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Brachial fluoroscopically guided implantation of venous port devices in oncology patients


Bulletin du Cancer. Volume 89, Number 7, 707-12, Juillet - Août 2002, Articles originaux


Résumé   Summary  

Author(s) : Pierre-Yves Marcy , Nicolas Magné , Cédric Bailet , Jean-Claude Gallard , Bruno Valenza , Maurice Schneider, François Demard, Franck Bentolila, Département de radiologie interventionnelle, centre Antoine-Lacassagne, 33, avenue de Valombrose, 06189 Nice Cedex 2..

Summary : Access to the central venous circulation for chemotherapy infusion has traditionally been achieved surgically via the subclavian or jugular routes. With ongoing improvements in technical management, alternative means of central venous access have been developed such as arm-port or forearm-port implantation under imaging guidance. Venous arm port devices implantation was attempted in 200 cancer patients under fluoroscopic guidance, after arm venography. The 4% failure rate was due to the inability to perform the arm venogram, venous spasm or presence of a large contrast medium hematoma (rolling vein). Median follow-up was 180 days (range 4-671) and the complication rate was 13.3% (0.7/1,000 patients-day). Twenty-six complications occurred and were due to venous thrombosis (n = 3), large brachial hematoma (n = 1), local (n = 7) and systemic sepsis (n = 1), skin dehiscence (n = 4), fissuration (n = 4), dislocation (n = 2), obstruction (n = 2), and twist of the port (n = 2), leading to a 8.5% removal rate. Main indications for arm port implantation may be breast cancer, previous arm or cervical venous thrombosis, morbid obesity, respiratory insufficiency, previous surgical failure and the irradiated neck.

Keywords : interventional radiology, oncology, arm port device, phlebography, central venous access, intra-venous chemotherapy.

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ARTICLE

Si l'utilisation de dispositifs veineux implantables (DVI) n'est pas discutable, leur implantation peut être réalisée soit par le chirurgien, soit par le radiologue interventionnel sous fluoroscopie [1-5]. Nous exposons notre expérience concernant une série prospective de 200 patients traités au centre Antoine-Lacassagne, dans le service d'imagerie médicale.

Résultats

Le sex-ratio hommes/femmes était de 112/88, la latéralisation droitier/gaucher de 180/20, la moyenne d'âge de 59,64 ans (25-86). L'indice de performance (PS) variait de 0 à 3 : 0 (n = 75), 1 (n = 101), 2 (n = 20), 3 (n = 4). La répartition des différents cancers était la suivante : voies aéro-digestives supérieures (n = 60), mammaires (n = 52), urologiques (n = 25), bronchiques (n = 14), gynécologiques (n = 10), digestifs (n = 9), autres (n = 30). Le stade AJCC des différentes tumeurs se répartissait comme suit : stade I (n = 6), stade II (n = 37), stade III (n = 64), stade IV (n = 93). Parmi ces patients, 6,5 % avaient bénéficié préalablement d'un DVI radiologique (voie brachiale), 6 % d'une mise en place chirurgicale et 7,5 % d'un cathéter brachial ; 18 % présentaient des antécédents de chimiothérapie, 13 % une irradiation externe sur le trajet d'implantation du DVI et 15 % un acte chirurgical dans la zone d'implantation. Aucun patient ne présentait de troubles de la coagulation (plaquettes > 100 000, TP > 60 %, TCA non élevé), ou de neutropénie dans les 24 heures précédant l'implantation percutanée. Aucune antibioprophylaxie n'a été réalisée. Seuls 3,5 % des patients bénéficiaient d'un traitement anticoagulant dont l'arrêt temporaire et la reprise se sont effectués selon l'usage requis. Les indications de mise en place étaient une chimiothérapie intraveineuse dans 94,5 % des cas, un acte de réanimation dans 4 % des cas (maintien des fonctions vitales, transfusion) et une nutrition parentérale dans 1,5 %.

La mise en place a été réalisée en salle de radiologie interventionnelle, dans le cadre de l'hospitalisation de jour (47,5 %), en hospitalisation traditionnelle ou de semaine (52,5 %). La durée moyenne de mise en place était de 37 minutes (13-120) ; le DVI a été placé à gauche dans 146 cas (73 %) et à droite dans 46 cas. Les difficultés techniques immédiates ont été rencontrées dans 7,5 % des cas : hématome (n = 5), spasme veineux (n = 5), fissuration du boîtier (n = 2), thrombose veineuse (n = 2), migration du cathéter (n = 1). Elles ont conduit à un taux d'échecs techniques de 4 %. La durée moyenne d'implantation était de 180 jours (médiane = 139 jours, extrêmes = 4-671 jours), et la durée cumulée de 35 221 jours. Chez 76 patients (38,8 %), le DVI a été enlevé pour fin de traitement bien conduit (n = 55), pour complication (n = 18), pour gêne fonctionnelle (n = 2) ou pour contre-indication à la chimiothérapie IV (n = 1) ; 54 patients (27,5 %) porteurs de DVI fonctionnel sont décédés. Au 28 février 2000, date de fin d'étude, 66 patients (33,7 %) avaient leur DVI toujours en place. La durée moyenne d'utilisation du DVI était de 9,95 jours (extrêmes = 1-100) ; l'utilisation était essentiellement liée à la chimiothérapie anticancéreuse (94,85 %), rarement à la nutrition parentérale, à la transfusion ou à la réanimation médicale (5,15 %).

Le taux de complications spécifiques, rencontrées et enregistrées prospectivement dans le fichier informatique, a été de 13,3 % (n = 26/196), soit 0,74 pour 1 000 patients-jour. Leur délai moyen d'apparition a été de 74,9 jours (7-438 ; médiane : 29). Les complications sont de trois types : infectieuses, vasculaires et mécaniques.

On déplore 6 cas d'infections fébriles du cathéter (hémocultures positives concordant avec le prélèvement de la chambre) dont le délai d'apparition moyen était de 73,1 jours (extrêmes = 28-237), conduisant à l'ablation du DVI dans 4 cas après échec du « verrou antibiotique ». Dans un cas, le syndrome septicémique est survenu dans le cadre d'une neutropénie fébrile lors du nadir de la chimiothérapie, entraînant le décès du patient. Deux cas d'infection cutanée ou sous-cutanée non fébrile et un cas d'infection fébrile autour de la chambre ont nécessité l'ablation du matériel implanté et la suspension temporaire de la cure de chimiothérapie.

Les complications vasculaires ont un taux de 0,11 pour 1 000 patients-jour d'implantation. Trois cas de thrombose veineuse axillo-sous-clavière documentée par échographie-doppler sont relatés à J7, J26 et J153, sans incidence sur la chimiothérapie. Un patient a bénéficié d'un retrait prématuré du DVI (avant tout traitement anticoagulant), les deux autres ont bénéficié avec succès d'un traitement par héparine de bas poids moléculaire.

L'hématome symptomatique est survenu dans un cas, à 15 jours d'une implantation difficile, nécessitant son évacuation chirurgicale, le retrait du DVI et la mise en place d'une nouvelle voie veineuse centrale.

Les complications mécaniques comprennent des cas de fissuration, obstruction, retournement et fracture-migration du DVI. Quatre cas de fissuration du boîtier ou du cathéter à proximité du raccord cathéter-boîtier ont imposé le retrait respectivement à J17, J23, J35 et J78. On déplore également 2 cas d'obstruction du cathéter à J8 et J361 (un succès de reperméabilisation lié au protocole urokinase, une suspension de traitement), 4 cas de déhiscence de suture à J14, J46, J134 et J438 (ablation nécessaire dans 3 cas et suture cutanée dans 1 cas), 2 cas de retournement de chambre à J10 et J21 (imposant un repositionnement) et 2 cas de fracture avec embolie du cathéter à J17 et J79. Chez ces deux derniers patients, la technique percutanée du « lasso » fémoral fut réalisée avec succès en salle de radiologie vasculaire, permettant de récupérer sans complication le cathéter migré dans la veine hépatique droite et l'oreillette droite.

Concernant la qualité de vie, le score moyen de l'EVA1 est de 82,7/100 (30-100), le score minimal de 30/100 ayant été donné par la patiente présentant une gêne brachiale à l'endormissement. Le score moyen de l'EVA2 est de 96,1/100 (70-100). Les principales doléances recueillies concernent essentiellement la sensation transitoire de « corps étranger » perçue pendant la période de cicatrisation, des paresthésies brachiales gênant l'endormissement ou ressenties lors du port de charges (EVA1), la mobilité trop grande du boîtier implanté par rapport au plan profond, la gêne à l'accès (nécessité de déshabillage brachial), l'inconfort de position lors de la chimio-infusion (abduction-rotation externe du bras infusé). L'avantage essentiel du DVI radiologique, ressortant de l'interrogatoire du patient de sexe féminin, est l'absence de cicatrice du décolleté.

Discussion

L'échec technique, rencontré dans 4 % des cas, est lié soit à l'impossibilité de réalisation de la phlébographie (réseau veineux superficiel non visible ou fragile), soit à la fragilité excessive du réseau veineux brachial profond engendrant un hématome lors de la ponction et l'impossibilité du cathétérisme veineux, soit encore à la survenue imprévisible d'un spasme veineux. Le DVI a alors été implanté dans un second temps par dénudation chirurgicale de la veine céphalique ou par voie brachiale controlatérale. L'étude attentive du capital veineux superficiel du membre supérieur et la notion de fragilité veineuse sont ainsi les deux éléments capitaux à prendre en compte lors de l'examen clinique initial. Toute ponction veineuse infructueuse engendrant l'apparition d'une flaque radio-opaque de produit de contraste, il nous est apparu nécessaire de surseoir à la procédure après trois tentatives. Un seul hématome parmi les cinq cas de notre étude a empêché l'implantation satisfaisante du DVI brachial, le produit de contraste radio-opaque « noyant » littéralement la zone de la nouvelle ponction théorique sous scopie. L'expérience de l'opérateur influe sur la qualité de la ponction (rechercher la dépression cupuliforme de la paroi veineuse et non la transfixion) et du cathétérisme veineux (prudent et lent après ablation du garrot), les principaux échecs de notre étude étant survenus au cours des cent premiers gestes. Enfin, rappelons l'intérêt de l'échographie qui repère les axes veineux, évite la ponction artérielle accidentelle mais majore théoriquement le risque infectieux [6].

Le taux de complications est sensiblement identique entre les séries radiologiques et chirurgicales. Le taux de thromboses veineuses varie de 0-0,54/1 000 patients-jour (radiologie) versus 0,04 à 0,3/1 000 patients-jour (chirurgie), et le taux de complications infectieuses est de 0,07-0,78/1 000 patients-jour (radiologie) versus 0,17-0,52/1 000 patients-jour (chirurgie) [7-14].

Les normes d'asepsie des salles de radiologie interventionnelle se rapprochant désormais de celles du bloc opératoire, nous ne déplorons pas plus de cas de sepsis que les séries chirurgicales, ce qui est en accord avec Nouwen et al. [15]. Nous n'avons pas réalisé d'antibioprophylaxie IV systématique lors de la mise en place du DVI car celle-ci n'entraîne pas de réduction sensible du taux de sepsis [16, 17]. Seule la séropositivité au VIH influerait sur l'incidence des infections du DVI, mais sa recherche n'a pas été effectuée de façon systématique. La neutropénie majorant nettement le risque infectieux, le geste interventionnel brachial percutané a toujours été effectué à distance du nadir, en règle juste avant la première cure de chimiothérapie neutropéniante, le DVI étant perfusé le jour même en salle de radiologie. L'infection superficielle locale a été en règle correctement traitée par des soins locaux et une antibiothérapie systémique éventuelle [18]. En revanche, un syndrome septicémique a imposé l'antibiothérapie systémique et l'ablation du DVI dans quatre cas. L'antibiothérapie à large spectre vise, en ce cas, principalement le staphylocoque sensible à la méthicilline, et est adaptée secondairement à l'antibiogramme [19]. Elle est élargie au Pseudomonas et aux germes à Gram négatif en cas d'aplasie [20].

En cas d'infection locale prouvée du DVI, le « verrou antibiotique » s'avère efficace dans 90 % des cas ; il consiste à laisser la lumière du cathéter et du boîtier au contact d'un antibiotique à haute concentration (vancomycine 10 mg/5 mL), cent fois supérieure à la concentration minimale inhibitrice, plusieurs heures par jour pendant 10 à 15 jours [21]. L'ablation d'emblée du DVI est formelle en cas de thrombophlébite suppurée, de choc septique ou d'inutilité de la voie veineuse centrale. L'ablation secondaire du DVI est imposée par l'absence d'amélioration clinique ou la réapparition d'hémocultures positives sous 48 heures de traitement [22]. Ainsi, 50 à 90 % des infections sont-elles contrôlées sous traitement sans ablation du matériel [23, 24].

Le taux de thromboses veineuses représente 1,53 % des cas étudiés et ne concerne que des thromboses symptomatiques cliniquement. Il reste inférieur à celui publié dans les diverses séries de la littérature chirurgicale [11, 12] ou radiologique [8, 25-27], mais rejoint celui d'une étude échographique récente [28]. Cette dernière rapporte un taux de 11,7 % de thromboses échographiques, dont 2,7 % seraient symptomatiques. On reconnaît des facteurs biologiques pro-coagulants [29], liés à la néoplasie sous-jacente, à l'effet latéral indésirable de certaines chimiothérapies thrombogènes [30-32] ou à des troubles de la coagulation (thrombocytose, hyperfibrinémie, déficit en facteur XI). La stase veineuse est due à la réduction de l'activité physique (indice de performance), à l'alitement prolongé ou à la compression veineuse centrale cave supérieure (adénopathies médiastinales, carcinome hilaire bronchique droit) ou sous-clavière (adénopathies métastatiques). Si le mauvais positionnement du cathéter central est thrombogène (28,6 % de thrombose dans le tronc veineux innominé gauche versus 3 % à droite [33]), sa longueur ne paraît pas influer, aucune thrombose humérale ou basilique n'ayant été recensée à ce jour.

Si la thrombophlébite suppurée nécessite l'ablation immédiate du matériel implanté, la thrombose non compliquée reste en règle sensible à l'héparinothérapie malgré la persistance du cathéter veineux. Ainsi, l'indication de retrait systématique du DVI nous apparaît-elle abusive, d'autant que le risque d'embolie cruorique existe alors par mobilisation du caillot lors du retrait.

L'hématome symptomatique reste exceptionnel (deux cas au début de notre étude, en rapport avec une ponction veineuse difficile) et est relaté dans la littérature dans les cas d'angulation anormale, à 45 degrés, du cathéter par rapport à l'axe veineux [34].

Nous déplorons deux cas d'obstruction du cathéter, celle-ci étant aussi fréquente que la thrombose veineuse. L'extravasation de produits de chimiothérapie en est la complication potentielle la plus dangereuse, imposant parfois la lipoaspiration chirurgicale en urgence [35, 36]. Les facteurs prédisposants sont liés au type de DVI (calibre, matériau, présence d'une valve anti-reflux à l'extrémité du cathéter), à la présence d'une thrombose veineuse autour du cathéter, au mauvais positionnement de celui-ci [33], à la nature des produits injectés [30].

La désunion du cathéter, observée dans deux cas de notre étude, aboutit à sa migration dans les cavités cardiaques droites, une veine hépatique ou encore l'artère pulmonaire, complication parfois mortelle [9, 37]. Cette incidence élevée et inhabituelle de fracture en cas d'implantation brachiale, trouve pour seule explication, à nos yeux, une erreur de l'opérateur : la connexion manuelle insuffisante par clip du cathéter à la chambre en cours d'implantation, alors que l'écrasement insidieux et progressif du cathéter par la pince costo-claviculaire explique le classique pinch off syndrome de l'abord sous-clavier [37]. La fracture du cathéter, facilitée par une surpression d'injection dans la chambre, sera prévenue par l'utilisation systématique de seringues de volume supérieur à 10 cc. Le risque potentiel de nécrose des tissus mous voisins lié à la fracture ou à la fissuration du cathéter ou de la chambre impose une injection-test systématique de 10 cc de sérum physiologique avant de débuter toute chimio-infusion [38].

Dans notre expérience, la désunion de cicatrice demeure relativement fréquente (2 %). Les voies d'amélioration à prévoir sont les suivantes : positionner la chambre sous-cutanée suffisamment à distance de la cicatrice, à la face interne du muscle biceps brachial (absence de tension excessive), la fixer au plan sous-cutané et réaliser un surjet sous-dermique à la suture cutanée, prévenir la surinfection cutanée par une asepsie suffisante et adaptée lors de la ponction itérative du DVI, éviter le port de charges lourdes jusqu'au quinzième jour (date d'ablation des points de suture).

L'évaluation de la qualité de vie n'a intéressé qu'un nombre restreint de patients (29 %), lors du retrait, en l'absence de toute complication, et est en ce sens critiquable. De plus, l'interrogatoire, effectué par une personne soignante, a pu influencer la réponse du patient. Il apparaît néanmoins que l'acceptation du DVI brachial est excellente, tant pour la vie quotidienne que pour l'utilisation pratique de la chimio-infusion.

La mise en place des DVI en France a avant tout été effectuée par les chirurgiens et les anesthésistes, les chirurgiens ayant été les pionniers en la matière, au cours des années 1980 [39]. La technique la plus utilisée est l'abord de la veine sous-clavière par ponction percutanée, puis l'abord de la veine jugulaire interne (ponction ou dénudation), la dénudation chirurgicale de la crosse de la veine céphalique dans le sillon delto-pectoral [40], enfin, exceptionnellement, l'abord fémoral en raison du risque septique plus élevé [41].

Le taux de complications étant sensiblement identique, notre expérience nous conduit à sélectionner pour la chirurgie les patients sans veine périphérique décelable (phlébographie non réalisable) et les échecs de la technique radiologique. Le spasme veineux et les veines dites « roulantes » ne sont en général diagnostiquées que lors de la tentative de ponction radiologique, mais ils constituent incontestablement une indication préférentielle de l'abord chirurgical sous-clavier. En revanche, en cas d'antécédents de thrombose veineuse cervicale ou du membre supérieur, la réalisation d'une phlébographie simultanée permet au radiologue de choisir la veine perméable, voire de cathétériser une thrombose veineuse récente sous scopie à l'aide de guides hydrophiles, avantage déterminant de la technique radiologique interventionnelle en cas d'accès veineux restreint [42].

Les erreurs de positionnement du cathéter sont fréquentes dans les « techniques à l'aveugle », leur taux variant de 2,5 à 30 % [43]. Le contrôle radiologique systématique permet en effet de contrôler et de corriger les trajets anormaux du DVI et/ou du cathéter (jugulaire interne homolatéral, controlatéral ou azygos en cas de compression médiastinale, mammaire interne, veine cave supérieure gauche...). En fin de procédure, le contrôle d'étanchéité du système (connexion chambre-cathéter) est effectué sous scopie, par injection de produit de contraste radio-opaque dans l'aiguille de Huber implantée.

Enfin, l'imagerie interventionnelle permet de récupérer, sans incision cutanée notable, le fragment migré du cathéter par des techniques percutanées de lasso introduit par voie fémorale avec un taux de succès avoisinant les 100 %, ou encore de repositionner un cathéter en boucle [44].


Patientes et méthodes

D'avril 1998 à février 2000, 200 patients porteurs d'un cancer et devant être traités pour chimiothérapie, ont fait l'objet d'un enregistrement prospectif, après recueil du consentement éclairé. Tous ces patients ont bénéficié de la tentative de mise en place d'un dispositif veineux implantable (DVI) brachial sous contrôle fluoroscopique. Le DVI utilisé dans notre étude était le R Port Premier (Laboratoires Boston Scientific SA, La Garenne-Colombes, France), mesurant 12,7 mm de grand axe, le cathéter mesurant 1,8 mm de calibre (1 mm de diamètre interne). La chambre implantée à la face interne du bras non dominant, trois travers de doigt au-dessus de l'épitrochlée, est reliée à un cathéter en silicone radio-opaque. Un système de verrouillage assure l'étanchéité parfaite entre boîtier et cathéter veineux, laquelle est systématiquement testée lors de l'implantation percutanée. La chambre (ou boîtier) d'injection est fermée par un septum en silicone auto-obstructif. Tous les matériaux sont biocompatibles et peuvent être utilisés avec pratiquement toutes les solutions injectables. Une valve située entre la chambre et le cathéter prévient tout reflux éventuel de sang du cathéter vers le boîtier.

L'utilisation du DVI s'effectuait toujours de façon rigoureuse : asepsie locale du point de ponction, fixation manuelle de la base de la chambre à l'aide de gants stériles, entre pouce et index, insertion de l'aiguille de Huber (aiguille comportant un biseau spécifique n'engendrant pas de defect du septum de ponction) perpendiculairement à la peau, retrait de celle-ci de 1 mm après qu'elle a buté contre le fond de la chambre, aspiration de sang, test d'infusion de 10 cc de sérum salé isotonique, puis infusion de la chimiothérapie. En cas de difficulté de ponction, d'aspiration et/ou d'infusion, le patient était adressé au service de radiologie pour contrôle sous scopie avec injection au produit de contraste.

La procédure d'implantation a toujours été effectuée en salle de radiologie interventionnelle, sous contrôle phlébographique. Le choix du côté du site d'implantation était guidé en premier lieu par la pathologie (controlatéral au cancer du sein ou à la zone cervico-thoracique irradiée), et en second lieu par la latéralisation du patient (le côté droit était choisi en cas de patient gaucher).

La procédure d'implantation s'effectuait dans l'ordre suivant : 1) prémédication la veille et le matin (cétirizine : 1 comprimé la veille, midi et soir, et 1 comprimé le matin de l'intervention) ; 2) ponction d'une veine de la main ou de l'avant-bras afin de réaliser la phlébographie du membre supérieur ; 3) lavage chirurgical des mains et habillage stérile ; 4) injection de 50 mL de produit de contraste non ionique iso-osmolaire (iodixanol, Laboratoires Amersham Health SA, Paris) dilué aux deux-tiers, après mise en place d'un garrot axillaire homolatéral ; 5) anesthésie locale du point de ponction basilique et de l'emplacement de la chambre (40 mL de lidocaïne) ; 6) ponction de la veine basilique sous repérage phlébographique à l'aide d'une aiguille de 22 gauges, et retrait de son mandrin qui permet l'introduction d'un guide téflonné de 0,45 mm x 60 cm après libération du garrot axillaire ; 7) mise en place d'un dilatateur de 6 French (2 mm) le long de ce guide puis du cathéter veineux dont l'extrémité distale va siéger à la jonction (veine cave supérieure-oreillette droite), le cathétérisme veineux s'effectuant sous fluoroscopie ; 8) l'extrémité proximale du cathéter est ensuite raccordée à la chambre mise en place en amont, dans le tissu celluleux sous-cutané préalablement « disséqué » par la lidocaïne injectée, puis par l'auriculaire de l'opérateur, à deux travers de doigt du site de ponction veineuse ; 9) la fixation de la chambre au fascia sous-cutané et la fermeture cutanée (surjet sous-dermique) terminent la procédure, avant la vérification ultime d'étanchéité du système au produit de contraste (2 cc), sous fluoroscopie (figure).

Le patient reçoit une carte mentionnant son nom et son adresse ainsi que le type de dispositif médical implanté (avec numéro de commande et numéro de lot établissant sa traçabilité), et les coordonnées du radiologue interventionnel. Un carnet de suivi, inséré dans le dossier médical, lui est adjoint, mentionnant les précautions d'utilisation, ainsi que des fiches détaillées à remplir par le médecin ou l'infirmière lors de chaque utilisation. L'échec technique d'implantation radiologique était défini, dans notre étude, comme l'impossibilité de réaliser la phlébographie, la ponction ou le cathétérisme veineux brachial après trois tentatives.

La qualité de vie a été évaluée lors de l'ablation du DVI, par le médecin radiologue interventionnel dans 55 cas, alors que 66 patients avaient encore leur DVI en place et que 54 d'entre eux, porteurs du DVI, étaient décédés. Elle a été évaluée selon une échelle visuelle analogique (EVA), cotée respectivement par le patient et l'utilisateur de 0 (insatisfaction totale) à 100 (satisfaction maximale). L'EVA1 prenait en considération les aspects esthétique, psychologique et pratique liés au matériel implanté : cicatrice brachiale, sensation de « corps étranger » difficile à supporter, sensation de gêne ou de douleur lors du port de charges ou lors de l'endormissement. L'EVA2 a considéré l'aspect purement fonctionnel et le confort d'utilisation du DVI : facilité de repérage et de ponction du boîtier, qualité de maintien de l'aiguille en place lors de la chimio-infusion, facilité d'accès au site de ponction. Les patients en cours de traitement (DVI non retiré) et les retraits pour complication n'ont pas fait l'objet de cette évaluation.

 

CONCLUSION

La technique de mise en place du DVI sous repérage phlébographique constitue une alternative séduisante à la technique chirurgicale. Ces deux techniques comportent peu de complications et d'échecs, et apparaissent en fait complémentaires. Si le DVI chirurgical apparaît plus stable à la ponction pour une infirmière peu expérimentée, il laisse une cicatrice du décolleté parfois disgracieuse. Le cancer de la femme jeune, l'insuffisant respiratoire sévère (risque de pneumothorax), le patient au cou irradié, aux antécédents thrombotiques cervicaux ou des membres supérieurs, l'obésité et l'échec chirurgical constituent les indications de première intention peu discutables de la technique d'implantation brachiale sous repérage phlébographique.

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