Home > Journals > Medicine > Bulletin du cancer > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Bulletin du Cancer
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version

Cyclin D1 and breast cancer: the good news of summer 2001


Bulletin du Cancer. Volume 88, Number 8, 717-8, Août 2001, Editoriaux


Résumé  

Author(s) : Christian-Jacques Larsen, IBMIG, 40, av. du Recteur-Pineau, 86000 Poitiers..

ARTICLE

L'été, moment propice à la mise en veilleuse de nos préoccupations professionnelles, est souvent marqué par des informations heureuses ou tragiques qui nous interpellent et nous invitent à réagir. L'oncologie n'échappe pas à cette règle et je rappellerai ici la publication en plein été 1999 du travail princeps du groupe de Robert Weinberg démontrant la capacité de transformation maligne de cellules humaines par une combinaison de trois protéines [1, 2]. Il semblerait que l'été 1999 se répète puisqu'un travail dont les conséquences pourraient être majeures vient d'être publié dans la revue Nature en date du 28 juin 2001 [3]. Résumé en une phrase, ce travail démontre qu'un membre de la famille des cyclines, la cycline D1, est nécessaire à l'induction de tumeurs du sein par certains stimuli oncogéniques. En l'absence de cette cycline D1, les tumeurs ne peuvent se développer.

Les cyclines sont des acteurs essentiels du cycle cellulaire. À l'usage des non-spécialistes, je rappelle que ces protéines exprimées à des moments précis du cycle ont pour fonction d'activer une kinase partenaire ou CDK, laquelle kinase va catalyser la phosphorylation de protéines cibles. La sous-famille des cyclines D1, D2, D3, dites aussi cyclines G1, est particulièrement importante car leurs partenaires (CDK4, 5, 6) ont pour cible la protéine RB dont la phosphorylation engage la cellule dans la phase de réplication de son ADN. On a très vite pris conscience que la dérégulation de l'expression du gène de la cycline D1, acquise soit par amplification génique, soit par surexpression de la protéine elle-même, était un phénomène important en oncogenèse humaine, en particulier dans le cas des tumeurs du sein (20 % des cancers mammaires ont une amplification de la cycline D1 et 50 % surexpriment la protéine). Mieux encore, des souris « transgénisées » par la cycline D1 développent des tumeurs mammaires létales. En revanche, l'invalidation (KO) du gène de la cycline D1 n'a pas de conséquence dramatique sur la viabilité des souriceaux, leur développement et leur fertilité, à cette nuance près que les glandes mammaires des femelles gestantes ne subissent pas la maturation lobulo-alvéolaire terminale.

Cet ensemble d'observations et de faits expérimentaux évoquait immanquablement une intervention particulière de la cycline D1 dans l'induction des cancers mammaires. C'est cette hypothèse qui vient d'être vérifiée de manière éclatante par le travail publié dans Nature. L'idée lumineusement simple (les idées les plus simples sont toujours les meilleures) qui a guidé ce travail peut s'énoncer ainsi : si la surexpression de la cycline D1 participe à l'apparition d'une tumeur, en toute logique, le tarissement de son expression devrait interférer avec ce processus oncogénique et donc protéger les animaux contre ce cancer. Le protocole mis en place pour tester cette hypothèse a consisté à croiser des souris chez qui le gène de la cycline D1 avait été invalidé (souris D1-/-) avec des souris transgéniques pour l'un des quatre oncogènes suivants : c-myc, v-Ha-ras, c-Neu, Wnt1. Chacune de ces lignées transgéniques ayant une propension marquée à développer des tumeurs mammaires, il devenait possible par des croisements appropriés (backcross) de générer des souris D1-/-/Ha-ras, Neu, c-myc, Wnt1 et de surveiller l'apparition des tumeurs chez ces animaux. Les résultats ont été remarquablement univoques. Alors que la totalité (ou la quasi-totalité) des souris développaient des tumeurs mammaires dans les lignées D1-/- surexprimant c-myc et c-Wnt1, les deux lignées surexprimant Ha-ras et c-Neu n'ont pas développé de tumeur. À hypothèse simple, conclusion simple : la cycline D1 est absolument nécessaire à l'oncogenèse qui découle de l'action des deux oncogènes Ha-ras et c-Neu dont on connaît le rôle majeur des voies de signalisation mitogéniques.

Ce résultat déjà fort excitant a été renforcé par l'examen des tumeurs apparues chez les deux autres lignées de souris surexprimant c-myc et c-Wnt1. Il existait en effet une expression marquée des deux congénères D2 et D3 de la cycline D1. Ce fait implique évidemment la participation de ces deux cyclines dans la genèse des tumeurs chez ces animaux D1-/-. En revanche, les tumeurs issues des lignées surexprimant c-Neu et Ha-ras n'exprimaient virtuellement pas ces deux cyclines. Il en découlait donc que les signaux mitogéniques passant par les voies Neu et ras aboutissent exclusivement à l'activation de la cycline D1 qui, à son tour, va induire le processus oncogénique.

Les auteurs se sont ensuite posé une autre question aussi lumineuse que la première : l'exigence absolue pour la cycline D1 dans l'induction de tumeurs mammaires par les oncogènes ras et Neu s'applique-t-elle aux seules cellules épithéliales mammaires ou peut-elle être généralisée à d'autres types cellulaires ? On se doit de dire ici qu'une réponse partielle était fournie par le fait que les seules tumeurs induites chez les souris D1-/- transgénisées par ces deux oncogènes étaient effectivement des tumeurs de la mamelle. Mais une autre preuve expérimentale a été donnée par l'utilisation de fibroblastes embryonnaires D1-/- qui ont été infectés par des rétrovirus apportant Ha-ras ou c-Neu. Dans ces conditions, les fibroblastes ont été totalement transformés, y compris dans leur capacité à induire des tumeurs chez des souris nude. Ainsi, la cycline D1 est nécessaire à la formation de tumeurs dans certains types cellulaires et inopérante chez d'autres. Faut-il rapprocher ces faits d'une autre information récente selon laquelle des femmes développant un cancer du sein « induit » par BRCA2 expriment abondamment la cycline D1 dans leur tumeur [4] ? Encore une piste à suivre.

Trois conclusions émergent de ces travaux. La première est d'ordre fondamental. Elle nous dit que l'induction de cancers obéit à des lois de « tissu-spécificité » en raison des qualités que possède chaque tissu d'exprimer certains gènes du cycle cellulaire et pas d'autres. Ce constat est évidemment loin d'être innocent car il fortifie l'exploitation des acquis de la génomique qui permettent de déterminer l'éventail des gènes exprimés ou réprimés selon le type de tumeur et donc de définir avec précision des cibles potentielles.

La seconde est d'ordre médical ou thérapeutique. Le travail publié par Yu et al. nous démontre que, chez les souris, le fait d'inhiber l'expression de la cycline D1 rend ces souris insensibles à la stimulation pathologique de voies de signalisation Neu et ras. On peut donc envisager de jeter les bases d'une thérapie anti-cycline D1 pour traiter le cancers du sein où ces voies de signalisation ont été activées.

Enfin, il est raisonnable de postuler que l'exemple de la cycline D1 s'applique à d'autres protéines impliquées dans la genèse de tumeurs, à commencer par les autres cyclines elles-mêmes dont on a vu plus haut qu'elles sont exprimées de manière différencielle selon les tissus. C'est là un champ d'investigations longtemps espéré qui se concrétise : identifier les parcours sélectifs empruntés par les tumeurs pour se former et se développer. Là réside peut-être un espoir authentique de thérapie anticancéreuse réellement adaptée.

Références

1. Hahn WC, Counter CM, Lundberg AS, Beijersbergen RL, Brooks MW, Weinberg RA. Creation of human tumour cells with defined genetic elements. Nature 1999 ; 400 : 464-7.

2. Larsen CJ. Ce n'est qu'un début, continuons le combat ! Bull Cancer 1999 ; 86 : 603-5.

3. Yu QY, Geng Y, Sicinski P. Specific protection against breast cancers by cyclin D1 ablation. Nature 2001 ; 411 : 1017-21.

4. Bartek J, Lukas J. Are all cancer genes equal ? Nature 2001 ; 411 : 1001-2.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]