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Les grands congrès américains du printemps
1999 : après l'AACR, voici l'ASCO ! Dans ce numéro
le Bulletin fait l'état des communications du 35th annual
meeting of the American Society of Clinical Oncology intéressant
les cancers mammaires, en s'attachant à la chimiothérapie
à haute dose, les taxanes et c-erb-B2 d'une part, l'angiogenèse
et la p53 d'autre part.
Chimiothérapie à
haute dose dans le cancer du sein : la bête bouge-t-elle encore
?
Près d'une décennie après la publication
initiale de Peters et al., le millésime 1999 de l'ASCO était
attendu comme riche d'enseignements avec la publication de cinq essais
randomisés d'intensification thérapeutique dont trois en
situation adjuvante [Peters et al., Scandinavian Breast Cancer Study
Group et Bezwoda et al. : abstracts 2, 3 et 4] et deux en phase
métastatique [Stadtmauer et al. et Pegase 04 : abstracts
1 et 161]. Ces essais ont d'ores et déjà fait l'objet d'une
exégèse plus qu'abondante et ont été livrés
en pâture au grand public dès la mi-avril sur Internet. Les
résultats en sont donc connus de tous et l'internaute aura le bonheur
de découvrir les abstracts complétés et actualisés
en date du 17 mai, un peu plus détaillés et fidèles
aux présentations du congrès que ce que l'on peut trouver
dans le livre des proceedings, sur le site de l'ASCO (http ://www.asco.org/prof/
me/html/f_plenab.htm), mais il existe également un lien à
partir du site du NCI (http ://www.nci.nih.gov/). Nous nous contenterons
donc de rappeler que le seul essai en faveur du traitement intensif est
celui de Bezwoda et al., et que l'essai Pegase 04 retrouve seulement
un avantage en termes de survie sans progression, les autres études
demeurant négatives.
Il est difficile d'effectuer une synthèse des essais adjuvants
qui sont extrêmement différents dans leur conception : l'essai
de Bezwoda et al. est le seul à utiliser une intensification
d'emblée, ce qui est effectivement très séduisant
d'un point de vue intellectuel... pour peu qu'on le compare à un
bras de référence correspondant à un schéma
optimal ; ce point peut être débattu dans cet essai puisque,
a contrario, les bras de référence des deux autres études
sont, dans une certaine mesure, déjà intensifiés.
Bien que la situation semble un peu plus cohérente en phase métastatique,
il est également difficile d'en tirer des conclusions définitives,
notamment en raison de l'effectif limité des patientes.
Soulignons au passage que les deux seules études utilisant une
intensification comportant de la mitoxantrone sont également les
seules à trouver un gain dans le bras intensifié, limité
à la survie sans progression pour l'essai Pegase 04 en phase métastatique,
alors que l'essai adjuvant de Bezwoda et al. retrouve un bénéfice
sur la survie globale. Il n'est donc pas exclu que le problème
de fond tienne au choix des drogues et il est à cet égard
assez instructif de se reporter aux publications donnant les taux de réponse
des cytotoxiques habituellement employées dans les conditionnements
à base d'alkylants...
En bref, tout cela laisse sur sa faim et c'est avec une certaine amertume
que l'on constate que les intensifications thérapeutiques, après
avoir été portées au pinacle pendant près
d'une décennie sur des bases rationnelles parfois discutables,
se verront peut-être condamnées à une mort prématurée
sur la base d'essais cliniques randomisés dont les zones d'ombre
demeurent importantes et dont le seul mérite est de montrer que
l'escalade de dose n'est pas la panacée tant attendue. Sic transit
gloria mundi !
Les taxanes, encore et toujours...
Comme beaucoup s'y attendaient, les associations taxane
+ anthracycline voient se confirmer leur supériorité sur
les schémas conventionnels de type anthracycline + cyclophosphamide.
En situation métastatique, elles montrent un bénéfice
en faveur d'une association doxorubicine (A) 50 mg/m2
+ docétaxel (D) 75 mg/m2 par rapport à A 60 mg/m2
+ cyclophosphamide (C) 600 mg/m2 avec des taux de réponse
de 60 % versus 47 % (p = 0,008), et un gain sur le temps jusqu'à
progression ; les toxicités sont comparables, sauf la neutopénie
fébrile, sans retentissement sur la dose-intensité, ni sur
le taux de décès toxiques [Nabholtz et al., A485].
Cela est également vrai en néo-adjuvant avec l'association
A + paclitaxel (P) qui montre sa supériorité significative
sur le schéma A + C avec 56 % versus 45 % de chirurgie conservatrice
et 16 % versus 10 % de réponses complètes histologiques
[Pouillart et al., A 275] ; en raison de ces résultats,
l'essai a été prématurément interrompu.
Notons enfin les résultats d'un des seuls essais comparant des
séquences thérapeutiques (Spielmann et al., abstract
456) : FEC x 4 puis D x 4 versus D x 4 puis FEC x 4 versus
un schéma alterné FEC puis D. Il n'existe pas de supériorité
évidente dans cet essai de la chimiothérapie séquentielle
sur les schémas alternés. Ce résultat est à
considérer à la lumière du modèle de Norton-Simon
qui prédit une supériorité de la chimiothérapie
séquentielle (et sur lequel nombre de protocoles, tant américains
qu'européens, ont été construits...).
c-erbB-2 : vers des thérapeutiques
ciblées ?
Les résultats actualisés de l'étude
de Norton et al. testant l'apport du trastuzumab à des chimiothérapies
conventionnelles (AC) ou de rattrapage (P) chez des patientes dont la
tumeur surexprime c-erbB-2 ont été rapportés lors
d'une communication orale (A 483) : après un suivi médian
de 29 mois il existe certes un avantage en termes de survie médiane,
mais celle-ci n'est que de 25 mois versus 20 mois. Ce bénéfice
se retrouve dans tous les sous-groupes de patientes, mais il faut souligner
une toxicité cardiaque sévère notamment dans le groupe
AC avec 19 % de classe III-IV (4 % dans le groupe P).
Concernant la valeur prédictive de c-erbB-2, la situation demeure
à certains égards confuse :
* il n'est pas évident que l'expression de c-erbB-2
puisse permettre de sélectionner les patientes bénéficiant
du tamoxifène [A 256 et 263, dont les résultats différent]
;
* il est possible que c-erbB-2 permette de sélectionner
les patientes bénéficiant d'une chimiothérapie adjuvante
contenant une anthracycline [A258, 264 et 265].
Il est clair que c-erbB-2 est prédictif de la
réponse à l'herceptin, mais les méthodes de détection
doivent être standardisées (seuls les kits Dako et Hercept
test sont approuvés par la Food and Drug Administration pour l'immunohistochimie.
Angiogenèse et p53,
facteurs tissulaires et sériques : où en est-on ?
Parmi, les études ayant pour sujet l'angiogenése,
la p53 et le cancer du sein, on peut distinguer celles qui, sur des prélèvements
tumoraux, visent à mesurer la densité en microvaisseaux
et l'expression de facteurs angiogéniques tel VEGF de celles qui,
sur des prélèvements sériques, mesurent le taux des
facteurs angiogéniques circulants.
Sur une série de 862 patientes atteintes d'un cancer du sein, dont
512 N+ et 350N, Linderholm a mis en évidence
une association entre l'expression de VEGF et une P53 mutée au
moyen d'un dosage Elisa des protéines cytosoliques. P53 et VEGF
sont apparus comme deux facteurs prédictifs indépendants
en termes de survie. L'association d'une P53 mutée et d'un taux
de VEGF élevé était par ailleurs synonyme d'une moins
bonne survie dans les N+ comme les N [Linderholm,
abstract 2354].
La valeur du comptage des microvaisseaux (densité au sein d'une
tumeur), elle aussi, a été rapportée. Il faut cependant
noter que les différents intervenants présentaient des marqueurs
endothéliaux différents et des méthodes de comptage
hétérogène ne respectant pas le consensus international,
décrits par Vermeulen et al. en 1995 [Vermeulen et al.,
Eur J Cancer, 1995). Ainsi, une première étude portant
sur une série hétérogène de 63 patientes à
des stades très divers de leur maladie ne retrouve aucune valeur
pronostique à la densité en microvaisseaux [Gerson, A 2433].
En revanche, l'utilisation d'un anticorps CD34 et une technique de comptage
dite de Chalkley, sur une population de 836 patientes ayant un cancer
invasif unilatéral, permetent de retrouver des corrélations
significatives. Une grande densité en microvaisseaux au sein de
la tumeur dans des zones dites de hot spots était associée
à un taux plus élevé d'atteinte ganglionnaire, une
plus grosse tumeur, un grade histopronostique plus élevé
et une survie sans récidive ainsi qu'une survie globale plus courte
(p < 0,0001 dans les deux derniers critères). [Hansen, A 2355].
Une étude a concerné l'expression des métalloprotéinases
(MMP) dans les tumeurs primitives de patientes présentant un envahissement
ostéo-médullaire. Une surexpression de MMP1 est mise en
évidence au sein des cellules tumorales primitives alors que MM9
est plus souvent retrouvée au niveau des ostéoclastes [Lhotak,
A 461]. À terme, l'étude des différentes classes
de MMP pourrait constituer des outils pronostiques d'un grand intérêt.
L'autre approche de la recherche sur l'angiogenèse concerne le
dosage de facteurs angiogéniques dans le sérum des patients.
Le taux sérique de l'interleukine 6 (molécule pro-angiogénique)
a été comparé chez des patientes ayant une lésion
maligne mammaire et une population témoin féminine indemne
de tout cancer. Le taux d'IL6 est statistiquement plus élevé
en cas de cancer. Un « panel » de marqueurs (ACE, Ca 125 et
CA 15.3) a été exploré. Seul, un taux élevé
de CA 15.3 est plus souvent associé à un taux élevé
d'IL6 (p < 0,001). Ce marqueur reste cependant à étudier
en terme de valeur prédictive ou pronostique [Head, A 2438]. Une
étude sur le dosage des dimères D (dosés usuellement
dans les coagulopathies ex-CIVD) a été aussi présentée.
Sur 77 patientes, un taux élevé de dimères D est
associé à une progression plus rapide de la maladie et à
une moins bonne réponse à la chimiothérapie [Dirix,
A 408]. Quant à la p53 dont la forme mutée est rapportée
par la littérature comme le plus souvent reliée à
une angiogenèse intense, les résultats présentés
à l'AACR peuvent paraître contradictoires. D'une manière
générale, on peut cependant remarquer que les séries
présentées ont concerné des nombres de plus en plus
importants de patientes, elles étaient plus ou moins homogènes
d'un point de vue du traitement et, surtout, elles ne présentaient
aucun consensus concernant les techniques en immunohistochimie ou en biologie
moléculaire. En d'autres termes, toute comparaison entre les séries
paraît difficile à faire. Retenons tout de même une
nouvelle étude sur la p53 et son rôle prédictif en
termes de traitement adjuvant. Sur 405 patientes, environ 30 % présentaient
une mutation de TP53 détectée suivant un séquençage
intéressant les onze exons du gène. Ces mutations étaient
moins souvent retrouvées en cas de lésion lobulaire (p =
0,03) et associées à une survie globale et sans récidive
plus courte, [Larsson, A 2356]. Sur une population de patientes du stade
IIIB et traitées par l'association paclitaxel et doxorubicine,
une meilleure réponse était statistiquement associée
à un statut non muté de p53 [Anelli, A 302]. A contrario,
en utilisant un seuil de positivité à seulement 1 %
de cellules à l'aide d'une technique d'immunohistochimie, la surexpression
de p53 n'était pas prédictive en terme de réponse
à un CMF ou un protocole à base d'anthracyclines sur 219
patientes [Di Blasio, A 2425]. Paradoxalement, sur une série de
cancers du sein bilatéraux et synchrones, le statut p53 par immunohistochimie
semble associé à une survie plus longue en cas de p53 mutée
[Ashamalla, A 330]. Une stratégie plus novatrice paraît être
l'étude d'un panel de marqueurs pour une même population
de patientes. Gago et al. proposent un score établi par
immunohistochimie comprenant, outre p53, erbB-2, p170, PCNA et l'étude
des récepteurs hormonaux. Ce score reste bien sûr à
évaluer sur de larges séries de patientes traitées
de façon homogène [Gago, A 351].
CONCLUSION Sii
la densité en microvaisseaux garde une place importante dans l'étude
de l'angiogenèse, le taux des différentes métalloprotéinases
en intratumoral et les taux sériques des facteurs angiogéniques
semblent une voie en expansion. Pour la p53, un consensus sur une technique
relativement usuelle comme l'immunohistochimie paraît « urgente
» à établir : alors pourra-t-on comparer les multiples
études anciennes et celles à venir.
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