ARTICLE
L'entité clinique décrite actuellement
sous la dénomination « lymphome anaplasique à grandes
cellules CD30+ » a été individualisée
par Stein et al. en 1985 [1]. Il s'agit de proliférations
lymphoïdes historiquement appelées ainsi du fait de l'expression
de l'antigène CD30, reconnu par l'anticorps Ki-1 isolé pour
la première fois par Schwab et al. en 1982 [2].
L'expression du CD30 était initialement considérée
comme spécifique des cellules de Reed-Sternberg de la maladie de
Hodgkin (MH). En fait, le CD30 est un marqueur d'activation présent
sur les lymphocytes T et B activés (notamment par des virus : virus
d'Epstein-Barr dans la mononucléose infectieuse, HTLV1), mais aussi,
à des degrés divers, dans différents types de lymphomes
non hodgkiniens dont les lymphomes anaplasiques à grandes cellules
(LAGC).
Il s'agit d'un groupe hétérogène avec différentes
présentations cliniques. Nous présenterons dans cet article
une synthèse des données publiées récemment
sur cette entité.
Classification et épidémiologie
Dans la classification Real, les lymphomes anaplasiques
à grandes cellules sont reconnus comme une entité distincte
et seuls ceux de phénotype T ou nul sont considérés
comme appartenant aux LAGC [3]. Les lymphomes de phénotype B exprimant
le CD30 sont inclus, dans cette classification, parmi les variantes morphologiques
des lymphomes diffus à grandes cellules de phénotype B.
Les LAGC appartiennent au groupe des lymphomes à cellules T périphériques.
Leur incidence varie selon les séries de 8 à 30 % des lymphomes
T. Dans une série récente de 560 cas de lymphomes agressifs
B ou T, les LAGC représentaient 15 % des lymphomes T périphériques
[4]. Dans une revue rétrospective, publiée en 1997, parmi
1 841 patients ayant un lymphome diffus à grandes cellules inclus
dans le protocole LNH-87, 8 % (146) ont été classés
comme LAGC, mais des formes de phénotype B étaient incluses
[5].
L'âge de survenue est plus jeune que pour les autres lymphomes non
hodgkiniens (âge médian ou moyen < 45 ans), avec une distribution
bimodale selon l'âge, comme dans la maladie de Hodgkin [6]. Les
LAGC se rencontrent chez l'enfant où ils représentent 30
à 50 % des lymphomes diffus à grandes cellules et 10 % environ
de tous les lymphomes de l'enfant [7, 8]. Les hommes sont plus fréquemment
touchés que les femmes [5, 9].
Histologie et immunophénotype
[3], cytogénétique
L'identification des LAGC repose sur des critères
morphologiques et immunophénotypiques.
Morphologie
Il s'agit d'une prolifération de cellules tumorales
de très grande taille, pléomorphes, avec un noyau excentré,
souvent réniforme (« en fer à cheval »), entouré
d'un cytoplasme abondant. La taille de ces cellules est habituellement
supérieure à celle des autres lymphomes diffus à
grandes cellules. Des cellules multinucléées, avec une répartition
« en couronne » des noyaux, peuvent se rencontrer. Elles ressemblent
aux cellules de Reed-Sternberg.
Les noyaux peuvent présenter un seul nucléole proéminent,
mais sont plus fréquemment multinucléolés.
La prolifération tumorale est cohésive, infiltrant préféren-tiellement
les sinus et les zones paracorticales des ganglions. Des infiltrations
diffuses sont néanmoins possibles. Dans 50 % des cas, une infiltration
périvasculaire par les cellules tumorales est visualisée,
aspect histologique qui n'est pas présent dans la maladie de Hodgkin
[10]. Les mitoses sont fréquentes et la fibrose variable. Un infiltrat
de cellules inflammatoires (petits lymphocytes, plasmocytes, polynucléaires
éosinophiles, histiocytes) est fréquemment présent.
Plusieurs variantes histologiques ont été décrites
à côté de la forme commune à grandes cellules
monomorphes.
Dans le type lymphohistiocytique, les histiocytes réactionnels
prédominent sur les rares cellules néoplasiques CD30+
qui peuvent être plus petites que dans la forme classique [11].
Dans la forme à petites cellules, quelques grandes cellules CD30+
sont éparpillées au sein de petites cellules lymphoïdes
CD30 [12]. Parfois, ces sous-types histologiques sont
présents sur une même biopsie ; il peut aussi exister des
changements de type histologique lors des rechutes [10].
L'existence d'une variante très discutée (dite «
Hodgkin-related » et placée à titre provisoire
dans la classification Real), traduit la difficulté, dans certains
cas, du diagnostic différentiel avec certaines formes de maladie
de Hodgkin. Ce sont des cas frontières de LAGC avec des caractéristiques
des deux pathologies. Le tableau
I résume les principaux éléments du diagnostic
différentiel avec la maladie de Hodgkin [13].
Les LAGC de phénotype T ou nul sont aussi individualisés
dans la nouvelle classification de la WHO avec, à part, les maladies
lymphoprolifératives cutanées primitives de phénotype
T CD30+ [14].
Phénotype
Ces lymphomes sont dérivés de cellules
lymphoïdes activées. Les antigènes CD30(+), CD25(+/),
l'HLA-DR et le CD71 (récepteur à la transferrine) sont exprimés.
L'antigène CD30 peut être détecté sur coupes
fixées grâce à l'anticorps Ber-H2 qui reconnaît
un épitope résistant à la fixation. Le CD30 n'est
pas spécifique puisqu'il est présent sur les lymphocytes
normaux activés, les cellules de Reed-Sternberg, et sur les cellules
de certains carcinomes et séminomes.
Dans les LAGC, il est exprimé sur la quasi-totalité des
cellules tumorales avec un marquage membranaire et de l'appareil de Golgi.
L'epithelial membrane antigen (EMA) est positif dans 50 % des cas
environ. Le phénotype T de la prolifération tumorale est
souvent aberrant avec l'absence d'expression d'un ou de plusieurs antigènes
T, y compris le CD3. Dans 50 % des cas, les antigènes de groupe
sanguin H et Y sont exprimés (reconnus par l'anticorps monoclonal
BNH9). Les cellules tumorales n'expriment pas la TdT, ni le lysozyme.
Les formes cutanées sont EMA et expriment le CLA
(cutaneous lymphocyte antigen). Le tableau
II [6] résume les éléments du diagnostic
différentiel des LAGC en immunohistochimie (IHC). Récemment,
il a été montré que la plupart des LAGC de phénotype
T ou nul expriment des protéines cytotoxiques (TIA1, perforine)
suggérant qu'ils dériveraient de cellules cytotoxiques activées
[15]. Dans cette même étude, 10 % seulement des cas de maladie
de Hodgkin testés étaient positifs, suggérant une
origine cellulaire distincte.
Cytogénétique
Il existe une association des LAGC de phénotype
T ou nul avec la translocation t(2;5) (p23;q35). Cette translocation crée
un gène de fusion, qui a été cloné, constitué
du gène NPM (nucléophosmine) situé en 5q35
et du gène ALK (anaplastic lymphoma kinase) situé
en 2p23 [16]. Le gène NPM est exprimé de façon
ubiquitaire, il code pour une protéine impliquée dans l'assemblage
terminal des protéines ribosomiales et le transfert d'informations
entre le nucléole et le cytoplasme [16]. Le gène ALK
code pour une protéine transmembranaire présentant de
grandes homologies avec les récepteurs de type tyrosine kinase
et notamment le LTK (tyrosine kinase leucocytaire). Ce gène est
normalement exprimé dans le testicule, la prostate, le cerveau
et l'intestin, mais pas dans le système hématopoïétique
[16]. Cette protéine aurait des propriétés oncogéniques.
La fusion de ces deux gènes entraîne une expression inappropriée
dans les cellules lymphoïdes du domaine tyrosine kinase de l'ALK,
cela sous la dépendance du puissant promoteur du gène NPM
[16].
Cette translocation est détectable non seulement par les techniques
cytogénétiques classiques, mais aussi en southern-blot et
surtout par des techniques d'amplification géniques (PCR inverse).
La protéine chimérique est détectable par immunohistochimie
avec l'anticorps anti-P80 dirigé contre le domaine kinase de l'ALK
[17].
Dans une série de 56 cas de LAGC, identifiés sur des critères
histologiques et immunophénotypiques stricts, il existait une bonne
corrélation entre PCR et immunohistochimie [18]. En IHC, 73,2 %
des cas étaient positifs pour l'ensemble de la série, avec
une différence significative entre les enfants (23+/26, 88,5 %)
et les adultes (18+/30, 60 %) (p < 0,05). Dans cette même série,
aucun des 23 cas testés de maladie de Hodgkin ne s'est révélé
positif, que ce soit en IHC (23 fois) ou par PCR inverse (20 fois). En
outre, 16 lymphomes diffus à grandes cellules ont été
testés. Ils se sont révélés négatifs
en PCR inverse et seul un lymphome T à grandes cellules CD30
était positif en IHC.
Les données de cette série et d'autres indiquent l'absence
de translocation t(2;5) dans la maladie de Hodgkin et l'aide que peut
représenter sa détection dans le diagnostic différentiel
LAGC/MH [18, 19]. La détection de cette translo-cation dans les
pathologies appartenant au spectre des maladies lymphoprolifératives
cutanées CD30+ fait actuelle-ment l'objet de rapports
contradictoires [20, 21].
Clinique
Les LAGC primitifs sont caractérisés par
leur survenue avec deux pics de fréquence : chez l'enfant et l'adulte
jeune, et vers la sixième décennie [6]. Deux formes sont
distinguées : systémique et cutanée pure. Des formes
secondaires sont possibles. Elles surviennent dans le cours évolutif
d'un autre lymphome et elles semblent avoir un moins bon pronostic que
les formes primitives [6].
La forme systémique primitive des LAGC se caractérise par
une polyadénopathie (80 % des cas) [9], souvent associée
à une atteinte extraganglionnaire dont la fréquence varie
de 25 à 65 % selon les séries [6].
Dans la série de Tilly et al. [5], par rapport aux autres
lymphomes diffus à grandes cellules, les LAGC ont un sex-ratio
H/F plus élevé (p = 0,018), un âge de survenue plus
jeune (¾ 60 ans contre > 60 ans) (p < 0,0001), et les
symptômes B sont plus fréquents (p = 0,006). Les atteintes
cutanées (15 % des LAGC contre 5 %) et pulmonaires (16 % des LAGC
contre 12 %) sont aussi statistiquement plus fréquentes avec des
valeurs respectives de p < 0,0001 et de p = 0,05. Les atteintes digestives
sont, en revanche, moins fréquentes dans les LAGC (7 % des cas)
que dans les autres lymphomes diffus non anaplasiques (16 % des cas) (p
= 0,002). Il n'y a pas de différence concernant la répartition
par stades (avec 60 % de stades III-IV), la répartition selon l'index
pronostique international ou la fréquence de l'envahissement médullaire
(14 % des LAGC).
Les résultats de cette étude sont cohérents avec
les données de la littérature. Il faut cependant souligner
que 38 % de ces 146 cas de LAGC sont de phénotype B, ce qui est
en contradiction avec la définition de la classification Real.
La fréquence de l'envahissement médullaire dans les LAGC
est certainement sous-estimée par le seul examen en microscopie
optique. En effet, en réalisant une étude immunohistochimique
systématique avec l'anticorps Ber-H2, Fraga et al. identifient
40 % d'atteintes médullaires, avec une corrélation significative
entre l'existence d'anomalies de l'hémogramme au diagnostic (anémie,
cytopénie) et l'atteinte médullaire [22].
Formes cutanées
Il existe une forme purement cutanée de lymphome
T anaplasique à grandes cellules. Elle est plus fréquente
chez l'adulte et semble représenter un spectre nosologique continu
avec la papulose lymphomatoïde (P. Ly) [23], décrite par Macauley
en 1968, avec laquelle il existe des formes frontières.
Ces deux entités forment avec l'histiocytose régressive
atypique un spectre de maladies lymphoprolifératives cutanées,
CD30+, de pronostic relativement favorable.
La papulose lymphomatoïde est une affection cliniquement bénigne,
mais dont l'aspect histologique est malin et elle peut posséder
une ou plusieurs des caractéristiques des lymphomes T [23].
Elle survient préférentiellement après 40 ans avec
un sex-ratio H/F de 1,5 à 2. Elle se caractérise
par l'éruption de papules ou de nodules, nombreux, inférieurs
à 1 cm de diamètre, parfois hémorragiques, qui régressent
spontanément en 4 à 6 semaines, ce qui est le critère
définissant cette pathologie. La régression des lésions
laisse une cicatrice hypo- ou hyperpigmentée. L'éruption
intéresse le tronc et les extrémités mais épargne
la face, les paumes des mains, les plantes des pieds et les muqueuses.
Le diagnostic clinique repose sur quatre critères : 1) multiples
papules ou nodules ; 2) régression spontanée et récurrences
possibles ; 3) pas de lésion supérieure à 3 cm de
diamètre ; 4) absence de signes généraux et de ganglions.
Histologiquement, deux formes sont décrites selon la classification
de Willemze : le type A avec de grandes cellules anaplasiques CD30+
ressemblant aux cellules de Reed-Sternberg, le type B avec des cellules
mononucléées cérébriformes et un épidermotropisme
semblable au mycosis fongoïde [24].
Il est important de connaître cette entité clinique pour
ne pas la confondre avec les lymphomes cutanés. Les éléments
du diagnostic différentiel sont présentés dans le
tableau III [25]. Selon
Cabanillas et al. [23], 24 % des patients développent ultérieurement
un lymphome.
Beljaards et al. [26] ont étudié 47 cas de lymphomes
cutanés primitifs à grandes cellules, CD30+.
Les critères d'inclusion dans leur étude étaient
cliniques (absence d'antécédents ou d'atteinte concomitante
par une papulose lymphomatoïde, un mycosis fongoïde ou un autre
type de lymphome cutané, pas de localisation extracutanée
à la présentation) et histologiques (plus de 75 % de
grandes cellules anaplasiques CD30+ sur la biopsie cutanée
initiale).
Dans cette population, il n'y a pas de distribution bimodale selon l'âge,
et l'âge moyen était de 60 ans. Les lésions étaient
le plus souvent uniques (30/47), se présentant sous la forme d'un
nodule rouge, mou, souvent ulcéré, sans localisation préférentielle.
Des régressions spontanées ont été observées
dans 25 % des cas, et un quart des patients ont évolué vers
une maladie disséminée extracutanée. L'aspect histologique
le plus souvent observé est celui d'un infiltrat dermique dense
et diffus composé de grandes cellules anaplasiques CD30+,
de phénotype T dans 96 % des cas. L'auteur recommandait un traitement
local (radiothérapie) dans les formes solitaires ou localisées
et un traitement systémique uniquement pour les formes cutanées
disséminées. Ces lymphomes ont un pronostic favorable avec
seulement 4 décès liés au lymphome dans cette série.
Ce pronostic favorable des LAGC primitifs cutanés est retrouvé
dans la série du Gela où ils ont été traités
dans le cadre du protocole LNH87 [27].
Traitement
La rareté des LAGC explique qu'ils soient confondus
dans leur approche thérapeutique avec les autres lymphomes agressifs,
notamment ceux de phénotype T.
Les séries publiées sont rétrospectives avec de faibles
effectifs et des traitements hétérogènes [9, 28],
ou proviennent de patients inclus dans différents protocoles de
chimiothérapie de troisième génération (LNH87,
F-MACHOP versus MACOP-B, F-MACHOP ± radiothérapie +
intensification de chimiothérapie) [5, 29, 30].
Il est donc difficile, en l'absence d'essai randomisé spécifiquement
dédié à cette entité, de proposer un standard
de chimiothérapie : protocole CHOP ou équivalent versus
chimiothérapie de troisième génération. Dans
l'attente de résultats spécifiques, il faut sans doute appliquer
le traitement standard des lymphomes malins non hodgkiniens diffus à
grandes cellules B et T, soit les protocoles de type CHOP. Compte tenu
de leur pronostic favorable, sur lequel nous reviendrons, les intensifications
de chimiothérapie ne doivent sans doute pas être proposées
dans les LAGC en traitement de première ligne [8].
L'expression par les LAGC du CD30 (membre de la superfamille des récepteurs
du TNF) peut ouvrir des possibilités d'immunothérapie en
couplant une immunotoxine à un anticorps anti-CD30 [31].
Enfin, l'acide 13-cis-rétinoïque et l'interleukine 2 recombi-nante
ont permis occasionnellement d'obtenir des réponses en situation
de maladie réfractaire [32, 33].
Dans les formes « Hodgkin-like » des LAGC, un essai randomisé
a été récemment publié [34]. Il comparait
une chimiothérapie de troisième génération
des lymphomes non hodgkiniens (protocole MACOP-B), au protocole ABVD des
maladies de Hodgkin. Tous les patients avec une atteinte médiastinale
massive initiale ont bénéficié d'une radiothérapie
au terme de la chimiothérapie, quel que soit le protocole. Quarante
ont été inclus entre septembre 1994 et juillet 1997. Une
rémission complète a été obtenue pour 90 %
de ceux traités dans le bras MACOP-B et 91% de ceux traités
dans le bras ABVD. La probabilité projetée de survie sans
récidive à 32 mois est de 94 % dans le bras MACOP-B et de
91 % dans le bras ABVD. Toutefois, avant de conclure à une équivalence
de ces deux protocoles, un plus long suivi et d'autres études semblent
nécessaires.
Dans les formes exclusivement cutanées, il est aussi difficile
de définir le traitement optimal compte tenu de leur rareté.
Si nous nous référons aux conclusions de la série
de Beljaards et al. [26], en retenant des critères d'inclusions
cliniques et paracliniques stricts, il ne semble pas que, dans les formes
solitaires ou localisées, l'utilisation d'une polychimiothérapie
initiale améliore le taux de réponses complètes ni
ne diminue le risque de rechute par rapport à un traitement local
exclusif par chirurgie d'exérèse et/ou radiothérapie.
Cependant, les patients ayant une atteinte cutanée diffuse avec
un plus haut risque de développer des localisations extracutanées,
doivent bénéficier d'une chimiothérapie. Il en est
certainement de même pour les formes cutanées avec atteinte
ganglionnaire concomitante qui, de toute façon, selon Beljaards
et al. [26], ne correspondent pas à une forme cutanée
pure.
Facteurs pronostiques, pronostic
Valeur pronostique du sCD30
Le taux sérique de la forme soluble du CD30 (sCD30)
semble être un élément intéressant pour le
diagnostic et le suivi thérapeutique des LAGC [35, 36]. Au diagnostic,
il est nettement plus élevé dans les formes classiques de
LAGC que dans les formes « Hodgkin-like » ou dans les
maladies de Hodgkin ; par ailleurs, il se normalise en cas de rémission
complète et, en analyse mono- et multifactorielle, des taux initiaux
élevés de sCD30 sont, avec un stade avancé, des facteurs
prédictifs d'une moins bonne survie globale [36].
Pronostic
De grandes séries publiées récemment
identifient les LAGC comme un sous-groupe de lymphomes ayant un pronostic
favorable, que ce soit par rapport aux autres lymphomes T périphériques
[37] ou par rapport à l'ensemble des autres lymphomes [38, 39].
Les patients ayant ce sous-type histologique ont une meilleure survie
globale et sans événement que ceux ayant l'un ou l'autre
des autres lymphomes diffus à grandes cellules [38]. Dans la série
du NHL Classification Project, la survie globale à 5 ans est de
77 %, la survie sans événement à 5 ans (décès
toutes causes confondues, progression, rechute) est de 58 % ; cela indépendamment
de leur classification selon l'index pronostique international [40] et
avec seulement 6 % d'atteintes cutanées pures [38].
Chez l'adulte, dans la série du Gela, les LAGC ont une réponse
à la chimiothérapie 75 % versus 61 %
(p < 0,001) , une survie globale à 5 ans 66 % versus
48,3 % (p = 0,0004) et une survie sans événement
(p = 0,006) meilleures que les autres lymphomes diffus à grandes
cellules non anaplasiques [5].
CONCLUSION
En moins de quinze ans, les lymphomes anaplasiques
à grandes cellules CD30+, initialement décrits
par Stein, ont vu leur place confirmée au sein de la classification
des lymphomes malins non hodgkiniens où ils s'individualisent sur
des bases cliniques, anatomopathologiques, immunophénotypiques
et cytogénétiques [3, 14]. Ce groupe pathologique a un pronostic
favorable par rapport aux autres lymphomes [26, 37-39]. Les controverses
existant encore sur sa définition (aux plans morphologique, phénotypique
et cytogénétique) seront certainement levées dans
un proche avenir. En effet, en se basant pour les définir sur la
présence obligatoire :
1) de la translocation t(2;5) détectée par immunohistochimie
(anticorps monoclonal ALK1) ;
2) sur l'existence d'aspects morphologiques spécifiques (grandes
cellules tumorales à noyaux excentrés absentes dans les
autres lymphomes), Benharroch et al. [10] démontrent que
les différentes variantes histologiques de cette entité
correspondent à une même maladie.
La terminologie « lymphome ALK-positif »
serait alors mieux adaptée que celle de « lymphomes anaplasiques
à grandes cellules » qui ne rend pas compte de l'existence
des variantes histologiques [10].
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