ARTICLE
Le médecin, lecteur par devoir de périodiques anglo-saxons,
a appris le 9 septembre 2001 la naissance d'une Charte des rédacteurs
et il s'en est réjoui. Ainsi, pour juger de la qualité d'une
information devenue pléthorique, il disposera, non seulement de
la garantie scientifique qu'impose une méthodologie rigoureuse
- de complexité croissante - des essais cliniques, mais
aussi d'un certificat d'honnêteté dans la diffusion des résultats.
Si, de plus, il participe lui-même à des essais cliniques,
sa signature sera lavée de tout soupçon scientifique ou
éthique.
Le public, lecteur par curiosité des mêmes périodiques,
éprouvera sans doute des sentiments partagés. Malade en
puissance et destinataire éventuel des « nouvelles molécules
», il sera satisfait de ces promesses de vérité et
de transparence. Mais déjà transparaît une inquiétude
et s'insinue un doute. Comme la Charte des malades hospitalisés,
cette nouvelle Charte traduirait-elle la nécessité de prévenir
quelques dérives et, plus grave, exprimerait-elle la reconnaissance
officielle que des « égarements » se sont déjà
produits ?
À l'évidence, des dérives sont possibles, de la
conception des essais thérapeutiques et du choix des méthodes
d'analyse jusqu'à la présentation - ou non - des
résultats et leurs interprétations. Sous le stéréotype
idéalisé du clinicien dont le seul objectif est la mise
à disposition pour le malade d'un médicament plus efficace
et mieux toléré, se cachent parfois les intérêts
personnels de l'expérimentateur et les exigences de rentabilité
de l'industrie pharmaceutique. Leur collusion risquerait d'occulter l'intérêt
du malade et de peser sur le coût des soins.
L'oncologue médical n'a pas manqué de relever l'absence,
pour le moment, de périodique cancérologique parmi les signataires
de la Charte. Mais la recherche cancérologique n'est pas à
l'abri du danger. L'affaire Bezwoda [1] en constitue un exemple parmi
d'autres.
Les rédacteurs et les membres du comité de rédaction
du Bulletin du Cancer partagent l'obligation de fournir à
leurs lecteurs une information scientifiquement exacte et conforme aux
exigences de l'éthique. Depuis plusieurs années déjà,
les auteurs d'articles généraux ou de synthèse doivent
informer le comité de rédaction d'un éventuel conflit
d'intérêt. Une nouvelle étape vers plus de transparence
sera franchie en souscrivant à la Charte des rédacteurs.
À partir de janvier 2002, il sera également demandé
aux auteurs une déclaration d'entière responsabilité
dans la conduite de l'essai clinique, de leur droit d'accès à
l'ensemble des données et de leur contrôle dans la décision
de publier.
L'information médicale, quels qu'en soient les destinataires,
se doit d'être « exacte, précise, indépendante
» [2]. Le Bulletin du Cancer a toujours eu le souci de la
rigueur scientifique des articles qui lui sont soumis et qu'il accepte
de publier sur avis de lecteurs anonymes. Il souscrit totalement aux exigences
éthiques modernes et souhaite développer ainsi la responsabilité
médico-économique des oncologues francophones.
Références
1. Armand JP. L'affaire Bezwoda. Bull Cancer 2000 ; 87
: 363-4.
2. Hoerni B. Information du grand public en cancérologie
: aspects éthiques et déontologiques. Bull Cancer
2001 ; 88 : 415-8.
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