ARTICLE
Si l'utilisation de dispositifs veineux implantables (DVI) n'est pas
discutable, leur implantation peut être réalisée soit
par le chirurgien, soit par le radiologue interventionnel sous fluoroscopie
[1-5]. Nous exposons notre expérience concernant une série
prospective de 200 patients traités au centre Antoine-Lacassagne,
dans le service d'imagerie médicale.
Résultats
Le sex-ratio hommes/femmes était de 112/88, la latéralisation
droitier/gaucher de 180/20, la moyenne d'âge de 59,64 ans (25-86).
L'indice de performance (PS) variait de 0 à 3 : 0 (n = 75), 1 (n
= 101), 2 (n = 20), 3 (n = 4). La répartition des différents
cancers était la suivante : voies aéro-digestives supérieures
(n = 60), mammaires (n = 52), urologiques (n = 25), bronchiques (n = 14),
gynécologiques (n = 10), digestifs (n = 9), autres (n = 30). Le
stade AJCC des différentes tumeurs se répartissait comme
suit : stade I (n = 6), stade II (n = 37), stade III (n = 64), stade IV
(n = 93). Parmi ces patients, 6,5 % avaient bénéficié
préalablement d'un DVI radiologique (voie brachiale), 6 % d'une
mise en place chirurgicale et 7,5 % d'un cathéter brachial ; 18
% présentaient des antécédents de chimiothérapie,
13 % une irradiation externe sur le trajet d'implantation du DVI et 15
% un acte chirurgical dans la zone d'implantation. Aucun patient ne présentait
de troubles de la coagulation (plaquettes > 100 000, TP > 60 %,
TCA non élevé), ou de neutropénie dans les 24 heures
précédant l'implantation percutanée. Aucune antibioprophylaxie
n'a été réalisée. Seuls 3,5 % des patients
bénéficiaient d'un traitement anticoagulant dont l'arrêt
temporaire et la reprise se sont effectués selon l'usage requis.
Les indications de mise en place étaient une chimiothérapie
intraveineuse dans 94,5 % des cas, un acte de réanimation dans
4 % des cas (maintien des fonctions vitales, transfusion) et une nutrition
parentérale dans 1,5 %.
La mise en place a été réalisée en salle
de radiologie interventionnelle, dans le cadre de l'hospitalisation de
jour (47,5 %), en hospitalisation traditionnelle ou de semaine (52,5 %).
La durée moyenne de mise en place était de 37 minutes (13-120)
; le DVI a été placé à gauche dans 146 cas
(73 %) et à droite dans 46 cas. Les difficultés techniques
immédiates ont été rencontrées dans 7,5 %
des cas : hématome (n = 5), spasme veineux (n = 5), fissuration
du boîtier (n = 2), thrombose veineuse (n = 2), migration du cathéter
(n = 1). Elles ont conduit à un taux d'échecs techniques
de 4 %. La durée moyenne d'implantation était de 180 jours
(médiane = 139 jours, extrêmes = 4-671 jours), et la durée
cumulée de 35 221 jours. Chez 76 patients (38,8 %), le DVI a été
enlevé pour fin de traitement bien conduit (n = 55), pour complication
(n = 18), pour gêne fonctionnelle (n = 2) ou pour contre-indication
à la chimiothérapie IV (n = 1) ; 54 patients (27,5 %) porteurs
de DVI fonctionnel sont décédés. Au 28 février
2000, date de fin d'étude, 66 patients (33,7 %) avaient leur DVI
toujours en place. La durée moyenne d'utilisation du DVI était
de 9,95 jours (extrêmes = 1-100) ; l'utilisation était essentiellement
liée à la chimiothérapie anticancéreuse (94,85
%), rarement à la nutrition parentérale, à la transfusion
ou à la réanimation médicale (5,15 %).
Le taux de complications spécifiques, rencontrées et enregistrées
prospectivement dans le fichier informatique, a été de 13,3
% (n = 26/196), soit 0,74 pour 1 000 patients-jour. Leur délai
moyen d'apparition a été de 74,9 jours (7-438 ; médiane
: 29). Les complications sont de trois types : infectieuses, vasculaires
et mécaniques.
On déplore 6 cas d'infections fébriles
du cathéter (hémocultures positives concordant avec le prélèvement
de la chambre) dont le délai d'apparition moyen était de
73,1 jours (extrêmes = 28-237), conduisant à l'ablation du
DVI dans 4 cas après échec du « verrou antibiotique
». Dans un cas, le syndrome septicémique est survenu dans
le cadre d'une neutropénie fébrile lors du nadir de la chimiothérapie,
entraînant le décès du patient. Deux cas d'infection
cutanée ou sous-cutanée non fébrile et un cas d'infection
fébrile autour de la chambre ont nécessité l'ablation
du matériel implanté et la suspension temporaire de la cure
de chimiothérapie.
Les complications vasculaires ont un taux de 0,11 pour 1 000 patients-jour
d'implantation. Trois cas de thrombose veineuse axillo-sous-clavière
documentée par échographie-doppler sont relatés à
J7, J26 et J153, sans incidence sur la chimiothérapie. Un patient
a bénéficié d'un retrait prématuré
du DVI (avant tout traitement anticoagulant), les deux autres ont bénéficié
avec succès d'un traitement par héparine de bas poids moléculaire.
L'hématome symptomatique est survenu dans un cas, à 15
jours d'une implantation difficile, nécessitant son évacuation
chirurgicale, le retrait du DVI et la mise en place d'une nouvelle voie
veineuse centrale.
Les complications mécaniques comprennent des cas de fissuration,
obstruction, retournement et fracture-migration du DVI. Quatre cas de
fissuration du boîtier ou du cathéter à proximité
du raccord cathéter-boîtier ont imposé le retrait
respectivement à J17, J23, J35 et J78. On déplore également
2 cas d'obstruction du cathéter à J8 et J361 (un succès
de reperméabilisation lié au protocole urokinase, une suspension
de traitement), 4 cas de déhiscence de suture à J14, J46,
J134 et J438 (ablation nécessaire dans 3 cas et suture cutanée
dans 1 cas), 2 cas de retournement de chambre à J10 et J21 (imposant
un repositionnement) et 2 cas de fracture avec embolie du cathéter
à J17 et J79. Chez ces deux derniers patients, la technique percutanée
du « lasso » fémoral fut réalisée avec
succès en salle de radiologie vasculaire, permettant de récupérer
sans complication le cathéter migré dans la veine hépatique
droite et l'oreillette droite.
Concernant la qualité de vie, le score moyen de l'EVA1 est de
82,7/100 (30-100), le score minimal de 30/100 ayant été
donné par la patiente présentant une gêne brachiale
à l'endormissement. Le score moyen de l'EVA2 est de 96,1/100 (70-100).
Les principales doléances recueillies concernent essentiellement
la sensation transitoire de « corps étranger » perçue
pendant la période de cicatrisation, des paresthésies brachiales
gênant l'endormissement ou ressenties lors du port de charges (EVA1),
la mobilité trop grande du boîtier implanté par rapport
au plan profond, la gêne à l'accès (nécessité
de déshabillage brachial), l'inconfort de position lors de la chimio-infusion
(abduction-rotation externe du bras infusé). L'avantage essentiel
du DVI radiologique, ressortant de l'interrogatoire du patient de sexe
féminin, est l'absence de cicatrice du décolleté.
Discussion
L'échec technique, rencontré dans 4 % des cas, est lié
soit à l'impossibilité de réalisation de la phlébographie
(réseau veineux superficiel non visible ou fragile), soit à
la fragilité excessive du réseau veineux brachial profond
engendrant un hématome lors de la ponction et l'impossibilité
du cathétérisme veineux, soit encore à la survenue
imprévisible d'un spasme veineux. Le DVI a alors été
implanté dans un second temps par dénudation chirurgicale
de la veine céphalique ou par voie brachiale controlatérale.
L'étude attentive du capital veineux superficiel du membre supérieur
et la notion de fragilité veineuse sont ainsi les deux éléments
capitaux à prendre en compte lors de l'examen clinique initial.
Toute ponction veineuse infructueuse engendrant l'apparition d'une flaque
radio-opaque de produit de contraste, il nous est apparu nécessaire
de surseoir à la procédure après trois tentatives.
Un seul hématome parmi les cinq cas de notre étude a empêché
l'implantation satisfaisante du DVI brachial, le produit de contraste
radio-opaque « noyant » littéralement la zone de la nouvelle
ponction théorique sous scopie. L'expérience de l'opérateur
influe sur la qualité de la ponction (rechercher la dépression
cupuliforme de la paroi veineuse et non la transfixion) et du cathétérisme
veineux (prudent et lent après ablation du garrot), les principaux
échecs de notre étude étant survenus au cours des
cent premiers gestes. Enfin, rappelons l'intérêt de l'échographie
qui repère les axes veineux, évite la ponction artérielle
accidentelle mais majore théoriquement le risque infectieux [6].
Le taux de complications est sensiblement identique entre les séries
radiologiques et chirurgicales. Le taux de thromboses veineuses varie
de 0-0,54/1 000 patients-jour (radiologie) versus 0,04 à
0,3/1 000 patients-jour (chirurgie), et le taux de complications infectieuses
est de 0,07-0,78/1 000 patients-jour (radiologie) versus 0,17-0,52/1
000 patients-jour (chirurgie) [7-14].
Les normes d'asepsie des salles de radiologie interventionnelle se rapprochant
désormais de celles du bloc opératoire, nous ne déplorons
pas plus de cas de sepsis que les séries chirurgicales, ce qui
est en accord avec Nouwen et al. [15]. Nous n'avons pas réalisé
d'antibioprophylaxie IV systématique lors de la mise en place du
DVI car celle-ci n'entraîne pas de réduction sensible du
taux de sepsis [16, 17]. Seule la séropositivité au VIH
influerait sur l'incidence des infections du DVI, mais sa recherche n'a
pas été effectuée de façon systématique.
La neutropénie majorant nettement le risque infectieux, le geste
interventionnel brachial percutané a toujours été
effectué à distance du nadir, en règle juste avant
la première cure de chimiothérapie neutropéniante,
le DVI étant perfusé le jour même en salle de radiologie.
L'infection superficielle locale a été en règle correctement
traitée par des soins locaux et une antibiothérapie systémique
éventuelle [18]. En revanche, un syndrome septicémique a
imposé l'antibiothérapie systémique et l'ablation
du DVI dans quatre cas. L'antibiothérapie à large spectre
vise, en ce cas, principalement le staphylocoque sensible à la
méthicilline, et est adaptée secondairement à l'antibiogramme
[19]. Elle est élargie au Pseudomonas et aux germes à
Gram négatif en cas d'aplasie [20].
En cas d'infection locale prouvée du DVI, le « verrou antibiotique
» s'avère efficace dans 90 % des cas ; il consiste à
laisser la lumière du cathéter et du boîtier au contact
d'un antibiotique à haute concentration (vancomycine 10 mg/5 mL),
cent fois supérieure à la concentration minimale inhibitrice,
plusieurs heures par jour pendant 10 à 15 jours [21]. L'ablation
d'emblée du DVI est formelle en cas de thrombophlébite suppurée,
de choc septique ou d'inutilité de la voie veineuse centrale. L'ablation
secondaire du DVI est imposée par l'absence d'amélioration
clinique ou la réapparition d'hémocultures positives sous
48 heures de traitement [22]. Ainsi, 50 à 90 % des infections sont-elles
contrôlées sous traitement sans ablation du matériel
[23, 24].
Le taux de thromboses veineuses représente 1,53 % des cas étudiés
et ne concerne que des thromboses symptomatiques cliniquement. Il reste
inférieur à celui publié dans les diverses séries
de la littérature chirurgicale [11, 12] ou radiologique [8, 25-27],
mais rejoint celui d'une étude échographique récente
[28]. Cette dernière rapporte un taux de 11,7 % de thromboses échographiques,
dont 2,7 % seraient symptomatiques. On reconnaît des facteurs biologiques
pro-coagulants [29], liés à la néoplasie sous-jacente,
à l'effet latéral indésirable de certaines chimiothérapies
thrombogènes [30-32] ou à des troubles de la coagulation
(thrombocytose, hyperfibrinémie, déficit en facteur XI).
La stase veineuse est due à la réduction de l'activité
physique (indice de performance), à l'alitement prolongé
ou à la compression veineuse centrale cave supérieure (adénopathies
médiastinales, carcinome hilaire bronchique droit) ou sous-clavière
(adénopathies métastatiques). Si le mauvais positionnement
du cathéter central est thrombogène (28,6 % de thrombose
dans le tronc veineux innominé gauche versus 3 % à
droite [33]), sa longueur ne paraît pas influer, aucune thrombose
humérale ou basilique n'ayant été recensée
à ce jour.
Si la thrombophlébite suppurée
nécessite l'ablation immédiate du matériel implanté,
la thrombose non compliquée reste en règle sensible à
l'héparinothérapie malgré la persistance du cathéter
veineux. Ainsi, l'indication de retrait systématique du DVI nous
apparaît-elle abusive, d'autant que le risque d'embolie cruorique
existe alors par mobilisation du caillot lors du retrait.
L'hématome symptomatique reste exceptionnel (deux cas au début
de notre étude, en rapport avec une ponction veineuse difficile)
et est relaté dans la littérature dans les cas d'angulation
anormale, à 45 degrés, du cathéter par rapport à
l'axe veineux [34].
Nous déplorons deux cas d'obstruction du cathéter, celle-ci
étant aussi fréquente que la thrombose veineuse. L'extravasation
de produits de chimiothérapie en est la complication potentielle
la plus dangereuse, imposant parfois la lipoaspiration chirurgicale en
urgence [35, 36]. Les facteurs prédisposants sont liés au
type de DVI (calibre, matériau, présence d'une valve anti-reflux
à l'extrémité du cathéter), à la présence
d'une thrombose veineuse autour du cathéter, au mauvais positionnement
de celui-ci [33], à la nature des produits injectés [30].
La désunion du cathéter, observée dans deux cas
de notre étude, aboutit à sa migration dans les cavités
cardiaques droites, une veine hépatique ou encore l'artère
pulmonaire, complication parfois mortelle [9, 37]. Cette incidence élevée
et inhabituelle de fracture en cas d'implantation brachiale, trouve pour
seule explication, à nos yeux, une erreur de l'opérateur
: la connexion manuelle insuffisante par clip du cathéter à
la chambre en cours d'implantation, alors que l'écrasement insidieux
et progressif du cathéter par la pince costo-claviculaire explique
le classique pinch off syndrome de l'abord sous-clavier [37]. La
fracture du cathéter, facilitée par une surpression d'injection
dans la chambre, sera prévenue par l'utilisation systématique
de seringues de volume supérieur à 10 cc. Le risque potentiel
de nécrose des tissus mous voisins lié à la fracture
ou à la fissuration du cathéter ou de la chambre impose
une injection-test systématique de 10 cc de sérum physiologique
avant de débuter toute chimio-infusion [38].
Dans notre expérience, la désunion de cicatrice demeure
relativement fréquente (2 %). Les voies d'amélioration à
prévoir sont les suivantes : positionner la chambre sous-cutanée
suffisamment à distance de la cicatrice, à la face interne
du muscle biceps brachial (absence de tension excessive), la fixer au
plan sous-cutané et réaliser un surjet sous-dermique à
la suture cutanée, prévenir la surinfection cutanée
par une asepsie suffisante et adaptée lors de la ponction itérative
du DVI, éviter le port de charges lourdes jusqu'au quinzième
jour (date d'ablation des points de suture).
L'évaluation de la qualité de vie n'a intéressé
qu'un nombre restreint de patients (29 %), lors du retrait, en l'absence
de toute complication, et est en ce sens critiquable. De plus, l'interrogatoire,
effectué par une personne soignante, a pu influencer la réponse
du patient. Il apparaît néanmoins que l'acceptation du DVI
brachial est excellente, tant pour la vie quotidienne que pour l'utilisation
pratique de la chimio-infusion.
La mise en place des DVI en France a avant tout été effectuée
par les chirurgiens et les anesthésistes, les chirurgiens ayant
été les pionniers en la matière, au cours des années
1980 [39]. La technique la plus utilisée est l'abord de la veine
sous-clavière par ponction percutanée, puis l'abord de la
veine jugulaire interne (ponction ou dénudation), la dénudation
chirurgicale de la crosse de la veine céphalique dans le sillon
delto-pectoral [40], enfin, exceptionnellement, l'abord fémoral
en raison du risque septique plus élevé [41].
Le taux de complications étant sensiblement identique, notre
expérience nous conduit à sélectionner pour la chirurgie
les patients sans veine périphérique décelable (phlébographie
non réalisable) et les échecs de la technique radiologique.
Le spasme veineux et les veines dites « roulantes » ne sont
en général diagnostiquées que lors de la tentative
de ponction radiologique, mais ils constituent incontestablement une indication
préférentielle de l'abord chirurgical sous-clavier. En revanche,
en cas d'antécédents de thrombose veineuse cervicale ou
du membre supérieur, la réalisation d'une phlébographie
simultanée permet au radiologue de choisir la veine perméable,
voire de cathétériser une thrombose veineuse récente
sous scopie à l'aide de guides hydrophiles, avantage déterminant
de la technique radiologique interventionnelle en cas d'accès veineux
restreint [42].
Les erreurs de positionnement du cathéter sont fréquentes
dans les « techniques à l'aveugle », leur taux variant
de 2,5 à 30 % [43]. Le contrôle radiologique systématique
permet en effet de contrôler et de corriger les trajets anormaux
du DVI et/ou du cathéter (jugulaire interne homolatéral,
controlatéral ou azygos en cas de compression médiastinale,
mammaire interne, veine cave supérieure gauche...). En fin de procédure,
le contrôle d'étanchéité du système
(connexion chambre-cathéter) est effectué sous scopie, par
injection de produit de contraste radio-opaque dans l'aiguille de Huber
implantée.
Enfin, l'imagerie interventionnelle permet de récupérer,
sans incision cutanée notable, le fragment migré du cathéter
par des techniques percutanées de lasso introduit par voie fémorale
avec un taux de succès avoisinant les 100 %, ou encore de repositionner
un cathéter en boucle [44].
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Patientes et méthodes
D'avril 1998 à février 2000, 200 patients porteurs
d'un cancer et devant être traités pour chimiothérapie,
ont fait l'objet d'un enregistrement prospectif, après recueil
du consentement éclairé. Tous ces patients ont bénéficié
de la tentative de mise en place d'un dispositif veineux implantable
(DVI) brachial sous contrôle fluoroscopique. Le DVI utilisé
dans notre étude était le R Port Premier (Laboratoires
Boston Scientific SA, La Garenne-Colombes, France), mesurant 12,7
mm de grand axe, le cathéter mesurant 1,8 mm de calibre (1
mm de diamètre interne). La chambre implantée à
la face interne du bras non dominant, trois travers de doigt au-dessus
de l'épitrochlée, est reliée à un cathéter
en silicone radio-opaque. Un système de verrouillage assure
l'étanchéité parfaite entre boîtier et
cathéter veineux, laquelle est systématiquement testée
lors de l'implantation percutanée. La chambre (ou boîtier)
d'injection est fermée par un septum en silicone auto-obstructif.
Tous les matériaux sont biocompatibles et peuvent être
utilisés avec pratiquement toutes les solutions injectables.
Une valve située entre la chambre et le cathéter prévient
tout reflux éventuel de sang du cathéter vers le boîtier.
L'utilisation du DVI s'effectuait toujours de façon rigoureuse
: asepsie locale du point de ponction, fixation manuelle de la base
de la chambre à l'aide de gants stériles, entre pouce
et index, insertion de l'aiguille de Huber (aiguille comportant
un biseau spécifique n'engendrant pas de defect du
septum de ponction) perpendiculairement à la peau, retrait
de celle-ci de 1 mm après qu'elle a buté contre le
fond de la chambre, aspiration de sang, test d'infusion de 10 cc
de sérum salé isotonique, puis infusion de la chimiothérapie.
En cas de difficulté de ponction, d'aspiration et/ou d'infusion,
le patient était adressé au service de radiologie
pour contrôle sous scopie avec injection au produit de contraste.
La procédure d'implantation a toujours été
effectuée en salle de radiologie interventionnelle, sous
contrôle phlébographique. Le choix du côté
du site d'implantation était guidé en premier lieu
par la pathologie (controlatéral au cancer du sein ou à
la zone cervico-thoracique irradiée), et en second lieu par
la latéralisation du patient (le côté droit
était choisi en cas de patient gaucher).
La procédure d'implantation s'effectuait dans l'ordre suivant
: 1) prémédication la veille et le matin (cétirizine
: 1 comprimé la veille, midi et soir, et 1 comprimé
le matin de l'intervention) ; 2) ponction d'une veine de la main
ou de l'avant-bras afin de réaliser la phlébographie
du membre supérieur ; 3) lavage chirurgical des mains et
habillage stérile ; 4) injection de 50 mL de produit de contraste
non ionique iso-osmolaire (iodixanol, Laboratoires Amersham Health
SA, Paris) dilué aux deux-tiers, après mise en place
d'un garrot axillaire homolatéral ; 5) anesthésie
locale du point de ponction basilique et de l'emplacement de la
chambre (40 mL de lidocaïne) ; 6) ponction de la veine basilique
sous repérage phlébographique à l'aide d'une
aiguille de 22 gauges, et retrait de son mandrin qui permet l'introduction
d'un guide téflonné de 0,45 mm x 60 cm après
libération du garrot axillaire ; 7) mise en place d'un dilatateur
de 6 French (2 mm) le long de ce guide puis du cathéter veineux
dont l'extrémité distale va siéger à
la jonction (veine cave supérieure-oreillette droite), le
cathétérisme veineux s'effectuant sous fluoroscopie
; 8) l'extrémité proximale du cathéter est
ensuite raccordée à la chambre mise en place en amont,
dans le tissu celluleux sous-cutané préalablement
« disséqué » par la lidocaïne injectée,
puis par l'auriculaire de l'opérateur, à deux travers
de doigt du site de ponction veineuse ; 9) la fixation de la chambre
au fascia sous-cutané et la fermeture cutanée (surjet
sous-dermique) terminent la procédure, avant la vérification
ultime d'étanchéité du système au produit
de contraste (2 cc), sous fluoroscopie (figure).
Le patient reçoit une carte mentionnant son nom et son
adresse ainsi que le type de dispositif médical implanté
(avec numéro de commande et numéro de lot établissant
sa traçabilité), et les coordonnées du radiologue
interventionnel. Un carnet de suivi, inséré dans le
dossier médical, lui est adjoint, mentionnant les précautions
d'utilisation, ainsi que des fiches détaillées à
remplir par le médecin ou l'infirmière lors de chaque
utilisation. L'échec technique d'implantation radiologique
était défini, dans notre étude, comme l'impossibilité
de réaliser la phlébographie, la ponction ou le cathétérisme
veineux brachial après trois tentatives.
La qualité de vie a été évaluée
lors de l'ablation du DVI, par le médecin radiologue interventionnel
dans 55 cas, alors que 66 patients avaient encore leur DVI en place
et que 54 d'entre eux, porteurs du DVI, étaient décédés.
Elle a été évaluée selon une échelle
visuelle analogique (EVA), cotée respectivement par le patient
et l'utilisateur de 0 (insatisfaction totale) à 100 (satisfaction
maximale). L'EVA1 prenait en considération les aspects esthétique,
psychologique et pratique liés au matériel implanté
: cicatrice brachiale, sensation de « corps étranger
» difficile à supporter, sensation de gêne ou
de douleur lors du port de charges ou lors de l'endormissement.
L'EVA2 a considéré l'aspect purement fonctionnel et
le confort d'utilisation du DVI : facilité de repérage
et de ponction du boîtier, qualité de maintien de l'aiguille
en place lors de la chimio-infusion, facilité d'accès
au site de ponction. Les patients en cours de traitement (DVI non
retiré) et les retraits pour complication n'ont pas fait
l'objet de cette évaluation.
|
CONCLUSION La
technique de mise en place du DVI sous repérage phlébographique
constitue une alternative séduisante à la technique chirurgicale.
Ces deux techniques comportent peu de complications et d'échecs,
et apparaissent en fait complémentaires. Si le DVI chirurgical apparaît
plus stable à la ponction pour une infirmière peu expérimentée,
il laisse une cicatrice du décolleté parfois disgracieuse.
Le cancer de la femme jeune, l'insuffisant respiratoire sévère
(risque de pneumothorax), le patient au cou irradié, aux antécédents
thrombotiques cervicaux ou des membres supérieurs, l'obésité
et l'échec chirurgical constituent les indications de première
intention peu discutables de la technique d'implantation brachiale sous
repérage phlébographique.REFERENCES
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