée, une aide à la stadification préthérapeutique pourrait être envisagée en complément de l'écho-endoscopie et du scanner qui sont encore en défaut dans 20 à 30 % des cas. Par ailleurs, une relation claire entre le taux de ces deux marqueurs et le volume tumoral des CEO pourrait permettre d'envisager leur utilisation dans le suivi thérapeutique, notamment pour apprécier la réponse tumorale à la radiochimiothérapie, laquelle est rarement évaluable selon les critères de réponse tumorale de l'OMS. Des études ultérieures devront donc valider l'intérêt de ces deux marqueurs dans le suivi thérapeutique des patients atteints de CEO.

Patients et méthodes

Patients

Les marqueurs Cyfra 21-1, SCC, ACE et CA19-9 ont été déterminés de manière rétrospective avant tout traitement dans le sérum de 76 malades consécutifs traités au CRLC Val d'Aurelle-Paul Lamarque de Montpellier entre 1992 et 1996 pour un carcinome épidermoïde de l'œsophage. Les patients ayant une double localisation néoplasique (œsophage et ORL) étaient exclus de l'étude. Le suivi médian est de 22 mois au moment de l'analyse.

Le bilan préthérapeutique incluait un examen clinique, un bilan biologique, des radiographies standard, un scanner thoraco-abdominal et une bronchoscopie complétée par un examen ORL ; l'échoendoscopie n'était réalisée que chez peu de patients pendant cette période. Tous les patients étaient classés selon la classification de l'IUCC 1978 qui distingue des tumeurs T1 (< 5 cm en hauteur non circonférentielle), T2 (tumeur >= 5 cm ou circonférentielle) et T3 pour les tumeurs comportant une atteinte extra-œsophagienne. Elles étaient classées M0 ou M1 selon la présence ou non de métastases.

En l'absence de pièces opératoires disponibles chez tous les patients et d'échoendoscopie systématique, le statut ganglionnaire (N) était considéré comme inconnu avant traitement.

Dosages

Le marqueur ACE était déterminé par la méthode crypton, le seuil de différenciation étant de 10 ng/ml. Le sérum avait été recueilli avant toute thérapeutique.

Les marqueurs Cyfra 21-1, SCC et CA19-9 étaient déterminés par essai immunoradiométrique. Les seuils de discrimination (normes données par le laboratoire) étaient respectivement de 3,6 ng/ml, 1,5 ng/ml et 60 ng/ml. La norme de 3,6 ng/ml pour le Cyfra 21-1 a été établie pour des cancers bronchiques mais n'est pas automatiquement applicable à d'autres localisations cancéreuses. Aussi, d'autres seuils ont été étudiés pour ce marqueur, notamment le seuil de 1,5 ng/ml, qui a permis d'obtenir une spécificité de 95 % pour les CEO par rapport à une population témoin [17]. Nous avons donc analysé les performances du Cyfra 21-1 à ce seuil. Dans la suite, on considère qu'une valeur supérieure ou égale à la normale est une valeur anormale.

Statistiques

Les marqueurs ont été évalués pour leur sensibilité et leur spécificité dans la différenciation des stades T3/M1 versus T1/T2 par la méthodologie des courbes ROC généralisées [19]. Cette méthodologie cherche la meilleure combinaison linéaire des marqueurs qui rend l'aire sous la courbe maximale. Le choix du seuil dépend des valeurs recherchées pour la sensibilité et la spécificité. La sensibilité, ou taux de vrais positifs, correspond au pourcentage de patients T3/M1 qui ont des valeurs anormales d'un marqueur ou d'une combinaison de marqueurs. La spécificité, ou taux de vrais négatifs, correspond au pourcentage de patients T1/T2 qui ont des valeurs normales d'un marqueur. Le test de Fisher en situation unilatérale a été utilisé pour comparer les taux de marqueurs élevés dans chacune des deux populations. Les intervalles de confiance à 95 % (CI95 %) pour la sensibilité et la spécificité ont été calculés par la distribution binomiale. La signification statistique de chaque pourcentage a été comparée par rapport à la valeur de 0,50.

Article reçu le 18 décembre 2000, accepté le 25 juin 2001.

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