ARTICLE
Deux révolutions conceptuelles ont marqué l'histoire du
traitement adjuvant des cancers du sein au cours des 30 dernières
années : l'association de l'irradiation postopératoire au
traitement chirurgical conservateur et l'introduction du traitement médical
adjuvant. Dans ce contexte, la possibilité de réaliser la
radiochimiothérapie adjuvante de façon concomitante représente
une nouvelle alternative stratégique et nous nous proposons de
rapporter ici les résultats d'une étude pilote réalisée
dans notre centre.
Introduction
Apparus dès les années trente, les traitements chirurgicaux
conservateurs du cancer du sein sont très rapidement devenus synonymes
de meilleure qualité de vie chez les femmes qui en bénéficiaient
par rapport à la mastectomie radicale modifiée ou à
la mastectomie de Halsted. Il a fallu cependant attendre la publication
de plusieurs essais randomisés au début des années
quatre-vingt pour prouver l'équivalence de ces 2 approches en termes
de survie sans récidive et de survie globale (Fisher et al.,
1983 ; Sarrazin et al., 1984 ; Veronesi et al., 1981). Sur
la base de ces résultats et de ceux de nombreuses études
rétrospectives, plusieurs conférences de consensus permettent
actuellement d'affirmer l'adéquation du traitement conservateur
des cancers du sein de stades I et II (NCI Consensus, 1992 ; Pujol, 1984
). De plus, la qualité des résultats cosmétiques
de la chirurgie conservatrice est de nos jours tout à fait satisfaisante
et le taux de complications postopératoires reste minime. Parallèlement,
de nombreuses études portant sur le traitement médical adjuvant
initial des cancers du sein ont été conduites depuis les
années soixante-dix. Ce traitement vise à augmenter la survie
globale à long terme des patientes, et, depuis les travaux historiques
de Nissen-Meyer et al. (1978) et de Bonadonna et al. (1976),
de très nombreuses études aux résultats parfois contradictoires
ont été publiées. Quoi qu'il en soit, les résultats
d'une méta-analyse présentée en 1992 par l'Early
Breast Cancer Trialists' Collaborative Group et portant sur 75 000 patientes
et 133 essais randomisés ont confirmé le bénéfice
de survie globale chez les patientes traitées par tamoxifène
ou chimiothérapie adjuvante (EBCTCG, 1992).
Le succès de cette approche thérapeutique a amené
à se poser la question de la meilleure séquence thérapeutique
: est-il préférable de débuter le traitement médical
adjuvant avant ou après la radiothérapie ? Très longtemps,
les radiothérapeutes sont restés sur leur position, à
savoir que retarder le début de l'irradiation augmentait le risque
de récidive locale. À l'inverse, les oncologues médicaux
voyaient dans la radiothérapie initiale un facteur de risque d'amputation
du capital médullaire susceptible d'être néfaste au
respect de la dose-intensité de la chimiothérapie adjuvante,
qui, s'ajoutant au délai de mise en route du traitement systémique,
risquait d'augmenter le taux des métastases. Leur position était
donc de préconiser une administration postopératoire précoce,
voire périopératoire ou même néoadjuvante,
de la chimiothérapie.
Aujourd'hui, le concept de radiochimiothérapie concomitante est
une alternative thérapeutique reconnue dans le traitement conservateur
de nombreuses tumeurs ORL, vésicales et du canal anal. Il semblait
donc légitime de situer cette stratégie dans le traitement
adjuvant des cancers du sein. Bien que les résultats n'aient pas
toujours été très probants, plusieurs essais ont
ainsi démontré la faisabilité de l'association concomitante
de la radiothérapie et de la chimiothérapie (Gröhn
et al., 1984 ; Klefström et al., 1987). Cependant,
avant de recommander cette approche en routine, un certain nombre de questions
méritent d'être débattues : (1) la tolérance
et l'adhérence au traitement sont-elles identiques dans le traitement
concomitant et dans le traitement séquentiel ? (2) le respect de
la dose-intensité de la radiothérapie et de la chimiothérapie
ainsi que celui de l'intervalle entre les cures de chimiothérapie
sont-ils possibles ? (3) le taux de contrôle local et la survie
globale restent-ils identiques ? (4) la qualité des résultats
esthétiques ne se ressent-elle pas de la conjugaison dans le temps
des effets délétères de la radiothérapie et
de la chimiothérapie ?
Il est clair que seules des études randomisées conduites
sur la base des résultats prometteurs de nombreux essais de phase
II pourront répondre à ces questions. Dans cette attente,
nous nous proposons de rapporter ici les résultats à court
terme de l'étude pilote de radiochimiothérapie concomitante
adjuvante que nous avons menée à la clinique Sainte-Catherine
d'Avignon (France) chez des patientes porteuses de cancer du sein de stades
I et II.
Résultats
L'âge moyen des patientes était de 50 ans (29-72) et 46,8
% (72/154) d'entre elles étaient ménopausées. Seules
2 % des patientes présentaient un statut OMS de grade 1, et toutes
les autres étaient parfaitement asymptomatiques. Cent sept patientes
(69,5 %) ont bénéficié d'une chirurgie conservatrice
et 46 (29,9 %) d'une chirurgie radicale. Dans 1 cas, seul un curage axillaire
a été réalisé car il s'agissait d'une forme
avec adénopathie prévalente classée T0N1bN+
selon la classification UICC. Classiquement, la vaste majorité
des tumeurs était représentée par des adénocarcinomes
canalaires infiltrants (85,7 % : 132/154) et 5,8 % d'entre elles étaient
des carcinomes lobulaires infiltrants. Les 8,5 % restants correspondaient
à des carcinomes atypiques (n = 7), médullaires (n = 2),
indifférenciés (n = 2) et papillaires invasifs (n = 2).
Un envahissement ganglionnaire axillaire était présent dans
70,1 % des cas et les résultats des récepteurs hormonaux
sont résumés dans le tableau
I.
La dose moyenne de radiothérapie délivrée au niveau
soit de la paroi thoracique, soit du globe mammaire, et au niveau des
chaînes ganglionnaires mammaire interne et sus-claviculaire a été
de 49,5 Gy (45-55) avec un étalement moyen de 39,3 jours (33-57).
Parmi les 75 patientes justifiables d'un surdosage de radiothérapie,
43 d'entre elles ont bénéficié d'une curiethérapie
à la dose de 15 Gy, et 32 d'une radiothérapie externe par
électrons à la dose moyenne de 14,2 Gy.
Quarante-deux des 46 patientes N (91,3 %) ont reçu
le nombre de cures de chimiothérapie initialement prévues.
Quatre-vingt-huit des 108 patientes N+ (81,5 %) ont reçu
les 6 cures prévues. La dose initialement prévue de 5 fluoro-
uracile a pu être respectée dans 86,3 % des cas, celle de
mitoxantrone dans 84,4 % des cas et celle de cyclophosphamide dans 88,3
% des cas. Cent vingt et une des 154 patientes (78,6 %) ont reçu
une dose égale ou supérieure à la dose prescrite.
Trente-trois des 154 patientes (21,4 %) ont reçu une dose inférieure
à la dose prescrite. Cent trente-huit des 154 patientes (89,6 %)
ont reçu un nombre de cycles égal ou supérieur à
celui prescrit. Seize des 154 patientes (10,4 %) ont reçu un nombre
de cycles inférieur à celui prescrit.
Dans un quart des cas, au moins un intervalle entre les cures de chimiothérapie
a été supérieur à 28 jours afin de permettre
la récupération complète des effets secondaires.
De façon générale, la tolérance au traitement
a été excellente. Les toxicités essentielles ont
été d'ordres digestif et hématologique, avec 20,8
% de vomissements de grade 3-4 et 12,3 % de neutropénies de grade
3-4. Aucun cas de septicémie neutropénique n'a été
enregistré et il n'y a pas eu de décès toxique. Une
toxicité cutanée de grade 1 est survenue dans 62,3 % des
cas, et seules 4,5 % des patientes ont présenté une radiodermite
de grade 3 imposant une interruption momentanée du traitement adjuvant.
La toxicité pulmonaire aiguë était négligeable
et 1 seul cas de toxicité cardiaque de grade 3 a été
enregistré (péricardite aiguë régressive) (tableau
II). Globalement, la tolérance psychologique au traitement
a été tout à fait satisfaisante dans 51,9 % des cas.
Cinquante patientes (32,5%) l'ont au contraire très mal toléré
et 5 d'entre elles ont de ce fait refusé de poursuivre la chimiothérapie.
Discussion
Le but essentiel de la radiochimiothérapie concomitante est d'augmenter
l'activité cytotoxique de la radiothérapie, et donc le contrôle
local, grâce à une chimiothérapie radiosensibilisante,
tout en étant actif sur la maladie micrométastatique à
distance. Dans le cadre du traitement adjuvant des cancers du sein, la
radiochimiothérapie concomitante présente de plus le bénéfice
potentiel de rapprocher à la fois la radiothérapie et la
chimiothérapie de l'acte chirurgical, sans risquer de retarder
l'une ou l'autre des thérapeutiques, et donc d'augmenter soit le
taux de rechute locorégionale soit celui de dissémination
à distance. D'autre part, la durée totale du traitement
peut être réduite d'au minimum 5 semaines, offrant ainsi
aux patientes un gain substantiel en termes de qualité de vie.
La validation de ces hypothèses passe obligatoirement par la démonstration
de l'équivalence à la fois en termes de contrôle local
et de contrôle systémique du traitement concomitant par rapport
au traitement séquentiel. De plus, la radiochimiothérapie
concomitante ne doit pas être source de toxicité croisée
majeure, en particulier aux niveaux cutané, pulmonaire, cardiaque
et hématologique. En effet, une majoration grave des effets secondaires
serait inévitablement source de délais de traitement et
de baisse de l'adhérence au traitement, avec pour conséquence
une réduction de l'intensité de dose à la fois de
la radiothérapie et de la chimiothérapie, préjudiciable
aux résultats à long terme. Enfin, la radiochimiothérapie
concomitante doit permettre de conserver des résultats cosmétiques
de qualités comparables à ceux obtenus lors des traitements
séquentiels (Borger et Keijser, 1987).
La chimiothérapie adjuvante optimale doit comporter une anthracycline,
en particulier chez les patientes présentant un envahissement ganglionnaire
(Misset et al., 1992). Cependant, la doxorubicine n'est pas utilisable
de façon simultanée à la radiothérapie. En
effet, des études expérimentales ont démontré
une toxicité croisée inacceptable entre ces 2 thérapeutiques
(Schaake-Koning et al., 1985 ; Schabel, 1977) due au fait que la
radiothérapie et la doxorubicine produisent l'une et l'autre des
radicaux libres OH fortement oxydoréducteurs et
très toxiques au niveau de la peau, des tissus mous, du plexus
brachial, du parenchyme pulmonaire et du myocarde. Des essais cliniques
ont confirmé ces données expérimentales (Bennett
et al., 1988 ; Crossley, 1983 ; Lingos et al., 1991 ; Rutqvist
et al., 1992 ; Serin et al., 1992). Certains d'entre eux
se sont tout particulièrement intéressés à
la toxicité pulmonaire et cardiaque de la radiochimiothérapie
concomitante. Dans l'étude de Lingos et al. (1991), le risque
de pneumopathie radique aiguë est passé de 1,3 à 8,8
% selon que les patientes ont reçu en situation adjuvante après
chirurgie conservatrice du sein soit une radiochimiothérapie séquentielle,
soit une radiochimiothérapie concomitante. Ces manifestations aiguës
n'ont cependant pas donné de séquelles à moyen ni
à long terme. Avec les anciennes techniques d'irradiation, les
complications cardiaques n'étaient pas négligeables, en
particulier lors du traitement des cancers du sein gauche (Rutqvist et
al., 1992). Avec les techniques actuelles, moins de 2 % du muscle
myocardique reçoit une dose de 30 Gy, et aucun excès de
morbidité ni de mortalité par complication cardiaque d'origine
radique n'a été enregistré après 11 ans de
suivi dans une étude du Joint Cancer Center de Boston (Uematsu
et al., 1993).
Les données de la littérature telles que publiées
dans l'éditorial de Harris (1993) ou dans les études de
Recht et al. (1995) et de Bucholz et al. (1993) ont permis
de situer les avantages et les inconvénients respectifs de la séquence
de la radiothérapie et de la chimiothérapie en situation
de traitement adjuvant des cancers du sein. Lorsque la radiothérapie
était réalisée après la chimiothérapie
dans un délai de plus de 16 semaines par rapport à la chirurgie,
le risque actuariel de rechute locorégionale à 5 ans était
de 35 %, par opposition à 5 % lorsque la radiothérapie était
réalisée dans un délai de moins de 16 semaines par
rapport à la chirurgie (Serin et al., 1992). De même,
Bucholz et al. (1993) ont démontré dans une étude
rétrospective que le taux de rechute locorégionale à
8 ans était de 2 % si l'irradiation était débutée
moins de 6 mois après la chirurgie, et de 24 % lorsque ce délai
excédait 6 mois. La survie sans rechute était de 71 et 48
%, respectivement, sans que soit cependant notée de différence
en termes de survie globale. En ce qui concerne la chimiothérapie
adjuvante, l'intérêt de la précocité de sa
mise en uvre postopératoire est actuellement un fait bien
établi. Tout retard apporté au démarrage du traitement
systémique de la maladie est considéré par de nombreux
auteurs comme un facteur susceptible de minimiser les bénéfices
potentiels du traitement en termes de survie sans récidive et de
survie globale (Rutqvist et al., 1992). Par contre, des études
récentes (Ludwig Breast Cancer Group, 1988) n'ont pas confirmé
l'intérêt de la chimiothérapie périopératoire
telle que décrite dans l'étude de Nissen-Meyer et al.,
en 1978.
Dans cette étude rétrospective de Léonard et
al. (1995), 262 patientes porteuses de cancer du sein, dont 2 cas
de cancer bilatéral, ont bénéficié après
chirurgie conservatrice, soit d'une radiothérapie et d'une chimiothérapie
adjuvantes (n = 105), soit d'une radiothérapie seule (n = 157).
Quarante-cinq pour cent des patientes étaient porteuses d'un envahissement
ganglionnaire dans le premier groupe, contre 12 % dans le deuxième
groupe. Le délai moyen de réalisation de la radiothérapie
était de 5 mois dans le groupe recevant la chimiothérapie.
Le taux de contrôle local était similaire dans les 2 groupes,
malgré un plus grand nombre de patientes avec envahissement ganglionnaire
dans le premier groupe. Ces résultats suggèrent, d'une part,
l'intérêt de la chimiothérapie adjuvante en présence
de facteurs de mauvais pronostic, d'autre part, l'absence d'effet délétère
lié au retard à la mise en uvre de la radiothérapie.
Seule une différence marginale en termes de contrôle local
a été mise en évidence chez les patientes porteuses
d'une tumeur de plus de 2 cm de diamètre, avec marges chirurgicales
non saines et envahissement ganglionnaire, et pour qui le délai
de mise en route de la radiothérapie était supérieur
à 5 mois. Cette différence n'était pas statistiquement
significative.
Au cours de l'étude rapportée par Wallgren et al.
(1995), l'International Breast Cancer Study Group a évalué
les effets du délai de la radiothérapie après différentes
durées de chimiothérapie adjuvante chez les patientes porteuses
d'un cancer du sein avec envahissement ganglionnaire. Aucune différence
en termes de contrôle local à 4 ans n'a été
enregistrée, que les patientes aient reçu 6 cycles, 3 cycles
ou aucun cycle de chimiothérapie.
Par contre, dans l'étude rétrospective de Hartsell et
al. (1995), il est apparu qu'un délai postopératoire
supérieur à 120 jours dans l'initiation de la radiothérapie
était associé à une augmentation du risque de récidive
locale : le taux de contrôle local est passé de 76 % pour
un délai supérieur à 120 jours à 98 % pour
un délai inférieur.
Au cours de l'essai randomisé publié par Recht (1985),
différentes séquences de radiothérapie et de chimiothérapie
adjuvantes après chirurgie conservatrice pour cancer du sein de
stades I et II ont été étudiées. Le risque
global de rechute métastatique à 5 ans était supérieur
dans le groupe de patientes ayant bénéficié d'une
radiothérapie première, alors que le risque global de rechute
locorégionale était supérieur dans le groupe de patientes
traitées par chimiothérapie première. En conclusion
de cet essai, il était recommandé d'évaluer une stratégie
de radiochimiothérapie concomitante adjuvante, sans toutefois sacrifier
à l'efficacité respective des 2 modalités thérapeutiques
et tout en explorant la toxicité du traitement.
Il ressort donc de tous ces essais que les données de la littérature
sont pour le moins discordantes sur le délai optimal à respecter
entre la chirurgie et la radiothérapie. Certaines études
tendent à démontrer un effet délétère
sur le contrôle local au retard de la mise en uvre de la radiothérapie,
alors que d'autres n'ont retrouvé aucune incidence péjorative
à ce délai. Seuls des essais randomisés de phase
III, tels que celui de Recht et al. (1995), seront susceptibles
de répondre définitivement à cette question.
Dans l'attente de ces résultats, plusieurs équipes ont
réalisé des essais de faisabilité de la radiochimiothérapie
concomitante en situation adjuvante des cancers du sein. Le groupe de
Reynaud-Bougnoux et al. (1995) a traité à Tours (France)
73 patientes atteintes de cancer du sein de stades I et II par radiochimiothérapie
adjuvante concomitante. La chimiothérapie a comporté 6 cycles
de 5 fluoro-uracile/mitoxantrone/ cyclophosphamide administrés
à 21 jours d'intervalle. La radiothérapie a délivré
50 Gy dans le volume mammaire et les chaînes ganglionnaires, puis
un surdosage de 10 Gy au niveau du foyer opératoire. L'adhérence
au traitement a été de 88 %, avec 98 % des cycles de chimiothérapie
réalisés à la dose de référence, et
maintien des intervalles entre les cycles dans 69 % des cas. La toxicité
cutanée et digestive était au maximum de grades OMS 1 et
2, et a atteint 50 % des patientes. Ces résultats sont comparables
à ceux que nous avons obtenus dans notre institution, en dehors
des problèmes de toxicité digestive dont nous avons préalablement
expliqué l'origine technique (Serin et al., 1995).
L'une des études les mieux documentées sur la radiochimiothérapie
concomitante adjuvante a été publiée par le groupe
australien de Denham et al. (1995). Il s'agissait d'un essai de
phase II multicentrique au cours duquel 138 patientes porteuses d'un cancer
du sein opérable d'emblée ont bénéficié
d'un traitement adjuvant concomitant. La chimiothérapie utilisée
a été l'association cyclophosphamide/méthotrexate/5
fluoro-uracile, avec cyclophosphamide soit intraveineux, soit oral. La
dose d'irradiation délivrée a été de 40 Gy
à 50 Gy au niveau de la paroi thoracique et des chaînes ganglionnaires
avec, en fonction des facteurs de risque de récidive locale, un
surdosage de 10 Gy à 20 Gy. La dose-intensité de la chimiothérapie
a été respectée dans 74 à 81 % des cas, avec
un meilleur respect de doses lorsque le volume d'irradiation n'incluait
pas les chaînes ganglionnaires. Dans 89 à 90 % des cas, le
traitement a pu être administré dans sa totalité sans
aucune interruption. Seules 3 patientes ont vu leur traitement interrompu
pour cause de toxicité pour une durée de temps supérieure
à 15 jours. Vingt-deux pour cent des patientes ont souffert de
nausées et vomissements de grade 3. La toxicité cutanée
de grades 1 et 2, évaluée selon les critères de l'EORTC/RTOG,
a été similaire que le cyclophosphamide soit administré
par perfusion intraveineuse ou oralement : grade 1, 69 et 64 %, et grade
2, 24 et 23 %, respectivement. Par contre, la radiodermite de grade 3
a été significativement plus fréquente dans le bras
cyclophosphamide oral, atteignant 13 % des patientes contre 4 % d'entre
elles dans le bras cyclophosphamide intraveineux. Dans 90 % des cas, aucune
toxicité sophagienne ni pulmonaire n'a été
enregistrée, quel que soit le mode d'administration de la chimiothérapie.
Cet essai a ainsi clairement démontré la faisabilité
de la radiochimiothérapie adjuvante concomitante, et souligne l'importance
de la mise en uvre de protocoles randomisés comparant les
résultats à long terme et en termes de contrôle local
des traitements séquentiels à ceux des traitements concomitants.
CONCLUSION Nous
avons démontré au cours de cette étude pilote la faisabilité
de la radiochimiothérapie concomitante incluant une anthracènedione
en situation de traitement adjuvant des cancers du sein de stades I et II.
En plus du bénéfice immédiat obtenu en termes de qualité
de vie et du respect des doses de chimiothérapie et de radiothérapie,
il reste à démontrer qu'une telle approche thérapeutique
n'est pas délétère aux taux de survie sans récidive
et de survie globale. De même que les autres études publiées
à ce jour, notre étude manque encore de recul pour pouvoir
répondre à ces questions. Seul un essai randomisé,
tels que ceux actuellement en cours en France et en Australie, pourra répondre
à ces questions et situer de façon définitive la place
de la radiochimiothérapie concomitante dans le traitement adjuvant
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