Author(s) : Nicolas Janin, Dominique Stoppa-Lyonnet, Service de génétique médicale, Hôpital Necker-Enfants malades,
149-161, rue de Sèvres, 75015, et Unité de cancérologie,
Hôpital Laennec, 42, rue de Sèvres, 75007 Paris.. |
ARTICLE
Il nous a été demandé
de répondre « pour » ou « contre » la mastectomie
prophylactique en nous pliant à deux conditions. D'abord, il nous
a fallu accepter de jouer un rôle prédéfini, celui
de l'avocat du pour ou celui de l'avocat du contre. D'une manière
arbitraire, il fut décidé que la mastectomie serait défendue
par Dominique Stoppa-Lyonnet tandis que la préservation de la poitrine
serait défendue par Nicolas Janin. Ensuite, il nous a été
demandé de nous placer autant que faire se peut sur le terrain
de l'evidence-based medicine, autrement dit de défendre
notre position par une analyse aussi rigoureuse que possible des données
disponibles dans la littérature. Pour que le débat ne se
perde pas dans des méandres de considérations subjectives
et invérifiables, il était nécessaire
de faire abstraction de tout ce qui peut contribuer à définir
le caractère unique de la femme venue nous demander notre avis,
comme son origine socioculturelle, sa personnalité, sa façon
de vivre son corps et de se sentir femme, ses goûts et ses envies,
ses expériences passées, ses priorités dans l'existence
ou ses projets d'avenir. Il va sans dire que les règles du jeu
nous mettaient dans une situation inconfortable, mais nous n'avons pas
pu refuser l'honneur qui nous était fait.
Tenir un rôle dans ce débat, c'était
s'exposer à trois risques de gravité croissante. Le premier
n'est pas bien sérieux et ne nous préoccupe pas outre mesure,
ce n'est que l'éventualité de susciter quelques plaisanteries
de carabin tout simplement parce que, d'une manière arbitraire,
il est échu à la femme de défendre la mastectomie
et à l'homme de s'y opposer. Le deuxième est qu'on nous
fasse le reproche d'oublier les femmes individuellement concernées,
ou plutôt de les assimiler à une moyenne statistique réifiée
nous permettant de tirer faussement des conclusions d'une validité
absolue. Le troisième, c'est que le débat soit mal interprété
et suggère que le problème de la mastectomie bilatérale
prophylactique ne soit qu'une question d'école. Si nous méritons
ces deux dernières critiques, c'est pour avoir trop bien joué
le jeu. Comme au début des bons romans policiers, rappelons donc
que les rôles des conseillers génétiques sont purement
fictifs dans ce débat, qui n'a pas d'autre but que de donner un
aperçu de la complexité et des limites de la médecine
prédictive.
Au risque de nous exposer à quelques sarcasmes,
nous avons donc fait de notre mieux pour tenir notre rôle en essayant
de penser avec une logique qui n'est pas la nôtre. Notre conviction
réelle est bien entendu que la meilleure stratégie de prévention
est celle choisie en toute connaissance de cause par chaque femme concernée.
Bien que le terme de « conseil génétique » puisse
le suggérer, il est faux de croire que notre savoir ou notre expérience
nous autorise à conseiller ou à déconseiller la mastectomie
prophylactique. Comme le souligne Bernard Hoerni, ce terme est discutable,
« le rôle du généticien ou de tout autre
médecin étant de donner une information, la plus complète
possible, pour aider la patiente à prendre la meilleure décision
de son point de vue » (Déontologie médicale
et diagnostic génétique. Bull Ordre Médecins
1997 ; 12 : 439-45).
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